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— Alors, il t'a dit la vérité ? demande Annabelle en réchauffant ses mains contre son bol de chocolat chaud.

— Oui ! se réjouit Hermione dans un sourire béat de satisfaction entre deux gorgées de jus d'orange. Et il t'a dit quoi, à toi ?

— Qu'il avait parlé avec Severus de sa future responsabilité de parrain…

— Ne le prends pas mal. Je suis sure que tout ce que veut ton homme, c'est te protéger.

— Mais c'est ce que veut le tien aussi et il ne te ment pas pour autant !

— Ce n'est pas comparable. Comme il l'a dit hier, on est un vieux couple.

La jeune fille attablée en face d'elle lui répond d'un regard reconnaissant avant de lui tendre la corbeille à pain au moment où elle se saisit d'un pot de confiture.

— Merci. J'ai beaucoup repensé au plan des garçons… je profite qu'on soit les seules déjà levées pour t'en parler… ils n'accepteront ni qu'on les empêche de le mener à bien ni qu'on y contribue. Et comme ces deux là sont aussi butés que des hypogriffes, ce n'est même pas la peine d'espérer réussir à les faire changer d'avis. Par contre, je pense qu'on pourrait planifier l'organisation de la suite, qu'est-ce que tu en dis ?

— Que j'aimerais bien participer. Mais je n'ai jamais fait ce genre de choses avant… Et dans ton état, ce ne serait pas raisonnable de quitter le chalet.

— Pour ce que je voudrais faire, on n'aura pas besoin de sortir d'ici. On va contacter les sorciers français qui soutiennent le Front pour leur demander de venir en renfort aider à libérer les camps, parallèlement à l'exécution de Riddle.

— Bonjour, les enfants ! Vous ne devriez pas être debout aussi tôt, enfin !

— On sait, bonjour madame Pomfresh ! répondent les concernées d'une même voix en échangeant un regard entendu scellant leur collaboration prochaine.

— Vous devriez prendre exemple sur vos compagnons. Se lever tard est peut-être la seule chose recommandable que ces deux là sont capables de faire mais ils le font bien, lâche l'infirmière en s'activant autour de la table du petit-déjeuner avant de s'y asseoir.

Elle bondit toutefois de sa chaise à l'arrivée de Louis pour lui mettre des couverts alors qu'il s'installe en bout de table, entre les deux amies, en murmurant un « bonjour » ensommeillé.

— Oh ! hoquète Hermione. Le bébé aussi se réveille… Tu veux le toucher ? lance-t-elle au garçon qui fixe son ventre avec des yeux ronds.

— Je peux ? demande-t-il une confirmation qu'elle lui donne en lui prenant la main pour l'y poser. Je le sens… Dis, tu penses qu'il voudra bien que je sois son grand frère ?

— Bien sur. Et avec son père, on ne pourrait pas rêver d'un meilleur grand frère pour lui.

— Mais que ça ne t'empêche pas de rester mon équipier, crapule ! intervient Severus.

— Je disais il n'y a pas plus d'un instant que Drago et vous faisiez bien de vous lever tard mais vous voilà déjà debout et je viens d'entendre sa porte s'ouvrir ! Décidément vous, les hommes, vous n'êtes pas fichus de faire les choses bien plus de quelques fois.

Suspendue dans l'attente de la réplique de son homme, Hermione l'observe pour en guetter les signes annonciateurs. Elle peut ainsi constater les dégâts de la lutte fratricide à laquelle se sont livrés ses cheveux pendant la nuit et profiter en direct de la déformation progressive de ses traits en un masque d'agacement.

Resté jusque là sur le seuil de la cuisine, il n'y entre qu'une fois son intention visiblement établie. Il salue Annabelle, embrasse Hermione dont il caresse le ventre, soulève Louis qu'il jette sur son épaule et ordonne à Drago alors en train de descendre l'escalier de venir leur récupérer de quoi petit-déjeuner.

— Nous, les hommes, allons donc mal faire les choses dans le salon, annonce-t-il froidement à l'infirmière avant de quitter la pièce dans un tourbillonnement de peignoir.