Merci pour vos reviews ! Mention spéciale à Yeliria qui vient de tout lire en quelques jours.

Nouveau chapitre, à peu près dans les temps.

Bon, comme j'avais pas forcément prévu de monter une explication au cas des Travellers, j'ai improvisé. C'est très probablement très tiré par les cheveux, et sans doute pas forcément fin (mais ceux qui ont lu "Dans mon Dédale" ou "La Grande Enquête" savent que je suis capable de ne faire preuve d'aucune subtilité ni délicatesse). On retombe sur ses pattes comme on peut...


Les deux compères arrivèrent à petite foulée dans la salle de contrôle. Carter s'y trouvait déjà, et à sa tête, on devinait qu'elle angoissait. La raison de cette angoisse se trouvait à côté d'elle : Caldwell était là aussi, très très intrigué par cette communication. Le visage de Larrin, sur l'écran, était aussi hautain que d'habitude. Sauf qu'en plus, elle avait l'air furieux.

- Je… Vous avez demandé à me voir ?

John tomba sur le visage de Chuck, atterré. Il se dit alors que ce qui allait suivre allait être très très très pénible. Rodney s'en rendit sans doute compte également, puisqu'il lança un « hé bien, je vais vous laiss… » que Sheppard cessa net en lui agrippant le bras. On ne savait jamais : il allait peut-être falloir liquider Caldwell dans les minutes qui allaient suivre, ils ne seraient pas trop de quatre pour le faire. Ils tomberaient, oui, mais ensemble.

- Larrin nous a contacté, expliqua Sam avec un sourire plus que crispé. Le colonel Caldwell, qui était là, a pris la conversation.

« Youpeee ».

- Elle souhaiterait vous parler, fit Caldwell, suspicieux… De bébé.

- … Ahem, de bébé ? Vraiment ?

- De femme enceinte, plus précisément.

- De femme enceinte, ou de femmes zenceintes ? exagéra John en tentant de saisir s'il s'agissait de pluriel ou non.

Caldwell fronça les sourcils.

- Parce qu'il devrait y en avoir plusieurs qui sont enceintes ?

- Quoi ? Ah ! Non non, je dis ça comme…

- John. Prenez la communication, je vous prie, supplia Sam pour en finir.

- Oui… Oui oui.

Il se plaça devant l'écran, et juste avant d'ouvrir la bouche, sentit Caldwell se pencher vers son oreille pour siffler :

- Si jamais vous l'avez mise enceinte, votre professionnalisme serait plus que mis en doute et vos responsabilités ici sérieusement compromises, j'imagine que vous en êtes conscient ?

John déglutit avec difficulté. Sérieusement, prétendre qu'il était responsable de leur état, ce n'était pas au fond le plus simple ? Seigneur, et dire qu'il n'avait rien fait pour ça. Enfin… quasiment.

- « Bonjour, Sheppard. »

- Bonjour, Larrin. Vous vouliez me…

- « Je voudrais des explications. Sur le fait que plusieurs de mes subordonnées se retrouvent enceintes. »

Rodney ne put réprimer une grimace, ce qui lui valut un coup de pied de la part de Sam. Heureusement, Caldwell n'avait rien vu. Il était trop estomaqué par la requête des Travellers.

- « Plusieurs » !

- Heeuuu… Beeen… Vraiment, Larrin ? Qu'est-ce qui vous dit…

- « Sheppard, nous ne sommes pas stupides. Nous savons calculer : leur grossesse fait suite à notre dernière rencontre avec vous. »

- Aaaaah… Hum, curieux hasard, alors.

- « Ne faites pas l'innocent. Vous savez très bien que vous avez votre responsabilité là-dedans. »

- Colonel ! s'exclama Caldwell.

- Non, alors ça, non, hein, je n'ai couché avec aucune de vos subordonnées, et vous le savez très bien !

Sam le regarda les yeux affolés, et il fut à nouveau tiraillé entre sauver sa réputation, ou sauver le mensonge de toute la Cité. Rhaa…

- Enfin, je veux dire que… Enfin… Peut-être que…

- Combien de vos femmes sont concernées ? s'enquit Sam, pour tenter de ralentir le naufrage.

- « Trois. »

La réponse laissa tout le monde stupéfait. Caldwell, parce que le nombre était très élevé pour lui. Les autres, parce qu'il était très faible comparé à ce qu'ils attendaient.

- Pourtant, heu… Il y avait plus de femmes que cela sur la Cité pour se faire soigner quand vous êtes venus ? Ca approchait la dizaine… et vous étiez d'ailleurs incluse dans ce groupe.

La réflexion de Sam enleva un sacré poids aux épaules de John. Il ne put s'empêcher de soupirer avec exagération.

Caldwell réagit :

- Pourquoi, ce sont toutes les femmes qui ont mis le pied sur la Cité qui devraient être enceintes ?

Sam jeta un coup d'œil à John en espérant un soutien. Elle ne reçut qu'un regard affolé. Heureusement, son cerveau réagissait vite :

- Non, je pense au champignon qui a touché nos femmes et à ses symptômes…

- Aaaah, fit Caldwell, soulagé.

« - Mais ce ne sont pas des femmes qui étaient sur la Cité qui sont concernées ! » intervint Larrin. « Au contraire, les concernées étaient sur la planète où nous réparions les vaisseaux, avec vous et vos hommes ! »

Là, les Atlantes étaient largués.

- Quoi ?

- … Ah bon ?

- « Et elles ont écouté vos mauvais conseils ! »

Tout le monde fronçait les sourcils. Ils ne saisissaient pas. Larrin chercha hors champ un objet derrière elle et le brandit, furieuse :

- « Alors comme ça, CA, c'est sensé empêcher de concevoir ? »

Le petit carré d'aluminium, avec le relief d'un rond au centre était typique.

- Vous avez… distribué des préservatifs aux Travellers, John ? lui demanda Sam, incrédule.

C'était une fausse alerte, mais Sheppard se dit que Caldwell allait quand même l'engueuler et le considérer officiellement comme un pervers.

v

- Non, rassurez-vous, John n'a pas entrepris de campagne de prévention de son propre chef, fit Keller. C'est moi qui en suis l'instigatrice.

Dans la salle de briefing, Sam et Caldwell soupirèrent de soulagement. Sheppard aussi. Larrin restait les mâchoires serrées, et les sourcils froncés.

- Mais pourquoi ça ?

- Nous faisons régulièrement la promotion des contraceptifs terriens lorsque nous visitons une planète.

- Ah bon ? s'étonna Caldwell. Attendez… Vous voulez dire que la Terre a l'habitude de fournir tout Pégase en préservatifs, docteur ?

- Ben… Oui. On a une mission de prévention aussi, non ?

Caldwell, abasourdi, ne put s'insurger.

- En plus, ça fait travailler l'économie terrienne, alors avouez…

- John, n'en rajoutez pas.

- Pardon.

- Les couples ont le droit de contrôler les naissances, expliqua Jennifer, convaincue. Et si avoir une population moindre peut en plus dissuader les Wraiths de revenir trop vite… C'est bénéfique pour tout le monde !

- Oui, mais nous avons déjà un moyen de contrôler nos naissances, objecta Larrin.

- En effet. J'en ai discuté avec vos femmes, et il s'est avéré que ce moyen est efficace, mais difficile à trouver…

Larrin soupira, reconnaissant qu'ils étaient un peu embêtés sur ce coup-là :

- C'est une pommade à base de plantes de Mangem. La planète où on les trouve est infestée de Wraiths, on évite d'y aller juste pour ça. D'ailleurs, on n'y est pas retournés depuis un an.

- Voilà, donc j'ai suggéré à vos compatriotes, d'utiliser l'un de nos moyens à nous, qui en plus permet d'éviter la transmission de certaines maladies.

Keller brandit devant elle le petit carré d'aluminium qui mettait Caldwell si mal à l'aise.

- Je leur ai expliqué son fonctionnement, et fait envoyer une caisse pleine sur la planète où vous étiez afin que vous en ayez dans vos vaisseaux.

- Oui, mais comment se fait-il qu'elles soient quand même tombées enceintes ? demanda Caldwell. Et pourquoi vous accusez le colonel Sheppard d'être responsable de leur état ?

- Il leur a mal expliqué !

Les Terriens de la pièce réfléchirent quelques secondes. Comment on pouvait mal expliquer ? Ou mal comprendre ?

- Comment cela…

- Larrin, ce n'est pas ma mission, d'accord ? J'ai été chargé de vous remettre la caisse, pas de vous expliquer, seulement personne n'était là pour le faire, et vos hommes étaient pressés et ne voulaient pas attendre le retour des convalescentes qui savaient. Je ne suis pas spécialement à l'aise avec ça, mais j'ai quand même pris deux de vos gars qui étaient intéressés, et je leur ai dit comment faire. Après, s'ils sont trop stupides pour comprendre…

- Tout le monde sait que c'est aux femmes qu'il faut expliquer, les hommes sont bien trop idiots pour comprendre.

Sam et Keller haussèrent les épaules, un peu d'accord avec Larrin, tandis que Caldwell et John, prêts à protester, se rendaient compte qu'ils étaient en infériorité numérique.

- Nous n'avions pas besoin de votre aide ! Nous n'avons rien demandé !

- Vous, non, vos compagnons, si, remarqua Keller.

- Vous auriez dû mieux avertir les jeunes, au lieu de leur balancer cette caisse ! Ils sont naïfs, ils n'ont rien compris, Sheppard !

- Ils étaient surtout trop contents pour entendre ! Et attention, hein, vous auriez très bien pu le leur expliquer vous aussi ! Vous savez très bien comment on utilise ce…

Là, se rendant compte que les regards stupéfaits de ses supérieurs étaient tournés vers lui, il préféra ne pas achever sa phrase. Il sentit que, quelque part, Larrin lui en était reconnaissante.

- Je n'ai découvert l'existence de cette caisse qu'une fois le mal fait, je vous signale.

- Bon, ben ils font des trucs dans votre dos et ça vous met en rogne, admettez-le simplement, au lieu de vouloir m'accuser.

- Mais juste leur préciser qu'il fallait en utiliser un à chaque fois, c'était pas le minimum ?

Là, les Terriens tiquèrent. Larrin avait l'air un peu désespérée par la bêtise des benjamins de l'équipage. Jennifer fronça les sourcils :

- Comment ça : « à chaque fois » ?

v

- En fait, les moyens de contraception des Travellers sont bien plus faciles d'utilisation que les nôtres : leur décoction de plantes, là, doit être utilisée par les hommes, qui deviennent inféconds pour un an. Quand je leur ai amené les caisses, les plus jeunes et naïfs eux ont cru que… heu, en gros, qu'il suffisait d'en enfiler un une fois pour être tranquille pendant un an. Que c'était le même principe, quoi.

- Hé ben.

Assis sur un balcon, John résumait pour Rodney le fin mot de l'histoire des Travellers.

- Vous avez vraiment dû leur expliquer comme une brêle.

- Rodney ! Mettez-vous à ma place, hein !

- Je ne préfère pas…

- Enfin bon, c'est déjà un petit miracle qu'elles n'aient été que trois à tomber enceintes...

- En plus, dans leur vaisseau, ça doit pas déborder de loisirs non ?

- Je ne répondrai pas à cette question.

- Je veux dire par là que vu les dérivatifs qu'ils ont, elles auraient pu être plus nombreuses.

- Déjà, trois, ça suffit à mettre Larrin hors d'elle. Les mères sont contentes, hein, c'est juste la chef qui crise parce que c'était pas prévu. Et puis bon, les filles ont entre 17 et 21 ans, ça fait jeune, quand même. Elles sont pas bien malines et les pères non plus, mais elles sont quand même bien jeunes.

Rodney rit. Mais John avait du mal à se remettre de sa frayeur.

- J'ai cru que Caldwell allait me tuer.

- Bon, de toute façon, l'affaire est close, non ?

- Sans doute. Keller est en train d'examiner Larrin et certaines femmes qui étaient sur la Cité pour vérifier qu'elles n'aient pas de… parasites Furlings dans leurs utérus.

- Jennifer ? Oh… Vous ne pensez pas que ça risque de la…

- Rodney ! Elle est au courant, Jennifer, c'est pas facile pour elle mais c'est son métier !

- Oui… Oui oui.

Le bruit de la porte les fit se tourner tous les deux. Sam entra :

- Hey.

- Hey ! salua Rodney.

- John. Soulagé ?

- J'en tremble encore… Et puis, pour que Caldwell pense de suite que je sois le père, c'est que j'ai une sacrée réputation, non ?

Les deux astrophysiciens hochèrent la tête à sa remarque, ce qui renfrogna Sheppard.

- Merci bien ! Pourtant c'est pas moi qui hésite entre deux filles…

- Hé ! protesta McKay.

- Il n'a pas tort, fit Sam.

- Ah, ne vous y mettez pas aussi, hein !

- Tiens, d'ailleurs, qu'a donné l'auscultation des Travellers par Keller ? Sous quel prétexte vous avez réussi à les convaincre de se faire examiner, d'abord ?

Sam s'assied pour mieux discuter.

- Elle leur a dit qu'elle voulait vérifier si elles n'étaient pas enceintes aussi.

- Et elles ne l'étaient pas, alors ? fit Rodney.

- Non.

- Donc elles sont passées à travers le filet Furling, déduisit John.

- Mmm… Pas exactement.

Les deux hommes la regardèrent avec étonnement. Elle expliqua :

- Sous prétexte de notre « épidémie champignon », Jennifer a poussé la discussion assez loin niveau intimité avec Larrin. Et il s'avère que toutes les femmes qui ont été en convalescence sur la Cité ont eu leurs menstruations en même temps, deux semaines après avoir quitté la Cité. Et particulièrement abondantes et… sombres, au point que certaines se sont interrogées et sont allées voir le médecin.

- Ca veut dire quoi ?

- Fausse couche, fit Sam en soupirant. N'étant pas sous le contrôle du Furling, les embryons n'ont pu mener leur croissance et se sont désagrégés d'eux-mêmes. En fait, ce n'est pas qu'elles ne sont pas enceintes : elles ne sont plus enceintes.

- Tant mieux alors, observèrent les deux hommes, satisfaits.

- Oui…

Le froncement de sourcils pensif de Sam n'interpella que John, qui se souvint que la dirigeante avait vécu le même phénomène il y avait peu… et découvert par la même occasion son incapacité à porter un enfant. Il tenta de changer de conversation.

- Donc nous évitons encore une fois la catastrophe. Et Caldwell ne se doute toujours de rien ?

- Non. Les Travellers non plus d'ailleurs. Ils nous trouvent juste très très étranges.

- Et sans doute un peu obsédés…

- Et Jennifer ?

- Rodney, allez lui demander au lieu de vous inquiéter, fit Sam.

- Elle va trouver ça bizarre, fit le Canadien qui avait fini par intégrer les conseils de John.

- C'est vrai, admit Carter… Donc pour vous répondre : elle a accepté ce qu'il s'était passé, elle angoissait un peu de découvrir les Travellers enceintes, parce qu'elle aurait alors vu à quoi ressemblait ce qu'elle avait dans le ventre ces derniers mois. Mais finalement il n'y a rien, donc tout va pour le mieux. Enfin, le mieux que cela puisse aller.

Rodney hocha la tête, apparemment satisfait ou du moins rassuré.

- Vous vous imaginez ce qu'il se serait passé si les femmes Travellers avaient toujours été enceintes ? demanda John, effrayé.

- Ben, pas grand-chose, répondit Sam. Le Furling n'étant plus là pour les contrôler, on aurait pu mener des avortements à terme, cette fois. Et même, sans doute, on aurait , vu que les petits n'auraient pas pu grandir. Il aurait fallu les en débarrasser.

- Et s'en était fini de notre alliance avec les Travellers…

- De notre pseudo-alliance, fit Rodney, parce qu'ils ont une conception assez personnelle de l'expression « on garde le contact ».

- Oh, vous exagérez…

- Je suis d'accord avec Rodney, John. Larrin ne vous a jamais donné son numéro, je vous signale.

John regarda Carter, ahuri :

- Ah, mais pour moi aussi, vous faites ce genre de remarque ?

- Je ne vais pas me consacrer qu'à Rodney, observa-t-elle. Je m'en veux déjà suffisamment de ne pas avoir remarqué que Lorne nageait dans le bonheur pendant cinq mois, je ne vais pas rester sans commenter la vie sentimentale des autres.

Ils la regardèrent, sans savoir si elle plaisantait ou non. Elle finit par rire, en lâchant :

- Je vous taquine.

- Oui, ben faites attention, hein, parce qu'on vous a vue, avec O'Neill…

Les menaces de Rodney ne l'ébranlèrent pas :

- Oh, personne n'est dupe pour lui et moi.

Elle soupira. De temps en temps, l'oreille d'une amie lui manquait, pour décompresser sur ce genre de choses sur la Cité.

Les trois Terriens regardèrent l'océan devant eux, pensifs. Ce fut Rodney qui relança la conversation :

- Vous pensez vraiment que le mensonge va pouvoir tenir ? Que personne ne va finir par gaffer ? Avec le temps, tout le monde risque de faire moins attention, et…

- C'est trop important pour que les gens oublient de faire attention, remarqua Sheppard.

- On ne sait jamais.

- Et ben si Caldwell l'apprend… On se débrouillera pour qu'il garde le secret lui aussi.

- John, vous parlez de Caldwell, là.

- On pourrait le faire boire et filmer… Ca avait marché avec Carson.

- Ah oui, pas bête.

Sam tiqua :

- Quoi vous aviez saoûlé votre médecin en chef ? Pour le faire chanter ?

- Pour une fois que ce n'était pas l'inverse ! railla Rodney. Après, il était nettement moins exigeant sur les check-up aux retours de missions, curieusement…

- C'était à un réveillon, précisa Sheppard, et…

- 'tendez, John, ne lui dites pas tout, on ne sait jamais, on aura peut-être besoin d'avoir recours aux mêmes procédés avec elle un jour.

- Je ne bois jamais plus que de raison, Rodney.

- C'était exactement ce que Carson disait !

La colonel rit en secouant la tête. Ca faisait du bien de plaisanter un peu. Et d'imaginer Caldwell bourré aussi.

- Espérons que nous n'aurons jamais à en arriver à de telles mesures et que Caldwell restera innocent, à ignorer que face à lui toute une Cité ment, dit-elle pensivement.

- Espérons, répéta John.

A côté de lui, Rodney acquiesça.

- Nous verrons bien, soupira Sam. Nous verrons bien…

Et ils restèrent à contempler la marée, les paroles de Sam résonnant dans leurs oreilles.

v

J + 149

- Deux mois ! Deux mois que planifie ça.

- Ca ne m'étonne pas de vous, Sheppard. Tant de temps perdu pour une œuvre si futile.

- Oâh, arrêtez, si vous n'aviez pas envie d'être dedans vous aussi, vous ne seriez pas là.

Sheppard avançait à grands pas dans des couloirs peu fréquentés de la Cité. Derrière lui, Rodney suivait en le charriant.

- Entrer avant tout le monde dans la soute du Dédale… Il est arrivé il y a à peine une heure. Franchement, ça va vous apporter quoi ?

- La main-mise sur le stock de nouveaux jeux vidéos et de DVD de notre cinémathèque. Et quand on a ça, Rodney…

Il laissa quelques secondes de suspens.

- … on a le pouvoir sur la Cité !

- Vous avez vraiment le droit de piquer les DVD qu'ont commandé les gens ?

- Non, ce sont ceux du pot commun. Si ce n'est pas moi qui le fais, ce sera d'autres, et ils seront éparpillés au quatre coins de la Cité, impossible de les retrouver. Là au moins…

- Ce sera chez vous.

- Chez le commandant en second de la Cité, Rodney, c'est différent ! Je les recense, et je les mets dans la salle vidéo.

- Oui, on dit ça… Moyennant échanges, j'imagine.

John se lança dans un escalier, en demandant :

- Mais vous, vous espérez récupérer quoi ?

- Zelenka a commandé un nouveau PC, et moi je n'ai pas eu le temps de faire ma demande. Je vais me l'attribuer, et je lui dirai que le sien n'est pas arrivé.

- Et ça c'est pas malhonnête peut-être ?

- Hmm… Non : c'est Zelenka.

Ils déboulèrent dans un nouveau couloir qu'ils traversèrent très vite.

- Dites, pourquoi vous…

- Lorne ! Il y a des chambres pour faire ça !

Dans la pénombre d'un couloir adjacent, un petit rire indigné fusa.

- Rho, colonel ! On ne fait rien d'indécent !

- Nan mais je préfère vous arrêter maintenant, avant que vous n'ayez les deux mains sous son pull, taquina John.

Rodney, surpris, entendit une voix de femme chuchoter et le major rire à nouveau en murmurant un « ne l'écoute pas » suivit d'un bruit de baiser. Sheppard ne s'était pas arrêté.

- Bon après-midi, Eva, ne prenez pas froid !

- On évitera de dire qu'on vous a vus passer, colonel, lui répondit Lorne.

Sheppard continua sa course en rigolant et les deux amoureux furent bientôt loin.

- Heu, dites, lui fit Rodney. Vous êtes sûrs qu'on n'est pas perdus ?

- Rodney, je vous dis que pour accéder aux soutes par derrière, il faut sortir de la tour Sud, mais entrer dans la tour par les sous-sols, pour ne pas se faire repérer par les types du labo d'océanologie.

- Y'a quand même des gardes dans le Dédale…

- Je les ai achetés, vous pensez bien. C'est fou ce que ça a pris comme valeur, les pâtisseries de Quabb.

Rodney rit malgré lui.

- Pourquoi vous n'avez pas dévalisé l'Apollo aussi ?

- Parce que c'est plus amusant de mettre Caldwell mal à l'aise en lui faisant croire que son vaisseau est une passoire, ou qu'il est parti en oubliant une caisse sur Terre. Ellis m'aime bien, Caldwell pas.

- Rassurez-moi quand même : c'est la première fois que vous faites ça, hein ?

- Oui, Rodney. La dernière fois que le Dédale est venu…

John arrêta là sa phrase. Elle l'avait plongé dans les souvenirs d'une ambiance bien plus tendue. Il se tourna vers Rodney, histoire de voir si lui aussi avait les mêmes pensées. Le Canadien hocha la tête :

- La dernière fois que Caldwell est venu, on avait moins envie de le voir arriver, c'est vrai.

- Oui, on était plutôt occupés par autre chose…

- … D'ailleurs à ce sujet…

John n'écouta pas et accéléra le pas. Il arriva à une intersection, hésita, et prit résolument le couloir de droite. Les deux hommes ralentirent, continuant en silence. Bientôt, la silhouette du Dédale, en contre-plongée, se dessina sur les fenêtres d'une baie vitrée.

- Vous voyez. Je vous l'avais dit.

- C'est marrant, on n'en parle jamais…

John jeta un coup d'œil vers son ami. Il savait que sa phrase n'avait rien à voir avec le pillage du Dédale. Il rentra la tête dans les épaules.

- Ben… C'est pas plus mal, non ? Qu'on évite d'en parler.

- Oui… Oui, bien sûr. Du coup, cette histoire paraît encore plus irréaliste. Ca ne vous arrive jamais de vous demander si vous n'avez pas rêvé ?

Le militaire haussa les épaules.

- Si… Mais les petites remarques de Hoacks sur Leia, savamment distillées, m'aident bien à revenir à la réalité…

- Ah… Oui.

Ils restaient à contempler le vaisseau, plongés dans leurs souvenirs.

Rodney finit par se tourner vers John, qui restait pensif.

- Et vous pensez…

- On y va, coupa Sheppard.

Ils arrivèrent discrètement par-derrière le vaisseau pour se rendre à la soute. La majorité des hommes du Dédale avaient quitté le vaisseau, heureux de se dégourdir les jambes à l'air frais les Atlantes, eux, n'avaient pas encore été autorisés à aller chercher leurs commandes personnelles ramenées avec le Dédale. Il fallait attendre que Carter remplisse la paperasse qui autoriserait le transfert. Le comité d'accueil était donc minimal : deux sergents papotant à l'entrée de la passerelle.

- Salut les gars ! leur lança Sheppard.

- Colonel. Vous pouvez y aller, la voie est libre.

- Merci, vous pourrez aller chercher vos « étrennes » chez Ronon à partir de 21 heures.

Ils entrèrent dans la cale comme des fleurs.

- Vous avez aussi mis Ronon dans le coup ?

- Ils allaient pas venir chercher leur récompense chez moi : ça aurait été louche. Au moins, les quartiers de Ronon, personne ne les surveille. Enfin, n'ose les surveiller.

- Ouais, sauf Amélia Banks.

- C'est vrai.

- Ah, voilà les caisses de matériel informatique !

Rodney s'éloigna, laissant Sheppard regarder autour de lui.

« Et là les DVD », fit le lieutenant-colonel en levant la tête. Il grimpa sur deux autres caisses pour attendre la cantine qu'il pensait être la bonne. Il l'ouvrit pour vérifier, et farfouilla pour mieux se rendre compte de la sélection que le responsable culturel du SGC leur avait envoyée.

- Et voilà la bête ! chantonna son complice en soulevant un gros carton tamponné d'un logo célèbre.

- Pourquoi vous n'avez pas fait votre commande dans les temps, Rodney ? Au lieu de piquer le PC de Zelenka. On va l'entendre râler pendant deux semaines…

- Je vais l'entendre râler. Pour la demande, il a eu tout le temps de la faire pendant que… Enfin… Que moi j'étais en mission dans un champ de force, je vous signale.

- Ah oui, c'est vrai… Mais vous avez eu le temps après…

- Vous savez combien coûte ce matériel ? Faut faire un dossier solide pour que le SGC accepte, et j'ai pas eu le temps, contrairement à lui qui a pu se mettre à jour de ses recherches pendant les semaines que moi j'ai perdues sur une autre planète. Du coup j'ai encore du retard.

John sourit. Faire un dossier pour deux était inconcevable pour les astrophysiciens. Rodney se rapprocha subrepticement

- Dites, ça fait deux mois que…

- Ah, on y a pensé tout à l'heure, alors vous avez envie d'en parler, vous, râla John.

- Tout le monde évite d'évoquer cet épisode, même en privé…

- A part vous aujourd'hui.

- Attendez, on peut pas mettre ça derrière soi d'un claquement de doigts !

- Tout le monde y arrive, Rodney, on est tous soulagés, vous êtes bien le seul à ressasser tout ça ! Et dans le Dédale en plus, quelle idée !

- Je ressasse pas ! J'y pense juste, là, en ce moment…

- C'est encore parce que vous vous questionnez sur Keller ?

- Quoi ? Non ! Je suis avec Katie et je suis bien avec Katie, là n'est pas la question.

- Bon, alors c'est quoi la question ? fit John, énervé.

Rodney sembla hésiter, un peu comme s'il ne savait pas trop quoi demander, ou bien que c'était trop bête pour être formulé. Il demanda tout de même, un peu hésitant :

- Vous pensez qu'on peut dire que cette affaire est enterrée ?

John soupira en saisissant deux DVD.

- Faut garder à l'esprit qu'elle ne le sera jamais vraiment…

- En tout cas, les femmes continuent de ne se douter de rien. Idem pour le SGC. Et Caldwell.

- Heureusement, pour Caldwell.

Sheppard s'arrêta là, et Rodney sut qu'il ne continuerait pas. Le Canadien repartit en râlant.

- J'espère juste une chose..., murmura John, en regardant la jacquette du DVD qu'il tenait dans ses mains.

« Mary Poppins », avec Julie Andrews. Même actrice que la « Mélodie du Bonheur ».

- … que Leia, elle, n'est pas enterrée.

Deux mois à la contacter deux fois par semaine. Sans jamais parvenir à se connecter à sa planète. Sam, Hoacks et lui-même étaient décidés à recommencer autant de fois que cela serait nécessaire… Pour le moment, aucun ne voulait cesser les tentatives. Mais jusqu'à quand ?

v

Carter avait bien remarqué que John était fort impatient au moment du briefing d'arrivée avec Caldwell. Elle était nettement plus détendue que la dernière fois qu'elle avait accueilli le commandant du Dédale, et elle avait pris un malin plaisir à faire durer l'entretien, alors que son second piaffait. En le voyant s'éclipser dès la conclusion achevée, elle s'était doutée qu'il valait mieux tenir Steven éloigné de son vaisseau, et elle l'avait enjoint à se détendre un peu dans les quartiers qui lui étaient attribués. Il avait accepté avec joie.

Sam, sereine et amusée, se trouvait donc dans son bureau, devant une liasse de documents à signer pour valider la réception des caisses du Dédale. Elle se doutait qu'il valait mieux qu'elle fasse un peu traîner les choses, en dépit des pressions de ses subordonnés, et elle décida de faire un tour en salle des commandes, pour récupérer les données du dernier diagnostic de la Porte.

Derrière le panneau de contrôle, Chuck faisait la tête. Il lui afficha tout de même ce qu'elle demandait.

- Merci, Chuck, fit Carter en feignant de ne rien remarquer.

- Si je peux me permettre, colonel, les docteurs McKay et Zelenka se sont déjà penchés sur ces données…

- Mmmh, déformation professionnelle, je reste très intéressée par les résultats.

- … Mais vous n'avez pas des documents à signer ?

Elle rit :

- Je vais le faire, Chuck, ne vous inquiétez pas.

- Vous pourrez penser à la commande de DVD pour la Cité ? En temps que responsable de la cinémathèque d'Atlantis, j'aimerais être le premier à y avoir accès : la dernière fois, ils ont été pillés sans scrupule par tout le monde et pour les retrouver ça a pris plusieurs semaines...

- Je vais essayer de…

Carter s'interrompit brutalement : l'Anneau avait tourné. Chuck se jeta sur ses écrans.

- Quelqu'un essaye de se connecter…

- Levez le bouclier. J'appelle un comité d'accueil.

Les hommes armés se mirent en position en courant au moment où le vortex s'ouvrait.

- Un signal ?

Les yeux de Chuck s'ouvrirent en grand.

- C'est… C'est celui de Leia !

- Abaissez le bouclier, souffla Sam, stupéfaite.

Elle fit quelques pas pour se placer en haut des escaliers, attendant la suite.

Tout le monde scrutait la flaque bleue, mais rien ne se passait.

- Chuck ? Une communication ?

- Non colonel, rien.

Les hommes au bas des marches se tendirent, crispés sur la détente. Ils n'aimaient pas égrener les secondes, et préféraient quand le feu se déchaînait de suite.

Un bloc lourd sortit brutalement du vortex, les faisant tous sursauter. Les hommes qui se trouvaient dans sa trajectoire se jetèrent sur le côté, et l'engin lancé à pleine vitesse vint buter contre le bas des escaliers.

La remorque d'un MALP. La même qui avait servit à transporter les bébés Furlings jusqu'à la planète Arrivée.

Le vortex se referma, sans qu'aucun autre objet, être ou onde ne le traverse.

Carter et Chuck se précipitèrent au bas des marches.


Problème Traveller réglé (de façon hyper-tordue, mais réglé !), mais ce n'était pas le dernier chapitre...

La suite la semaine prochaine, sans doute, en espérant que ce chapitre vous ait plu. D'ici là bonnes vacances à ceux qui en ont, bon courage aux autres !