Le chapitre nouveau est arrivé ! j'ai passé mon bac ! Plus que l'oral ! La vie est belle ! Bientôt les vacances ! Tout un tas de bonnes raisons pour lancer des fleurs à la compagnie, mais je crois que vous avez assez attendu ce chapitre, aussi vais-je vous laisser le lire rapidement.

Je vous donne une seule précision : Ne faites pas comme Edward, et gardez à l'esprit tout au long de ce chapitre qu'Edward porte des couettes ! XD

Voila, voila, sur ce, bonne lecture, j'espère que vous aimerez ce chapitre autant que j'ai aimé l'écrire (voire plus si c'est possible :P)


Chapitre 50 : Envie de meurtre (Edward)

– C'est mignon, les couettes, hein ? fit Havoc pour la quinzième fois de la matinée.

– Mais oui, mais oui, répondis-je en tentant de me plonger dans la lecture d'un traité d' herboriste.

Depuis le début du séjour, je pillais la bibliothèque de l'auberge (heureusement bien remplie) pour combler les périodes de vide sonore des tours de garde, quand Havoc et Breda étaient en manque d'inspiration. Cela me permettait d'apprendre une foule de choses diverses et variées, lisant aussi bien des mangas qui traînaient, que des livres sur la médecine, des romans d'un certain Jules Vernes qui nous plongeait au centre de la terre ou au contraire sur la lune. Je lisais, encore et encore, sans trop chercher pour le coup à savoir si c'était vrai ou pas.

– Non mais Breda, t'es d'accord avec moi qu'il est mignon avec ses couettes, non ? s'exclama Havoc en se retournant vers l'intéressé qui détachait soigneusement les pages recettes de cuisines d'avantages en ce concentrant sur sa tâche comme si sa vie en dépendait.

Je refermais mon livre dans un claquement sec, abandonnant mon paragraphe sur les vertus et dangers de la ciguë. De toute façon, les taquineries incessantes d'Havoc m'empêchaient de me plonger suffisamment dans ma lecture pour en retirer quoi que ce soit. Je lui jetais un regard noir, sans me rappeler qu'avec ma coiffure, j'avais plutôt l'air d'une fillette effarouchée. Lui en revanche, s'en aperçu très bien et pouffa de rire, décuplant ma mauvaise humeur. Je tirais ma chaise à l'écart et lui tournais le dos

Je sais vraiment pas pourquoi j'ai accepté ce pari stupide, pensais-je, avant de me remémorer le visage de Roy, son sourire presque vampirique alors qu'il éprouvait mon honneur, et su que c'était bien la seule raison possible. Parce qu'à ce moment là, je ne pensais pas qu'il pouvaient être chiants à ce point.

– Te vexe pas Edward… fis Havoc en traînant à ton tour sa chaise pour se rapprocher. Je te taquinais, c'est tout… Enfin, même si ça te va vraiment bien, marmonna-t-il entre ces dents.

– En fait, je me rends compte que tes cheveux ont beaucoup poussé depuis notre départ pour le voyage, ajouta Breda qui avait relevé le nez de ses travaux d'extraction.

– Ah, voila une remarque intéressante, grognais-je ironiquement en croisant les bras. Il est vrai que les cheveux des gens ne poussent jamais, ou alors, il faut qu'ils se fassent des couettes pour prendre dix centimètres d'un coup !

– Non, c'est juste nous qui ne sommes pas assez observateurs, souffla Havoc. Pourquoi tu portes ça, d'ailleurs ? Ce n'est pas volontaire, non ?

Ce faisant, il attrapa une mèche entre des doigts, me faisant retourner avec un regard noir, puisqu'il emportait avec lui la moitié de la couette dans un entrelacs de cheveux emmêlés. Comme je le fusillais du regard, il relâcha mes cheveux qui retombèrent mollement avec le froissement soyeux caractéristiques d'un shampoing récent. Je me sentis mal à l'aise. Pourquoi cette obsession des cheveux ma parole ? Pourquoi j'avais accepté de porter des couettes, bon Dieu de bon Dieu ?

– Qu'est-ce qu'ils ont mes cheveux encore ? A part qu'ils ont poussé, hein ? fis-je d'un ton rogue.

L'agressivité qui perçait dans ma voix provoqua un mouvement de recul d'Havoc. En voyant cet air presque effrayé, le souvenir d'hier commença à refaire surface.

– C'est Roy qui te l'a demandé, hein ? devina le blond avec un air narquois, me faisant rougir jusqu'aux racines des cheveux.

– C'est pas malin, alors qu'il n'est même pas là pour en profiter… commenta Breda avec un sourire moqueur.

– Et toi alors, pourquoi tu étais dans notre chambre hier, hein ? attaquais-je à mon tour.

Le visage d'Havoc se décomposa soudainement, l'air à la fois catastrophé, honteux, gêné. Le malaise qui lui tomba dessus comme un éclair me paru si violent que malgré mes pulsions vengeresses (combien de fois ne m'avait-il pas taquiné ?) je me dis qu'il ne valait mieux pas savoir. C'était sans compter sur Breda, qui abandonna lâchement ses recettes de cuisine sous sa chaise pour l'accabler de questions, se retournant contre son allié de toujours.

J'eus soudainement l'impression d'avoir déclenché quelque chose que j'étais absolument incapable d'arrêter et contemplais d'un œil vide Havoc tenter de résister à la curiosité de Breda, me demandant vaguement si j'avais cette expression de renard pris entre deux feux qu'avait le grand blond quand on me questionnait sur certains sujets.

– Allez, Havoc, tu peux tout nous dire… Je te jure que ton histoire ne sortira pas d'entre ces murs…

Le soldat regarda le couloir qui s'étendait de part et d'autre en se disant visiblement que c'était déjà bien trop grand.

– Non, allez, tu peux nous faire confiance, non ? fit Breda en souriant de toutes ses dents.

Euh… non, pensais-je en communion spirituelle avec Havoc. Voyant nos regards dubitatifs, Breda en conclu que son argument ne tenait pas.

– Bon, puisque c'est comme ça, je vais faire des hypothèses… Edward, qu'as-tu vu hier ?

– Ben, Havoc était dans la chambre… quand Roy a ouvert la porte, il s'est jeté sur lui en le prenant par le col et en le secouant… fis-je en joignant le geste à la parole avant de faire une pause, hésitant. Et… il a marmonné « Gué...gué…gué. » et il est partit dans le couloir.

– Gay, rectifia Havoc à contrecoeur

– Gai ?

– Non, pas Gai, Gay.

– AAAAAAAAAH GAY ! s'exclama Breda.

– Chuuuuut ! chuchota Havoc, cramoisi, tandis que je fronçais les sourcils.

-- Gay ? demandais-je en fronçant les sourcils.

Les deux militaires se retournèrent vers moi, avant de pousser un soupir blasé.

– Edward, voyons… Gay ! Tu es candide à ce point pour ne pas connaître ce mot ?

Je ne répondis rien, leur jetant un regard noir teinté d'incompréhension, détestant cette réaction de leur part.

– Euhm… Toi, tu es gay, Ed… fit Breda, hésitant à définir le mot à voix haute.

– Ahhhhhhhhhhhh… d'accooooooooord… murmurais-je. Et c'est parce que Roy est… gay ? que tu as essayé de l'étrangler ? demandais-je à Havoc d'une voix très calme.

- Hum… non… répondit-il en rougissant de nouveau.

Voyant qu'il était flanqué de deux oisifs calmes et attentifs, il sembla enfin comprendre qu'il n'avait pas d'autre choix que de s'expliquer plus en détail.

– Non, en fait, c'était hier, en fin d'après midi… J'étais sorti m'asseoir sur la digue et je m'étais retrouvé à discuter avec Elvis… Je voulais lui parler… d'Ambre… enfin, comme il la connaît, je me disais qu'il saurait me conseiller… vous voyez… Enfin, c'était assez délicat, alors la conversation était bourré de sous entendus… mais bon… euhm…

Arrivé là, le grand blond déglutit, visiblement mal à l'aise, avant de continuer son récit à contrecoeur.

– Et là, j'ai senti une main se poser sur ma c…cuisse, et…

– Ah, c'était donc toi le hurlement de terreur qui venait de la plage ? fit Breda en se mordant les lèvres pour ne pas rire.

– Tu t'es fait… draguer par Elvis ? fis-je en ouvrant des yeux ronds.

– Vu le succès que t'as avec les filles, tu devrais peut-être accepter sa proposition, ajouta Breda.

– Non, c'est méchant ça, fis-je en tapotant l'épaule de mon voisin sous le choc et fronçant les sourcils, ressemblant une fois de plus à une poupée effarouchée.

– Laisse, il blague, fit Havoc, mais je vis à sa moue qu'il était réellement vexé.

– Quand même à sa place, je le prendrais pas très bien de prendre un râteau aussi…retentissant…

– Ne t'inquiètes pas, il l'a bien prit, fit Havoc avec un soupir las… Il m'a lancé un large sourire quand il m'a revu… Mais je sais pas si c'est parce qu'il a compris que c'était pas mon style ou si il a l'intention de revenir à la charge.

– J'espère pour toi qu'il a compris que t'étais hétéro, répondis Breda.

Il resta silencieux quelques secondes, avant d'exploser de rire, chose qu'il s'empêchait visiblement de faire depuis un bon moment. Comme Havoc tentait de le faire taire, je me réfugiais dans la bulle de mes pensées avec un creux au ventre qui, malgré l'heure, n'était pas dû à la faim.

Alors Elvis est gay…C'est donc ça son côté… bizarre ?

Non, moi aussi je suis gay, et je suis pas bizarre… Enfin, je ne crois pas.

Lui c'est pas pareil… Il a plutôt l'air du genre à draguer les gens au pif… et à ne pas s'inquiéter de ses échecs…

Comme Roy quand il draguait les filles, pensais-je avec une pointe de jalousie. Sauf que lui ne se prenait pas de râteaux…Je me demandais vaguement si je devais en être vexé, ou au contraire fier, et comme je n'y pouvais rien, je décidais d'être fier. Fier de lui et surtout victorieux par rapport à ces fantômes féminins.

Mais Elvis n'a rien d'un fantôme. Je crois que c'est ça qui m'inquiète en fait…

– Edward… Edward ? appela Breda, voyant que j'étais perdu dans mes pensées.

– Et voila la princesse méditant du haut de sa tour en espérant que son preux chevalier vienne la délivrer de son ennui…

– QUI EST UNE PRINCESSE MORTE D'ENNUI ?

– Pourquoi tu t'énerves ? j'ai pas dit « petit » !

– MAINTENANT SI ! grognais-je en étranglant à moitié le grand blond.

Je savais bien qu'il n'en avait pas fait exprès… je le savais bien… mais en m'annonçant cette nouvelle, il m'avait rendu inquiet, et quand je m'inquiète, je suis agressif !

oOoOoOoOo

Ce sentiment confus d'inquiétude m'avait pris au tripes et ne me lâchait plus. J'avais un mal de ventre permanent, que je dissimulais aux deux autres, qui obsédés pas mes couettes, auraient bien été capables de me demander si j'avais mes règles. Autant ils avaient été pleins de sollicitude à l'époque ou les choses étaient au plus mal entre Roy et moi, autant maintenant que les choses allaient bien, ils rattrapaient leurs vannes de retard. C'était… insupportable. Ainsi l'arrivée de Hugues m'arracha mon premier vrai sourire de la matinée. Même si je n'allais que le croiser, j'aurais le réconfort de voir Roy pendant quelques courtes secondes, avant de savourer le confort du lit ou je pourrais lire tranquillement. Du moins c'est ce que je pensais en descendant vers la voiture, flanqué de Havoc et Breda, quand seule Hawkeye était présente à côté de la voiture. Je fronçais les sourcils, soudainement inquiet.

– Ou est R… le Colonel ? lui demandais-je sans cacher mon inquiétude.

– Si je savais ! répondit-elle en fronçant les sourcils. Je ne l'ai pas vu depuis ce matin !

– Ah ? fis-je d'une voix qui se forçait à ne pas trembler.

Non, il n'est pas fou, il sait se débrouiller tout seul, il ne faut pas que je panique pour un rien… répétais-je dans ma tête en serrant les poings pour rester calme ; mais comment pouvais-je rester calme quand Hawkeye elle-même n'était pas dans son assiette ? Je ne trouvais pas la réponse.

– Qu'il soit parti se balader ce matin, d'accord, mais il n'est toujours pas revenu…

– Il a peut-être oublié sa montre, ironisa Breda.

– Ce n'est pas une raison ! rétorqua Hawkeye en restant au premier degré. Qu'est-ce qui lui a prit d'aller ce balader avec Elvis tout ce temps ?

J'eus l'impression de recevoir un coup au ventre à ses mots, mais en me mordant la lèvre, je parvins à rester presque impassible. La grande blonde, insensible au tsunami qu'elle avait accidentellement déclenché chez moi, continua à discuter avec les deux autres. La crise de conscience de ce que pouvait signifier une balade avec Elvis déferla sur moi par vagues successives : d'abord le danger pur et simple d'être en ville avec quelqu'un qui traîne dans les pires quartiers, ensuite la découverte toute fraîche de ses penchants, le ressac de la confiance envers Roy, toujours renversé par l'absence visible de principes d'Elvis... pendant toute leur discussion sur le trottoir, je me sentis ballotté par des dizaines de sentiments contradictoires, plus que je ce que je pensais pouvoir éprouver encore peu de temps auparavant.

– Allez Edward, on rentre, fit Havoc, qui avait soudainement laissé tomber le « mademoiselle » en voyant mon trouble.

Je m'assis à contrecoeur sur la banquette arrière et claquais la porte, avant de regarder défiler les rues de la ville. Je pensais que passé le premier choc, j'allais réussir à me calmer et à reprendre le contrôle de moi-même. Je m'étais lourdement trompé. Ces pensées que j'avais eu se complexifiaient, se mêlaient et se ramifiaient sans arrêt, me plongeant dans un perpétuel questionnement nauséeux. Je ne savais plus trop au juste ce qui m'écoeurait le plus, de douter de Roy ou de savoir que j'avais de bonnes raisons de m'inquiéter à ce sujet. En tout cas, seule une certitude restait : J'étais mal.

Havoc se risqua à me poser une question anodine à laquelle je répondit par un grognement peu amène. Le silence retomba par forfait dans la voiture ou l'ambiance avait rarement été aussi tendue. Je savais que c'était de ma faute. Je levais les yeux en me disant que je pouvais quand même essayer de faire bonne figure quand mon reflet dans le rétroviseur me rappela la présence de couettes ridicules sur ma tête et me replongea instantanément dans une humeur noire. Havoc me lança son sourire le plus amical en ouvrant la portière pour me laisser sortir, mais n'obtint pas le moindre signe d'amélioration en échange.

– Ils sont rentrés ? demanda Breda à Ambre assise au bureau d'accueil.

Elle secoua négativement la tête et se replongea dans ses papiers d'administration. Les deux autres militaires eurent la délicatesse de trouver un prétexte pour fuir ma présence insupportable ; j'avais beau savoir que ça ne servait à rien, je n'arrivais pas à décolérer.

C'est vraiment dégueulasse de se barrer comme ça… Je comprends qu'il aie envie de s'amuser, de sortir, mais il pourrait quand même penser un peu à son travail… et à moi, merde !

Mais il ne sait pas lui, il ne peut pas savoir qu'Elvis est Gay

Ou peut-être que justement maintenant il le sait et que c'est ça le problème.

Mais non, même si Elvis le lui dit, il s'en fout, non ?

Enfin, j'espère… Et puis pourquoi il serait intéressé par lui après tout ?

Merde, il y a tout un tas de raison de s'intéresser à Roy, pensais-je amèrement en souhaitant pour la première fois que Roy soit un type fade et totalement dépourvu d'intérêt.

Et si il lui saute dessus ? pensais-je en me figeant au milieu de ma marche fébrile dans le hall.

Je me laissais retomber dans le fauteuil de cuir usé qui se trouvait derrière moi. A l'interminable avancée de l'aiguille des minutes s'ajoutait mes allées et venues incessantes ponctuées de pauses ou je m'affalais dans le fauteuil en regardant l'horloge d'un air renfrogné.

– Tu devrais aller te reposer Edward, fit Ambre en relevant la tête pour me jeter un regard plein de sollicitude. Je te préviendrais dès qu'ils reviendront.

– Non, répondis-je d'un ton sans réplique.

Ambre replongea dans ses dossiers et le hall dans son silence.

– Merci quand même, marmonnais-je en baissant les yeux, conscient que mon ton était un peu trop tranchant alors qu'elle n'avait rien fait.

Elle me sourit gentiment pour me montrer qu'elle n'était pas blessée et comprenait, mais en baissant de nouveau les yeux sur ses paperasses, son visage se referma, signe qu'elle aussi s'inquiétait. Mes pensées s'accéléraient jusqu'à devenir tourbillonnantes et me donner la migraine, les peurs brouillonnes, peut-être irraisonnées , m'envahissaient comme l'air qu'on respire. Je me sentais mal, nauséeux, le ventre trop noué pour marcher, et le laissais tomber pour la vingtième fois dans le fauteuil au cuir grinçant. Je pris ma tête dans mes mains, essayant de chasser ces pensées de mon esprit sans réussir à me convaincre que c'était de la paranoïa inutile et non pas une angoisse parfaitement justifiée. J'enfouissais plus profondément mon visage, pressant mes paumes contre mes yeux fermés dans l'espoir vain de chasser mon mal de crâne, quand la porte d'entrée s'ouvrit en claquant, laissant entrer deux personnes hilares.

– Alala, la tête qu'il a fait quand on lui a volé ces tomates ! s'exclama Roy entre deux rires.

– Bah, au prix où elles étaient…

– C'est pas comme si tu étais pauvre, hein ?

– Non, j'ai des amis influents, fit-il avant de cesser de rire.

Il faut dire qu'avec le regard qu'Ambre et moi leur adressions, il était plus légitime d'avoir envie de disparaître dans un nuage de fumée que de rire aux éclats comme ils le faisaient il y a un instant encore. Je me levais lentement, craquant mes doigts, le souffle littéralement coupé par l'indignation. Ce fut finalement notre tenancière qui retrouva sa voix la première.

– C'est à cette heure-ci que vous rentrez ?

– Euh… bah oui, pourquoi ? fit Elvis avec un sourire qui tentait d'être innocent.

– Vous auriez pu nous dire ou vous alliez quand même…

– Mais à la découverte du monde, chère sœur !

– La belle découverte, fis-je d'une voix sourde, retrouvant enfin la faculté de parler.

Les autres se retournèrent vers moi, et je crus déceler un frisson, comme si ma fureur était telle que même ces mots parfaitement bridés laissaient échapper mon ressentiment sous pression. J'inspirais profondément, incapable de dire si j'avais envie de les planter là ou de les frapper à mort. Torturé par l'innocence de Roy, assez stupide pour aller se balader et me laisser en plan, torturé par les questions sans réponse de 'qu'ont-t-il fait tous les deux ?' qui était sans doute sans motif, ma rage de m'être inquiété pour rien, le soulagement de le voir, malgré tout… La colère presque haineuse de le voir rire quand j'étais au bord des larmes, incapable d'effacer mon attirance, mon envie de l'embrasser passionnément sans cesse doublée de celle d'exploser son trop joli minois contre le mur…

– Le vol de tomates, c'est la découverte du monde ?

Considérant qu'il n'était pas visé par ma question, Elvis croqua dedans à pleines dents, tandis que Roy la cachait derrière lui comme un enfant prit en faute dans un geste qui m'aurait sans doute attendri si la situation ne s'y prêtait pas si peu. Je me dirigeais vers le jeune homme au cheveux châtains et lui arrachais le fruit de son larcin pour le jeter sur la route.

– Truand à la petite semaine… tu m'apitoies…

– Et toi donc, cocker triste aux oreilles tombantes, répondit-il avec un sourire trop étiré tout en attrapant une mèche de cheveux de mes couettes, me rappelant une fois de trop cette cruelle réalité.

Je le giflais violemment, à ce dernier geste, le forçant à reculer sur le coup de la surprise. Je sentis à cet instant que je n'arriverais plus à me contrôler, malgré les exclamations d'Ambre. Je serrais le poing droit, sentant les rouages si tendus qu'ils étaient prêts à craquer, pour asséner un nouveau coup à cette raclure, ce type, qui se permettait tout, même de tutoyer Roy au bout d'une journée, alors qu'il m'avait fallu tant de temps, à moi, pour y arriver…

Je sentis deux mains fermes agripper mes épaules et me retenir. Ambre déployait ses talents cachés, réussissant à m'immobiliser sans peine apparente.

– Edward, calme-toi, il n'y pas de quoi en faire un drame… Fit Roy en s'avançant vers moi.

– COMMENT CA, PAS DE QUOI EN FAIRE UN DRAME ? COMMENT CA, ME CALMER ? VOUS VOUS ETES VUS, COLONEL ? AU LIEU DE BOSSER, VOUS VOUS PLANQUEZ AVEC CE PLOUC A FAIRE JE-NE-SAIS-QUOI DANS LES COINS OBSURS DE LA VILLE… ET MOI JE DOIS RESTER CALME ? !

– Edward, dis, tu me fais un dessin ?

– VA TE FAIRE FOUTRE, LULU !

– EDWARD ! ! s'exclama Ambre au moment ou elle ne put me retenir davantage.

Je me ruais sur lui et l'attrapais par le col, tirais pour le forcer à se baisser et me regarder dans les yeux.

– Edward… pas la peine de…

– VOUS COMPRENNEZ PAS CE QUE JE VOUS DIS OU QUOI ? ! PAS LA PEINE DE ME DIRE QUOI QUE CE SOIT, VOUS PENSEZ QUE JE VAIS EN CROIRE UN MOT ?

– Fullmetal, je t'interdis de me parler comme ça…

– QU'EST-CE QUE J'EN AI A FOUTRE DE VOS ORDRES ? COMMENCER PAR RESPECTER VOS ENGAGEMENTS ET ETRE SUR LES LIEUX A L'HEURE !

Je l'avais secoué si violemment qu'il avait faillit tomber ; je l'avais rattrapé par principe… je n'aurais pas dû. Un instant, le silence resta suspendu à son col, et une phrase prononcée à voix basse comme si elle était dans l'œil du cyclone franchit mes lèvres.

– La vérité Colonel, c'est que vous êtes un con.

Il ouvrit la bouche pour répliquer, sentant qu'il ne pouvait pas rester silencieux, mais en voyant ses lèvres, vertigineusement proches, se me sentis parcouru par un courant de désir nauséeux qui me poussa à l'écarter violemment de moi. Il recula de quelques pas, reprenant péniblement son souffle, tandis que je tentais de garder mon calme. Sans y parvenir.

– Edward…

– ALLEZ FAIRE CE TOUR DE GARDE, CA VOUS RENDRA UN PEU MOINS IRRESPONSABLE !

– EDWARD ! cria Roy, tentant de couvrir ma voix pour me forcer à l'écouter.

– MAIS VOUS AVEZ TOUJOURS PAS COMPRIS ? CASSEZ-VOUS, JE NE VEUX PLUS VOUS VOIR !

Je sentis Ambre tenter de rattraper mes épaules dans une tentative désespérée pour me retenir, j'entrevis Elvis m'éviter et partir vers la salle à manger, je distinguais nettement l'expression médusée de Roy tandis que je fonçais sur lui.

– CASSEZ-VOUS ! MAIS CASSEZ-VOUS JE VOUS DIS ! hurlais-je en le repoussant dehors à coup de pieds.

Havoc me repoussa en arrière, me faisant tomber assis malgré moi dans le fauteuil, pour soustraire son supérieur à ma colère. Il l'entraîna dehors malgré ses protestations embryonnaires et le força plus ou moins à entrer dans la voiture. J'entendis plus que je ne vis les portes claquer et la voiture démarrer.

Il est parti.

Je repris mon souffle et m'aperçu que j'étais pantelant, serrais les points pour les empêcher de trembler. J'avais chaud, j'avais mal, je me sentais nauséeux. Le ronronnement du moteur de la voiture résonna dans le hall avant d'être estompé par la distance. Je poussais un immense soupir, auquel fit écho celui, plus discret, d'Ambre, qui comprit que les choses allaient enfin reprendre leur cours normal. J'entendis alors le son de sanglots d'enfants venir du jardin et devinais que Lulu en était à l'origine. Malgré ma colère encore vivace, je sentis une pointe de culpabilité à l'idée de l'avoir envoyée promener comme ça. Un instant après, je reconnus la voix étouffée d'Elvis, sans doute en train de la consoler, et sentis une autre bouffée de colère m'envahir.

Je me sentis soudainement très seul. Roy et Elvis parti, Lulu en larmes, Ambre bizarrement silencieuse, tout cela me calma finalement, et la colère partie, un mélange de fatigue et de tristesse m'envahi lentement. Je me retournais vers Ambre pour voir son visage, et tandis qu'elle remettait une mèche derrière l'oreille un je-ne-sais-quoi, le mouvement de sa main, son expression à ce moment-là, quelque chose comme ma mère s'imposa en moi une fraction de seconde. Elle posa doucement sa main sur ma tête pour la caresser.

– Ne t'inquiètes pas… ce n'est pas la peine de te mettre dans cet état, ce n'est sans doute pas aussi grave que ce que tu crois.

Presque sans en faire exprès, je me retrouvais enveloppé sans ses bras. Rassuré par sa douceur, je ne tentais même pas de m'écarter. Je n'en avais même pas envie.

Elle est vraiment comme Maman… pensais-je en fermant les yeux, résistant à l'envie de pleurer qui me taraudait depuis que j'avais entendu le moteur démarrer.

Quel con… pensais-je incapable de savoir si c'était à lui que j'en voulais le plus ou à moi-même.

Je le déteste…

J'y suis allé trop fort...

Je m'en fous…

Il va m'en vouloir…

Il avait tord…

Quel con…

Je ne suis pas à ma place…

Il aura raison…

Je n'avais pas à y rester…

Il n'avait pas à faire ça

Il ne savait pas…

Il avait tord…

Je n'aurais pas dû

Quel con…

Mes pensées se diffusèrent comme une goutte d'encre dans un verre d'eau tandis que Ambre me relâchais, et c'est complètement calme que je m'assis dans le canapé de la verrière, le regard vide et l'esprit à son image.

Je ne sais pas combien de temps je restais assis là, au juste, à penser par intermittence, mais quand une silhouette s'assit à côté de moi, je sortis de mon brouillard.

– Edward ? fit Elvis avec un sourire qui ne présageait rien de bon pour moi.

– Quoi ?

Je sentis ma colère rejaillir alors que je la croyais totalement éteinte et me demandais vaguement si je n'allais pas lui foutre un bon coup d'automail dans son jolis minois. C'était de sa faute. Tout cela était de sa faute.

– Tu l'aimes bien Roy ? fit-il avec un regard félin tandis que son sourire s'élargit un peu plus.

– Quoi ? bafouillais-je d'un ton radicalement différent, tandis que je sentis mes joues brûler.

– Profites-en, tu ne vas pas le garder longtemps.

QUOI ? pensais-je, sentant le sang refluer de mes joues tandis qu'il se relevait nonchalamment pour partir jouer avec Lulu, me laissant assis, trop choqué pour réagir.