Colinou : n'est-ce pas ? ^^

Julie : ça fait plaisir de te revoir par ici ! Pour Gwen, elle en est à 3 mois après l'accouchement puisqu'on est début avril. Donc en principe, oui, elle est remise, même si c'est clair qu'elle n'a rien d'une petite nature ;). Après, je trouve que sa décision d'aller en Nouvelle Zélande suit bien son caractère, elle a toujours prouvé qu'elle pouvait être à la fois très famille et très impliquée du côté travail et prises de décisions. Pour les problèmes de Merlin avec Emrys, il en avait un peu parlé à Arthur lors de leur dernier cafouillage, donc Arthur est quand même un peu au courant.

Laure Marez : chaque couple est différent mais dans beaucoup de couples gays la fidélité physique n'est pas si importante et c'est la fidélité du coeur qui compte. La notion de couple ouvert est aussi beaucoup plus répandue que chez les hétéros. Après ça ne s'applique pas forcément à cette histoire parce que je ne considère pas vraiment Arthur et Merlin comme un couple.

Lyra : à propos de Gauvain, tu pourrais te tromper sur ce coup-là. Mordred est avec Lancelot, Elyan et Léon chez Perceval et Rosalie. Il joue avec les enfants ! Arthur est compliqué. Il faut bien que je mette un peu de suspense dans le fil du récit. Tu en verras plus sur Morgane dans le prochain , ils sont déjà allés à l'opéra. Je pense que j'en parlerai un peu ^^

Vinie65 : Bon courage avec tes jumeaux ! Tu es bien courageuse ! Merci pour ton com ;). Je crois que beaucoup se sont dit la même chose pour Gauvain mais tu sais que j'aime vous prendre par surprise ^^

Toundra95 : ta supposition se tenait, ça aurait aussi pu être ça ;) sauf qu'en fait, il n'y a qu'une seule personne qui rende Emrys complètement dingue ^^. Merlin et Gwen sont toujours aussi complices. De ce point de vue-là, ils sont les meilleurs amis. D'ailleurs, si en magie, Merlin est très proche de Morgane, pour tout ce qui touche au coeur, c'est toujours vers Gwen qu'il va ^^.

Bon ! Eh bien mes enfants c'est un slash ^^. Mais il y a plein d'autres choses entrelacées dedans donc je propose aux non-slasheurs de lire jusqu'à la dernière partie (où les choses deviennent plus sérieuses) histoire de suivre du côté magie. Sur ce chapitre, un long arc se referme, et on peut dire que le point d'équilibre est atteint ;). Bonne lecture. J'attends vos retours !

CHAPITRE 52

-Que faisons-nous là ? demanda Merlin, étonné quand Gauvain arrêta la voiture devant la Fondation Rêve.

-Que sont supposés faire de bons compagnons quand ils ont une petite heure à perdre ? rétorqua le chevalier, avec un sourire en coin.

Face aux regards blancs d'Arthur et Merlin, qui le fixaient sans rien dire, visiblement oublieux des règles élémentaires de savoir-vivre, Gauvain roula des yeux théâtralement pour leur signifier qu'ils étaient des cas désespérés.

-Aller à la Taverne, bien sûr, s'exclama-t-il joyeusement, en coupant le contact. Ce n'est pas pour rien, si j'ai demandé à donner ce nom-là à cet endroit. En mémoire du sanctuaire de la bière, où nous nous sommes rencontrés jadis. Vu vos têtes aujourd'hui, j'ai décidé de vous préparer une petite pré-inauguration en comité restreint.

Un silence de plomb lui répondit.

-Un "Merci Gauvain" enjoué et rieur ne serait pas de refus, dit-il, d'un ton désappointé. Allez, venez, par ici !

Il quitta la voiture, les invitant à le suivre d'un geste de la main. Arthur et Merlin échangèrent un rapide regard, puis, détournant les yeux, sortirent à leur tour du véhicule, chacun de leur côté. Ils emboîtèrent le pas à Gauvain qui les devançait alertement, visiblement enchanté de leur avoir préparé un coup pareil.

-Il y a déjà de quoi boire à l'intérieur ? s'étonna Arthur, incrédule, alors que le chevalier s'arrêtait à hauteur de la vitrine du bar-restaurant pour en ouvrir les stores.

-J'ai vraiment travaillé dur pour que l'approvisionnement puisse se faire rapidement, répondit Gauvain. Tout n'y est pas encore, bien sûr; mais nous avons largement de quoi faire en ce qui concerne le whisky.

-Il est dix heures du matin, protesta Merlin. Ne crois-tu pas que ce soit un peu tôt pour le whisky ?

-Si aujourd'hui était un jour comme les autres, je te répondrais oui. Mais ce n'en est pas un, alors vous allez tous les deux venir boire un coup sans discuter. Aucun désistement de dernière minute ne sera accepté, dit joyeusement Gauvain, alors que les stores se soulevaient.

L'intérieur était à moitié aménagé; la partie restaurant était encore en chantier; avec les tables, et les chaises empilées dans un coin, et les objets de décoration à demi déballés qui attendaient d'être accrochés aux murs. Mais le bar qui trônait dans la partie pub étincelait, avec les hauts tabourets installés devant le comptoir, et les étagères vitrées en arrière-plan, toutes remplies de bouteilles d'alcool. On se serait cru à l'intérieur d'un établissement Irlandais; mais évidemment, ce n'était pas quelque chose à dire à un fervent défenseur de l'Ecosse. Gauvain noua autour de sa taille le tablier noir orné d'un "Bienvenue à la maison" qui était ni plus ni moins que son uniforme de gérant, et se retourna vers eux, les bras grands ouverts, en s'exclamant :

-Ta-daaaaaaa !

Ses grands yeux bruns pétillaient de fierté et de joie.

-Ce poste était fait pour toi, nota Arthur, avec un sourire chaleureux. Tu as raison; ça me rappelle le bon vieux temps. Quand nous allions à la taverne après une bonne partie de chasse.

-Je détestais la chasse, dit Merlin, horrifié.

-Bien sûr que tu détestais ça, répondit Arthur en haussant un sourcil. Pourquoi crois-tu donc que nous n'attrapions jamais rien à moins d'être en train de mourir de faim ? J'ai laissé tout le royaume de Camelot s'esclaffer sur mes piètres talents de chasseur pendant des années parce que tu étais l'ami des animaux, et que je trouvais ça...

Arthur se tut et baissa les yeux. Quand il les releva, Merlin souriait légèrement face à lui. Ils avaient déjà eu cette conversation. Bien des années auparavant.

-Attrapez-moi ça ! s'exclama Gauvain, qui venait de leur verser deux verres plein à ras bord.

Il les leur fit glisser en travers du comptoir, les obligeant à réagir rapidement pour ne pas les laisser se fracasser par-terre.

-C'est un whisky de vingt ans d'âge; un vrai délice, dit Gauvain, en portant son verre à ses lèvres.

Arthur but, et faillit s'étouffer. A côté de lui, il entendit Merlin tousser. Arthur se pencha vers le magicien pour lui glisser à l'oreille :

-Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai comme l'impression qu'il essaie de nous soûler.

-Est-ce que ce serait vraiment une si mauvaise chose ? lui répondit Merlin.

Arthur lui adressa un regard qui signifiait plus ou moins : Etant-donné-ce-dont-tu-es-capable-sobre-je-n'ose-pas-ce-que-ça-pourrait-donner-une-fois-soûl. Merlin s'empourpra. Il aurait du être illégal de pouvoir lire si facilement dans les yeux de qui que ce soit.

Mais Gauvain ne faisait pas mine de remplir leurs verres pour une deuxième tournée. Au lieu de cela, il les regardait, les coudes appuyés sur le comptoir, avec une sorte de perspicacité bienveillante dans les yeux.

-Vous savez quoi, les gars , dit-il, d'un ton dégagé. L'autre jour, j'étais en train de réfléchir...

Arthur arqua un sourcil ironique, comme s'il remettait en question cette capacité.

-Ca m'arrive vraiment de temps à autre, princesse, dit Gauvain, avec un petit sourire aux lèvres.

-Vraiment ? fit Arthur, sceptique.

-A quoi réfléchissais-tu ? lui demanda Merlin.

-Au bon vieux temps; à notre équipée en France; en Afrique du Nord; et à Rome... Je me disais que c'était un des moments les plus heureux de mes deux vies. Parce que j'étais avec vous, dit Gauvain, du fond du coeur. Courage, Force et Magie. Le trio infernal...

Merlin, et Arthur esquissèrent un sourire. Gauvain était étrangement sérieux, à présent.

-Vous êtes mes deux meilleurs amis. Et même si vous pensez probablement que je ne suis qu'un joyeux drille, tout juste bon à faire le pitre et à provoquer des bagarres...

-Je ne pense pas ça, promit Merlin.

-C'est sans doute vrai, certaines fois, reconnut le chevalier. Mais je suis avant tout votre ange gardien, à tous les deux, à chaque fois que ce sera nécessaire. Et quelqu'un que nous connaissons tous les trois le sait très bien.

Merlin et Arthur le dévisagèrent avec stupéfaction.

-C'est Gwen qui m'a demandé de vous amener ici, dit Gauvain. Comme à la vieille époque, elle pensait que vous pourriez peut-être avoir besoin de moi. Elle dit que vous traversez une mauvaise passe tous les deux. Alors j'ai pensé qu'un petit verre de whisky serait nécessaire pour vous donner du coeur au ventre avant d'y faire face. Maintenant, vous allez écouter ce que j'ai à vous dire. Parce que c'est important. Je ne vais pas y passer trois heures, rassurez-vous. Je sais que vous avez mieux à faire que de rester là en ma compagnie. Je ne sais pas ce qui vous arrive au juste. Pourquoi vous faites ces têtes d'enterrement. Pourquoi vous évitez de vous regardez dans les yeux. Pourquoi vous ne rigolez pas à mes blagues.

L'ombre d'un sourire vint naître sur les visages de ses auditeurs alors qu'il enchaînait :

-Enfin, j'ai peut-être une idée sur la réponse à cette question-là. Mais passons. Quelles que soient les épreuves que vous traversez, vous devez vous souvenir que vous ne valez rien quand vous n'êtes pas ensemble. Je le sais; je l'ai vu, à Camelot. Et je ne veux plus jamais revoir ça. Parce que la plus grande des magies d'Albion, c'est celle qui vous relie, mes amis. Vous avez quelque chose, que la plupart des gens tueraient pour connaître, au moins une fois dans leur vie. Et vous vous devez d'honorer ça. Ce n'est pas n'importe qui, qui se dresserait devant le fouet d'un marchand d'esclaves pour l'empêcher de claquer en l'enroulant autour de son bras. Ce n'est pas n'importe qui, qui bondirait devant des esprits meurtriers pour les empêcher de frapper quitte à être gelé à mort. Une histoire comme la vôtre; une histoire longue de plus de deux mille ans, pour laquelle tout Avalon a été mis sans-dessus-dessous, grâce laquelle nous avons tous eu le droit à cette autre vie; à cette autre chance; qui a fait revenir la magie; qui a créé cet endroit; ce n'est pas une histoire que vous avez le droit de gâcher. Alors quels que soient les griefs que vous avez l'un contre l'autre. Laissez-les. Juste... oubliez-les. Parce qu'ils n'ont aucune importance.

Merlin et Arthur s'étaient retournés l'un vers l'autre pendant que Gauvain parlait, et, à présent, ils se regardaient. Ces paroles touchaient quelque chose en eux, quelque chose de vrai, de profond.

-Certaines fois, les choses peuvent être... plus compliquées qu'elles n'y paraissent, au premier abord, articula Merlin.

-Certaines fois, les gens peuvent être... plus perspicaces que ce que leurs amis tendent à penser, au premier abord, répondit Arthur.

-Tu es furieux contre moi.

-Tu n'as aucune idée de ce que je ressens.

-Bien sûr qu'il le sait ! s'exclama Gauvain. Tu l'aimes. Ca tombe bien, il t'aime aussi ! Moi aussi, je vous aime. Tout le monde s'aime. Tout le monde, aussi, fait des conneries de temps à autre. Ce n'est pas une raison pour s'en vouloir à tout jamais. Alors serrez-vous dans les bras, qu'on en finisse.

Merlin regarda Arthur. Arthur fit un pas en avant et referma ses bras autour de lui. Ils s'étreignirent maladroitement. Gauvain vint les entourer tous les deux, les serrant de toute sa force, comme pour les rapprocher l'un de l'autre. Merlin trébucha sur les pieds d'Arthur, qui le rattrapa à temps pour l'empêcher de tomber. Leurs regards se croisèrent. Arthur serra Merlin un peu plus fort. Le magicien vint nicher son front contre l'épaule de son ami, et Arthur posa son menton contre son omoplate. Ils tremblaient un peu. Mais ils étaient fermement arrimés l'un à l'autre, maintenant. Et cette étreinte leur faisait du bien. Tout comme la chaleur du whisky qui se diffusait dans leurs estomacs, les aidant l'un comme l'autre à se sentir beaucoup moins sous pression qu'un peu plus tôt.

-C'est tellement beau, tout cet amour, dit Gauvain, les larmes aux yeux.

-Merci, aubergiste, dit Arthur, en ébouriffant affectueusement la tignasse du chevalier du revers de la main.

Le chevalier fit un pas en arrière, et nota avec un sourire que ses deux amis ne s'écartaient pas l'un de l'autre bien qu'il ne soit plus là à les tenir ensemble.

-Bon ! Maintenant que les détails sont réglés, filez à la maison, tant qu'elle est vide. Parce que croyez-moi, ça n'a pas été une mince affaire d'en faire sortir tous les occupants pour la journée. Allez, allez, on se dépêche ! Merlin; un petit couloir, et en route !

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Gauvain regarda ses amis s'engouffrer à l'intérieur du couloir magique, et jeta un coup d'oeil à son téléphone, et aux messages que Gwen lui avait envoyés, juste avant de monter dans l'avion.

Gwen Pendragon à Gauvain Strenght:

Déroute de classe post-CO magique, version 2.0. Je m'inquiète pour MerThur. Pâtés en croûte= parade insuffisante. Besoin d'un complice d'urgence pour éviter dissolution. Indication +10 pour un tour à la Taverne. Fais-les boire pour les détendre un peu . Une évacuation du 22BR serait bonne à planifier pour permettre la réconciliation sous les meilleurs auspices. Dis-moi que tu es de mon côté.

Gauvain Strenght à Gwen Pendragon :

Tu peux dormir sur tes deux oreilles, ma Reine. Va nous crever l'écran chez Peter Jackson, je m'occupe de tout.

Gwen Pendragon à Gauvain Strenght :

Merci à toi, mon ami. C'est bon de partir le coeur léger.

Gauvain Strenght à Gwen Pendragon :

Dis à Mithian qu'elle est mon MerThur et qu'elle va sacrément me manquer.

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Le 22 Bayswater Road était vide, pour la première fois depuis qu'ils avaient emménagé à l'intérieur. Cela paraissait presque invraisemblable. Même Adrinial et Shelayivin semblaient avoir disparu. Ou alors, ils se faisaient suffisamment discrets pour qu'Arthur et Merlin puissent le penser.

Arthur se sentait apaisé par le whisky de Gauvain. Il mit la théière d'Alfred à bouillir sur le feu, et ramena une tasse à Merlin, qui se trouvait assis en-dessous du porche, à regarder les oiseaux qui nichaient dans l'arbre du jardin. Arthur s'assit à côté de son ami, avec un soupir.

-C'est du thé pour faire la paix, lui dit-il, en lui tendant la tasse.

Merlin la prit avec un "merci", et ils se mirent à boire leur thé côte à côte. Leurs épaules se touchaient. Les oiseaux gazouillaient. Le silence qui régnait dans la maison bourdonnait jusque dans leurs oreilles.

-Comment as-tu su ? finit par demander Merlin. Je ne voulais surtout pas que tu saches. J'ai tout fait pour être le plus discret possible...

- Le temps de Camelot est bien loin et je suis devenu perspicace avec les années, répondit Arthur. Je devrais probablement remercier Morgane et sa merveilleuse éducation pour les remarquables qualités d'observation dont elle m'a dotée...

-Sérieusement, coupa Merlin, en louchant vers lui.

-Coin-Coin le Mortifère t'a trahi, répondit Arthur, le nez levé vers les nuages.

Une averse de printemps se préparait à les détremper.

-Coin... quoi ? répéta Merlin, incrédule.

-Coin-Coin le Mortifère, répéta Arthur. Je l'ai trouvé... enfin; pour être être plus précis... c'est lui qui m'a trouvé. Il n'en a peut-être pas l'air, comme ça, mais il est dangereux. Il a même essayé de me tuer.

-... ? fit Merlin, qui n'y comprenait rien, en secouant la tête.

-J'ai glissé dessus ce matin au réveil, expliqua Arthur en exhibant le canard vibrant qu'il avait fourré dans sa poche sous le nez d'un Merlin écarlate. On ne laisse pas ses affaires personnelles traîner n'importe où quand on veut être discret, Merlin. Surtout pas ce genre d'affaires, l'asticota-t-il, alors que Merlin se dévissait le bras pour tenter d'attraper l'objet. Surtout pas après s'en être servi pour satisfaire sa fréquence personnelle !

-Rends-le moi, s'il te plaît.

-Tiens, soupira Arthur en le lui tendant. Puisque tu y tiens tellement. Je n'arrive pas à croire que j'ai été supplanté par un canard vibrant.

-Ce que tu peux être crétin à dire des choses pareilles, dit Merlin en prenant le canard.

Il jeta un coup d'oeil à Arthur, et ne put s'empêcher de pouffer de rire.

-Coin-coin le Mortifère, vraiment ? Qu'est-ce qui t'est passé par la tête hier matin pour lui inventer un nom aussi glorieusement ridicule ?

-Va savoir, grogna Arthur. Peut-être une grosse surchauffe, au moment où j'ai réalisé que le prude de service utilisait ce genre d'objets en cachette ?

Merlin lui montra le canard vibrant.

-Puisque c'est l'heure des confessions. Je me suis vraiment senti idiot le jour où je suis parti l'acheter, se souvint-il avec un sourire amusé. Je voulais quelque chose qui puisse passer inaperçu dans une maison où tout le monde a toujours les yeux sur tout. J'ai pris le premier article qui semblait correspondre à l'idée à l'intérieur de ce fichu sex shop. Le type au guichet avait un sourire jusqu'aux oreilles quand je suis parti payer. Il a probablement du penser que j'étais complètement à côté de la plaque pour avoir choisi un canard comme celui-là. La première fois que je l'ai utilisé, j'étais enfermé à double tour dans la salle de bains, mais je pensais tellement au docteur Sylvestre, avec ses histoires de fréquence, que j'ai failli renoncer et le balancer à la poubelle. J'avais envie de me cacher dans un trou et d'oublier toutes ces histoires... de désir, de plaisir, d'orgasmes ?

-Mais tu ne l'as pas fait, nota Arthur.

-Non, je ne l'ai pas fait, répondit Merlin, en regardant Arthur droit dans les yeux. Parce que je me suis souvenu de ce que tu m'avais dit.

-De ce que moi je t'avais dit ? fit Arthur en s'étranglant.

-"Règle le problème, Merlin !" C'est comme ça que tu as conclu la dernière fois que nous avons capoté. Après m'avoir bien fait comprendre que c'était ma faute si nous en étions-là, parce que j'étais en guerre ouverte avec Emrys au lieu de chercher à me réconcilier avec moi-même. Et tu avais raison. Tu avais entièrement raison. Quand je m'en suis aperçu, j'ai cherché des solutions pour pouvoir avancer. J'ai parlé avec Emrys. Nous avons commencé à nous entr'aider. Mais ce n'était pas suffisant. Parce que notre problème... notre manque de contrôle face aux émotions fortes...ne pouvait pas juste disparaître d'un simple coup de baguette magique. Et plutôt que de revenir vers toi pour te faire subir une énième tentative ratée, j'ai décidé de passer aux tests avec d'autres cobayes. Je voulais apprendre à mieux me connaître, pour pouvoir te revenir en ayant plus confiance en moi. De sorte d'être enfin... ton égal. Et pas une espèce de... boulet impuissant complètement nul.

-Je n'ai jamais dit...

-Bien sûr que tu l'as dit, s'exclama Merlin, les yeux étincelants.

-Je ne voulais pas...

-Mais c'était une bonne chose. J'avais besoin de l'entendre pour me faire un électrochoc. Alors j'ai appris à utiliser le canard, ma main, puis, je suis passé à l'étape suivante, et j'ai décidé d'aller au Mec Plus Ultra.

-Sérieusement, Merlin, dit Arthur, incrédule. Comment as-tu pu croire qu'aller coucher avec des inconnus résoudrait nos problèmes privés ?

-C'était une démarche logique.

-La logique selon Merlin ? s'exclama Arthur, moqueur.

-Oui, la logique selon Merlin ! Vas-y, dis ce que tu penses vraiment ! Que c'est une logique idiote !

-Bien sûr, que c'est une logique idiote, puisque c'est une logique d'idiot ! s'écria Arthur.

-...dit le crétin dont le passe-temps favori est d'espionner l'idiot ! cria Merlin encore plus fort. Qu'est-ce que c'était que cette opération James Bond ? Comment as-tu réussi à me filer à travers tout Londres alors que je me suis servi de ma magie pour me déplacer ?

-J'ai demandé un sortilège à Paul, confessa Arthur, rouge pivoine. Pour pouvoir te suivre à la trace.

-Tu utilises mes propres disciples contre moi, maintenant ? dit Merlin, abasourdi. Si je ne peux plus avoir confiance en...

-Paul, n'y est pour rien, dit Arthur, confus. J'ai réussi à l'embobiner avec une sombre histoire de camarade de fac à protéger d'une situation périlleuse...

-Eh bien ! Je vois que je ne suis pas le plus menteur des deux, dit Merlin, stupéfait.

-Tu n'es quand même pas si mal dans ton genre, s'exclama Arthur.

-Tu compares une simple omission à une embrouille volontaire ? s'indigna Merlin.

-Ah, c'est comme ça que tu appelles le fait d'avoir des relations multiples avec des inconnus dans la backroom d'une boîte gay sans en souffler mot à quiconque ? Une "simple omission" ? s'exclama Arthur, outré.

-Je n'en ai pas... soufflé mot à personne, se défendit Merlin. Gwen était au courant...

-Gwen est toujours au courant, dit Arthur en roulant des yeux. A mon tour, pour les confessions. Hier... quand je t'ai suivi... je crois bien que toutes les hypothèses me sont passées à travers la tête. Mais jamais, jamais je ne t'aurais cru capable de ça. Tu m'as... complètement pris de court, Merlin. Tu n'as pas idée... de ce que j'ai ressenti, quand je t'ai vu avec eux, là-bas. Leurs mains... sur toi... Leurs peaux... contre la tienne... Leurs...

-J'ai compris l'idée, le coupa Merlin.

Ils étaient face à face, haletants.

-Je les avais rencontrés le soir même, affirma Merlin en soutenant le regard d'Arthur. Je connaissais à peine leurs prénoms. Je ne l'ai jamais fait deux fois avec le même homme. Je n'ai jamais embrassé aucun d'eux. C'était juste un échange physique. Aucun attachement. Aucun sentiment.

-D'accord, dit Arthur, incrédule. D'accord. Je suppose, que tu essaies de me rassurer. A ta manière. Je ne suis pas certain que ce soit la meilleure méthode, mais...

-De toutes façons. Toute cette idée... d'expérimentation scientifique, au sujet de mes limites, s'exclama Merlin. Elle a échoué. C'est fichu, je suis de retour à la case départ.

-Echoué ? Pourquoi dis-tu ça ? demanda Arthur, sans comprendre. Tu ne simulais pas ton plaisir, hier soir. Je t'ai vu venir. Ca n'avait rien à voir avec les autres fois. C'était...

-Non, je ne simulais pas, reconnut Merlin. Mais ça ne change rien à notre situation. Vois-tu... Je croyais pouvoir dissocier le plaisir, et les sentiments. Et j'ai réussi. Avec ces inconnus. Précisément parce qu'ils étaient des inconnus. J'étais tellement... fier de moi, de ma maîtrise, d'arriver à trouver le plaisir sans provoquer de catastrophe. J'ai cru... que si je pouvais aller jusqu'au bout avec eux, sans qu'Emrys ne m'échappe, j'arriverais ensuite à transposer l'expérience quand nous sommes ensemble, pour que nous puissions enfin... nous épanouir sur un plan intime. Mais avec toi ? J'en suis incapable. Tout le contrôle que j'ai travaillé pour acquérir s'évanouit. L'autre jour, sur l'Autel de la Magie... un simple baiser a failli provoquer un tremblement de terre. Encore. Mes sentiments pour toi sont trop forts, Arthur. Je n'arrive pas à les tenir à l'écart. Je n'arrive pas à...

-Merlin, même si tu le pouvais, j'espère bien que tu ne le ferais pas ! protesta Arthur en le saisissant par les épaules.

Il plissa les yeux. La passion animait son visage, le remplissant de lumière alors qu'il cherchait le regard de son ami.

-Ne vois-tu pas ? Nous ne sommes si peu ordinaires, toi et moi, que nous ne pouvons pas faire les choses comme les autres le font. Mais c'est justement ça qui est tellement bon. Parce que c'est magique ! Et c'est ce que je veux ! Qu'il y ait des arbres, et des fleurs, des tremblements de terre et des raz de marée, que tout soit bouleversé, chambardé, renversé ! Quand je suis dans tes bras, je me sens transporté dans un autre monde, où tout est possible, un monde rempli de couleurs et de vie où tout est plus grand, plus beau, plus intense. Je veux que tu me mettes la tête à l'envers; que tu me bouscules et que tu me coupes le souffle. Parce que quand nous sommes ensemble, nous ne sommes pas juste deux amants, en train de prendre du bon temps comme tant d'autres personnes sur cette terre. Gauvain a raison sur ce point. Nous sommes... nous. Encore plus proches, sans barrières, sans limites. Tu sais comme moi que ce nous ne s'inscrit pas dans la dimension physique de ce monde. Et tu représentes tellement plus à mes yeux que tout ce à quoi les rôles de ce monde pourraient nous réduire. Car tu es mon ami, mon frère, mon magicien, mon autre; tu es le courage qui fait battre mon coeur, la force de mon bras, la vie qui pulse dans mes veines, et l'or de mes rêves. Ensemble, Merlin, nous sommes larges comme l'horizon, grands comme la vie, et nous sommes un, comme le point de fusion entre la magie et la terre, entre Albion et Avalon, entre le passé et le futur. Et nous sommes aussi deux foutus imbéciles. Je ne voudrais jamais, jamais qu'il en soit autrement.

-Moi non plus, souffla Merlin, les larmes aux yeux.

-Tu sais, j'étais en colère contre moi-même. De t'avoir suivi. De t'avoir... regardé. Je sais que je n'avais pas à faire ça. Et tu sais pourquoi je n'ai pas pu m'en empêcher; parce que tu me connais. Mais sais-tu pourquoi je n'ai pas réussi à détourner les yeux, hier soir ? Pourquoi je suis resté planté là comme un idiot pendant que tu couchais avec ces types, jusqu'à ce que tu me prenne sur le fait ?

-Parce que tu étais sous le choc ? demanda Merlin.

-Oui. Mais pas seulement, avoua Arthur.

-Pourquoi, alors ? dit le magicien, avec curiosité.

-Parce que j'ai vu s'exprimer une facette de ta personnalité que j'ai longtemps rêvé en vain de voir surgir en toi. Un aspect de ta personne, que j'avais commencé à désespérer pouvoir trouver un jour. Et, sincèrement ? Peu m'importait de ne pas en être à l'origine. Même si une part de moi était jalouse de ces types qui te prenaient. J'étais juste... heureux que côté-là de toi existe.

-Qu'essaies-tu de me dire au juste ?

-Je suis un homme, de chair et de sang, tout autant que d'esprit, Merlin. Et j'ai envie de toi, depuis très longtemps. Mais pour être honnête, j'avais commencé à croire... que tu étais au-delà des principes physiques du désir, de la tentation ou de plaisir, et que je ferais aussi bien d'oublier de penser à toi de cette manière-là. Mais le Merlin du Mec Plus Ultra ? Ce Merlin-là m'a montré que je ne m'étais pas trompé. Que j'avais eu tort de désespérer. Ce soir-là, tu avais la témérité, et l'impudence, et l'audace que j'ai toujours désiré voir en toi. Tu étais libre; libre de faire ce que tu avais décidé, libre de rechercher le plaisir que tu te refusais avec moi , et tu étais...

Merlin regardait Arthur, attendant le mot à venir sans avoir la moindre idée de ce que cela pouvait être.

-...incroyablement sexy, conclut Arthur, d'un ton retourné.

-Tu as... vraiment pensé ça ? dit Merlin, avec surprise.

Arthur hocha la tête.

-Tu sais, Merlin. Peut-être est-il temps, dit-il les yeux étincelants. Temps d'envoyer au diable la pudibonderie, la réserve et l'inhibition, et d'assumer qui tu es vraiment, la tête haute. Bon sang; si tu as eu le cran d'aller là-bas; pour te livrer à d'illustres inconnus en quête d'orgasmes; chose que jamais, même dans mes rêves les plus déjantés, je n'aurais eu l'audace de faire; tu peux bien avoir celui d'être entièrement toi-même lorsque tu es avec moi.

-Je..., dit Merlin, empourpré.

-Ne vois-tu pas que quand bien même la création toute entière en serait informée, tu devrais être fier que nous soyions capables de faire trembler la terre ensemble ! dit Arthur.

Merlin s'élança en avant. Ses lèvres rencontrèrent celles d'Arthur. Le courant électrique de la magie les souda l'un à l'autre, les parcourant en ondes dorées, ses filaments gracieux, les entourant tous deux comme un maillage étincelant dans les ténèbres. Il aurait voulu rester ainsi pour toujours, mais il savait qu'il devait interrompre leur baiser avant que ses pouvoirs ne débordent... A contre-coeur, il fit un pas en arrière. Il sentit la main d'Arthur se crisper sur son col, comme s'il ne voulait pas le laisser partir.

-J'aime ton côté sauvage, souffla Arthur. S'il te plaît, ne le bride pas.

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Sur le téléphone portable de Morgane, les messages clignotaient. Il n'y avait pas de réseau dans la dimension cachée, mais Gwen l'avait textée avant qu'elle n'y pénètre.

Gwen à Morgane Pendragon :

Si tu connais un moyen de déplacer le Mur de Merlin, c'est aujourd'hui qu'il faut s'en occuper.

Morgane à Gwen Pendragon :

C'est urgent ?

Gwen à Morgane Pendragon:

Si ça ne se résout pas très vite, je crois que Merlin va craquer.

Morgane à Gwen Pendragon :

Je vais en discuter avec Aithusa. J'irai la voir avec Galaad et Adrinial.

-Je ne savais pas que j'étais un Investisseur, dit Aithusa à Morgane, amusée.

-Et pourtant, tu as énormément investi en moi, répondit la prêtresse à la dragonne blanche qui s'était matérialisée dans la statue surplombant l'autel de la magie, la rendant plus vraie que nature. Donc, je suppose qu'il ne s'agit pas d'un mensonge à proprement parler. D'autant qu'il fallait bien que je trouve une excuse pour m'éclipser rapidement, sans qu'Arthur me suive.

-Les mensonges ne sont pas interdits par ma loi, répondit Aithusa, amusée. C'est Freya, notre mère défenseresse de toutes les vertus... et dans ce cas de figure précis, j'aurais tendance à penser qu'elle t'approuve.

-Alors ? demanda Morgane. Peux-tu aider Adrinial pour qu'il soit enfin prêt ?

La Déesse fit vibrer ses ailes. Sa tête se balança sur son long cou serpentin.

-En principe, il ne devrait pas encore l'être. Mais en réalité, il n'attend que cela depuis qu'il sait quelle tâche doit lui incomber, répondit-elle, en adressant un regard tendre à son fils, qui était posé sur la table de l'autel, devant elle. Et il est un dragon blanc. Alors je suppose... que je peux l'aider un peu à devancer le cours naturel de son évolution. Si cela peut rendre service à nos amis.

-Merci infiniment, dit Morgane, avec un sourire.

-Gouiiii ! s'exclama Galaad, en tressautant joyeusement dans ses bras.

-Tu n'as pas à me remercier, fit la Déesse, avec ses yeux d'argent pétillants. Moi, et mes soeurs, nous aimons beaucoup les histoires d'amour qui se terminent bien.

Elle allongea la tête, et son museau effleura celui de son fils. Un courant de magie circula entre eux. Les yeux du petits dragon se dilatèrent.

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Dans la connexion qui se créait entre mère et fils, de dragon blanc à dragon blanc, brillaient toutes les étoiles d'un ciel d'été.

-Où sommes-nous ? demanda Adrinial, en levant les yeux sur le barrage monumental qui s'érigeait devant eux.

-Devant le Mur, lui répondit sa mère. C'est Merlin qui l'a construit, pour réguler la magie de ce monde, que les sorciers de cette nouvelle ère n'ont pas encore été formés à recevoir. Le Mur n'est pas un barrage matériel; il est fait de volonté; c'est le Bouclier qui protège cette terre, et les gens qui y vivent; il empêche Emrys de déborder, et de se répandre en ceux qui pourraient ne pas la contrôler, ou qui choisiraient de l'utiliser à mauvais escient. Mais il est aussi le lien entre la Source et le peuple d'Albion. Tu vois, toutes ces connexions ? Chacune d'elles est reliée à l'un de nos disciples. Leur permettant d'être tous rassemblés par un même pouvoir. Pour un humain, même un humain comme Merlin, tenir le Mur est extrêmement difficile. Mais pour un dragon, il en va différemment...

-Moi, et les autres, nous sommes destinés à devenir ce bouclier, comprit Adrinial.

Aithusa hocha la tête.

-Cela, et bien plus encore, répondit-elle. Mais tu es encore jeune, Adrinial. Je crains qu'il ne soit pas encore temps pour toi d'embrasser cette charge.

-Je sais que j'en ai la force nécessaire, Mère, dit le petit dragon avec détermination. Et je veux le faire. Pour soulager Merlin. Shelayivin dit qu'il souffre de cette situation, et que tant qu'elle durera, il ne sera pas entièrement libre. Je voudrais tellement qu'il le soit. S'il te plaît, enseigne-moi comment.

Aithusa regarda son enfant, et vit en lui la même détermination, la même volonté, qui avaient toujours été siennes. Elle aimait chacun de ses petits, mais Adrinial était spécial; comme elle l'avait été jadis, au sein de son espèce. Et à cause de cela, un lien spécial les reliait tous deux.

-Ferme les yeux, mon fils, dit la dragonne blanche, avec tendresse. Etends ta conscience. Deviens les pierres du Mur. Une à une assemblées pour marquer la frontière entre la Source et les limites du monde terrestre. Rassemble-les pour supporter leur poids...

Adrinial obéit, laissant son instinct le guider vers le Mur, épouser ses contours, plonger jusqu'à ses fondations, puis, s'en saisir, pour l'intégrer à son esprit par le biais de sa magie.

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-Merlin, est-ce que ça va ? demanda Arthur, en le rattrapant subitement.

Merlin secoua la tête, sous le choc. En lui, quelque chose était en train de se produire. Cela ressemblait... à un glissement de terrain d'une ampleur phénoménale.

Le Mur... le Mur était en train de bouger. Il le rattrapa de toutes ses forces, pour l'étreindre dans sa magie, en panique, s'y raccrochant comme à la vie elle-même. Puis il descendit en catastrophe, au centre de lui-même, là où se trouvait le barrage, pour découvrir ce qui l'ébranlait. Là, au pied des pierres innombrables qui bloquaient l'accès à la Source, se trouvait la minuscule silhouette d'un dragon blanc. Qui souriait. Comment un dragon pouvait-il sourire ? Merlin se souvenait s'être posé la question autrefois face à Kilgarrah. Adrinial était son digne fils en cet instant, ses yeux, pétillant de bienveillance alors qu'il se retournait vers lui, son expression, reflétant un humour tendre. Ses ailes blanches étaient largement déployées, sa tête penchée sur le côté, et il l'observait d'un air rassurant.

-Adrinial ? lança Merlin, tentativement, certain de n'obtenir aucune réponse. Comment peux-tu être ici ?

-Bonjour, Merlin, le salua le fils d'Aithusa, dans la langue des dragons, lui causant la surprise du siècle.

Le magicien songea qu'il était en train de rêver; c'était trop tôt; Adrinial n'avait encore que trois mois, il était trop jeune pour pouvoir parler, même par télépathie. Puis, il se souvint de ce qu'Aithusa avait expliqué jadis à Morgane, sur le développement accéléré des dragons blancs. Visiblement, le fils de la Déesse avait hérité de ses dons extraordinaires.

-Je suis enchanté que nous puissions nous parler, enfin, dit Adrinial d'une voix gracieuse.

Merlin sourit, car son timbre n'était pas sans lui rappeler celui de l'esprit de Galaad, tel qu'il l'avait vu dans la lumière d'Avalon.

Ces deux-là semblaient avoir été créés l'un pour l'autre, se ressemblant jusque dans leur manière de s'exprimer, et en songeant au duo qu'ils formeraient un jour, le magicien sentait s'éveiller en lui une profonde tendresse.

-Je suis enchanté moi aussi que nous soyions enfin présentés comme il se doit, prince Adrinial, lui répondit-il formellement. Vous êtes, assurément, la fierté de vos parents, et avez hérité de toutes leurs qualités. C'est un grand honneur pour moi de vous connaître. Mais je suis très étonné par la précocité avec laquelle vous avez appris à maîtriser ce canal de communication. Votre mère laissait présager d'un temps d'adaptation bien plus long.

-Débloquer ce canal n'a pas été facile, reprit Adrinial, mais je voulais pouvoir te parler pour t'expliquer ma présence ici, Merlin.

-A propos de cela. Il faut que je t'avertisse, répondit le magicien. Il est dangereux de toucher au Mur.

-Je sais. Tu n'as rien à craindre. Je suis venu pour t'aider.

-M'aider..., répéta Merlin, abasourdi.

-Ca risque d'être un peu étrange, dit le petit dragon avec bienveillance. Mais tu vas te sentir soulagé quand j'en aurai terminé.

Le magicien sentit un nouveau vertige le saisir, alors que la sensation de glissement, en lui, recommençait. Il mit quelques instants à comprendre ce qui se produisait. Et quand il y parvint, l'incrédulité et l'émerveillement l'envahirent. Parce que le fils d'Aithusa était... en train de transférer le Mur. De prendre son poids sur ses jeunes épaules. Pour en assurer les fondations à sa place. Pour le suppléer dans cette charge qu'il avait portée seul pendant si longtemps. Il avait tellement de mal à laisser s'échapper cette responsabilité à laquelle il s'était tenu si violemment, de si nombreux mois durant, convaincu que le sort du monde ne reposait que sur lui. C'était comme de relâcher subitement un terrible effort. Comme d'avoir atteint la ligne d'arrivée d'un marathon qu'il avait cru sans fin.

-Laisse aller, Merlin, lui dit doucement Emrys. Le moment est enfin venu que toi et moi ne fassions plus qu'un.

Les yeux clos, le visage radieux, le corps étincelant de magie, Adrinial rayonnait devant Merlin. Le bleu incandescent de sa magie l'entourait comme une spirale éclatante, et le magicien, confondu, songea qu'il n'avait jamais rien vu d'aussi beau de toute sa vie. Emrys avait raison. Il était temps. Relâchant la pression constante qu'il exerçait pour la tenir à l'écart, il plongea vers elle. Elle bondit à sa rencontre sans hésiter, avec une joie sans partage. L'espace d'un instant, ils se firent face; le jeune homme, et sa jumelle dorée, qui arboraient un même visage, une même apparence, une même expression, comme s'ils étaient d'un côté, et de l'autre d'un miroir enchanté. Puis, Merlin ferma les yeux, et Emrys le rejoignit. Leurs deux silhouettes se superposèrent, puis se fondirent l'une dans l'autre. Merlin sentit une onde le parcourir. Emrys était comme un gant ajusté à son poing, comme l'épée qui prolongeait son bras, comme le coeur manquant dans sa poitrine. Il la revêtait comme une seconde peau, et elle s'intriquait aux plus petites fibres de son être, fusionnant avec lui, lui revenant enfin, pleine et entière. Comme autrefois. Il voyait, avec une telle clarté. Comme si une chape de plomb était tombée de ses épaules, absorbée par le pouvoir du dragon blanc. Comme si il était neuf et resplendissant à nouveau. Il avait envie de rire, et de pleurer à la fois. Il se sentait léger, comme une bulle de savon. L'or d'Emrys coulait librement dans ses veines. Et il n'avait plus à craindre qu'il parte s'épancher dans celles de qui que ce soit d'autre, tant que resterait vigilant son fabuleux gardien.

A l'intérieur de lui, sa magie sourit.

-Enfin libres..., pensa-t-il.

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-Je les vois, dit Adrinial à Aithusa, émerveillé. Tous les sorciers d'Albion, qui n'ont pas encore été trouvés. Je les sens, autour de moi, appelant la magie de tous leurs êtres. Ils sont comme de minuscules points de lumière, attendant d'être trouvés; attendant d'être guidés.

-Nous aurons besoin de chacun d'eux, affirma Aithusa. Mais pour qu'ils soient prêts à remplir leur rôle; ils auront besoin d'être guidés; éduqués; formés par leurs pairs; comme l'ont été les anciens enfants du Sanctuaire; comme l'ont été les jeunes gens de la Nouvelle Table Ronde; car si la magie est un don inné, en user avec sagesse est de l'ordre de l'acquis. Et toute la sagesse du monde sera nécessaire pour affronter ce qui vient.

Aithusa battit des ailes, l'entraînant avec lui vers l'avenir, entre les branches de l'Arbre des Possibles. Ils volaient côte à côte, mère et fils, entre les destins entrecroisés des millions de fils que constituaient les êtres vivants qui parcouraient la terre. Entrevoyant la diversité de leurs choix et de leurs destins. Mais soudain... ils s'arrêtèrent. La cime de l'Arbre était tranchée net.

-Que se passe-t-il ? demanda Adrinial, sous le choc.

Ils avaient atteint un point d'achoppement situé dans le futur, où toutes les lignes des avenirs possibles se brisaient brutalement.

Toutes, sauf une... une seule branche, une seule clé, une seule solution, qui, improbable et fragile, dessinait une continuité possible.

-Voilà ce pour quoi nous devons oeuvrer. Voilà ce pour quoi Arthur, Merlin, Galaad et tous les magiciens d'Albion ont été ramenés en ce point précis de l'histoire, dit Aithusa à son fils, sur le seuil de la vision qu'ils partageaient.

-Tu avais vu cela ? Deux mille ans en arrière ?

-Il te reste beaucoup de choses à apprendre, répondit tendrement Aithusa à son fils. Regarde cette branche unique. Elle est la seule alternative qui conduise à la vie, et non à la mort. Nous l'appelons la Voie Dorée. C'est celle que seul un dragon blanc peut faire emprunter à l'avenir, quand tout semble perdu; et seulement, à la condition de disposer d'un levier extrêmement puissant. Ce levier ne peut être qu'un magicien humain ayant basculé très loin dans les ténèbres, avant de revenir du côté de la lumière. De tels êtres sont extrêmement rares. Car il faut une force d'âme hors du commun pour s'arracher à l'emprise de l'ombre, après l'avoir étreinte au point de se perdre en elle. Morgane a été mon levier, jadis. Mais même si nous pouvons toujours compter sur sa force, l'incroyable énergie d'infléchissement générée par sa rédemption est passée. Il faudra un autre de ces courants, pour que tu puisses sauver ce monde lorsqu'il aura besoin de l'être, comme je l'ai fait jadis, en changeant l'issue de Camlann. Et il n'existe qu'un seul être sur terre qui puisse te le fournir.

-Mordred, réalisa Adrinial.

-Tu commences à comprendre, acquiesça Aithusa. J'aurais voulu que tu demeures innocent plus longtemps. Mais la vérité, c'est que j'ai besoin de toi. Pour oeuvrer à mes côtés, afin que nous puissions sauver ce monde. Et... Adrinial ?

-Oui ?

-C'est un secret que tu devras préserver jalousement. Les humains ne doivent pas savoir.

-Pourquoi ?

-Nos magiciens sont courageux et fidèles, dit-elle. Mais certaines visions sont trop cruelles pour leur être infligées. La connaissance du futur est un fardeau que les dragons doivent porter seuls. Il n'existe qu'une seule exception à cette règle : ton levier. Et tu verras, avec les années, qu'un dragon blanc et son levier forment un lien spécial. Tu ressentiras la souffrance du tien au centuple. Mais c'est aussi ce qui vous unira l'un à l'autre. Cela, et l'amour que vous porterez tous deux à Galaad.

-Tu peux compter sur moi, Mère. Je te promets que je ne te décevrai pas.

-Maintenant, va t'occuper de Merlin et Arthur. Nous aurons besoin d'eux. Tout comme de Morgane. De Galaad. Ou d'Orlance. Et de tous les autres. Ils doivent être forts pour affronter ce qui vient. Il est temps que nous veillions à ce qu'ils retrouvent leur point d'équilibre...

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-Merlin ? dit Arthur, d'une voix incertaine, en regardant son ami.

-Adrinial... , dit le magicien, en frissonnant.

-Adrinial ? dit Arthur, en plissant les yeux sans comprendre.

Le petit dragon blanc apparut au milieu d'eux, flottant dans l'air qui les séparait, entre leurs mains jointes.

-Comment te sens-tu, Merlin ? lui demanda-t-il.

-Libre, lui répondit le magicien, fasciné. Fort. Vivant. C'est incroyable...

-Maintenant, tu n'as plus à craindre que le mur tremble, lui transmit Adrinial. Je suis là, pour le garder, pour toi, tout le temps qui sera nécessaire. Dorénavant, nous nous en partagerons le contrôle.

-Je ne sais pas comment te remercier, Adrinial, répondit Merlin, bouleversé.

-Nous sommes une famille, lui répondit le dragon blanc, amusé. Et les membres d'une famille sont là pour se soutenir les uns les autres. Tu n'as pas à me remercier, Merlin. Ma mère m'a envoyé auprès de toi et d'Arthur pour m'assurer qu'Emrys ne déborde pas au-delà de ce que la sécurité d'Albion exige. Je sais vous êtes à la recherche de votre point de fusion. Je sais combien vous souffrez de ne pas pouvoir l'atteindre. Alors, je vais vous aider, pour cela également. Je créerai une bulle de protection extérieure pour en contenir les effets secondaires, pour que vous n'ayiez à vous soucier de rien.

-Une bulle de protection... répéta Merlin.

-Je doublerai les murs de votre chambre, et je veillerai à ce qu'il n'y ait aucune fuite, simplifia aimablement Adrinial, les yeux pétillants.

Merlin regarda la petite créature magique, incapable de formuler la moindre pensée cohérente. Son esprit, sa magie et son corps étaient en ébullition.

-Les remerciements peuvent attendre. Je crois que c'est le moment d'agir, dit espièglement Adrinial, en lui adressant un regard entendu.

-Où est-il passé ? demanda Arthur, alors que le petit dragon disparaissait.

-Il a... Il est...

Merlin secoua la tête; éclata de rire; et embrassa à nouveau Arthur, avec une vigueur pleine d'enthousiasme. Arthur eut un mmf incrédule, n'y comprenant strictement rien.

-Viens, dit Merlin en le saisissant par la main.

Il l'entraîna à sa suite, à l'intérieur de la maison. Il avait le coeur qui battait à toute allure, débordant de joie. Ils montèrent à l'étage, mi-marchant, mi-volant, jusqu'à la chambre, dont la porte se referma d'un claquement derrière eux.

Arthur regarda avec stupéfaction Merlin écarter d'une pichenette magique le bazar qui se trouvait sur le lit.

Puis il vit une matière liquide et miroitante revêtir les murs de la chambre, et il écarquilla les yeux.

-Aurais-tu trouvé une nouvelle... méthode d'imperméabilisation secrète ? demanda-t-il.

-Non,pas moi. Adrinial, répondit Merlin, les yeux brillants. Il a pris le Mur, Arthur. Il m'a libéré. Je me sens comme avant. Plus rien ne m'arrête.

-Alors nous pouvons...

Le magicien acquiesça avec enthousiasme, ses yeux, pétillants d'étoiles dorées.

-Oui, s'exclama-t-il en riant. Oui, oui, oui, mille fois oui !

-Loués soient les dragons, dit Arthur, d'une voix étouffée par l'émotion, en remettant de l'ordre dans les mèches des cheveux de Merlin. Le monde ne serait pas le même sans eux.

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Merlin plissa les yeux, et, tournoyant sur lui-même comme un joyeux tourbillon, il lança les filaments de sa magie pour transformer la chambre; les volets se refermèrent dans un claquement, un millier de bougie aux flammes soyeuses apparurent, tirées de nulle part; les objets en vrac disparurent sous le lit, qu'il revêtit d'un drap de satin bordeaux; il réhaussa les quatre pieds pour former l'armature d'un baldaquin, qu'il recouvrit de voiles blancs, multiplia les oreillers lisérés d'or, fit pleuvoir des pétales frais sur le couvre-lit. L'espace d'un instant, il eut l'air de réfléchir, comme s'il manquait quelque chose d'extrêmement important; puis, étendant les mains, il fit jaillir du néant la forme de leur arbre; celui de Bristol; c'était une réplique miniature, qui épargnait le plafond. Mais les branches, les feuilles, les fleurs étaient parfaits. Et Arthur, le coeur rempli de tendresse à ses côtés, murmura d'une voix douce :

-Le monde ne serait pas le même sans toi, Merlin.

Le magicien se retourna vers son roi, et ils restèrent un moment face à face, à se regarder en silence. L'air vibrait entre eux, empreint d'une tension électrique. Ils avaient tellement rêvé de ce moment, l'un et l'autre. Et il était enfin possible. Dans cette bulle en-dehors du monde. Grâce à la magie d'un dragon blanc.

-A nous deux, dit Merlin, avec un sourire, en s'avançant vers Arthur d'un pas déterminé.

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Un baiser plus tard, Arthur haletait, plaqué contre le mur de la chambre.

-Tu es... si différent, articula-t-il. Tellement... sûr de toi.

Merlin haussa un sourcil espiègle, des étincelles d'or au fond de ses yeux.

-Est-ce que... ça te plaît ? demanda-t-il, en faisant sauter un à un les boutons de la chemise d'Arthur avec sa magie.

Arthur se mordit la lèvre. Il avait l'impression d'être en flammes.

-C'est très... articula-t-il, à court de mots.

-Excitant ? compléta Merlin pour lui, avec un sourire mi-ange, mi-démon.

-Excitant serait un euphémisme.

-J'ai appris deux ou trois trucs, au Mec Plus Ultra...

Arthur le fit taire d'un baiser, retournant la situation pour le plaquer à son tour contre le mur. Merlin lui laissa prendre la main haute... le temps de quelques secondes, avant de reprendre la position dominante. Leurs muscles étaient bandés, alors qu'ils se mesuraient l'un à l'autre par jeu, en continuant à s'embrasser éperdument. Ils faisaient presque la même taille, ils avaient presque la même force; et il y avait quelque chose d'infiniment érotique dans leur lutte.

-Tu te rappelles, dit Merlin, les yeux brillants. A notre deuxième table ronde au lycée. Quand Paul a demandé... qui de nous deux était en-dessous... et que tu as répondu ton fichu "c'est lui"...

Arthur eut un sourire en coin, et murmura :

-Je me rappelle surtout ce que tu as répondu.

"Moitié moitié", murmurèrent-ils, au même moment.

-Tu n'étais pas tellement d'accord avec ça à l'époque, dit Merlin, en laissant courir ses doigts le long du visage d'Arthur.

-Mais si, souviens-toi; je t'ai dit... que si tu arrivais à me mettre par-terre, je te laisserais être au-dessus, répondit le roi, d'un ton joueur. Evidemment, à ce moment-là, je jouais les malins, parce que j'ignorais encore qu'un jour, tu te transformerais en dangereux sorcier, doté du pouvoir de me plaquer au sol par magie...

-Mmm. Voyez-vous ça, dit Merlin, d'un ton taquin, alors que les filaments dorés d'Emrys s'enroulaient autour d'Arthur pour le caresser.

Il avait réussi à coincer Arthur, et il le surplombait maintenant avec une expression pensive.

-Si tu utilisais ton arme secrète contre moi, je serais bien en mal de résister, et il me faudrait... m'avouer vaincu, malgré toutes mes réticences, conclut Arthur, d'un ton faussement désolé, en frissonnant au contact d'Emrys, qui poursuivait ses effleurements enchantés avec une lenteur envoûtante.

Il était habitué à maîtriser la situation et à diriger l'action dans son intimité avec Merlin. Peut-être, un vieux reste de son ancienne éducation, qui était arrivé jusque dans cette vie. Il avait toujours été à l'initiative de tout ce qu'ils avaient fait ensemble. Mais il savait que c'était sur le point de changer. Et cette prise de conscience réveillait en lui un désir plus violent que tous ceux qu'il avait jamais connus. Bloqué entre le mur et la commode, il regarda son ami, qui le dévisageait d'un air mystérieux, ses grands yeux bleus, pétillants d'une expression conquérante.

-Oh, mon Dieu, dit Merlin, en souriant. Tu ne plaisantais pas tout à l'heure, n'est-ce pas ? Tu aimes vraiment mon côté sauvage. Comme dans... vraiment vraiment.

-Tu crois ça ? dit Arthur, par bravade.

-Oui, affirma Merlin, en faisant un pas de plus.

-Je ne sais pas. Lis dans mes pensées, répondit Arthur, en haussant un sourcil.

Il ferma les yeux, donnant à Merlin la représentation mentale qu'il avait en tête. Le sourire de Merlin s'élargit alors qu'il s'introduisait à l'intérieur de son esprit pour s'en emparer.

-C'est comme ça que tu m'imagines dans tes fantasmes ? dit le magicien, incrédule et flatté.

-J'avoue que le côté rebelle a tendance à me faire quelque chose, répondit Arthur, d'un ton qui se voulait dégagé.

Il rouvrit les yeux. Merlin fit un pas en arrière et ouvrit les bras pour lui permettre de l'admirer. Le vent de l'invisible se mit à souffler autour de lui, et ses vêtements prirent une teinte dorée alors qu'ils changeaient sous l'action de la magie. Quelques instants plus tard, le magicien était tout de noir vêtu. Il portait le même t-shirt et le même jeans noirs que la veille avant d'entrer au Mec Plus Ultra, qui lui faisaient comme une seconde peau. Et par-dessus, un long manteau sombre, dont le col rabattu lui donnait un mauvais genre particulièrement seyant. Dans son visage d'ivoire, ses yeux bleus parcourus de flammèches dorées étincelaient. Il ressemblait vraiment à un sorcier; un sorcier un brin dangereux, aux allures de panthère guettant sa proie.

Arthur n'avait jamais autant désiré être la proie de personne.

-Tu es extraordinaire. Quand je pense que j'étais convaincu de ton absence de goût en matière de vêtements, dit-il, en se mordant la lèvre.

-Fermez-la, Votre Majesté, répondit Merlin, d'un ton royal. Ce ne sont pas des manières de parler aux sorciers renégats...surtout lorsqu'ils sont armés.

Il fit un geste de la main et Emrys vint capturer Arthur, le tractant à sa hauteur pour qu'il puisse l'embrasser, avant de le rejeter à plat dos en travers du lit. Merlin bondit gracieusement par-dessus lui, propulsé par sa magie. Arthur l'entoura de ses bras. Au baiser suivant, ils s'élevèrent dans les airs, portés par Emrys dont les grandes éclaboussures d'or venaient causer des graphs étincelants contre les murs de la chambre. Merlin retira ce qui restait de la chemise d'Arthur, faisant sauter tous les boutons avec ses pouvoirs; Arthur fit tomber le manteau de Merlin et entreprit de faire passer son t-shirt par-dessus sa tête; la magie les fit retomber sur le lit, et ils roulèrent l'un par-dessus l'autre, les cheveux emmêlés, les yeux étincelants.

Lorsqu'ils s'immobilisèrent, Merlin était au-dessus d'Arthur, et l'immobilisait en le tenant aux poignets, en le regardant avec des yeux remplis d'adoration, de désir et de triomphe.

-Arthur Pendragon, vous êtes en mon pouvoir, dit-il, d'une voix victorieuse.

-Maître Emrys, répondit Arthur, en capturant ses lèvres. Vous avez gagné; je me rends.

-Je n'arrive pas à croire que le grand Roi de Camelot n'oppose pas davantage de résistance au sorcier maléfique qui s'apprête à faire de lui son esclave, dit Merlin, incrédule, en s'arrachant au baiser. Où est l'honneur ? Où est la chevalerie ? Où est le combat sans merci pour la place dominante ?

-Le roi de Camelot... a été envoûté par un sortilège très puissant qui a réduit sa volonté à néant, dit Arthur, avec un immense sourire.

-Je vous préviens, Votre Majesté; vous allez subir le pire des supplices que la magie puisse vous infliger, tonna Merlin, le regard pétillant.

-Et quel est le nom de ce terrible châtiment ? demanda Arthur, en plissant les yeux.

-Le supplice... du pétunia maléfique, décida Merlin, d'un ton infiniment sérieux, en faisant apparaître entre ses doigts la fleur en question.

-O grand sorcier... fais de moi tout ce qu'il te plaira, dit Arthur, avec un sourire gigantesque.

Mais quelques instants plus tard, quand Merlin commença à utiliser les pétales le long de ses flancs pour le faire frissonner, il se mit à supplier :

-Merlin qu'est-ce que tu... nooooon pas ça !

-Je serai un bourreau impitoyable, dit Merlin, imperméable à ses protestations, alors qu'il entreprenait de remplacer la fleur, par sa langue.

Arthur ferma les yeux, enlevé dans une vague de sensations contre laquelle il ne pouvait lutter. La magie n'avait pas deux mains, mais cent, et mille doigts plutôt que dix, sans compter une infinité de langues. Bon sang ! Merlin n'avait pas menti quand il parlait de délicieux supplice, car il lui bloquait toujours les poignets avec ses pouvoirs, l'empêchant de bouger tandis qu'il le torturait avec adoration. Et c'était une sensation extraordinaire, que d'être là, soumis à ces caresses qui n'en finissaient plus, abandonné aux mains de l'être aimé (qui était aussi un redoutable sorcier à l'air un peu sauvage).

Douce Déesse, merci d'avoir fait de mes fantasmes une réalité, pensa-t-il, éperdu, alors que le plaisir déferlait sur lui par vagues.

-Je veux te faire ressentir... tout l'amour que j'ai pour toi, souffla Merlin, d'une voix rauque, au-dessus de lui, son visage, si proche du sien que leurs nez se touchaient. Afin que plus jamais tu ne puisses croire... que je ne te désire pas de cette manière-là. Je te désire, Arthur. Par toutes les fibres de mon être.

-Je le sens, maintenant, répondit Arthur, avec un sourire confondu.

-Pas encore assez fort, murmura Merlin.

Il était tellement rempli par son amour pour Arthur. Il avait l'impression qu'il vibrait en lui depuis la création du monde. Gauvain avait raison. Leur histoire était si belle, si forte, si puissante; tant de gens naissaient, vivaient et mouraient sans connaître un tel amour. Mais eux, avaient cette chance. Cette chance extraordinaire, qui s'était construite jour après jour, tout au long de leurs deux vies, pour les conduire jusqu'à aujourd'hui. Et ils ne devaient jamais, jamais oublier la grâce qui leur avait été faite. Merlin se souvenait, de la manière dont son ami l'avait entouré, protégé, dont il avait veillé sur lui lorsqu'il était encore trop fragile pour affronter ses peurs. Et il savait que c'était grâce à cette patience, à cette générosité, qu'il se tenait aujourd'hui devant lui, restauré comme l'homme qu'il était né pour devenir, comme le sorcier libre et puissant dont le coeur ne faisait qu'un avec celui de la magie de ce monde.

Il ferma les yeux, mettant toute sa magie dans son baiser; il n'y avait plus aucune limite; juste la liberté, de donner enfin tout ce qu'il désirait offrir, à celui qu'il aimait le plus au monde, du plus profond de son humanité, et de tous ses pouvoirs. Emrys jaillissait en lui comme une source d'eau vive, dont le chant se répandait en cascadant au-delà des limites matérielles de son corps, pour se déverser à l'intérieur d'Arthur, le remplissant de sa chaleur, de sa lumière, de sa passion. Et Arthur accueillait Emrys sans restriction, sans hésitation, sans peur, l'invitant à descendre en lui toujours plus profondément. Merlin était émerveillé. Toucher Arthur, était si différent de toucher qui que ce soit d'autre. Les frontières palpables de son corps avaient si peu d'importance; c'était son âme qu'il voulait faire frissonner, et non sa peau; pour la recouvrir toute entière de sa lumière, jusqu'à la faire trembler, pour l'enlever dans ses bras, et la faire voyager à travers l'espace et le temps. Dans leurs baisers, tout se rejoignait; leurs aventures passées, leurs fou-rires, leurs moments d'épreuves, leurs combats au coude à coude; mais aussi, les grandes discussions, les lettres à coeur ouvert, les longues nuits passées soudés l'un à l'autre dans cette vie comme dans l'autre.

Les doigts plongés dans les cheveux d'Arthur, la bouche rivée à celle d'Arthur, le corps plaqué contre celui d'Arthur, Merlin goûtait aux lèvres de son roi toute sa personne, et il ressentait contre lui, vibrant de passion, le jeune prince au coeur pur qu'il avait juré de servir autrefois; le courageux protecteur d'Albion, amoureux de la magie, prêt à tout pour son peuple. Dieu, que l'âme d'Arthur était belle, brillante comme le diamant dans les premiers feux du jour sous le regard d'Emrys dont les sentiments s'éveillaient à l'humanité pour la première fois. Belle comme l'expression de son regard rivé au sien. Belle comme le son de son souffle qui raccourcissait. Et comme son corps qui s'arquait à sa rencontre. Merlin plongeait dans cette âme comme dans une eau limpide, qui le faisait renaître. Il n'y avait là aucunes ténèbres, comme si son roi avait le pouvoir de toutes les dissiper, comme s'il était une lampe allumée dans la nuit.

Arthur cédait, pouce après pouce; il cédait de se sentait si intensément aimé, chéri, voulu, désiré. Il toucha le visage de son magicien, effaça du revers du pouce les larmes d'émotion qui coulaient sur ses joues, et ouvrit son âme toute grande, pour accueillir l'or d'Emrys. C'était comme de s'ouvrir à l'univers pour recevoir toute la puissance de son expansion tournoyante. Comme d'être rempli par le nectar du bien-être et de la félicité. Il sentit la magie couler en lui comme du miel pour le faire étinceler, lui brisant la respiration dans sa spirale merveilleuse. Son toucher enchanté le transformait et le faisait resplendir. Tout était là. Une si grande force. Une si grande douceur. Une si belle promesse.

"Tu sais, tout à l'heure", affirma Arthur dans un murmure, à l'oreille de son ami. "Quand je t'ai dit étais l'or de mes rêves; et le courage de mon coeur; et la force de mon bras; j'ai oublié de dire que tu étais aussi le souffle de ma vie. Je te veux tout entier en moi, maintenant; corps et âme".

Merlin l'embrassa à perdre haleine. "Mon ami", murmura-t-il, entre deux baisers, envahi par l'émotion. "Mon prince. C'est toi qui es l'or de mes rêves...".

"Je suis tel que tu m'as fait", répondit Arthur sans le lâcher des yeux. "C'est pourquoi je t'appartiens."

Merlin secoua la tête, et souffla : "Non; c'est moi qui t'appartiens tout entier".

"Viens", murmura Arthur, en attirant à lui son magicien; son regard plongé dans le bleu pailleté d'or de ces yeux qui avaient traversé le temps pour venir réveiller sa mémoire. "Tu es sûr", demanda Merlin, d'une voix que le désir enrouait. Arthur hocha la tête. C'était la première fois, pour lui, mais il n"avait pas peur. Il y avait eu une autre première fois, sous les grands arbres d'Acétir, qui lui avait appris qu'il n'aurait jamais rien à craindre de celui qu'il aimait. Il désirait ce moment. Il le désirait tellement. Parce qu'être réuni à Merlin, c'était comme d'être réuni à la meilleure part de lui-même. "Tout à fait sûr", répondit-il, sans quitter Merlin des yeux. Il eut un sourire en coin, puis referma sa main sur lui, lui arrachant une exclamation étranglée. Merlin haleta, mais avança sa propre main, pour le toucher à son tour, avec un mélange de fermeté et de délicatesse qui le retourna. C'était la première fois qu'il le touchait ainsi, et Arthur avait l'impression de fondre sous sa caresse. Penchés l'un vers l'autre, en miroir, ils se dévisagèrent longuement, pour mieux savourer les frissons qu'ils infligeaient à l'autre. Puis, Merlin se souleva au-dessus de lui, et Arthur accompagna son mouvement, s'accrochant à lui, les muscles bandés. Ils continuèrent à se regarder, les yeux dans les yeux. Quand Merlin entra en lui, lentement, sensuellement, Arthur laissa échapper un souffle. Puis, la chaleur l'envahit, et un sentiment de plénitude immense l'envahit; le plaisir qui fulgura à travers son corps se répercuta à l'intérieur de son âme, l'ouvrant comme une fleur; l'or était partout; il avait l'impression de flotter dans un empire où régnait la pureté des sens. Merlin était tout autour de lui, et à l'intérieur de lui, de toutes les manières possibles, le soulevant dans son amour inlassable, intense et fervent; et sa magie décuplait ses sensations, lui donnant l'impression de vivre et de mourir un peu plus à chaque instant, comme s'il rejoignait ce lieu magique où tout était tellement plus vif, tellement plus éclatant. Ils étaient l'un contre l'autre, si étroitement embrassés que leurs deux silhouettes fusionnaient; autour d'eux, les plantes grimpaient le long du mur, les fleurs d'or jaillissaient des rameaux neufs; et Arthur savait qu'il désirait tout ressentir, tout recevoir, tout abandonner dans cette étreinte. Penché sur lui, son corps souple et gracieux ondoyant comme une baguette de saule dans le vent, Merlin était pareil à une vague, qui déferlait sans fin sur le rivage de son être, comme un cri, qui menaçait de le faire éclater, comme un miracle, qui le faisait renaître. Il y avait une expression sauvage dans ses yeux, et de la force dans chacun de ses gestes, mais ses mains, ses lèvres, et les doigts enchantés de sa magie étaient d'une douceur infinie; et sa présence en Arthur était comme une flamme exquise, crucifiante, dans laquelle tout se mélangeait, faisant poindre des larmes au coin de ses yeux. Ils bougeaient comme s'ils ne formaient qu'un, la magie, les soulevant du lit pour les enlever dans son étreinte, et c'était comme si tous les nuages du ciel défilaient en-dessous d'eux.

"Tu me tues", souffla Arthur, hors d'haleine, en sentant les sensations le submerger de leur puissance."Oui", répondit Merlin, d'une voix enflammée, à son oreille, en entrelaçant ses doigts aux siens. ""Emmène-moi avec toi", souffla Arthur. "Oui", promit Merlin. Il éprouvait l'intensité d'un plaisir qu'il n'avait jamais connu avec aucun autre de ses partenaires, parce qu'en cet instant, les sens, la magie et les sentiments oeuvraient ensemble au lieu de travailler les uns contre les autres, lui faisant comprendre que seul leur alignement pouvait lui permettre de trouver ce qu'il avait passé des semaines à rechercher par le seul apprentissage d'une technique. Quel fou il avait été. Quel sot, quel abruti. La solution n'avait jamais été dans la dissociation. L'union, seule, était la réponse. La différence, entre le plaisir qu'il avait connu au Mec Plus Ultra, et celui qu'il connaissait maintenant, était si flagrante, qu'elle en paraissait presque absurde. Et cependant, il ne regrettait pas un instant de ses aventures au club, parce que c'était grâce à elles, si il était capable de prolonger leur union maintenant, pour mieux entraîner Arthur avec lui tandis qu'il décollait, concentré sur les réactions et sur les sensations de son bien-aimé grâce à son expérience autant que via l'omniscience d'Emrys. L'homme et le magicien ne formaient plus qu'un seul être tendu vers Arthur. Arthur, dont il était l'amant, Arthur, qui était en-dessous de lui, les yeux perdus dans les lymbes du désir, le souffle court, les muscles tendus, les jambes, enroulées autour de ses reins, si glorieux, dans sa manière de le tenir contre lui, si fort, et cependant si tendre, si confiant, dans son abandon total, comme s'il n'était rien au monde dont il puisse avoir peur. Il n'avait pas peur. Comme jadis, sous les grands arbres d'Acétir, il plongeait dans les sensations sans lutter contre elles, les chevauchant avec une impétuosité dépourvue de crainte, parce qu'elles lui venaient de Merlin. Et il vint à l'esprit du magicien, que son roi faisait l'amour comme il livrait bataille, avec la même incroyable générosité, sans réserve, sans hésitation. Cette pensée le retourna complètement. C'était... bon sang... c'était sexy. Il sentait l'être qu'il aimait, si incroyablement proche, comme si sa chaleur l'entourait, l'accueillait, l'absorbait... et qu'Arthur soit prêt à lui donner tant de pouvoir sur lui, vint décupler son désir de le servir, de le combler, de l'adorer.

"Descends, plus profond", haleta Arthur, en le serrant contre lui, les pupilles dilatées. Un désir puissant s'empara de Merlin et ses mouvements se firent plus amples, plus violents. "Je ne veux pas..." protesta-t-il, d'une voix rauque, craignant ce qui arriverait s'il se laissait totalement emporter. "Plus fort", ordonna Arthur, d'une voix sans hésitation, en l'embrassant à perdre haleine. "Je veux sentir... ta force. Etre submergé par elle. Me laisser entraîner au-delà... au-delà...". Merlin poussa un rugissement en cédant à sa requête. Il était en train de perdre le contrôle. Mais il le perdait sans inhibitions. Avec passion, et avec sauvagerie. "Encore plus loin", le pressa Arthur, haletant, en le regardant dans les yeux. "Jusqu'au centre. Là où toi seul peux entrer. Je te veux, Merlin. Je te veux plus que tout au monde. Je veux te sentir. Je veux...". Merlin le voulait aussi. Descendre si loin en Arthur qu'il pourrait atteindre le centre de son être... pour atteindre leur point de fusion. Celui dont avait parlé Adrinial. Celui qui avait fait jaillir la Source de la magie. Les yeux du magicien se révulsèrent. Emrys fusa par ses doigts, par ses pupilles, par ses lèvres, par son sexe, et s'élança à l'intérieur d'Arthur pour le remplir, corps et âme. Merlin sentit Arthur s'arquer contre lui; son bien-aimé avait perdu toute emprise sur lui-même; ses muscles se contractaient furieusement autour de lui, son âme, s'accrochait désespérément à la sienne. Il la tint serrée dans le plaisir fulgurant qui entrait en éruption. Arthur eut l'impression de monter à toute vitesse, et quelque chose éclata en lui; il tombait, tombait, tombait... sa bouche s'ouvrit sur un cri; son orgasme se réverbéra à l'intérieur de Merlin qui éclata à son tour, et Arthur remonta, comme par les effets d'une réaction en chaîne qui lui faisait éprouver le plaisir de son amant; l'échange recommença, et recommença, et recommença, comme si le temps s'était refermé sur une boucle, comme s'ils se trouvaient dans un paradis caché où le plaisir tournait sur lui-même, et où les échos de leur orgasme initial se réverbéraient à n'en plus finir.

Peut-être que l'univers était né de cette manière. Des réverbérations de plaisir parcourant deux amants si incroyablement unis par la puissance de leur désir qu'ils avaient réussi à créer un nouveau monde. Autour d'eux, la chambre avait disparu. L'espace était constellé d'étoiles, et puis, ce fut comme si la vague, après avoir atteint son ultime apogée, se retirait lentement, pour les laisser sur un rivage lointain, où ils restèrent immobiles, dans les bras l'un de l'autre,

Arthur avait les yeux baignés de larmes, la poitrine secouée de sanglots. "Mon Dieu", répétait-il. "Mon Dieu. Mon Dieu"."Je suis là", souffla Merlin, en le serrant contre lui. "Je suis là, je suis là, je suis là". "Tu m'as vraiment tué, tu sais ça", dit Arthur, en l'embrassant. "C'était... c'était...tout ce dont j'ai toujours rêvé quand je nous imaginais ensemble".

Merlin se laissa retomber sur lui, appuyant son front contre le torse de son ami alors que ses bras forts l'enlaçaient fermement.

Aujourd'hui, il était heureux.

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-Eh bien, dit Adrinial à sa mère. Maintenant, je comprends pourquoi ils sont dangereux quand ils sont ensemble. Les êtres humains sont-ils tous les mêmes sur ce plan-là ?

-Disons que ces deux-là sont un peu spéciaux, répondit la Déesse en riant à son fils.

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Sur leur grand lit du 22 Bayswater Road, Merlin et Arthur gisaient côte à côte, comme après un shoot d'héroïne. Mais sans doute Emrys était-elle une drogue encore bien plus puissante. La main dans la main, ils rêvaient en-dessous de leur arbre, profitant des retombées de leur orgasme intersidéral, nageant dans la béatitude physique et spirituelle.

-C'était... c'était..., murmura Merlin.

-Encore plus décoiffant que la première fois, articula Arthur. Heureusement qu'Adrinial a assuré le coup, sans quoi je crois que nous aurions ruiné la maison...

-Londres, rectifia Merlin, les yeux rêveurs.

-Hé ? fit Arthur.

-Sans Adrinial, nous aurions ruiné Londres, dit le magicien en riant joyeusement.

-C'est gentil de penser à moi, commenta le dragon blanc dans l'esprit de Merlin. Je tiens à signaler, au passage, que vous êtes de vrais sauvages; vous avez failli faire tomber mon écran de protection plus d'une dizaine de fois... et dans les derniers instants, j'étais à deux doigts d'être complètement submergé.

-Désolé, répondit Merlin, avant de traduire à Arthur : Adrinial dit que nous ne sommes pas faciles à contenir.

-Tu m'étonnes, dit Arthur, avec un sourire en coin. Surtout sur le final...

-Ca ira. Maintenant que je sais à quoi m'attendre, je vais resserrer les mailles, dit le dragon blanc avec humour.

-A certains moments, Adrinial me fait plus penser à son père qu'à sa mère, murmura Merlin, amusé.

-S'il a l'humour de Kilgarrah, nous sommes finis, répondit Arthur.

-Il y a quelque chose en lui qui me fait penser à Galaad...

Arthur se retourna vers Merlin, et écarta de son front les mèches de ses cheveux noirs.

-J'ai adoré la manière dont tu as pris les choses en main cette fois-ci. Ce petit côté autoritaire te va tellement bien...

-Je l'ai toujours su, murmura Merlin, avec un sourire victorieux .

-Que nous étions les champions du monde ? fit Arthur, enchanté.

-Qu'au fond de toi, tu rêvais d'être en-dessous, rétorqua Merlin, en lui adressant un regard pétillant.

-Ne dis pas n'importe quoi, Merlin, répondit Arthur, d'un ton supérieur.

-Tu m'as fait lire dans tes pensées, lui rappela Merlin, en haussant les sourcils.

-Je t'ai montré un fantasme parmi tant d'autres. Et puis, d'ailleurs; j'étais peut-être en-dessous techniquement cette fois-ci, mais il est très clair que j'étais toujours au-dessus moralement. La preuve, c'est moi qui donnais les ordres.

Merlin le regarda avec incrédulité.

-Les ordres, hein ?

-Parfaitement, dit Arthur d'un ton convaincu.

-"Plus fort"; "plus loin", tu appelles ça des ordres, toi ? fit Merlin en riant.

-Je n'ai jamais dit que c'était des ordres complexes, répondit Arthur.

-Tu me feras penser à reprendre ça à mon compte la prochaine fois que je serai en train de me pâmer en-dessous de toi, dit Merlin, amusé.

-Oui, sauf que dans ta bouche, ce ne sera pas vraiment des ordres, lui lança laconiquement Arthur.

-Il va falloir que tu m'expliques la nuance, parce que je ne saisis pas, pouffa Merlin.

-C'est facile; c'est un ordre quand celui qui le formule est roi, dit Arthur, avec un sourire tout en dents.

Merlin lui balança son oreiller sur la tête. Arthur renvoya le sien dans sa direction. Au-dessus d'eux, l'arbre se balançait. Ses feuilles avaient pris une belle teinte dorée. Le jeu se transforma en bagarre avant de virer au câlin.

-Qu'est-ce que c'était que cette espèce de boucle orgasmique qui n'en finissait plus ? demanda Arthur, les yeux brillants, en coinçant Merlin en-dessous de lui.

-Je ne sais pas trop, répondit le magicien, avec un sourire en coin. Je t'ai senti venir, et ça m'a... déclenché, après quoi je t'ai senti qui me sentais, et... c'était comme un écho, à l'infini.

-Tu crois que nous pourrions avoir ça à chaque fois ? demanda Arthur, les yeux brillants, comme si cette idée valait son pesant d'or.

-Aucune idée, répondit Merlin, avec franchise.

-Il faut absolument qu'on vérifie ça, décida Arthur.

-Maintenant ? fit Merlin, incrédule.

-Tant que nous y sommes, oui, dit le Roi Présent et A Venir, avec le plus grand sérieux. Prends ça comme une autre expérience scientifique ! Nous sommes des explorateurs...

-... de l'orgasme ? dit Merlin, en haussant un sourcil.

-... j'allais dire : de l'empire sensoriel, corrigea Arthur, avec enthousiasme. Un vaste territoire à découvrir, aux confins du monde connu; le terrain de jeu idéal pour deux grands aventuriers comme nous !

-Sauf que : le capitaine du navire est vanné après avoir barré pendant la tempête, dit Merlin en riant.

En lui, Emrys était d'un calme presque immobile, son âme de feu, aussi apaisée que la surface d'un lac. Elle aurait aussi bien pu être un gros chat qui ronronnait après avoir été pleinement rassasié. Merlin ne se souvenait pas de l'avoir connue aussi tranquille. C'était... incroyablement reposant. Presque autant que d'être en vacances.

-Mmm. Je suis sûr que je peux te réveiller, moi, affirma Arthur, d'une voix confiante.

-Je te trouve bien sûr de toi, rétorqua Merlin.

-Laisse-moi prendre la barre, et tu verras..., dit Arthur en plissant les yeux.

-Je croyais que c'était toi le roi; pourquoi demandes-tu l'autorisation d'un simple serviteur, dit Merlin, avec espièglerie.

Arthur le renversa sur les oreillers et l'embrassa tendrement. Merlin se sentait bien. Détendu, serein. Pourtant, son bien-aimé n'eut pas besoin de faire grand chose pour que son désir s'éveille... C'était presque trop facile. Mais ce n'était pas étonnant, avec un cavalier si séduisant. Encore plus maintenant, qu'il était décoiffé par l'effort, et qu'il était rempli par le désir de prouver qu'il pouvait faire au moins aussi bien que son partenaire.

-Cap sur l'ElDorado, murmura le roi en plongeant sous les draps soyeux.

-Comme le voudra mon capitaine, répondit Merlin, en riant.

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BOUM !

Gauvain leva les yeux vers le plafond du 22 Bayswater Road, le regard enchanté. Personne n'était censé être là, bien sûr. Mais il fallait bien que quelqu'un vérifie que tout était rentré dans l'ordre. Et il n'y avait que lui pour se dévouer à la tâche.

BOUM ! BOUM ! BOUM !

Le bruit était étouffé, comme s'il retentissait à l'intérieur d'une cellule capitonnée, mais il aurait fallu être insensible pour ne pas s'apercevoir que des micro-secousses ébranlaient bel et bien la maison.

BOUM !

"Oh oui, c'est boooooooooooon ! Encore, encore - continue !"

Gauvain haussa un sourcil en reconnaissant la voix de Merlin. Il avait l'air beaucoup, beaucoup plus déchaîné que d'habitude.

BOUM ! BOUM !

"Qui est le Roi ?"

"C'est toi !'

"Pardon ?"

"C'est TOI !"

"Je n'ai rien entendu !"

"Arthur continue ce que tu es en train de faire ou je te jure que je t'étrangle !"

Une grappe de fleurs s'épanouit sur le plafond, juste en-dessous de la chambre des deux inséparables. Elles étaient dorées, parfumées, et pleines d'un pistil collant, où venaient s'accrocher des nuées de petits papillons bleus.

-Pile au moment où je me retrouve célibataire, dit le chevalier, glorieusement incrédule. Il n'y a pas de justice en ce bas monde, vraiment...

Il prit son téléphone portable, et texta à Gwen :

Mission accomplie.

Puis il brancha la fonction vidéo pour filmer les fleurs qui apparaissaient, et disparaissaient au rythme des secousses. Juste histoire d'envoyer un petit MMS à Mona, dont personne d'autre ne saurait jamais rien...

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Penchées sur le rebord du monde, trois Déesses voyeuses contemplaient de très haut ce qui se passait à l'intérieur d'une certaine chambre.

Ayant, chacune, une opinion bien différente sur la question.

-Que voilà un beau point d'équilibre, se félicita Aithusa.

-Je crois que je vais vomir, dit la Cailleach.

-Ce que tu peux être rabat-joie. Personnellement, j'adooore les histoires d'amour qui se terminent en feu d'artifice, s'exclama Freya en joignant les mains.

-Ca ne vaut pas une bonne explosion magique, tout de même, répondit Aithusa, en louchant vers la Dame du Lac.

-Vous ne pouvez pas nier qu'ils sont plus doués pour ça que vous l'étiez toutes les deux, dit Freya à ses deux soeurs en riant.

-Vous êtes affreuses. Ca y est, ça y est. Je vomis vraiment, s'exclama la Cailleach horrifiée.

-Tu ne peux pas vomir, nota Freya, avec un regard blasé à la Cailleach. C'est une fonction corporelle, et tu n'as pas de corps.

-J'en avais un, quand j'ai couché avec le gros lézard géant, se lamenta la Cailleach, avec une grimace écoeurée.

-Nous avons fait ça pour la procréation; pas pour expérimenter les sensations liées au plaisir humain, lâcha Aithusa, d'un petit ton supérieur.

-Vous ne comprenez vraiment rien à l'amour, se désespéra Freya.

-Pourquoi faudrait-il qu'on y comprenne quelque chose ? C'est à ça que tu sers, lui rappelèrent les deux autres en choeur.

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Comment avaient-ils pu être si maladroits pendant si longtemps alors que c'était si simple, et si bon ? Si évident, si naturel, et si puissant ? Leur navire fendait les eaux d'un océan enflammé, et Merlin était à nouveau en train de partir, conduit part Arthur vers une autre apogée flamboyante. Emrys volait comme un grand oiseau de feu, naviguant entre eux comme l'expression de la joie la plus pure. Il y allait y avoir une troisième. Peut-être. Certainement. Et après ça, une quatrième. A n'en pas douter. A un moment donné, ils cesseraient certainement de compter quoi que ce soit. Après tout, ils ne faisaient jamais que rattraper le temps perdu. Maintenant que tout était permis, et qu'il y avait tant de jeux à découvrir, tant d'horizons à explorer, tant de plaisirs à goûter, tant de dimensions entre lesquelles voyager, tant de combinaisons à imaginer, une petite heure n'allait certainement pas y suffire; il serait bien temps de ressortir de la chambre; d'ici demain soir, certainement ?

A moins qu'à ce moment-là, ils ne soient trop fatigués pour bouger, à force de s'épuiser l'un l'autre.

Ce qui était, pour l'heure, bien loin d'être le cas.