43) Je crois qu'elle m'évite
Lorsque Sirius arriva dans le hall principal du Ministère, il se dirigea net vers les ascenseurs. Il avait une destination bien précise en tête. Harry avait eu l'air très inquiet lorsqu'il l'avait contacté, et même si Sirius n'avait pas été entièrement pas convaincu, il ne voulait pas laisser tomber le fils de son meilleur ami. Et puis, il aimait bien ce genre d'aventures. Il en avait touché deux mots à Remus, qui s'était contenté d'acquiescer en souriant. Le quotidien avec le loup-garou manquait parfois de fantaisie.
- Sirius !
Sirius se retourna et un sourire charmeur apparut immédiatement sur son visage tandis qu'une jeune femme enrobée se dépêcha de le rattraper.
- Tiens, Gladys ! Que me vaut le plaisir de ton apparition ?
- Oh, tu sais, je ne viens que pour toi !
L'Auror se força à ne pas grimacer et Gladys reprit :
- Je voulais t'avertir que Maugrey se méfie de toi, et je ne vois vraiment pas pourquoi, tu es parfaitement charmant et-
Sirius l'ignora, acquiesçant de temps à autres. Quand elle s'y mettait, ça pouvait durer des lunes.
-... alors je lui ai dit "Quoi, tu veux que j'écrive un nouvel article sur les fonds de chaudron ?" parce que tu vois des fois j'ai l'impression que je fais passer des messages secrets, selon l'épaisseur ou la taille du chaudron...
De nombreuses lunes.
- ... et cet amour m'a ensuite demandé si j'étais libre après le boulot, mais comme par hasard Fudge s'est incrusté pour me demander quoi ?
- Un nouvel article sur les fonds de chaudron ? imagina Sirius.
- Dans le mille ! Alors tu vois, j'ai protesté mais il m'a dit que si je ne voulais plus de mon job...
De très nombreuses lunes.
- ... mais je devrais peut-être retourner au travail, je vais finir par avoir du retard, poursuivit Gladys.
- Gladys, est-ce que tu pourrais me donner une information ?
- Ça dépend, mais vu que c'est toi, je risque pas d'être difficile !
L'Auror était sur le point de lui demander des informations sur le Département des Mystères, puisqu'il y avait des chances que ce soit ce qu'Harry ait visité en rêve, mais il se ravisa. Gladys adorait rassembler et colporter des rumeurs en tous genres, et il ne souhaitait pas attirer l'attention sur lui plus que nécessaire.
- Non, rien. Continue de faire du bon boulot, improvisa Sirius avant de lui faire un signe de tête et de tourner les talons.
Il n'était qu'à quelques pas de l'ascenseur lorsque celui-ci s'ouvrit sur le nouveau chef du département des jeux et sports magiques, qui lui adressa un sourire qu'il ne sut comment interpréter. Ludo Verpey n'avait pas démontré une grande fiabilité l'année passée. Sirius ne pouvait s'empêcher d'éprouver de la peine pour le pauvre gars. Il n'avait que peu de chances de retrouver un travail, et certainement pas dans un endroit aussi important que le Ministère.
Sirius n'aimait pas son remplaçant. Ils se parlaient peu, et il pouvait très bien s'agir du Facilitateur. C'était même très probable, mais Sirius n'avait aucune preuve, et préférait conserver son poste. Il pouvait toujours surveiller à distance l'individu.
Il était seul dans l'ascenseur et décida d'aller le plus profondément possible. Il doutait qu'un lieu secret soit simple d'accès.
- Département des Mystères, annonça la voix féminine de l'ascenseur.
Sirius soupira et sortit de la cage de fer. Les couloirs avaient l'air plutôt sombres, et l'Auror ne retirait pas une impression chaleureuse de cet endroit. Mais si Harry avait réellement rêvé de ce lieu, une autre question se posait; comment était-ce possible ?
Soudain, la porte en face de lui s'ouvrit et une Langue-de-Plomb en sortit. Elle lui adressa un regard interdit et lui fit signe de remonter en vitesse, ce que Sirius ne se priva pas de faire.
- Bien sûr que cet endroit existe, affirma Zacharias les bras croisés.
- Comment tu sais ça ? se méfia Ron.
- J'ai de la famille qui travaille dans le journalisme. Le Ministère a peu de secrets pour nous.
- Si tu le dis, dit Harry.
- Comment ça va avance avec Cho ? s'intéressa tout à coup Hermione.
Le regard d'Harry se perdit dans la liste des membres de l'Armée de Dumbledore.
- Votre baiser avant Noël l'a dégoûtée à vie ? plaisanta Ron.
- Je crois qu'elle m'évite, avoua Harry.
- Vous ne vous êtes pas reparlé depuis les vacances ? demanda Hermione.
- Non, murmura Harry. Je crois que c'est mort.
- Tu avoueras quand même qu'une salle de classe abandonnée ça ne titille pas vraiment, glissa Zacharias.
- Comment tu sais ça ? demanda à nouveau Ron.
- Les Poufsouffles sont au courant de tout.
Le trio de Gryffondor échangea un regard, et Zacharias continua :
- Elle l'a très mal pris, mais en même temps elle est toujours sur Cédric, alors je crois que c'est un peu compliqué dans sa tête. Tu ferais mieux de l'oublier.
Un bâillement retentit à gauche de Zacharias, et Hanna se releva avant de poser ses coudes sur la table, l'air hagard. Elle murmura :
- J'ai dormi combien de temps ?
- Environ deux heures, dévoila son camarade de Poufsouffle avec agacement.
- Ah, bah ça va alors, s'exclama Hanna en s'étirant.
- À présent que votre camarade est réveillée, sortez d'ici, siffla Irma Pince depuis son comptoir.
Cela faisait plusieurs heures qu'ils occupaient la bibliothèque du château et que l'adulte leur jetait des regards méfiants.
- J'avais encore un livre à emprunter, déclara sèchement Hermione.
Elle se leva du banc et se dirigea vers la nuée de livres qui constituait l'étagère la plus proche. Ron se pencha vers Harry :
- Si Hermione commence déjà à se rebeller, qu'est-ce que ce sera en septième année ?
Harry réprima un rire et se mit à ranger ses affaires.
Cho et Marietta étaient route vers le septième étage lorsque cette dernière demanda tout à coup :
- Est-ce que tu penses qu'on fait quelque chose de juste ?
Cho se tourna vers sa meilleure amie, étonnée, et répondit :
- J'en suis certaine, après tout Ombrage n'est pas compétente. Si on veut pouvoir passer nos BUSE il faut bien s'entraîner.
- À l'insu du Ministère ?
- Il y a une épreuve pratique.
- Peut-être qu'Ombrage sait ce qu'elle fait.
- On passe littéralement nos heures de cours à lire le manuel.
- Pourquoi continues-tu à défendre ce groupe ? fit Marietta légèrement irritée. C'est parce qu'il y a Harry ?
- Pas du tout, se défendit Cho.
En voyant l'air contrarié de son amie, Marietta changea de sujet :
- Comment va ta tante ?
- Bien, je crois. En ce moment elle élève des lapins.
- Comme ceux qui m'ont mordu la main l'été dernier ? plaisanta Marietta.
- J'avais oublié ce moment, pouffa de rire Cho. Oui, comme ceux-là.
- On devrait avoir le droit d'en apporter ici. Des lapins, je veux dire.
- Tu trouves ?
- Oui ! assura Marietta. Tout le monde a des chats, les chouettes sont pratiques mais c'est tout, et les crapauds... J'ai vraiment besoin d'expliquer ?
- Tu devrais embrasser un crapaud, peut-être qu'il se transformera en lapin.
- Je ne prendrai pas ce risque !
- Mais je suis d'accord, les lapins devraient être autorisés. Ma tante aurait plus de succès sur le Chemin de Traverse. Et puis ils peuvent être utiles.
- Ah oui ?
- Oui, insista Cho.
- Et en quoi ?
- Il faudrait demander à ma tante.
Marietta adressa un regard désabusé à Cho mais ne pipa mot.
Ce qu'elle ne remarqua pas, c'était que quelqu'un les filait. Argus Rusard fixait les deux adolescentes d'un regard mauvais. D'abord, deux endroits éloignés l'un de l'autre à Poudlard se transformaient en marécage. Les jumeaux Weasley n'avaient pas avoué, bien entendu, mais le concierge n'était pas né de la dernière pluie.
Ensuite, le septième étage se retrouvait ponctuellement inondé d'étudiants, ce qui n'arrivait jamais en temps normal. Sa chatte avait été la première à remarquer l'étrange comportement des élèves, et à présent Argus les tenait à l'œil.
Les filles s'approchèrent d'un mur, puis partirent vers la gauche. Argus resta là où il était, sachant par avance que les Serdaigles n'allaient pas tarder à faire demi-tour, et que ce manège recommencerai plusieurs fois.
Mais il avait mal jugé l'efficacité de sa discrétion, et lorsque Marietta et Cho revinrent sur leurs pas, elles le remarquèrent sans mal. Des coupables se seraient incriminés en fuyant; les deux amies s'approchèrent au contraire du concierge et sourirent innocemment. La plus jeune, aux traits asiatiques, lui demanda :
- Bonjour, qu'est-ce que vous faites là ?
- Vous n'étiez quand même pas en train de nous suivre ? eut l'air de s'inquiéter son amie.
- Je fais mon travail, fit Argus en fronçant les sourcils. Vous n'étiez pas en train de faire quoi que ce soit de répréhensible, j'espère ?
- On aime simplement se balader un peu partout dans le château pour discuter, déclara la plus âgée.
- Poudlard recèle de merveilles qui ne se remarquent pas à première vue, vous ne trouvez pas ? poursuivit son amie.
- Peu importe, mais vous n'avez pas intérêt à enfreindre le règlement ! tempêta Argus avant de tourner les talons.
Cho et Marietta attendirent que le vieil homme soit hors de leur vue pour soupirer de soulagement. Lorsqu'elles entrèrent dans la Salle sur Demande, Terry les interrogea :
- Qu'est-ce qui vous a pris autant de temps ?
- Rusard, déclara Marietta.
- Tes conseils ont été très utiles, fit Cho à Alexandra.
- C'est une amie Moldue qui m'a appris ça, sourit la rousse. Il ne faut pas hésiter à faire comprendre au harceleur que tu l'as vu, ça va le freiner.
- Bien, maintenant que tout le monde est là, lança Leo au reste des étudiants, reprenons.
- La dernière fois, les groupes ont été faits, continua Enaël avec assurance. Notre groupe sera centré sur l'art des duels.
- Dans le notre, précisa Harry, on va renforcer les bases. Un bon Expelliarmus peut faire la différence.
- Même si le méchant lance un Avada ? demanda Hanna le bras levé.
- Il ne pourra pas le faire s'il n'a pas sa baguette, sourit Ron.
L'assemblée s'agita, et Leo déclara :
- Mettez-vous par duos au sein d'un même groupe. Tout d'abord, Daphné, mets-toi avec Zacharias.
- Je ne devais pas aller dans l'autre groupe ? s'étonna le Poufsouffle.
- Tu peux aller dans les deux, nous voulons juste voir de quoi tu es capable, assura Enaël.
Zacharias n'avait pas l'air de les croire, mais il acquiesça et se tourna vers Daphné, qui lui jeta un regard douteux.
La salle fut scindée en deux : le groupe d'Harry était en ligne face à des cibles, tandis que le reste des étudiants s'affrontait deux par deux. Leo et Enaël s'étaient attachés à l'idée de lier des personnes qui ne se connaissaient pas trop. Ça bouleversait les habitudes de chacun, puisqu'ils devaient jauger l'adversaire par exemple.
Alexandra rugit en voyant qui était son adversaire, et fit un geste obscène à Leo, qui se contenta de sourire.
- Les deux furies ensemble, tu veux tous nous tuer ? plaisanta Terry alors que Ginny semblait prête à réduire sa rivale en cendres.
- Ginny a du potentiel, et il faut qu'Alexandra apprenne à maîtriser sa colère, se justifia Leo.
- On les surveille, ne t'inquiète pas, sourit Enaël.
Les ateliers eurent un déroulement satisfaisant aux yeux des professeurs, qui décidèrent d'organiser la réunion suivante deux semaines après.
Pendant ce temps, Argus était revenu avec des renforts, la nouvelle brigade inquisitoriale que la sensationnelle Dolores avait créé. Constituée de plusieurs élèves arborant un fier insigne, Argus aurait souhaité qu'elle lui soit un tantinet utile, mais tout ce qu'ils avaient réussi ensemble, c'était de s'énerver.
- Potter est forcément là-dedans ! s'écria Drago en pointant le doigt vers le mur qu'ils scrutaient depuis un certain temps.
- Nott et Greengrass aussi, ils ne sont pas dans la salle commune, grogna Crabbe.
- Ils peuvent être dans la bibliothèque, fit Goyle le nez gonflé.
- Pourquoi t'irais là-bas ?
- Pour lire peut-être !
- Lire ? dit Crabbe les sourcils froncés.
- ... Ouais, excuse. Personne ne lit.
- Moi, je lis, glissa Pansy.
- Toi la ferme, asséna Milicent.
- Je ne te permets pas, Bulstrode.
- Va voir chez Merlin si j'y suis, Parkinson.
- Chut, siffla Rusard. Quelqu'un sort !
Et en effet, un museau apparut après qu'une porte soit apparue et se soit entrouverte. Marietta Edgecombe vit Rusard et la brigade, puis referma doucement la porte avant que qui que ce soit n'ait pu l'atteindre.
Gregory Goyle murmurait un charabia pour tenter d'entrer dans la mystérieuse salle lorsqu'un grand bruit résonna en-dessous de lui. C'était un grondement comme seuls deux jumeaux pouvaient en produire. Tous se regardèrent, puis allèrent d'un seul mouvement en direction du Grand Escalier.
- Pas encore ! hurla le concierge en se ruant sur les marches, manquant plusieurs fois de tomber.
Lorsqu'ils arrivèrent sur les lieux du crème, un râle s'échappa de la gorge de Rusard tandis qu'une odeur nauséabonde renversa l'estomac de Gregory. Crabbe le regarda et sourit, probablement sans même savoir pourquoi. Crabbe ne savait pas grand chose.
Le sixième étage s'était à son tour transformé en marécage, avec toutefois un peu plus d'originalité. Une licorne multicolore fixait la brigade, et des plantes visiblement carnivores agitaient leurs tentacules.
Ni une, ni deux, la majorité des élèves s'enfuit, et ne resta que quelques téméraires qui déglutirent.
En revenant dans la Salle sur Demande, les jumeaux Weasley et Luna furent couverts d'applaudissements.
- Ça a été efficace ! s'exclama Terry. Ils ne risquent pas de revenir avant un moment.
- J'aime beaucoup l'idée de la licorne, rit Leo.
- Les plantes ont dû les terrifier, félicita Ron. J'aurais bien aimé être là.
Tandis que Fred et George saluaient leur public, Luna rougit de gêne. Elle avait simplement donné les idées, les jumeaux s'étaient chargés du reste. Et puis ça n'avait été qu'une diversion, pas un véritable spectacle.
Par chance, la salle pouvait créer une sortie aléatoire, et les jumeaux et elle avaient saisi la première occasion pour distraire Rusard et la brigade. Seamus avait fait un dessin représentatif sur les indications de Luna au préalable.
Tandis que les camarades sortaient les uns après les autres de la salle, Harry s'approchait de son frère et lui demanda avec hésitation :
- Est-ce qu'on peut parler ?
- Bien sûr, dit Leo.
Ils se mirent à l'écart et Harry s'assit sur un banc qui venait d'apparaître. Il baissa le regard et fit :
- Qu'est-ce que ça fait, exactement, d'aimer quelqu'un ?
Leo lui jeta un regard surpris et sourit. Il choisit soigneusement ses mots et déclara :
- C'est indescriptible. Ça dépasse les simples mots, une sensation qu'on ne peut pas résumer à deux ou trois termes.
- Je vois... Et quand est-ce que tu as su que tu aimais, tu sais...
- Les garçons ? devina Leo. Je pense que je l'ai simplement su, tu vois ? Je ne me suis jamais dit que mon truc, c'était les filles. Tu as des doutes sur tes attirances ?
- Non, pas vraiment, même si j'ai fait un rêve étrange l'année passée, admit Harry. Mais je ne sais pas si j'aime réellement Cho, ou si j'essaie juste de me convaincre que je l'aime.
Leo resta silencieux un instant, puis conseilla :
- Je ne peux rien deviner pour toi, mais si tu te poses cette question, c'est peut-être un signe. Le mieux c'est encore que tu lui en parles directement.
Harry hocha la tête mais marmonna :
- Je ne suis pas sûr d'avoir envie de faire à nouveau face aux chutes du Niagara.
- Ça va bien se passer, j'en suis certain. Au pire, tu passeras à une autre fille.
- Comme qui ?
- Je suis sûr que tu as déjà une idée, rit Leo. Bon, je te laisse, j'ai l'amour de ma vie à titiller.
Harry fronça les sourcils, ne saisissant pas l'allusion de son frère, et le salua distraitement. À qui avait-il bien pu faire référence ?
J'espère que le chapitre vous a plu, on se retrouve le week-end prochain pour le chapitre 44, "Tu te fiches de nous" ;) N'hésitez pas à commentez si vous avez des questions ou des théories~
