Bonjour !
Je suis tellement désolée pour ces semaines d'absence mais mon quotidien a pris une tournure où je n'ai soit pas le temps, soit pas l'énergie de relire, corriger, poster un nouveau chapitre et répondre aux reviews ! J'espère que vous ne m'en tenez pas rigueur... et que vous aimerez ce dernier chapitre. Il ne reste plus que l'épilogue ensuite :D
Bonne lecture,
Patmol25
L'incorrigible attraction
Chapitre 50
Quelque chose se préparait.
Harry était incapable de deviner de quoi il s'agissait, si ça sentait bon pour lui ou non. Mais après l'appel tout à fait inattendu de Tom à Greyback, un souffle d'excitation s'était levé dans le hangar. En moins de quinze minutes, une foule d'hommes armés était apparue, remplissant le grand espace. Le bruit des conversations martelait dans son crâne mais rien n'était assez précis pour qu'il comprenne ce qui se tramait sous son nez. Il pouvait seulement affirmer que Fenrir avait pris la tête des opérations d'une main de maître et que depuis, il aboyait des ordres à tout va et les allers-retours dans le hangar étaient incessants.
Harry était terré dans un coin, pas loin du frigo, recroquevillé sur lui-même. La douleur qui avait accompagné la cigarette posée sur sa peau avait été telle, ajoutée à toutes les brimades subies précédemment que la conversation entre Tom et Fenrir n'avait été pour lui qu'un amas de mots impossible à lier pour comprendre ce qui était en train de se préparer sous ses yeux impuissants. Une part de lui espérait que cela signifiait que quelqu'un allait venir le chercher mais il demeurait sceptique car son bourreau avait passé d'autre coups de fil, tous incompréhensibles pour lui.
Surexcité, Fenrir Greyback l'avait dévoré des yeux en se frottant les mains, faisant naître une peur irrépressible que Harry savait qu'il serait incapable d'oublier. Du moins, s'il avait la chance de quitter cet endroit. Il avait ensuite été traîné dans ce coin du hangar, entouré par deux jeunots – Pritchard et Montague – à peine dans la vingtaine qui avaient été embrigadés dans un cartel arrosant le marché noir londonien de poudre blanche. S'il avait été capable d'un peu d'empathie, Harry aurait sûrement été navré pour l'avenir pitoyable que ces garçons – deux balaises au visage encore juvénile – étaient en train de se tracer. L'un, Montague, était un gaillard aux cheveux noirs et aux traits renfrognés tandis que l'autre, Pritchard, aussi blond et pâle que Drago, affichait une mine plus hésitante, comme tordue par l'angoisse. Peut-être regrettait-il de s'être fourré dans un groupe comme celui-ci ? 'Peu importe', songea amèrement Harry. Dans l'état actuel, il ne ressentait qu'une haine brûlante. Et une fatigue éreintante.
Toute notion du temps s'était floutée et Harry était incapable de deviner depuis combien de temps il était enfermé. Les fenêtres minuscules laissaient entrevoir le ciel étoilé de la nuit mais était-ce sa première nuit, sa deuxième nuit ici ? Il n'en savait foutrement rien et son esprit s'était un peu éclairci seulement après avoir reçu un verre d'une eau à la couleur douteuse et une pomme. Harry n'avait jamais rien mangé d'aussi bon. S'il n'avait pas déjà été sujet à des premiers vertiges pour l'alerter sur l'état de sa glycémie, il aurait sûrement refusé le geste mais il n'avait guère eu d'autre choix que d'avaler rapidement, affamé, le fruit et la boisson rafraîchissante.
À présent, ses vertiges s'étaient éloignés même s'il se sentait encore tout endolori et que son estomac continuait à grogner. Il était davantage en capacité de réfléchir, notamment car l'attention uniquement centrée sur lui jusque là s'était entièrement détournée et il avait été mis de côté – à sa grande joie – comme un vulgaire paquet encombrant. Loin de s'en plaindre, il se faisait aussi discret que possible et il avait la possibilité d'observer autour de lui avec attention ce qui était en train de se passer.
Actuellement, il comptait quinze hommes dans le hangar mais certains étaient déjà partis après avoir reçu des ordres de Greyback. De tout âge, ils étaient tous armés de gros calibres et ce constat lui arracha un frisson. Était-ce bon signe ou non pour lui ? Qu'est-ce que Tom avait pu dire à Fenrir Greyback pour déclencher une telle vague ? Une sueur froide coula le long de sa colonne vertébrale en songeant à son ancien amant et à l'inquiétude évidente qu'il ressentait pour lui. Malgré la situation, cela provoqua en lui une chaleur agréable et il se serait bien giflé lui-même pour revenir sur ce qui était présentement essentiel !
Concrètement, Harry ignorait ce qu'il pouvait faire dans l'espoir de se carapater de là. Sincèrement, quelle chance avait-il face à ces colosses armés jusqu'aux dents ? Aucune. Et pourtant, le jeune homme ne pouvait pas accepter – maintenant que ses pensées s'étaient éclaircies et qu'on l'avait un peu laissé tranquille – de rester seulement passif et victime de son enlèvement. Car ce n'était ni plus ni moins qu'un kidnapping. Il ignorait ce qui se passait mais il craignait un déluge de violence puisque ils étaient tous en train de recharger leurs armes avec attention.
Il devait trouver un plan. Et vite.
« J'ai besoin d'aller aux toilettes. »
Sa voix, cassée par ses cris et ses larmes, était plus rauque que d'habitude et il frissonna en le remarquant. Il espéra conserver un visage impassible quand ses deux gardes attitrés se tournèrent d'un même mouvement vers lui, le dardant d'un regard mauvais.
« Il faut que je pisse, » ajouta Harry en se mettant sur ses jambes, lui qui n'avait pas été autorisé à le faire jusque là. « Je n'en peux plus. Je suis ici depuis… Depuis quand déjà ? Quelle heure est-il ? »
« Quasiment 21H00, » répondit spontanément Pritchard, s'attirant une moue agacée de son collègue.
Bien. Cela faisait donc presque dix-huit heures qu'il était entre les mains de Fenrir Greyback. Bordel ! Il était vraiment déphasé. Il aurait juré que cela faisait une éternité qu'il se trouvait ici, bon sang.
« J'ai vraiment envie de faire pipi, » insista t-il en commençant à se dandiner sur ses jambes. « Ça va prendre trente secondes. »
« Tu n'as qu'à pisser ici, » répliqua froidement Montague.
« Ici ? » s'offusqua Harry en ouvrant grand les yeux. « Vous avez vraiment envie que je pisse à seulement quelques centimètres de vous ? Sérieux, je trouve ça dégoûtant. L'odeur dans ce foutu hangar laisse déjà à désirer alors si je commence à pisser contre tous les murs, je vous laisse imaginer le résultat final. »
A la fin de sa tirade, son cœur battait à toute allure dans sa poitrine mais il s'efforça de garder une mine renfrognée, comme si l'idée du garçon devant lui le révulsait réellement. Parler ainsi n'était pas dans ses habitudes mais Harry tentait le tout pour le tout. Il n'avait pas vraiment envie d'uriner. Il tentait simplement de gagner du temps et de pouvoir bouger de ce coin bien trop sombre et étriqué dans lequel il était confiné depuis un petit moment déjà.
« Bon. Suis-nous, » bougonna le blond de mauvaise grâce. « Et ne t'avise pas de… »
« Ouais, ouais, je sais, » crâna Harry en balayant l'air d'un mouvement de la main. « Je veux juste pisser. Je ne suis pas fou. »
Les deux compères échangèrent un regard perplexe avant de soupirer de concert. Montague se plaça devant lui tandis que Pritchard restait derrière lui, son arme pointée dans son dos. Harry eut un spasme involontaire en sentant le canon de l'arme s'enfoncer entre ses omoplates et il s'efforça à ne pas paniquer.
« Où allez-vous aux toilettes quand vous avez envie ? » demanda tranquillement Harry en faisant un pas en avant. « Cet hangar est vachement glauque. Je doute que vous soyez équipés de toilettes. »
« A l'extérieur, » grogna Montague, visiblement éberlué par leur conversation. « Maintenant, ferme là et avance en silence sinon… »
L'homme ne termina pas sa phrase mais son ton lourd de menace, associé à un regard particulièrement dur, parvint malgré tout à faire l'effet d'un coup de poing dans l'estomac de Harry. Ce dernier pinça les lèvres, souhaitant plus que tout que sa peur ne se lise pas dans son regard. Son cœur rata littéralement un battement en réalisant qu'ils se rapprochaient tout les trois de la porte du hangar.
Sa langue vint humidifier ses lèvres trop sèches et il lutta de toutes ses forces pour afficher aucune émotion sur son visage rendu pâle par les dernières heures passées entre les mains de Greyback et de ses chiens. Ses membres se mirent à trembler, conscient que son opportunité se situait là, dans la crédulité de deux jeunes recrues encore hésitantes.
« Où vous allez ? » brailla soudain la voix de Greyback. « Que personne ne bouge ! »
L'espoir qui avait commencé à naître en lui s'évapora aussitôt, ne laissant place qu'à un désespoir incontrôlable. Aussitôt que l'ordre claqua dans les airs, tout le monde s'immobilisa dans un seul mouvement. Seules les respirations rapides et le ronronnement du frigo brisèrent le silence dans le hangar.
Harry eut malgré lui un mouvement de recul quand Greyback fondit droit sur eux et il écrasa sans le vouloir l'un des pieds du blond qui s'était raidi tout autant que lui. Les yeux dorés du chef brillaient d'une lueur folle et encore une fois, Harry se demanda s'il serait capable d'oublier un jour ceux-ci. À sa grande surprise, Fenrir ne l'atteignit pas mais enroula plutôt sa large main autour du cou de celui aux cheveux noirs, le faisant devenir livide en une poignée de secondes.
« Qu'est-ce que vous croyez faire au juste ? » siffla t-il avec hargne.
« Toi-toilettes, » articula difficilement le garçon malgré les doigts comprimant sa trachée.
« Où est-ce que tu allais l'emmener pisser ? » hurla Greyback en le secouant comme un prunier. « Dehors ? Est-ce que tu te fous de ma gueule, espèce d'imbécile ? Ce gamin est notre monnaie d'échange et notre bouclier. »
Les mots donnèrent le vertige à Harry qui demeura muet, les lèvres scellées l'une contre l'autre. Monnaie d'échange ? Bouclier ? Qu'est-ce que ça signifie ? Une partie de lui voulut protester pour ce garçon qui se faisait littéralement étrangler par Greyback devant tout le monde. Et personne, bon dieu, personne ne réagissait. Le silence était toujours aussi total dans le hangar même si Montague commençait à suffoquer bruyamment, les yeux remplis de larmes. Mais ses lèvres étaient comme collées et il ne pouvait rien dire, rien faire.
« Pardon, » balbutia le blond, aussi tétanisé que son camarade. « On pensait que… »
« Eh bien, arrête de penser ! » aboya Fenrir en le foudroyant du regard avant de se tourner vers l'ensemble de ses hommes qui assistaient à la scène sans un mot. « Harry Potter est le fils d'un commissaire et d'une avocate. Il est celui qui se fait baiser par Tom Jedusor. La moitié de cette putain de ville est à sa recherche. Alors, personne ne le touche ou ne prend la moindre décision le concernant. Il est à moi. À moi. C'est clair ? »
Une vague de murmures approbateurs s'éleva même si tous évitèrent consciencieusement de croiser le regard complètement enragé de Fenrir Greyback. Celui-ci, après un regard particulièrement dédaigneux pour le jeune homme qui était en train de suffoquer sous ses doigts, le relâcha et s'éloigna d'un pas, foudroyant également Harry du regard qui cilla bien malgré lui.
« Va le faire pisser là-bas. »
Après cet ordre dénué de la moindre émotion, Fenrir se détourna d'eux et retourna vers le centre du hangar comme si rien ne s'était passé. Il fallut un peu plus de temps au reste des personnes présentes pour reprendre leur esprit et le silence, lourd et pesant, s'étira encore quelques secondes.
Harry était figé. Emberlificoté dans sa terreur de n'être qu'un bouclier pour Fenrir Greyback, il fut heureux de voir Montague s'accorder une minute pour reprendre ses esprits et sa respiration. De sa place, Harry pouvait voir que des marques rouges commençaient déjà à apparaître autour de la peau halée du garçon. Bon dieu ! Mais comment pouvait-il accepter de se soumettre à un tel homme ?
« Allons-y, » ordonna celui-ci dans l'espoir de reprendre contenance.
Son camarade lui lança un regard soucieux et Harry nota que sa mine chiffonnée par l'angoisse s'était encore accentuée et que la peur était criante dans son regard alors même qu'il n'avait pas été celui subissant la colère de Greyback. Après une seconde d'hésitation, il enfonça un peu plus le canon de son arme dans le dos de Harry pour le forcer à avancer et ils se retrouvèrent bientôt derrière une espèce d'étagère d'entrepôt qui, par le passé avait dû être d'un gris acier étincelant, était à présent sale et rouillée.
« Merci, » chuchota Harry face à ce semblant d'intimité.
Son remerciement ébranla visiblement les deux garçons qui échangèrent de nouveau un regard incrédule. Décidé à appuyer un peu plus sur cela – car la gentillesse ne faisait visiblement pas partie de leur quotidien – Harry leur adressa un sourire timide mais chaleureux. De ses mains tremblantes, il leur tourna le dos puis défit sa ceinture et le bouton de son jean pour uriner contre le mur en béton. La honte lui laissa un goût amer dans la bouche mais il l'ignora sciemment. Ce n'était pas le moment de faire le difficile.
« Ça va ? » marmonna le blond à son camarade.
« Ouep, » grogna l'autre en détournant le regard, visiblement gêné. « On a été con. On n'a pas réfléchi. »
« Je suis désolé, » murmura Harry sur le ton de la confidence en se tournant vers eux pour reboucler sa ceinture. « Je ne voulais pas vous attirer des ennuis. Je sais que Greyback a parfois des réactions excessives que vous n'avez pas d'autres choix que de subir. »
« Je… C'est pas grave, » balbutia Pritchard, clairement choqué.
Harry lui répondit là encore par un sourire compatissant alors même que l'ensemble des muscles de son visage se contractaient involontairement sous le stress. Il y eut un instant de malaise dans cet espace étriqué, caché à l'abri des regards puis Montague se racla la gorge, mal à l'aise avant de lui indiquer d'un mouvement de la tête de se remettre en marche.
Au moment où il passa à côté du blond, Harry prit une grande inspiration et ne se laissa plus la possibilité de réfléchir. Son genou droit vola en direction de l'entrejambe du garçon qui poussa un cri étouffé et se plia en deux, son arme volant de sa main. Aussitôt, Harry se jeta au sol pour la ramasser et un soupir de soulagement traversa ses lèvres quand ses doigts se refermèrent autour de la crosse et qu'il put lever le revolver en direction de Montague.
« Ne bouge plus, » menaça Montague, le surplombant de toute sa hauteur. « Tu t'es attiré de sacrés ennuis en faisant cela. »
Ahuri d'être parvenu à désarmer Pritchard qui, une main toujours posée sur ses parties intimes douloureuse, le dévisageait avec effroi, comme s'il ne croyait pas à la scène qui venait de se dérouler.
« Ne bougez pas, » siffla à son tour Harry en se remettant debout sans cesser de les viser avec le revolver. « N'oubliez pas que je suis l'amant du patron de la mafia. Il m'a appris deux ou trois choses à faire avec ces joujoux. »
Harry était bien moins sûr qu'il ne le prétendait mais il ne devait plus flancher. C'était à présent l'heure d'agir.
« Donne-moi ton arme. Et je ne ferai rien, » assura t-il en s'adressant à Montague. « Je veux juste sortir d'ici. Je n'ai aucun intérêt à abattre qui que ce soit. »
Montague, d'un simple mouvement de doigt connaisseur, ôta la sécurité du revolver, faisant tressaillir Harry qui, sans réfléchir, sauta derrière Pritchard puis posa son arme sur la tempe du jeune homme. Le silence s'alourdit un peu plus dans cet espace hors du temps où, tous les hommes de Greyback et lui-même ignoraient ce qui était en train de se dérouler.
« Donne-moi ton arme, » répéta Harry d'une voix plus assurée, tenant toujours en joue Pritchard dont le visage était devenu encore plus livide. « Je ne suis pas qu'une monnaie d'échange. »
« Tu ne pourras pas faire un pas hors d'ici, » grogna Montague en lui tendant néanmoins son arme. « Tu vas te faire tirer dessus à la minute où ils vont te voir. »
Emporté par une confiance inébranlable, Harry ne répondit pas. L'arme dans sa main droite était toujours appuyée contre la tempe du blond tandis que celle dans la gauche visait droit dans la poitrine de Montague. Harry avait conscience d'avoir une chance inouïe et Fenrir Greyback, en assurant sa sécurité avec deux jeunes recrues visiblement peu sûres d'elles avait pris un gros risque.
« Avancez, » ordonna Harry avec rudesse. « Je ne veux pas rester une minute de plus ici. »
« Tu es en train de faire une énorme connerie, » déclara Pritchard.
Quand ils quittèrent le petit espace derrière l'étagère en ferraille, Harry eut le sentiment de se trouver dans une réalité improbable. Tout d'abord, personne ne fit attention à eux, à lui, armé de deux revolvers qui utilisait Montague et Pritchard comme des boucliers humains. Son coeur battait à vive allure mais ses mains ne tremblaient pas.
Au bout de quelques instants, alors qu'ils n'étaient plus si loin que cela de la porte – et Harry croyait rêver –, quelqu'un remarqua enfin leur marche étrange. Harry se mit dos au mur, là où personne ne pouvait l'atteindre de derrière. Pritchard et Montague étaient si hauts et larges qu'ils le dissimulaient presque derrière eux mais le pouvoir d'une arme remplaçait une montagne de muscles.
« Qu'est-ce que… ? »
« Oh, putain. »
« Merde, Fenrir ! »
Les premières exclamations retentirent dans le hangar mais Harry demeura impassible et sûr de lui. Là était sa seule chance, n'est-ce pas ?
« Levez les mains, » chuchota t-il fiévreusement à ses deux otages.
Oh bon dieu, heureusement qu'il avait regardé quelques films d'actions où des personnages finissaient toujours par être pris en otage. Ça donnait un peu de poids à ses actions et à ses mots ! Sans un mot, le visage pétrifié, Montague et Pritchard obéirent au moment où Fenrir Greyback éclata de rire. Un son rauque et moqueur.
« Alors là, Potter, je dois dire que tu m'impressionnes. Je te tire mon chapeau ! » s'exclama l'homme en s'approchant tranquillement d'eux. « Tu as réussi à désarmer deux de mes jeunes hommes et à leur voler ces pistolets. Toutes mes félicitations. »
« Croyais-tu que je n'allais rien tenter ? » gronda Harry en le fusillant du regard. « Maintenant, je vais partir et vous allez tous me laisser y aller. Ok ? »
Bon dieu, Harry peinait à croire sa propre audace. Il y allait au culot, conscient qu'il y avait plus de chance que cela échoue plutôt que l'inverse. Mais peu importe, il était dans une position un peu meilleure et il voulait à tout prix tenter le tout pour le tout.
« Tu as conscience, Harry, que, même si tu as récupéré deux armes – et c'est tout à ton honneur – eh bien, il reste ici une quinzaine de gaillards tout aussi, voire plus armés que toi, » menaça Fenrir d'un ton bourru, à quelques mètres d'eux.
« Tu ne peux pas me faire tuer maintenant, » répliqua froidement le jeune homme. « Tu m'as toi-même désigné comme une monnaie d'échange. Ça ferait mauvais genre que ta monnaie ne respire plus au moment où tu veux l'utiliser, n'est-ce pas ? »
« Tu n'as pas tort mais les armes, quand elles sont utilisées avec précision, ne tuent pas toujours. »
Un coup de feu partit, le faisant haleter de peur et Harry, comme ses deux otages, se courbèrent en avant. Ils purent entendre la balle siffler au-dessus de leur tête avant de se ficher dans le mur derrière eux. Montague et Pritchard en profitèrent pour rouler sur le côté et Harry fut soudain seul, exposé à Greyback et ses hommes. Ses mains ne tremblèrent pas quand il releva les armes, prenant conscience qu'il n'avait aucune porte de sortie, ni aucun moyen de se protéger si Greyback ordonnait à ses hommes de faire feu.
« L'accueil est toujours aussi agréable, Greyback. »
Le choc d'entendre et de reconnaître la voix de velours à sa droite, à l'entrée du hangar, fut tel que Harry manqua de laisser tomber ses deux armes. Bouche-bée, il dévisagea la silhouette haute et sombre de Severus Snape. Voir l'homme ne lui avait jamais provoqué un tel soulagement. Son visage aussi sévère et fermé qu'à l'accoutumé, il tenait dans une main une valise en cuir noir et observait la scène sous ses yeux de ses orbes obsidiennes.
« Severus ! Mon cher vieil ami ! » s'écria Fenrir sans lâcher Harry des yeux. « Fouillez-le. Es-tu sûr de ne rien porter sur toi ? J'ai dis à Tom que je te tuerai si c'était le cas. »
« Nous n'avons jamais été ami, » rétorqua sobrement Snape, ignorant la fin de sa phrase, tandis que trois hommes s'approchaient de lui pour le palper. « Si j'étais vous, je n'oserai même pas toucher à cette valise. »
Éberlué, Harry, sans jamais baisser ses armes, observa Snape se faire fouiller avec application par les trois hommes. Ils se reculèrent ensuite en secouant négativement la tête, assurant ainsi qu'il ne portait ni arme, ni gilet pare-balle. Qu'est-ce que Severus Snape foutait ici, bon sang ? Était-ce à cette rencontre qu'avait conduit le coup de téléphone entre Tom et lui ? Harry n'avait quasiment rien compris à leur échange ! Il avait seulement pu spéculer avant de décider, quoiqu'il en soit, de tenter le tout pour le tout pour s'échapper d'ici. Aurait-il dû sagement attendre l'arrivée de Snape ? Non, merde, comment aurait-il pu le deviner ?
« J'ai des hommes placés tout autour de ce bâtiment, » ajouta Greyback en se tournant à demi pour avoir à la fois Harry et Severus dans son champ de vision. « Si un des tes coéquipiers apparaît ou pire, les flics, je fais feu aussitôt sur toi et sur Potter. »
« Le contraire m'aurait déçu, » susurra Severus, pas le moins du monde inquiet de la menace. « Pouvez-nous procéder à l'échange ? J'ai ici quatre millions de livres. »
Quatre millions de livres ? Oh. Mon dieu ! Tom venait-il réellement de débourser quatre millions de livres pour le libérer ? Si l'idée d'être considéré comme une marchandise le révulsait, Harry demeurait malgré tout touché par le pactole que sa vie représentait pour l'homme.
« Nous devons vérifier cette valise et bien sûr, Harry doit rendre les armes qu'il a emprunté à deux de mes hommes. »
Pour la première fois depuis son arrivée, les yeux de Snape rencontrèrent les siens et Harry sentit une bouffée de soulagement l'envahir. Severus Snape était le genre d'homme inébranlable et profondément rassurant qui, à cet instant précis, représentait sa porte de sortie de cet enfer.
« Je veux que Mr Potter s'approche de moi pendant la transaction. »
« Lâche les revolvers, Potter, » grogna Greyback.
« Vous pouvez rêver, » aboya Harry.
« Après ce que vous lui avez fait, il a le droit de se sentir davantage en sécurité avec deux revolvers, » cracha Snape en arquant un sourcil menaçant. « Tom ne va pas apprécier que vous l'ayez ainsi abîmé. »
Harry ne voulait même pas imaginer l'état de son visage et de son corps après tous les coups donnés par Greyback et ses sous-fifres. Porté par l'adrénaline, la douleur avait quasiment disparu de son corps mais quand tout ceci serait fini – et s'il en sortait vivant bien sûr – la souffrance allait se rappeler à lui !
« Il doit lâcher les flingues ! » insista Fenrir.
La tension dans le hangar était à son paroxysme. Tous étaient incroyablement tendus, doigt sur la gâchette, près à faire feu. Confus, Harry interrogea du regard Snape qui hocha imperceptiblement la tête dans un signe rassurant.
« Il les lâchera lorsqu'il sera près de moi. »
À pas lents et mesurés, son cœur cognant dans sa poitrine, Harry se rapprocha doucement de Severus Snape. Tous les regards étaient rivés sur lui et il ne pouvait pas s'empêcher d'avoir l'impression d'être un lapin pris dans les phares d'une voiture. Pouvait-il vraiment avoir confiance en Greyback pour respecter l'accord qu'il avait visiblement passé avec Tom ? Lorsque cet accord avait été conclu, il était en train de hurler de douleur sous la brûlure d'une cigarette !
À présent à seulement deux mètres de Snape, Harry sut que c'était le moment de déposer les armes et de s'approcher de l'homme, sans la moindre protection. La gorge sèche, il se pencha légèrement en avant pour jeter les revolvers au sol mais, alors que jusque là, personne n'avait bougé, comme si le temps avait été mis en suspend, un bruissement de vêtement se fit entendre et Harry vit un homme faire un mouvement dans sa direction.
Alors, il fit la seule chose qui lui passa par la tête : il tira.
La déflagration le fit reculer de deux pas et, la bouche grande ouverte, il vit l'homme s'effondrer au sol dans un hurlement de douleur terrible qui lui vrilla le crâne. Le reste se passa en seulement un quarte de seconde.
« Potter ! » hurla Snape, le visage livide.
Harry lâcha un couinement au moment où l'homme l'attrapa par la manche de son pull et le propulsa derrière le frigo près de l'entrée. Il s'écrasa contre le mur et hoqueta quand Snape lui sauta littéralement dessus au moment où une rafale de tirs s'écrasa sur le frigo qui tangua dangereusement d'avant en arrière. Ils étaient tous les deux coincés entre le mur et le frigo, sans possibilité de bouger.
« Qu'est-ce qui vous a pris, bon sang ? » siffla l'homme en le foudroyant du regard. « Donnez-moi ça ! »
Sans aucune délicatesse, Snape lui arracha des mains les deux revolvers. Harry, sous le choc d'avoir tiré et touché sa cible, ne protesta pas. Son corps entier tremblait et les larmes montèrent à ses yeux. Oh merde. Il avait tout fait foirer. Tout !
« Ne bougez pas, » persifla inutilement Severus en s'accroupissant derrière l'électroménager. « Les choses vont s'inverser d'une seconde à l'autre. »
« Ils vont venir ici, » haleta Harry en secouant la tête violemment. « On ne peut pas se cacher. »
Dans le hangar, un mélange de rage et de vengeance flottait dans l'air. Le réfrigérateur était criblé de balle et au moment où Greyback allait s'élancer dans leur direction, la porte d'entrée du hangar explosa littéralement, provoquant une fumée épaisse et blanche dans l'air. Terré dans soin coin, Harry, les yeux écarquillés, observa une foule de personnes, armées et couvertes de casques et de combinaisons épaisses, se précipiter dans l'espace en hurlant et en tirant à tout va.
« POLICE ! »
« DÉPOSEZ LES ARMES ! »
« A TERRE ! LES MAINS EN L'AIR ! »
« A TERRE ! »
Jamais Harry n'avait été aussi heureux d'entendre ces mots là. Il plaqua ses mains contre ses oreilles, assourdi par les bruits de coups de feu. L'air se remplit de l'odeur âcre propre aux balles et il se mit à trembler avec violence sous le regard sincèrement inquiet de Snape. Celui-ci passa un bras autour de lui et le couvrit littéralement de son corps, lui offrant une protection qui bouleversa Harry. Le bruit était assourdissant – des cris, des coups de feu, des insultes – autour d'eux et la fumée ainsi que le frigo leur cachaient la vue.
Puis plus rien.
Le bruit s'éteignit doucement et le silence revint. Épais et lourd. Horrifié à l'idée de ce qu'il allait trouver s'il sortait de sa cachette, Harry resta immobile, les mains toujours plaquées sur ses oreilles. Après tout ce raffut, un bourdonnement persistait et il était terrorisé à l'idée de se dévoiler. Snape lui-même demeura immobile, ignorant qui avait eu le dernier mot.
« Où sont-ils ? Où est-il ? »
Les yeux de Harry se remplirent de larmes en reconnaissant la voix qui venait de brailler ces deux phrases. Soudain monté sur ressort, Harry bondit sur ses jambes et bouscula sans le moindre état d'âme Snape qui grogna.
« Papa ! » hurla t-il.
James Potter, le visage pâle, se tourna vers lui et un soupir de soulagement traversa ses lèvres en rencontrant son regard. Il lâcha son casque d'intervention au sol et se précipita vers la silhouette frêle et tremblante de son fils. Sans plus réfléchir, James le serra contre lui, le souleva même du sol alors que Harry passait ses bras autour de son cou, se blottissant contre sa poitrine. Des larmes vinrent humidifier son cou et glisser dans ses vêtements mais James ne protesta pas, à deux doigts de fondre lui aussi en larmes.
« Oh Harry. Mon dieu, j'ai eu tellement peur de ne jamais te retrouver, » confia James dans un murmure à son oreille.
« Papa. J'ai cru que j'allais mourir ici, » pleura Harry, laissant libre cours à toutes ses émotions. « Quand Severus est arrivé, j'y ai pas cru… Je me suis dis que… Et puis vous êtes arrivés et… »
« Tout va bien maintenant, » assura James en remarquant sa confusion. « C'était un piège. Snape n'aurait jamais donné les sous à Greyback. Pendant qu'il discutait, nous avons neutralisé tous les hommes disposés autour du bâtiment. Nous avions prévu d'intervenir juste après l'échange quand tu serais sorti du hangar mais nous avons entendu des coups de feu. »
« C'est moi qui ai tiré, » confia le garçon en ouvrant grand les yeux. « Je n'ai même pas fais exprès. Le coup est parti tout seul et alors, ils nous ont tous tirés dessus. »
« C'est pour ça que nous sommes intervenus. »
Encore sous le choc, Harry ferma les yeux et se laissa littéralement bercer par les bras réconfortants de son père. Il sursauta quand une autre paire de bras s'enroula autour de lui mais il n'eut pas besoin d'ouvrir les yeux : il venait de reconnaître l'odeur de Sirius. Son parrain lui déposa un baiser sur le haut de la tête et les trois hommes restèrent un moment comme ça, profitant du plaisir de se retrouver.
Ce fut des cris de rage et des bruits de coups qui les sortirent de leur étreinte. Harry reprit alors pied avec son environnement. Le hangar était rempli par pas moins d'une trentaine de policiers et une équipe entière du groupe d'intervention des forces de l'ordre. À l'extérieur, les gyrophares des voitures de police mais aussi des pompiers se reflétaient dans la nuit noire de ce mois d'octobre.
Tous les hommes de Greyback étaient menottés et gardés par une escouade de policiers qui les visaient de leurs armes. D'autres policiers étaient déjà en train de relever des empruntes et des indices. Harry, trop bouleversé par ses retrouvailles avec son père et son parrain, fut stupéfait par toute l'agitation autour de lui. Il tourna la tête vers la source des cris et sa mâchoire se décrocha en voyant un homme imposant en train de littéralement casser la gueule à Fenrir Greyback tandis que trois policiers tentaient mollement de l'arrêter, visiblement assez d'accord avec le traitement infligé au patron du cartel de la cocaïne.
« T-Tom ? » articula difficilement Harry. « Oh mon dieu ! Que fait-il ici ? »
Il lança un regard ahuri aux deux hommes de sa famille sans voir le regard morne qu'ils échangèrent puis Harry s'élança, malgré son corps douloureux, droit sur Tom. Le visage de celui-ci était livide et déformé par la colère mais Harry ne l'avait jamais trouvé aussi beau qu'à cet instant. Le côté surréaliste de la scène le frappa de plein fouet et ses yeux se remplirent une nouvelle fois de larmes.
« Tom ! » cria t-il. « Tom ! »
Sa voix eut le mérite de calmer la rage brûlante de Tom et celui-ci arrêta net de flanquer des coups de pieds à la silhouette recroquevillée de Greyback. Tom se tourna vers lui et Harry, la gorge serrée par l'émotion, se jeta dans ses bras. Un peu chancelant, le plus âgé le rattrapa néanmoins et le serra étroitement contre lui, enfouissant son nez dans les cheveux noirs ébouriffés. L'odeur de Tom envahit les narines de Harry qui se mit à trembler un peu plus fort.
« Que… Comment ? »
« C'est une longue histoire. Disons que la justice et moi avions pour une fois le même intérêt alors il a été plus facile de trouver un terrain d'entente, » murmura Tom en s'éloignant de lui pour prendre son visage en coupe entre ses mains. « Harry, je suis désolé que tu aies eu à subir cela. Ton si beau visage, tellement abîmé par ces moins que rien. »
« Je n'ai pas encore vu ma tête, » rit nerveusement Harry, chamboulé. « Je dois être horrible. »
« Tu es, comme d'habitude, le plus magnifique. »
Harry ignorait si le plus choquant pour lui était de revoir Tom alors, qu'aux dernières nouvelles, il était emprisonné à la prison centrale de Londres, de pouvoir se serrer contre lui et sentir son cœur rebattre comme il ne l'avait pas fais depuis des mois ou bien de l'entendre s'excuser et le complimenter avec tant de sincérité dans la voix.
« Collaborer avec la justice est la pire traîtrise qu'un homme de ton rang peut commettre, » souffla Greyback avec dégoût alors que les policiers le soulevaient pour l'entraîner dans une fourgonnette. « Et tout ça pour un petit minet dans son genre. »
« Si tu penses que la pire chose qui pouvait t'arriver était d'être arrêté par les flics et finir en prison, tu n'as pas la moindre idée de ce qui t'attend là-bas, » chuchota Tom à son oreille.
La menace sembla efficace puisque Greyback pâlit davantage. Tom se détourna de lui sans la moindre considération supplémentaire. Harry frissonna de bonheur quand le bras de l'homme s'enroula naturellement autour de sa taille et il en aurait presque pleuré de joie.
« Tu dois aller te faire soigner, » dit Tom
« Tu es libre ? » répondit plutôt Harry, perdu.
« C'est un peu plus compliqué que cela. Va déjà te faire soigner. Ton père et ton parrain t'attendent de pied ferme là-bas. Ils étaient si inquiets pour toi. »
Harry tourna la tête vers la direction indiquée par Tom et il vit effectivement que Sirius et James discutaient avec Alastor Maugrey tout en leur jetant des regards réguliers.
« Viens avec moi, » dit Harry en lui prenant la main.
La réticence de Tom était évidente mais il se laissa malgré tout entraîner par son jeune amant. Harry se rapprocha des trois hommes et le malaise était tel au moment où ils arrivèrent qu'il en suffoqua presque.
« Potter. Jedusor, » salua Maugrey en les dévisageant, indéchiffrable.
« Il y a un médecin avec les pompiers, » indiqua James en posant une main sur l'épaule de son fils. « Tu dois être soigné. Ils t'ont pas mal amoché. »
Là encore, Harry refusa de lâcher la main de Tom et il l'entraîna dans son sillage. Le médecin se présenta comme Mrs Pompresh et elle leva les yeux au ciel en observant les hématomes colorant son visage. Elle le força à s'asseoir sur le marche-pied du camion de pompier tout en se jetant sur sa trousse de soin en grommelant. Quand une compresse imbibée d'alcool désinfectant se posa sur ses plaies, Harry sursauta et ses yeux se remplirent automatiquement de larmes. Sa main serra fort celle de son père qui, le visage fermé et les yeux rivés sur Tom, se laissa faire sans protester.
« Où est Severus ? » demanda soudainement Harry en regardant autour de lui. « Il est… Il n'a quand même pas été arrêté ? »
« Severus Snape faisait partie du plan que nous avons monté pour te retrouver, » grogna James. « Il sera donc protégé grâce à cela mais ça ne lui accorde pas une immunité ad vitae æternam. »
La réponse – teintée de menace – était plus adressée à Tom qui, impassible, s'était appuyé contre la porte ouverte du camion de pompier. Harry, une soudaine fatigue s'abattant sur lui, poussa un soupir en remarquant l'électricité de plus en plus importante entre son père et l'homme qu'il aimait.
« J'ai reçu un appel du juge Yaxley, » déclara Sirius en s'approchant d'eux. « Il faut vous dépêcher, Jedusor. Le juge Bones a été informé de votre libération et elle souhaite s'y opposer. Vous devez partir avant qu'elle ne parvienne à ses fins. »
« Partir ? Partir où ? » demanda Harry en se redressant à demi.
« Asseyez-vous, Mr Potter ! » aboya Mrs Pompresh. « Vous êtes aussi faible qu'un poussin venant de naître. Je dois vous soigner correctement. »
« Partir où ? » répéta le jeune homme en l'ignorant ostensiblement. « Où vas-tu, Tom ? »
« En échange d'informations sur Fenrir Greyback et son trafic de drogues mais aussi sur certains collaborateurs de la mafia londonienne, Tom Jedusor a obtenu une protection de témoin et une détention domiciliaire, » annonça James. « C'est grâce à cette offre qu'il a accepté de prendre contact avec Greyback pour nous aider dans nos recherches pour te retrouver. »
« J'aurais tout essayé même sans cette possibilité de modifier ma condamnation, » intervint Tom, conscient que James essayait de retourner la situation contre lui.
« Où dois-tu aller ? » dit Harry avec cette fois-ci une pointe d'agacement dans la voix.
« Mr Potter, cessez de gesticuler si vous souhaitez que je soigne ces brûlures correctement ! » asséna Mrs Pompresh.
Le rappel brusque des blessures de Harry coupa le souffle de tout le monde et la même inquiétude se dessina dans le regard des trois hommes plus âgés. Harry se contenta de soupirer et de marmonner des excuses en direction de la doctoresse qui examinait avec attention les petits ronds de brûlures sur sa nuque. Un frisson le traversa en songeant à tout ce qu'il s'était passé en une journée mais il était encore trop sous le choc de sa soudaine libération pour y réfléchir sérieusement.
« Je dois changer de nom et quitter le pays. Je ne peux plus revenir en Angleterre, » confia alors Tom d'un ton neutre en fixant son regard dans celui de Harry. « Si je remets un pied sur le territoire, je retourne directement en prison. »
« Tu dois partir ? » articula difficilement Harry. « Mais où vas-tu aller ? »
Tom ne répondit pas et Harry eut soudain envie de se lever et de lui balancer une gifle en pleine visage. Pourquoi était-il toujours aussi impassible et secret sur ses ressentis ? Harry était incapable de dire s'il était soulagé ou non, heureux ou non, inquiet ou non. Comment vivait-il son impromptue libération ? Probablement bien tant elle était inespérée.
Mais lui… Lui allait rester ici, loin de Tom, sans avoir la possibilité de renouer avec celui que son cœur reconnaissait encore comme son âme sœur. Alors même qu'ils ne s'étaient pas vus depuis le mois d'août. Une douleur, bien différente de celle physique infligée par Greyback, naquit en lui et ses yeux émeraude s'assombrirent.
« Tu ne peux pas partir ! Pas maintenant, » ajouta t-il en jetant un regard implorant à son père et son parrain. « Vous devez pouvoir faire quelque chose. Papa, s'il te plaît. »
« Ton père en a déjà fait énormément pour moi, » dit Tom en posant une main sur l'épaule de Harry. « Si je suis dehors aujourd'hui, c'est grâce à lui. Mais je dois partir rapidement avant que ma libération sous protection soit freinée par le juge Amélia Bones. »
« Je viens avec toi, » lâcha Harry, le souffle court.
« Il en est hors de question, » cingla aussitôt James en se redressant.
« Comment ? » dit Tom au même moment d'un ton incrédule.
« Je viens avec toi, » répéta le plus jeune en gigotant nerveusement sous le claquement de langue agacé de Mrs Pompresh. « Je ne vais pas rester ici et te regarder partir. Je viens avec toi. »
Le silence qui suivit sa déclaration fut aussi assourdissant qu'une rafale de coups de feu. Harry tressaillit en croisant le regard éberlué de son amant mais il ne cilla pas, sentant son père s'agiter à ses côtés.
« As-tu seulement compris un mot de ce qu'il t'a dit ? » intervint James d'une voix basse et grondante. « Il va vivre assigné à domicile, sous un autre nom et sans la possibilité de revenir ici. Jamais. »
« J'ai bien compris. Mais moi, je ne suis pas interdit de séjour au Royaume-Uni, n'est-ce pas ? Je veux partir avec Tom. »
« Tu plaisantes ? » s'offusqua James.
« Harry, je doute que ce soit une bonne idée. Je vais prendre un avion d'ici une trentaine de minutes. Tout s'est enchaîné. J'ignore même où je vais aller et... »
« En Italie. A Castiglioncello, » coupa Harry. « Il me semble que la maison est à mon nom maintenant, non ? Alors, on va aller là-bas. On a de l'argent. »
« Quelle maison ? » demanda Sirius en prenant la parole pour la première fois. « Quel argent ? Jedusor ! As-tu entraîné Harry dans tes magouilles financières illégales ? Tu sais que la police recherche des preuves supplémentaires contre toi pour savoir où se trouve tout ton pognon. »
James était livide, comme s'il prenait conscience que Harry avait encore dissimulé de nombreuses choses. Comme le fait d'être propriétaire d'une maison dans le sud de l'Europe et d'avoir visiblement de l'argent – même s'il en ignorait le montant – à disposition. Son estomac se contracta face à cette impression encore fort désagréable de découvrir – une nouvelle fois – son fils sous un autre angle.
« L'argent n'est pas le souci, » soupira Tom en secouant la tête, ignorant les questions de Sirius. « Ni le lieu. Cette maison t'appartient. Elle n'est plus à moi. J'ai d'autres endroits où vivre hors de l'Angleterre. »
« Tu ne veux pas que je vienne. »
Et ce constat, même s'il le prononça d'une voix implacable, lui provoqua une douleur piquante au niveau de la poitrine. Il tressaillit quand Mrs Pompresh lui demanda d'ôter son tee-shirt et les trois hommes grognèrent de concert en avisant les bleus et les contusions parcourant sa peau. La doctoresse leur adressa un regard sombre alors même qu'elle restait muette et indifférente à leur conversation jusque là.
« Ce n'est pas ça, » contredit alors Tom. « Tu as tout ici. Toute ta vie se trouve à Londres. Ta famille, tes amis, tes études. Tu ne peux pas tout quitter pour venir vivre avec moi. »
« Il est hors de question que tu le suives, » renchérit James d'une voix forte, faisant tourner quelques têtes vers lui. « Est-ce que tu sais comme il a été difficile pour moi de te sauver la peau, de t'épargner la justice ? Tu ne peux pas rester avec cet homme ! Est-ce que tu sais combien j'ai risqué pour toi, Harry ? »
« Je suis désolé, » murmura Harry avec effroi, la gorge serrée. « Je ne voulais pas t'attirer des ennuis. »
« Celui qui a attiré des ennuis à l'autre, c'est Tom Jedusor à toi ! Crois-tu que tu te serais retrouvé dans cette situation avec Fenrir Greyback ? Tout ceci est de sa faute ! Le faire sortir de prison peut me coûter ma carrière mais peu importe, pour te sauver, j'étais près à tout. Mais tu ne peux pas, Harry, tu ne peux pas retourner avec lui l'instant d'après. »
Tom serra les poings en signe d'agacement mais il demeura muet, conscient de n'avoir guère d'autre choix que de subir le mépris de James Potter. Harry poussa un gémissement involontaire quand Mrs Pompresh déposa une compresse sur une coupure près de ses côtes. Tom eut un mouvement involontaire vers le jeune homme mais il se retint en voyant James serrer un peu plus la main de Harry en signe de soutien.
« Si tu pars avec Tom dans l'immédiat, tu n'auras pas l'opportunité de revoir Lily ou tes amis, » déclara Sirius d'un ton sombre.
« Ils ont raison, Harry, » dit alors Tom alors même que ses mots lui provoquaient une douleur intolérable. « Tu ne peux pas m'accompagner. Ta vie est ici. »
