Épisode 44

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Chopper ne savait pas quoi penser à ce sujet.

Normalement, cette dame rousse – Nami parait-il – devait être la pire ennemie de son père adoptif. Là, à les voir, on aurait dit qu'ils s'étaient toujours très bien entendu. Ensemble presque tout le temps, Chopper se sentait un peu jaloux et se sentait presque délaissé. Sanji ne voulait plus qu'il vienne dormir avec lui, sous prétexte qu'il était assez grand pour passer la nuit seul. Cauchemar ou pas.

A ce sujet, il avait presque obtenu gain de cause puisque cette dénommée Nami avait intercédé en sa faveur une nuit. Elle avait cédé sa place et était allée dormir dans une autre chambre. Néanmoins Sanji lui avait bien fait comprendre que cela ne se faisait pas de chasser une femme. Ils étaient des invités et il fallait être galant.

Chopper ne comprenait pas pourquoi tout d'un coup, cette fonctionnaire prenait autant de place dans le cœur de Sanji. Pourquoi était-elle sa nouvelle priorité ?

Il le voyait bien, quand il conversait avec cette femme. C'était une facette du cambrioleur qu'il ne connaissait pas qui apparaissait. La jeune femme riait aux plaisanteries, faisait glisser ses doigts entre les siens. Ils étaient complices. Et ça ne plaisait pas du tout au petit garçon.

Si Sanji était parfaitement aveugle, Nami s'en était aperçue. Comment ne pas remarquer ce petit bonhomme pas plus haut que trois pommes qui lui lançait des regards assassins, se glissait entre eux pour les interrompre en pleine discussion, venait vers Sanji en tirant sur sa chemise pour capter son attention. Aux repas, il prenait de vitesse Nami pour prendre une place à côté de son père adoptif et elle devait se placer à côté du petit garçon, la seconde place étant souvent prise soit par Franky soit par Zoro.

Des petites subtilités qui échappaient totalement au voleur. Parfois, Nami se demandait comment Sanji faisait pour passer à côté. Puis, en les voyant tous les deux, la question ne se posait plus. Il était le papa gâteau type. Elle devait bien l'admettre, Nami était trop attendrie devant cette petite bouille pour lui en vouloir. Elle était l'élément perturbateur c'est pourquoi elle ne savait pas si elle devait en parler à Sanji. La fonctionnaire ne voulait pas causer de problème et il était plus que probable que Chopper lui en voudrait encore plus.

Franky et Usopp travaillaient la journée, Robin avait aussi repris le travail pour veiller sur l'avancement de l'affaire Kuroashi. Elle voulait s'assurer que cette histoire était au point mort. Apparemment, tant que l'Inspectrice Dorobo était en congé, elle n'avancerait pas d'un pouce.

Zoro était également retourné à son job, mettant toute sa confiance entre les mains de l'Inspectrice pour veiller sur Sanji. Ils étaient donc tous les trois seuls toute la journée. Chopper recevait ses leçons et ses devoirs grâce à Usopp. S'il était réticent à ce que Nami l'aide, il suffisait que Sanji vienne le voir pour qu'il arbore son plus beau sourire d'ange et lui demande un coup de main. Au déjeuner, il se plaçait entre eux.

A présent, les seuls moments d'intimité c'était les séances d'exercices cognitifs. Sanji était plus intéressé par elle que par les cartes qu'elle lui brandissait sous le nez. Cette thérapie virait à la révision de l'anatomie humaine.

Ses mains étaient aussi agiles sur elle que lors d'un cambriolage. Nami avait beau le savoir, elle était toujours surprise.

― L'épaule droite. Le cou. La mâchoire…

Nami ne put s'empêcher de glousser en sentant les lèvres se poser sur sa peau et son souffle chaud la chatouiller. Ses doigts lâchèrent les cartes et se postèrent sur le torse du jeune homme. Elle rentra sa tête dans ses épaules dès qu'il déposa un baiser juste sous son oreille. Il passa son bras à la taille de Nami, les deux corps plaqués l'un contre l'autre. Il ferma les yeux et enfouit son nez dans les longs cheveux roux pour humer le parfum fruité qui en émanait.

― Et ensuite ?

Il entrouvrit les yeux et sourit à cette invitation plus qu'explicite.

― Huuuuum… Ensuite… J'ai un trou de mémoire. Vous ne pouvez pas m'aider ?

La jeune fonctionnaire se saisit des six cartes et les leva à côté de sa tête, savourant sans remord l'air renfrogné de son petit ami.

― Vous êtes sérieuse ?

― Droite à gauche. Ma droite.

― Un arbre, un soleil, une demi-lune, un cercle, une maison et une pomme.

Nami jeta les cartes par-dessus son épaule et eut un sourire qui en disait long sur ses intentions.

― Maintenant la récompense.

― Ah ! Je serai moins réfractaire à votre méthode à l'avenir.

Il fondit sur ses lèvres, impatient de goûter une nouvelle fois à l'interdit. Ce n'était pas cet état de fait qui l'attirait, sinon il n'aurait pas eu ce changement radical. Néanmoins, il devait avouer que c'était assez plaisant de faire la nique au Gouvernement rien qu'en posant ses mains sur le corps de l'une de leurs représentantes.

Kuroashi le lui avait avoué et elle avait eu un grand éclat de rire en répliquant qu'elle pensait exactement la même chose.

Il déteignait sur elle. Sanji ne savait pas si c'était une bonne ou une mauvaise chose.

Le cambrioleur allait la renverser sur le lit lorsque Chopper frappa à la porte. Encore. Nami n'arrivait pas à croire que Sanji pensait encore que ce n'était pas intentionnel.

Par dépit, elle se laissa tomber sur le lit tandis que le jeune N.D. se levait pour ouvrir la porte. La tête enfouit dans les oreillers, elle se retenait à grand peine de frapper dedans. Pas parce que Chopper l'énervait, loin de là, mais parce qu'elle trouvait que la naïveté de Sanji était touchante et incroyablement horripilante. La fonctionnaire ne pouvait lui faire aucun reproche.

Elle entendit vaguement la porte se refermer. Par contre, elle percevait sans aucun doute le poids d'un corps pesé sur le sien.

― On reprend ?

Nami tourna la tête prudemment sur le côté et il écarta quelques mèches rousses du délicat visage.

― Ce soir. Ton ami… Usopp va bientôt rentrer.

Elle se rassit et lui prit la main pour l'aider à se relever. Il boitait encore légèrement toutefois Law avait assuré que cela disparaîtrait avec le temps. Ce n'était pas gênant, c'était plus la douleur lancinante qui le surprenait, qui se rappelait à son bon souvenir quand il faisait peser tout son poids sur elle.

Il avait refusé la canne et déplorait cette décision de temps en temps.

A peine fut-il sortit de la chambre que Chopper se colla à lui, entourant ses jambes de ses bras. Sanji fut attendrit et s'assit sur le canapé en remarquant que Zoro et Franky étaient aussi rentrés avec Usopp.

― Vous revenez tôt aujourd'hui !

― Maintenant que t'es en pleine forme, on voit pas pourquoi y aurait que l'Inspectrice qui pourrait converser avec toi, répliqua Zoro.

Chopper se glissa, une nouvelle fois, entre le jeune homme et Nami qui n'avait pas eu le temps d'esquisser un geste pour se coller contre son amant. Avant que Sanji n'ait le loisir de proposer à la fonctionnaire de se rapprocher, le petit garçon focalisa l'attention sur lui. Il avait pas mal de questions à lui poser, il n'avait qu'à en prendre une au hasard.

― Sanji, pourquoi le ciel est bleu ?

Le voleur avait oublié à quel point les gosses de cet âge savaient comment poser des questions emmerdantes. Il n'avait jamais été très attentif en cours de physique alors expliquer ça à un gamin… Il opta pour une réponse enfantine.

― Et bien… Parce que la lumière se reflète dans les océans, les mers et les lacs.

― Navré Sanji mais non.

Le jeune voleur foudroya du regard le métis. Chopper reporta son attention vers lui.

― Bah vas-y alors, explique ! Cracha le cambrioleur, vexé.

― Le bleu du ciel est le résultat de la diffusion de la lumière solaire par l'atmosphère. Si celle-ci n'existait pas, on verrait une voûte céleste toute noire et les étoiles seraient visibles en plein jour. La lumière blanche du Soleil est un mélange de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. La lumière voyage sous forme d'ondes de différentes longueurs. Chaque couleur a sa propre longueur d'onde. La lumière voyage donc en ligne droite jusqu'à ce qu'elle rencontre un obstacle qui la renvoi dans une autre direction. Quand les rayons solaires entrent dans l'atmosphère, ils rencontrent les atomes, les molécules d'air, les gouttes d'eau et la poussière dont est constituée l'atmosphère. Les molécules d'air ont la bonne dimension pour diffuser les plus courtes longueurs d'ondes de la lumière, les violet, indigo et bleu. Les longueurs d'ondes plus longues, telles que les rouges, ne sont à peu près pas diffusées par ces molécules d'air. C'est donc un mélange de violet, d'indigo, de bleu, de vert et une petite fraction des autres couleurs qui étant diffusés dans tout le ciel, lui confère ce bleu.*

Les yeux de Chopper ressemblèrent à deux grosses billes vitreuses. Il se blottit contre Sanji qui eut un regard consterné vers son ami.

― Moi je voulais faire simple.

― Désolé…

Le gentleman eut pitié du petit garçon.

―Une autre question ?

Chopper se redressa, levant les yeux vers le plafond cinq secondes avant de les reposer sur son père de substitution. Puisqu'il avait le temps et que c'était le gentilhomme qui le lui demandait…

― Dis Sanji, comment on fait les bébés ?

Le jeune homme se figea, l'embout de sa cigarette à quelques millimètres de ses lèvres. Il entendit le rire narquois de Franky derrière lui.

― Là, tu as affaire à un spécialiste Chopper. Sois attentif. Alors Sanji ?

Nami fronça les sourcils. Toutefois, elle se garda bien de donner son avis ou même d'intervenir dans cette confrontation amicale entre ces deux larrons. Apparemment, c'était dans les habitudes de cet excentrique de défier Kuroashi. Zoro eut un petit rire de son côté, moqueur.

― La ferme toi ! grommela le voleur avant de hausser le ton en se tournant vers le petit garçon. Pourquoi tu veux savoir ce genre de chose ? Ce n'est pas de ton âge !

― Franky a dit que si.

― Franky a la moitié de ton âge dans sa tête.

― Va te faire voir !

― Moi aussi, je t'aime Franky.

Sanji tourna la tête vers son ami et tira la langue. Nami eut un discret sourire. Il était mignon. Qu'importe s'il se comportait en adulte ou en enfant, son charme était irrésistible. Impossible pour elle de ne pas succomber. La fonctionnaire retint un soupir rêveur. Si seulement ils pouvaient avoir plus de moments en tête-à-tête.

La belle rousse admettait bien volontiers qu'elle ne pouvait venir comme un cheveu sur la soupe entre lui et sa famille.

Étrangement, Usopp ne lui était pas hostile. Il lui parlait, n'omettait jamais de la saluer. Peut-être parce qu'ils avaient fait une mission pratiquement ensemble. Elle avait reconnu sa voix et avait tout de suite relié Pipo à lui. Elle garda cette précision pour elle.

De temps à autre, Nami demandait des nouvelles à sa collègue sur ce qui se passait à l'extérieure. Elle ne lisait plus les journaux. Elle se connaissait, elle aurait été capable de culpabiliser. Depuis qu'elle était en congé, Koby et Hermep l'appelaient au minimum deux fois par jour. Si, durant la période de l'incarcération de Kuroashi, elle n'avait pas daigné répondre, Nami désirait dès à présent les rassurer sur son état de santé.

Elle avait bien moins de scrupules que Kuroashi à vivre une double vie.

Une main sur son épaule la fit émerger de ses pensées. Sa tête pivota et elle remarqua avec amusement que Kuroashi avait nonchalamment fait mine de s'étirer pour poser son bras sur le dossier du canapé.

― Alors Sanji, tu sais ou pas ? reprit Chopper.

― Et si on allait dehors ? proposa le jeune homme. Il y a une partie N.D. dans la ville la plus proche, on devrait prendre l'air, depuis le temps que je suis là…

― Ce n'est pas un peu risqué ? intervint la belle rousse.

― Qui va le reconnaître ?

L'attention se porta sur Zoro. Nami était très mitigée sur cette idée de promenade. Surtout dans un quartier N.D. Si quelqu'un le reconnaissait, il était certain que le bruit se répandrait et une telle information, tombée dans la bonne oreille, pouvait faire des ravages. Le Gouvernement ne le saurait probablement pas dans l'immédiat mais il finira par le savoir. Comme toujours.

L'ancien N.D. poursuivit.

― Pour tout le monde, Kuroashi est enfermé à Impel Down. Le Gouvernement voudrait le chercher activement mais il a autre chose à faire. Au Mexique et en Russie, l'équilibre des forces reste très fragile et il y aura des mouvements de révoltes. Mihawk a décidé de laisser Kidd et Killer agir à leur guise sur son territoire. Capone tente d'imposer son influence en Russie, soutenu par Big Mom qui en veut à mort à Kidd pour sa tentative de renversement. Kaido a dû se déplacer en Afrique après que Rob Lucci ait divulgué ses informations sur lui. Du côté de Drake et Jewelry, ce n'est pas la joie. Ils sont obligés de se cacher aux États-Unis après leur échec contre Kaido.

Sanji était sidéré. Pourquoi on ne lui avait rien dit ? Kuroashi devait être au courant de tous les faits et gestes des Supernovas ! Comment Capone en était venu à être allié avec LinLin ? C'était forcément une alliance éphémère, il s'en était pris à elle il y avait de cela quelques mois. Quel était son but ? Il fallait qu'il prenne contact avec lui. Il toucherait un mot avec Franky pour savoir si Capone avait tout de même envoyé ses rapports à leur planque. Sans doute que oui.

Il était tout autant surpris par la défaite de Drake. Il avait trop attendu, le jeune homme en était certain.

― Et Basil Hawkins ?

― Aucune nouvelle de lui depuis ton incarcération.

Sanji se souvint de la prédiction du Supernova.

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Vous allez être confronté à un dilemme et vous ferez le mauvais choix. Vous le ferez de vous plein gré. Ce sera contre vos intérêts personnels. Vous serez tiraillé par les deux extrêmes mais vous n'hésiterez pas longtemps.

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Mince… Hawkins avait eu raison. Il s'était sacrifié pour Dorobo sans penser aux conséquences. Sanji croisa le regard de Franky et fut convaincu que son ami avait pensé à la même chose à un moment ou un autre. Merde…

Voilà pourquoi il était aussi bougon. Sanji était dans une mouise inimaginable.

― De toute façon, t'as besoin de prendre l'air, ajouta Zoro. Au pire, si on te reconnait, les N.D. ne diront rien. Cela fait tout de même deux fois que tu te sors des griffes du Gouvernement, ce ne peut être que bénéfique pour ton image. Ils croient en toi, faut pas l'oublier.

― Je ne risque pas…

Sanji se leva péniblement, frottant ses jambes douloureuses. Il espérait ne pas être trop rouillé.

― Rhmmm Sanji…

Usopp ne savait pas comment expliquer à son ami qu'aujourd'hui était le mauvais jour. Le métis se tordait les mains, noué par l'appréhension. Il se racla une énième fois ma gorge.

― En fait, aujourd'hui, il y a une fête.

― Et donc ? Franky, t'as l'air au courant, tu peux la faire courte ?

― Ce n'est pas une vraie fête mais plutôt un jour anniversaire de ton incarcération.

― … Super. Une raison de plus pour y aller. Pourquoi ils l'ont fichu ce jour là ?

― Parce que c'était à cette date qu'elle était initialement prévu.

Sanji s'enfonçait un peu plus dans le ridicule. Il se sentait diminué, aussi bien physiquement que mentalement. Atrophié en somme. Il avait profité de son petit bonheur sans se soucier de l'extérieur. Même Kuroashi n'aurait pas fait ça. Un désir ardent s'imposait en lui et il ne pouvait que se soumettre. Le monde dans lequel il avait plongé en devenant Kuroashi lui manquait cruellement.

― Je dois sortir. Tant pis si on me reconnait. Ils ne diront rien.

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Ce fut donc couvert par un large manteau, la tête couverte par le capuchon, que Kuroashi sortit. La main de Chopper ancré à son poignet, il évoluait parmi les N.D. avec un grand naturel. Personne ne le remarquait. Les rues étaient bondées, tant et si bien que le petit groupe devait rester collé les uns aux autres pour ne pas se voir séparé, Zoro restant près de Sanji. Robin et Nami s'étaient teints les cheveux, avait changé de coiffure, mis des lentilles de contact. Grâce aux conseils avisés de Kuroashi, elles avaient mis des tenues qui les aideraient à se fondre dans la masse.

― Je crois que si vous ne m'aviez pas dit qu'il y avait une fête, je l'aurai deviné, lâcha le cambrioleur, sarcastique.

Chopper tira sur le manteau pour attirer son attention et en croisant son regard, le jeune homme reconnut sans mal l'excitation et le bonheur.

― Y a un spectacle.

― On va y aller alors.

Avec un grand sourire, Sanji s'agenouilla pour porter Chopper sur ses épaules. La joie du petit garçon était tout ce dont avait besoin le voleur pour se sentir à nouveau vivant et important. Usopp et Franky s'éclipsèrent, ce dernier saluant de la main Kuroashi avec un air entendu. Si Zoro savait pourquoi les deux N.D. partaient de leur côté, les deux fonctionnaires préférèrent ne pas en savoir davantage bien qu'elles avaient leur petite idée.

Le petit groupe s'arrêta une fois que la foule fut concentrée sur ce qui semblait être l'objet de toutes les attentions.

Sur l'esplanade avait été installée une grande scène, comme si le comité qui organisait la fête avait prévu une pièce de théâtre.

Kuroashi reconnut l'homme qui grimpait sur la scène. Lake, le chef du comité. Il s'en souvenait parce qu'il avait énormément discuté avec lui, donnant de généreux dons à son organisation qui n'avait pour but que de faire un peu oublier aux N.D. la pression du Gouvernement Suprême. Kuroashi s'était un peu méfié au début, se disant qu'il ne cherchait que la sympathie pour mieux convaincre les N.D. à se rebeller par la suite. Surveillant ses agissements par le biais de Capone, Kuroashi était à présent presque convaincu que ses intentions étaient louables. Presque parce que Kuroashi n'avait confiance en personne.

― Mes amis, en ce jour funeste où nous avons perdu un emblème de notre communauté, je désirai lui rendre hommage et vous proposez cette petite distraction.

D'un mouvement de sa part, un homme monta à son tour. Sanji se rembrunit en reconnaissant l'uniforme de policier.

― Tu vas descendre Chopper.

― Pourquoi ?

Zoro se saisit du petit garçon par les aisselles afin de le reposer au sol, connaissant assez son ami pour savoir qu'il n'allait pas tarder à agir.

― Ce n'est pas un défoulatoire public, rangez-moi ces fruits, reprit l'homme, amusé. Je n'aurai qu'une question. Qui voudrait succéder à notre célèbre leader ?

Sanji se figea, perplexe. Où il voulait en venir ? Le public eut la même réaction, réticente.

― Ce n'est qu'un petit jeu. Peut-être qu'en vous sommeille un Kuroashi…

Les lèvres serrées, Sanji haussa les sourcils. D'accord, là, il voyait le plan. Il sentit Chopper tirer sur son manteau. Il leva ensuite la tête vers Nami qui hocha la tête, vite imité par Zoro. Son attention se reporta une nouvelle fois vers le petit garçon.

― Tu es sûr de toi ? Après, on ne pourra peut-être pas rester…

― Je préfère. Y a qu'un Kuroashi.

Ébouriffant affectueusement les cheveux châtains, le voleur se redressa et leva le bras. L'attention de la foule se porta immédiatement vers lui avec un mélange de surprise et d'indignation. La même question passait dans tous les esprits. Qui osait se croire aussi fort, aussi courageux que le cambrioleur ?

― En vérité, je ne suis pas un volontaire, déclara le jeune homme une fois arrivé sur scène.

Il garda le silence quelques secondes, observant Zoro qui faisait grimper Chopper sur ses épaules.

― Je voulais seulement vous faire une petite démonstration, puisque mon remplacement à l'air de te tenir à cœur, acheva t-il en se débarrassant de sa capuche.

La foule retint son souffle. Cet homme était-il en train de plaisanter ? Lake lui-même fut bouché bée. Était-ce le réel Kuroashi sous leurs yeux ? Si ce n'était pas lui, la personne lui ressemblait étonnamment. Ces courts cheveux noirs, cet œil gris à la lueur narquoise, cette aura de fierté et de respect qui émanait de lui… Bien que personne ne savait à quoi ressemblait réellement Kuroashi, tous les N.D. connaissaient son apparence la plus régulière quand il se promenait. Il ôta son manteau et le costume de dandy finit de les convaincre.

Puis, la surprise passée et avant que Lake ne puisse prendre la parole, il y eut des cris d'hystériques. Féminins indéniablement. Les hommes hurlaient leur joie tandis que les femmes pleuraient, se serrant les uns contre les autres.

Kuroashi eut un sourire, attendri devant les grands yeux brillant de fierté de Chopper. Il entendait à peine son nom pourtant hurlé. Son regard croisa ensuite celui de Dorobo, qui lui semblait si loin tout d'un coup. A l'écart avec Robin, Zoro et Chopper, il avait du mal à la voir sans sa chevelure de feu. Par contre, ce sourire en coin, il le reconnaissait entre mille.

Il sortit de son nuage lorsque Lake entoura ses épaules d'un bras.

― Puisque nous t'avons ici, tu nous ferais l'honneur de répondre à quelques unes de nos questions ?

― Avant, je vais rendre la casquette à ton simulacre de policier. Et son argent.

Ce qu'il fit, assortit à un petit sourire malin alors que sa pauvre victime se demandait quand il avait réussi à les lui subtiliser. Il se retira en toute discrétion.

― Nous ne te demanderons pas comment as-tu fais pour revenir parmi les vivants. Nous savons tous ici que Kuroashi a ses secrets… Pardonne-moi d'avance pour l'indiscrétion, malgré ta réputation de coureur, aurais-tu une petite préférence ?

Cette question en fit rougir plus d'une, la majorité des femmes se refirent une beauté presque machinalement, désirant inconsciemment qu'il remarque l'une d'elles. Dans le for intérieur du cambrioleur, Sanji avait envie de l'envoyer balader avec un bon coup de pied. En quoi ça regardait les autres ? Kuroashi eut un léger sourire, teinté d'un peu de mépris, alors qu'il se penchait vers le micro.

― Je ne vois pas en quoi c'est une indiscrétion. Je pensais que tout le monde s'en était rendu compte.

Nami croisa les bras, les battements de son cœur s'accélérèrent. Elle notait que Kuroashi faisait des efforts pour ne pas arrêter son regard sur elle. L'espace d'un instant, elle avait cru qu'il allait tout déballer en profitant de l'apparence qu'avait dû prendre l'Inspectrice. Elle se rassura en se disant qu'il n'était ni assez vantard ni assez stupide pour faire ça.

― Un peu plus de précision ?

Un temps de latence, la foule grossissait depuis que le bruit de la venue de Kuroashi s'était répandu.

― Mon amour pour le cambriolage est plus qu'évident voyons.

Lake eut un petit rire, suivi par le public.

― S'il te plait, Kuroashi. Tu ne vas pas me dire que tu n'as aucune préférence ? Une rousse piquante ? Une blonde entreprenante ou une brune caractérielle ? Et cette rumeur qui disait, il n'y a pas si longtemps, que tu as une habituelle ? Et cette sublime rousse qu'on a vue à ton bras lors de ta fête d'ouverture ?

… Bien informé le bougre. Nami avait envie de se cacher, sentant le regard gentiment moqueur de sa supérieure sur elle. Fort heureusement, Kuroashi étant ce qu'il est, il avait aussi une réponse à cela.

Le voleur savait que Lake faisait référence à Hina, contrairement à Dorobo. Cette petite piqure de rappelle lui remettait en mémoire sa résolution de tout raconter à la jeune femme. Il faisait dans la procrastination depuis bien trop longtemps.

― N'ai-je pas le droit de me changer les idées ? J'ai beau me vouer corps et âme à la cambriole, j'ai d'autres besoins à assouvir, je la laisse de côté pour avoir le plaisir d'y revenir. Il n'y a qu'en charmante compagnie que je peux le faire. Pourquoi avoir une préférence alors que toutes les femmes méritent mes attentions ?

Kuroashi avait plus de facilité que ce qu'il croyait. Dire ce genre de chose lui semblait encore naturel, il avait un léger pincement au cœur mais Dorobo comprenait. Le Kuroashi qu'il présentait face aux N.D. était un personnage, et non plus une partie de lui.

― Un jour, on saura le fin mot de l'histoire, répliqua Lake. A t'entendre, tu as prévu un retour retentissant n'est-ce pas ?

Une question qui avait son importance. Une grande importance, quasiment essentielle. Même Nami l'attendait au tournant, malgré elle. La fonctionnaire savait qu'elle ne devait pas prendre pour argent comptant ce qu'il allait dire néanmoins elle restait attentive.

― C'est au programme.

Nami eut un regard vers Chopper qui frappait dans ses mains avec frénésie, suivant la clameur enthousiaste de la foule rassurée. Elle espérait qu'il serait possible d'en discuter avec lui. Cette question soulevait tellement de soucis…

Kuroashi descendit de scène, réenfilant son manteau après qu'on lui ait arraché la promesse qu'il reviendrait. Il eut droit à un bain de foule. Une chose à laquelle il n'arriverait jamais à s'accoutumer. Il adressait un sourire polie, le côté charmeur un peu forcé, aux femmes qui le prenaient par le bras, le pressaient de questions, lui demandaient de rester avec elles, tentaient de lui subtiliser une promesse de rendez-vous.

Finalement, elles se résignèrent et le laissèrent aller, conservant un peu d'espoir. L'habitude était revenue, présente. Kuroashi appartenait à l'ombre et ne devait pas être prisé plus que nécessaire.

Il était rassuré. Kuroashi, et Sanji, se sentait à nouveau à sa place.

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à suivre...


* Pour une explication claire, Wiki est ton ami ! Et les cours de tes amies aussi… Je félicite la personne qui a lu jusqu'au bout !

Merci pour votre patience, j'ai enfin réussi à me trouver le temps de me consacrer un peu plus à mes écrits. Promis, je ne vous ferai plus faux blond jusqu'à la fin !

Passez une bonne semaine, n'oubliez pas la petite review et à Samedi prochain !