Salut! Lol, j'ai failli oublier qu'on était vendredi...

Nous faisons une pause amitié aujourd'hui, mais déterminante pour le reste de l'histoire. ^^ Ah, oui, beaucoup d'entre vous on demandait si on touchait à la fin de l'histoire. Honnêtement, j'ai pensé à prendre le raccourci même si ce n'était pas ce que j'avais prévu mais finalement j'ai décidé de suivre mon plan original. Non, nous n'arrivons pas encore à la fin. Nous en sommes même assez loin. Je pense qu'il reste une trentaine de chapitres. Je sais que c'est long et je suis désolée pour ceux qui préfèreraient peut-être une fin rapide et nette mais... Je pense que ce serait dommage de prendre le raccourci et de terminer là quand il reste tant à dire. Voilàààà.

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Chapitre 55 : Brothers in Arms

Ignorant la désagréable fraicheur du vent hivernal qui lui fouettait le visage et le sol glacé qui endormait progressivement toute sensation dans ses jambes, Harry continua à examiner avec attention la baguette en bois noir qu'il tenait dans la main.

Tellement plus sombre que la sienne.

Elle était plus longue d'un centimètre et demi. Plus fine aussi. Peut-être plus légère, il n'était pas certain. La tenir dans sa main lui semblait étrange et lui rappela les centaines de baguettes qu'il avait dû essayer avant qu'Olivander ne lui tende la sienne… Il se demanda brièvement si Snape avait eu les mêmes difficultés ou s'il l'avait trouvée facilement. Connaissant les tendances de l'homme pour la perfection, il supposait qu'il avait mis du temps.

Avec hésitation, il dirigea la baguette du Maître des Potions vers un petit caillou et murmura un Wingadium Leviosa. La vague de culpabilité qu'il éprouva à se servir de ce qui était si intimement lié à un autre fut largement étouffée par la déception de voir le galet faire un bond dans les airs et retomber trois mètres plus loin. La baguette ne lui obéissait pas.

Stupidement, il avait pensé que s'il pouvait s'en servir, ça aurait voulu dire qu'il comptait pour Snape. C'était idiot, bien entendu… Il savait qu'il comptait pour Snape. L'ancien Mangemort n'autorisait pas tout le monde à pleurer sur son épaule pendant des heures. Mais il avait besoin d'un lien, à l'instant. Un lien tangible.

Parce qu'il avait besoin de Snape et que Snape n'était plus là.

Serrant les dents, il entreprit de jouer distraitement avec la baguette, tentant de focaliser ses pensées sur le bout de bois et de ne pas les laisser dériver vers ce gouffre de ressentiment et de dégout qui l'habitait.

Il avait bataillé, hurlé, insulté et fait tout ce qui était possible de faire, mais personne ne voulait tenter de secourir Snape chez les Malfoy. Le Manoir était trop bien gardé, Snape était peut-être déjà mort, ce serait du suicide, et cetera… Il avait entendu plus d'arguments qu'il en pouvait supporter sans parvenir à regretter son comportement qui, comme lui avait fait remarquer froidement McGonagall, était digne d'un enfant capricieux. Il avait cessé de lutter quand Remus avait dit que s'il entrainait ses amis dans cette 'mission' de secours –et le loup-garou n'était pas assez bête pour penser qu'ils ne le suivraient pas, même Ron et Ginny qui avaient vaillamment tenté de lui faire entendre raison à grand coups de « C'est Snape, enfin ! »- ils seraient plus que certainement tués.

Seule Hermione l'avait soutenu. Draco s'était curieusement tenu en retrait, posant un regard dubitatif sur tous ceux qui l'entouraient. Ne se souvenant que trop bien de l'état dans lequel il avait été après la mort de Sirius –état dans lequel il était encore- Harry avait supposé que le blond était un peu choqué pour l'instant.

Le reste de la matinée avait été consacré aux récits divers de leurs aventures et à en apprendre plus sur les dernières lubies de Voldemort. C'était Hermione qui s'était lancée la première, relatant dans le détail la traversée de Camelot. Le Serpentard n'avait pas ouvert la bouche, bien qu'il ait sensiblement tiqué quand elle avait expliqué comment ils avaient tous les deux choisis d'emprunter le chemin de la bravoure au lieu de celui de la ruse. Harry n'avait écouté que d'une oreille, ayant déjà entendu l'histoire et n'éprouvant pas particulièrement le besoin de s'y repencher. La mention de Sirius rouvrait à chaque fois une blessure qui n'avait pas eu le temps de cicatriser.

Quand le Survivant n'avait pas fait mine de prendre la suite de la jeune fille, Remus s'était lui-même lancé dans le résumé succin de leur périple –et d'après Ron, c'en était réellement un- à Iseryd. D'après ce qu'Harry avait retenu du compte-rendu, ils avaient eux aussi eu quelques problèmes avec une Stryge. Problème accentué par la présence d'araignées. Il s'était senti détaché de leur aventure et s'en était senti coupable quand Ron avait reprit la main pour décrire l'héroïsme avec lequel Lupin s'était battu contre la créature et comment ils s'en étaient finalement débarrassé en la menant droit dans le nid des Acromentules. Le roux avait frissonné au souvenir, précisant que sans Remus, il ne s'en serait probablement pas sorti.

C'était à ce moment, que les choses s'étaient compliquées. Ils s'étaient tous tournés vers lui, attendant avec impatience le récit trépidant de son acquisition d'Excalibur. Seulement, lorsque Harry avait ouvert la bouche, ça avait été pour la refermer aussitôt. Avalon était si directement lié à Snape dans son esprit qu'il avait été incapable de raconter quelque chose qu'il jugeait… privé.

Il n'avait eu aucune envie de partager l'incident du blaireau ou de ce que la magie brute lui avait fait dire et faire… Ce qui était étrange parce que dans la demi-pénombre du salon défraichi de Spinner's End, ça ne lui avait posé aucun problème d'en rire avec Draco, Hermione et Sirius dont l'hilarité était renforcé par les commentaires acides de Snape.

Mais là… Il en avait été incapable.

Il s'était donc contenté de dire qu'ils avaient eux aussi rencontré une Stryge et avaient fini par mettre la main sur l'épée. Il garda le silence sur l'apparition de Vivianne et sur la beauté dangereuse d'Avalon, trouvant en lui-même un droit sur ces détails.

C'était Hermione qui avait raconté l'attaque de Spinner's End, la mort de Sirius et la suite de l'histoire. Elle avait répondu aux questions avec une maîtrise d'elle-même qui forçait l'admiration, jetant parfois un regard à Harry ou Draco dans l'espoir certain que l'un d'eux la soulage de cet interrogatoire. Ni l'un ni l'autre n'avait réagi.

Ensuite, Remus et McGonagall avaient tour à tour expliqué que la puissance de Voldemort n'avait fait que croitre au point que même les Moldus s'étaient rendu compte de quelque chose. Il fallait dire que les incendies 'accidentels' qui ravageaient les villes, les disparitions, les viols et les meurtres n'étaient pas très discrets. Les membres de l'Ordre s'étaient faits connaître comme les opposants 'officiels' de Voldemort et la résistance enflait jour après jour.

D'après ce qu'il avait retenu du petit exposé de sa Directrice de Maison, Shacklebolt et elle avaient réussi à organiser, grâce à l'aide des Weasley et de différentes personnes de confiance, des petits groupes disséminés dans tout le Royaume-Uni. La plupart était des sortes de camps d'entraînement ou de remise à niveau. Peu d'entre eux cependant étaient aussi bien gardés que Freun.

Harry porta inconsciemment la main à la garde d'Excalibur quand il se remémora les expressions avides et curieuses que les membres de l'Ordre avaient jetées à l'épée. Sa découverte n'avait pas le même impact sur eux que sur Harry et Hermione. Pour eux, Excalibur était issue d'une légende qui avait depuis longtemps perdu tout sens concret alors que pour ceux qui avaient été élevés dans un environnement magique, tout ce qui touchait à Merlin était plus important, plus… précieux que n'importe quelle autre relique. Il supposait que c'était l'équivalent du Saint Graal pour les Moldus.

Dans tous les cas, il avait senti sans grand mal l'envie qu'ils avaient tous d'examiner l'épée plus en détails, mais il n'avait pas pu se résoudre à la faire passer, allant même jusqu'à avoir un mouvement de recul quand la main de McGonagall s'était tendue vers elle.

Excalibur était à lui.

Snape aurait probablement froncé les sourcils devant ce comportement exagérément possessif et aurait déduit, un peu comme lui-même l'avait fait, qu'il y avait quelque chose de pas net avec cette épée. Ce n'était pas simplement un morceau de métal… C'était plus profond, plus étrange… C'était presque comme si elle avait une âme…

Que ce soit l'âme d'Avalon ou Vivianne qui jouait à nouveau les fantômes… Excalibur avait une vie propre. Son destin était Harry. Et le destin d'Harry était Excalibur. Leurs sorts étaient si emmêlés que le garçon en était venu à la considérer comme une partie de lui-même. Un peu de la même façon que sa baguette ne le quittait jamais, mais en plus… intime. Comme un de ses bras ou une de ses jambes. Un membre sans lequel il lui serait difficile de vivre.

Que Snape manipule l'épée ne l'avait pas inquiété parce qu'il était son chevalier. Il avait prêté allégeance. Il en était allé de même pour Sirius, Draco et Hermione même s'ils n'avaient rien juré. Harry savait qu'ils le suivraient. Son parrain en avait payé le prix.

Draco, Hermione et Snape étaient ses chevaliers et il devrait pouvoir les protéger. C'était ce qu'avait fait Arthur pour les siens. Il était son héritier. Son rôle était de guider et de vaincre les puissances occultes.

Inconsciemment, il détacha la dague de sa ceinture et empoigna fermement le corps du dragon qui en constituait la garde. La lame reprit sa taille normale et il fit tourner l'épée entre ses doigts avec une maîtrise parfaite.

Il était un guerrier.

Il était leur chef.

Leur Elu.

Et rester caché ici faisait de lui un lâche. Une grimace de mépris déforma ses traits lorsqu'une vague d'émotions complexe émana de l'épée.

Excalibur désapprouvait sa conduite.

Avalon désapprouvait sa conduite.

Il devait agir.

Leur faire comprendre qu'il était celui qui commandait. Il avait le pouvoir, il avait la charge de les diriger…

Harry était à moitié debout quand le grincement de la porte d'entrée troubla sa transe. Clignant des paupières, il observa l'épée dans sa main sans bien comprendre comment elle était arrivée là. Avait-il réellement eut l'intention de rentrer dans le cottage et de se proclamer roi ? Plus que ça, s'était-il réellement cru leur roi ?

« Encore en train de jouer avec ce bout de ferraille, Potter ? » lança Draco avec nettement plus de venin que dernièrement, en laissant la porte claquer derrière lui.

Excalibur se révolta clairement contre ce manque de respect et Harry eut brusquement le besoin irrépressible de le jeter au sol et de l'obliger à se soumettre.

Effrayé par le contrôle que l'épée pouvait avoir sur lui s'il la laissait faire, il se dépêcha de lui faire reprendre sa forme de poignard et de la glisser à sa ceinture en prenant soin de ne pas la mettre en contact avec sa peau.

Peut-être qu'il ne devrait pas la porter sans arrêt de la sorte. Snape pouvait dire ce qu'il voulait sur la magie neutre et sur les intentions de celui qui l'utilisait… Excalibur avait une soif de sang et de conquête qu'il ne partageait pas. Et il ne voulait pas la partager.

Le temps que la présence résiduelle de l'épée disparaisse, Draco s'était assis à côté de lui et le dévisageait. Son expression était indéchiffrable.

Dans un soupir, Harry retourna à son activité première qui avait été l'examen de la baguette de Snape. Draco lui en voulait très certainement d'avoir baissé les bras aussi vite. Merde, il s'en voulait d'avoir baissé les bras aussi vite…

« Je suppose que… » Les mots moururent sur sa langue avant qu'ils aient pu les prononcer et il laissa échapper un nouveau soupir.

Il était fatigué. Tellement fatigué. Il avait faim aussi, mais avait résolument refusé d'avaler le petit déjeuner que Mrs Weasley avait préparé. Il ne savait pas pourquoi. C'était idiot. Se laisser mourir de faim n'arrangerait rien… Un coup d'œil à sa montre confirma qu'il était presque midi. Il se rattraperait au déjeuner.

Chassant ces pensées terre-à-terre de son esprit, il tendit la baguette de Snape à Draco. C'était celle de son parrain après tout. Tout ce qui lui resterait de lui.

Les doigts pâles du Serpentard se refermèrent sur le bout de bois sans une hésitation, mais il ne rangea pas la baguette dans sa poche comme Harry s'y attendait. Au lieu de ça, il l'examina quelques secondes comme le Griffondor l'avait fait.

« C'est à toi de la garder. » offrit finalement le Survivant alors que Draco tenait déjà la baguette depuis près d'une minute.

Trop fatigué pour être cohérent, songea-t-il intérieurement. Avec lassitude, il se passa une main sur le visage. Il craignait d'aller s'allonger, de s'endormir… Il savait qui l'attendrait dans ses cauchemars…

Le silence s'étira entre les deux garçons, pas réellement confortable mais pas non plus désagréable. Au bout d'un moment, Draco expira lourdement et Harry tourna la tête, craignant d'avoir à affronter les larmes du blond. Mais c'était mal connaître Draco Malfoy…

Le chagrin était gravé sur son visage, mais des larmes ?

Jamais.

« Il n'agit pas de la même façon avec toi qu'avec moi. » déclara doucement le Serpentard mais tout ce qu'Harry nota fut l'emploi du présent. A l'intérieur, ils parlaient déjà de Snape comme de Sirius. A l'imparfait.

Le Griffondor voulut répondre mais ne sut pas quoi dire. Il n'était pas réellement sûr de la façon dont Snape traitait Draco. Pas depuis qu'il se reposait tellement sur lui. Il avait cessé d'y faire attention.

« Il n'a jamais été ouvertement affectueux avec moi. » continua le blond avant de secouer la tête, son rire amer résonnant brièvement dans l'air. « Mais d'un autre côté, je ne suis pas certain de savoir ce qu'est l'affection. On ne fonctionne pas de la même manière tous les deux, Potter. Mais ça ne veut pas dire que je ne… »

Il s'interrompit et Harry devina qu'il ne savait pas comment exprimer ce qui le liait à Snape. Il n'était pas certain lui-même qu'il aurait pu le faire.

« Je comprends. » répondit donc simplement le Griffondor.

Draco le dévisagea et l'espace d'une seconde, il crut que le Serpentard allait le contredire. Dire que non, il ne comprenait pas. Qu'il ne pouvait pas comprendre. Au lieu de ça, le blond se contenta d'acquiescer pensivement.

« Oui… » déclara-t-il. « Oui, je crois que tu comprends. »

Une nouvelle fois, Harry fut frappé par l'étrange similitude qui existait entre lui et le Prince des serpents. Il avait toujours pensé qu'ils étaient tellement différents… L'enfant gâté et le pauvre orphelin… Comme il avait été aveugle…

« Il est tout ce que j'ai, Potter. » lâcha Draco avec hâte, comme si l'aveu lui coutait. « Ma seule famille. »

Il aurait voulu contrer qu'il lui restait toujours Lucius et Narcissa, que, qu'importe combien ils étaient affreux, ils étaient toujours ses parents… C'était peut-être ce qu'aurait fait quelqu'un d'autre… Mais il devinait que Draco n'était pas plus proche d'eux qu'il ne l'était des Dursley.

« J'ai toujours voulu une vraie famille. » murmura Harry. « Quelqu'un… Quelqu'un qui serait là pour moi. »

Draco l'observa quelques secondes.

« Tu as Granger et Weasley. » remarqua-t-il. « Une tonne de Weasley. »

Un sourire força sa place sur les lèvres du Survivant et il haussa les épaules.

« C'est facile, tu sais… » déclara-t-il. « Ils sont tellement… Il y a tellement d'amour chez eux… Et je crois que Mrs Weasley est un genre de mère universelle… C'est facile de prétendre quand je suis au Terrier… Facile de croire que je fais partie de la famille. Je pense que c'est pour ça qu'Hermione et moi aimons être là-bas… »

La mâchoire d'Harry se contracta et il ferma les yeux, tentant de juguler la tristesse qui enflait dans sa poitrine.

« Mais ce n'est pas la même chose… » continua-t-il. « Au final, Ron est toujours leur fils et moi… Je sais qu'ils m'aiment beaucoup… Mais… »

« Mais ce n'est pas ce que tu cherches. » termina Draco.

« Non. » souffla simplement Harry.

« Black était ce que tu cherches ? » demanda le Serpentard et il préféra nettement la curiosité compréhensive de Draco à la compassion excessive que les autres démontraient.

« Je ne sais pas… » Il ne put retenir un petit rire. « Je crois que j'ai accepté de vivre avec lui une demi-heure à peine après avoir appris qu'il n'était pas un meurtrier… Peut-être que si les choses avaient tourné différemment… Mais je ne crois pas… Sirius… Sirius voyait trop mon père et pas assez… et bien… moi, je crois. »

« Et ce n'est pas le cas de Severus ? » ironisa le blond, mais le sarcasme était plus défensif qu'autre chose.

« Plus maintenant… » répondit le Griffondor. « Non… Je ne sais pas… Je crois que… Je crois que je me suis habitué à ce qu'il soit là… A ce qu'il… »

Il s'interrompit ne sachant pas comment terminer sa phrase. Il savait ce que Snape était devenu pour lui. Il savait… mais il n'était pas certain d'avoir le droit d'y apposer un terme réducteur que le Professeur n'apprécierait pas forcément.

« Est-ce qu'il n'est qu'un outil pour toi, Potter ? » cracha Draco, et comme toujours quand il était question de choses qui tiraient sur les sentiments, il se retrancha derrière une agressivité feinte. « Est-ce qu'il est simplement utile ou est-ce que tu tiens à lui ? »

Que quelqu'un puisse sous-entendre qu'il ne tenait pas sincèrement au Professeur l'attrista et l'enragea à la foi.

« Va-te-faire voir, Malfoy. » répliqua-t-il avec colère. « S'il ne comptait pas pour moi, je serai à l'intérieur et certainement pas en froid avec mon meilleur ami. »

Ron n'avait pas bien pris du tout son attachement à Snape. Il avait encore moins bien pris la relation qui s'était développée entre Draco et Hermione et n'avait pas eu le bon sens nécessaire pour se taire. La première réflexion avait poussé la jeune fille à répondre, la deuxième à s'énerver et à la troisième, Harry avait dû s'interposer. Ce qui lui avait valu un regard mauvais de Ron et un froncement de sourcils peiné de Ginny.

« Ca, ça n'a aucun rapport avec Severus. » rétorqua le Serpentard, retrouvant son calme. « Et tu n'as jamais dit que tu désapprouvais… »

Draco semblait mal à l'aise. Maîtrisant sa fureur, Harry fit un geste vague de la main.

« Hermione est assez intelligente pour savoir ce qu'elle fait. » déclara-t-il. « Ce n'est pas à moi de décider si elle a tort ou raison. »

Un silence gêné s'installa et le Serpentard finit par se racler la gorge.

« Severus… » hésita Draco. « Severus est ce que tu cherches, n'est ce pas ? »

Harry soupira mais il savait que le blond avait besoin de savoir. Et peut-être que lui avait besoin de le dire.

« Severus… » Le prénom passa ses lèvres avec facilité mais une boule naquit dans son estomac, lui rappelant que le Maître des Potions ne lui avait jamais autorisé cette familiarité et que c'était irrespectueux. « Le Professeur Snape. » reprit-il plus fermement. « Il est… Il agit comme… » Le Griffondor soupira. « Je ne sais pas comment expliquer… »

« Il sait ce dont tu as besoin. » suppléa Draco. « Il te protège. Et il ne te laisse pas faire n'importe quoi. Il s'assure que tu lui obéisses mais il n'ordonne jamais rien qui ne soit pas essentiel… Il refuse de te laisser tomber du côté sombre… » Le Serpentard le regarda avec un sourire ironique. « Ah, non… Pardon, cette dernière partie m'est réservée. »

Amusé, Harry haussa les épaules.

« Personnellement, il essaye aussi de me convaincre que je ne suis pas responsable du sort de toute la planète. »

« Il n'a pas tort. » jugea le blond.

Sans répondre, le Griffondor secoua la tête. Draco ne reprit pas la parole et ils contemplèrent en silence les jeux simples d'un écureuil quelques mètres plus loin. Finalement, Harry se tourna vers son ami avec incertitude.

« Tu sais… » commença-t-il sans bien savoir comment la fin de sa phrase serait reçue. « La façon dont tu parles de lui… dont on le voit, aussi… On dirait que c'est notre… »

Une nouvelle fois le mot mourut sur ses lèvres. Mais il semblait que Draco n'en avait pas besoin pour comprendre ce qu'il voulait dire.

« Peut-être que ça l'est… En… un sens… » Le blond éclata d'un rire creux qui sonna faux. « C'est la conversation la plus bizarre que j'ai eue, Potter. »

Harry sourit. « Et imagine ce que ça ferait de nous, Draco… »

Il pensait que la perspective qu'il sous-entendait effraierait le Serpentard ou l'amuserait tout du moins, mais au lieu de ça, Draco redevint sérieux. Il le fixa avec force et le Griffondor fut un instant déstabilisé par la détermination qui brillait dans les yeux gris.

« Ca fait de nous une famille. » conclut tranquillement Draco, son accent trainant soulignant ses propos. « Et je protège toujours les miens. »

Stupéfait par ce que venait d'affirmer le blond, Harry ne put rien faire d'autre que le dévisager. Un coin de son esprit aurait voulu lui faire remarquer qu'il n'avait pas tellement protégé sa famille jusque là, mais il s'ordonna de se taire. Draco ne faisait pas ce genre de promesse à la légère.

« On se protège les uns les autres… » corrigea-t-il, pensant à la façon dont Ron, Hermione et lui avaient survécu à leurs cinq années d'étude.

« Je vais chercher Severus. » déclara alors Draco et c'était tellement éloigné de ce dont ils étaient en train de discuter précédemment qu'il fallut quelques secondes à Harry pour comprendre. Mais peut-être, réalisa-t-il en observant l'expression dure du Serpentard, peut-être que ce n'était pas si éloigné du sujet.

Le dissuader ne lui vint même pas à l'esprit.

Le fait qu'il puisse y aller sans lui non plus.

« Tu as un plan ? » s'enquit-il simplement.

Draco haussa les épaules.

« Ils vont le torturer. Je ne pense pas que quelqu'un ait déjà tenu plus de quelques heures avec Pè… avec Lucius et Bellatrix. »

« Mais Snape n'est pas n'importe qui. » remarqua Harry.

« Non. » acquiesça le Serpentard. « C'est pour ça que je pense qu'il tiendra jusqu'à demain. Je vais tenter de le sortir de là cette nuit. »

« Il va nous falloir un portoloin. »

Draco leva un sourcil. « Nous ? »

« Tu crois peut-être que je vais te laisser aller là-bas tout seul ? » se moqua Harry. « C'est moi le Griffondor, les plans stupides c'est mon domaine. »

La seule réponse qu'il obtient de Draco fut un sourire approbateur. Après quoi, le blond redevint sérieux.

« Je me débrouillerai pour le portoloin. Je pense pouvoir le faire. »

« Tu ne veux pas impliquer Hermione. » déduisit Harry.

Et il n'était pas sûr de vouloir l'emmener lui-même.

« Lupin n'a pas tort sur un point. » répliqua Draco. « Le Manoir est très bien protégé. Je ne sais pas comment rentrer et aller là-bas équivaut à un suicide. Je ne sais même pas pourquoi je vais y aller. Juste que je dois le faire. Je n'embarque pas Granger là dedans. »

Harry acquiesça pensivement.

« Que toi et moi alors ? »

Visiblement amusé, Draco inclina la tête.

« Je suis le plus vieux… Théoriquement je devrais t'ordonner de rester en sécurité. »

L'idée même que Draco puisse se comporter comme Ron le faisait avec Ginny était ridicule.

« Tu es un Serpentard. » plaisanta le Survivant. « Tu sais où est ton intérêt. »

« Mon intérêt serait de t'échanger contre Severus, Harry. » assena le blond sans aucun tact. L'usage de son prénom ne fit que renforcer la menace tacite.

« Tu ne le feras pas. » contra le Griffondor sans grande hésitation.

« Pourquoi pas ? » répliqua le Serpentard.

« Parce que j'ai confiance en toi. »

Les mots raisonnèrent longtemps dans l'air froid.

Au bout de longues minutes, Draco inclina la tête et lui tendit la baguette de Snape.

« Tu la lui rendras quand on l'aura sorti de là. » déclara-t-il simplement.