Chapitre 50 : Alerte nocturne!

Draco franchit la dernière volée de marche avant d'enfin atteindre le septième étage, le souffle court d'avoir monté rapidement sans s'arrêter les escaliers et le cœur battant à un rythme effréné entre ses côtes. Il était près de vingt-deux heures lorsqu'il avait quitté l'appartement de son parrain, après avoir terminé de donner sa déclaration à Kingsley. Severus et Remus étaient inquiets et lui avaient suggéré de rester dormir dans leur appartement, mais il avait refusé, leur disant qu'il était fatigué, mais qu'il se sentait bien, malgré tout.

C'était faux.

Il était loin de se sentir bien. Très loin. Il était à la fois épuisé et survolté, comme s'il n'avait pas dormi depuis des jours et qu'il avait bu une énorme quantité de potion énergisante. Tout son corps tremblait, mais il ne se sentait pas paniquer. Peut-être à cause des potions anxiolytiques qu'il avait prise plus tôt et que sa psychiatre lui avait prescrites.

Harry lui avait donné rendez-vous dans la Salle sur demande à vingt et une heures et il était certain qu'il ne serait plus là à l'attendre. Peu importe, car de toute manière, il ne désirait pas retourner dans son dortoir et il n'était pas certain d'être prêt à affronter ce que le brun aurait à lui dire. Il passa nerveusement une main dans ses cheveux à cette idée.

Il déglutit et se dirigea vers le mur en face de lui, reprenant son souffle. Il se doutait de la raison pour laquelle Harry lui avait donné rendez-vous ici et, surtout, il craignait d'avoir raison. Le brun désirait certainement rompre avec lui et il ne pouvait pas affirmer qu'il lui en voulait. Il comprenait.

Non seulement il comprenait, mais, en plus, il se demandait si, à la place de Harry, il n'en aurait pas fait de même. Après sa rencontre avec la Dre Webbs, un peu plus tôt cette journée-là, la réalité l'avait durement frappée : il était loin d'être guéri. Il avait passé un long moment avec la sorcière qui lui avait fait passer de nombreux tests et lui avait posé une multitude de questions. Il avait collaboré de son mieux, mais plus le temps avançait, plus il s'était senti abattu. Il s'était même surpris, à la fin, à répondre de manière sèche à sa psychomage, au fur et à mesure que des pensées de plus en plus négatives envahissaient son esprit.

La sorcière lui avait alors demandé la raison de son changement d'humeur et il avait répondu automatiquement, sans réfléchir : "Je n'y arriverai pas". Elle s'était penchée vers lui et l'avait regardé droit dans les yeux avant de lui dire :"Je ne vous mentirai pas, Mr Malfoy. Ce sera un long processus, ce sera difficile. Quelques fois, vous aurez envie de laisser tomber ou de m'envoyer promener, mais on réussira à vous aider. Je ne dis pas que tout sera parfait, que tout reviendra comme avant, mais on trouvera un équilibre, un état dans lequel vous pourrez vivre votre vie de la manière la plus saine et normale possible, dans les circonstances. Aujourd'hui, c'est une première rencontre, nous devons nous voir à intervalle plus rapproché au départ, puis ce seront des séances deux fois par semaine et ensuite, une fois par semaine. Vous aurez de la médication à prendre pour calmer votre anxiété et des exercices à faire entre nos séances."

Draco avait compris, à ce moment-là, que tout ceci prendrait du temps et la psychomage avait été incapable de lui dire exactement combien de temps. En fait, elle n'avait même pas été capable de lui dire si un jour il serait rétabli, se contentant de répéter que cela dépendait, en grande partie, de lui. Dans ce cas, comment pourrait-il demander à Harry de l'attendre alors qu'il ignorait quand il irait mieux, quand il serait guéri ou même s'il y parvenait un jour? C'était complètement égoïste de sa part d'exiger une telle chose de l'homme qu'il aimait, il en était pleinement conscient.

Harry méritait mieux que ça. Il méritait d'être avec quelqu'un qui serait en mesure de le rendre heureux, il méritait une relation saine avec quelqu'un de normal et Draco savait que ce n'était pas son cas, même si ça lui déchirait le cœur. Il savait qu'il serait incapable de voir son petit ami avec quelqu'un d'autre, effleurer cette simple pensée lui donnait la nausée. Il devrait partir, dans une telle éventualité, qu'il souhaitait lointaine.

Il n'eut même pas le temps de penser, lui sembla-t-il, qu'une porte apparut devant lui, sans hésiter, il la franchit. Comme les autres fois où il était venu ici, il se retrouva dans le petit salon ressemblant à celui de son parrain. Contre toute attente, Harry était étendu sur le canapé, enveloppé dans une couverture et il dormait à poings fermés. Son visage était détendu et Draco le trouva tellement beau que ce cela n'en était que plus douloureux encore. Il s'approcha du brun sans pour autant s'asseoir, hésitant entre rester ou partir. Craignant d'affronter ce qui suivrait.

Il sursauta voyant les yeux du gryffondor s'ouvrir et plonger dans les siens, son cœur fit un bond dans sa poitrine. Harry se redressa rapidement, comme pris en défaut par le blond.

"Bonsoir… Je suis en retard…" Murmura Draco d'une voix faible, épuisé qu'il était par l'interrogatoire qu'il venait de subir, par sa rencontre avec sa psychiatre, par les mots qu'il craignait et souhaitait à la fois que le brun prononce.

Sa voix mourut dans sa gorge, incapable de terminer sa phrase, incapable de le regarder plus longtemps, d'affronter ces yeux vert émeraude qui le dévisageaient avec une telle intensité qu'il en frémit.

"Pas grave." Répondit Harry d'un ton neutre.

Draco redoutait les prochains mots du brun, même s'il les connaissait déjà, même s'il s'y était préparé, il savait qu'il ne serait jamais prêt à les entendre. Autant il savait qu'il ne pouvait pas le retenir auprès de lui, que c'était trop lui demander, que c'était lui imposer son fardeau et que rompre était la seule voie logique à emprunter, autant il avait envie qu'il le prenne dans ses bras, qu'ils s'embrassent et qu'ils se jurent de ne jamais se quitter.

Merlin que c'était difficile. Après sa journée, tout ce qu'il voulait c'était de se jeter contre lui qu'il le serre contre lui à l'en étouffer. Sans pour autant la sentir, il devinait l'odeur de son amoureux, espérait la chaleur de sa peau, se languissait de plonger ses mains dans ses cheveux en bataille. Il était torturé et cela dut paraître sur son visage, car le regard de Harry se fit soucieux.

Ce dernier prit alors une grande inspiration avant de parler d'une voix mesurée, comme s'il récitait un texte appris par cœur. "Draco, nous devons parler."

Le serpentard sentit son cœur chavirer à ces mots et il s'insulta mentalement d'être aussi faible, aussi lâche, de renoncer aussi tôt aux promesses qu'il s'était faites à lui-même de rester fort, impassible, infaillible. Il devait penser à Harry et non pas à lui, il lui devait bien ça. Non, il en était incapable… il n'était qu'un lâche.

"Je… J'ai beaucoup réfléchi depuis notre dernière conversation..." Continua Harry.

"Harry, je…" L'interrompit le blond, sans pouvoir s'en empêcher et il enfonça rageusement ses ongles dans la peau fine de son poignet, se maudissant.

"Non, laisse-moi terminer, je t'en prie, sinon je ne sais pas si je vais pouvoir y arriver." L'interrompit-il et Draco eut envie de le supplier de ne pas le laisser, sachant quels seraient les prochains mots de son amoureux, comme s'il les avait déjà entendus, toutes ses résolutions quant au fait qu'Harry serait mieux sans lui s'envolèrent et il se foutait bien, à cet instant, d'être le pire égoïste au monde. Il aimait Harry, comme il n'avait jamais aimé personne, ni même Étienne. Le gryffondor avait été là pour lui dans les pires moments de sa vie et il savait, au fond de lui, qu'il lui devait la vie, car sans lui et tout le support qu'il lui avait apporté, il doutait qu'il ait résisté jusqu'à maintenant. Son souffle se bloqua dans sa poitrine et il ne put empêcher ses yeux de se clore un bref moment, anticipant la douleur atroce que produiraient les prochaines paroles que prononcerait Harry.

Il continua. "Je suis désolé pour la manière dont j'ai réagi, nous devions parler de ces choses, mais pas de cette façon et je sais que tu as probablement l'impression que je ne t'ai pas laissé le temps de t'expliquer. Je ne suis pas parfait, Draco. C'est nouveau pour moi ce qu'on vit et parfois je voudrais tant t'aider, mais je ne sais pas comment faire et c'est difficile pour moi. Tout le monde me considère comme le Sauveur du monde sorcier, l'Élu… " Harry dit ce dernier mot en reniflant de dépit. "Mais je ne sais même pas comment aider mon petit ami. Je me mets une pression énorme, juste pour correspondre à ce qu'on attend de moi et c'est d'autant plus difficile de réaliser que je suis incapable d'y parvenir. Je sais que la situation est, pour toi, mille fois pire, dix-mille fois pire et je n'osais pas t'en parler parce qu'en comparaison je pensais que ce n'était pas important. Je ne voulais pas, en plus, te faire supporter le poids de mes problèmes. Mais là, je réalise que j'ai eu tort. Que je ne serai jamais heureux ainsi, dans notre relation, si on continue comme ça. Je n'ai pas envie de faire semblant ni que toi tu fasses semblant. Alors, ce que je te propose, c'est qu'on soit honnête l'un envers l'autre, sur nos faiblesses, nos peurs, nos appréhensions, qu'on commette des erreurs, qu'on se pardonne ou alors, qu'on se fasse la gueule et qu'ensuite on se pardonne, mais qu'on arrête immédiatement de jouer un rôle l'un envers l'autre. Je t'aime, Merlin que je t'aime, mais je ne pourrai pas continuer sinon."

Draco l'écoutait attentivement et, lorsqu'il eut terminé de parler, il garda le silence un moment, réfléchissant aux paroles du brun. La vérité c'était qu'il était terrifié. Pas terrifié à l'idée qu'Harry soit honnête avec lui, qu'il cesse de jouer son rôle de Sauveur du monde sorcier dans leur intimité, non, ça, c'était, bien au contraire, tout ce qu'il avait toujours désiré. Non, ce qui lui enserrait douloureusement la poitrine, c'était la demande de Harry que lui, Draco Malfoy, fasse tomber ses barrières et qu'il cesse de faire semblant. Et il savait que la proposition de son amoureux englobait ces deux aspects, qu'il ne pourrait pas accepter que Draco reste sur ses positions tandis que lui serait honnête, ouvert et lui montrerait son vrai visage, en tout temps, aussi imparfait soit-il.

Mais comment le brun pourrait-il être amoureux de lui s'il abaissait son masque, s'il lui montrait toutes les peurs, les angoisses qu'il traînait avec lui comme un poids mort qui le ralentissait, l'épuisait.

"Je dois te faire confiance." Murmura Draco, plus pour lui-même que pour le brun, puis il ajouta. "Je ne veux pas te perdre, mais j'ai peur que si tu vois réellement ce que je suis devenu, tu me rejettes."

"Et je ressens la même chose." Répondit Harry, ce qui fit pousser un petit rire triste au blond en réponse.

Le serpentard était un peu déboussolé, il s'était préparé au pire et voilà qu'il s'était trompé. Harry ne désirait pas mettre un terme à leur relation. Il ne savait plus comment réagir, trop surpris et déstabilisé. "Je croyais que tu allais me laisser…" Confia-t-il dans un souffle, sans réfléchir.

Le brun fronça aussitôt les sourcils, comme s'il venait de dire quelque chose de particulièrement vulgaire.

"Pourquoi as-tu cru une telle chose?" Demanda Harry.

L'autre haussa les épaules et sentit avec horreur un sanglot le secouer de part en part, il détourna les yeux en serrant les dents pour se retenir de pleurer. Il considérait amèrement qu'il avait assez pleuré aujourd'hui pour le restant de ses jours. "Avec ce qui s'est passé l'autre jour et les paroles que tu m'as dit… Je ne sais pas. Avant de te voir, j'avais réfléchi et je m'étais dit que c'était ce qui était le mieux au fond, la meilleure chose à faire… peut-être."

Si possible, la mine d'Harry se fit encore plus surprise et choquée. "La meilleure chose à faire? Mais…" Répéta-t-il.

Le blond le coupa. "Attends, laisse-moi parler, c'est à mon tour, il faut que tu saches certaines choses, tu dis qu'il faut être honnête, alors je vais l'être et ensuite… ensuite tu décideras si tu veux encore continuer. Je… je suis allée à Ste-Mangouste aujourd'hui avec mon parrain et Remus, j'ai rencontré une psychomage, une psychiatre, c'est elle qui va faire mon suivi. Elle m'a prescrit de la médication, des exercices, je… elle n'a pas voulu me dire si je guérirais ou combien de temps ça prendrait, tu comprends ce que ça veut dire? Ça veut dire que je ne serai peut-être jamais normal et tu… tu mérites mieux que d'être avec le mec qui s'est fait violé et qui n'est pas capable de manger dans la Grande salle sans faire de stupide crise d'anxiété…"

"Draco, ce que tu as subi, ça ne définit pas qui tu es."

Le serpentard passa une main dans ses cheveux en se léchant les lèvres nerveusement. "Non, mais les séquelles qui en découlent, elles, elles font partie de moi et peut-être pour toujours."

"Ça veut dire que tu vas avoir besoin de temps, je le sais, j'en suis conscient et je suis prêt à t'accompagner là-dedans. Je suis tellement heureux que tu te sois décidé à aller chercher de l'aide, c'était très courageux de ta part." Répondit le brun en attrapant la main du blond dans la sienne, caressant l'intérieur de sa paume avec ses doigts, goûtant la douceur de la peau pâle de Draco.

"Ce n'est pas juste ça… Je…" Hésita l'autre en refermant sa main, prenant celle de son amoureux dans la sienne.

"Tu peux tout me dire, je veux que tu me dises les choses."

"Harry… je… je ne sais même pas si un jour je serai capable de refaire l'amour et je ne veux pas te priver de ça, tu ne peux pas savoir comme je me sens coupable de te demander de te priver pour moi. Tu es jeune, beau, je sais que tu en as envie, je le sais parce que moi aussi j'en ai envie!" Finit par dire Draco en détournant le regard, honteux, mais Harry lui saisit délicatement le menton et le força à plonger ses yeux dans les siens. La tempête grise des iris du blond et le chagrin qu'ils renfermaient le heurta de plein fouet et il posa un baiser sur les lèvres offertes, baiser auquel il mit fin presque aussitôt, car ils devaient continuer leur discussion.

"Je sais et tu as raison, j'ai envie de toi, même si je n'ai jamais fait ça avec un homme auparavant, je ne désire rien de plus que de partager ça avec toi. Mais je pense qu'il y a plusieurs façons de faire l'amour et que nous allons trouver celle dans laquelle nous sommes, tous les deux, la plus à l'aise et c'est tout et ça ne regarde que nous et personne d'autre. Et si quelque chose ne nous convient pas, on en discute et on fait autrement, tout simplement." Répondit Harry.

Draco s'avança et posa un baiser sur les lèvres du brun pour toute réponse et ce dernier n'eut pas besoin de plus pour comprendre tout ce que son amoureux tentait d'exprimer par ce geste. Rapidement, il ouvrit la bouche, laissant la langue mutine du blond venir jouer avec la sienne.

"Je t'aime, je t'aime et ça me terrifie." Murmura le blond en sentant les mains de son petit ami dans le creux de son dos. "Attends, Harry, attends…"

Le gryffondor s'interrompit et colla son front au sien, le souffle rapide. "Arrête de t'inquiéter, je ne te laisserai pas, tu es ce qu'il y a de plus beau dans ma vie, après la bataille, quand j'ai cru que tu étais mort, tu ne peux pas savoir ce que j'ai ressenti, la panique qui m'a envahi à l'idée de t'avoir perdu, tu ne peux pas imaginer. Je me fous de tes crises, on va apprendre à vivre avec ensemble et je me fous du regard des autres, de ce qu'ils en pensent, tu ne peux pas savoir combien je m'en balance."

"Il y a une chose dont je ne t'ai pas parlé… Je… Kingsley est venu tout à l'heure, il a pris ma déclaration pour ce qui s'est passé ce soir-là… euh… au manoir. Pour mon… agression. C'est pour ça que j'étais en retard. Un mangemort a avoué ce qu'ils m'avaient fait. J'ai dû tout dire, tout…"

Harry se recula un peu en pinçant les lèvres, visiblement indécis quant à ce qu'il devait dire. "Tu… euh… ça va?" Demanda-t-il maladroitement.

Draco faillit répondre "oui", par réflexe, mais il s'interrompit. "Non… non ça ne va pas du tout. Harry… juste… prends-moi dans tes bras."

Le gryffondor ne se fit pas prier et il obtempéra à la demande, l'entourant de ses bras, le serrant contre lui.

"Embrasse-moi, touche-moi." Demanda Draco d'une voix devenue presque suppliante.

Harry posa ses lèvres sur les siennes, mais ce n'était pas ce que désirait son petit ami qui approfondit brusquement leur baiser, jusqu'à ce qu'il devienne sauvage, presque violent. Le blond s'installa à califourchon sur les cuisses de l'autre homme tout en continuant à l'embrasser, lui ravageant les lèvres. Draco ne s'interrompit que pour lui retirer son haut et il en fit de même presque aussitôt, le contact de leurs peaux l'une contre l'autre le fit trembler d'excitation et d'un désir prenant sa source dans toute la douleur et le désespoir qu'il ressentait à cet instant. Merlin qu'il avait besoin de lui à ce moment-là. Des souvenirs de l'interrogatoire lui revinrent et pour les chasser, il plongea ses doigts dans les cheveux de son petit ami.

Harry gémissait contre lui et il savait qu'il tenterait certainement de l'interrompre s'il tentait d'aller plus loin, après la conversation qu'ils venaient d'avoir, après tout ce qu'il lui avait confié, mais Draco ne voulait pas arrêter. Il ne savait pas jusqu'où il irait, mais il s'y dirigeait à toute allure, la tête la première, sans se soucier d'où se situait le mur qu'il ne manquerait pas de percuter. Cherchant désespérément la douleur du choc, voulant ressentir toute la violence de la collision, le sentiment de chuter, de perdre le contrôle. Il voulait ressentir quelque chose, il avait l'impression d'être anesthésié depuis sa rencontre avec Kingsley, il voulait que ça cesse.

Il détacha le pantalon du brun qui lui saisit doucement le poignet. "Non, Draco." Dit-il en interrompant leur baiser.

Malfoy l'avait vu venir, il le connaissait trop pour croire qu'il le laisserait se blesser et, sans trop savoir pourquoi, il sentit une rage sourde monter en lui.

"Pourquoi?" Dit-il d'une voix sèche, cassante.

Harry fronça les sourcils. "Pas ce soir, pas après tout ça, ce n'est pas le moment et tu le sais."

"Tu as dit que tu me désirais tout à l'heure, montre-le-moi, alors!" Répliqua Draco en serrant la mâchoire, tentant de défaire le pantalon d'Harry, mais ce dernier lui saisit plus rudement les poignets.

"Non. Tu ne vas pas bien, tu me l'as dit toi-même et je te connais, je sais pourquoi tu agis de la sorte, mais c'est non. Je ne te laisserai pas te faire du mal."

Une colère implacable submergea soudain Draco. "Il m'a souri!" Cria-t-il en se débattant. "Tout le long il m'a souri, ils me violaient, me crachaient au visage, m'insultaient et lui, il me souriait! Je le déteste! Pourquoi il a fait ça? POURQUOI? Je l'aimais, j'étais tellement stupide! Pourquoi tu restes avec moi? Tu devais me laisser! Pourquoi tu me fais ça? J'en ai marre! MARRE! Je déteste ce que je suis devenu, je veux être normal… Je veux juste être normal, comme avant. Pourquoi il me souriait?"

Sans hésiter, Harry le prit dans ses bras et le serra fortement. "Calme-toi. C'est un bâtard, il est mort, il a eu ce qu'il méritait."

"Et moi? Moi aussi, j'ai eu ce que je méritais? J'étais un mangemort… une recrue…"

"Non! Non, personne ne mérite ça. Où as-tu mis tes potions calmantes, Draco?"

Draco désigna le sac qu'il avait posé en entrant dans la pièce d'un geste vague de la main et Harry se leva rapidement pour aller le chercher avant de revenir à ses côtés tout aussi vite. Alors que la respiration du blond ne semblait d'avoir de cesse de s'accélérer, son amoureux lui tendit une petite fiole qu'il but d'une traite, sans se faire prier.

"Je ne comprends pas pourquoi, pourquoi il a fait ça… Je ne veux pas aller témoigner au procès, tout le monde va savoir, je ne peux pas." Continua Draco, toute trace de la rage qu'il avait ressentie plus tôt s'était envolée et avait laissé la place à une tristesse qu'il ne s'était pas permis de ressentir jusque-là. "Ne me lâche pas."

"Je ne te lâche pas, je suis là. Essaie de relaxer, respire." Murmura le gryffondor en lui caressant le dos d'une manière qu'il espérait apaisante.

Soudain, la potion sembla faire effet, car Draco sentit son esprit échauffé s'apaiser, la boule qui lui nouait la gorge disparaître et son souffle se calmer. Il réalisa alors, avec honte, la crise qu'il venait de faire à Harry.

"Je suis désolé." Dit-il en détournant le regard.

"Chut… Arrête, je pense au contraire que c'est une bonne chose, c'est juste normal comme réaction après tout ce que tu as vécu aujourd'hui. Tu veux dormir ici ou je te ramène à ton dortoir?"

Le blond eut une mine horrifiée. "Non, surtout pas. Je veux rester avec toi."

Harry sourit. "J'espérais que tu dises ça."

Draco ferma les yeux un moment, prit une très longue et très profonde inspiration, puis il expira tout aussi longuement, il recommença une deuxième fois, puis un troisième. Il rouvrit les yeux.

"On ferait mieux de faire apparaître un lit, dans ce cas?" Suggéra-t-il, brisant l'état contemplatif dans lequel les lentes respirations du serpentard avaient plongé le brun.

Il acquiesça, ferma les yeux à son tour, mais ce n'était pas pour effectuer des exercices de respiration, mais plutôt pour se concentrer. Cela sembla fonctionner, car le canapé sur lequel ils se trouvaient se transforma en un grand lit recouvert de draps blancs, doux et soyeux. Un air étonné s'afficha sur le visage de Malfoy et Harry ne put résister à la tentation de poser un baiser sur sa tempe un peu humide, suite à sa crise. La bouche du brun quitta sa tempe, se posa sur sa mâchoire et sur son cou. Draco soupira en fermant les yeux.

"Étends-toi sur le ventre." L'invita Harry dans un souffle.

Le blond s'allongea doucement, croisant ses bras au-dessus de sa tête, sans rien dire. Le gryffondor s'approcha et glissa une main sur le dos de son petit ami, puis une deuxième. Draco se détendit et un mince sourire fleurit sur ses lèvres en comprenant qu'il voulait lui faire un massage.

"Attends." Murmura-t-il et il se releva et sans quitter Harry des yeux, Draco déboutonna son pantalon et le retira, puis il en fit de même avec son caleçon. Il vit l'autre homme déglutir en posant son regard sur lui, puis il se recoucha sur le ventre. C'était la première fois qu'il était entièrement nu devant son amoureux et il tenta de se détendre, essayant d'oublier les cicatrices qui marbraient son corps par endroit, notamment ses hanches, là où Greyback avait enfoncé ses ongles pendant qu'il le violait.

Comme s'il lisait dans ses pensées, Harry lui murmura de se détendre. "Tu es magnifique." Ajouta-t-il en posant un baiser sur sa nuque, ce qui le fit frissonner de plaisir.

Il sentit Harry se positionner à califourchon au-dessus de lui et il ne put s'empêcher de se crisper légèrement.

"Ça va?" Demanda le brun.

"Oui, ça va aller." Répondit-il en hochant la tête et lorsque les mains de Harry recommencèrent leur massage, il sut qu'en effet, tout irait bien.


Le cœur d'Harry se stoppa net dans sa poitrine lorsque l'alarme retentit. Stridente, angoissante, elle le réveilla d'un seul coup, comme si on venait de lui jeter un seau d'eau glacée en plein visage. Draco, dont la tête était posée sur son torse et dont les jambes étaient emmêlées aux siennes quelques instants auparavant se réveilla en sursaut. Les deux jeunes hommes échangèrent un regard d'incompréhension.

"Bordel, c'est quoi cette foutue alarme?" S'écria Draco en fronçant les sourcils.

Au même moment, la porte de la salle sur demande s'ouvrit à la volée et Harry remercia le ciel qu'ils aient eu une couverture sur eux à ce moment-là pour dissimuler la nudité de Draco, car ce fut Remus Lupin qui pénétra dans la pièce, une mine inquiète peinte sur le visage. L'homme les observa et son regard se troubla et il rougit en constatant dans quelle position ils étaient et, surtout, que leurs vêtements étaient éparpillés un peu partout autour d'eux.

"Que faites-vous ici à cette heure? Non… je préfère ne pas le savoir… Je vous ai cherché partout! Il y a une intrusion dans le château, habillez-vous et descendez immédiatement dans la Grande salle." Dit-il en leur faisant signe de se dépêcher. "Et toi, Draco, compte-toi chanceux que je ne dise pas où et…comment je t'ai trouvé à ton parrain."

"Qui est entré?" Demanda aussitôt Draco.

Le loup-garou haussa les épaules. "On ne le sait pas encore, allez dépêchez-vous. Et sachez que nous aurons une petite discussion dans les prochains jours." Dit-il en désignant la pièce autour d'eux.

Harry déglutit, il n'avait aucune envie de discuter de ce qu'il pensait que Remus avait envie de parler avec lui. Ce que Draco et lui faisaient dans leur intimité ne regardait qu'eux et nul autre. De toute manière, qu'allait-il s'imaginer. Il ne s'était rien passé… Enfin, presque rien. Même si ce presque rien avait été tout simplement merveilleux et qu'il ne pourrait que penser à ce qui ne s'était, au final, pas passé dans les prochains jours…semaines.

Remus les laissa et repartit dans le couloir, ils l'entendirent crier, alors qu'il s'éloignait : "Tout le monde dans la Grande salle, immédiatement!". Ils s'habillèrent rapidement.

"Qui s'est introduit dans le château, des anciens mangemorts?" Demanda Draco d'une voix blanche et Harry interrompit ses gestes pour lui prendre la main.

"Ils n'en savent rien encore, il a dit, c'est peut-être juste une fausse alerte, attends avant de t'inquiéter et ce n'est pas comme si l'Ordre du Phénix presque au complet n'était pas présent en ce moment dans les murs du château, c'est plutôt eux qui devraient être inquiets de te savoir ici." Répondit Harry avec un clin d'oeil qui se voulait rassurant.

"Pfff, t'es con." Répondit son amoureux et ils se dépêchèrent à rejoindre la Grande salle alors que l'alarme retentissait toujours. Les couloirs étaient en grande partie vides d'élèves, ils devaient être déjà dans la salle. Les quelques élèves qu'ils croisèrent affichaient des mines inquiètes et discutaient entre eux en avançant d'un pas rapide, encouragés par des professeurs qui leur répétaient de se dépêcher. Hagrid était posté à l'entrée de la pièce et comptait les élèves à l'aide du professeur Flitwick. En apercevant Harry, son regard s'éclaira.

"Enfin! Harry, j'étais inquiet de ne pas t'avoir encore vu, Hermione et Ron sont déjà ici." Dit le demi-géant en désignant un espace dans la pièce dont les tables avaient été remplacées par des matelas posés par terre et des couvertures, comme si les professeurs avaient pensé qu'ils seraient en mesure de dormir dans un tel état d'énervement, c'était un peu ridicule.

"Qu'est-ce qui se passe? Es-tu au courant?" Demanda Harry, espérant qu'il parviendrait à tirer les vers du nez de son ami, comme il l'avait déjà fait à de nombreuses reprises par le passé, lors de sa scolarité.

L'homme à la taille imposante n'eut pas le temps de répondre que la professeure McGonagall s'interposait entre eux avec sa mine sévère. "Rien qui ne vous concerne, monsieur Potter, veuillez rejoindre les autres élèves dans la Grande salle." Ordonna-t-elle.

Harry fronça les sourcils. Il était tout de même un membre de l'Ordre, il avait vaincu Voldemort, il avait bien le droit de savoir ce qui se passait, non? Il allait répliquer vertement, lorsqu'il sentit une main prendre la sienne et il se retourna pour voir que c'était Draco. Il était choqué de constater qu'il lui tenait la main ainsi, en public, alors que n'importe qui pouvait les voir.

"Allez, viens, Hermione nous fait signe, là-bas." Dit Draco en l'entraînant à sa suite.

Le brun voulut jeter un air mauvais à la Directrice, à défaut de répliquer, mais elle était déjà partie plus loin dans le couloir en criant après un groupe d'élèves de Serdaigle de se dépêcher. Il suivit donc son petit ami jusqu'à un coin, près d'une fenêtre où étaient assis par terre, sur les matelas, Hermione, Ron, Luna et Neville. Ils s'y assirent à leur tour, mais Harry ne porta pas grande attention à leur conversation, car il ne pouvait empêcher son esprit d'errer et de se demander qui pouvait bien avoir pénétré les défenses de Poudlard.

Il observa les élèves autour d'eux, tous étaient en pyjamas, sauf lui et Draco. Ils avaient pour la plupart des mines de déterrés de s'être fait réveiller de la sorte en plein milieu de la nuit. Les derniers élèves retardataires franchirent les portes de la Grande salle et le professeur Flitwick les referma et plaça un sort de protection sur celles-ci après que la Directrice lui eut adressé un signe de la tête, avant de quitter.

Le bruit des conversations des élèves emplissait la pièce et ils étaient tous nerveux et survoltés, se demandant ce qu'il se passait. Harry remarqua que ni le professeur Rogue, ni Remus n'étaient avec eux dans la pièce et il se dit qu'ils devaient être en train de chercher le château avec les autres professeurs qui étaient membres de l'Ordre. Cela contribua à l'irriter davantage.

Le professeur Flitwick prit alors la parole. "Tout d'abord, je vous demanderais de rester calme, cela ne sert à rien de s'énerver. Il s'agit fort probablement d'une fausse alerte, mais nous préférons être plus vigilants que pas assez. Alors, je vous le répète, rien ne sert de paniquer, gardez votre calme."

"Garder notre calme? Ils nous réveillent en pleine nuit et nous demandent en panique de nous rassembler ici avant de verrouiller la porte avec un sort de protection avant de nous dire que rien ne sert de s'énerver… Tu parles!" Dit Ron à ses amis, en levant les yeux au ciel.

"Je me demande qui a pu s'introduire ici, les mangemorts ont presque tous été arrêtés et ceux qui restent n'oseraient jamais attaquer Poudlard seuls, ce serait suicidaire et complètement stupide." Commenta Harry.

"Ce n'est peut-être qu'une fausse alerte." Dit Hermione, songeuse.

"Moi, je crois que ce sont les nargols, ils adorent faire ce genre de plaisanteries." Dit Luna et Neville fit un sourire en coin, habitué aux excentricités de sa petite amie.

"Peu importe, je suis certain que les professeurs et les aurors trouveront la source de l'alarme. J'ai vu Kingsley qui arpentait les couloirs tout à l'heure." Dit Neville.

"Ça va Draco?" Demanda Hermione, le trouvant bien silencieux, depuis son arrivée, il ne s'était pas mêlé à la conversation.

"Je suis fatigué, c'est tout." Répondit-il et c'était la pure vérité, en plus de l'effet que la potion calmante avait sur lui. C'était celle pour la nuit et elle avait un effet de somnifère, en plus de calmer ses cauchemars.

Les conversations des élèves se continuèrent pendant un moment, puis, après environ une heure, elles se réduisirent à des murmures, certains s'étaient couchés sur les matelas et tentaient de dormir. Depuis un moment, Draco s'était rendormi, la tête sur les cuisses d'Harry qui était en position assise et qui discutait en chuchotant avec Hermione et Ron. Neville et Luna s'étant couchés quelque temps auparavant.

Draco avait d'abord posé sa tête sur l'épaule de son petit ami et Harry avait été le premier surpris qu'il ose faire cela en public, mais il n'avait rien dit, ne voulant pas que l'autre change d'avis, bien au contraire. Puis, lorsqu'il s'était allongé et avait posé sa tête sur ses cuisses, même Hermione et Ron avaient sourcillé. Depuis quand le blond osait-il afficher leur relation devant d'autres de la sorte. N'importe qui pouvait les voir et une telle position ne laissait planer aucun doute sur la nature de leur relation. D'ailleurs, Harry constatait que de nombreux regards curieux étaient posés sur eux, même s'il faisait noir dans la pièce et il entendait des murmures assez peu subtils, mais il n'en avait cure, trop content que le blond ait décidé de s'afficher ainsi avec lui, car c'était ce qu'il avait toujours voulu.

Il ne remarqua cependant pas les regards haineux posés sur eux, provenant de deux gryffondors assis non loin d'eux.


Lorsqu'enfin la professeure McGonagall vint aviser les professeurs et les élèves présents dans la Grande salle que l'alerte avait été une erreur et qu'ils pouvaient tous retourner dans leurs dortoirs respectifs, la réaction de Draco fut un mélange de soulagement et d'agacement.

Soulagement, parce qu'il avait espéré, comme tous les autres, qu'ils ne seraient pas une fois de plus en danger et qu'aucun mangemort animé par une vengeance meurtrière n'avait infiltré l'école. Agacement, car il aurait voulu terminer cette nuit comme elle avait commencé, dans les bras d'Harry, dans l'intimité de la Salle sur demande et non pas seul dans son dortoir avec Theodore et Blaise qui ne manqueraient pas de lui demander pourquoi il avait dormi, au vu et au su de tous, la tête sur les cuisses de son plus si secret petit-ami.

Avant qu'il n'ait eu le temps de réfléchir davantage, il vit Severus s'avancer droit sur lui, la mine sévère et épuisée, tout à la fois. Il déglutit avec difficulté, certain que Remus avait vendu la mèche sur le lieu où il les avait trouvés, Harry et lui, un peu plus tôt et surtout, dans quelle position. Il s'apprêtait à ouvrir la bouche pour se défendre, mais la voix de son parrain l'en empêcha.

"Draco, je voudrais que tu viennes avec moi." Dit-il d'un ton calme qui contrastait avec ses sourcils froncés, à l'entendre, il ne semblait pas fâché le moins du monde.

"Euh… ok." Hésita le blond, en réponse, ignorant pourquoi le professeur de potions voulait lui parler au beau milieu de la nuit, si ce n'était pas pour le sermonner par rapport à la Salle sur demande.

Il se tourna vers Harry qui s'était levé, tout comme Hermione, Ron et les autres. Le brun haussa légèrement les épaules en affichant un air empreint d'incompréhension, lui non plus ne semblait pas savoir pourquoi l'homme voulait lui parler.

Après avoir salué ses amis, Draco emboita le pas à son parrain qui garda le silence pendant le trajet jusqu'aux appartements de Severus. Ils étaient entourés par les autres élèves de Serpentard qui se dirigeaient vers les dortoirs. Ils avaient, pour la plupart, les traits tirés par la fatigue et marchaient presque en silence, se contentant de maugréer entre eux par moment. Certains avaient des couvertures ou des oreillers dans leurs bras, d'autres avaient revêtu leur robe de chambre, ou encore, leur cape avec l'écusson de leur maison cousu sur la poitrine.

La porte menant aux appartements de Rogue était un peu dépassée celle de la salle commune des vert et argent, au détour d'un couloir. Arrivés devant, les deux hommes étaient donc seuls. Severus s'arrêta et se retourna vers Draco.

"Est-ce que ça va?" Demanda le Directeur de Serpentard.

Le blond le dévisagea un instant, se demandant à quoi il référait au juste. Était-ce une question générale? Il en doutait. Cela référait-il à la nuit qu'il venait de passer en partie dans la Grande salle et au fait qu'il avait affiché presque ouvertement sa relation avec Harry? Voulait-il parler de la déposition qu'il avait faite à Kingsley un peu plus tôt? C'était presque drôle de constater que tellement de choses pouvaient faire en sorte qu'il n'irait pas bien qu'il ne savait même plus à quoi pouvait penser son parrain en lui demandant s'il allait bien. Il ne sourit pourtant pas, se disant que ce serait inconvenant.

"Oui. Pourquoi voulais-tu me voir, il est très tard, je suis fatigué."

"Je sais, mais c'est par rapport à la cause de l'alerte, nous en avons trouvé la cause et cette cause voudrait te voir."

Draco fronça les sourcils. "Je croyais que c'était une erreur, la professeur McGonagall a dit…"

"Ce n'était pas une attaque ennemie, mais quelqu'un s'est bien introduit dans le château et c'est pour cela que l'alarme a été déclenchée et cette personne voudrait te voir. Crois-moi, je lui ai déjà signifié ce que je pensais de ce genre de visite surprise en pleine nuit, mais elle n'a pas voulu entendre raison, prétextant qu'elle devait absolument te voir et qu'elle ne partirait pas avant de t'avoir vu, car elle aurait senti que tu avais besoin d'elle… C'est une des sorcières du clan où tu as vécu, mais elle n'a pas voulu me donner son nom, évidemment. Ne voulant pas créer d'incident supplémentaire, je lui ai dit que tu viendrais lui parler. Je te serais donc gré de la rassurer pour que nous puissions tous aller nous coucher et que cette journée se termine enfin." L'interrompit Severus.

Le visage du blond s'éclaira et son cœur fit un bond dans sa poitrine. Une de ses sœurs était venue jusqu'ici! Mais pourquoi?

"Je voudrais la voir." Dit-il, sans hésitation et Severus le fit pénétrer dans ses appartements.

En avançant dans le salon de son parrain, Draco vit aussitôt Mélie qui se tenait debout, les bras croisés, au milieu de la pièce. Remus était assis sur le canapé, près d'elle et la regardait en silence, l'air épuisé. La jeune sorcière était revêtue de la robe rouge de leur ordre et ses longs cheveux bouclés étaient noués dans une lourde natte qui descendait jusqu'au milieu de son dos. En voyant le jeune homme, elle poussa une exclamation et les deux se jetèrent dans les bras l'un de l'autre, s'enlaçant avec force, comme si un aimant les retenait ensemble.

"Mon frère!" S'exclama-t-elle en posant un baiser sur sa joue et en relâchant leur étreinte, puis elle se tourna vers Severus et le regarda avec un air supérieur. "Je désire être seul avec lui, nous ne pouvons pas parler devant des étrangers."

"Je suis son parrain et Remus est mon conjoint, nous somme sa famille et vous êtes chez moi je vous ferais remarquer, mademoiselle." S'offusqua Severus d'un ton glacial en la dardant du regard.

Elle promena son regard de bas en haut sur lui, comme si elle le jaugeait. "Soit, mais vous êtes tout de même étranger au temple et donc, à notre clan. Le secret qui doit être conservé concernant nos coutumes m'empêche de parler devant vous. Y a-t-il un lieu où nous pouvons parler en privé?" Demanda-t-elle.

Severus serra la mâchoire, il se retenait visiblement de rétorquer une réponse acide, dont il en avait l'habitude, à la sorcière. Remus se leva et s'avança.

"Sev et moi, nous allons nous coucher, de toute manière, il est très tard, alors vous pouvez rester ici pour discuter. Draco, tu lui montreras où se situe la chambre d'invité?" Dit le loup-garou et le jeune homme acquiesça en réponse.

Severus voulut protester, mais Remus lui agrippa doucement le bras en lui murmurant quelque chose à l'oreille et le professeur de potions se contenta de hocher la tête et ils se dirigèrent vers leur chambre. Son parrain se retourna néanmoins avant de franchir la porte de la chambre, comme s'il voulait avoir le dernier mot, coûte que coûte.

"Je tiens tout de même à préciser, madame, qu'il aurait été beaucoup plus facile de procéder par des méthodes conventionnelles pour contacter mon filleul et que vos agissements ont causé un grand dérangement dans cette école. Malheureusement, la Directrice n'a pas jugé bon de voir qu'il y ait des conséquences à vos actes et ceci n'est plus de mon pouvoir. Il vous est loisible de demeurer chez moi cette nuit, puisque mon conjoint est un homme beaucoup trop poli et… aimable, mais veillez à ne pas abuser de notre hospitalité, car je ne manquerai pas de vous le dire, soyez-en certaine." Dit-il avant de fermer la porte un peu fort.

Mélie écarquilla les yeux en se tournant vers le blond. "C'est lui ton parrain? Je n'arrive pas à croire que tu aimes cet homme! Notre mère supérieure avait raison de dire que c'était un malotru…"

Il lui fit signe de baisser le ton et jeta un sort de silence sur eux. Il avait oublié combien la sorcière pouvait être directe et manquer de subtilité.

"Pourquoi es-tu ici Mélie?" Demanda Draco puisque la jeune femme ne semblait pas trouver important d'aborder ce sujet qui était pourtant le premier qui s'était imposé à lui.

Elle lui lança un regard curieux, comme s'il venait de lui poser une question dont la réponse était vraiment évidente. "Eh bien… Tu m'as appelé!"

"Quoi? Non…"

Elle fronça les sourcils. "Oui! Par le lien. Tout le monde l'a senti au clan, mais on savait que tu étais à Poudlard, en sécurité, d'ailleurs j'avais reçu ta lettre en début de semaine dernière, alors on ne comprenait pas. Elles m'ont envoyé tout de même, puisque ton appel était si fort, si désespéré, on ne pouvait pas ne pas y répondre." Expliqua-t-elle.

"Un appel? Quand ça? Je n'ai rien fait de tel, je t'assure."

"C'était diffus depuis la semaine dernière, comme des interférences dans le lien, mais on savait que tu vivais peut-être des choses difficiles, on a donc rien fait, mais ce soir, c'était tellement intense, ta détresse, ta souffrance. Je me suis servie de nos pouvoirs pour venir et en apparaissant dans le château, une alarme s'est mise à sonner, je ne comprenais absolument pas ce qu'il se passait, je me suis cachée, mais une femme a fini par me trouver, une certaine McGonagall, je crois. Je lui ai tout expliqué et me voilà."

Draco s'était laissé tomber sur le canapé pendant les explications de Mélie et il se massait la tempe, un mal de tête venait de poindre en lui. Il n'avait jamais voulu appeler sa sœur, mais il avait dû le faire accidentellement pendant qu'il donnait sa déposition à Shacklebot, un peu plus tôt. Il s'en voulait d'avoir été la cause de tant d'inquiétude chez les membres du clan et un tel branle-bas de combat parmi les étudiants et les professeurs. Malgré son séjour chez ses sœurs, il ne maîtrisait pas complètement son pouvoir, loin de là. Cela prenait des années avant d'être en mesure de le faire, lui avait-elle expliqué et il n'était resté dans leurs rangs que quatre mois. Bien entendu, il gardait un contact avec eux et faisait ses exercices, mais il devait bien avouer qu'avec tout ce qui s'était passé ces derniers temps, cela lui était un peu sorti de l'esprit et il n'y avait pas consacré autant de temps qu'il aurait dû.

"Je… C'était une erreur, je suis désolé. J'ai vécu des choses plus difficiles et je n'ai pas eu le temps de m'entraîner…" Commença-t-il, mais Mélie l'interrompit en posant un bref baiser sur ses lèvres.

"Chut. Ce n'est pas grave mon frère, c'est normal de faire des erreurs, je vais en aviser notre mère supérieure pour qu'elle communique avec toi et t'aide. Moi aussi, au début, j'avais beaucoup de mal à fermer le lien, mais tu y arriveras, ne t'en fais pas. Je suis contente de te voir, peu importe. Il est certain que j'aurais préféré ne pas causer un tel émoi dans ton école, mais que veux-tu, les choses sont ainsi. Tu as dit que tu as vécu des choses difficiles, veux-tu en parler?"

Il secoua la tête. La dernière chose qu'il avait envie de faire à cette heure-ci et au terme d'une telle journée était de discuter. Ses yeux se fermaient d'eux-mêmes et il réprima un bâillement, tout qu'il voulait était dormir. Il aurait tout donné pour pouvoir retrouver Harry et s'endormir à ses côtés, mais c'était impossible, il devait déjà avoir retrouvé son dortoir et, de toute manière, Remus connaissait maintenant leur cachette et les tiendrait certainement à l'œil. Évidemment, il était interdit aux élèves de découcher de leur dortoir et le fait qu'il soit en quelque sorte le filleul par alliance du loup-garou faisait que ce dernier appliquait encore plus sévèrement le règlement à son endroit pour ne pas se faire taxer de favoritisme.

"Je suis fatigué, je vais te montrer ta chambre, nous discuterons demain."

"Je devrai repartir dès demain matin, malheureusement, tu sais que je ne suis pas censée quitter le clan trop longtemps." Répondit-elle avec un mince sourire.

"Trop longtemps? Tu viens d'arriver!"

Elle haussa les épaules. "Ce sont les ordres, Draco."

Il ne savait que trop bien ce que cela signifiait. Les sorcières du clan obéissaient à un code bien précis qui régissait leurs vies, et ce, depuis la création de leur ordre. La première règle était qu'ils ne devaient pas quitter le temple, sauf en cas de danger ou pour remplir certaines obligations d'importance. Lors de la fondation de leur clan, cela avait pour but de les protéger, car elles étaient pourchassées et persécutées. Elles n'étaient en sécurité quand dans un certain périmètre autour du temple, car des runes les protégeaient contre ceux qui voulaient leur faire du mal.

Aujourd'hui, cependant, cette règle paraissait dépassée à Draco, mais ses sœurs continuaient d'y obéir sans la questionner. La mère supérieure croyait qu'elles étaient toujours à risque si jamais elles réintégraient le monde et la renaissance de Voldemort n'avait fait que la convaincre de cela. Ce dernier n'aurait pas hésité à tenter de s'emparer de leur pouvoir s'il l'avait pu, pensait-elle.

Mélie, lisant sans doute en Draco sa déception, posa une main caressante sur sa joue. "Reste avec moi, mon frère, le voyage m'a affaiblie, j'aimerais avoir ta présence à mes côtés."

Il acquiesça lentement et ils se dirigèrent vers la chambre d'invité. Draco retira ses vêtements, mais conserva son caleçon avant de se glisser dans le lit. La jeune femme détacha la ceinture de sa tunique et la laissa tomber par terre dans un bruissement d'étoffe, elle était entièrement nue sous celle-ci. Elle retrouva le serpentard dans le grand lit et se colla à lui.

Soudain, elle rit. "Qu'est-ce que c'est que ça?" Demanda-t-elle en touchant son boxeur. "Tu as gardé tes sous-vêtements?" Se moqua-t-elle.

Il se sentit rougir jusqu'à la racine des cheveux et remercia Salazar Serpentard qu'il fasse trop noir à ce moment-là pour qu'elle le remarque. "Euh… ouais." Hésita-t-il.

"C'est nouveau ça… Tu sais bien, pourtant, qu'il ne saurait y avoir de pudeur entre nous, je t'ai vu nu nombre de fois!" Rit-elle, comme s'il agissait de manière vraiment ridicule.

"Je sais… mais c'était différent, on était au temple, ici, c'est… euh… je ne sais pas… différent." Tenta-t-il d'expliquer, même s'il ne parvenait pas à se convaincre lui-même de ce qu'il avançait.

Mélie avait raison et il le savait. C'était vrai qu'elle et ses sœurs l'avaient vu nu à de multiples occasions, car la nudité était naturelle dans la vie du clan. Ses sœurs se baignaient toutes ensemble et cela constituait d'ailleurs un moment d'échange et de relaxation important dans leur routine. Comme il avait été le seul homme à jamais rejoindre leurs rangs, il n'existait aucune installation séparée pour lui, il avait dû utiliser les mêmes que ses sœurs. La première fois, il n'avait pas su quoi faire. Devait-il attendre qu'elles finissent leurs ablutions avant de faire les siennes? Ses sœurs ne lui avaient cependant pas laissé le temps de ses poser plus de questions qu'elles l'avaient entraîné avec elles dans le bâtiment contenant les bains immenses dans lesquels elles pouvaient toutes se baigner en même temps et qui étaient, en réalité, des sources d'eau chaude naturelles.

Il se souvenait de la manière dont elles s'étaient déshabillées devant lui, sans aucune gêne, sans hésitation et il n'avait su où poser les yeux.

"Allez mon frère!" S'était alors exclamée sœur Cass.

"Vas-tu rester là toute la journée ou vas-tu te décider à venir nous rejoindre?" S'était moquée sœur Sara, la plus jeune du clan.

Il s'était lors rapidement dévêtu et s'était encore plus rapidement plongé dans l'eau délicieusement chaude. C'est à ce moment qu'il avait réalisé que personne ne lui portait d'attention outre mesure. Lorsque le regard de ses sœurs se posait sur lui, il n'était pas gêné, car elles ne l'étaient pas non plus. Tout ceci était bizarrement naturel. Par la suite, durant certains de leurs rites, elles se déshabillaient aussi et il n'avait pas hésité à en faire de même, débarrassé de sa pudeur. Leur magie était ancienne, primitive et prenait naissance dans la force vitale elle-même, dans ce qu'elle avait de plus brute : le sang. Pour ne faire qu'un avec elle, pleinement, il était préférable de se délester de tout ce qui nuisait à la circulation de cette énergie.

Il avait appris que leur magie était quelque chose qu'ils pouvaient partager entre eux et le contact de leurs peaux facilitait ce partage. Lors du rite d'initiation qui menait à la création du lien, ce principe était appliqué, mais de façon encore plus intense, car ils partageaient aussi leur sang.

Il avait appris à chérir le contact de ses sœurs, leur toucher, lui qui sentait auparavant son cœur s'emballer dangereusement à la seule idée de se retrouver nu devant quelqu'un d'autre, depuis son agression. C'est pourquoi il comprenait la réaction moqueuse de Mélie à cet instant et son incrédulité, mais quelque chose l'empêchait d'être aussi à l'aise que lorsqu'il était au clan… Harry.

Comme si elle lisait dans ces pensées, et il se demanda si elle pouvait possiblement l'avoir senti dans leur lien, Mélie parla, d'une voix un peu plus sérieuse, cette fois. "Draco, tu sais que la nudité entre nous n'a rien de malsain ou de… pervers. Tu ne trompes pas ton petit ami en étant ainsi avec moi, tu es mon frère, ça n'a rien à voir et tu le sais."

"Je sais, je sais, mais je ne peux pas m'empêcher de penser que s'il nous voyait, il s'imaginerait des choses. Il ne peut pas comprendre ce qu'il y a entre nous, car je n'ai pas le droit de lui en parler, alors forcément il penserait..." Expliqua le serpentard.

La sorcière sourit. "Très bien, dans ce cas, je ne voudrais pas que tu sois mal à l'aise, mais sache que tu t'inquiètes pour rien. Tu t'inquiètes toujours trop pour rien."

Draco protesta. "Nous venons tout juste de nous réconcilier et je ne veux pas le perdre de nouveau."

Sentant l'angoisse dans la voix du blond, elle passa une main dans ses cheveux et posa un baiser sur sa tempe. "Le lien qui vous unit est très fort, je le sens dans notre connexion et je suis certaine que tu ne le perdras pas, il a besoin de toi, mon frère. Il a peur lui aussi de te perdre et il t'aime sincèrement. Je ne croyais pas ça possible, mais ce que vous partagez est encore plus solide et puissant que ce qui t'unit à nous."

"Comment sais-tu tout cela, tu le sens dans notre lien?" Demanda-t-il, étonné.

Elle sourit. "Non, notre lien ne fonctionne pas comme ça. Je le sens dans ta voix et dans tes yeux lorsque tu parles de lui, je le sens dans ta magie qui t'enveloppe doucement à toutes les fois que tu prononces son nom. Cependant, lorsque je te dis que ce qui vous unit est plus puissant que ce qui te lie au clan, je suis sérieuse. Normalement, tu devrais ressentir un manque d'être si longtemps loin de nous, une douleur même, par le biais du lien, mais ce n'est pas le cas de ce que je peux constater. La première règle, de ne pas quitter le temple, ce n'est pas seulement pour notre sécurité, mais aussi pour cette raison. Une fois le lien créé entre nous, autant ce dernier nous apporte la force vitale nécessaire pour utiliser notre pouvoir, autant si nous nous éloignons trop longtemps du temple, nous nous affaiblissons. Mais regarde-toi, tu nous as quitté et tu es plus fort que jamais, c'est très inusité et la raison est que ton lien avec lui surpasse le nôtre et pour qu'une telle chose soit possible… eh bien… il faut que les sentiments que vous vous portez soient très puissants, voir même plus."

Draco l'écouta avec sérieux, puis une moue rieuse s'afficha sur ses lèvres.

"Je suis sérieuse, pourquoi ris-tu?" Demanda la sorcière en fronçant les sourcils légèrement, ne comprenant pas ce qui pouvait bien faire rire le jeune homme dans ce qu'elle venait de lui dire.

"Je me disais seulement que tu ne devrais jamais dire cela à Harry, ça lui enflerait la tête comme pas possible." Sourit Draco.

Mélie se rapprocha du blond et posa sa tête sur son torse et il passa son bras autour d'elle. Ses longs cheveux frisottés vinrent lui chatouiller le cou et il glissa une main sur ceux-ci pour tenter de les placer, mais c'était peine perdue. On eut dit qu'ils étaient animés d'une volonté propre. Cela lui fit aussitôt penser aux cheveux d'Harry qui étaient tout aussi désordonnés et, bien qu'il appréciait cette douce étreinte avec la jeune femme, il aurait préféré ressentir la chaleur de la peau de son petit ami contre sa peau. Le rythme lent et régulier de la respiration de la sorcière le berçait et il pouvait sentir, à travers leur lien, sa magie se fondre dans la sienne. Cela avait quelque chose d'apaisant et bientôt, il ne put retenir ses yeux de se clore.

"C'est dommage quand même…" Murmura Mélie alors que Draco se sentait sombrer dans les vapes du sommeil, comme ensorcelé.

"Quoi?" Répondit-il d'une voix endormie, sans ouvrir les yeux.

"Je dois partir dès l'aurore et donc, je n'aurai pas eu le temps de rencontrer ce fameux Harry Potter."

"Nous viendrons vous voir, si mère supérieure le permet."

"C'est certain qu'elle voudra, après tout, on parle ici du "Sauveur du monde sorcier"." Se moqua légèrement la sorcière en imitant le ton de la mère supérieure.

Draco rit doucement. "Encore une fois, ne lui dit jamais ça!"

"J'essaierai de m'en souvenir, bonne nuit mon frère."

"Bonne nuit ma chère sœur."


La semaine s'était écoulée avec une lenteur presque insoutenable pour Harry et il était heureux de constater que c'était déjà vendredi. Plus qu'un cours de Défense contre les forces du mal avec Remus et ce serait enfin la fin de semaine. Il pourrait retrouver Draco avec qui il avait prévu une balade dans le parc de Poudlard, juste tous les deux, ce soir-là.

Évidemment, suite à la façon dont ils s'étaient affichés dans la Grande salle le soir où il y avait eu l'alerte, dès le lendemain, les questions n'avaient pas manqué de fuser à leur endroit. Poudlard oblige, personne ne les leur posait directement et les élèves se contentaient de murmurer entre eux et de les dévisager assez peu subtilement, qu'ils soient ensemble ou pas. Hermione en avait eu rapidement marre et fusillait du regard ceux qui regardaient un peu trop intensément ses amis.

Certains avaient tenté de lui poser la question à elle ou encore à Ron, mais ces derniers avaient répondu aux curieux que s'ils tenaient tant que ça à connaître la réponse à leurs interrogations, ils feraient mieux de demander directement aux concernés. Déçus, d'autres avaient tenté de tirer les vers du nez à Neville ou encore à Luna, mais ceux-là aussi avaient refusé de répondre.

La première personne à oser venir leur poser la question en face n'avait été nulle autre qu'Astoria Greengrass. Elle s'était approchée d'eux d'un pas assuré tandis qu'ils étaient attablés à la table des gryffondors pour le petit-déjeuner. Il n'était pas rare que Draco vienne s'y installer et il était justement assis en face d'Harry lorsqu'elle s'était plantée devant eux avec la mine sérieuse qui la caractérisait. Une lueur malicieuse brillait dans ses yeux bleus clairs alors qu'elle les dévisageait sans vergogne.

"Harry, Draco." Commença-t-elle. "Vous n'êtes pas sans savoir que tout le monde se pose des questions, mais personne n'ose vous le demander : êtes-vous ensemble?" Avait-elle demandé avec aplomb.

Harry l'avait étudié un instant, se sentant rougir jusqu'à la pointe des cheveux. Ron et Hermione qui étaient assis près d'eux la regardèrent tandis que d'autres élèves de Gryffondor, qui avaient entendu la question, écoutaient attentivement la réponse que donnerait le Survivant. Certains les regardaient avec un sans-gêne assez déroutant, n'essayant même pas de dissimuler le fait qu'ils épiaient leur conversation et Hermione les fusilla du regard.

"Je ne pense pas que…euh… ça concerne qui que ce soit..." Avait répondu Harry d'une voix maladroite.

"Effectivement… mais j'aimerais bien savoir." Avait-elle répliqué en haussant un sourcil sans jamais le quitter des yeux.

Ne sachant plus trop qu'est-ce que Draco désirait qu'il réponde, il s'était contenté de lancer un regard empreint d'incertitude à son petit ami. Le blond avait alors esquissé un sourire narquois comme lui seul savait le faire.

"Tu pourras dire aux autres qu'on est ensemble et aussi… qu'ils peuvent aller se faire foutre si ça leur pose un problème." Avait répondu Draco et à ces mots, Astoria avait souri franchement.

"Je leur le leur dirai sans problème. Vous êtes très mignons ensemble, en passant, mais ma sœur va être un peu déçue." Avait-elle répondu puis, elle avait fait un clin d'œil à Harry avant de quitter sans un mot de plus.

Hermione avait éclaté de rire à ses mots, bientôt imité par Ginny qui était assise à ses côtés. "C'est vrai qu'ils sont adorables." Avait commenté la rouquine et Ron avait levé les yeux au ciel en maugréant un "on est en train de manger, ici" qui lui avait valu un coup de coude d'Harry dans les côtes.

Après cela, la nouvelle s'était répandue dans Poudlard en moins de temps qu'il n'en fallait pour dire "Lumos". Cette dernière avait été accueillie avec une certaine surprise, même si elle était de beaucoup atténuée par les rumeurs qui circulaient déjà depuis deux jours. Les réactions variaient, mais, dans l'ensemble, elles étaient positives. Certains venaient même leur témoigner leur support, ce qui surprit beaucoup Draco qui s'attendait à ce qu'on le critique sur son passé, mais il n'en fut rien.

Bien entendu, certains les dévisageaient avec une certaine curiosité, certains faisaient des blagues un peu déplacées, mais ils ne rencontrèrent pas de réaction hostile. Peut-être que ceux qui désapprouvaient préféraient garder le silence plutôt que de subir l'opprobre de la majorité. Le fait que Harry soit considéré comme un héros de guerre, le Sauveur du monde sorcier, aidait certainement à l'acceptation de sa relation, car très peu osaient le critiquer et beaucoup l'admirait et faisaient confiance en ses choix.

En pénétrant dans la salle de cours où se déroulait son cours de Défense contre les forces du mal, il constate qu'il était le dernier arrivé et Remus lui jeta un regard légèrement désapprobateur. Il était en retard d'une minute. Il prit sa place à côté de Ron et de Neville qui lui sourirent.

Pour faire suite à leur dernier cours où ils avaient appris la théorie concernant les sorts de boucliers avancés et de répulsion, ils allaient maintenant mettre en pratique leurs apprentissages. Lupin fit disparaître les tables et les chaises d'un coup de baguette et cela leur donna un espace suffisant pour pouvoir s'entraîner adéquatement. Comme d'habitude, Neville et Harry se mirent ensemble, alors que Ron était le partenaire de Luna. Ni Hermione ni Draco n'avaient choisi ce cours qui n'était pas nécessaire pour être admis en potions ou en médicomagie.

Les élèves commencèrent l'exercice, supervisés par leur professeur et la salle s'emplit des sons des sorts et des exclamations de voix des personnes présentes.

Harry tenta de percer le bouclier de Neville une fois de plus, mais ce dernier tenait bon. Lorsqu'il y mit un terme, son ami le félicita, il n'avait pas réussi à faire un bouclier aussi puissant que le sien, par contre, ses sorts de répulsion étaient remarquables et, la première fois, ne maîtrisant pas sa puissance, il avait envoyé son ami valser contre le mur qui, heureusement, était recouvert d'un matelas.

Neville et Harry prirent un moment pour se reposer, haletants. Soudainement, Harry sentit un sort le frôler et il se retourna pour constater que c'était Seamus qui en était à l'origine et qui avait certainement fait exprès de ne pas le viser complètement. Il fronça les sourcils.

"Qu'est-ce qui te prend, Seamus?" Demanda-t-il, trouvant la conduite de l'autre dangereuse, s'il avait fait un pas de côté, il aurait reçu le sort de plein fouet.

L'irlandais haussa les épaules, un sourire moqueur aux lèvres. "Ce n'était qu'un sortilège de Jambes-en-coton, je voulais seulement voir si tes réflexes étaient encore aiguisés, je dois t'avouer que je suis un brin déçu, Ô Sauveur du monde sorcier."

Harry n'aimait pas le ton de son co-chambreur et il ne tenta pas de le dissimuler. Qu'est-ce qui lui prenait? Il s'était toujours assez bien entendu avec Seamus, même s'il était parfois un peu trop impulsif et borné. Pourquoi agissait-il de la sorte? Il réfléchit un moment, se demandant si lors de la dernière pratique de Quidditch il avait pu dire ou faire quelque chose pour le mettre en colère ou autre, mais rien ne lui venait à l'esprit.

"Tu ferais mieux de moins t'amuser avec ton serpent et de t'entraîner si tu ne veux pas perdre tes réflexes." Se moqua Seamus, mais derrière son ton jovial, on pouvait sentir tout le dégoût qu'il éprouvait pour Draco dans sa manière de prononcer le mot "serpent".

Neville se rapprocha d'Harry, comme s'il tentait de lui témoigner son support.

"C'est quoi ton problème au juste? Je ne suis pas sûr de saisir…" Dit Harry en tentant de conserver un ton cordial, malgré les propos déplacés de Seamus.

"Moi, je n'ai aucun problème. C'est juste que… beaucoup se questionnent Harry, sur tes choix." Répondit l'irlandais.

"C'est drôle, tu es le premier à me dire une telle chose… Mes choix? Tu veux parler de Draco?" Répondit le Survivant.

Seamus afficha un air dégoûté à l'entente du nom de Malfoy. "On pense qu'il t'a ensorcelé ou qu'il t'a fait boire un philtre d'amour ou je ne sais quoi. Il veut devenir potionniste après tout... Sinon, comment expliquer que tu te tapes un mangemort?"

"Je t'interdis de dire une telle chose au sujet de mon petit ami!" Se fâcha Harry en serrant les dents, se retenant de crier pour ne pas attirer l'attention sur eux. "Je me fous pas mal de ton opinion et de celles des supposés autres qui pensent comme toi, mais je ne te laisserai pas l'insulter en public ou insinuer de telles choses. Tu ferais bien de retirer tes paroles."

"Insinuer? Tout le monde sait que c'est un mangemort, tout comme son père, je n'insinue rien du tout, c'est un fait. Et que tu sois un pédé, ça je m'en fous pas mal, tant que tu ne me reluques pas, non, ça je m'en balance… Ce que je n'arrive pas à comprendre c'est que tu es choisi de te faire ce fils de pute plutôt que n'importe qui d'autre. Tu es devenu amnésique durant la guerre ou quoi? Tu as oublié qui il est? C'est un si bon coup que ça? Quoi que c'est vrai que j'ai entendu dire par certains qu'il avait un joli petit cul bien…"

Il n'eut pas le temps de finir qu'une poussée de magie le projeta brutalement contre le mur, Harry, qui s'apprêtait lui en coller une en plein visage, se retourna vivement et constata avec stupeur que c'était Neville qui l'avait attaqué.

"Pas si mauvais, finalement, mes sorts de répulsion." Commenta-t-il avec un sourire qu'Harry ne lui connaissait pas. Ce dernier était encore trop sous le choc pour réagir, puis Remus arriva à grandes enjambées, les sourcils froncés et les dévisageant avec suspicion. Plus loin, Seamus était toujours K.O. au pied du mur matelassé.

"Je n'arrive pas à le croire…" Murmura Harry.

"Tu me vois blessé, je ne suis plus si nul et, en plus, personne n'insulte mes amis." Répondit Neville.

L'autre secoua la tête. "Non, je veux dire, je n'arrive pas à croire que ce soit un tel connard." Dit Harry en soupirant, à la fois triste et en colère, puis il se tourna vers Neville et lui mit la main sur l'épaule. "Attends que je raconte ça à Draco! Il ne me croira jamais quand je lui dirai que tu as flanqué une raclée à Seamus pour défendre son honneur."

Une ombre passa dans le regard de Neville. "Harry, je crois que tu ferais mieux de ne pas lui en parler… tu sais, avec tout ce qui se passe ses temps-ci pour lui, il n'a pas besoin de savoir que cet imbécile pense des choses aussi horribles de lui."

Le Survivant pinça les lèvres, le sérieux était revenu sur son visage.

"Tu as sans doute raison." Répondit-il et ils se remirent en position de combat.


Note de l'auteur :

Chers lecteurs,

Quel chapitre pénible à écrire… par Thémis! Mais enfin, il est terminé, alors c'est ça qui est ça.

Sachez deux choses :

1) Je suis allée au Comiccon de Montréal avec ma meilleure amie et on a pris une photo avec Tom Felton… O_O (Encore sous le choc quand je la vois dans ma chambre)

2) Ma prochaine fic a commencé à être planifiée et j'ai fait un premier jet. (Autorisation de perdre connaissance accordée…BAM!)

Merci aux fidèles commentateurs de cette fic et pour ceux qui préfèrent garder le silence, en tant qu'avocate je vous dis : C'est votre droit, mais en en tant qu'auteur je vous dis : ILALALALA! Mautadine!

Les revieweurs anonymes, je ne peux pas vous répondre et sachez que je réponds TOUJOURS à mes lecteurs, de manière personnalisée, gentille, merveilleuse et splendide, et des fois (souvent), je donne des petits extraits des prochains chapitres ou des potins, alors ça me rend un peu triste de ne pouvoir en faire de même avec vous… mais cela n'entache d'aucune façon l'amour sans borne que je vous porte, sachez-le.

Merci encore et à la prochaine,

xxx

Harley