54
Le Triangle
Lorsque Miyamoto 1er apparut en haut des remparts, une immense clameur s'éleva dans le ciel matinal. La parade impériale, une fête où étaient conviés une grande partie des militaires du pays, battait son plein et une myriade de ses sujets scandaient son nom.
Cela faisait plus d'un an que l'empereur du Japon avait à nouveau tous les pouvoirs. Le précédent empereur ayant mystérieusement disparu, Madara, alors chef du gouvernement, s'était arrangé pour recevoir le titre honorifique d'Empereur en plus de ses fonctions de chef d'état. Sa mégalomanie n'avait décidément aucune limite…
Madara se frottait le menton en ressassant ces agréables souvenirs lorsque la clameur s'accrut encore. Touché malgré lui, le cent vingt-sixième empereur du Japon leva la main bien haut, et salua les plusieurs milliers de soldats qui se trouvaient en contrebas.
- Mes amis, ce n'est pas à vous de m'acclamer ! s'écria Madara, un air avenant sur son visage.
Ses yeux noirs balayèrent un instant les rangs de l'armée impériale.
- Ce jour vous appartient à vous, soldats ! Car vous êtes le bouclier de notre glorieuse nation contre les dangers qui nous guettent, et vous vous sacrifiez quotidiennement pour la sécurité de tous les citoyens. Et pour cela, nous vous remercions. Pour cela, je vous remercie.
Et Madara s'inclina, déclenchant une tempête d'ovations.
- Rapide et concis, mais touchant, jugea Higashi en apparaissant aux côtés de l'Empereur.
Celui-ci venait d'arriver dans son bureau et ne put s'empêcher de sursauter légèrement. Higashi était un génie du camouflage dans le sens où sentir sa signature de chakra était quasiment impossible.
La surprise passée, Madara haussa les épaules, puis se tourna vers son sous-fifre, étonné malgré lui.
- Tu as fait vite, dis donc, tu m'as presque battu de vitesse !
Higashi lâcha un petit rire.
- Allons allons, vous comme moi savons que c'est impossible. Votre téléportation est instantanée. Moi, je ne fais que chevaucher le vent…
Les deux hommes furent dérangés par trois coups secs. Quelqu'un toquait à la porte du bureau de l'Empereur.
- Entrez… maugréa Madara.
Sa bonne humeur n'était qu'une façade. Il était en vérité chamboulé par les paroles de cet homme en noir, et vivait plus que jamais dans la crainte de voir la prophétie se réaliser.
- Heureusement que j'ai une assurance vie…
Sur cette pensée exprimée à haute voie, Miyamoto retrouva le sourire. Au même moment, deux hommes encapuchonnés entrèrent dans la pièce. Ces deux hommes étaient les plus puissants ninjas de l'Empire, Madara excepté. On racontait même qu'ensemble ils seraient capable de vaincre leur maître…
- Madara-sama, dirent-ils en s'inclinant.
L'Empereur salua brièvement les deux hommes et Higashi fit une petite courbette à leur intention. En effet, les gardes du corps n'étaient pas égaux entre eux, et Kita et Minami étaient ses supérieurs hiérarchiques.
Sans attendre, le plus grand d'entre eux entra dans le vif du sujet.
- Vous êtes attendu à la porte du château, votre altesse. Le défilé va commencer.
Agacé, Madara articula une réponse positive, puis partit en coup de vent. Cette petite fête lui tapait sur les nerfs, mais il était conscient que le moral des troupes était vital pour obtenir la victoire.
Lorsque Madara se fut téléporté dans le hall du château, il jeta un bref regard aux quelques personnes tapies dans l'ombre. Sur chacun des fronts, brillait le sceau du Yondaime, le sceau béni qui lui avait permis d'asseoir sa suprématie sur chacun d'entre eux.
Cependant, depuis que deux d'entre eux avaient été libérés, Madara avait décidé de ne plus prendre de risques. Les Ombres resteraient désormais cloîtrées entre les quatre murs du château.
Deux gardes raides comme des piquets firent pivoter les battants de la porte, et le monarque s'engouffra dans l'embrasure.
Une fois dehors, il fut un instant décontenancé par le maelström de lumière, de cris et de couleurs qui agressait ses sens.
Il vit ensuite un homme s'incliner devant lui. Ce dernier, un chinois mesurant près d'un mètre quatre-vingt dix, était d'une minceur extrême. Ses cheveux étaient noirs et tressés en une longue natte, et ses yeux ébènes étaient comme deux puits sans fond.
- Votre Altesse.
- Général Shikaku, vous avez fait du très beau travail, le félicita l'Uchiha. Vous pouvez commencer.
Radieux, la réincarnation du Nara s'inclina à nouveau, puis se tourna vers les centaines de soldats qui avaient envahi l'île.
Au signal, l'armée pivota dans un ensemble parfait, et se mit en branle dans une chorégraphie minutieusement travaillée.
Bien que Madara fit mine d'être attentif à la cérémonie, ses pensées étaient ailleurs, et il réagit à peine lorsque la division de blindés passa à quelques mètres de son visage. Il accueillit avec soulagement la main levée du Nara, le général des armées signifiant par là même la fin de l'exercice.
- Et maintenant, oubliez toute cette rigueur et cette rigidité, et laissez-vous aller à faire la fête ! Cette journée vous appartient, répéta Madara.
Et il retourna vers le château sous les hourras.
Le reste de la matinée fut marqué par un évènement en particulier. Le meilleur épéiste du royaume, le fameux Nishi, avait exceptionnellement accepté de faire une démonstration de ses talents. Les soldats étaient venus s'installer en masse dans l'arène des Fils du Vent pour assister aux combats.
De courageux ninjas faisaient la queue pour défier Tori car une victoire leur assurerait une promotion météorique. Tous savaient que Nishi était un sabreur de génie, mais ils ignoraient à quel point.
Au bout d'une poignée de duels éphémères, Nishi se lassa et affronta deux, puis trois, puis cinq ninjas en même temps. Mais malgré le déséquilibre numérique, tous ses opposants étaient vaincus les uns après les autres.
Le garde du corps de l'Empereur virevoltait et nul ne pouvait voir sa lame avant de la sentir meurtrir sa chair. Heureusement pour les téméraires, Nishi se montrait clément et épargnait ses adversaires. Mais sa mansuétude n'ôtait rien à la beauté du spectacle, qui époustouflait la centaine de spectateurs. Les longs cheveux blonds de l'épéiste tournaient en même temps que son sabre et personne ne pouvait détacher ses yeux de ce lion déchaîné.
Alors que Nishi s'était mis en tête d'affronter vingt adversaires simultanément, sa lame fut stoppée. Le bretteur haussa un sourcil, puis sourit devant cette difficulté inattendue. Enfin un adversaire avec un peu de mordant…
Nishi fit un bond en arrière pour se dégager, puis, d'une série de gestes fulgurants, décima les rangs de ceux qui l'avaient défié. Tous sauf un. Nishi tenait à le garder pour la fin, puisqu'il était le seul à s'être montré un poil intéressant…
Lorsque le dix-neuvième bretteur mordit la poussière, Nishi se retourna vers son ultime adversaire. Un africain assez petit mais bien bâti. Nishi examina brièvement sa musculature, et reconnut celle d'un épéiste de talent. Il ne s'était pas trompé à son sujet.
- Tu as arrêté mon sabre… Jusqu'à présent, peu de gens y sont parvenus. Quel est ton nom ?
- Omoi, révéla le sabreur.
Tori applaudit.
- Omoi de Kumo, je suis honoré ! Tu as encore beaucoup à apprendre mais tu deviendras sans aucun doute très puissant.
Omoi haussa les épaules.
- Je ne suis tourné que vers le présent, le futur m'indiffère. Je vais vous vaincre ici et maintenant.
Le sourire de Nishi décrut légèrement, mais une lueur de malice étincela dans ses yeux.
- Ah l'impatience de la jeunesse… Sais-tu au moins à qui tu as affaire ? Je m'appelle Sergeï Catachan, et je suis la réincarnation d'Ichigoku Seimusou*.
Devant l'absence de réaction de son vis-à-vis, Nishi baissa la tête en soupirant. Comme il l'avait prévu, ce nom était totalement inconnu du jeune ninja.
- Navré, mais je n'ai jamais entendu parlé d'un shinobi de ce nom. Il ne devait pas être si puissant que cela…
Les yeux de Nishi brillèrent à nouveau, mais de mécontentement cette fois-ci.
- Je suis… attristé. Devant tant d'ignorance, je me vois forcé d'éclairer ta lanterne.
Le garde du corps de l'Empereur se racla la gorge.
- Je suppose que tu as entendu parler des sept épéistes de Kiri…
- Parfaitement, et je n'ai aucun souvenir d'un Ichigoku parmi eux…
- Et à juste titre ! Mais évite de m'interrompre s'il te plaît.
Omoi opina de la tête et la voix de Nishi s'éleva à nouveau dans l'arène.
- Jiraya a longtemps enquêté sur Akatsuki, et il s'est intéressé au village de Kiri, considéré comme le berceau de l'organisation. Il a mené sa petite enquête, et a fait une découverte intéressante au sujet de ces fameux épéistes.
Comment sont-ils apparus ? Comment sept shinobis issus du même village ont-ils pu atteindre une telle maîtrise du Kenjutsu ? (techniques du sabre)
Nishi ménagea son suspense puis apporta de l'eau au moulin de son interlocuteur.
- La réponse est évidente : Ils avaient eu le même maître. Un homme qui a prit sept ninjas pour apprentis et leur a inculqué tout son savoir en matière de sabre… Un homme dont je suis la réincarnation.
Si l'histoire ne parle pas de cet homme, c'est pour deux raisons.
La première est qu'il connut un destin tragique. Ses apprentis, menés par Hoshigaki Kisame, le trahirent et le blessèrent mortellement. La légende raconte que le combat dura une journée entière, une journée durant laquelle résonna le cliquetis des épées. Et au cours de cette joute, les Sept furent tous vaincus à tour de rôle… Seulement voilà, Seimusou fut incapable de porter le coup fatal à ne serait-ce qu'un seul d'entre eux, et la fatigue finit par le rattraper. Cet homme fut le meilleur épéiste de tous les temps, mais il lui manquait un cœur ferme pour être un bon ninja. Bannir ses sentiments est la clé de tout Nindô.
Les paroles de Nishi firent frissonner Omoi. Si la réalité était ne serait-ce qu'à moitié hauteur de la légende, il était vraiment mal embarqué.
- Quand à la deuxième raison, poursuivit Nishi, imperturbable, c'est que les morts ont très mauvaise mémoire.
Rassemblant tout son courage, Omoi sortit un deuxième sabre de derrière son dos.
- Oh oh, intéressant ! se réjouit Ichigoku. J'ai toujours adoré ce style de combat, avec deux lames. Plus inefficace qu'autre chose mais distrayant…
Omoi recula d'un pas. L'aura de ce Ichigoku s'était soudainement intensifiée. La puissance de son adversaire le clouait presque sur place.
- Puisque tu es si puissant, je vais y aller à fond directement, annonça Omoi d'une voix mal assurée.
Il croisa ses sabres devant lui, et ferma les yeux.
- Personne n'a jamais survécu à cette technique de Kenjutsu : Tsuinryuu no Kamu Koto. (la morsure des Dragons jumeaux)
Omoi exécuta un saut périlleux puis retomba derrière Ichigoku. Avant même que ses pieds aient touché le sol, ses deux katanas fusèrent si vite que les spectateurs ne virent que leur reflet.
Un sourire se dessina sur les lèvres d'Omoi, sûr de sa victoire. L'instant d'après, il cilla. Ses deux sabres avaient été bloqués par la pointe du katana de son adversaire.
- Impossible… Une telle précision est juste impossible…
- C'est avec une technique de ce niveau que tu pensais me vaincre ? jeta Ichigoku avec mépris. Tu as encore beaucoup à apprendre…
Omoi se dégagea, et il vit le garde du corps de l'Empereur se mettre de profil, puis agripper son sabre de ses deux mains. Il le leva, de sorte que le fil de la lame se pose sur son épaule gauche.
Omoi reconnut instantanément la posture dont la réputation n'était plus à faire.
- Cependant, tu m'as montré ta meilleure technique, je vais donc faire de même… murmura Ichigoku.
La scène resta en suspens un long moment, moment durant lequel Omoi n'entendit que les battements frénétiques de son cœur.
- Mugendai no Orochi. (le serpent de l'infini)
Un sifflement. Un corps qui s'effondre. Le silence.
- Tu n'étais pas censé ne tuer personne lors de ta démonstration ?
Ichigoku reconnut la voix narquoise de Kita et haussa les épaules. Il se détourna du corps d'Omoi, puis s'expliqua :
- Pas fait exprès… A chaque fois que j'utilise cette technique, je me laisse emporter…
Le dénommé Kita eut un rire sans joie.
- Nishi, sais-tu quelle est la différence entre les grands ninjas et ceux de seconde catégorie ?
Dérouté par cette soudaine entrée en manière, Ichigoku hésita avant de répondre.
- Hum… Je suppose que c'est la puissance.
Kita fit la moue.
- Une réponse classique, et caractéristique de ton étroitesse d'esprit. Non, la puissance n'est pas la marque des grands… Ce qui fait la différence, c'est le contrôle. Un grand ninja possède le contrôle absolu de son corps, de ses techniques, et de la situation. Son esprit ne fait qu'un avec son corps. Voilà pourquoi tu n'es pas encore un grand ninja, Ichigoku…
L'épéiste serra les poings de rage.
- Comment osez-vous ? Je suis plus fort que n'importe qui le sabre à la main, vous y compris !
- C'est vrai, admit Kita, mais le Kenjutsu ne représente qu'une facette des Arts Ninjas. Une facette qui ne pèse pas bien lourd face au Ninjutsu…
Ichigoku se força à recouvrir son calme. Ce Kita passait son temps à le titiller pour qu'il sorte de ses gonds, il n'allait pas entrer dans son jeu.
- Je ne suis peut-être pas ce que vous appelez un « grand ninja », mais je suis bien assez puissant pour venir à bout de n'importe lequel des ennemis de sa majesté. Il est vrai que je serais bien incapable de vous battre, Kita-san, mais tant que nous sommes dans le même camp ce n'est pas bien grave, n'est-ce pas ?
Ichigoku fronça les sourcils avant de continuer sur un ton légèrement moqueur.
- A moins bien sûr que vous ne comptiez suivre l'exemple de Rai-san…
Cette fois, ce fut au tour de Kita d'être envahi par la colère.
- Tu as la langue aussi acérée que ton sabre… Mais prends pas garde à ne pas dépasser les bornes.
Sur cet avertissement, Kita disparut au milieu de volutes de fumée, et Ichigoku se remit à respirer normalement. La tension était devenue presque insupportable…
Madara s'assit sur son siège, y prit ses aises, puis reporta son attention sur l'homme qui se tenait debout en face de lui.
- Votre Majesté, pardonnez mon impertinence, mais quelle est la raison de ma convocation ici ?
L'Uchiha soupira puis croisa ses doigts et appuya ses coudes sur son bureau.
- Je voudrais que l'armée reste ici encore trois jours.
Shikaku parut estomaqué.
- Ici ? Vous voulez dire sur l'île ? Mais…
- C'est un ordre, Général. Je comprends votre surprise, mais il y a une bonne raison à cela.
Les yeux noirs de l'Empereur s'ancrèrent dans ceux de son subalterne.
- Il y a un risque que Fuki ou l'élu passe à l'action très bientôt. Et leur cible sera le château et la grotte…
Les yeux exorbités, Shikaku vacilla.
- L'élu ? Mais je croyais que…
- Il semblerait qu'il existe bel et bien… J'ai récemment rencontré un shinobi extrêmement puissant qui me l'a révélé. Et il m'a confié que nous reverrions très bientôt.
Shikaku bomba le torse inconsciemment. L'Empereur devait avoir confiance en lui pour le mettre au parfum de quelque chose d'aussi important.
- Si je me souviens bien, l'élu doit utiliser un portail dimensionnel pour pénétrer dans l'autre monde… Pourquoi donc viserait-il le château dans ce cas ?
Madara ferma les yeux.
- L'élu a pour mission de nous tuer, moi et l'autre Madara. Il va donc se rendre au château pour me faire la peau.
Shikaku se raidit, mais Madara n'y prêta aucune attention.
- De plus, je crains que l'élu et Fuki n'aient pris contact, et n'agissent de concert pour m'éliminer et délivrer leurs amis.
Shikaku hocha la tête pensivement.
- Dans ce cas, votre ordre prend tout sons sens, majesté. Les mille soldats qui ont fait le déplacement camperont à côté du château cette nuit et les suivantes.
Madara le remercia d'un geste.
- Je veux également que la première division de blindés et une dizaine d'hélicoptères fassent de même.
Shikaku s'inclina avec respect.
- A vos ordres, sire.
Bien que Madara ne l'aurait jamais avoué, il ressentait un soupçon de culpabilité à l'idée de priver ses soldats d'un repos bien mérité. Il était conscient de gâcher leur fête, mais ce n'était que le moindre de ses crimes….
L'apparition de cet homme en noir avait insinué le doute dans son esprit. Pour la première fois depuis la mort d'Itachi, il n'était plus très sûr de ce qu'il faisait.
L'Uchiha resta un moment prostré sur son bureau, jusqu'à ce que ses yeux sombres se posent sur une photo posée au sommet d'un de ses étagères. Cette photo le suivait depuis de nombreuses années et était devenue une sorte de talisman pour lui. C'était aussi un remède à tous les coups de blues qui l'avaient saisi au cours de son existence. A chaque fois que Madara admirait le visage angélique de la femme, son esprit se calmait et sa résolution se renforçait. Cette fois-ci n'échappa pas à la règle, et les doutes de l'Empereur furent balayés.
- Je vais le faire. Je vais changer le monde, Maman.
Loin de l'agitation qui avait envahi le château impérial et ses environs, trois personnes marchaient sans bruit dans une petite ruelle de Tokyo.
Le plus grand des trois arborait des cheveux épais semblables à des serpents qui dansaient autour de sa figure.
- On est bientôt arrivés ? demanda-t-il sèchement.
Le deuxième homme du groupe, plus petit, chétif, et à la peau moins hâlée, s'empressa de répondre comme s'il craignait de voir son partenaire s'impatienter.
- Bientôt Hannibal. Encore une ou deux minutes de marche. Et essaie de ne tuer personne, s'il te plaît. C'est une mission de reconnaissance, et la discrétion est de mise.
La seule fille du trio acquiesça.
- Oui, même si les soldats de Tokyo ont temporairement vidé les lieux, l'Empereur a encore des agents ici. Sans compter Fuki elle-même… Il serait malvenu de tomber sur un de ses membres.
- Il est onze heures, signala soudain Hector en regardant sa montre.
Et dans un ensemble parfait, les trois ninjas laissèrent un grand sourire s'installer sur leur visage. Le show allait commencer.
- Nagato !
La voix inquiète de Han fit se redresser le meneur de Fuki.
- Qu'y a-t-il Han ?
L'énervement perçait dans sa voix, et pour cause Han avait encore oublié de toquer à la porte avant d'entrer. Une sale habitude…
- Il y a quelque chose d'étrange à la télé, et c'est sur toutes les chaînes…
Les rinnegans s'arrondirent de stupeur et de colère.
- Encore ? Ne me dis pas que Madara nous a renvoyé une bande de macchabées !
- Non, ce n'est pas ça. Apparemment, ce n'est pas une transmission de l'Empire… Viens vite.
Et Han disparut en un éclair.
Nagato ressassa un moment les dernières paroles de son ami. Il était sceptique. Qui serait capable de diffuser un programme non autorisé sur toutes les chaînes ?
Dans un soupir, il fit un signe, et réveilla Tendô.
Lorsque le corps de Tobirama entra dans le salon, plusieurs têtes se tournèrent brièvement vers lui et l'accueillirent d'un signe de tête, avant de reporter leur attention sur la télévision.
Tendô ayant développé une haine farouche à l'égard des chaises ou autres fauteuils, il préféra rester debout pour assister à cet évènement inhabituel.
Un grand triangle rouge occupait toute la largeur de l'écran. Un triangle…
Tout devint clair pour Nagato. Tobirama lui avait appris que le Triangle était un hacker de génie, et ce petit exploit lui ressemblait bien.
Puis le son s'ajouta à l'image, et une voix étrange s'échappa des haut-parleurs. Une voix asexuée, neutre, mécanique. L'auteur du message avait visiblement modifié sa voix en utilisant un logiciel.
- Ce message est adressé à toute la population opprimée du Japon. Japonais, vous vivez dans la peur et l'ignorance depuis bientôt deux ans. Où est passé votre sens de l'honneur ? Des lâches et des couards… Est-ce là l'héritage des samouraïs ? Vos ancêtres doivent se retourner dans leur tombe…
Quoiqu'il en soit, vous risquez bien plus encore, car l'Empereur est le personnage le plus diabolique qui soit, et il a l'intention de tous vous réduire en esclavage !
La voix déformée s'éteignit, puis il y eut un grésillement et elle reprit son exposé.
- Je suppose que vous avez l'habitude d'entendre les résistants de Fuki vous dire ce genre de choses, et que vous n'y croyez pas du tout. C'est pourquoi je vais vous montrer une preuve de ce que j'avance.
Madara abattit un poing rageur sur la table métallique qui lui faisait face. Une multitude d'informaticiens pianotaient sur leurs ordinateurs autour de lui, tandis que les quelques membres de l'Etat-major qui avaient le malheur d'être présent n'en menaient pas large.
- Interrompez immédiatement cette diffusion ! Cette comédie a assez duré bon sang ! s'écria Madara pour la centième fois.
La dizaine d'informaticiens travaillaient fiévreusement à recouvrer le contrôle des médias, sans succès.
- Je ne comprends pas votre Altesse, nous n'arrivons plus à accéder à nos propres données, ni à nous connecter à notre serveur privé. Tous les codes de sécurité ont été changés, et nous n'arrivons même pas à les casser, balbutia un homme en essuyant ses lunettes.
- Mais je vous paye pour quoi, merde ?! hurla Madara en agrippant l'infortuné par le col.
Alors que ce dernier déglutissait avec difficulté, le regard de Madara glissa à nouveau vers le grand écran plasma de la salle, et il constata que le triangle rouge avait disparu, remplacé par une vidéo. L'enregistrement d'une conversation entre Shikaku et lui. La preuve dont le Triangle avait parlé…
Madara pâlit. Cette réunion avait eu dans son bureau, où il n'y avait aucune caméra. Le Triangle était donc allé jusqu'à placer du matériel pour l'espionner.
- Ces salopards se sont introduits dans le palais, au nez et à la barbe de mes sois disants gardes du corps !
Madara se mordit la lèvre en reconnaissant les grandes lignes du dialogue. C'était compromettant, c'était peu de le dire.
« - Le plan Œil de Lune ? Et en quoi consiste ce plan Majesté ?
Madara, les pieds sur son bureau, les yeux mi-clos, répondit d'une voix rêveuse.
- Ce sera ma grande œuvre, Shikaku. Je vais me servir de l'autre Madara pour emprisonner l'humanité dans une illusion éternelle. Tout le monde m'obéira, et l'ordre régnera ! La guerre et le chaos disparaîtront à jamais Shikaku !
Le Nara fronça les sourcils.
- Mais l'humanité sera privée de sa liberté, non ?
- C'est un mal pour un bien, rétorqua l'Empereur. Je créerai un monde parfait pour eux. De la nourriture à profusion pour tous, plus de maladies, bref le paradis ! »
- Voilà ce que votre bien-aimé Empereur cherche à faire depuis son accession au trône. Cet homme n'est qu'un meurtrier. Il a jadis assassiné le chef de son ordre et cherche maintenant le pouvoir absolu ! Ralliez-vous à la résistance, peuple japonais ! Aujourd'hui est le jour de votre réveil, de votre renaissance ! Battez-vous pour votre liberté, pour votre pays, et pour le monde !
- Je ne comprends pas, admit Haku en s'enfonçant dans son fauteuil. Depuis quand le Triangle est-il de notre côté ? Aurais-je raté un épisode ?
Tendô soupira longuement. Les desseins de ce Triangle étaient de plus en plus indéchiffrables.
- Quoiqu'il en soit, ils sont parvenus à faire ce dont nous avons toujours rêvé, intervint Sakura. Avec ça, nous allons enfin rallier la population à notre cause. Je suis certains que les Tokyoïtes vont sortir de leur torpeur.
Sasori était du même avis que la kunoichi.
- Je le pense aussi. Ce Triangle est un homme plein de ressources. En plus d'être un virtuose de l'électronique, il est bon tacticien puisqu'il a joué sur la corde sensible du peuple japonais : la fierté et les ancêtres.
Plein d'enthousiasme, Lee se leva d'un bond.
- Tokyo va se soulever, et l'élu arrive demain ! Croyez-moi, la roue est en train de tourner ! Je vais faire un tour dehors, afin de voir comment la situation évolue.
Le ninja salua ses camarades dans un grand sourire, puis fila.
- Tu es sûr que c'est ici, l'binoclard ? demanda Hannibal à l'homme qui était à sa droite.
Le binoclard en question leva les yeux au ciel, puis répondit d'une voix mesurée.
- Lorsqu'il y a un an, Fuki a dû quitter son premier quartier général, ils n'en possédaient que deux de rechange. Et puisque le premier a été détruit, je suppose que c'est ici qu'ils se cachent.
- Parfait, se réjouit Hannibal.
La première phase de son plan avait été un succès, et Madara devrait bientôt faire face à la colère du peuple qui lui était jusqu'alors assujetti.
Et une fois qu'il aurait acquis la certitude absolue que Fuki se trouvait ici, il pourrait passer à la deuxième étape…
En repensant à la vidéo qu'ils venaient de diffuser, Hannibal coula un regard vers Hector.
Comme quoi, ce geek à lunettes pouvait être utile. Depuis qu'il avait mis la main sur les données de Fuki et piraté le système de l'Empire, ils pouvaient faire tout ce dont ils avaient envie.
Cependant, ce dont il avait envie, là maintenant, c'était de sang. Du sang bien frais, accompagné des cris de douleur de la victime, qui prenait conscience avec effroi que sa vie arrivait à son terme.
Lydia reconnut la lueur étrange dans les yeux de son ami, et fit un signe de tête à l'adresse d'Hector.
- Je pense qu'on devrait y aller maintenant. Si Hannibal tue quelqu'un à côté de leur QG, ils vont se douter de quelque chose…
Hannibal fit volte-face en entendant la remarque de Lydia.
- Qu'est-ce que j'entends ? Depuis quand est-ce toi qui commandes ma chère Lydia ?
L'atmosphère devenait de plus en plus électrique, et Hector prit la parole avant que ça ne dégénère.
- Hannibal, tu es notre chef et nous suivrons tes ordres, tu le sais très bien. Lydia te donnait juste un conseil.
Hannibal sourit.
- Un conseil, oui, et plutôt sensé !
Hector acquiesça, soulagé que son compagnon se calme aussi vite.
- Mais depuis quand suis-je quelqu'un de sensé ? Au diable la raison et la logique… ricana ensuite Hannibal, au grand dam de ses deux amis.
Soudain, le Triangle sentit une puissante aura, et tous les trois se tournèrent vers le nouvel arrivant. Un ninja de Fuki qui venait de sortir du bâtiment et s'engageait à présent dans la ruelle où ils se trouvaient.
Les ninjas du Triangle n'avaient plus le temps de se cacher, et ils virent le résistant piler devant eux.
- Vous ! s'exclama Rock Lee, une expression de surprise sur le visage.
Un an auparavant
- Bonjour, nous sommes bien au quartier général de Fuki ?
Han resta un moment interdit, fixant tour à tour les membres du groupe d'adolescents qui se tenaient sur le palier.
- Je vous demande pardon ?
- Fuki. Liberté. Le dernier rempart contre l'ignoble dictateur Madara, bla bla bla. C'est bien ça non ? ricana Hannibal en se tournant à demi vers Hector et Lydia.
Lydia hocha la tête tandis qu'Hector se contentait d'observer Han.
- Vous faites erreur, monsieur. Vous êtes au siège de la SIFO, une entreprise d'import-export de matériel informatique. Nous n'avons absolument rien avoir avec ces rebelles, dit finalement Han d'une voix assurée.
Hannibal eut un sourire narquois.
- Informatique, hein… Hector ?
L'interpellé sortit un gadget électronique de sa poche, pianota quelques instants sur un clavier, puis toussota :
- SIFO n'est pas une entreprise d'informatique, c'est une couverture. J'ai ici le détail de leurs activités, et rien. Le néant, aucune transaction. Etrange pour une entreprise d'import-export…
- Je… C'est-à-dire qu'il s'agit d'une firme tout à fait récente et…
- A d'autres, le coupa Hannibal. Nous n'avons que faire de tes boniments.
Le métis secoua la tête, faisant danser ses dreadlocks sur sa tête.
- Très bien, nous partons. Je dirai aux impériaux qu'ils ne trouveront pas Fuki à cette adresse…
Décontenancé par le volte-face de l'américain, Han eut quelques secondes de latence.
- Attendez ! Vous ne pouvez pas faire ça !
Hannibal pila. Il jubilait. Manipuler ce type avait été un jeu d'enfant.
- Vraiment ? Et pourquoi donc ? fit-il sur un ton innocent.
- Ça suffit, claqua une nouvelle voix.
Hannibal se retourna et détailla le nouvel arrivant. Des cheveux noirs, un visage sublime, une expression pleine de suffisance.
« Uchiha » conclut Hannibal en reprenant la parole.
- Uchiha Sasuke je présume… Je vous en conjure, calmez-vous. Nous ne sommes pas ici pour vous dénoncer. Nous voulons vous rejoindre. Rejoindre la résistance pour que le Japon soit à nouveau libre.
Sasuke haussa un sourcil, puis balaya le trio du regard.
- Vous n'êtes pas japonais, que faites-vous ici ?
- Comme beaucoup de vos membres, nous avons décidé de venir au Japon une fois que nos pouvoirs se sont déclarés, expliqua Hector.
Sasuke plissa les yeux.
- Etant étrangers, je suppose que vous n'avez que faire du Japon. Et vous voulez pourtant le délivrer du mal qui l'oppresse… Est-ce de la noblesse ?
Hannibal éclata de rire.
- Je reconnais bien là un Uchiha. Quelle perspicacité !
Une fois calmé, le chef de la bande se confessa.
- Je l'avoue, nous n'avons que faire du Japon. Mais nous avons appris que ce Madara envisageait de plonger le monde entier dans une illusion éternelle, et c'est hors de question. Qui plus est, mes deux amis ici présents n'ont découvert leurs pouvoirs que très récemment, et ils auront besoin de professeurs.
Sasuke les sonda longtemps, puis leur fit signe d'entrer.
- Vous êtes en effet au quartier général de Fuki. Cependant, si vous passez cette porte, vous ne pourrez pas revenir en arrière. Personne ne peut quitter Fuki, le danger d'être trahis serait trop grand. Nous vivons ensemble, nous combattons ensemble, nous mourrons ensemble.
Le trio échangea des regards de connivence.
- Ça nous va, répondit finalement Hannibal.
Sous la houlette de Sasuke, le trio fit rapidement le tour des installations, bien que Hector s'attarda plus que nécessaire devant les ordinateurs que contenait la salle de surveillance.
Une fois la visite des locaux achevée, Sasuke les guida vers l'unique salle d'entraînement que contenait le bâtiment et les toisa en croisant les bras.
- Et voilà. Il est déjà sept heures du soir, mais l'entraînement n'attend pas. Après tout, vous serez constamment exposés au danger en temps que membres de Fuki, et il va falloir que vous appreniez à maîtriser vos pouvoirs le plus rapidement possible.
- Je connais déjà les bases, mais ce n'est pas le cas de mes deux camarades, rétorqua Hannibal en passant une main dans ses cheveux. Il va falloir leur apprendre à percevoir leur flux de chakra et toutes ces conneries…
Un sourire fugace passa sur le visage de l'Uchiha. Il se rappelait ses premiers entraînements avec son frère. Le contrôle du chakra avait effectivement constitué la première étape de son apprentissage.
- Tout à fait, Hannibal. Sakura s'occupera de tes deux amis. Quant à toi, Lee va s'occuper de jauger ton niveau.
Un ricanement inaudible s'échappa des lèvres d'Hannibal. Et voilà qu'on lui refilait le tocard incapable d'utiliser le Ninjutsu.
- Ce serait un honneur, mais je préférais affronter Hinata Hyûga, si c'était possible. Je ne me débrouille pas mal au Taijutsu, et j'ai toujours rêvé d'affronter le poing souple.
Sasuke le fixa quelques instants, puis haussa les épaules.
- Comme tu voudras. Je vais lui demander, mais je pense qu'elle n'y verra pas d'inconvénients.
Tout sourire, Hannibal fit une sorte de courbette à l'adresse de l'Uchiha.
- Mille mercis, sempai. Au fait, je me demandais… N'y avait-il pas un autre Hyûga dans votre… je veux dire dans notre organisation ?
- Neji Hyûga est parti en Corée pour épauler Haku et Shino. Il revient dans deux jours.
Une fois Sasuke parti, Hannibal se tourna vers les deux autres et murmura :
- Pas de caméras ?
- Non, glissa Hector. Il n'y en a qu'à l'extérieur.
Hannibal nota l'information, puis éclata de rire.
- C'est parfait. L'absence de Neji rendra notre plan encore plus facile que prévu. Etant donné que j'occuperai la Hyûga, tu auras tout le champ libre pour agir, Hector.
Le grec acquiesça.
- Neutraliser le Byakugan est un bon plan, mais tu devras faire attention Hannibal… Si jamais la Hyûga parvient à te toucher…
- Ça n'arrivera pas, l'assura l'américain.
- Quoiqu'il en soit, je vais bien m'emmerder à travailler les bases… Comme si je ne les avais pas, marmonna Lydia en lui jetant un regard noir.
- C'est une question de sécurité, répliqua Hannibal. Vous connaissez peut-être les bases, mais vous êtes encore ridiculement faibles comparés au ninjas de Fuki. Et si jamais vous étiez touchés, tout notre plan serait compromis. Un exercice merdique comme le contrôle du chakra comporte beaucoup moins de risques qu'un échange de coups avec Sakura…
Hannibal se frotta les mains.
- On dirait bien que la chance nous sourit enfin ! Dans quelques heures, nous auront volé toutes les données de Fuki, et nous pourrons nous entraîner loin d'ici. Plutôt mourir que de faire partie de cette bande de tanches, et vivre dans un taudis comme celui-ci !
- Alors vous n'avez vraiment aucunes bases ? soupira une Sakura abattue.
Hector et Lydia échangèrent un regard.
- Non, avoua la fille d'une petite voix.
- De vrais loosers, ricana Hannibal en aparté.
Sakura emmena les deux apprentis shinobis au fond de la salle, et Hannibal s'assit en tailleur pour attendre. Pensifs, ses yeux s'aventurèrent sur les murs de la salle, le parquet du sol, avant de se poser sur Sakura. C'est alors qu' Hannibal ressentit un picotement au bout de ses doigts. Une sensation à laquelle il était accoutumé…
« Merde… » pensa Hannibal. « Je ne peux pas me le permettre maintenant. »
L'Américain se mordit les lèvres pour réfréner son envie de meurtre. Une idée monstrueuse envahissait peu à peu son esprit, à tel point qu'il en oublierait bientôt le plan. La tuer. Teindre le sol de son sang écarlate et enfin retrouver la paix.
Hannibal sortit un canif de sa poche et le contempla d'un air absent. Il n'y avait que la douleur pour l'emporter sur ce désir morbide. D'ordinaire, il enfonçait la courte lame dans sa main ou son avant-bras, et les pulsions meurtrières le quittaient au fur et à mesure que son sang s'écoulait. Néanmoins, il ne pouvait se le permettre aujourd'hui, car la moindre blessure ruinerait son plan.
Rassemblant toute sa volonté, le jeune homme rangea le couteau et ferma les yeux.
- Salut ! fit une voix sonore.
Hannibal rouvrit les yeux, dans lesquels la lueur de folie avait temporairement disparu.
- Rebonjour Hinata-san. J'aimerais beaucoup que vous combattiez contre moi.
- C'est ce que j'ai cru comprendre, sourit Hinata, flattée.
La Hyûga était déjà en tenue, et elle se mit immédiatement en garde, la paume droite dressée vers le ciel.
- Je t'attends.
Hannibal se leva d'un bond et écarta le rideau de dreadlocks qui lui barrait le visage pour regarder son adversaire. Ils n'avaient pas encore échangé le moindre coup, mais il savait déjà qu'elle était redoutable. Cette garde était sans faille, et offrait de multiples possibilités de contre-attaque. Hannibal savait qu'il n'avait pas le niveau pour la vaincre dans un duel de Taijutsu, mais il devait au moins résister quelques minutes.
Le combat commença sans signes avant-coureurs. Ce fut Hinata qui s'élança la paume en avant, mais elle ne brassa que de l'air. Hannibal avait déjà disparu.
Elle pivota à une vitesse hallucinante pour bloquer le coup de l'Américain.
- Hé ! Tu es moins mauvais que je ne le pensais.
- Si c'est un compliment, merci, répondit Hannibal sur son ton ironique habituel.
Et la lutte continua à un rythme soutenu.
Pendant ce temps, Sakura observait les efforts de ses deux élèves du jour, rouges comme des tomates sous la concentration.
Soudain, le visage d'Hector s'éclaira.
- Je crois que j'y suis arrivé !
- Déjà ? Très bien ! Maintenant, concentre ton chakra sur tes pieds et essaie de marcher sur le mur.
Hector s'exécuta, et, un petit bond plus tard, il adhérait parfaitement à la surface.
- Impossible… murmura Sakura.
Hector l'avait fait du premier coup… Une performance que seul Itachi avait été en mesure de réaliser. Ce Hector serait donc du même acabit ?
- C'est bon ? lui parvint la voix du grec.
Sakura donna son assentiment, et Hector atterrit souplement sur le sol.
- Euh… Puisque j'ai terminé l'exercice, est-ce que je pourrais aller aux toilettes ? Une envie pressante, se justifia Hector en rougissant légèrement.
- Bien entendu. Tu sais où ils sont ?
- Oui, je les ai vus lors de la visite.
Et sans plus attendre, le grec quitta la salle, non sans avoir fait un clin d'œil à l'autre garçon du trio.
Hannibal ne put s'empêcher de sourire. Tout se passait à merveille. C'était presque trop beau.
Cet instant de déconcentration faillit lui être fatal, puisque la paume de la Hyûga frôla sa poitrine.
« Je dois l'occuper jusqu'à ce que le geek revienne » répéta Hannibal en son for intérieur.
Si jamais le Byakugan se promenait et voyait où Hector se rendait, ils étaient foutus.
Pendant qu'Hannibal se battait bec et ongle contre la kunoichi, Hector gravissait les marches de l'escalier menant au deuxième étage. Et vers la salle des ordinateurs…
En chemin, il eut la mauvaise surprise de croiser un résistant en la personne de Sasori.
Celui-ci plissa les yeux, un poil méfiant.
- Qu'est-ce que tu fais ici ? Tu ne devais pas t'entraîner avec Sakura ?
- Si si, répondit précipitamment Hector. Je me rends juste aux toilettes. Je sais qu'il y en a au fond de ce couloir.
- Il y en a aussi juste à côté de la salle d'entraînement, lui rappela Sasori en haussant un sourcil.
L'expression de sincère surprise persuada Sasori des bonnes intentions de la nouvelle recrue. S'il ne disait pas la vérité, c'était un très bon acteur.
Malheureusement pour le marionnettiste, la deuxième possibilité était la bonne. Hector avait eu un mois pour peaufiner le plan, et avait longuement travaillé son jeu d'acteur pour faire face à ce type de problèmes.
Une fois Sasori parti, Hector reprit sa route et fut bientôt devant la salle des ordinateurs, qui contenait aussi des écrans de surveillance. Et comme prévu, la salle n'était pas vide.
Hector jeta un regard noir à Han en composant les signes d'un jutsu de transformation. Heureusement, ce dernier ne possédait pas le Sharingan et ne pourrait par conséquent pas le démasquer, mais il demeurait gênant.
- Henge no jutsu… (justu de transformation)
- Tiens ? Tu es déjà de retour Sasori ? Je croyais que tu ne revenais que dans une heure…
Hector garda son aplomb devant Han et répondit d'une voix froide :
- J'ai changé d'avis.
Comme l'avait deviné Hector, Sasori semblait plus accoutumé à donner des ordres qu'à en recevoir, et Han ne chercha pas à discuter.
Hector s'assit devant un ordinateur, non sans s'être auparavant assuré que le jinchuuriki de Gobi ne puisse pas voir son écran.
Un soupir d'aise franchit ses lèvres lorsqu'il vit l'écran s'allumer. Ces deux heures sans ordinateur s'étaient révélées presque insoutenables.
Hector craqua le mot de passe de session en une poignée de secondes, puis enfonça une clé USB dans le port prévu à cet effet.
Lorsque Hector apparut dans l'embrasure de la porte en levant le pouce, Hannibal soupira de soulagement. Echapper à la Hyûga avait été un véritable calvaire. Mais ce calvaire touchait enfin à sa fin.
L'Américain sauta en arrière, puis leva les bras en signe d'apaisement.
- Je me rends, Hinata-san. Et je vous remercie pour ce combat, c'était très instructif.
- Je t'en prie. Tu as un très bon niveau au Taijutsu, mais je pense que tu restes un peu trop sur la défensive.
Hannibal la remercia à nouveau, puis la kunoichi quitta la pièce.
L'homme aux dreadlocks se tourna ensuite vers Hector, qui comprit le message.
- Euh… Sakura-san ? J'avais complètement oublié de vous le dire, mais Han-san a quelque chose à vous dire. Il vous attend au deuxième étage.
La jeune ninja lui décocha un sourire en coin.
- Alors comme ça ce crétin t'utilise comme coursier ? Tu ne dois pas te laisser faire, voyons !
Hector se contenta de sourire, puis Sakura quitta la pièce à son tour.
- Ne bougez pas d'ici, je reviens tout de suite ! s'écria-t-elle en partant.
Les secondes s'égrenèrent, puis Hannibal éclata subitement d'un rire machiavélique.
- Quelle bande d'imbéciles. Tu as les données ?
- Tout à fait, lui confirma Hector en brandissant la clé USB. Les codes étant tellement simples à casser que j'ai failli exploser de rire devant mon PC. Pour ce qui est du contenu, tu avais raison. Il y a des milliers de jutsus là-dessus.
- Je m'en doutais, fit un Hannibal content de lui. J'étais sûr qu'Amaterasu avait une copie des textes de la grotte, en cas de coup dur.
- Il y a aussi des données sur Fuki, tel que l'emplacement de leurs QG de secours, la liste des membres et j'en passe, glissa Hector.
Lydia sourit à son tour, puis s'enquit d'une voix fatiguée :
- Bon, on se casse ?
Hannibal acquiesça, et tendit la main vers Hector, qui lui lança la clé USB.
Il posa ensuite son autre main sur le parquet et ouvrit la bouche.
Mais avant même qu'il ait pu prononcer un seul mot, la porte de la salle s'ouvrit, et quatre personnes s'introduirent à l'intérieur.
Le trio put reconnaître Hinata, Lee, Han et Sasuke.
- Qu'est-ce que c'est que ces conneries ? rugit l'Uchiha à brûle-pourpoint en fusillant Hector du regard.
- Désolé, ricana Hector. Nous avions besoin d'être seuls un moment, et c'est tout ce que j'ai trouvé pour éloigner Sakura.
- Être seuls pour quoi ? demanda un Han suspicieux.
Hannibal lui répondit d'une voix atone.
- Ça.
Et dans une explosion de fumée, la clé USB disparut.
- Invocation inversée, expliqua Hannibal en passant une main dans ses cheveux.
Furieux, Sasuke fondit sur l'Américain et le plaqua contre le mur du fond.
- Qu'y avait-il sur cette clé ? Et où l'as-tu envoyée ? tempêta-t-il.
Mais bien que la situation s'envenimât, Hannibal ne se départait pas de son sourire.
- Je l'ai envoyée à notre propre quartier général, où elle attend sagement notre retour. Quant à son contenu, je vous laisse imaginer…
Sasuke blêmit. Ils n'avaient quand même pas fait main basse sur leurs données privées…
- Impossible, je n'ai pas quitté la salle et je n'ai vu personne, chuchota Han qui semblait savoir à quoi son ami pensait.
Un poil rassuré, Sasuke reposa Hannibal.
- Je ne sais pas à quoi vous jouez, mais vous allez mourir ici. Nous détestons les espions dans votre genre.
Hannibal se sourit plus encore.
- Nous tuer ? J'en doute fort ! Voyez-vous, nous avons menti sur quelques petites choses.
Premièrement, mes deux compagnons connaissent les bases du Ninjutsu, car je les leur ai enseignées. Deuxièmement, nous n'avons jamais voulu faire partie de votre ordre. Nous préférons nous entraîner tranquillement de notre côté, sans être obligés de vivre comme des voleurs.
Hinata serra les poings, et Hannibal décida de mettre fin à cette mascarade.
- Mes chers amis, tout ninja a sa spécialité. Lee et Hinata, c'est le Taijutsu, Han et Sasuke le Ninjutsu. Et bien moi, c'est le clonage. J'ai mis au point une technique de clonage plus puissante encore que le Kage Bunshin. Un clone plus vrai que nature, que même un maître du Sharingan ou du Byakugan ne pourrait pas discerner du vrai.
Hannibal eut un rire mauvais.
- Et j'ai appris cette technique à ces deux-là. Ils ont encore beaucoup à apprendre, mais ils ont du potentiel.
Han fronça les sourcils.
- Tu veux dire que…
- Bingo ! Nous sommes des clones, révéla Hannibal en éclatant de rire. Notre plan avait une seule faille : si l'un de nous était blessé, le clone aurait disparu et notre ruse aurait été éventée. Mais ce n'est pas arrivé.
Sasuke força sur son Sharingan à s'en abîmer les yeux, mais il ne pouvait distinguer aucune différence dans la circulation du chakra. L'illusion était parfaite.
Hannibal savoura l'air dépité de l'Uchiha, puis joignit ses mains.
- Ah oui une dernière chose : Je suis la réincarnation de Konohamaru et mes deux compagnons ici présents sont les réincarnations d'Udon et Moegi. Sur ce, à plus !
Et le Triangle s'envola dans un nuage de fumée.
- Mais si ce n'est pas ce cher Lee… ricana Hannibal. Quelle chance ! J'avais justement envie de tuer quelqu'un…
Le maître du Taijutsu regarda tour à tour les membres du trio.
- Je vois… Le Triangle, c'était vous…
- Et c'est un rapide, en plus ! se moqua Hannibal. Nous sommes effectivement les trois points du Triangle. La clé USB contenait des informations sur vous, et nous en avons donné une partie à Madara.
Lee intégra l'information, puis regarda l'Américain dans les yeux.
- Je ne vous comprends pas. Vous livrez des informations à Madara, puis vous provoquer une rébellion contre lui. Quel est votre but à la fin ?!
Hannibal prit son temps pour répondre.
- Le chaos.
Lee haussa un sourcil.
- Je te demande pardon ?
- En donnant des informations à l'Empereur, je voulais faire naître le chaos dans votre organisation, et précipiter le conflit entre vous et l'Empire, afin d'aboutir au chaos. Au chaos et au sang !
Lee secoua la tête.
- En fait, tu es vraiment atteint… Et qu'en est-il de cette émission ?
- Disons qu'il s'agit de la première étape de mon plan final. En soulevant la populace, l'Empire tombera et ce sera la guerre civile puisque Madara a réuni tous les pouvoirs.
La deuxième étape… est celle de votre destruction. Je compte révéler à Madara l'emplacement de votre planque. Et cette fois-ci, vous n'en réchapperez pas.
Lee baissa la tête. Lui vivant, il ne le laisserait pas faire. Plutôt mourir que de voir le même scénario se répéter. Shino était mort. Il n'y aurait pas d'autre perte, c'était hors de question.
- C'est étrange… fit soudain remarquer Lee. Toi qui fais l'apologie du chaos et de l'anarchie, tu suis rigoureusement les étapes d'un plan.
Le chef du Triangle sortit son couteau de sa poche et commença à se mutiler la main, à la grande surprise d'un Lee déboussolé.
- Mon cher Lee, l'ordre est nécessaire pour créer le désordre.
- Une phrase vide de sens, rétorqua Lee en retroussant ses manches, sentant l'heure du combat arriver. Et qu'en est-il de Fuki ? Pourquoi vouloir la détruire ?
- Tu n'as toujours pas compris ? demanda Hannibal, amusé. Fuki est obsolète. Une fois Madara renversé et une ère de chaos instaurée, votre fichue organisation ne sera qu'un obstacle à l'immense et savoureux bordel que ça va provoquer.
- Tu es un être illogique, Konohamaru, martela Lee.
- Mon nom est Hannibal. J'ai reçu les pouvoirs de ce crétin, pas question de me coltiner son nom en prime.
Tous d'eux s'affrontèrent un instant du regard, puis Lee avança vers ses trois adversaires.
- J'ai hâte de voir à quel point vous avez progressé…
- Vous ne serez pas déçu, sempai, railla Hannibal.
D'un geste de leur meneur, les membres du Triangle se positionnèrent autour de Lee, de manière à former un triangle équilatéral parfait autour de leur ennemi.
Le piège du Triangle s'était refermé sur Lee.
- Tu m'as l'air bien guilleret ce soir. De bonnes nouvelles ?
L'élu se tourna vers son ami et lui sourit.
- On peut dire ça. Il n'y avait pas de taupe chez Fuki, le Triangle était quelqu'un de l'extérieur. Trois personnes pour être précis.
- C'est une bonne nouvelle, en effet, se réjouit l'autre en tripotant son capuchon noir. Et ils sont dangereux ?
- L'un d'eux tout particulièrement. Il n'est pas si puissant, mais il émane de lui une aura particulièrement sombre et meurtrière. Une aura de sang.
- Brrr… Et au fait, comment sais-tu tout ça ? Tes petits messagers ? sourit l'homme habillé de noir en s'asseyant sur le seul lit de la chambre.
- Non, pas cette fois. J'ai utilisé ma transe.
- Ah oui ce truc… Vachement craignos en passant. Enfin bon si ça marche…
- J'ai aussi beaucoup réfléchi aujourd'hui. A propos de la nature de nos pouvoirs.
- Un sujet d'importance capitale, se gaussa son compagnon.
L'élu fronça les sourcils.
- J'aimerais vraiment aider mes amis, mais je n'en ai pas le droit pour l'instant. Alors je fais ce que je peux pour m'occuper, tu comprends ?
- Bien sûr, bien sûr, le tempéra l'homme en noir. Continue.
- J'ai récemment appris que mes pouvoirs seraient amoindris après le passage du portail, et j'ai fini par trouver la vraie raison à cela. Notre monde est plus chargé en chakra que celui de Naruto.
Devant l'air de complète incompréhension affiché par son ami, l'élu soupira.
- La concentration de chakra est plus importante dans notre monde. Et pour cette raison, utiliser notre chakra est beaucoup plus facile chez nous.
- Ça expliquerait pas mal de choses, reconnut l'homme en noir. Après tout, utiliser le Suiton loin d'un point d'eau ne t'a jamais vraiment fatigué, et les combats de notre monde sont biens plus riches en jutsus…
- Exactement. J'ignore cependant la raison de tout ça, si tant est qu'il y en ai une…
- Et même s'il y en a une, on s'en fout, résuma l'homme en noir en s'affalant sur le lit de son ami.
* Ichigo signifie fraise : comme les sept épéistes, Seimusou a donc un nom de fruit dans son nom de famille.
