.AccroOvampire: Ouais la sentence je la trouvais, à juste titre, assez bien trouvée (chut mon esprit machiavélique héhé). Les pigeons dans les latrines, j'avoue que j'ai grave souri en l'écrivant, j'imaginais trop la tête de Maeglin en cet instant ^^ Merci pour tes encouragements, et oui je profite un max ! Les vacances c'est cool quand même ! ;p
.JulieFanfic: En fait pour Maeglin, l'idée m'est venue car tous les elfes, même dans les histoires de Tolkien, ne sont pas des êtres parfaitement purs. Certains même sont assez mauvais dans leur façon d'être ou de traiter les autres. J'ai juste poussé ce trait jusqu'à son paroxysme. Et je voulais tenter l'expérience de faire un personnage aussi dérangé. Je t'assure, perso, je trouve ça assez flippant à écrire ... car on puise dans des ombres que l'on n'aime pas forcément creuser (sauf si on a des tendances de ce style ... comme pour tout d'ailleurs, et se sentir quelque peu "connecté" pour écrire ... alors je te laisse imagine l'état d'esprit des gens quand ils écrivent, je l'ai toujours dit, les auteurs sont tous des psychopathes qui s'ignorent ! XD). Non pas encore publié d'histoire qui m'est propre, je prends les fanfic comme des "galops d'essai", mais mon imagination bouillonne littéralement ;p Pas de soucis pour ton temps de lecture ma belle ! Prends soin de toi :))
.Eilonna: Ouais le passage de Maeglin était aussi éprouvant à lire qu'à écrire je t'assure ! ^^ Mais c'est parfois bien de creuser les bas fonds pour grandir un peu ... même si je ne pourrai pas écrire que ça, ou que des textes à tendance pornographique, il y a tellement de choses à creuser dans les relations et la nature humaine que la violence ou le sexe ! :) (enfin c'est mon point de vue ^^). La folie de Thranduil en est un exemple par ailleurs ;)
.Wendy: Oui ce chapitre était un peu "bouleversiffiant" hein ? ;) Alexandra est en effet dans une très mauvaise passe; et j'essaye de la rendre la plus crédible possible. Merci à toi de la suivre, et de me donner tes impressions ! :)
.Sandrine : Tu verras bien dans la suite qui ... va suivre ... ouais bon là j'étais très inspirée j'avoue ! XDD Et pour la vengeance tu verras ! Gnyukgnyukgnyuk (tu le vois là mon rire machiavélique ?! XD)
.Luciole20: Bonjour ! ^^ Et bien merci pour ta lecture, et ta persévérance, car lire cette histoire tient du marathon ! ;) Je suis ravie en tout cas qu'elle te prenne autant ! ^^ Maeglin ? C'est obligé qu'il paye, non ? ;p Merci d'être passée et d'avoir laissé un commentaire ! :))
.Neiphtys16: Helooow ! Suis contente de te revoir, et j'espère que tout c'est bien passé pour toi ! :) Tu sais que je me fais un point d'honneur à faire transparaître au mieux les décors et les émotions des persos ... je n'en suis jamais satisfaite ceci-dit au passage. Tilda a un rôle, et tu le découvriras ici, et peut-être un peu dans l'Epilogue aussi tient ! ;) La scène entre ces deux-là m'a été assez difficile à écrire, car je ne voulais pas en faire trop, et en même temps, pas assez, pour vous immerger dans cette atmosphère des plus glauque, sans pour autant totalement dégoûter. Thranduil et elle dérouillent sévère il est vrai. C'est le revers de la médaille que ce don leur apporte. Il ne peut y avoir que du bon dans tel partage, même si c'est un cadeau inestimable. Le dénouement est là ! Enfin tu me diras ! ;) Et oui en vacances ! Et comme ça faisait un an que je n'en avais pas eu, j'en profite ! :)) Bises !
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Et voilà Mesdames ! Ce que vous attendiez tant est enfin arrivée !
LE DERNIER CHAPITRE EST LA !
Par contre je tiens à vous le préciser, il est mega long, car je ne pouvais hélas pas le couper.
Toutes les scènes sont en parallèles, décrivant les situations de chacun dans un temps relativement court.
Puis, couper l'action, serait clairement malvenu surtout pour un chapitre final, non ?
Enfin j'espère. Je m'excuse quand même par avance si il est dur à suivre ! ;)
BONNE LECTURE et encore MERCIIIIIIIII !
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Le coup bref et sec donné à la porte, désignait Seth comme étant son visiteur. Elle s'était amusé à étudier leurs façons de faire à tous. Shagol était clairement plus bruyant, voir violent, quand son poing s'écrasait sur la porte, les panneaux de bois en tremblaient. Tilda avait un coup discret et répété, clair comme le ferait la main délicate d'une enfant. Maeglin, quant à lui, ses heurts étaient aussi froids et fuyants que pouvaient l'être son esprit détraqué. Elle s'écria un « J'arrive » et vint à sourire quand elle entendit le soupir traverser le battant clos. Seth était ainsi, il n'aimait pas attendre. Enfin, avec elle. C'était d'ailleurs une chose des plus étonnante, lui dont l'intellect calculateur avait attendu des décennies dans le calme et la raison la plus saine, se voyait actuellement soumis à des sautes d'humeur qui ne lui ressemblaient guère. Alexandra mettait cela sur le compte de l'impatience grandissante, aux vues des prochains combats. Se séchant le visage qu'elle venait de s'asperger d'eau, histoire de soulager un peu sa peau meurtrie qui la chauffait terriblement, elle vint d'un pas des plus lent ouvrir la porte. Face à face, elle vit à son expression qu'il était autant surpris que mécontent. Sa bouche se tordit dans une étrange moue de désapprobation, et aiguisant son regard de mercure, il demanda sèchement :
« Qui a osé vous faire ça ?! »
Elle vit sa gorge et sa mâchoire se contracter, et si elle devinait juste, quelqu'un de sa connaissance allait passer un mauvais quart d'heure. Du moins, elle allait tout faire pour que ça se passe ainsi.
« Ouais mon gars, tu ne sais pas encore avec qui tu as réellement affaire … si ton esprit machiavélique veut me broyer, il tombera tout de même sur un os …. je vais pas te faciliter la tâche …. » pensa-t-elle une flamme morbide dans le regard. Haine que Seth comprit bien avant qu'elle ne lui donne la réponse.
« Qui voulez-vous que ce soit ? Votre dégénéré d'elfe ! C'est un grand malade ce type ! Il voit des complots partout, et crois que je vais tenter quelque chose ! Si c'était le cas, vous aurais-je aidé dans toutes vos dernières entreprises ?! Je suis désespérément seule ici ! Que pourrais-je bien faire hein ?! Je lui ai dit que j'étais sous votre protection, mais cet enfoiré n'en a cure ! s'emporta-t-elle tout en jouant parfaitement la comédie ».
Il fallait qu'elle semble suffisamment aux abois, telle une belle princesse effarouchée prisonnière de sa tour, et en même temps, suffisamment en rage pour donner du poids à ses accusations. Pour le courroux aucun mal, son animosité dépassait toute parole imaginable. Par contre pour la « jeune-femme en détresse », il fallait qu'elle n'en fasse pas de trop. Exercice de véritable funambule, tant l'envie de transformer Maeglin en torche vivante la possédait totalement. Sans parler de la colère de Thranduil, qui ne cessait de se tordre comme un lion enragé, là, dans un recoin de son être. Ce cocktail était clairement déstabilisant, et elle devait rester maîtresse de ses émotions. Du moins, dans la mesure du possible. Elle dût jouer sa partition avec justesse car Seth était devenu livide. Il fit un bref mouvement de tête pour lui indiquer de le suivre, et ils rejoignirent les appartements du maître des lieux. Dès qu'ils furent à l'intérieur il hurla « SHAGOL » par la porte, et le monstre tout en muscles ne fut pas long à apparaître. Les yeux jaunes de l'Uruk-Haï se posèrent sur elle un instant, et elle le défia de tout sa frêle stature.
« Vas me chercher cet elfe déséquilibré ! J'ai deux mots à lui dire ! Aboya Seth réellement en colère ».
Sa voix ressemblait à un chuintement reptilien, et tout dans sa position trahissait clairement son envie d'en découdre. Il claqua la porte quand Shagol fût sorti, et marmonnant quelque chose qu'elle n'arriva pas à déchiffrer, il ordonna plus qu'il ne demanda « Que c'est-il passé ?! ». Alexandra prit place à la grande table rectangulaire, et tout en malaxant ses doigts de nervosité, elle relata tout ce qui s'était produit. Elle eut du mal, et ce malgré tous ses efforts, à ne pas pleurer. La gorge et la bouche sèches, chaque mot lui raclait le larynx. Ce dont elle avait été témoin avait été trop odieux pour qu'elle puisse passer au-dessus aussi aisément, et en si peu de temps. Brusquement la main de Seth battit les airs, accompagnée d'un soupir d'impatience, comme si il chassait une mouche importune, puis il déclara sans forme :
« Ce qui est arrivé à cette femme m'importe guère !
- Mais … mais balbutia presque Alexandra abasourdie. Comment pouvez-vous passer au-delà de toutes ces horreurs ?! Ce mec est une véritable pourriture ! C'est ça que vous voulez répandre sur Arda ! Cette violence, ce manque de respect aux femmes, qui ne sont pour eux tout au plus que des jouets ?!
- La condition des femmes de ce monde n'est pas non plus ma priorité. Je dois d'abord gagner l'aide des plus forts, bien avant de penser aux plus faibles. Je ne dis pas que cela n'a pas d'importance, mais cela viendra en son temps, Alexandra. Nous ne pouvons nous permettre de prendre en considération tous les malheurs de ces terres. Nous devons oeuvrer lentement, traitant d'un problème graduellement, les uns après les autres ….
- Il est hors de question que je vous suive là-dedans Seth ! Autant je peux comprendre certaines choses, autant là, ça dépasse mon entendement ! Je refuse vous entendez ! s'écria Alexandra totalement sidérée par ces propos.
- Vous refusez ? Répéta Seth avec un sourire des plus diabolique. Vous voulez peut-être que ce qui est arrivé à cette malheureuse, vous advienne également ?
- Non ! Bien sûr que non ! Mais je ne pensais pas que vous en viendriez, après tout ce temps, à ce chantage ignoble ! Cracha Alexandra réellement énervée.
- Mais sachez que, même si Maeglin n'a pas; de son point de vue je présume; dépassé les limites que je lui avais fixé, il s'est lourdement trompé ….. disant cela Seth sortit quelque chose de dessous sa tunique de cuir, et posa l'objet sur la table devant lui ».
Assis face à elle, il avait l'air d'un chat attendant son repas. Quand Alexandra vit l'éclat de métal noir, tout son être frissonna. Son arme à feu. Elle l'avait presque oubliée dans toute cette histoire.
« Il faut que je récupère ça au plus vite également, avant que toute cette folle histoire ne se termine ... songea-t-elle âprement ». Les pas de Shagol résonnèrent dans le couloir, et la porte s'ouvrit sans même qu'il ne s'annonce. Le colosse d'ébène était suivi d'un Maeglin dont l'air satisfait embrasa Alexandra jusqu'au plus profond de son derme. Dieux qu'elle avait envie de le tuer ! Jamais cela ne s'était ainsi produit dans son existence. Même Damon n'avait pas réussi à soulever chez elle une telle ire. Elle ne se doutait pas, à quel point celle de Thranduil pouvait galvaniser la part qui la dévorait déjà. Shagol laissa passer l'elfe devant lui, puis se posta en arrière. Juste devant la porte close nota Alexandra. L'Uruk-Haï sentait que son comparse allait déguster. Et, elle nota à juste titre, que cela allumait une flamme de jubilation malsaine dans son regard fauve. Debout à côté de la grande table, il faisait face à Seth, et ne daignait même pas accorder un regard à l'une de ses deux victimes du jour. Le Maître vit à quel point son invitée avait envie de passer les chaises, ce maigre espace qui les séparait, pour lui arracher les yeux … et la tête qui allait avec. Même si il mettait ça sur la sensibilité extrêmement féminine, il devait s'avouer que ce qui lui avait décrit Alexandra, l'avait quelque peu déstabilisé. Il savait Maeglin doté d'un sens de la prédation des plus poussé, mais il ne s'était jamais réellement penché sur la question. Pire, cela témoignait également de son manque de limites. Seth savait, et ce depuis un moment, que la loyauté de cet elfe était des plus précaire. Ce genre de comportement prouvait que rien ne l'arrêtait. La fourberie dont il était animé, devait aussi alimenter une propension à la traîtrise. D'ailleurs, n'avait-il pas déjà trahi les siens ? Cet incident allait permettre au Maître, de rassoir quelque peu son autorité. Et peut-être, effacer par la même, ce sourire déplaisant et narquois qui habillait actuellement le faciès que trop parfait de l'ellon en face de lui. Seth se pencha en avant, et joignant ses mains en prenant appui sur ses coudes, il fit un geste en direction d'Alexandra. La voix étonnamment calme, il demanda posément :
« J'attends une explication ….
- Il n'y a rien à expliquer, Maître. La prisonnière a fait preuve d'insubordination. Elle est allée à l'encontre de mes ordres, et a même attenté à ma vie ! Souligna Maeglin prenant un air des plus offensé.
- Vraiment ? Pourtant, elle m'a dit que c'est toi qui l'a agressé en premier … continua Seth sous le même ton monocorde ».
Chose des plus notable, et inquiétante, mais Maeglin semblait rester sourd à cette menace sous-jascente. D'ailleurs, ce dernier se tourna de quart vers elle, et plantant une main dans le vide de façon accusatrice, il s'écria réellement en colère pour le coup :
« Cette traînée n'a eu que ce qu'elle méritait ! J'ai ….. »
Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase que le coup partit. Il y eu un éclair blanc, suivi d'une détonation aussi puissante que le tonnerre, qui les fit tous sursauter. Une gerbe de sang vint strier le visage d'Alexandra, qui se retrouva, tout comme les autres, des plus stupéfaite. L'action avait été fulgurante, et le cri de bête qui jaillit de la gorge de Maeglin, vint à la ravir. L'elfe se tenait la main délatrice avec force et gémissements. La balle avait traversé la paume, emportant avec elle l'auriculaire dans son tracé oblique. Maeglin les pupilles dilatées par la souffrance et l'ahurissement, braqua un regard perdu vers Seth. Le canon du revolver encore fumant, il délaissa l'arme en se relevant lentement. Droit, implacable, tel un souverain des temps jadis, l'humain toisait l'elfe avec mépris et dégoût.
« Tu as dépassé les limites. Tu as osé porter les mains sur elle, alors que je te l'avais formellement interdit ! Cette blessure te suivra à vie ! Pour te rappeler à jamais, que nul n'a le droit d'aller à l'encontre des mes règles, de mes ordres ! Elfe, Orque; Uruk-Haï, Nain, Humain ! Tous vous devez m'obéir à la lettre, c'est compris ?! Autrement je vous ferai disparaître sans état d'âme ! Je ne suis pas là pour faire le garde chiourme ! Et peut-être que cette leçon te sortira de la tête certaines idées qui y trottent depuis trop longtemps ! ».
Maeglin ne cessait de jeter des attentions à la fois pétrifiées de peur et d'animosité sur Seth, et sa main ensanglantée. La douleur était insupportable, et il se retenait vaillamment de hurler. Au fond de la pièce, le rire sombre de Shagol s'éleva.
« Ne la ramène pas ! Tu es aussi en faute Shagol ! Je t'avais expressément demander de veiller sur elle ! La prochaine fois, la balle te sera destinée, et prie pour qu'elle ne vise que la main ! Menaça Seth très sérieux ».
La grosse brute se raidit d'un seul coup, et toute trace d'amusement avait déserté son visage monstrueux. Seth se rassit tout aussi lentement qu'il s'était levé, asseyant ainsi son statut de dominant, et commanda :
« A présent laissez-nous … je vous ferai quérir très bientôt, tenez-vous prêts !».
Les deux hochèrent la tête, et se retirèrent sans un mot de plus. Alexandra aperçut néanmoins le petit air satisfait de Shagol quand il vit passer Maeglin devant lui. Un sinistre sourire déformant ses traits féroces. Son regard se posa sur le sang qui avait maculé la table et son visage. C'est là qu'elle réalisa réellement que sa peau était souillée par l'hémoglobine. Vivement, elle se porta la main au visage, et essuya les perles carmins, étalant le sang dans un masque difforme. Seth appela Tilda, et cette dernière; qui avait suivi la scène discrètement; sut ce que son tyran voulait. Elle apporta un linge humide à Alexandra, et cette dernière s'en saisit afin de se laver. Le doigt de Maeglin gisait inerte sur le tapis, et elle n'arriva pas à détacher son attention de lui. Elle était réellement décontenancée, n'arrivant pas à réaliser ce qu'il venait de se produire. Pas que le sort de Maeglin éveille chez elle une quelconque empathie, mais la réaction de Seth la laissait littéralement sans voix. Il s'en était pris si facilement à l'elfe, alors qu'il faisait parti de ses généraux les plus utiles. Soit il tenait suffisamment à elle pour la protéger et donner un exemple, ou ; ce qui était bien plus plausible; Seth commençait à s'apercevoir que son autorité sur lui devenait vacillante. Du coup, il s'était offert le loisir sanglant, d'une belle remise en ordre. Seth l'observait sans émettre un son. Il ne pouvait s'empêcher de la trouver forte malgré tout. Beaucoup se seraient effondrés depuis longtemps, mais pas elle. Ce qu'il faisait que souvent, il se posait de réelles questions sur ses motivations. Il savait sa loyauté sans faille. Toutes les histoires qui lui étaient parvenues, ne faisaient mention que de ça. Alors pourquoi rester ici ? L'aider lui ? Etait-ce seulement l'idée de perdre cet époux qu'elle ne reverrait sûrement jamais, qui la motivait ainsi ? Ou avait-elle réellement les mêmes idéaux que lui en finalité ? Même si sur de nombreux points ils divergeaient. Il renifla presque dédaigneusement quand ses iris eux aussi, se posèrent sur le bout de chair qui gisait lamentablement sur son tapis. Tilda s'aperçut de sa grimace, et reprenant le linge entaché à Alexandra, elle prit le doigt et l'enveloppa dedans.
« Tu me brûleras ça Tilda ! Je ne veux même pas qu'il puisse le récupérer ….. ordonna Seth quand elle passa à côté de lui ».
L'esclave hocha simplement la tête, et disparut à nouveau dans la pièce voisine. Un silence pesant s'abattit dans la salle. L'un comme l'autre, rivaux, ennemis, et si humains, étaient submergés de questionnements. Une chose de certaine cependant tendait à émerger de ce capharnaüm, la fin se profilait. Telle la nuit embrassant l'horizon, étendant ses mains éthérées pour recouvrir le monde. Une tension à la fois incompréhensible et de plus en plus palpable, saturait l'atmosphère. Comme si même Arda, sentait la fin proche. Et de cette appréhension, naissait une énergie quasi électrique, qui les hantait tous. Les doigts de Seth finirent par pianoter le bois sombre de la grande table. Il était réellement indisposé par la tournure des évènements. Il n'avait pas besoin de ça, alors que tout ce mettait plus ou moins, admirablement en place. Ses machines et ses hommes étaient prêts. Et même si le secret de son élixir n'avait toujours pas été percé, Alexandra les avait réellement bien conseillé. Ses rendements étaient doublés, voire triplés à certains endroits. Cette humaine du futur, était un trésor de savoirs multiples. Il était évident que pour elle cela tenait du « naturel », car appris en bas âge et étudié par la suite. Mais pour des gens « arriérés » tout ça ressemblait presque à de la magie. A une érudition sans limite. Jamais il ne permettrait de la perdre. Elle lui était à présent trop précieuse. Et si il devait éliminer des gens tels que Maeglin pour y parvenir, il le ferait. Lui, et peut-être même le Roi Thranduil. Après tout, une fois éliminé, Alexandra n'aurait plus personne vers qui se tourner. Supprimer le souverain serait même la chose la plus logique. La guerre se profilait, quoi de plus héroïque pour un monarque que de mourir pour les siens ? Cette pensée dessina un faible sourire sur le visage de Seth, qui jubilait déjà face à cette perspective. Thranduil sorti de l'échiquier, Alexandra lui serait totalement dévouée. Qui sait, elle boirait peut-être de son précieux breuvage, et ils deviendraient tous deux les souverains invincibles de ce nouveau monde qui se dessinait. Oui. Décidément cette idée lui plaisait de plus en plus. Cependant, il ne pouvait soupçonner l'affreuse haine qui broyait actuellement tous les organes de son interlocutrice. Seules les envies de vengeance et de meurtre l'habitaient à présent. Inspirant à fond, il déclara d'une voix grave et profonde :
« La guerre est déclarée Alexandra. J'en ai assez de jouer au jeu du chat et de la souris avec vos amis. D'ici une semaine, tout sera réglé. Ce sera une véritable Apocalypse. La Fin et le Commencement. Les anciens régimes qui faisaient ce monde basculeront dans l'oubli, et vous et moi, nous allons en ériger de nouveaux. Une résurrection florissante qui rendra futile toute notion de surnaturel et de magie. J'effacerai tout d'eux. Jusque dans les mémoires les plus anciennes. Tout ce qui est actuellement, ne sera qu'un souvenir lointain, à peine bon à alimenter les légendes. Tenez-vous prête, car vous aussi vous aurez un rôle à jouer ….. Seth se leva, et prenant l'arme pour la dissimuler à nouveau sous sa tunique, il prit le chemin de l'extérieur, et ajouta; reposez-vous. Vous en avez besoin. Bientôt, je vous promets de meilleurs lendemains ... ».
Puis il quitta la pièce, la délaissant comme il le ferait avec une amie de longue date, ou pire, d'une compagne. Quand elle réalisa cela, un frisson poisseux la parcourut. « Tu peux toujours courir pour que je te bouffe dans la main ! Il se prend pour qui ?! Mon amant ?! » Ragea-t-elle vivement. Le dernier mot souleva une vague de colère chez Thranduil qui faillit la terrasser. Rien que l'évocation de cette idée mettait son époux dans tous ses états. Et pour tout dire … dans cet enfer qu'elle vivait … cette réaction quasi bestiale, lui fit du bien. Collant son dos contre le dossier du fauteuil qui grinça faiblement, elle leva le visage vers le plafond. Fermant les yeux, elle déclara mentalement :
« As-tu entendu ?
- Oui …
- Préparez-vous Thranduil. Déployez vos hommes, la guerre approche à grands pas …. soupira Alexandra des plus lasse ».
Ses migraines semblaient lui perforer le crâne à chaque inspiration. Maeglin avait cogné dur, et elle espéra ne pas avoir une commotion cérébrale. Elle se sentait par ailleurs sombrer gentiment dans un sommeil langoureux. La voix télépathique la fit presque sursauter.
« Nos hommes sont déjà en place Meleth …. je doute qu'il s'attende réellement à ce qui va lui tomber dessus, fit Thranduil une pointe de fierté se dévoilant sous ses mots.
- Méfiez-vous Thranduil, ces armes sont au-delà de tout ce que vous avez connu. Sentant qu'il allait protester, elle continua, ne me dis pas de ne pas m'inquiéter, ça m'est impossible ! Je sais ce qui vous attend, j'ai vu les machines qu'il a mis au point. Essayer de vous battre la nuit, et ce dès que l'occasion se présentera, pour rendre aveugle leurs artilleries …..
- J'en prends note … quant à toi, ne fais rien d'inconscient. Attends que je vienne te chercher Alexandra … je sais que tu fomentes un plan de ton côté, et sans réellement le lire, je pressens qu'il va te mettre en danger. Je te demande juste d'être patiente. Quand nous en aurons fini avec les armées de notre ennemi, je viendrai t'extirper de cet endroit. Promets-moi d'attendre !
- Mmmm … répondit juste Alexandra, pas vraiment certaine de vouloir promettre telle chose ».
Mais elle sentit l'insistance de Thranduil comprimer son esprit, déjà bien malmené par les douleurs qui ne la quittaient pas. Elle abdiqua :
« Très bien … je te le promets …. »
Elle sentit le soulagement satisfait que cet engagement déclencha chez son époux, et cela la fit sourire malgré elle.
« Tu feras vite ? Le taquina-t-elle gentiment, essayant d'alléger la gangue de fer qui semblait la broyer peu à peu.
- Plus vite encore que le vent Meleth …. plus vite que le vent … assura Thranduil d'une voix aimante qui la fit frissonner de bien-être ».
« Alexandra ? » la voix de Tilda la sortit de la torpeur qui était peu à peu en train de la grignoter. Elle ouvrit les paupières, et s'aperçut que la lumière lui agressait les rétines. Elle grimaça, et vit Tilda s'approcher d'elle lentement. Le beau visage de l'esclave était mangé par l'inquiétude.
« Tu es si pâle Alexandra … tu devrais aller te coucher ….
- Tu viens me border ? Fit la concernée une pointe d'humour perçant dans sa voix blasée.
- Si il le faut, oui ! Affirma Tilda qui était de plus en plus soucieuse de l'état de sa nouvelle amie ».
Il faut dire qu'elle n'était pas des plus jolie à voir. Son visage bleuissait là où Maeglin avait porté ses coups, et les cernes sous ses yeux étaient de plus en plus visibles et creusées. Rien de bien engageant. La brune s'affaira à trouver quelques remèdes pour la soulager un peu, et insista pour qu'elle avale tout ce qu'elle lui tendait. Puis, ronchonnant comme un Nain, Alexandra écouta ses conseils, et alla prendre du repos dans ses appartements. Elle s'affala sur son matelas. Allongée sur le ventre, le poids de la fatigue sembla l'incruster dans sa couche, et elle sombra dans un profond sommeil sans rêve, dès que ses migraines vinrent à s'estomper.
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Les gouttes de sueurs perlaient lentement le longs de ses tempes et de sa mâchoire. Le soleil de plomb qui embrasait les cieux, donnait une chaleur épouvantable. Face à face, les deux armées se toisaient, sans émettre un son, un mouvement. Comme si l'incendie du ciel les figeait sur place. Mais Silfren savait que ce n'était pas cela qui paralysait tout en cet instant. L'un comme l'autre, les camps ennemis attendaient. Attendaient quoi ? Ça, le Rohirrim ne saurait le dire. Les jours passés furent éreintant, et des plus sanglant. Les plaines du Rohan étaient couvertes d'un pourpre tenace. L'herbe rougie par l'hémoglobine resterait peut-être à jamais ainsi. Ils avaient enterrés et brûlés nombre des leurs et de leurs ennemis. La population encore valide s'était pressée une fois de plus dans les entrailles de la cité fortifiée du Gouffre de Helm. Mais même là, tous étaient en sursis. Les Rohirrim s'étaient rassemblés en une cavalerie de plusieurs milliers d'hommes. Et malgré leurs tactiques préventives sur les tunnels effondrés, l'armée de Seth avait émergé comme une harde de fourmis innombrables, recouvrant les champs de leurs carapaces noires et de leurs pas belliqueux. Au final, malgré des journées à jouer à des raids brefs mais meurtriers, tous les cavaliers s'étaient vus encerclés sur ce talus immense. Où le roi Eomer donnait les ordres pour ériger les maigres défenses qui leur sauveraient peut-être la vie. Gimli et ses Nains, ne cessaient de s'atteler à la production de petites bombes artisanales, et les hommes creusaient les tranchées qui accueilleraient plus tard, d'immenses murs de flammes.
L'Onodlo scintillait au loin. Son cours bas et lent, faisait se refléter le soleil en une multitude d'écailles scintillantes. Tel un serpent qui pousserait leurs ennemis sur eux, il fermait la marche des Orques. Bien plus loin encore, s'érigeait les Montagnes Blanches, et le Gouffre de Helm se devinait plus qu'il ne se voyait. Le plateau du Calenardhon était d'habitude un endroit dégagé et agréable, où les vents faisaient onduler les herbes hautes et dorées de l'été. Brises douces et rafraîchissantes, apportant les fragrances de la forêt de Fangorn. Ou encore le noroît, qui portait parfois les exhalaisons humides des chutes du Rauros. Mais aujourd'hui, ni la fraîcheur, ni les senteurs fleuries ne parvenaient jusqu'à eux. Seul le marteau implacable du soleil les assommait sur place, et les relents fétides de la mort saturaient les airs. Silfren soupira très longuement. Il était épuisé, comme la plupart de leurs hommes. A peine sortis d'une guerre, que déjà ils se fourvoyaient dans une autre. C'était trop pour une existence. Trop pour les peuples. Même si ils gagnaient, resterait-il encore assez d'âmes valides pour reconstruire ? Combien de survivants erreraient après telles folies ? Il secoua la tête pour chasser ses pensées déprimantes. Son cheval suivit son soupir, et il sentit ses flancs se creuser avec vigueur, accompagnés par un bruit de naseaux caractéristique. Il lui flatta l'encolure bravement. Les chevaux avaient aussi payé un lourd tribu à ces guerres, et ce n'était pas fini. Il entendit des soldats bouger à côté de lui, et lentement Silfren tourna la tête. Ses yeux s'agrandirent de surprise quand il vit Eomer à son côté. Les yeux gris du roi du Rohan étaient cernés d'inquiétudes, mais son air farouche et déterminé en disait long sur ses objectifs. Il ne capitulerait pas. Du moins, pas encore. Silfren savait que jamais Eomer ne conduirait son peuple à sa perte, il attendrait réellement la fin de tout espoir pour se rendre. Si il se rendait. Les Rohirrim était une nation fière et courageuse, qui préférait la mort à la capitulation. Mais Silfren savait aussi qu'être souverain, englobait bien plus de responsabilités qu'une mort héroïque sur un champ de bataille. Le Meara du roi vint se poster à hauteur d'épaule de sa monture, et le regard toujours porté sur l'horizon, Eomer déclara :
« Le Prince Haldir et le Seigneur Celeborn ont défendu l'ancienne Lothlórien. Repoussé l'ennemi à leurs portes. Le peu de Ents qui restaient leur ont prêté main forte pour faire barrage de la Nimrodel au Champ du Celebrant. Plus au Nord, les troupes du Seigneur Thranduil, aidées de Beorn et Radagast, mènent d'âpres combats. Cependant, les elfes de l'Eryn Lasgalen vont descendre vers notre position. Le roi Thranduil l'a ordonné ainsi. Soit ce roi est devenu fou, soit il pense pouvoir réellement venir à bout des menaces qui grignotent actuellement sa forêt. Apparemment, Faramir et le roi Elessar, quant à eux, n'ont pour le moment essuyé que de vaines tentatives d'invasions. Il est clair que le gros de la guerre se déroulera ici mon ami …..
- Et nous la gagnerons Roi Eomer ! certifia Silfren avec conviction ».
Les yeux gris du souverain s'accrochèrent au sien, et un sourire féroce mangea le visage d'Eomer.
« Ou nous mourrons en essayant ! Rétorqua-t-il presque de bonne humeur ».
Silfren se demanda si la guerre ne faisait pas tout bonnement perdre la raison aux hommes. Mêmes tétanisés de peur, courant à leur perte, tous ici, fonceront dans l'affrontement. Hurlant à plein poumons, fracassant leurs lances et leurs boucliers. Tous sans exception.
« Qu'attendent-ils ? Demanda alors soudainement Silfren, qui commençait à ne plus supporter la chaleur ».
Si ce n'était pas un glaive ennemi qui le fauchait, ce serait sûrement cette insupportable atmosphère. Il chassa une mouche qui vint l'importuner. Une de plus. Elles étaient si nombreuses à présent. Pondant leurs oeufs dans les cadavres pourrissants, infestant les plaies et leurs vivres. Eomer aiguisa son regard, et fit réellement inquiet :
« Je ne sais pas. Mes éclaireurs m'ont dit qu'une étrange agitation secouait l'arrière-garde, mais qu'ils ne pouvaient rien voir de plus, tant la masse grouillante de l'ennemi bouche toutes leurs inspections.
- Un autre tunnel ? Hésita à formuler Silfren qui avait un mauvais pressentiment.
- Possible. Je crains qu'ils nous réservent une très défavorable surprise mon ami. Ils n'en resteront pas là. Les elfes de l'Eryn Lasgalent nous ont donné de précieuses informations concernant leurs « Porte-Flammes », mais nous n'avons encore rien vu; eux comme nous; des engins dont Dame Alexandra nous a parlé ….. il se peut que …. mais la voix d'Eomer mourut, rongé par un accablement soudain ».
Silfren laissa glisser son regard sur leur armée. Sur le faîte du plateau les tentes étaient bien gardées. Les bannières du Cheval Blanc ne flottaient plus, elles aussi harassées de chaleur. Le Cheval Blanc semblait s'abîmer vers le sol, inexorablement. Parfois on entendait les cris d'un blessé, ou d'un cheval. L'un comme l'autre peut-être agonisant. Les pensées de Silfren allèrent vers Ailein, qui il le savait, devait le couver de son regard elfique. Même débordée, elle ne pouvait s'empêcher de le veiller. Les paupières du Rohirrim s'abaissèrent tandis qu'il se remémorait sa peau douce, ses baisers, sa chevelure de cuivre cascadant sur ses épaules blanches. Pour elle il se battrait. Il reviendrait même d'entre les morts si il le fallait, pour la protéger. Eomer se raidit d'un seul coup, et se levant sur ses étriers, il mit sa main en visière, pour protéger sa vue des attaques de l'astre solaire, et aiguiser sa vue.
Le bloc informe de leurs adversaires se mouvait. Les tambours de guerre reprirent et les cors des orques emplirent l'espace de leur chant barbare. Quelque chose avait donné le signal tant attendu, mais nul ne savait de quoi il s'agissait exactement. Les chevaux commencèrent à trembler, à piaffer, sentant l'affrontement inévitable se rapprocher d'eux. L'armée de Seth se mit à courir vers eux, tels des chiens de chasse lâchés sur le gibier. Le sol trembla, des hurlements de bête s'élevèrent. La fin était proche. Le palefroi d'Eomer se cabra d'un seul coup, et battit des antérieurs comme si il affrontait un ennemi invisible. Il n'en fallut pas plus à tous les Rohirrim pour tirer leur épée ou s'armer de leur lance. Contenant sa monture, Eomer fit étinceler sa lame, et la brandissant vers l'ennemi, il hurla, perché sur le plus haut du plateau « Rohirrim ! Défendez vos Terres et vos Vies ! Battez-vous ! Battez-vous jusque la folie ! Et que le soleil s'abreuve du sang de nos ennemis ! A mort ! Pour Eorlingas ! ».
Réellement, dans ces moments là, tout se passait avec une fulgurance effroyable. Les chevaux, sentant l'appel de la guerre partirent dans un galop belliciste. Claquant le sol, brisant l'herbe et la rocaille sous leurs fers brûlants. L'armée des Rohirrim dévala les pentes avec la vélocité d'un jet de pierre, tandis que les soldats faisaient tout pour éloigner les orques des tentes dressées plus loin. Les belligérants s'élevèrent aussi à l'Ouest pour les prendre en tenaille. Une flèche enflammée traversa les cieux pour s'écraser dans le sillon plein de poudre. Gimli et les siens couvrirent ce flanc, tandis que les flammes et les explosions ralentissaient l'ascension de leur ennemi. Le soleil se cacha dès-lors derrière un nuage noir. Ce dernier s'éleva comme les vestiges du souffle d'un dragon. Les haches, les glaives, et quelques rares arcs courts, fendirent les airs, et commencèrent à débiter les assaillants avant qu'ils ne passent le seuil critique. Le plus gros de l'armée se tenant sur le flanc Est, ils avaient moins à faire que les Rohirrim. Gimli mena l'assaut, dirigeant ses hommes de sa voix rocailleuse, et limite moqueuse tant le fil de sa hache ne cessait de faucher l'ennemi. Comme un bûcheron abattrait des arbres à tour de bras.
Côté Est, les deux armées se choquèrent avec une telle violence, que les premières lignes furent littéralement brisées avant même de pouvoir combattre. Le cri affolé et douloureux des chevaux se mêla à ceux des soldats. Les orques, les nains et les elfes renégats furent arrêtés dans leur folle course. Les épées, les lances, les charges héroïques des Rohirrim tailladaient peu à peu leurs ennemis. La chaleur rendait l'air irrespirable, tandis que les effluves âcres et métalliques du sang saturaient tout. Eomer se battait avec la rage d'un lion. Les crins coiffant son cimier fouettant les airs avec rage. Son bras était fort, sa lame inflexible. Nombreux furent ceux qui tombèrent sous ses coups. Silfren n'était pas en reste. Leurs chevaux dressés pour la guerre exécutaient des croupades, levades et cabrioles impressionnantes. Le destrier était une arme aussi redoutable que le cavalier. Et sous la peur leurs attaques demeuraient plus puissantes encore que le poing d'un Uruk-Haï. Puis un cor s'éleva derrière les lignes adverses. Leurs ennemis se figèrent, puis, se dispersèrent comme une banc de poisson sous l'assaut. Les Rohirrim, désorientés, les suivirent dans leur débandade calculée. Eomer hurla des ordres pour les retenir, mais c'était trop tard. Un bruit infernal explosa non loin, et la terre sembla s'ouvrir sous leurs pas. Les chevaux chutèrent, se brisant la nuque, emportant leur cavalier dans leur dégringolade meurtrière. Eomer et Silfren s'arrêtèrent nets, essayant de voir d'où cela pouvait provenir. Une autre explosion, puis un autre, la terre était arrachée sous la force de l'impact. Fuselé et noir, les canons s'élevaient à soixante dix mètres, pointés dans leur direction. Leur arrivée avait été dissimulée par les corps agglutinés de leurs ennemis. Des hommes s'activaient autours. Les emplissant de poudre et de leurs funestes boulets de pierre. Ils explosaient les armures, brisaient les chevaux. C'était une véritable boucherie. Eomer comprit bien trop tard que tout était fini. Il serra la garde de son épée, et donna un bref coup d'oeil vers l'arrière. Les tentes seraient leur prochaines cibles. Il ne le tolérerait pas. Il cria:
« Silfren ! Avec moi ? ».
Le Rohirrim suivit son train de pensées, et la boule au ventre et au coeur, il hocha la tête en répondant simplement :
« Ce sera un immense honneur de mourir à vos côtés, mon Roi ! ».
Les deux Rohirrim enlevèrent leur casque. Malgré la puanteur et la chaleur alentours, ils apprécièrent de sentir le vent sur leur visage, caresser leur cheveux trempés de sueur. Cela les ramena un bref instant, aux moments idylliques de chevauchées paisibles, dans leur merveilleuse contrée. Puis, talonnant leurs chevaux qui fusèrent vers le ciel dans une lançade magnifique, ils attaquèrent de front les canons. Quelques intrépides à leur suite. Chose suicidaire, mais hautement intelligente, même si ils ne s'en doutaient pas. Il était long et laborieux de calculer les angles de tir de telles armes. Leur fabrication grossière ne permettait pas de lestes manipulations. Leur rapidité serait leur atout. Déjà ils fendaient les dernières lignes telle la flèche entamant le cuir. Puis les hommes tombèrent sous leurs épées. Sentant une victoire possible, Silfren sentit une joie immense l'envahir tandis qu'il posait ses yeux vers les tentes au loin. Ailein apparut dans ses pensées. Ses magnifiques yeux verts troublant sa vue. Puis tout bascula. Il entendit un bruit fracassant à côté de lui. Son cheval et lui-même furent propulsés à des mètres. Il sentit son corps chuter, se briser, alors que son vaillant destrier s'effondrait en partie sur lui, avant de se relever pour mourir à un mètre, s'étalant dans ses viscères pantelantes. Suffoquant sous la douleur, il crut qu'on lui avait arraché la jambe tant la torture de ses chairs écartelées fulgura en lui. Il releva péniblement la tête, mais vit qu'elle était toujours là. Une plaie béante à la cuisse faisait jaillir son sang comme une fontaine. Il hurla en se redressant, puis, se souvenant des soins qu'Ailein avait déjà effectués sous ses yeux toujours ébahis, il récupéra une de ses spallières qui gisait tout à côté de lui, arracha la lanière de cuir qui servait à la fixer, puis se fit un garrot. Le visage tuméfié, le corps en lambeaux, il essaya de bouger, mais chaque mouvement était une torture. Il devait avoir quelques côtes brisées, et peut-être des organes. Tout se brouilla dans son esprit. Une ombre menaçante se pencha sur lui. Le sourire vorace de l'orque le fit frissonner. Cependant l'ignoble petit rire qui s'extirpait d'entre ses lèvres gercées, resta fiché dans sa gorge, alors qu'une flèche transperçait son vilain crâne. L'orque s'affala sans vie. Son visage déformé se tenait à quelques centimètres de celui de Silfren. Le Rohirrim dans sa demie conscience, reconnut une flèche elfique. Une éclair blanc nimba l'atmosphère, et la voix de Gandalf, puissante comme l'orage, déchira les cieux. Des cris de joie s'élevèrent, et le brouhahas qui s'ensuivit signifiait la victoire. Silfren eut un sourire tiré. Sa tête se posa sur le sol saturé du sang de ses ennemis, et du sien, et braquant son regard sur le ciel d'azur, il se sentit partir doucement. Tiré, aspiré dans une fosse étrange. Avant de fermer les paupières, le visage d'Eomer perça les ténèbres qui l'enveloppaient peu à peu.
« Nous allons vous aider ! Tenez bon! » furent les dernières paroles qu'il entendit avant de sombrer totalement.
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Son coeur avait tressailli quand l'explosion avait fait trembler les piquets de leur tente. Couvrant les hurlements stridents des blessés. Ailein avait porté la main droite à la poitrine, la sentant se tétaniser. « Non .. non …. non ... » ne cessa-t-elle d'implorer tout en prenant le chemin de la sortie. Ignorant les mains qui se refermaient sur les pans de sa robe défraîchie pour lui demander de l'aide. Sortant comme une furie, échevelée et à bout de souffle, elle guetta la plaine éventrée et ensanglantée qui s'étirait devant eux. Ses yeux elfiques balayèrent l'espace vivement. Puis, tout son corps sembla se disloquer quand elle vit le roi Eomer, aidé d'un elfe qu'elle avait déjà croisé, porter Silfren sur une civière de fortune, traînée par le cheval du roi. Elle traversa les allées encombrées, bousculant sans ménagements les pauvres erres qui lui barraient le passage. Elle était comme folle. Jamais elle n'avait ressentie telle géhenne. Un feu insondable lui carbonisait l'être. Elle tremblait et en même temps, se sentait mue par une force incroyable. Arrivée à eux, elle poussa même le Roi Eomer pour se pencher vers son amant. Il n'était plus conscient, ce qui était très mauvais signe. Elle fit rapidement le tour des blessures, et braquant un regard à la fois paniqué et empli d'espoir, elle déclara :
« Amenez-le sous la tente ! Je peux peut-être le sauver ! »
L'elfe et Eomer la regardèrent d'un oeil critique, se demandant tout bonnement si elle n'avait pas perdu définitivement la raison, mais, las des combats, ils s'exécutèrent. Cherchant malgré eux, un peu d'espérance dans ce chaos ambiant. Ils hissèrent le blessé jusqu'à la cime du plateau, et calant le brancard dans un coin, ils virent Ailein se démener comme une diablesse. Elle ne cessait de marmonner « Transfuser …. il faut le transfuser …. elle m'a montré … je sais …. ». Bien évidemment, ils ne comprenaient pas un mot de ce qu'elle disait. Alors qu'elle arrachait les braies ensanglantées pour dégager la plaie, elle referma la blessure avec une dextérité et une vitesse dignes de son peuple. Puis toujours profondément plongée dans ses pensées, elle alla chercher des tubes de cuir, et deux aiguilles d'une telle taille, que même les hommes en blêmirent. Elle découpa tous les tissus qui la gênaient. Un guérisseur s'occupait déjà des balafres moins importantes. Le teint blafard de Silfren était alarmant. Ses lèvres bleues trahissaient le seuil de la mort. Mais jamais elle ne le tolérerait. Jamais. Cela faisait des semaines et des semaines qu'elle travaillait sur un prototype. Depuis qu'Alexandra lui avait montré et expliqué les principes de la transfusion. Elle n'en avait parlé à personne, de peur d'être prise pour une sorcière ou une hérétique. Raccordant les tubes à une seringue unique, et aux aiguilles, elle fit quelques actions de pompage avec le piston, pour vérifier que l'air passait bien. Elle demanda au guérisseur sans même le regarder tout en continuant à faire des gestes agiles :
« Quand je lèverai le piston vous aplatirez ce morceau de tuyau pour couper l'afflux du liquide. Quand je l'abaisserai par contre, décollez vos doigts et passez à l'autre tuyau pour que le fluide puisse passer ».
Le vieux guérisseur la toisa quelques secondes, le visage se décomposant lentement alors qu'il comprenait où elle voulait en venir. Voyant l'absence de mouvement et de réponse de son interlocuteur, elle le fixa de ses yeux aussi vert que deux émeraudes flamboyantes, et décelant son air horrifié, elle s'exclama au bord de la perte de contrôle :
« Vous avez compris ou je dois répéter ?!
- Jamais ! S'offusqua le vieil homme tout en se relevant, tirant sur sa tunique crasseuse comme pour se murer dans sa dignité. Ce que vous faites là est une abomination ! Jamais je ne serai l'instrument d'une telle sorcellerie ! Mêler les sangs est un sacrilège !
- Il n'y a rien de sorcellerie là-dedans vieil imbécile ! S'emporta alors Ailein, trop consciente que chaque seconde qui passait condamnait l'homme qu'elle aimait ».
Le vieillard se sentit profondément vexer par l'injure, et se drapant dans un mépris tout sectaire, il releva le menton, et cracha :
« Je préfère le voir mourir que de participer à cela ! Et vous ! Fit-il sèchement à l'égard d'Eomer et de l'elfe présent. Vous devriez l'interdire ! Cette femme dépasse les limites de l'acceptable ! »
Aiein posa une oiellade à la fois perdue et implorante sur le roi, qui sincèrement, prêtait plus foi aux allégations du vieux guérisseur, qu'aux fantaisies de la semi-elfe. Sans un mot de plus le guérisseur quitta la couche de fortune pour s'activer auprès d'autres blessés. La délaissant, l'abandonnant à son impuissance.
« Il va mourir si l'on ne fait rien ! Et je ne peux le faire seule ! N'y a-t-il donc personne à part moi qui veuille bien sauver cet homme ?! explosa Ailein dont les joues devinrent rouge carmin sous la rancoeur ».
Le monde semblait s'effondrer autours d'elle, pendant que la léthargie des êtres présents lui imprimait une folie insondable. Comment une personne saine d'esprit pouvait laisser mourir un homme sans même tout essayer pour le sauver ? Alors qu'elle allait se laisser aller à la furie incompressible qui menaçait de l'engloutir, elle sentit une main lourde, gantée de fer, se poser sur la sienne. Le contact du métal tiède sur sa peau fine la fit sursauter. Cherchant l'importun qui venait d'étouffer son envolée dans l'oeuf, elle dût baisser les yeux pour rencontrer le regard brun et bienveillant de Gimli. Le Nain arborait un visage peint d'un sang séché. Son armure, sa barbe et ses cheveux étaient méconnaissables sous la gangue de globules asséchés, tantôt rouges, tantôt noirs qui les masquaient. L'instant sembla se figer. Le Nain lui offrit un sourire bonhomme, et déclara de sa voix rocailleuse, encore plus rauque que d'habitude à cause de la fatigue et des fumées :
« C'est elle qui vous l'a montré, n'est-ce pas ? »
Ailein comprit de suite à qui il faisait allusion. Elle posa sa main blanche vacante sur l'amicale du Seigneur Nain, et répondit, un faible sourire parant ses lèvres charnues :
« Oui Seigneur Gimli …. c'est elle ….
- En ce cas, laissez-moi vous aider. Ce serait un honneur de perpétuer son savoir, et sauver cet homme, que je considère comme mon ami …. ».
Eomer et l'elfe présents ne dirent rien pour aller contre leur décision commune. Chacun connaissait assez Gimli pour savoir que malgré ses airs bourrus, il savait faire preuve de discernement. Et puis, Eomer réalisa, un peu tardivement, à qui ils faisaient références. Il se trouva un peu stupide, mais, délaissant quelques minutes son rôle, il observa attentivement ce qui allait suivre.
Ailein s'installa près du brancard, et faisant s'asseoir Gimli elle lui expliqua le procédé. Le Nain hocha la tête, et se concentra. Ailein planta une des deux aiguilles dans son bras, là où la veine était la plus grosse; chose pas si aisée à trouver dans ses bras tout en finesse; puis fit de même avec celui de Silfren. Elle grimaça sous la douleur que cela lui infligea, mais serrant les dents, elle commença son action de pompage. Le sang remonta le tuyau jusque dans la seringue, où il vint la remplir. Quand elle pressa le piston, Gimli compressa le conduit qui était connecté à celui de la guérisseuse, et dégagea celui implanté dans le bras de Silfren. Tous virent alors le sang d'Ailein se diriger dans le corps du Rohirrim. Attente entre fascination et crainte. Le dispositif dura de longues minutes. Interminables. Mais chaque pression semblait redonner des couleurs au Rohirrim au seuil du trépas. Ailein savait les risques encourus. Alexandra les lui avait clairement expliqué, mais elle tentait son va-tout. Elle n'avait plus que ça pour le ramener auprès d'elle.
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Les bruits étaient lointains, mais une respiration lente et profonde était proche. Etonnamment régulière. N'était-ce pas le chaos au-dehors ? Des vies n'étaient-elles pas en train d'être anéanties ? Son corps le faisait atrocement souffrir. Chaque fois que sa cage thoracique s'élevait, il ressentait une vive douleur la perforer. La bouche pâteuse, très nauséeux, il ouvrit quand même les paupières. La première chose qu'il vit, fut la toile rêche et grisâtre de la tente de guérison. Puis, à à peine quelques toises, un lit avec un blessé dessus. Le pauvre homme avait la moitié de la tête bandée, et le bandage n'était plus qu'une mare de sang. Les mouches qui tournaient autours du corps entamaient un funeste ballet. Tournant difficilement la tête sur le côté droit, il vit Ailein endormie, à moitié affalée sur une paillasse à même le sol. C'était sa respiration qu'il entendait. Même endormie, il vit son teint affreusement pâle. Il prit peur. Avant qu'il ne l'appelle, elle ouvrit les yeux, et voir ses iris verdoyant lui saisit le coeur de joie. Elle se redressa lentement, et venant à ses côté, elle se pencha sur lui. Posa une main réconfortante sur son front et lui sourit.
« Je devrais être mort …. murmura difficilement le Rohirrim.
- Oui, en effet … chuchota Ailein tendrement.
- Comment ?
- Chut amour …. dis-toi juste qu'une bonne amie à nous, t'a sauvé la vie ….. répondit simplement Ailein en venant lui embrasser le front dans un geste très maternel ».
Ce contact si doux et léger dans cet enfer, le réconforta jusqu'aux tréfonds de l'âme. Etrangement, quelque chose en lui, lui soufflait que le pire pour eux deux, était à présent loin derrière.
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Haldir plongea sa main gantée de cuir dans sa chevelure d'or, pour replacer quelques tresses qui lui glissaient sur la joue. Se redressant il planta ses paumes sur la table qui supportait son poids, et rivant son attention sur les plaines, il déclara froidement :
« Ce n'est qu'un répit, vous le savez …. ».
Gandalf, Eomer et Celeborn hochèrent la tête en silence. Les mines étaient sombres et fermées. Même si Alexandra leur avait fait part des machines destructrices de leurs ennemis, jamais ils n'avaient ne serait-ce que soupçonné, l'étendue de leur pouvoir destructeur. Celeborn, vêtu de son armure en mithril, dégageait une aura de majesté et de puissance, qui à elle seule, réussissait à galvaniser les troupes. Mais ce n'est pas ça qui leur ferait gagner la guerre. Déposant son cimier scintillant comme l'eau la plus pure, gravé de runes protectrices et de mots elfiques, sur le coin de la table de commandement, il se pencha sur la carte étalée devant eux, et dit pensif :
« Nous le savons Roi Eomer. Mais nous sommes tous réunis à présent. Je suis certain que nous pourrons trouver une solution.
- Et le Seigneur Elrond ? Demanda le souverain des Rohirrim.
- Il est resté en arrière, couvrant la passe d'Imladris, et l'Ouest de l'Eryn Lasgalen. La Reine Arwen arrive bientôt à son terme, et Celeborn craint pour la vie de l'enfant. Nous ne pouvons que compter partiellement sur son aide. Perdre l'héritier serait d'une gravité qui a déjà eu des précédents, et que nous ne voulons pas revivre. Cela plongerait à nouveau les royaumes de l'Arnor dans le chaos. Nous n'avons certes pas besoin de ça pour le moment. Les enjeux sont trop importants. Si nous perdions les affrontements actuels contre cet ennemi des plus belliqueux et destructeur, il ne resterait que l'enfant pour rallier les peuples qui seront sûrement soumis, ou exilés, expliqua Celeborn soucieux.
- Et si la solution était là Seigneurs, la reddition ….? soumit Eomer pas plus enchanté que cela d'émettre telle option.
- Hors de question ! S'emporta soudainement Gandalf. Vous ne comprenez pas ce qui est réellement en jeu, Roi Eomer ! La présence d'Alexandra sur cette terre, son devoir ici, dépasse votre entendement. Elle n'est pas là que pour nous aider de l'intérieur, et nous donner les clefs pour nous sortir de ce bourbier malfaisant …. non …. son destin va au-delà de ça … elle ne le sait juste pas encore ….. finit par ruminer Gandalf dans sa barbe.
- Et si elle venait à mourir avant d'arriver à accomplir « ce destin » …. émit Haldir pensif.
- Alors il ne sera plus la peine de se demander si nous capitulons ou pas ! Rétorqua Gandalf presque abruptement, quittant la table comme soumis à une colère brutale ».
Les Seigneurs se regardèrent, perplexes, ne s'attendant pas à une réaction aussi vive de sa part. Soupirant, Eomer tapota la table avec un index impatient, et fit calculateur :
« Ils ont peut-être les armes, il est vrai, mais elles ont un point faible. Lors de notre dernière charge, j'ai noté qu'ils mettent du temps à ajuster les tirs …. là réside notre seule chance de réduire les dégâts, et peut-être, l'emporter …..
- Le Seigneur Thranduil m'a fait transmettre un message qui disait de nous battre de nuit. Dame Alexandra lui conseillant de se servir des ombres nocturnes pour mettre en échec leur puissance de feu … expliqua Celeborn, qui comprenait à présent bien mieux ces recommandations.
- En effet …. pour une fois … les ombres seront nos alliées …. exprima alors Eomer, réfléchissant déjà à leur prochaine offensive ».
Gandalf marchait d'un pas rageur. Il alla voir Gripoil, qui comme souvent, réussissait à tempérer ses humeurs par sa simple présence. Le Seigneur des Chevaux tendit ses naseaux gris et duveteux vers le mage, qui les flatta avec respect. Les yeux gris du vieil Ainu parcoururent les étendues du Rohan, puis se perdirent plus à l'Ouest, là où la tour d'Orthanc se dressait, fière et solitaire malgré sa défaite passée. Il serra ses doigts sur son bâton, et pesta « Quand est-ce que les Valar vont décider à nous venir en aide ?! Ont-ils changé leur plan en cours de route ?! ». Mais les Dieux restèrent silencieux. Dépité, et victime d'une insondable tristesse, ses pensées allèrent vers Alexandra. Elle qui demeurait à présent si seule, en proie à tous les dangers, et qui ne pouvait compter sur aucune aide de quiconque.
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La lame émit un son morbide quand elle s'extirpa des côtes du cadavre qui gisait à ses pieds. Tout ceci n'était pas normal. Bien que couper la tête du dragon pour vaincre était une tactique des plus ancienne. Thranduil était la proie de trop nombreux assauts pour que ce soit le fruit du hasard. Non. Il y avait autre chose. A travers l'esprit de son épouse, il avait décelé la convoitise de son ennemi, et percer à jours ses desseins. Le Roi des Elfes était l'homme à abattre en priorité. Il se doutait qu'une fois passé de vie à trépas, il ne constituerait plus une menace pour lui. Et il ne parlait même pas de menace militaire. Essuyant le métal souillé sur le cuir de l'orque mort, il releva la tête, et chercha Legolas du regard. Son fils était le digne héritier de sa lignée. Fier, adroit et fort. Rien ne lui résistait. Mais que pouvait bien faire un assaillant face à un elfe qui avait réussi à mettre à bat, et à lui seul, un Oliphant ? Cette pensée esquissa un sourire de fierté sur les lèvres pincées du souverain. Les orques et leurs machines avaient repoussées les frontières qu'ils avaient érigées. Beorn et Radagast leur étaient d'une aide inestimable, ainsi que les animaux que ce vieux fou de mage avait réussi à allier à leur cause. Une armée de loups, d'ours, de rapaces, tous les animaux capables de mordre ou de griffer étaient présents. Et leur sang se mêlait à celui des elfes valeureux tombés au combat. La silhouette massive de l'ours passa dans son champ de vision tandis qu'elle décapitait un gobelin de sa patte massive. La tête valsa à quelques mètres plus loin. Le rugissement effroyable de l'ursidé chantant sa victoire, fit trembler leurs ennemis. Cette fois-ci ils gagneraient, et repousseraient ces immondes bêtes dans leurs terriers emplis de vermines. La lune jouait en leur faveur. L'acuité des elfes se révélait une arme bien utile. Certes les Orques et les Uruk-Haï avaient les mêmes aptitudes qu'eux à la base, ainsi que les traîtres elfes qui avaient rejoins la cause de ce fou, mais Thranduil, pour une fois depuis des siècles, sentait la présence des Dieux avec eux. Une étrange énergie flottait dans l'air, imprégnant chaque arbre de l'Eryn Lasgalen. Un hibou grand duc passa en rase-motte au-dessus de sa tête, et plongea serres en avant, sur un Uruk-Haï qui s'approchait du roi à revers. Les griffes effilées comme des lames de rasoir se plantèrent dans les orbites. Déchiquetèrent les chairs, percèrent les yeux. Les cris effroyables de l'Uruk-Haï devenu aveugle se turent dès que Thranduil lui coupa la tête d'un geste vif. L'oiseau était déjà reparti, alors que Thranduil, étrangement, avait voulu le remercier. Idée totalement saugrenue n'est-il pas ? Et pourtant, le roi des elfes le sentait, quelque chose était à l'oeuvre, dans le plus grand secret des peuples d'Arda. Brilthor arriva en courant, et déclara quelque peu essoufflé :
« Le faucon du Seigneur Celeborn est arrivé aujourd'hui. Les troupes du Roi Eomer ont subi de lourdes pertes. L'ennemi a sorti des armes de jets d'une puissance inouïe. Les Seigneurs Haldir, Gandalf et le Seigneur Celeborn sont arrivés à temps pour éviter le massacre. Mais le pire reste à venir …..
- Dès que nous aurons nettoyé cette partie-ci de la forêt, je demanderai à mon fils de prendre la relève. Tu resteras avec lui jeune Brilthor, et veilleras sur sa vie, comme si c'était la mienne ! Gloredhel restera avec vous. Aredhel et moi-même prendrons assez d'hommes pour les rejoindre. Je pense que le gros des troupes de notre ennemi surgira là où les Seigneurs sont réunis. Et je compte bien là-dessus. J'en ai assez de ces combats harassants, il est temps de mener une offensive qui mettra fin à cette guerre. Frappons un grand coup, même si c'est le dernier ! Déclara Thranduil de plus en plus impatient d'en finir.
Ses contacts télépathiques avec son âme soeur avaient été moins fréquents. Pour cause en premier lieu des affrontements incessants qui jalonnaient son quotidien, mais aussi, l'état de son amante, qui se dégradait il le savait, de jour en jour. Elle était comme la fleur sur le déclin, et il ne supporterait pas de la laisser seule là-bas plus que nécessaire. Une autre vague d'ennemi surgit dans les bois, et les lames s'entrechoquèrent de nouveau. Tout ceci semblait ne jamais finir. Après des heures et des heures qui semblaient s'éterniser, les frontières elfiques furent nettoyées, et à nouveau à leur place. A l'orée des bois, les tas de cadavres de leurs ennemis brûlaient en offrant une odeur âcre et insoutenable. Monté sur son cerf, Thranduil regardait son fils avec fierté. Cette lueur d'orgueil paternel réchauffa le coeur du prince, qui se jura d'être plus que digne de cela. Thranduil leur avait expliqué leurs plans, et même si ils étaient réticents à l'idée de laisser partir leur souverain, nul n'osa contredire ses ordres. Encore moins maintenant, alors qu'il se dressait devant eux, vêtu de son armure. Son regard de glace embrassait l'assemblée avec une puissance millénaire qui les fit tous frissonner. Royal, majestueux, magnifique, tandis que les premières lueurs de l'aube nimbaient sa chevelure d'incendies chatoyants.
« Je vous ferai honneur Adar, fit Legolas en s'approchant de lui en posant le poing sur le coeur en signe de salut ».
Un mince sourire tira les traits austères de son père, qui se pencha en avant pour prendre ce poing si respectueusement posé. Il lui offrit une étreinte fraternelle et chaleureuse comme rarement il lui avait donné durant son existence. Les regards souverains se croisèrent, se choquèrent, s'embrassèrent, et Thranduil déclara :
« Ma fierté tu la fais déjà mon fils. J'ai toute confiance en toi. Je sais que tu protègeras ce qui est nôtre. Que tu sauras prendre les décisions les plus justes. Je pars l'esprit serein ….. ».
Legolas sentit une boule atrocement brûlante lui serrer le larynx, tandis que tout un tas d'émotions puissantes venaient le chambouler sans ménagement. Encore une fois, les mots lui manquèrent. Ce qui ne fut pas plus mal songea-t-il, tant il ne voulait pas faire honte à son roi en cet instant. Les doigts fortement arrimés au bras de l'autre, ils échangèrent bien des choses muettes, mais qui leur gonfla le coeur d'un nouveau courage. La voix un peu chevrotante, Legolas finit par dire :
« Ramenez-la Adar …. saine et sauve si possible …. je ... ».
Mais il n'en dit pas d'avantage. Thranduil était conscient de l'attachement de Legolas pour celle qui lui avait sauvé la vie. Et bien qu'il aurait pu en prendre ombrage, il savait que cela était inutile. Le lien télépathique qui les unissait, valait toutes les preuves ou mots du monde. Thranduil hocha la tête, et jura :
« Oui ion-nin … je te le promets … A présent préparez-vous à combattre comme vous n'avez jamais combattu. Il riva son regard sur ses soldats, et déclara d'une voix d'airain, préparez-vous à combattre pour défendre le futur … nôtre futur ! Défendez ce monde qui est le nôtre ! Défendez les valeurs que nous avons toujours su élever en son sein ! Défendez la Lumière ! Jusqu'à ce que les Ténèbres même vous engloutissent ! Nous nous retrouverons ici, ou sur les Rivages Blancs ! »
L'épée de Thranduil étincela sous les premiers rayons de soleil qui enveloppèrent le monde. Son cerf cabra, voilant le ciel de sa majestueuse ramure, et les hommes entonnèrent en même temps un cri guerrier qui fit trembler toute la forêt. Puis, prenant la direction du Sud, Thranduil cria en sollicitant sa monture « En avant ! Nos alliés ont besoin de nous ! Ne manquons pas l'appel quand le destin de notre monde se décidera ! ». Alors l'armée à cheval prit la route australe, soulevant un nuage de poussière qui se mêla aux quelques fumerolles des feux encore vivants. Thranduil lança son cerf en pleine course. Le temps leur était compté. Pire, il savait qu'il devait LA retrouver au plus vite.
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Le remue-ménage incessant animait le coeur de la terre tel une ruche hyperactive. Alexandra les avait vu terminer leurs machines de mort, puis les tirer à leur suite, lentement et sûrement, jusqu'au moment fatidique où elles jailliraient de la terre pour faire leur oeuvre. Un carnage pur et simple. Plus ou moins sagement, elle avait écouté les consignes de Thranduil, se tenant en retrait, faisant le moins de vagues possibles. Il viendrait la chercher, il le lui avait dit, mais l'air satisfait qui mangeait le visage de Seth en cet instant, fit vaciller ses bonnes résolutions. Les mouvements incessants de son armée remuaient les relents fétides qui habillaient les galeries. Avec le temps, elle s'y était faite, mais aujourd'hui, cette odeur de pourriture lui pénétrait les narines, les poumons, jusqu'à s'incruster à même ses pores. Depuis son altercation avec Maeglin, des migraines lancinantes ne la quittaient plus. Malgré les bons soins et les remèdes de Tilda, ces satanés maux de tête finissaient de l'user. Une bruit métallique infernal claqua dans l'air, tandis qu'un des canons était descellé de son support pour atterrir sur le chariot de bois et de métal qui servirait à le manoeuvrer.
« Encore un …. ils vont se faire massacrer ….. je ne sais ce qui se trame réellement au dehors, mais j'ai un très mauvais pressentiment …. comment pourraient-ils lutter contre cela ? Même les murs de Minas Tirith ne feront pas le poids …. Thranduil où es-tu ? Que se passe-t-il là-bas ? » pensa-t-elle douloureusement tandis que Seth avançait d'un pas guilleret vers elle. Nul doute que ce qu'il allait lui annoncer ne serait pas de bon augure.
Elle surplombait les fourneaux, postée sur le palier du grand escalier en colimaçon qu'arborait le sein de la montagne. Elle n'avait pas besoin de plus se mêler à ceux qui allaient répandre la mort et la désolation. Elle avait bien assez ait de mal ainsi. Croisant ses bras sur sa poitrine pour essayer de quérir un quelconque réconfort, elle frissonna malgré la chaleur ambiante. Seth gravit les quelques marches qui les séparaient, et s'exclama, tout sourire :
« Le Roi Eomer et ses Rohirrim savent ce qu'il en coûte de se heurter à mes forces ! Ils ont réussi à repousser la première ligne grâce aux elfes, mais nous allons revenir, encore mieux armés. Bientôt ils capituleront, ou disparaîtront ! Vous devriez vois ça Alexandra ! Ce n'est pas une guerre tant la victoire est simple, et ce en partie, grâce à vous ! »
Il lui saisit les épaules de ses mains puissantes, la secouant légèrement pour la congratuler. La bile lui monta dans la gorge, tant le dégoût que cette situation lui inspirait, lui mâchait les organes. Il la lâcha, et rivant son attention sur ses forces armées, il reprit :
« Ce ne sera plus long, l'heure est proche. Nous allons bientôt passer à l'étape la plus palpitante de cette histoire : la reconstruction ! Venez ! Nous allons fêter cela ! »
« Vas te faire foutre ! Si tu crois que j'ai le coeur à manger ou même boire en cet instant …. Thranduil par les Valar, où es-tu ? » ragea-t-elle presque en refoulant les larmes brûlantes qui lui attaquaient les yeux. Un désespoir abyssal l'engloutissait peu à peu, et sa solitude actuelle, ressemblait à un océan où elle se noyait inexorablement. Suivant Seth comme une automate, elle gravit derrière lui le grand escalier qui menait aux hauteurs. Même les plaintes apeurées des captives ne l'atteignaient plus. Quelque chose en elle était en train de mourir, et c'était son humanité. A force d'errer dans cet enfer, elle avait peur d'y perdre son âme. Toute la lumière qui aurait pu un jour la façonner.
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Les yeux clairs de Maeglin ne se détachaient pas de sa silhouette longiligne. Il remua les doigts de sa main gauche, et le mal qui y perça le fit grimacer. Les feux des forges se reflétaient en un incendie de haine dans ses iris déments. Il avait donné ses ordres, envoyé ses hommes où il le fallait. En parfaits soldats, ils feraient ce qu'il y avait à faire, sans se soucier de sa présence … ou son absence. Leur Maître était allé trop loin. Et là que tous avaient leurs visages pointés dans la direction des affrontements, personne ne faisait plus attention à ce qu'il se tramait en arrière. Dans un avenir très proche, Seth disparaîtrait, et sa fouine d'humaine avec lui. Mais avant, il se ferait un point d'honneur à la réduire en pièce. Morceau par morceau. La faire sombrer dans le désespoir le plus total, ou la folie. Il attendrait, patiemment, comme il l'avait toujours fait. Cette guerre tombait bien au final. Elle lui donnait un camouflage inespéré, et évinçait par la même les ennemis extérieurs qui pouvaient se dresser contre lui. Oui, à bien y réfléchir, tout était des plus parfait. Il bondit du rocher où il était posé, et se tapit dans les ombres, louvoyant comme un chat guettant sa proie.
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Seth la fixait, pendant qu'elle même se perdait dans les méandres hypnotiques des vagues mercure ondoyant dans la fiole. Le Maître s'était mis à l'aise. Vêtu d'un habit d'intérieur moins formel, il buvait lentement le breuvage magique que Saroumane lui avait légué. Ainsi donc, le moment qu'elle redoutait était là. Elle ne s'attendait pas à cela en franchissant le seuil de ses appartements. Elle ne pouvait deviner que « fêter la victoire » pour lui, voulait dire : lui faire cadeau d'une part de son immortalité. Si l'idée fut tentante un bref instant en pensant à son époux elfique, elle fut vite refroidie par les arguments de Seth. Il ne s'était pas caché de ses réflexions morbides concernant le devenir du Haut Roi des Elfes. Bien évidemment, au lieu de l'abattre dans un chagrin des plus abyssal, ceci anima en elle un brasier destructeur. Evoquer la mort de Thranduil était la pire erreur tactique qu'il pouvait faire.
« Cela ne va pas vous tuer ! Dit-il soudain, presque goguenard. Vous serez juste un peu déstabilisée les premières heures, mais après, vous vous sentirez pétrie d'une force et d'une vigueur incroyables !
- Je refuse …. répondit-elle simplement en repoussant d'une main lasse le flacon ainsi offert ».
Le verre glissa lentement sur le bois lisse de la table, et Seth arrêta de consommer son breuvage maudit. Ouvrant des yeux ronds comme des billes, tant la surprise était grande, il fronça les sourcils, et déclara, plus surpris qu'autre chose :
« Comment peut-on refuser l'immortalité ?! Avez-vous donc perdu la tête ?!
- Qui sait … à force de côtoyer des déments, la raison a peut-être fui mon esprit … rétorqua-t-elle avec un étrange rictus, qui là oui, aurait pu passer pour fou.
- Vous me décevez Alexandra. Après tout ce que nous avons construit ensemble ici, je pensais que vous seriez plus à même de comprendre. Je ne perds cependant pas espoir. Quand tout sera fini, je gage que vous serez plus raisonnable, car vous verrez l'importance de la tâche colossale qui s'offrira à Nous …. »
Elle serra le poing gauche sous la table, se plantant les ongles dans la chair. A chaque fois qu'il évoquait ce Nous, cela la renvoyait indubitablement vers Thranduil, et les promesses de bonheur qu'ils s'étaient faites.
« Jamais je ne t'appartiendrai ! Jamais ! Plutôt crever ! » aboya son esprit frondeur. La colère se mit à exécuter un ballet lugubre avec la tristesse. Ils s'offrirent une farandole aliénée dans son crâne douloureux. Son ire embraserait tout ici avant d'abdiquer totalement. Elle s'en fit le serment. Seth secoua la tête, l'air réellement navré. Il se leva de son fauteuil de Seigneur d'un autre temps, et posant le flacon vide devant lui sur la table, il renifla, et énonça quelque peu pensif :
« Nous en rediscuterons dans quelques temps, Alexandra. M'est d'avis que vous reviendrez sur votre décision …. et peut-être plus tôt que vous ne le pensez ….. »
Puis, sans un mot de plus, il quitta les appartements. Alexandra se douta qu'il allait parader au milieu de ses troupes, ou superviser l'envoi de ses nouvelles armes. Dans un cas comme dans l'autre l'imaginer, lui devenait insupportable. Une fois seule, elle saisit le flacon, et le jeta au travers de la pièce en criant. Le verre se brisa sur le mur d'en face, épandant le liquide argenté sur la pierre froide. Tilda émergea de derrière la porte de la chambre, et le bruit de ses chaînes se fit entendre avant même qu'elle ne la voie. L'esclave s'approcha d'elle, et Alexandra la toisa un long moment, avant de s'effondrer en larmes sur le tablier. Aussi pitoyablement qu'une enfant ayant tout perdu. La belle brune vint vers elle, et sans émettre un seul son, la prit dans ses bras tendrement. Telle la mère consolant sa fille. D'abord sur la réserve, Alexandra finit par l'étreindre et elle murmura :
« Je suis désolée Tilda …. tellement désolée …. en venant ici je pensais pouvoir changer les choses ….
- Tu auras essayé Alexandra …. fit Tilda la gorge nouée ».
La peine de son amie la chamboulait totalement. Jamais elle ne l'avait vu s'effondrer. Personne ici ne l'avait encore jamais vu s'écrouler de la sorte, et cela avait quelque chose de terriblement poignant. Un trait de lave traversa son crâne, et la voix de Thranduil émergea dans ce flot de sentiments néfastes qui étaient en train de l'entamer peu à peu.
« Alexandra ! Le timbre était inquiet.
- Thranduil ?! Que ….
- Ecoute ! La coupa-t-il d'un ton impérieux. Tiens-toi prête, je viens te chercher !
- Me chercher ?! Mais …. et la guerre ?! s'alarma-t-elle d'un seul coup ».
Avant même qu'il ne réponde, l'esprit de Thranduil lui envoya des images effroyables de morts, de destruction insupportables. Des images qui firent écho à ses propres souvenirs, et qui la glacèrent jusqu'au tréfonds de l'âme. Elle avait totalement échoué. Cette vérité la gifla si violemment, qu'elle en fut déboussolée un instant. Ainsi donc, malgré les combats, la souffrance; tout ce qu'elle avait traversé, ici aussi, dans ce monde, elle n'avait pas réussi à sauver ce qui pouvait l'être. Sauver ceux qu'elle aimait. A présent, des paysages verdoyants avec la forêt en bordure, défilaient dans sa tête. Elle entendit le souffle du cerf de Thranduil, le bruit du galop de la bête, accompagné d'un autre. Il était en route. Tout prêt même. Elle reconnut la forêt de Fangorn sur sa droite, en lisière de son champ de vision. Et que trouverait-il à son arrivée ? Une armée qui l'écraserait aussi facilement qu'un insecte sous une semelle.
« Tiens bon meleth ! Je viens te chercher, tu en as assez fait là-bas. Et chose encore plus importante à mes yeux, nous serons à nouveau ensemble. Je ne saurai me défaire de ta présence sans même t'avoir revu ! »
Ces quelques mots firent redoubler ses pleurs, tant elle comprenait à présent, qu'il serait impossible qu'il en soit autrement. Essayant de canaliser le chagrin qui la faisait littéralement trembler, elle répondit simplement :
« Oui amour …. je t'attends …. sois prudent …. ».
Le coeur du roi se réchauffa sous ces paroles, tandis que celui de son humaine volait en éclats. Elle rompit tout contact avant qu'il s'en aperçoive. Tilda lui caressa la tête un instant, et se penchant vers son oreille, elle lui souffla :
« Viens, il faut que je te montre quelque chose ».
Alexandra se leva et la suivit mollement, comme déconnectée de la réalité. Puis son visage eut une drôle de moue quand elle vit Tilda s'approcher d'une commode et pointer du doigt un objet.
« Il ne l'a pas repris quand il s'est changé. Ses nouvelles victoires, et l'euphorie des prochaines ont du lui brouiller l'esprit ... émit Tilda justement ».
Alexandra sourit malgré elle. Venant près du meuble, dans cette chambre à demie éclairée par les bougies et les meurtrières, elle saisit le révolver qui avait été négligemment oublié. Caressant le mélange de métal et de carbone qui le faisait, elle se surprit de ressentir un tel bonheur, un tel soulagement, en le glissant entre ses doigts. Toutes ses capacités semblèrent lui revenir d'un seul coup. Comme si une douche glacée venait de lui remettre les idées en ordres. Seth avait en effet gagné, mais jamais elle ne tolérerait que Thranduil, ou ceux qui pouvaient encore être sauvés, soient sacrifiés inutilement. Se redressant, elle fit à Tilda « Pousse-toi ». Visant l'anneau massif qui retenait les chaînes dans un coin de la chambre, près de la maigre couche de l'esclave, elle tira. Le bruit de tonnerre fit sursauter et crier la belle femme qui se tenait à présent derrière elle. Les maillons sautèrent dans un son clair. Ils se déversèrent sur le sol, tel un serpent vaincu qui recroquevilleraient ses anneaux monstrueux. Alexandra expliqua en lui saisissant les épaules de façon drue :
« Ecoute-moi bien Tilda. Ceci est de la plus haute importance. Je vais te laisser cette arme ici. Si Maeglin ou Seth, ou Shagol, ou quiconque d'autre attente quoi que ce soit envers toi, n'hésite pas et tire ! Fais-lui sauter la tête, ou tout ce qui se trouve à ta portée ! Compris ?! Les pupilles dilatées de crainte, tant elle pouvait déceler la résolution d'Alexnadra, elle hocha la tête en silence. Dès que tu le peux, fuis ! Cours et ne te retournes pas ! Je vais te donner un plan, suis-le à la lettre ! Une fois que l'explosion aura eu lieu, les accès seront ouverts. Pus aucune grille n'obstruera le passage normalement. As-tu compris ?! »
Le ton d'Alexandra était sec, rugueux, et Tilda enregistrait la moitié des informations, mais elle hocha à nouveau la tête en silence. La terrienne fit volte-face et se dirigea dans la grande salle. Elle griffonna quelque chose sur un parchemin, puis récoltant des bouts de cuirs, et du charbon, elle enfonça tout ceci dans ses poches. Il était temps. L'animation de la guerre couvrirait ses faits et gestes. Nul ne se douterait de ses intentions. Elle fourra le parchemin dans la main droite de Tilda, puis venant l'embrasser dans une franche accolade, elle dit à voix basse en lui encadrant le visage des mains :
« Merci pour tout ma belle. Si on ne se revoit pas, je te souhaite une vie merveilleusement longue et heureuse ! ».
Tilda accrocha ses phalanges à celles d'Alexandra, mais elle s'arracha à son étreinte, disparaissant derrière la porte. Elle laissa une femme tétanisée derrière, à peine consciente de ce qu'il se passait. La seule chose claire qui s'extirpait de son orage de pensées, c'était que Seth allait se trouvait face à une grande déconvenue. Et que la vengeance de cette humaine, allait faire trembler le coeur même de la terre.
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Elle avait vu juste. Nul ne faisait attention à elle. Passant par les gueules béantes des fourneaux; elle subtilisa une braise incandescente. Accroupie dans les ombres projetées d'une des matrices de la fonderie, elle déplia le cuir, posa le charbon dessus, puis cala la braise dedans. Soufflant un peu sur le charbon incandescent, elle attendit qu'un fin filet de fumée s'élève, puis elle les enveloppa. Elle prit bien soin de ne pas totalement refermer la petite bourse de cuir. Laissant l'espace suffisant pour que ça puisse respirer. Elle n'aurait pas le temps de sortir du tunnel totalement saine et sauve. Elle était bien décidée à ne plus laisser traîner les choses. Prenant le sens inverse de la plupart des courses qui agitaient les boyaux terrestres, elle prit la direction du Nord, sans se soucier plus que cela d'être vue. La chance lui sourit pour une fois. Elle passa des grappes d'orques et de soldats en armures. Nul ne s'intéressa à elle. Ses rangers fermement accrochées au sol pourtant glissant, il lui semblait que des ailes lui poussaient dans le dos, pour lui offrir une agilité surhumaine. Idhril était là, quelque part, et ressurgissait au bon moment. L'essence de son âme elfique tendait à recouvrer le chemin de sa conscience actuelle. Lui donnant des aptitudes un peu plus accrues. Arda venait-elle à son aide ? Les Valar ne l'avaient-ils pas oubliée ? Passant d'innombrables coudes et goulets tortueux, elle arriva enfin à l'endroit tant recherché. Elle bloqua sa respiration et fit attention de ne pas trop inspirer de ce gaz mortifère. Elle ne risquait pourtant pas grand chose, car les aérations étaient suffisantes pour lui éviter tel drame. Mais ses migraines persistantes lui intimèrent la précaution. Elle n'osa même pas prendre le temps de regarder au-dehors, la lumière crue qui parvenait jusqu'à elle, trahissait pourtant un jour fabuleusement beau. Elle secoua la tête, transpirante, fatiguée, elle oblitéra tout ce qui la détournait de sa tache. La douleur dans son crâne, le manque d'oxygène qui noyait ses poumons, ses muscles gourds, ses doigts suintant la transpiration qui glissaient sur le cordon de cuir. Elle attacha la bourse au-dessus du trou qu'elle avait fait des jours plus tôt, puis, sortant sa lame, elle prit le pas de gratter un peu le fond de la pochette de fortune. La fumée sortant du sac se fit plus vive, et elle sut que tout serait bientôt terminé. Elle eut la folle idée de rester là, et d'attendre la fin. Pourquoi s'enfuir ou lutter au final ? Mais l'image de l'Arbre Blanc et du Grand Chêne se plaquèrent dans sa tête endolorie, et des milliers de voix semblèrent l'appeler. Non. Pas maintenant. Elle expira le gaz carbonique qui saturait ses poumons, tendait qu'elle rebroussait chemin. L'air tiède des cavernes, aussi vicié soient-ils, emplirent à nouveau sa cage thoracique, et elle prit plaisir à inspirer. Elle croisa quelques nains égarés, qui la regardèrent avec de grands yeux surpris. Elle fonça, courut de toutes les forces qui lui étaient permises d'avoir. Elle se surprit de sa vélocité, car elle atteignit les hauts fourneaux avant que la « bombe » n'explose. N'attendant pas plus d'explications, elle arriva au grand escalier, commençant sérieusement à se poser des questions sur son dispositif. La réplique lui vint peu de temps après. Les braises rougeoyantes avaient atteint leur but. Brûlant le cuir elle finirent par l'enflammer, et la bourse chuta sur la conduite. La réaction en chaîne fût immédiate. Une colonne de feu embrasa tout sur son passage. Alimentée par les courants frais de l'extérieur qui s'engouffraient à travers les tunnels à vive allure. Un jet de flammes corrosives parcourut les mètres et les kilomètres dans une vitesse folle. Brûlant, consumant, saccageant tout ce qui avait le malheur de lui barrer le passage. Telle l'eau s'insinuant à travers la roche, le feu en fit autant. Des explosions immenses dues à la poudre et aux machines touchées par l'incendie, suivies de beuglements atroces, s'élevèrent. Firent trembler la terre. Absolument tout finit totalement rasé par l'enfer qui s'élevait. Un affolement général happa tous ceux qui étaient encore à l'intérieur. Ils se bousculèrent, se piétinèrent, s'entretuèrent. Valides ou à moitié calcinés. Une odeur infecte de chairs brûlées s'éleva dans la cheminée de la montagne. Des flammes s'ensuivirent, léchant tout sur leur chemin. Alexandra sentit la chaleur remonter jusque elle. Ardente comme la mort. Elle se plaqua sur les marches en se jetant en avant, et se colla contre le mur. Tous ceux qui ne firent pas comme elle, se trouvèrent emportés par l'incandescente attaque. Un Uruk-Haï s'effondra non loin, et elle le vit se contorsionner dans un brasier impitoyable. Il expira son dernier souffle dans un gargarisme ignoble, tandis que son sang bouillait en lui. Elle se plaqua une main sur le nez, pour échapper aux vapeurs toxiques, mais aussi pour atténuer l'odeur infernale qui saturait l'air. Elle entendit les cris des femmes plus hauts. Prisonnières de leur cage, elles mourraient sans espoir d'en réchapper. C'est alors que dans cet enfer, elle entendit la voix puissante de Thranduil percer les ténèbres amarantes. Et cet appel n'avait rien de télépathique.
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Les lignes ennemies ne cessaient de progresser. Malgré le courage, la vaillance, la force du désespoir, les armes lourdes faisaient trop de ravages. La cavalerie si fière du Rohan n'était plus que l'ombre d'elle-même. Quant aux Elfes et aux Nains, nul ne pourrait sainement dire, qu'ils n'avaient pas payé leur tribu à cette folle guerre. Qui semblait, après maints jours de combats acharnés, perdue d'avance. Le Meara d'Eomer continuait malgré tout à piaffer d'impatience, accompagné dans son ballet agile, des pas de Gripoil qui lui aussi, faisait preuve d'une bravoure à toute épreuve.
« Nous ne passerons pas la nuit Gandalf …. émit Eomer une boule fichée dans la gorge et le ventre. L'appréhension de la mort était à la fois affligeante, mais teintée d'une euphorie morbide.
- Il me semble en effet, que le sort ne joue pas en notre faveur, répondit sombrement le Mage Blanc. Son regard gris aussi perçant que celui d'un oiseau de proie se posa sur le roi des Rohirrim, et un sourire bienveillant déforma sa barbe entachée de sang. Mais les miracles existent Eomer fils d'Éomund, n'appelons pas ainsi la mort, si elle daigne nous épargner ….
- Je ne crains hélas qu'elle soit bel et bien à nos portes depuis des jours Mithrandir. Nul besoin de l'invoquer, elle se tient fièrement devant nous, tel le bourreau implacable qu'elle est !
- Alors devons-nous déposer les armes ?
- Ho que non ! Il me faudra le corps broyé et la tête aliénée, avant que je demande la reddition ! Jamais je n'abdiquerai devant des monstres de métal ! S'exclama Eomer en secouant l'épée qu'il avait à bout de bras, dans un geste conquérant.
- Bien … en ce cas ….. s'amusa quelque peu Gandalf avant de tirer Glamdring de son fourreau ».
Les hommes restant qui les entouraient dans une masse compacte, raccourcirent leurs rênes, mettant leurs chevaux de bataille en formation. Les autres extirpèrent leurs armes de leur étui. Une clameur guerrière s'éleva, tandis qu'à une centaines de toises d'eux, se dressait la horde barbare qui n'attendait que le signal pour les achever. Eomer leva les yeux vers le ciel. L'azur serait un linceul magnifique, et ce jour, parfait pour mourir glorieux. Ses pensées allèrent vers le Gondor et ses amis. Puis plus au Nord, à l'Eryn Lasgalen et les elfes sylvestres. Les Sindar se tenaient un peu plus loin sous l'égide de Celeborn et Haldir. Ils hochèrent la tête quand leurs regards se croisèrent. Tous combattraient jusqu'à la fin. Eomer enfila son cimier, contrôlant sa main pour qu'elle ne tremble de trop. Puis une fois prêt, il donna les ordres pour passer à l'offensive. Nul besoin de retarder l'inévitable. Les soldats et les chevaux se lancèrent en avant. Dévalant les collines, s'engouffrant dans les modestes vallons qui les sillonnaient. L'armée de Seth émit un beuglement de contentement à l'unissons, tandis que les premiers impacts des boulets de canons commençaient leur fauche infernale. Après des minutes sans espoir, Eomer vit les engins de sièges s'élever tel un mur infranchissable. Mais téméraire, il lança sa monture toujours plus vite, jusqu'au point d'impact, jusqu'à la rupture. Les orques agrippèrent les harnachements de cuir, et firent basculer son coursier. La chute l'ébranla, mais la rage au ventre il se redressa, son cheval blessé continuant lui aussi à combattre à ses côtés. Il ne compta plus le nombre de cadavres qu'ils laissèrent autours d'eux. La fatigue commençait à les envelopper. Ses muscles le tiraient, le faisaient souffrir mille tourments, mais il n'abandonnerait pas. Tant qu'un souffle animerait ses poumons, il lutterait. Puis vint le moment étrange entre flottement et pure lucidité, où la mort semblait si naturelle, qu'il baissa les bras, tandis que la vague toujours plus grandissante de leurs ennemis s'avançait. Que les canons transformaient ses terres en un chaotique cimetière. Puis, un vrombissement colossal secoua les os même de la terre qui accueillait leur guerre de forcenés. Tous se figèrent, alliés, ennemis, chevaux. Les corbeaux et les vautours qui tournoyaient malgré tout au-dessus d'eux, s'en allèrent à tire d'ailes. Soudain, une explosion phénoménale déchira le terrain, à l'endroit même où les canons émergeaient des entrailles de la terre, telle une harde d'insectes pullulants. D'immenses flammes jaunes s'élevèrent dans les airs, accompagnées de gerbes d'étincelles titanesques, alors que les armes se volatilisaient en un concert assourdissant de déflagrations. L'armée ennemie fut touchée à l'arrière ligne, tandis que le fléau igné passait d'une arme à l'autre grâce aux porte-flammes qui prenaient feu presque instantanément. Ils propagèrent l'incendie à travers leurs hommes, accentuant le pouvoir destructeur des éruptions. Les mines arborant un air des plus hagard, tous virent au loin, le même déchaînement de fureur se produire. Des colonnes de flamme s'élevaient tel des geysers impatients et voraces. Extirpant du ventre de la terre le mal calciné qui la gangrénait. Gandalf et les elfes constatèrent que le phénomène salvateur se propageait comme une traînée de poudre, et au loin, bien plus à l'Ouest, les Montagnes Blanches crachaient une fumée noire et opaque que nul n'arriva à expliquer. Le Mage Blanc, eut un sourire tiré, et murmura en comprenant peu à peu la situation « Et bien mon amie … il me semble que vous venez de nous sauver la mise …. puissiez-vous vous sortir de cet enfer ... ». La lame d'un orque résistant vint claquer le métal de Glamdring, et tous, fourmillant d'une nouvelle assurance, finirent d'avaler l'armée de Seth. Leurs armes miroitant la lumière, sous le flamboiement victorieux qui venait de les sauver.
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Tilda tenait encore l'arme dans ses mains. Tétanisée, tremblante, elle finit par la reposer sur la commode. Elle qui avait tant espéré se défaire de ses chaînes, se sentait nue et à la merci de tout à présent. Un million de choses se bousculaient dans son esprit, et rien de clair n'arrivait à en sortir. Le départ soudain d'Alexandra et son plan insensé la déboussolaient. Cela faisait à présent près d'une heure qu'elle ne bougeait presque pas. Le son de son coeur affolé battant la chamade comme seul compagnon. Dépliant le poing, elle daigna enfin regarder le plan, et il lui sembla que les traits s'entremêlaient pour ne pas être lus. Tremblante, elle essaya de se concentrer pour comprendre et sortir, mais l'affolement l'empêchait de réfléchir convenablement. Son sang se glaça quand elle entendit la porte des appartements s'ouvrir. La stature de Seth se découpa dans l'embrasure de la porte. Sans vraiment qu'il s'en aperçoive, elle glissa le parchemin dans la profonde poche de sa robe, et lui fit front. Essouflé, Seth balaya l'espace du regard, et voyant l'arme sans trop faire cas de son esclave si docile, il s'exclama en avalant les mètres d'un pas ample :
« Ha ! Je me disais bien que je l'avais laissé ici ! Il m'aurait manqué en ce jour de victoire ! ».
Tilda l'observait sans bouger. Transie par la peur. Ne voulant rien trahir de ce qu'il se tramait. La plus discrète et effacée possible, ce qui sembla bien marcher. Seth rangea l'arme dans sa cotte de cuir noir, et s'apprêta à repartir quand il vit son précieux coffret à élixir toujours ouvert, et posé sur la petite table ronde qui siégeait à côté d'une grande armoire. Il eut une mou critique en voyant cela, et rivant ses yeux de mercure sur Tilda, il la morigéna quelque peu :
« Tu pourrais ranger un peu ! Tu n'as que ça à faire de tes journée ! »
Puis, ses yeux s'écarquillèrent quand il s'aperçut réellement de l'état de sa servante. Pâle comme la mort, tremblotante, tenant à peine debout. Il fronça les sourcils et ouvrit la bouche pour parler quand une ombre émergea dans sa vision périphérique. Fuselé comme une lame, le profil de Maeglin s'invita sans vergogne dans sa chambre. Seth eut une étrange appréhension, comme si le baiser froid de la mort venait soudainement de le frôler. Les iris aigue-marine de Maeglin le fixait avec l'intensité d'une prédateur. Tel le lion feignant la désinvolture avant l'attaque, il se glissa dans les appartements sans dire un seul mot. Seuls ses yeux étaient braqués sur Seth, le toisant avec un mépris et une rage sans borne. Etudiant la pièce comme si c'était la première fois qu'il y entrait, il évolua jusqu'au coffre, et posant un rapide coup d'oeil sur l'objet ainsi exposé, un sourire féroce déforma son parfait visage. Seth comprit avant même qu'il ne bouge le petit doigt. Il sortit le révolver d'Alexandra de dessous le cuir, puis enlevant le cran de sûreté, il mit Maeglin en ligne de mire. L'elfe se mit alors à rire à gorge déployée. Son rictus démentiel fit frissonner les deux humains.
« Je te conseille de viser autre chose que ma main si tu veux t'en sortir vivant cette fois-ci …. menaça Maeglin dans un grognement de fauve.
- T'inquiètes, j'ai ta sale gueule dans le viseur, répondit calmement Seth ».
Deux prédateurs se jaugeant avant l'affrontement. La tension qui s'éleva dans la pièce devint palpable. Dans un geste vif, presque invisible à l'oeil mortel, Maeglin renversa le coffre et tout ce qu'il y avait dedans. Il s'écrasa sur le sol, épandant ses fioles précieuses, qui se brisèrent instantanément sous le choc. D'abord horrifié, Seth fixa les vestiges de son immortalité qui s'étalait à présent pitoyablement à ses pieds. Mu par une soudaine folie, il se jeta à genoux pour essayer de sauver ce qui pouvait l'être. Maeglin en profita pour lui foncer dessus. Seth vit plus son ombre que son corps. Il fit un mouvement sur le côté, et le coup de feu partit tout seul alors que l'elfe lui assénait un coup violent dans le thorax. Il déchanta vite quand Maeglin s'aperçut qu'il n'avait pas réussi à le toucher. Ne serait-ce que l'effleurer. Tilda hurla, et les deux homme firent attention à sa présence.
« Aide-moi au lieu de hurler comme ça ! Ne vois-tu pas que c'est ton unique chance d'améliorer ton quotidien ?! Fit alors Maeglin
- Ne l'écoutes pas Tilda ! Se défendit Seth le souffle court, comprenant le manège de son nouvel ennemi. Si tu fais ça, ce sera pire !
- Ho non, je tiens toujours mes promesses. Je suis peut-être un salaud, mais j'ai un certain code de l'honneur. Ceux qui m'aident, s'en voient … récompensés. Je te promets de te libérer de tes chaînes et de te laisser partir si tu m'aides Tilda ! Tu sais qu'un elfe tient toujours parole ! assura Maeglin une flamme déterminée brasillant dans ses prunelles claires ».
Tilda, qui se tenait dans le dos de Seth, ne savait plus quoi faire. Tout se passait trop vite. Et où était Alexandra ? Avait-elle réussi ? Et si elle avait échoué, quel serait son salut à elle ? Non, elle ne pouvait plus vivre ainsi. Attachée, séquestrée, violée même parfois. Si il existait ne serait-ce qu'une chance, elle devait la saisir. Seth ne lui avait jamais rien donné. Au contraire. Il l'avait toujours traité comme une esclave, une moins que rien. Il la pensait tellement sans défense, si fragile et impuissante. Elle bougea les bras, et le bruit avilissant de ses chaînes se fit entendre. Ses yeux noirs s'enflammèrent à la vu des maillons, et avant que Seth ne puisse soupçonner quoi que ce soit, elle s'empara de ses entraves, et dans un geste vif les enroula autours du cou de son bourreau. Le faciès de Maeglin s'illumina d'un sourire sadique. Seth se sentit partir en arrière, les chaînes saisissant sa nuque tels les anneaux d'un constricteur. Par réflexe, il porta les mains à sa gorge pour se défaire de l'étreinte mortelle. Se débattit, faisant vaciller le corps frêle de Tilda de façon dangereuse. Elle ne pesait rien face à lui. Pensant pouvoir s'extirper de cette situation malencontreuse, il vit Maeglin se pencher sur lui, et lui asséner un coup de poing dans le plexus qui lui coupa à nouveau le souffle. La strangulation plus le coup lui firent perdre ses moyens. Allait-il mourir ainsi ? Aussi stupidement ? Trahi, humilié même, par les deux êtres qui lui étaient en ce monde, le plus proches. Son sang tapait dans ses tempes, tandis que la fureur de survivre empoignait tous ses membres. Il trouva la force de se redresser, mais Tilda affermit sa prise. Il attrapa ses avant-bras durement, les serrant au poing de lui fragiliser les os, mais la belle brune ne lâcherait pas. Ne lâcherait plus. Toutes ces années martyres l'enflammant comme un démon gangréné. Malgré la torture de ses os sur le point de céder, elle serra encore et encore, jusqu'à ce qu'elle ne sente même plus ses doigts, ses bras, son anatomie toute entière. Tout d'un coup un tremblement de terre incroyable secoua la montagne. Au loin, dans les profondeurs obscures, les bruits des explosions gargarisaient comme les remous d'un estomac affamé. Les trois furent déstabilisés. Mais aucun ne bougea. Restant sur leurs positions. Seth sentit son corps se relâcher, à bout de forces; à bout de souffle. Allait-elle lui offrir, dans un élan de miséricorde, un sursis ? Non. Les maillons des chaînes s'enfonçaient toujours plus profondément dans ses chairs, la broyant, l'entamant. Du sang se mit à suinter alors que des craquements sinistres s'élevaient dans le tumulte orageux qui faisait vaciller sa forteresse. Sa fin proche n'empêchait pourtant pas son esprit de se poser des questions. La silhouette floue de Maeglin s'avança peu à peu, telle l'ombre de la mort venant le chercher. Cet elfe n'avait apparemment pas l'air de se soucier du cataclysme qui mettaient en branle l'intégrité même de la montagne. Puis, un maigre sourire habilla ses lèvres quand il entendit le fracas de sa porte d'entrée, et la voix d'Alexandra hélant le nom de sa servante. Un dernier éclair de lucidité anima sa conscience, quand il comprit qu'elle avait gagné. Dans la dernière expiration qui lui fût permis de donner, il la vit, telle qu'il ne l'avait jamais vu. Nimbée d'une aura verte tirant sur un blanc divin. Peut-être que la magie en ce monde, existait bien, après tout.
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Les braises tourbillonnantes s'élevaient comme un ballet de lucioles intrépides et insatiables. Envahissant tout. Enflammant tout ce qui avait le malheur d'entrer en contact avec elles. Encore secouée par l'explosion, Alexandra regarda en contrebas, cherchant désespérément d'où pouvait provenir l'appel. « Thranduil ! » s'époumona-t-elle afin d'essayer de passer au-dessus du vacarme ambiant. Elle toussa, se redressa lentement, mettant un bout de tissu sur son nez pour filtrer l'air. Les fumées noires chargées de métal en fusion et autres éléments inflammables, obscurcissait tout. Toussant à nouveau, elle plaqua son dos contre la paroi qui suintait de plus en plus sous la chaleur. Comme si la roche se mettait à saigner. La peur se saisit d'elle, comme réalisant seulement maintenant, dans quoi elle s'était embarquée. Pire. Dans quoi elle avait apparemment amené son âme soeur. Thranduil passa la barrière opaque du nuage nocif. Son armure et sa chevelure d'un blond flirtant avec le blanc, étincelant malgré la pénombre rougeoyante. Un instant elle resta figé devant cette apparition quasi divine. L'elfe balaya de ses yeux clairs l'espace devant lui, et ses iris d'un bleu magnifique, s'écarquillèrent, saisis par la surprise et le bonheur. Quelques orques remontaient la coursive pour essayer de se frayer un chemin dans les hauteurs, afin de sauver leur peau. Aredhel, légèrement en retrait les taillada avec un plaisir non feint. Les elfes n'avaient pas l'air aussi incommodés qu'elle par les fumerolles qui les encerclaient. Dans cette apocalypse, les deux amants se fixèrent un instant, comme si le monde qui partait en ruines autours d'eux, n'existait plus. Près de deux mois à présent qu'ils ne s'étaient plus vus, plus approchés physiquement. Le roi des elfes traversa les quelques marches qui les séparaient dans un mouvement leste et la démarche ample. Une fois à ses côtés, il s'arrêta net. La détailla comme essayant de se convaincre de sa présence. L'un comme l'autre, tant de fois réunis dans l'autre plan, avaient du mal à réaliser qu'ils étaient bel et bien là, en chair et en os, plus qu'à quelques centimètres. Alexandra, sentit sa tête exploser sous la douleur qui fulgura en elle. Elle grimaça, puis, les larmes aux yeux; en partie dues aux fumées; elle tendit la main et effleura la mâchoire de son époux. Il ferma les paupières sous son timide contact, et elle eut un rictus étrange, mêlant la joie et l'affliction.
« Tu es là …. murmura-t-elle
- Je te l'avais promis meleth …. répondit-il simplement en lui prenant le visage entre les mains ».
Etranges secondes volées au réel et au temps. Suspendues en funambules, tandis que leurs âmes s'enlaçaient bien avant leur corps. Elle faillit dire quelque chose mais des hurlements stridents l'éveillèrent. Elle leva les yeux, et s'écria :
« Les femmes ! Tilda !
- Meleth non ! Rugit Thranduil comprenant son intention.
Ô que si ! Une femme m'a sauvé la vie là-haut Thranduil ! Je ne l'ai pas vu ici, je suis certaine qu'elle est encore là, je le sens. Je ne peux pas partir sans lui rendre la pareille !
- Si tu vas là-haut, tu ne reviendras pas ! Entonna alors la voix puissante d'Aredhel qui franchit les mètres sans effort ».
Le visage androgyne de son ami apparut, comme déchirant le voile des rêves. Il avait le teint pale, les traits anxieux. Et Alexandra savait, qu'il lui faisait part de sa prophétie. Les hurlements redoublaient quelques étages au-dessus, et prenant les mains de son époux dans les siennes, elle fit dans un timbre impératif :
« Je suis seule maîtresse de mon destin ! Rien ni personne ne peut décider à ma place ! J'ai fait le plus gros il est vrai, peut-être ai-je même réussi ce que l'on attendait de moi, mais je ne pourrai pas vivre sereinement à tes côtés si les cris de ses femmes hantent toutes mes nuits, et ce jusque dans la mort, Thranduil ! »
Les muscles de la mâchoire du souverain se contractèrent plusieurs fois d'affilée; et tout en lui criait qu'il devait aller contre cette folie. Mais ses expériences à la guerre donnaient raison à son épouse. Il était difficile de vivre avec ce genre de fantômes. Elle sentit ses doigts glisser le long de sa peau, comme vaincus. Il lui offrit une grimace douloureuse tandis qu'il lui donnait son consentement. Il stoppa les protestations d'Aredhel d'un signe souverain de la main, et le coeur lourd, il observa son humaine s'affairer. Aredhel soupira et déclara alors :
« Hâtez-vous en ce cas, je reste quelque peu en arrière pour vous couvrir ».
Thranduil hocha simplement la tête, résolument certain qu'il faisait la plus grosse erreur de son existence.
Alexandra s'était ruée sur le corps fumant de l'Uruk-Haï mort près d'elle, et saisissant le trousseau de clés qui pendaient à son ceinturon de cuir, elle força dessus pour le décrocher. Le métal était encore brûlant, aussi fit-elle sauter les clés d'une main à l'autre rapidement en soufflant dessus. Puis, animée par une force incroyable, elle commença à gravir les escaliers avec une singulière agilité. Les deux elfes se toisèrent un instant, confondus. Mais ils n'avaient certes pas le temps de se poser des questions. Thranduil exécuta de sa lame nombre d'ennemis qui fuyaient plus qu'ils ne cherchaient l'affrontement. Les flammes avaient tout investi. Tout ce qui était susceptible d'être leur proie, arboraient des ballets tantôt rouges, tantôt jaunes, de flammes joyeuses qui se contorsionnaient sur les vestiges de leurs méfaits. Ou leurs bienfaits. Tout dépendait du point de vue. Quand elle prit les barreaux entre ses mains, Alexandra jura sous la morsure ardente qu'ils lui procurèrent. Elle faillit par ailleurs en perdre le trousseau. Prenant un bout de tissu qu'elle déchira de sa chemise, elle réussit à ouvrir la porte. Les femmes qui se massaient derrière, totalement terrifiées, ne surent même pas quoi faire quand elle ouvrit les battants en grand. Elle ordonna à celle qui avait l'air le plus alerte :
« Deux étages au-dessus, il y a une étroite galerie qui débouche sur un flanc assez escarpé de la montagne. Se sera risqué, mais c'est votre seule chance. Courrez à présent ! Et ne vous retournez pas ! »
La femme d'un âge mûr qui se tenait face à elle hocha la tête vivement, puis prenant les devants, elle appela ses soeurs d'infortune, et le convois féminin commença son ascension. Elle ne fût pas aisée, loin de là. Entre la chaleur, les incendies, les ennemis qui leur barraient le passage, certaines d'entre-elles n'y survécurent pas. Les autres par contre, se battirent avec la force du désespoir. La rage au ventre telle la meute de loups affamée. Une fois fait, Alexandra ne se retourna même pas pour voir où étaient Thranduil et Aredhel. Seul le sentiment d'urgence qui gigotait dans son estomac était là pour elle. Tilda avait tant fait pour sa personne, elle ne pouvait pas la laisser rôtir ici. Et surtout pas tomber aux mains de ses monstres, qui se repaîtrairnt d'elle après maintes sévices, juste pour satisfaire la frustration mordante d'avoir tout perdu.
Les migraines dans sa tête étaient comme des voisins trop bruyants, qui parasitaient sa concentration. Plus les minutes passaient, et plus son essence lui jouait des tours. Des fragments de sa vie passée se calquant sur les événements présents. Idhril sous les enseignements de Galadriel. Idhril sauvant Thranduil. Idhril soignant le roi Oropher, ou se démenant sur les champs de bataille. Tout semblait se reconstituer, se mêler. Morceau par morceau, comme parachevant un canevas depuis longtemps entrepris. Elle déboula dans le couloir, entendit à peine des lames à l'arrière s'entrechoquer. La voix d'Aredhel repoussant un ennemi, et qui se tut que trop brusquement. Et le cri, effroyable, bestial, de Shagol qui les pistait comme un limier furieux. La pensée qu'elle n'avait pas croisé Seth ou Maeglin la traversa aussi rapidement qu'elle repartit. Elle força la porte plus qu'elle ne l'ouvrit, et appela Tilda à gorge déployée, alors que sous ses pieds la roche tremblait dangereusement. Toujours poussée en avant par une force démentielle, elle se figea sur le seuil de la porte de la chambre de Seth. Son ennemi, son jumeau maléfique, expirait son dernier souffre, fortement enlacé dans les bras frêles de Tilda, dont le regard était devenu dément. Maeglin tourna la tête vers elle, très surpris de la trouver là.
« Décidément, tu es toujours là quand il ne le faut pas ! Ce sera ta dernière erreur sale chienne ! Cracha-t-il à son encontre.
- Alors tu devras m'en répondre, ou me passer sur le corps avant traître ! Aboya Thranduil qui vint de suite derrière son épouse, la couvrant se sa stature rassurante ».
Le visage de Maeglin se décomposa. Jamais il n'aurait pu, ne serait-ce qu'imaginer, voir son souverain en ces lieux. Le traître se recula de quelques pas, et Alexandra vit le danger avant Thranduil. Lentement, ce vil serpent s'approchait de son arme qui gisait au sol. Elle s'avança vers lui lestement, mais il fut plus rapide. Il saisit le manche habilement, et pointant le viseur non pas sur elle, mais sur Thranduil, il esquissa un sombre sourire en déclarant triomphalement :
« Crois-tu qu'il pourra survivre à ça ? Et toi, survivre au déchirement que ton âme va ressentir ? ».
Le coeur d'Alexandra bondit dans sa poitrine. S'affolant telle la course effrénée d'un cheval sauvage. Thranduil, crispa ses phalanges sur la garde de sa lame elfique. Tout alla trop vite pour que quiconque puisse réellement le réaliser. Maeglin appuya sur la détente, mais l'arme s'enraya dans un bruit mat de défaite. Alexandra ne réfléchit pas plus. Elle se jeta en avant sur lui, profitant de son instant d'inattention. Elle le bouscula brutalement avec le poids de son propre corps, puis lui saisit les poignets en hurlant de rage. Tilda, pétrifiée, toujours accrochée au cadavre qu'elle tenait entre les bras, finit par s'animer. Elle laissa tomber le corps sans vie dans un mouvement de recul horrifié. Puis, reprenant ses esprit, elle évita les deux corps qui avaient engagés un âpre combat tout à côté d'elle. Elle glissa littéralement vers Thranduil qui lui fit signe d'approcher. Il la passa derrière lui, la poussant sans trop de douceur dans la pièce voisine, puis le cri de l'esclave l'avertit. Shagol, écumant de colère, une longue estafilade striant son torse large témoignant du combat qu'il venait de mener, se tenait à l'entrée. Ses yeux jaunes étaient mus par un désir de mort et de vengeance, et brillaient d'un éclat sauvage qui tétanisa la pauvre mortelle. Ses canines se dévoilèrent alors qu'un sourire carnassier défigurait son visage repoussant. L'Uruk-Haï, trop heureux de sa bonne fortune de se trouver face au roi des elfes, n'écouta que son instinct meurtrier. Il se jeta sur Thranduil, dégainant sa lame courbe au passage, et les deux redoutables guerriers se choquèrent violemment dans cette pièce qui serait trop exigüe pour leur duel. Les meubles valsèrent, volèrent en éclat. Pulvérisés comme des jouets insignifiants sous la force des belligérants. Néanmoins Thranduil restait le plus fort. D'un geste vif et empreint d'une maîtrise millénaire, il fit remonter le fil de son épée le long du thorax de son ennemi, et l'ouvrit en deux comme s'il n'était fait que de papier. L'uruk-haï arbora un air stupéfait, avant d'avoir le geste impuissant de vouloir retenir ses tripes tandis qu'elles se déversaient en avant. Il tomba inerte sur le grand tapis, l'imbibant de son sang noir et gluant. Quelque peu essoufflé, Thranduil se concentra de suite sur les bruits étouffés des estoques qui se passaient dans la chambre. Quand il traversa à nouveau l'embrasure, un coup de feu retentit. Il sentit une douleur effroyable lui déchirer le flanc. Et ses yeux s'agrandirent sous l'horreur quand il s'aperçut qu'il n'était pas blessé.
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Alexandra se battait comme une lionne. Griffe et crocs en avant. Il avait beau être fort, mais cette fois-ci il n'aurait pas l'avantage. Elle se servit de tout ce qu'elle savait, pour retourner sa force surhumaine contre lui. De plus, l'essence d'Idhril grouillait littéralement en elle à présent. Elle arrivait à avoir le dessus, même si il arrivait toujours à se dégager grâce à son agilité naturelle. Cependant, elle n'en resterait pas là. Elle aurait beau être au seuil de l'épuisement le plus total, qu'elle continuerait encore à lui pourrir la vie à cet elfe de malheur. Sa main blessée lâcha l'arme, et elle s'en saisit au vol. Maeglin lui captura les poignets, et dans la lute acharnée qu'ils se livraient, le coup parti tout seul. Alexandra sentit la brûlure atroce et étrangement familière, lui entamer les chairs. Elle entendit à peine Thranduil débouler derrière elle. Maeglin et elle semblaient enlacés dans cette salle lugubre. Immobiles. Comme deux amants ne voulant plus se séparer. Puis, un ricanement ignoble s'extirpa des lèvres de Maeglin, quand il comprit l'immobilisme de son adversaire et que l'odeur du sang vint agréablement lui chatouiller les narines. Il colla sa bouche à l'oreille de la vaincue, et murmura presque tendrement :
« Qui vit par les armes, périra par les armes ….. ».
La géhenne était intense. L'on aurait dit qu'on lui liquéfiait le corps de l'intérieur. Elle ne put s'empêcher de plaquer sa main sur la blessure. Pile là où Damon lui avait tiré dessus. Pouvait-elle jouer de plus de malchance ? Elle sentit le souffle brûlant de Maeglin envelopper son lobe auriculaire, et il lui parla. Ses mots, au lieu de finir de l'abattre, soulevèrent chez elle un courroux proche de la démence. Réalisant en une fraction de seconde où tout ceci allait conduire, elle ne le permettrait pas. Pleurant malgré elle, elle répondit simplement en braquant un regard fauve dans le sien :
« Oui en effet Maeglin ! »
Dans un geste vif elle prit la dague à la lame rétractable que Thranduil lui avait offert, et qui ne la quittait jamais. Enclenchant le mécanisme pour libérer le métal de sa gaine, elle leva son bras si rapidement que Maeglin ne le réalisa pas, et plongea la pointe dans sa mâchoire dans un puissant mouvement vers le haut. La lame perfora la mâchoire inférieure, le palais, pour ensuite se ficher dans son crâne dans un craquement sinistre. Les yeux de Maeglin se révulsèrent un quart de secondes. Il tressaillit des spasmes de la mort, et tout son corps devint flasque. Alexandra le laissa chuter au sol sans compassion, et cracha sur le cadavre inerte. Puis sa blessure la tira impitoyablement vers la réalité.
« Putain de merde ! Jura-t-elle entre ses dents tout en basculant sur le sol froid ».
Thranduil se jeta en avant, la récupérant sans sa chute. Il prit la main qui comprimait la plaie avec force, et la souleva. Alexandra poussa un gémissement aigüe, et le roi devint livide. Le sang s'écoulait trop. Les membres de sa femme se contractaient et se relâchaient par intermittence. Elle tremblaient, et ses yeux versaient des larmes chaudes, qui exprimaient tout ce qu'elle ne pourrait dire. L'ombre de Tilda se dévoila derrière l'embouchure de la porte. D'abord impressionnée par le roi, elle n'écouta que son coeur, et s'invita à ses côtés, prenant des linges au passage.
« Je ne sais si cela pourra vous être utile, mais ….. fit-elle en collant les tissus de lin sur la plaie béante ».
Thranduil la toisa, perdu. La douleur qu'il ressentait dans son corps, mais aussi son âme, semblait le disloquer dans son entièreté. Aredhel vint les rejoindre. Chancelant, il arborait une blessure sanguinolente à la tête. Et son bras droit pendait lamentablement le long de son corps. L'épaule broyée pendant l'affrontement contre Shagol, le faisait souffrir milles tourments. Rien dont il ne pourrait se remettre cependant, mais Thranduil put voir son affliction quand il découvrit le corps de son amie. L'elfe laissa pendre son épée le long de ses doigts raides, et se laissant glisser sur le sol, comme vidé de toutes substances, il déclara des plus navré :
« Je lui avais dit Seigneur …. je lui avais dit …. ».
Après quelques secondes de silence, Thranduil haussa les épaules en venant caresser le front de sa compagne.
« Qu'importe à présent. La mort nous attend ici mon ami. Sens-tu la montagne qui se brise ? Entends-tu les cris qu'elle pousse ? Nous ne survivrons pas à sa chute ….
- Tu l'entends toi aussi ? Murmura alors Alexandra en accrochant son regard noisette au perle de saphir de son roi. La forêt, la montagne … tout chuchote Thranduil …. ils parlent ….
- Ils ? Qui ? Meleth …. que veux-tu dire ?! S'inquiéta alors Thranduil, craignant de déjà la perdre ».
Elle allait répondre quand un gémissement insupportable jaillit de ses lèvres mi-closes. Les craquements qui habillaient les parois de la montagne s'intensifiaient à chaque minute. Bientôt il ne resterait rien. Alexandra serra la main de Thranduil, et implora :
« Pardonne-moi …. pardonnez-moi …..
- Chut … chut meleth … ne t'agites pas inutilement ….
- J'étais là pour vous aidez Thranduil ….. pour t'aider … mais j'ai une fois de plus échoué. Je ….. »
Elle se tut brusquement. Ses yeux semblèrent chercher quelque chose du regard, et Thranduil crut que son esprit vacillait déjà. Le sien en tout cas était proprement sur le point de chuter dans l'aliénation la plus totale. Les scènes d'Idhril expirant dans ses bras, se calquant de façon morbide à ce qu'il se produisait en ce jour funeste. Alexandra ouvrit la bouche et formula « Saule ? », ce que personne ne comprit bien évidemment. Les murs des appartements se fracturèrent. Déjà ils s'effritaient sous les assauts répétés des flammes et des explosions. Offrant un rideau de poussière et de pierres aux derniers habitants qui hantaient ces lieux maudits. Si tous redoutaient la mort, ils l'accueilleraient néanmoins bravement. Tous les quatre ensemble. Thranduil serra Alexandra contre lui, se maudissant malgré tout de ce geste, tant il la faisait souffrir. Mais elle l'étreignit à son tour. Se délectant de sa chaleur, de sa présence, tandis que tout ce qui l'entourait se paraît d'une froide couverture. Puis, attiré par un bruissement singulier, Aredhel tourna la tête vers une des meurtrière. Un craquètement assourdissant rugit dans le flanc de la montagne, et tous crurent que le mont s'effondrait sur eux. Au lieu de cela, le mur vola en éclat, créant un trou béant dans la roche. Laissant pénétrer une lumière aveuglante dans le tombeau où ils se trouvaient. Ils durent plisser les paupières un instant, pour s'habituer à la lclarté. Aredhel se leva d'un bond, son bras droit pantelant le long de son corps, et s'approcha prudemment au bord du précipice qui s'ouvrait à présent devant eux. Son visage fut fouetté par les courants ascendants qui léchaient les parois de la montagne, puis, plus que décontenancé, il vit en contre-bas, arrimé de toutes ses forces, un Ent qui leur venait en aide. Et pas n'importe quel Ent. Celui qu'Alexandra avait éveillé en Isengard. Un majestueux Saule millénaire, qui lui avait déjà prêté main forte. Elle le lui en avait parlé un jour. Un de ceux, lointains, qui se paraît encore plus ou moins d'insouciance. Réellement sans voix, Aredhel ne réagit pas de suite. Thranduil et Tilda s'étaient relevés, laissant Alexandra allongée sur le pavé gris. Elle serra les dents néanmoins, refusant de rester sur le carreau. Si elle devait en finir ici, elle voulait au moins voir le ciel une dernière fois. L'air s'engouffrait dans la pièce éventrée. Faisant claquer les tentures, flotter les capes et autres tissus. Thranduil vint jeter un oeil rapide, puis se retournant vers sa bien-aimée, il s'exclama en venant la chercher :
« C'est peut-être notre chance ! »
Il l'aida à se lever, et elle poussa un cri de douleur rauque. Chaque mouvement, chaque inspiration, lui déchirait le corps. Son sang habillait déjà ses habits, coulait le long de sa jambe. Dans un sursaut de lucidité, elle fit signe à Thranduil de prendre l'arme qui gisait au sol. Une fois les quatre sur le rebord, la voix puissante de l'Ent arriva jusqu'à eux « Les Seigneurs des Cieux arrivent ! Ils savent ce qu'il y a faire ! ». D'abord un peu perdus, ils comprirent vite ce dont le vieil arbre voulait parler. Les ombres colossales des Aigles vinrent obscurcir le ciel. Alexandra esquissa un sourire tiré quand elle reconnut Landroval. Gwaihir l'accompagnait. A sa grande surprise il n'était que deux. L'Ent répondit avant même qu'elle ne formule quoi que ce soit :
« Les Aigles doivent vous conduire vous et le souverain, les autres restent avec moi ! ».
Elle aurait voulu exprimer son inquiétude, mais la souffrance l'en empêchait. Chaque effort, aussi minime soit-il, la clouait sur place. Et ce sang, qui ne cessait de coulait, drainait inlassablement sa force vitale. Quand Landroval se présenta, les déstabilisant par la battue de ses puissantes ailes, il tendit les pattes, et d'une façon plus que délicate, il prit Alexandra entre ses griffes. Autre cri, plus bref celui-ci, car elle s'évanouit. Thranduil, livide, l'interpela, mais l'aigle reprenait déjà son envol. Gwaihir lui hurla alors dans un cri puissant de rapace « A vous Roi Thranduil ! Le temps nous est compté ! L'Eryn Lasgalen est en grand danger ! ». A l'évocation de son royaume, Thranduil ne tergiversa pas plus avant. Dans un bon prodigieux, il arriva sur le dos de l'aigle qui passait juste en dessous, et ils s'éloignèrent, chevauchant les courants aquilins à une vitesse folle. Dans une demie conscience, Alexandra vit le Saule sauver Aredhel et Tilda grâce à ses branches puissantes. Saufs, c'était tout ce qui importait à présent pour elle. Le sol défilait à toute allure en-dessous, tandis que le regard clair du roi ne pouvait se détacher des traces vermillons qui striaient lentement mais sûrement, les serres puissantes de leur inestimable allié.
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Personne n'avait compris ce qu'il s'était passé. La terre avait d'abord tremblé. Puis, certains arbres de la forêt avaient littéralement pris feu d'un seul coup, comme victime de combustion spontanée. Les hordes d'orques, d'uruk-haï, de nains, d'hommes et d'elfes renégats, étaient dès-lors sortis de terre, poursuivis par un incendie immense, qui avait craché des flammes si puissamment, que l'on aurait dit qu'il voulait même embraser le ciel. Les ennemis en proie aux flammèches voraces, avaient déferlé sur eux, telle une lame de fond destructrice. Leurs armes explosant et éparpillant des braises brûlantes un peu partout. Legolas devait mener deux front, celui des elfes devant empêcher les assaillants de pénétrer dans son royaume, et celui qui devait combattre ce brasier qui allait engloutir l'Eryn Lasgalen si ils ne faisaient rien. L'atmosphère aride des derniers jours ne jouait clairement pas en leur faveur. La bataille était acharnée. Brilthor secondait le prince avec brio. Quant à Gloredhel, déjà il partait en avant, défendre les portes de la cité qui avait été en partie désertée. Les déesses ignées qui se contorsionnaient dans une danse presque hypnotique, n'avaient aucune pitié. Les animaux sous l'égide de Radagast ne purent lutter plus contre leur instinct, et tous fuyaient devant l'immense foyer qui progressait aussi rapidement que la marée noire qui avait surgi de dessous terre. Le Prince vit le moment où tout était perdu. Néanmoins, fidèle à ce qu'il était et à son héritage, il brava maintes fois la mort et le danger pour mener ses hommes. Tous sentaient la fatigue, tous commençaient à perdre espoir. Tandis que l'immense silhouette de Beorn, s'effondrait sous une masse grouillante de ces monstres repoussants. Couvrant le fracas des combats et les gémissements des arbres mourant, le cri perçant des aigles déchira les airs au-dessus d'eux. Leur ombre colossale masqua une fraction de seconde le peu de soleil qui arrivait à filtrer à travers les nuages de fumée opaque. De ses yeux perçants Legolas devina le corps de son père chevauchant Gwaihir. Et son coeur se serra presque aussitôt, quand il vit la silhouette d'Alexandra semblant sans vie entre les doigts puissants de Landroval. Luttant âprement contre l'envie de les suivre, car ne pouvant pas abandonner les siens, il redoubla néanmoins d'efforts pour pouvoir les rejoindre au plus vite. Il savait pertinemment néanmoins, que si aucune aide ne leur parvenait rapidement, que tous ces efforts et ces sacrifices n'auront servis à rien.
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Les traits de Thranduil étaient figés dans une moue d'épouvante, tandis qu'en contrebas, il pouvait clairement déceler la défaite de son armée, et l'état de sa majestueuse forêt. Les arbres ayant pris feu dessinaient des lignes droites et obliques. Il devina que ces pauvres essences s'étaient embrasées par les racines, alors que les tunnels passaient au-dessous de leur colossale stature. Il serra le poing de rage et d'impuissance. Son coeur déchiqueté par l'affliction et l'impuissance. Mais son immortalité et ses longues années, lui avaient enseigné que les choses devaient être gérées les unes après les autres, autrement il était impossible d'y arriver à quoi que ce soit. Et il était absolument hors de question à présent, qu'ils échouent. Cette guerre avait déjà trop coûté. Au fur et à mesure que les aigles fendaient les airs de leurs ailes puissantes, il reconnut l'endroit où ils les menaient. Son sanctuaire … leur sanctuaire … là où le grand chêne s'élevait en gardien millénaire dans son immense sylve. Avec le plus de dextérité possible, car leur envergure les empêchait de manoeuvrer au mieux, ils les déposèrent sur la maigre clairière qui captait le soleil, près du cours d'eau où le chêne venait s'abreuver. Inconsciente, Alexandra gisait à quelques mètres de lui, et sa poitrine se serra si densément, qu'il crut qu'elle allait se minéraliser. Un flash lui revint. Il se revoyait la trouvant agonisante, retenue par les racines puissantes de l'arbre monumental qui se dressait à présent à nouveau devant lui. Prenant le corps de son épouse dans ses bras, il se redressa, puis venant près de l'eau, il décela une étrange lueur. L'arbre brillait. Semblable au descendant de Galathion, l'avait déjà fait auparavant. La lumière n'était pas blanche, mais d'un vert tendre, fabuleux, hypnotique. Un silence quasi sacré avait envahi les lieux. Comme si la guerre ignoble qui détruisait actuellement son royaume, n'était qu'un cauchemar lointain. Il se concentra sur le moindre son que ses oreilles elfiques pouvaient déceler, mais seul les battements de coeur, plus en plus faible, de son épouse, lui parvinrent. La gorge nouée, il posa ses yeux bleus sur le visage d'Alexandra. Il était blanc, légèrement grisâtre même, et ses lèvres prenaient une teinte violacée, qui lui retourna l'estomac. Sa peine fût alors submergée par un courroux sans nom. Braquant son regard de glace sur le chêne, il hurla :
« Et maintenant ?! Que voulez-vous que je fasse par les Valar ?! Allez-vous me la reprendre dieux maudits ?!
- Silence ! »
La voix tonna comme un ciel d'orage, et les oiseaux alentours s'enfuirent dans une nuée affolée. Le timbre était animé par une telle force, que même le Haut Roi ne trouva rien à répondre. Cherchant qui avait pu oser lui parler ainsi, son attention fut attirée par un papillonnement de lumière verte provenant du chêne. Il ne rêvait pas; l'arbre émettait une clarté de plus en plus puissante; que même ses yeux d'elfes eurent du mal à supporter. La voix reprit, étonnamment plus douce. Dans un timbre qui sonna féminin et multiple.
« Approchez Roi Thranduil …. amenez-la moi ….. ».
Poussé par un désir insensé de la sauver, il plongea dans les ondes pures, qui se colorèrent de suite du sang de sa bien-aimée. Elle trembla contre lui. Le froid du liquide s'insinuant dans tout son corps, la glaçait jusqu'au plus profond d'elle-même. Mais ce froid cannibale, avait aussi pour lui de calmer la douleur. Elle sentit les bras de Thranduil accentuer la pression sur elle, comme si il avait peur qu'elle ne glisse, ne lui échappe. L'eau jusqu'au bas de la poitrine, le souverain arriva près des racines, et fit ce qu'il ne pensait jamais faire. Il supplia.
« Je vous en prie .. aidez-moi …. sauvez-la ….
- Une vie pour une vie Roi Thranduil …. ainsi sont les règles immuables de l'Univers ….. répondit alors la voix désincarnée.
- Une vie pour une vie ?
- Votre fils Legolas a profité de ce don il me semble …. »
Un marché. Voilà donc ce qui était à l'origine de la sauvegarde de son héritier. Les iris céruléens se posèrent sur Alexandra, qui reprenait peu à peu conscience. Il l'aima autant qu'il la détesta sur l'instant. Lui en voulant d'avoir conclus un pacte aussi insensé. Cependant, sa rancoeur se volatilisa bien vite, quand la voix continua.
« Calmez la sombre rancune qui vous assaille, Roi Thranduil. Son destin est depuis toujours scellé. Et ce, depuis qu'elle est arrivé ici, sur Arda ….
- Comment ça ? Vous voulez dire qu'elle devait mourir de toutes façons ?! S'emporta Thranduil, voulant déverser toute sa géhenne sur cet être qui continuez à se rendre invisible. D'ailleurs, ce point finit d'alimenter sa colère. Sachez que je ne saurai en écouter plus ! Vous qui me demeurez invisible, je n'ai que faire de vos babillages énigmatiques !
- Invisible ? Vraiment ? Se moqua presque la voix éthérée. Vous êtes encore pétri d'une grande amertume, pourtant … oui pourtant …. vous n'êtes plus celui qui a foulé ces lieux il y a de cela plus d'une année en arrière …... Je ne suis pas invisible Seigneur Thranduil, c'est vous qui refusez de voir. Ouvrez un peu plus votre coeur ….. Roi de la Forêt …. »
Le dernier titre avait été donné avec un franc sarcasme. Il allait répondre, vociférer, tant l'impuissance de la situation lui sciait toute raison. Puis, faiblement, il sentit la main d'Alexandra bouger contre lui. Sa voix lui parvint, à peine plus forte que le murmure de l'eau. Il riva ses yeux sur elle, et il resta en apnée une seconde. Quand elle ouvrit les paupières, ses iris baignaient dans la même lumière verdoyante qui nimbait l'arbre devant eux.
« Tu les vois à présent ? Tu les entends mon amour ….? ».
Dans ces éclats d'émeraude, il revit l'attention amoureuse d'Idhril. L'aura magique qu'elle avait invoqué pour le sauver de la flèche empoisonnée, il y avait de cela si longtemps à présent. Tout se mêlait. Il sentait que quelque chose bougeait. Une force phénoménale, bien au-dessus de celle des immortels, se mouvait dans sa forêt. Une magie ancestrale. Une puissance perdue dans les limbes du temps. Relevant le menton, il ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit, trop estomaqué par ce qu'il voyait à présent. La lumière s'était concentrée en une silhouette bien plus grande que la sienne. Plus longiligne aussi. Une femme, dont la beauté stupéfiante en devenait presque monstrueuse. Ses membres fuselés, tout en longueur, étaient à peine vêtus de feuillages et d'écorce. Sa longue chevelure tombait jusqu'au sol, comme un drapé d'herbe tendre, où les petits êtres de lumière batifolaient gaiement. Elle avait d'immenses yeux lumineux, dardant des rais jaunes et verts, dont la pupille à peine visible, se perdait dans un feu émeraude.
« Qui … que … ? balbutia Thranduil bêtement ».
L'être devant lui dégageait une énergie phénoménale. Aussi puissante que celle des Valar, il en était certain. La bouche formée d'une écorce fine et délicate, telle celle des bouleaux, esquissa un sourire maternel, et formula :
« Je suis l'âme de cet arbre Seigneur Thranduil …. la gardienne de son intégrité. Je suis, ce que vous nommiez, vous les Elfes, et ce bien avant votre naissance, une Dryade.
- Mais …. mais c'est impossible …. »
Un rire cristallin comme une source joyeuse habilla l'espace, alors que les lèvres de son interlocutrice restaient immobiles.
« Impossible ? Voilà bien l'outrecuidance des elfes ! L'admonesta-t-elle presque durement. Elle se déplaça sur les racines de l'arbre, et dans chaque pas, naissaient boutures et herbes folles. Elle se pencha sur eux. Son corps élancé s'arquant de façon inhumaine. Sa chevelure toucha les ondes, et vint se coller à eux. Puis, comme des doigts difformes, elle s'agrippa au corps d'Alexandra. Alexandra …. Alexandra, mon enfant …. il faut te réveiller …. ».
La voix était suave, agréable, enchanteresse. L'humaine bougea dans les bras de son amant, et basculant la tête vers la Dryade, un sourire éblouissant habilla son visage défait. Elle tendit une main faible, que la Dryade empoigna délicatement. Les phalanges de l'être fabuleux s'étirèrent, telle des racines, et prirent tout l'avant-bras de la mortelle. Thranduil ne pouvait l'expliquer, mais une étrange alchimie se créa entre ces deux êtres si différents.
« Elle m'a toujours plus ou moins vu … moi et mes enfants …. murmura presque la Dryade, qui couvait la mourante d'un air très maternel. Elle en a souffert, et en souffre toujours autant. Mais l'heure du repos est enfin venu …. ».
« Tu sais ce qu'il en est n'est-ce pas ? Murmura-t-elle en pensée à l'humaine.
- Je crois que oui …. depuis que je sens le pouvoir d'Idhril regorger mon être …. je ne suis qu'un réceptacle, n'est-ce pas ?
- Oui …. les détenteurs du pouvoir sacré de Melian étaient inaccessibles. Nous devions trouver un autre moyen. Alors il a rappelé ton âme ici. Ta mort violente dans ton monde a été le déclencheur de sa décision. Ainsi que tous les sacrifices que tu as fait. Il nous fallait un être avec une telle abnégation, une telle force, pour sauver la Graine du Coeur de la Forêt …..
- Le Coeur ….
- Oui ….. la Dryade leva un oeil complice vers Thranduil, et sourit ».
Les yeux cernés d'Alexandra s'écarquillèrent sous la surprise, comprenant réellement ce qu'il en était. Ainsi donc, et depuis le début, sa tâche consistait à bel et bien le sauver Lui. Le sauver de lui-même. De ses ombres. Pour qu'il puisse à nouveau, en digne héritier de sa naissance et de son devoir, communier avec l'essence même de ce monde.
« Vous ne pourrez gagner cette guerre Roi Thranduil, fit alors la Dryade en braquant son attention implacable sur lui. A l'image de la Nature, elle était à la fois aimante et dure, chaleureuse comme le printemps, et aussi glaciale que la faux hivernale. Mais nous allons vous y aider ….. tous autant que nous sommes, nous allons nous joindre à vous. Car le devenir d'Arda nous concerne tous. Vous, les Hommes, les Nains, même ces stupides et sanguinaires Orques. Mais nous devons d'abord rétablir l'équilibre, et nous dévoilez à nouveau, aux yeux de ceux qui n'auraient jamais dû nous oublier ….il vous faudra concéder à un sacrifice, Roi Thranduil …. le plus grand que vous aurez à faire dans votre existence …. »
Les mains du souverain saisirent Alexandra comme un fauve sur sa proie, comprenant que trop ce que cet être fabuleux lui demandait. La façon dont elle étendait ses doigts, ses racines, sur le corps de son amante, trahissait déjà ses intentions.
« Sa lumière ne sera plus dans quelques minutes …. il nous la faut si nous voulons vaincre. Elle doit les éveiller ….
- Vous n'avez qu'à le faire vous-même ! Balança Thranduil hors de lui à présent, une rancoeur innommable faisant trembler sa voix pourtant si sûre d'habitude ».
Hors de question qu'on la lui enlève, qu'on la lui arrache une autre fois. Il tira de toutes ses forces, mais la Dryade avait totalement investit le corps d'Alexandra, dont les yeux d'un vert fabuleux le fixaient étrangement. Elle savait, elle acceptait. Au seuil de la mort, toute envie de fuite ou de combat l'avait déserté. Les souffrances de son organisme blessé à mort, lui ôtaient tout ceci. Il décela dans son esprit, l'effroyable envie de repos qui la gagnait. Tous ses sentiments fluctuaient en elle comme les ondes pures qui ondoyaient autours d'eux. Sa vie défilait dans leurs esprits à tous deux. Intimement liés, Thranduil sentit tout ce qu'elle avait vécu, éprouvé. Et aujourd'hui, son amour pour lui, la condamnait inexorablement. Elle lui toucha la joue, son contact était glacé. Une larme acide roula sur la joue du souverain. Une larme si rare, si précieuse, qu'elle valait tous les trésors du monde.
« Ensemble, pour l'éternité …. murmura-t-elle alors. Une perle lacrymale aux reflets d'émeraude glissa sur le coin de son oeil à moitié clos. Alexandra, en tant que telle, n'était déjà plus là. Elle chuchota, j'ai peur Thranduil …. tellement peur …. de ne pas te retrouver de ….
- Non … Non tu entends ! Quoi qu'il advienne, nous nous retrouverons meleth ! Je t'en ai fait le serment, et il demeurera immuable ! Déclara alors Thranduil la voix brisée par le chagrin ».
La Dryade esquissa un énigmatique sourire au-dessus d'eux. Thranduil se pencha, et effleura les lèvres froides de son épouse, dont même le souffle tiède annonçait le prochain trépas. Il serra sa main si fermement, qu'il faillit la lui briser. Il hocha la tête simplement, tandis qu'il sentait l'attention inquisitrice de la Dryade sur lui. Celle-ci, à présent et enfin, liée à leur deux esprits, fît ce pour quoi elle était là.
« Reculez Thranduil …. ce qui va suivre pourrait vous consumer sans mal ….. ».
Le roi se détacha à contre-coeur du corps de son épouse. Ses doigts délaissant les siens dans une dernière étreinte doucereuse. Le corps flottant dans les ondes, la Dryade la recouvrait quasi totalement à présent de ses feuilles et branchages. Les petits êtres de lumières vinrent parcourir l'anatomie d'Alexandra, dont l'esprit évoluait déjà dans une autres sphère de conscience. Elle ressentait encore la douleur de ses chairs abîmées, celle de la séparation aussi, alors que ses yeux verts ne cessaient d'étreindre son époux. Puis, elle éprouva une douleur fulgurante, alors qu'une chose pénétrait sa peau violemment. Les racines de la Dryades s'insinuèrent sous son derme, pénétrèrent ses veines. Injectant dans son organisme une puissance phénoménale, qui lui brûla le corps dans son entièreté. Tout en exprimant enfin tout le potentiel que son âme recelait. Son cri perçant s'éleva dans la forêt. Déchirant, assourdissant, mais porteur d'une telle divinité, que sa voix éveilla tous les êtres magiques dormants sur Arda. L'onde parcourut la terre, l'eau, les airs, les roches, traversa tout ce qui se trouvait dans l'immense forêt et au-delà. Jusqu'à atteindre les elfes, et faire éclore en eux, le pouvoir enfouit depuis des millénaires. Oublié, délaissé, orgueilleusement méprisé.
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Il y eut comme un vrombissement étrange, suivit d'une chaleur incroyable, qui vint à fourmiller dans leurs chairs, dans leurs os, creusant toujours plus profondément, jusqu'à atteindre leurs âmes immortelles. Une exaltation puissante, grisante, qui les faucha quelques secondes, menaçant leur vie. Mêmes les orques, et leurs anatomies corrompues, ressentirent cet étrange pouvoir.
Legolas, à des lieux et des lieux de là, reconnut la voix de son amie, et ressentit au plus profond de son coeur, le déchirement causé par sa perte. Une partie de son âme sembla se disloquer, se détacher, pour se consumer. Puis, encore une peu secoué, il ouvrit grand les yeux, quand il discerna au milieu de ses hommes, des êtres qui n'étaient pas là auparavant. Ils brillaient, chatoyaient même, dans leurs costumes plus ou moins humanoïdes. Dryades, fées, esprits de l'eau, du vent, de la terre, et même de ce feu qui ravageait sa forêt. Tous les elfes les voyaient, et peut-être même les orques, car tous avaient arrêté les affrontements. Moment d'errements étranges qui ne dura guère, car les Nains et Hommes toujours plus ou moins aveugles, se ruèrent sur leur ennemi. Cependant, les elfes n'étaient plus seuls. L'armée restante de Seth fut victime des enfants de la Nature. Lierres, ronces et racines. Vent chargé de braises tourbillonnantes, et flammes animées pourchassant l'envahisseur. Boue, terre qui s'effondre dans des trous soudains. Rivières souterraines jaillissantes, vagues d'eau bourdonnantes et asphyxiantes. Les Dryades se joignirent à la bataille, accompagnés de leurs enfants de lumières. Mêlant magie ancestrale et force des arbres millénaires qui habitaient la forêt, elles dévastèrent une bonne partie du corps armé de leurs adversaires. Ce ne fût pas un spectacle des plus beau à voir. La Nature frappait sans une once de pitié, car elle ne la connaissait pas. Ecarsés, démembrés, les ennemis mouraient dans d'abominables souffrances. La magie de Melian se réactiva au sein de l'Eryn Lasgalen, déboussolant, rendant fous tous ceux qui avaient pénétrés ces lieux avec de mauvaises intentions. Certains orques et uruk-haïs s'entretuèrent, sombrant dans la folie la plus primaire. Bientôt ne resta plus de cette guerre, que des corps inertes, à moitié calcinés, noyés ou ensevelis. Les alentours eux-même ne semblaient pas avoir subis tant de dégâts, l'on aurait pu même croire, que rien n'était advenu ici. La victoire acquise, les rires et les chants des enfants des bois, fusèrent. Emplirent l'espace, se mêlant à un concert étranges avec les animaux. Et les elfes, perdus, ne pouvaient que rester spectateurs émerveillés.
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« C'est fini, n'est-ce pas ? Osa émettre la voix de Thranduil sombrement; alors que la clarté magique s'éteignait peu à peu dans les iris de sa bien-aimée.
- Oui …. fit simplement la Dryade en libérant le corps d'Alexandra de son emprise ».
Thranduil vint le chercher, avant qu'il ne file avec le courant. Etrangement, elle avait l'air serein. Même si le dernier son qu'elle avait émis avait été épouvantable à entendre. Il la serra contre lui, ne pouvant plus retenir ses larmes. Il la souleva sans mal, et enfouit son visage dans sa chevelure mouillée. Tout était bel et bien fini. Encore une fois. Ici, au pied du grand chêne, la boucle était bouclée. Il faillit basculer en arrière, fauché par une faiblesse mortelle. Sa poitrine sembla se crever, et s'effondrer sur elle-même. L'espace devint flou, vacillant. Il sentit les bras démesurés de la Dryade le soutenir, et d'une feuille délicate, elle vint essuyer ses larmes. Trop tétanisé par l'accablement, Thranduil ne réagit pas. Il ne pouvait que rester les yeux braqués sur le corps sans vie de son âme soeur.
« Pourquoi …. pourquoi me l'avoir rendu si c'était pour me la reprendre … ? se lamenta-t-il alors à voix basse.
- Pour vous sauver Roi Thranduil …. Nous sauver …. nous ne pouvions continuer à vivre ensemble sans jamais nous voir. Cela créait un déséquilibre trop important, qui commençait à effriter l'intégrité même d'Arda.
- Il n'y avait pas d'autres moyens !? Se rebiffa-t-il alors, se redressant dans l'eau froide.
- Personne n'était en mesure de vous atteindre, comme elle l'a fait. Eru savait que seule votre âme soeur avait ce pouvoir. Et avant que vous me demandiez pourquoi il a attendu aussi longtemps, c'est juste parce que l'occasion c'est présentée. Sa mort dans son monde, a été le déclencheur.
- Alors quoi ?! Le maître de cérémonie s'appelle « Hasard » ? Rien de plus ?! Exprima Thranduil avec un rictus méprisant.
- Rien n'est dû au hasard, Roi Thranduil …. mais …. vous le savez déjà … les yeux fabuleux de la Dryade étincelèrent à ces mots. Elle était là pour vous ….
- Non, elle était pour sauver la Graine du Coeur de la Forêt, rien de plus ! Cracha presque Thranduil dans un élan éploré.
- Mais … Roi Thranduil …. cette Graine c'est vous …. votre Amour …. fit alors la Dryade, réellement surprise qu'il n'ait pas encore compris.
- Moi ? Qu'est-ce encore que ces bêtises ?! S'écria presque le roi perdant le peu de contenance qui lui restait.
- Vous êtes en un sens, l'héritier de cette forêt. La graine porteuse d'espoirs, de vitalité, de stabilité. Sans Vous, ce royaume ne serait déjà plus. Si nous vous perdions, la stabilité précaire qui baignait ce fabuleux trésor, se serait effondrée. Alexandra vous l'a toujours dit, tout est lié, Roi Thranduil. Les elfes, qui étaient nos amis et protecteurs au commencement, nous ont délaissé au fil du temps. Nous trouvant, moins important qu'eux à leurs yeux. Après tout, il est vrai que nous sommes plus primaires, plus sauvages, moins enclin à la beauté des arts et du verbe. Mais nous sommes l'âme de ce monde. Sans nous, l'immense toile qu'il forme, se disloquerait, et tout disparaîtrait. Il fallait percer la gangue de glace qui paralysait votre coeur. Il fallait que nous nous retrouvions. Les manigances de Saroumane ont peut-être précipité les choses, Eru a vu les dangers imminents que cet homme venu du même monde qu'elle, étaient en train de fomenté. Il n'avait plus le temps. Il fallait agir, avant même que vous ne partiez tous pour Valinor, nous laissant alors sans réelle défense contre l'évolution, et le saccage des Hommes.
- Vous n'aviez absolument pas besoin de moi, ou encore d'elle ! cracha Thranduil qui fit un geste démuni en tendant le corps détrempé d'Alexandra vers la Dryade.
- Ho que si, sans elle, nous ne pouvions tous les éveiller. Son âme recelait les formules pour cela. Les autres détenteurs de ces savoirs, sont tous partis. Ils leur étaient impossible de revenir pour nous aider ….. c'est … compliqué …. avoua la Dryade dans un souffle, voyant de toute façon, que le roi n'était certes pas à l'écoute de tout ce qu'elle avait à lui dire ».
Thranduil restait les yeux braqués sur Alexandra, qui jamais plus, ne s'animerait entre ses bras. Il prit sa main gauche, et serra son annulaire. Il caressa l'alliance à tête de biche qu'il lui avait offerte, et soupira douloureusement. Puis, il se figea. Quelle sombre magie était encore à l'oeuvre ? Des points lumineux fourmillaient à la surface de l'épiderme du corps sans vie. Ils s'étalaient, recouvrant tout son organisme, tandis que plus les secondes passaient, plus elle devenait légère entre ces bras. Inconsistante. Son anatomie se volatilisait peu à peu, disparaissait de leur monde, comme si jamais il n'avait franchi son seuil. Impuissant, affolé, Thranduil remua les mains, essaya d'accrocher la peau, le tissu. Ses bras s'agitèrent en vain, alors que le cadavre de son épouse quittait le plan d'une des innombrables réalités de l'Univers. Ne resta que l'alliance qui déjà plongeait inexorablement vers le fond du bassin. Thranduil poussa un cri de bête fauve. L'aliénation sembla engloutir son esprit.
« Elle retourne dans son monde Roi Thranduil … il ne pouvait en être autrement …. expliqua posément la Dryade, comme si tout ceci lui était indifférent ».
Thranduil braqua sur elle une attention meurtrière, flamboyante de rage, et il énonça entre ses dents serrées :
« Disparais avant que j'aille chercher la hache qui te découpera en morceaux ! »
La haine qu'elle put lire dans son esprit la figea. Elle inclina son visage pointu et longiligne gracieusement, et dit simplement:
« Elle vous a fait un don, ne le gaspillez pas. Soyez garant de sa mémoire, de son combat, de son sacrifice, ou elle aura donné sa vie en vain ….. Nous nous retrouverons Roi Thranduil, dans un an, deux ans, dix siècles …. qu'importe …. Le corps de la Dryade s'enveloppa à nouveau de sa lumière magique, et se collant au tronc massif du chêne, elle se fondit dedans peu à peu. Avant que le bois n'ait totalement englouti son corps, elle ajouta énigmatiquement, je l'aimais quoi que vous en pensiez … c'est elle qui m'a insufflé la force vitale il y a des milliers d'années. Vous étiez d'ailleurs présent …. Quand le coeur de l'émeraude cessera de palpiter, sachez qu'un miracle se produira … au revoir donc …. Roi Thranduil ….
- Adieu ! Coupa-t-il sèchement sans même lui offrir un regard de plus ».
Ses pupilles dilatées cherchaient à percer les ondes pour retrouver la bague. Un éclat argenté traversa son champs de vision, et il plongea pour repêcher l'objet. Faisait fi de la tristesse, du froid de l'eau, de la lourdeur de son armure trempée. Quand sa main recueillit l'anneau, sa respiration se coupa. L'émeraude au centre brillait d'un feu étrange. Une flamme dansait langoureusement à l'intérieur. Brillante, magnétique. Dardant des éclats verdoyants purs et délicats. Il leva la tête vers l'arbre, sentant tout son être se soulever face à ce miracle. Prêt à poser des questions, mais la Dryade avait disparu. Serrant tendrement le seul vestige qui lui restait de son épouse, il sortit péniblement de l'eau, et vint s'asseoir lourdement sur le rivage. Immobile, les iris braqués sur la gemme vivante, comme décidé à attendre ici des millénaires si il le fallait, un changement.
C'est ainsi que Legolas le retrouva le lendemain. Prostré, figé, telle une statue ornant leur cité. Il lui fallût tout l'amour et la persévérance d'un fils, pour réussir à l'extirper de sa catatonie.
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« Elle ne doit pas être loin bon sang ! Cherchez mieux ! Utilisez les caméras thermiques si il le faut ! Hurla Damon réellement hors de lui ».
Ils avaient sillonnés les abords du fleuve, suivis les empreintes laissées et les traces de sang. Tout les menaient ici, là où normalement, ils auraient dû retrouver son corps. Mais rien. L'eau boueuse présentait quelques souillures vermillon, mais Alexandra n'était pas là. Morte ou vive, ils auraient déjà dû tomber dessus. Or, le résidu de forêt qui restait ici, n'était pas assez vaste pour offrir un couvert de sauvegarde suffisant. Damon trépignait de rage. La colère de l'avoir laissé filer cependant, se battait avec la réelle appréhension qu'elle ne soit plus en vie. La trahir, oui, gagner une récompense, oui, mais jamais il n'avait voulu la voir mourir. La balle avait suivi une mauvaise trajectoire, et la chute d'eau aurait dû être son ultime linceul. Il aurait dû se douter que tout ne serait pas aussi simple avec elle. Depuis des années qu'il la connaissait, c'était même fortement improbable. Ses hommes ne cessaient de tourner, de virer, d'utiliser les caméras infrarouge, de retourner le moindre bosquet, le moindre cailloux. Puis, d'un seul, un sifflement fusa. Un des gars se mit à héler son nom. Réellement transporter par l'idée de la retrouver, en vie si possible, lui donna carrément des ailes.
« Là là ! Regardez ! s'empressa de dire un homme en uniforme, tout en pointant du doigt la mare d'eau croupie qu'ils avaient de nombreuses fois étudiée ».
La tête décomposée de ce mâle pourtant aguerri au combat, interpela Damon. D'un pas leste, il sauta au bas du petit promontoire où siégeait ce vieux chêne décrépit, et fixa le point que montrait son sous-fifre. L'espace entre les racines mourantes se mit à onduler, comme un mirage en plein désert. De fines particules vertes, apparurent, parcourant, gainant le bois à l'agonie. Tous se rapprochèrent, intrigués, curieux, comme hypnotisés par les lumières fantaisistes qui s'élevaient de la terre et se déployaient sur l'arbre. D'abord translucide comme un fantôme, le corps d'Alexandra apparut peu à peu. Damon se redressa, et écoutant en premier lieu son esprit cartésien, il hurla :
« Attention ! Nous sommes peut-être sujets à une hallucination collective due à une attaque chimique ! ».
Tous abaissèrent leur masque dans un geste unanime. La tête coincée dans le bruit de ses inspirations et expirations, Damon s'approcha seul. Il pénétra dans l'eau saumâtre, grimaça sous les effluves nauséabondes qui s'en élevaient. Près du corps de son ex amante, il s'arrêta net. Quelque chose n'allait pas. Ses vêtements avaient l'air vieux, élimés par de trop nombreux combats. Il décela une cicatrice sur sa gorge qu'il n'avait jamais vu. Mais pire, la façon dont son corps était à présent lié aux racines, tendait à prouver que l'arbre avait poussé après sa mort. Le couvrant de son tronc massif et de ses racines entrelacées. Il vint saisir un bras et tenta de la déloger, mais rien n'y fit, le pied de l'arbre empêchaient toute tentative allant en ce sens. Pire, plus il tirait, et plus les racines avaient l'air de se resserrer, comme si elles étaient animées. Malgré son esprit terre-à-terre Damon sentit que quelque chose d'incompréhensible était à l'oeuvre. Ses doigts eurent une étrange sensation alors que la peau d'Alexandra mutait progressivement sous ses yeux. Elle se recouvrit de mousses, de lichens, d'herbe et de jeunes boutures. Il retira sa main en faisant un formidable bond en arrière comme si il avait été brûlé, ce qui fit dégainer tous les soldats alentours. Médusé, il sentit toute sa peau se hérisser dans une atroce chair de poule. Le corps d'Alexandra disparut progressivement, tandis que la vie reprenait ses droits. L'arbre semblait se repaître d'elle, se lier à elle, dans une étreinte annonçant un renouveau des plus singulier. La lumière verte continua à croître, à s'élever dans la sève, striant le tronc de l'arbre de marbrures chatoyantes. Nul n'osait bouger, ni même respirer. Témoins d'un miracle que jamais ils ne pourraient expliquer. Un grognement sourd retentit, et l'eau souterraine abreuvant jadis les rhizomes millénaires, ressurgit tout d'un coup. Perçant la terre, faisant rouler la roche. Les ondes purifiantes emplirent le bassin boueux, éjectèrent toute la masse informe et putride qui y stagnait. Paniqué, un des hommes alluma un des lance-flamme attenant aux armes de pointe qu'ils détenaient tous, et Damon hurla à la vue de l'appareil.
« Stop ! Que faites-vous par tous les diables ?!
- Il faut brûler ça ! C'est de la sorcellerie ! Ou pire, une arme de notre ennemi ! s'égosilla l'homme pétris d'épouvante ».
Damon ressentit au plus profond de lui, la formidable énergie créatrice qui venait baigner son corps à moitié immergé à présent. Il se délecta de la douce chaleur que cela propagea en lui. Comme si son coeur desséché par l'existence et les combats, fleurissait à nouveau. Jamais dans sa vie il ne trouvera les mots justes pour décrire cette expérience. Il sut juste qu'il fut submergé par une profonde tristesse, et en parallèle, d'un nouvel espoir.
« Ne voyez-vous pas que ce qu'il se passe autours de nous est unique ?! Ne voyez-vous pas le cadeau que l'on nous offre ? » Fit-il alors, en décrivant un arc de cercle avec son bras tendu, montrant la vie qui émergeait ci et là, sous leurs pieds, tout à côté, alors que quelques minutes auparavant, tout n'était que désolation.
« Non … bien sûr que vous ne comprenez pas …. car vous ne la connaissez pas comme j'ai pu la connaître ... murmura-t-il, le remord accablant alors son corps et son coeur. Laissez-moi ! Repartez à l'usine ! Regroupez les prisonniers, je me dois de les interroger !
- Mais …. osa dire un des soldat ne comprenant pas se retournements de situation des plus incongru.
- Il n'y a pas de mais ! Allez et exécutez les ordres, si quand je reviens tout n'est pas établi, je vous assure que vous saurez m'en répondre ! »
Le groupe tressaillit, car tous savait ce qu'il en coûtait de désobéir à cet homme. Une fois sa troupe partie, Damon resta de longues minutes, les yeux braqués sur les racines du vieux chêne qui semblait reprendre sa vigueur passée. L'eau était à présent claire, et lavait ses vêtements souillés. Il enleva son masque, et essayant de percevoir les vestiges de son ancienne amante, il ne trouva plus que du bois et de la terre. Les particules de lumières quant à elle, continuèrent leur avancée sur toute la surface du globe. Damon sut qu'un changement était à l'oeuvre. Il serait peut-être long et laborieux. La perte de cette femme, était une abomination, il le savait. Il l'avait blessée, trahie, et rien que d'y penser, il se dégoûta lui-même. Qui allait guider ces combattants pour la survie à présent ? Ses phalanges se contractèrent, et serrant le poing, il prit la décision que se serait lui. Lui seul était à présent à même de défendre sa mémoire. Leurs mémoires. Le visage déterminé d'Alexandra habilla ses souvenirs un instant, ainsi que son rire, trop rare. Il posa une main tremblante sur les racines, et murmura :
« Ainsi donc, tu avais peut-être raison … j'avais beau le nier, mais il y a peut-être quelqu'un, ou quelque chose …. quelque part … qui veille sur nous. Un pouvoir si immense que l'Homme ne le comprendra jamais ….. dors en paix à présent, mon amie ….. ».
Et il se jura, sur ce qu'il avait de plus cher, que ce lieu resterait à jamais inviolé à présent.
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Le sol était tiède. Elle n'avait pas de corps physique, elle le savait, pourtant, elle avait bel et bien l'impression d'évoluer sur une voûte plantaire, des orteils, des jambes. Tandis que l'air ambiant était étincelant d'une lumière crue, qui aurait normalement due être désagréable et agresser ses rétines sans mal. Mais rien de tout cela n'était. Ici, tout semblait calme, posé. Au loin elle entendait des rires, des gens parler, sans pouvoir pour autant les apercevoir réellement. Ils évoluaient, parés d'un spectre lumineux chatoyant et diffus. Des formes inconsistantes habillaient ces lieux pour le moins insolites. Elle reconnût néanmoins l'intérieur d'une caverne, qui se formait puis se volatilisait, pour donner accès à un espace infini alentours. Après une errance sereine, une forme familière s'approcha d'elle. Il y eut un éclat bleu fabuleux, tandis que les yeux de Gabrielle accueillaient son air perdu. L'anatomie de sa soeur se concrétisait lentement tandis qu'elle se rapprochait d'elle. Son visage d'ange se fendit d'un sourire, et elle lui tendit la main. Alexandra la prit sans réfléchir, et la voix chaude de sa cadette emplit son esprit d'un rire merveilleux.
« Viens ! Ils t'attendent ! S'empressa-t-elle de dire tout en la tirant à sa suite ».
Toujours plus ou moins décontenancée, Alexandra répéta « Ils ? ». Gabrielle ne répondit pas, elle se contenta de continuer sa route, sautillant comme une enfant sans âge, la menant, Alexandra le savait, vers la fin. Après une marche légère et vaporeuse, elle croisa une essence qui lui était familière. Là ce furent deux iris verts et bienveillants qui l'accueillirent, et Alexandra sentit toute son âme vibrer de joie quand elle reconnut Angrod, qui semblait, tout comme sa soeur, l'attendre depuis longtemps. Elle ne put trouver quoi dire ou faire, mais apparemment c'était inutile. Ici, les sentiments se véhiculaient à travers l'espace, et l'euphorie de l'humaine envahissait tout. Puis, deux âmes, bien plus lumineuses que tout le reste, apparurent. Sans trop savoir comment, Alexandra sut qu'Eru et Mandos se tenaient à présent devant elle. Mais comment était-ce possible ? Elle était une humaine. Et même si elle savait les âmes immortelles, se retrouver ici, devant eux, était quand même quelque chose d'à peine croyable. A part cette heureuse sensation de se sentir bien, son âme ne se souvenait pas de ce lieu. Pourtant, elle avait dû y passer quelques fois. Mandos émit un rire amusé en lisant le fil de ses pensées, et avoua :
« Il est vrai que nous nous sommes déjà croisé vous et moi, à de nombreuses reprises. Je m'habillais juste d'autres appellations, d'autres noms, suivant les lieux et les époques. J'espère juste que les vies que je vous ai octroyé, vous ont servi …..
- Je le pense, Seigneur Mandos …. fit-elle humblement en baissant les yeux. Même si honnêtement, elle ne se souvenait pas de tout, malgré les bribes de ses vies antérieures qui avaient tendance à s'infiltrer peu à peu dans sa conscience actuelle. Mais je crains, que malgré toutes ces chances dont vous m'avez fait grâce, je doive encore apprendre …. car il me semble de nouveau avoir échoué ….. »
Autre petit rire, mais celui-ci provint de Gabrielle. Sa bouille souriante lui rappela un instant celle de Gladhwen, et en ce souvenant de l'elfine, tout le cortège de souvenirs de cette vie qui venait de se terminer, l'accompagna. Le sentiment de plénitude dans lequel elle flottait jusqu'à présent se volatilisa, et les murs des cavernes devinrent plus réels. D'ailleurs, les corps d'Angrod et de Gabrielle revêtaient eux aussi l'aspect qu'elle avait toujours connu. Ils étaient à peine vêtus, mais cela n'avait aucune importance ici. Car les corps, elle le savait, n'étaient qu'une représentation de l'esprit, afin de se donner un minimum de repères. Peut-être que Mandos jugeait cela nécessaire. Eru, quand à lui, demeurait un être lumineux, sans forme prédéfinie. Le Juge des Âmes se paraît peu à peu d'un physique humanoïde, oscillant entre l'elfe et l'humain. Ses yeux étaient étrangement sombre, comme deux abysses insondables. Et Alexandra comprit qu'ils lui montraient l'invisible. Les infinies possibilités. Les vies antérieures et les récentes de celui ou celle qui se présentait devant lui.
« As-tu une requête Alexandra ? Demanda subitement Mandos en lui offrant un regard bienveillant.
- Une requête ? Comme quoi ? Une dernière volonté ? » Répondit-elle totalement abasourdie par telle demande.
Mandos émit un petit rire chaleureux, et fit réellement amusé par sa répartie :
« Oui, nomme-le ainsi si tu le souhaites ….. ».
Alexandra voulut réfléchir un instant pour peser le pour et le contre de sa demande, mais les paroles fusèrent avant même qu'elle s'en aperçoive.
« Prenez bien soin de ceux que j'aime, et qui m'ont aimé. Je voudrais qu'ils soient heureux … réellement heureux ... ».
Le visage mortifié de Thranduil traversa son esprit, et rien que cela, lui prouva en effet que ceci était son voeu le plus cher. Mandos leva les yeux vers la lumière d'Eru, attendant apparemment une réaction. La clarté divine sembla pulser quelques instants, allumant le ciel fabuleux de l'Univers qui les couvrait à présent, tel une étoile gigantesque. Sa voix, à la fois désincarnée et aimable, murmura plus qu'il ne parla; mais il n'avait pas besoin de hausser le ton pour qu'on l'entende:
« Ainsi donc, même ici … maintenant … avant même de penser à toi-même, la vérité fait jaillir ton abnégation avant tout le reste ….
- Je ne sais pas …. je le crois …. oui … fit simplement Alexandra ne sachant que répondre, vu que les paroles avaient surgi sans lui demander son avis.
- Ici, en ces lieux, seule la vérité est maîtresse … les âmes sont à nue et se révèlent ….. expliqua Mandos qui sentait ses interrogations ».
Alexandra se sentait petite, insignifiante, totalement dépassée par ce qu'il advenait. Elle savait que quelque chose d'important se jouait, sans savoir quoi. Puis, une étrange lassitude vint l'envelopper, et tout se désagrégea autours d'elle. L'espace sembla fondre, se diluer comme une peinture dégoulinant d'une toile. Angrod et Gabrielle disparurent, mais elle n'en ressentit aucune angoisse. Tout en elle lui disait que c'était l'ordre naturel des choses. Ne restaient plus que Mandos et Eru, qui comme des astres éblouissant, prenaient tout le champs de sa conscience vacillante. Elle flottait. Elle semblait inconsistante tout en touchant l'infini qui l'entourait. Un Amour incommensurable, étrange et déroutant, la pénétra mais aussi s'extirpa d'elle. Absolu, Universel, voilà ce qu'il était. Elle n'entendit que l'énergie d'Eru lui dire d'une voix plaisamment cordiale « Qu'ils soient heureux n'est-ce pas ? Nous verrons Alexandra …. nous verrons …. ». Puis tout disparut.
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Et voilà ! J'espère que cette fin (interminable ;p ) était à la hauteur de vos attentes !
A très bientôt pour l'Epilogue ! Vous saurez ce qu'est devenu tout ce beau monde !
Et vous aurez droit à certaines explications supplémentaires je pense, sur certains points qui peut-être vous restent obscurs.
Encore MERCI pour votre persévérance et vos commentaires, votre soutien inaliénable aussi pour certaines ;)
BISOUS à Toutes, et à très bientôt pour la FIN !
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