Narrateur : Erin Lindsay.
- Je reviendrai dans une demi-heure.
Je pousse un soupir tandis que le médecin range son stéthoscope dans sa poche :
- Je peux rester seule plus de trente minutes, vous savez …
- Vu votre état de santé, vous devez être surveillées en permanence Melle Lindsay. Votre tension est encore très basse, et votre organisme contient encore certaines drogues qui n'ont pas pu être évacuées.
Je sens mon cœur battre plus rapidement à cette annonce. Je fixe le médecin, assez angoissée :
- Et c'est pas dangereux pour le bébé ?
- Justement si. C'est pour cette raison qu'on doit vous contrôler, vous et le bébé, au moins une fois par heure.
Je pose une main sur mon ventre. Pourquoi je me sens apeurée, tout à coup ? Pourquoi je ressens cette impression bizarre?
- Je sais que vous avez déjà pris votre décision Melle Lindsay, mais vous n'êtes même pas à votre 1er mois de grossesse, vous avez encore le temps de réfléchir.
Je pousse un léger soupir. Réfléchir ? Á quoi ? A mettre un enfant au monde qui aura une mère accroc à la drogue, et un père qui ignorera son existence ?
- Je croyais que les médecins n'avaient pas leur mot à dire sur les décisions que prennent leurs patients…
Le médecin hausse légèrement les épaules :
- C'est vrai. Mais quand les médecins voient que leurs patients regrettent déjà leur décision, il est difficile pour eux de ne rien dire quand ils savent que leurs patients vont sombrer …
Tout en continuant d'écrire sur son calepin, il me jette un bref regard :
- Vous savez Melle Lindsay, je n'ai pas pour habitude d'exprimer mon point de vue. Et pour être honnête avec vous, je ne l'ai jamais fait parce que mon métier me l'interdit. Si je me permets de le faire avec vous, c'est parce que je sais que vous voulez garder cet enfant. Ce qu'il vient de se passer ce soir en est une preuve. L'idée de vous faire avorter vous effraie au plus haut point. C'est la raison pour laquelle vous venez d'essayer de vous tuer. Vous essayez de vous persuader que l'avortement reste la meilleure solution, mais vous ne voulez pas avorter, vous voulez garder cet enfant. Et vous avez tellement envie de le garder que l'idée de vous le faire enlever vous détruit. Alors vous essayez de vous donner la mort pour ne pas avoir à supporter son absence. Et vous essaierez encore et encore de vous donner la mort jusqu'à que vous réussissiez. Parce que vous préférez mourir plutôt que de vous faire avorter. Et si vous mourrez, votre enfant mourra avec vous et … de cette manière vous et votre enfant resterez ensemble.
Je le fixe sans un mot, stupéfiée par son raisonnement :
- Vous êtes quoi au juste ? Médecin ou psy ?
Il rit légèrement, me jetant un regard furtif :
- J'ai fait quelques années de psychologie. Mais il n'y pas besoin d'avoir fait des études pour le voir …
Je pousse un soupir, tout en continuant de le fixer. Puis une voix se fait retentir :
- Je peux entrer ?
Mon cœur se met à battre plus vite en reconnaissant cette voix … Sa voix. Je n'ose même pas tourner mon visage, je suis totalement paralysée.
Finalement, le médecin lève ses yeux de son calepin et se tourne en direction de la porte d'entrée.
- Vous êtes quelqu'un de la famille ?
- Je suis le père du bébé.
Il ne manquait plus que ça. En plus qu'il soit là, il a visiblement tout entendu de notre conversation.
- Enfin vous voilà, soupire le médecin. Bon, reprend-il en rangeant son calepin, je vous laisse, et après j'aimerai m'entretenir avec vous, dit-il à l'intention de Jay.
Celui-ci affirme de la tête, tandis que le médecin quitte la chambre. Une fois parti, Jay ferme la porte derrière lui puis je le vois s'approcher.
Mal à l'aise, je tourne mon visage. Je le sens s'assoir sur le rebord du lit, dans un soupir.
J'appréhende tellement ce moment que mes mains sont devenues totalement moites, sans parler des battements de mon cœur qui deviennent de plus en plus rapides.
- Comment tu t'sens ? finit-il par demander.
- Ca va, ca va …
Est-ce qu'il est au courant ? Est-ce qu'il sait pourquoi je suis ici ? Qu'est ce que Hank lui a dit ?
- On pourrait discuter ?
Je secoue lentement mon visage de haut en bas, regardant toujours ailleurs.
- Apparemment tu as déjà pris ta décision. Et … Quoi que tu décides, je te soutiendrai.
Je fronce les sourcils, vraiment surprise par ce que je viens d'entendre. Je rêve ou il vient de me donner son consentement pour l'avortement ?
Je tourne donc mon visage face à lui :
- Tu ne veux pas du bébé ?
- Ce n'est pas ce que j'ai dit. J'ai simplement dit que je te soutiendrai.
- Comment ça ?
- Cette grossesse n'était vraiment pas prévue. Je sais ce que Bunny a fait. Si tu ne te sens pas d'assumer un enfant à l'heure actuelle, je ne peux pas t'y forcer. Et je n'ai pas le droit de le faire. Parce que vu ce que tu viens de traverser ces dernières semaines, je pense qu'avoir un enfant là maintenant, ce n'est pas vraiment dans tes priorités.
Alors c'est tout ? Il prend la chose aussi bien ?
- Mais toi ? Tu veux quoi ?
- Je veux déjà que t'ailles mieux Erin.
Il pousse un léger soupir puis pose une de ses mains sur la mienne :
- Je t'aime Erin. Je t'aime plus que tout. Mais tu sais tout aussi bien que moi que notre relation ne marchera pas tant que tu refuseras de te faire aider. Et tu sais tout aussi bien que la grossesse se passera mal tant que tu refuseras de te faire aider aussi. Et c'est pour ça que tu veux avorter …
Je ne peux m'empêcher de sourire, effaçant les larmes qui menaçaient de couler :
- Hank t'a donné la lettre …
- Et je suis heureux qu'il l'ait fait, assure-t-il. Parce que j'ai enfin pu savoir ce que tu ressentais réellement. Mais j'espère que ça sera la dernière fois que j'aurais à lire une lettre d'adieu Erin.
Je me pince les lèvres, secouant mon visage de haut en bas :
- Et pour répondre à ta question, oui je le veux cet enfant. Mais on est deux à l'avoir fait Erin, donc la décision doit se prendre à deux. J'ai lu ta lettre en entier, je sais pourquoi tu ne veux pas garder cet enfant et je comprends. Alors si c'est trop dur pour toi, fais ce qui te semble le mieux. Et comme je te l'ai dit, quoi que tu décides, je te soutiendrai.
Pourquoi tout a l'air si facile vu de son point de vue ? Et pourquoi tout paraît plus compliqué pour moi ?
- Je te demande juste une faveur Erin. Juste une.
Je le dévisage, attendant impatiemment la suite.
- Je te demande juste de réfléchir encore un peu, à tête reposée. Tu l'as dit sur ta lettre, tu ne sais pas quoi faire, tu te sens comme prise au piège. Alors …
- Je pense à partir d'ici, le coupais-je.
Il me fixe les sourcils froncés :
- Enfin … prendre du recul, et partir quelques temps chez Jennifer. Je …
Je hausse les épaules, tandis que je sens les premières larmes couler :
- Erin …
- Je t'ai tiré dessus Jay, murmurais-je en larmes. J'ai failli te tuer.
- Et c'est pour ça que tu dois te faire aider Erin. Je sais que ce n'était pas intentionnel, et toi aussi tu le sais. Mais il y a cette colère, cette haine, cette peur en toi. Et il faut que tu te libères de tout ça, il faut que tu réussisses à extérioriser tout ce que tu contiens …
Je l'écoute parler pendant encore quelques minutes. Il me dit tout ce qu'il a sur le cœur, et honnêtement ça me fait vraiment du bien.
Je ne peux m'empêcher de sourire douloureusement. Malgré tout ce qui s'est passé, malgré tout ce que je lui ai fait, il est toujours là.
Mais je ne peux pas, c'est trop dur d'entendre tous ces mots qu'il me dit :
- Arrête Jay …, murmurais-je dans un soupir
Il arrête de parler, puis me fixe les sourcils froncés.
- Tu parles comme si on était encore ensemble … Comme s' il y avait un espoir pour sauver notre couple … Et ça fait mal …
- Parce qu'il y en a un, approuve-t-il. Je veux être avec toi, mais tu connais mes conditions.
Bien sûr que je les connais. Il m'en a parlé tout à l'heure à la maison, avant que la situation ne dégénère et que je parte chez Hank. Mais après tout ce qui s'est passé, je pensais qu'il aurait abandonné l'idée de partager sa vie avec moi.
- La vraie question est, est ce que tu serais prête à faire ce qu'il faut pour que notre couple marche ?
- Je peux toujours essayer …
Il sourit, puis resserre sa main autour de la mienne.
- Je veux juste que tu te fasses aider Erin. Pour toi, mais aussi pour nous, et peut-être pour notre bébé ?
- D'accord, murmurais-je.
- Tu vas aller voir ta sœur. Tu vas te changer les idées là-bas. Tu vas prendre tout le temps qu'il te faut pour réfléchir. Et dès que tu as pris ta décision, je veux que tu me préviennes d'accord ?
Exceptionnel. Voilà comment est cet homme. Voilà l'homme que je veux pour le restant de mes jours.
Quelqu'un toque à la porte. Je tourne mon visage, en même temps que Jay.
- Erin ? C'est Hank.
- C'est ouvert.
Je le vois alors apparaitre sur le pas de la porte, portant un sac de voyage.
- Je t'ai apporté tes affaires, m'informe-t-il.
Je lui fais signe d'entrer. Il ouvre la porte entièrement, puis vient déposer le sac sur le fauteuil qui est placé en face de mon lit.
Il se retourne ensuite vers nous, nous dévisageant tour à tour :
- Vous vous êtes mis d'accord ?
- Ouais … Je … Je vais partir quelque temps ici … Histoire de prendre l'air …
- Je ne parle pas de ça Erin, me coupe-t-il en me fixant.
Bien sûr qu'il ne parle pas de ça. Je sais très bien qu'il parle du bébé. Mais que lui dire ?
- Elle va en profiter pour réfléchir encore un peu … A tête reposée, l'informe alors Jay.
Satisfait par cette réponse, Hank affirme de la tête avant de reprendre :
- Et ce qu'il en est de vous ?
Et de nouveau, je ne sais pas quoi répondre. Alors, encore une fois, Jay prend la parole, ses yeux posés sur Hank :
- On s'est mis d'accord pour faire un break … Histoire de prendre du recul, de réfléchir et surtout essayer de prendre un nouveau départ … Ca pourra nous être que bénéfique. Mais quoi qu'il en soit, je serais toujours là pour elle, et quoi qu'elle décide, je respecterai son choix et je la soutiendrai.
Comme pour certifier ses propos , il me serre la main en m'adressant un petit sourire :
- Chaque chose en son temps …
