Chapitre 52 : Louise est d'humeur morose
Louise regardait les élèves courageux mettre leur nom dans la coupe de feu. Les élèves plus jeunes qui ne pouvaient mettre le leur venaient quand même pour assister à cette cérémonie. Tous les élèves âgés et courageux avaient inscrit leur nom sur un morceau de parchemin et passaient chacun à leur tour devant la coupe de feu pour le jeter dans les flammes. Un cercle de lumière entourait cette coupe qui fascinait la plupart des élèves. Les flammes bleues dansaient lorsqu'un morceau de parchemin était jeté dedans pour l'aspirer. Ce cercle lumineux avait été tracé par le professeur Dumbledore en guise de limite d'âge. Elle empêchait les élèves trop jeunes – qui n'avaient pas dix-sept ans – de s'approcher de la coupe pour mettre leur nom.
« C'est lui ! » Gloussèrent les filles installées à côté de la cousine.
Romilda et Léa agrippaient une pauvre Ginny, assise au milieu d'elles, lorsque Cédric Diggory arriva pour mettre son nom dans la coupe de feu. Elles applaudirent dès que la coupe eut aspiré son morceau de parchemin. Louise les observait avec un sourire amusé. En effet, elle ne voyait absolument pas ce que toutes les filles trouvaient au jeune homme de Poufsouffle.
« Il dégage un de ces charmes ! Soupira Léa en agitant la main pour se faire de l'air.
_Il a un sourire à en tomber par terre, avoua Romilda en se mordant la lèvre inférieur.
_Et c'est vrai qu'il est bien foutu, admit Ginny.
_Ah, enfin une qui sait bien regarder ! S'exclama Léa en jetant un coup d'œil à sa cousine assise à ses côtés.
_Je reste sur ma première impression, je ne vois absolument ce qu'il dégage, persista Louise.
_Mais regarde-le enfin !
_Je le regarde, et je ne vois toujours rien.
_C'est bon, c'est juste Diggory, coupa Colin qui levait les yeux au ciel.
_Juste Diggory ? C'est Cédric Diggory ! Précisa Léa.
_Et moi, je suis Colin Crivey, répliqua-t-elle en bombant son petit torse puérilement ridicule comparé à celui qu'arborait Cédric.
_Oui, oui, c'est ça. Chacun à sa place. » Ricana Léa.
Les Gryffondor partirent dans un éclat de rire qui fut vite stoppé par l'arrivée de Viktor Krum. A ce moment-là, Léa agrippa les mains des filles qui se trouvaient à proximité, c'est-à-dire Ginny et Louise, et commença à respirer d'une façon hystérique.
« C'est Viktor Krum ! L'imitèrent les deux garçons, Antoine et Colin derrière elle.
_Vas-y, respire Léa, l'encouragea Louise qui ricanait dans son coin.
_Avoue, que quand même, pour Viktor Krum tu vas crier avec moi ! Lui lança Léa.
_Non, non. Chacun à sa place, comme tu l'as dis. Moi je crie pendant les matchs, dans les autres cas, je te laisse passer pour l'hystérique de service.
_Avec vous, on s'ennuierait vite si je n'étais pas là pour délirer un peu. On s'en fiche de ce que les autres ils pensent. Viktor Krum ! » Cria-t-elle lorsqu'il eut mis son morceau de parchemin dans la coupe de feu.
Tout en regardant son idole passer à quelques centimètres d'elle, Louise remarqua un petit sourire au coin de ses lèvres.
« Moi, je le fais sourire, au moins, annonça Léa fière d'elle. Et toc ! »
*Elle me nargue exprès pour que je l'accompagne dans son attitude hystérique mais elle peut rêver. Je ne crierais pas comme elle au milieu de la pièce, même pour Krum.* La jeune fille retourna son regard sur la coupe de feu dont la flamme bleue brillait d'une lueur mystérieuse en éclairant la pièce. D'autres élèves passèrent chacun leur tour pour mettre leur nom dans la coupe. Si Louise avait eu l'âge requis, elle aurait sûrement osé y mettre le sien. Représenter son école, devenir la championne et être reconnu par tous. Devenir le modèle de personnes plus jeunes qu'elle. En un simple mot : la gloire. On la verrait comme quelqu'un de bien et non comme une fille beaucoup mûre que celles de son âge. A côté d'elle, Léa riait comme toujours et se donnait encore en spectacle au milieu de la pièce. Au bout d'un moment, certains finissaient par sourire en voyant cette jeune fille insouciante et extravertie. Louise commençait à s'apercevoir de leur différence au fil des années. Bien que proches, elles étaient toutes les deux très différentes. Louise était plus posée que sa cousine, plus mûre et plus calme. Tandis que Léa se laissait souvent dépasser par ses émotions et se souciait peu de ce que l'on pouvait dire sur elle.
On pouvait bien complimenter Louise pour son esprit mûr et son calme exemplaire comparé à sa cousine Léa à qui on faisait sans cesse des reproches sur son comportement, mais celle qui était beaucoup drôle et beaucoup plus intéressante c'était bien Léa. Parfois, Louise se surprenait à envier sa cousine pour son comportement extraverti. La jeune fille avait, en effet, du mal à se trouver drôle et loquace. Quel intérêt de parler à une fille comme elle qui avait l'esprit plus mûr que les autres et donc pas les mêmes réflexions et les mêmes pensées que les ceux de son âge ? Par sa taille, on la confondait souvent avec quelqu'un de plus âgé. On lui donnait facilement quinze ans alors qu'elle n'en avait que treize. Elle aurait bien aimé avoir l'humour de sa cousine, être décontractée comme elle et ne pas se soucier des autres. *Suis-je la seule de mon âge à me sentir différente des autres ? Ou est-ce justement commun à tous ceux de mon âge ? C'est ça l'adolescence ?* Des questions tout à fait ridicules, que se posaient sans aucun doute plusieurs élèves au fond d'eux-mêmes.
« On y va Louise ? » L'appela Ginny tandis que les autres s'étaient déjà levés.
Nul doute que Ginny avait elle aussi traversé une période difficile durant sa première année scolaire. Louise se rappelait encore de la manière complexée avec laquelle la rousse s'adressait aux gens de sa maison, autrefois. Mais elle s'était libérée de ce mal qui la rongeait et l'on pouvait reconnaître une personne pleine de sûreté en elle, dès à présent. Louise saurait-elle rebondir tout comme Ginny ?
Les quatre jeunes filles rouges étaient près du lac et profitaient des derniers rayons de soleil avant que le froid ne s'installe de nouveau pour une longue durée sur le château de Poudlard. Assises dans l'herbe, elles observaient l'horizon avec le bateau de Durmstrang qui se détachait du lac et du ciel. C'était la première fois qu'elles avaient vraiment conscientes du beau paysage qui s'offrait à elle.
« Franchement, avec le bateau, on a vraiment un paysage qui rivaliserait avec les plus beau tableau des grands peintres, lança Ginny.
_C'est vrai qu'on… »
Elles interrompirent leur conversation lorsqu'un groupe de garçons les sifflèrent. Aussitôt, les gloussements fusèrent chez les rouges sauf pour Louise. *On est reparti dans le cul-cul la praline. Bienvenue au pays de Candy…* Songea-t-elle en soupirant.
Les trois filles ne cessaient de se toucher les cheveux en gloussant. On venait de les siffler… *Wahou…* Avec l'arrivée de l'hiver, Louise était toujours de mauvaise humeur. Bien que les batailles de boules de neige fussent amusantes, elle préférait mille fois le soleil de Corse qu'elle avait laissé derrière elle après cet été.
« Le plus grand, c'est le mien, se disputaient-elles.
_Tu prends lequel Loulou ?
_Aucun des quatre, ils sont répugnants, répondit-elle.
_Oh aller, ça fait trois ans que tu dis la même chose, lui lança Léa. Franchement, tu n'as pas bien regardé. Je suis sûre qu'il y en a un qui pourrait te plaire. Tu vas finir vieille fille sinon.
_Non mais quand même, je n'irais vers un polio qui siffle des filles qu'il voit de loin.
_Ce sont des garçons, assura Romilda.
_La définition ! Ricana Louise.
_Ah non mais tu ne te la joues pas comme ma vieille tante Muriel ! L'avertit Ginny. Je refuse de voir Louise finir comme elle. On va t'en trouver un.
_Ah oui, un beau gosse pour Louise ! S'emporta Romilda. On va te trouver un gars, un qui sera à la hauteur pour toi, lui promit-elle.
_C'est ça, je suis capable de chercher toute seule, se défendit l'intéressée.
_Jusqu'à présent, tu ne nous l'as pas vraiment prouvé, ricanèrent-elles.
_Si même Cédric Diggory ne lui convient pas, ça va être dur à trouver, se souvint Léa.
_Oh, mais laissez-moi avec votre Diggory ! J'ai l'impression que c'est un crime de ne pas voir « son charme » comme vous dîtes, se moqua-t-elle.
_Tu mériterais d'aller à la prison d'Azkaban pour ça, la taquina Léa. Non mais je suis sûre que si tu te mets vraiment à chercher, t'en trouveras un. Et tu dois laisser une chance à Kevin, n'oublies pas !
_Qui sais ? Il pourrait finalement te plaire, ricana Romilda.
_Arrêtez, j'en ai des frissons. Il me répugne !
_Mais arrêtez, il ne vous a rien fait ce pauvre petit Kevin, le défendit Léa. Il est juste stressé et mal dans sa peau. Je fais tout ce que je peux pour l'aider mais si tu m'aidais Louise, ce serait pas mal.
_T'aider à quoi ! On n'est pas ses parents, quand même ! On ne joue plus au papa et à la maman, c'est bon, je ne suis pas ici pour faire la garderie.
_Tu n'es pas drôle, l'accusa Léa. Le pauvre essaie de faire de son mieux pour s'intégrer dans cette société et vous vous moquez de lui.
_Tu le coach ? Intervint Romilda. Bien, conseille-lui d'aller s'acheter un shampoing, ce serait un bon début.
_Je proteste ! S'indigna Léa.
_Chuuut… Lui recommanda Louise. Arrête de parler de lui, j'en ai déjà plein la tête quand je le vois alors inutile d'en rajouter.
_Alors qui ?
_Ah mais je ne sais pas ! C'est vous qui êtes censée chercher, se moqua Louise.
_Si tu ne nous aides pas…
_Au pire, la coupe-t-elle. On pourrait continuer à admirer le paysage et à glousser dès qu'on vient nous siffler, non ? »
Aucune n'ajouta quelque chose à ceci. Il était sûrement préférable de se taire. Louise commençait à être agacée à l'intérieur d'elle-même. Qu'on la laisse donc tranquille pour se trouver quelqu'un ! Pourquoi donc la presser comme ça ? Ce n'était, pour le moment, pas ses premières préoccupations, pas du tout.
