Cette série-là est un peu particulière. Il s'agit d'un pastiche, publié sur mon LJ sous forme de quizz.
Vous allez lire un Snack divisé en sept longs drabbles. Ceux-ci forment une histoire complète, mais le ton, le style, la présentation changent - parfois radicalement - d'une partie à l'autre puisque chacune pastiche un/e auteur/e de fanfiction dont le nom sera révélé en fin de segment.
Vous aussi, vous pouvez essayer de deviner son identité à l'avance... ou aller ensuite voir ses fics sur FFnet si le style vous agrée. Dans l'ensemble, ma friend-list a deviné la majorité des pastichés !
Snack Pastiche
Quel supplice aux amants est une heure d'absence !
Pierre Corneille, Le Menteur.
1. Poudlard en cinq phrases.
Entre le parc où s'épandait la rosée, couleur d'aube, et le château qui s'affichait pierreux et raide — paysage moitié horizontal, moitié ascensionnel, faisant son chemin entre le sol et le ciel — le contraste était décidément réconfortant pour les nerfs du voyageur de retour.
Et comme le château et le parc, se disait Remus, le Directeur joignait à la solidité de la pierre, solidité qui n'était pas sans dureté, une fraîcheur d'esprit qui l'amenait aujourd'hui à vanter les mérites de son thé fumé au bois de hêtre avant même d'exiger un rapport circonstancié.
Entre ces murs où Remus avait passé une enfance heureuse, à laquelle le loup conférait pourtant un goût âpre et incongru – sensation étrange de dérangement, quand il fallait oublier l'étude qui agite l'esprit mais force le corps à la passivité pour inverser les rôles, une nuit par mois – au fond, c'était un avant-goût de paix qui se buvait avec le thé.
Je voudrais que vous fassiez d'abord un détour par le square Grimmauld, avait dit Albus en lui tendant une tasse où le sucre, encore une fois, l'emportait un peu trop sur l'épaisseur sombre du thé – et Remus se demanda par quels détours de prescience, ou était-ce de bonté, humaine et inouïe comme toujours, le vieil homme avait deviné qu'il projetait de se rendre tout droit chez Andromeda Tonks et sa fille.
Le détour, fatalement, serait fait mais lorsque Remus, vingt minutes plus tard, sortit des murs, il ne put s'empêcher de faire halte sous le ciel – enchâssé de pureté, illimité, éclairci par la matinée et parfaitement lucide – conscient que les toits de Londres ne lui en montreraient ensuite qu'une vue déchiquetée, de même que la guerre ne cessait de mettre des œillères à ses désirs.
(Auteur : Ys Melmoth)
2. Pas de changements notables ?
A vue de nez (0), la maison du square Grimmauld n'avait pas changé pendant ses trois semaines d'absence.
Dans l'entrée, on pouvait toujours voir le kilim rapporté des Indes par l'arrière-grand-oncle Magnus Black, colonel de garnison de son état et qui s'était distingué par sa participation active au massacre de Khaïber (1). Les têtes d'elfes prenaient tranquillement la poussière malgré les soins aimants de Kreattur (2). Et le carillon jouant Pavane pour une Sang-Pure Défunte (3), qui avait survécu à la Première Guerre et aux sorts tout-puissants que Dumbledore ne manquait jamais de lui jeter chaque fois qu'il passait le seuil (4), s'était déclenché dès l'entrée de Remus, l'amenant à refermer la porte sur une odeur familière.
La première fois que Remus avait senti cette odeur, il s'était dit que Sirius avait dû prendre froid (5).
La seconde, qu'un petit grog était tout indiqué pour combattre une baisse de moral due à l'obscurité précoce, la calvitie précoce (6) et les pronostics tout aussi précoces de Mme Black sur l'issue de la guerre.
La troisième s'étant produite en pleine réunion de l'Ordre, Remus avait surpris une remarque pincée de Severus — « cet animal-là n'a pourtant pas besoin d'alcool pour se rendre semblable à la bête » (7) — et il avait maudit sa propre bêtise.
Malheureusement pour lui, les caves de la Maison Black étaient aussi réfractaires aux sortilèges de bouclier qu'une douairière à l'arabica vénézuélien qu'on essaie de lui refourguer en lieu et place de son Lady Grey du matin. C'est pourquoi Remus ne fut pas étonné de retrouver le dernier des Black affalé devant la cheminée familiale, un verre à la main.
Là où il fut plus surpris, ce fut devant le reste du salon.
(0) Plus développé que l'oeil chez le loup, ce qui expliquerait la relative aménité de Severus à l'égard de Remus !
(1) Du moins en avait-il rapporté la recette d'un curry d'hippogriffe religieusement transmise aux demoiselles Black la veille de leur mariage, en même temps qu'un sort de nouage d'aiguillettes (au cas où l'époux choisi se montrerait infidèle avant d'avoir assuré la lignée. Le curry pouvait servir de contre-sort au besoin).
(2) En réclamant pour la énième fois un plumeau de plumes de phénix ou, mieux, un phénix vivant pour cette tâche : on sait maintenant pourquoi Fumseck n'accompagnait jamais Dumbledore square Grimmauld.
(3) Sirius, dans un de ses rares moments de sobriété, avait tenté en vain d'installer « Black Trombone » à la place.
(4) Ne revenons pas sur la rumeur absurde selon laquelle Walburga aurait rejeté en 1944 sa proposition de ménage à trois avec Grindelwald.
(5) Tout le monde peut se tromper, surtout un lycanthrope myope et naturellement compatissant !
(6) Après douze ans de shampoings à l'eau de mer...
(7) Sirius avait répondu que tout le monde ne pouvait pas ressembler à une asperge émasculée, avec les suites qu'on devine.
(Auteur : Taraxacum Officinalis)
3. Oui mais non : les joies de la conversation sirioblackienne.
Do you love me, are you playing your love games with me...
- Sirius, qu'est-ce que c'est que cette musique ? Tu veux bien baisser un p...
I just wanna know because I need your love a lot, come on now...
- SIRIUS !
- Bon sang de... Moony, l'alcool ne rend pas sourd, que je sache !
- L'alcool, non, mais ce... cette... ces bruits ne facilitent pas la conversation. Et je viens de réveiller ta mère pour tout arranger.
- Elle est pourtant censée adoucir les mères. La musique. Hey, j'ai fait un calembour, Moony, tu as vu ?
- Sirius, est-ce que tout va bien ?
- Haha, bien sûr que ça va. Pourquoi ça n'irait pas ?
- Hum, bonne question. Peut-être parce que tu as collé des petits cœurs verts et rouges un peu partout sur cette tapisserie? Et qu'il y a des... attend, ce sont des serpentins qui pendent au lustre ?
- Des serpentins pour Serpentard. Ha, je suis le roi des jeux de mots !
- Le roi des... Sirius, ne m'oblige pas à finir ma phrase et lâche cette bouteille.
- Yep ! Euh, nan !
- Je t'ai quitté raisonnablement sobre et taciturne, et je te retrouve à vider tes réserves de bourbon cul sec sur fond sonore épileptique, tu veux bien m'expliquer ?
Come on don't make me beg now, 'Cause I'm your regular guy...
- Silencio ! Allez, j'écoute.
- Oui mais non, Moony, faut savoir ce que tu veux !
- Que tu m'expliques, je répète, pour quelle raison tu as refait la déco du salon avant de vider tes réserves de bourbon cul sec sur fond musical épileptique.
- Cul sec, haha, c'est le cas de le dire. Mais, euh... c'est une longue histoire, tu vois... bon, en fait ça remonte au jour où je me suis endormi sur le canapé après avoir un peu forcé sur l'alcool pour oublier ton absence...
Remus s'assit et tendit la main vers la bouteille. Il sentait qu'il allait lui aussi avoir besoin d'un fortifiant.
(Auteur : Arcadiane)
4. Tu m'as dans le nez, mais je t'ai dans la peau.
Foie de Sirius ! Toutes les cuites ne mènent pas à Rhum, mais il en est qui réservent des destinations surprenantes.
Imaginez le noir héritier des Black émergeant de sa petite siesta éthylique pour découvrir le regard revolver, véritable avada-visuel-à-breveter, de son ennemi de toujours braqué sur ses mirettes.
Mais euuuuuuuuuuuuuuuuuh !
Ce Kreattur de ses deux avait passé outre ses instructions snapophobes et laissé entrer le graisseux qui n'était même pas foutu de distinguer entre un paillasson et une brosse à cheveux, attendu qu'il avait dédaigné les deux et secouait la neige fondue de ses vêtements au-dessus du sofa où lui, Sirius, roupillait en pyjama depuis l'apéro-digestif de sa pause midi.
Eh, c'est pas l'endroit ! Va secouer tes pellicules sur Môman ou lui faire un strip-tease si le coeur t'en... gné ?
Par tous les trolls du Walhala! Snape lui tournait le dos et déboutonnait sa chemise en se rapprochant du feu.
Non mais ne te gêne plus, fais comme chez toi ! Même pas « cape » de mettre un manteau en hiver, Servilus ? Faut graisser un peu tes neurones, autant que ton lubrifiant naturel serve à quelque chose !
Jamais ô jamais il n'aurait cru qu'il se retrouverait dans une situation aussi grotesque : trop noirci pour rivaliser avec les décibels maternels ou aller torgnoler efficacement le fond de chaudron sur pattes qui avait perché son popotin sur une bergère de famille et tendait ses épaules vers le feu de cheminée.
Pas touche aux meubles de famille, y a que moi ici qui ai le droit de les profaner. Même si tu es à ta place dans la petite boutique des horreurs.
Quoique... vu de dos, l'autre désossé n'était pas si mal foutu. C'était peut-être la preuve flagrante qu'il devait arrêter l'alcool, mais cette peau blanchâtre... euh, non, blême... euuuuuuuuuh, pâlichonne ? diaphane ! ouais, c'était ça le mot ! ce dos diaphane n'était pas sans titiller certaines hormones vouées aux abonnées absentes depuis un temps que les moins de douze ans ne peuvent pas connaître.
Les hormones, tirées du sommeil de Blanche-Neige par la contemplation légèrement bavante des vertèbres snapiennes, décidèrent aussitôt qu'elles n'avaient pas interrompu leur sabbatique pour des prunes.
Ou alors, ces « prunes », encore cachées par le pantalon tendu sur des petites fesses plus rebondies que dans le souvenir made in Poudlard d'un après-midi de cinquième année.
- Black, ça n'est pas ton avatar qui est censé bavouiller ?
Le cerveau de Sirius, qui s'était lâchement fait la belle avec les hormones pour profiter du congé sans soldes, sursauta et voulut compenser par un surzèle en matière de libre association : avatar, avada, à dada, à dada sur Severus, à dada sur Severus maintenant.
Dont acte.
(Auteur : Zazaone)
5. Sonnez trompettes, sonnez tambours...
(Note : on est prié de lire « hier » comme une synérèse.)
Coït sans prétention ? C'est bien mal les connaître,
Car si l'un est resté puceux plus que puceau,
L'autre n'est boursouflet qui vient juste de naître,
Et tous deux ont déjà rivalisé d'assauts
ss-sb
Au sortir de l'enfance, où leurs prises de corps
Les faisaient batailler, hier comme aujourd'hui.
Ils forcent, mordent, giflent, griffent... mais « encore ! »
Est leur seul cri de guerre — encore est-il gémi.
ss-sb
Et peu à peu les gestes signent avant les mots
L'armistice, qui les fait malgré eux sourire,
Quand, repus, ils se portent l'un l'autre au repos
ss-sb
Pantelant, parce qu'il faut bien rendre les armes
Et, face aux braises qui achèvent de mourir,
Avouer tout bas que le rut n'est pas sans charme.
(Auteur : Uathann)
6. Nuit noire, vers blancs.
La nuit tombe.
Comme cette autre nuit qui dure aussi le jour,
Comme cette nuit du combat.
ss-sb
Une pauvre lumière pour te voir,
Toi que j'ai haï dans l'obscurité de ma prison,
De la prison qui était aussi en moi.
ss-sb
Dans ce clair-obscur,
Je ne te hais plus,
Je ne te reconnais plus,
Et je m'en réjouis.
ss-sb
La haine est un spectre,
Une habituée des lieux.
ss-sb
- Severus,
Est-ce que tu me pardonnes ?
ss-sb
- Sirius,
Ta punition a été ton erreur,
Et crois-moi, tu en as payé le prix.
ss-sb
Des mots pour des maux,
Enfin
Des mots qui font attendre l'aube.
(Auteur : Elwan59)
7. Conclusion impromptue
- Et donc, il a remis du bois dans la cheminée, il m'a laissé un Nescafé sur le guéridon de tante Drusilla, et il est parti.
Oups.
Remus faillit répondre que les premières fois s'achèvent souvent sur la fuite ignominieuse d'un des concernés et que si Tonks n'avait pas eu le bras long – mais alors, littéralement très long – elle aurait eu du mal à le rattraper dans l'escalier d'Andromeda après leur premier câlin.
Sauf que si Rogue avait été du genre à paniquer, ça se serait su et Albus Dumbledore aurait évité de lui faire jouer les Mata-Hari auprès du Lord depuis quinze ans au compteur. Non, c'était probable qu'il avait repris ses esprits en reboutonnant ses robes (le reboutonnage demandant toujours un certain temps) avant d'aller quémander un mot d'excuse pour les cinquante prochaines réunions de l'Ordre.
Remus soupira tout bas.
Puis tapota la main amorphe de Sirius en se demandant comment le consoler.
Puis arrêta de se poser des questions en ramassant les éclats du verre tombé de la main amorphe.
- ... et il est pas revenu, et j'avais aucun moyen de le contacter, et t'étais pas là, et j'ai ressorti tous les ouvrages de magie noire au cas où il voudrait qu'on passe une soirée tranquille, et retapé la déco, et il est jamais revenu, jamais, jamais, jamais...
Ouhlala. Il avait intérêt à lui faire partager cette invention merveilleuse qu'était l'introspection avant que Sirius Black ajoute la dépression sentimentale à une claustrophobie déjà pas piquée des hannetons.
- Patmol... Severus n'est pas exactement un tendre, tu sais. C'est déjà très beau que vous ayez eu ce moment de... de... euh... ce moment de grâce, tu devrais peut-être le conserver comme un souvenir mémorable et...
Remus s'interrompit. Sirius avait la lèvre inférieure qui tremblait dangereusement pour un homme en état de grâce, sans compter le picotement aux yeux que ne justifiait pas la cheminée, attendu qu'elle ne fumait pas, attendu qu'elle était éteinte depuis le début du récit.
- Oh, viens-là. Tu aurais dû m'envoyer un hibou discret pour me mettre au courant. Les amis c'est là pour ça, alors il faut les prévenir en cas de coup dur, non ?
Sirius se dégagea et le regarda, ahuri.
- Un hibou ? Mais tu rentrais aujourd'hui !
- Sirius... (Remus sentit un doute atroce s'emparer de son esprit) ... quand, exactement, Severus est-il venu se réfugier chez toi parce qu'il avait oublié sa cape chez Fleury et Bott?
- Ben, avant-hier !
Il est probable que seul le tintouin de la sonnette Black épargna à Sirius une décapitation imminente. Avant qu'il ait eu le temps de réagir, Remus s'était levé et traversait le salon d'un pas catégorique. Rogue était dans l'entrée, une bouteille de vieux Madère à la main et sur le visage une expression drôlement indécise pour un homme qui s'était juré naguère devant lui de faire pleurer un quota supérieur d'élèves chaque année.
Remus marcha droit sur lui, lui épousseta sa cape avec un soin tout attentionné, serra la main disponible dans une poigne de fer et désigna du pouce le salon.
- Il est à toi corps, âme et cuite. Sincères condoléances et meilleurs voeux de bonheur, Severus.
Puis il reprit sa propre cape et sortit.
Parfois, la vie était tellement inattendue qu'elle en devenait simple. Bof, avec elle fallait pas chercher des fois. Remus regarda sa montre et vit qu'il avait tout juste le temps de transplaner chez Andromeda avant le coup de gong du dîner.
(Auteur : Juliela)
FIN
