Chapitre 21 – Partie 2
Severus


En dépit de tous ses efforts, l'oiseau ne bougea pas d'un pouce.

Quand tout à coup, un groupe de fillettes déboula bruyamment dans le couloir ; arborant sur leurs uniformes l'écusson jaune et noir de la maison Poufsouffle, Severus reconnut immédiatement les jeunes élèves de première année à qui il devait faire la classe le lendemain matin. Lorsqu'elles passèrent devant eux, elles les dévisagèrent comme s'ils étaient de véritables phénomènes de foire. Il supposa alors que le tableau de leur professeur de potion, de la jolie jeune fille qu'il avait si audacieusement portée dans ses bras trois mois plus tôt et d'un volatile qui semblait tout droit sortir d'un manuel de soins aux créatures magiques devait valoir le détour. Aussi leurs petits chuchotements animés et leurs regards ostensiblement scrutateurs le confortèrent grandement dans sa supposition. « … si je te dis que c'est elle… » disait l'une à voix basse, « … elle discute avec Snape ; c'est forcement elle !» murmurait une autre à l'oreille de sa voisine.

Au bout de quelques secondes d'intense délibération, une fillette aux cheveux rose pétard se détacha de la meute et s'approcha. Levant ses grands yeux noisette vers Amelia, elle demanda à brûle-pourpoint :

— C'est bien toi, l'attrapeuse des Serpentard ?

Amelia lui répondit par l'affirmative.

— Les garçons de notre classe disent qu'une fille Serpentard ne peut pas rivaliser avec l'attrapeur des Gryffondor, déclara alors la fillette avec un extraordinaire aplomb. Mais on a toutes parié 1 Gallion que dimanche prochain tu allais lui mettre la pâtée ; parce que y'a pas de raison qu'une fille ne puisse pas battre un garçon au Quidditch, hein ? Alors, tu as intérêt de te donner à fond, okay ? Sinon, dans une semaine, on va toutes se retrouver dans le train du retour sans un sou en poche.

— C'est compris, rétorqua Amelia, avec son flegme et sa sérénité habituelle. Et vous direz à vos copains que non seulement je compte bien m'emparer du Vif d'Or avant mon adversaire, mais que je prévois d'accomplir cette formalité en moins d'une heure. Ils peuvent commencer à astiquer leurs Gallions.

— On compte sur toi ! s'exclama la petite, en accourant vers ses amies.

Et les fillettes poursuivirent leur chemin dans le couloir, puis disparurent derrière la porte de la bibliothèque.

— Eh bien, je ne vous savais pas si résolue à ravir cette victoire aux Gryffondor, miss Egerton, lâcha Severus, d'un air admiratif. Cette apparence de confiance cacherait-elle quelques doutes quant à votre capacité à remporter cette finale ?

— Pas le moins du monde, professeur, rétorqua fièrement Amelia.

— Dans ce cas, Alea jacta est !

— Cette défaite des Gryffondor contre la maison Serdaigle était inespéré pour nous, ajouta-t-elle. Alors, croyez-moi, dimanche prochain, nous sommes bien décidés à ne pas laisser filer notre chance. En outre, si vous vous souvenez bien, j'ai une petite revanche à prendre sur eux…

— Soyez rassurée, je n'ai pas oublié le geste consternant de lâcheté de l'idiot de batteur qui vous a envoyé ce Cognard en pleine tête. Je serai fort aise de le voir pleurer toutes les larmes de son corps, à l'issue de la rencontre.

— Nul doute que vous serez exaucé, professeur.

Et c'est sur ces paroles pleines de fougue et de combativité que l'oiseau décida soudain de prendre son envol. En deux battements d'ailes, il s'éleva dans le ciel d'été où le soleil approchait de son zénith. Severus et la jeune fille décrétèrent alors qu'il était temps pour eux de se mettre en route.

Quelques instants plus tard, sur le palier du second étage, Amelia salua poliment son professeur avant de poursuivre sa descente dans les escaliers. Celui-ci observa qu'elle paraissait beaucoup plus sereine qu'à sa sortie de la bibliothèque, ce qui le combla de satisfaction. Elle semblait tout à fait prête à faire le grand saut ; il n'y avait donc plus aucune inquiétude à avoir à son sujet.

En cheminant au milieu du corridor qui débouchait sur l'entrée du bureau du directeur, il songeait à ce qu'il venait de se produire entre elle et lui, devant cette fenêtre du quatrième étage. Par quel miracle avaient-ils pu aussi aisément apaiser les tensions entre eux ? Un tel retournement de situation était tout bonnement inconcevable. L'apparition soudaine de Fumseck avait-elle joué en sa faveur ? La présence d'un animal pouvait-elle à ce point changer la donne, en pareille circonstance ? S'il avait eu connaissance de cette information par le passé, nul doute que sa vie s'en serait vue transformée. Les femmes et les animaux tissaient peut-être, dans le plus grand secret, des liens très étroits de confiance, totalement ignorés des hommes… Severus en avait désormais la vive conviction : ici résidait la clef de l'énigme de ses relations conflictuelles avec le sexe opposé. Par conséquent, pour remédier à ce problème, il tâcherait d'adopter au plus vite un animal de compagnie !

Il avait déjà oublié sa stupide résolution quand il s'élança à l'assaut des marches de l'escalier en colimaçon qui montait aux appartements du principal. Arrivé sur le palier, il souleva le heurtoir et frappa trois petits coups secs à la porte.

— Vous pouvez entrer, dit la voix du directeur qui s'éleva de l'autre côté du battant.

Mais comme Severus tendit la main pour abaisser la poignée, la porte s'ouvrit brusquement de l'intérieur. Il passa sa tête dans l'entrebâillement et trouva aussitôt Dumbledore, assis sur le bord de son bureau, sa baguette magique pointée vers lui.

— Rebonjour, Severus, lui dit-il d'un ton très amical, en abaissant sa baguette.

Severus le salua à son tour, puis pénétra dans la pièce circulaire qu'une douce clarté baignait joliment. Mais son sang se figea dans ses veines au moment il découvrit Adrian Egerton, tranquillement assis sur le fauteuil qui faisait face au bureau, avec sa stature imposante, ses longues jambes croisées, sa chevelure d'un blond d'argent et sa belle cape de voyage négligemment posée sur l'accoudoir. Cet homme était bien la dernière personne qu'il s'attendait à voir aujourd'hui. Et comme il demeurait figé sur place, totalement sonné par l'incongruité de cette rencontre, le juge tourna légèrement son visage d'Apollon pour lui adresser un sourire extrêmement cordial.

— Oh ! pardonnez mon intrusion, professeur, dit Severus avec embarras. Je ne savais pas que vous receviez un visiteur…

— Adrian et moi avions justement terminé, répondit le directeur, en se levant. Dites-moi, que me vaut l'honneur de votre visite, Severus ?

Cette question le fit frémir intérieurement. Et comme il observait le juge déplier ses longues jambes et se lever de son fauteuil, il se demandait s'il n'était pas plus prudent d'offrir à Dumbledore une réponse totalement mensongère.

— Eh bien… c'était au sujet de ce que vous m'avez demandé ce matin…

— Ce matin ? s'enquit Dumbledore, levant un sourcil interrogateur.

— Oui, ce matin… durant le petit-déjeuner… vous m'avez questionné à propos de quelque chose…

— Pardonnez-moi, mais je n'en ai pas le moindre souvenir, avoua le directeur, en souriant.

Il sentit alors le piège se refermer sur lui. Pour autant, il ne céda pas à la panique ; c'était incroyablement ridicule de tourner ainsi autour du pot pour une si petite affaire. Aussi, il résolut de révéler les raisons de sa présence ici, même au risque de nourrir les suspicions de ce maudit juge ; car, finalement, il n'avait (presque) rien à se reprocher et surtout, il n'avait aucun compte à lui rendre.

— Vous désirez connaître l'horaire de l'oral de miss Egerton, finit par admettre Severus. Je vous informe donc qu'il est prévu pour 15h45.

— C'est vrai qu'Amelia doit passer son oral pluridisciplinaire aujourd'hui, acquiesça le juge Egerton, le plus naturellement du monde.

Severus marqua sa surprise.

— Bien sûr ! s'exclama Dumbledore. Je me souviens, maintenant. Pardonnez-moi cet oubli, Severus, je n'avais plus vraiment la tête à cela.

Puis, le directeur se tourna vers son visiteur et lui dit :

— Il est malheureux que vous deviez vous en aller si vite, Adrian. Êtes-vous sûr de ne pas vouloir rester pour assister à l'oral de votre jeune sœur ? Nous nous ferons une joie de vous convier à notre table pour le déjeuner.

— C'est fort aimable à vous, Albus, répondit poliment le juge. Mais j'ai bien peur de devoir décliner votre invitation. Il me faut regagner Londres au plus vite, car cet après-midi, je dois justement recevoir le juge Croupton et son épouse pour discuter de vous savez quoi …

— Je vous le répète, Adrian, dit Dumbledore d'un ton ferme, le Ministère doit tenir compte du lourd passé de criminel de ce garçon. Et même si je puis comprendre les raisons qui motivent cette mère à œuvrer pour l'intérêt de son fils, son souhait de le voir transféré hors des murs d'Azkaban ne peut être dignement entendu !

— Je ne peux que vous donner raison, acquiesça gravement le juge. C'est pourquoi je devais venir vous consulter avant de recevoir ce couple. Car j'ai la vive conviction que cette dame est déterminée à faire tout ce qui est en son pouvoir pour obtenir gain de cause.

Dumbledore hochait la tête pour approuver. De son côté, compte tenu du sujet sensible de cette conversation, Severus gardait le silence le plus complet et veillait à se faire aussi discret que possible.

— Dire que cette sombre affaire va me priver du bonheur d'entendre ma petite sœur chanter en gaélique avec l'accent anglais, ironisa Egerton. Quelle tristesse…

— Je me ferai un plaisir de vous faire un compte-rendu exhaustif de l'événement, lors de notre prochaine rencontre, lui promit Dumbledore, en le guidant vers la sortie. Malheureusement, je ne puis vous escorter jusqu'en bas, car j'espérai terminer la rédaction d'un courrier de très haute importance avant l'heure du déjeuner. Vous ne m'en voudrez pas ?

Le juge pria son ami de ne pas s'inquiéter pour lui. Néanmoins, Dumbledore demanda à Severus de raccompagner leur hôte jusqu'à la Grande Porte ; ce à quoi il ne put s'opposer.

Enfin, les deux homme se saluèrent en échangeant une longue poignée de main. Après quoi, le juge suivit docilement Severus dans l'escalier en colimaçon. En foulant les dernières marches, il déclara de sa voix claire et sonnante :

— Je n'avais pas revu ces lieux et ce bureau depuis une éternité. Cet endroit a résolument conservé tout son charme d'antan.

Progressant d'un pas léger dans le couloir du second étage, il regardait autour de lui d'un air très satisfait, admirant tantôt les tableaux qui ornaient les murs, tantôt le plafond voûté ou les divers éléments architecturaux qui embellissaient l'ensemble.

— Quel sont vos pronostics sur l'issue de l'oral d'Amelia, professeur ? s'enquit-il soudain, d'une voix pleine de spontanéité.

— Eh bien, je pense que tout ira pour le mieux, répondit Severus qui était fort étonné de la bonne disposition d'esprit de son interlocuteur. Aux dernières nouvelles, elle semblait fermement résolue à satisfaire les attentes de ses examinateurs.

— J'ai appris que c'était le professeur McGonagall qui l'avait poussé à apprendre le gaélique, lui confia le juge. Cette excellente femme n'a jamais cessé de se montrer prévenante envers notre sœur ; je devrai un jour lui exprimer toute ma reconnaissance. Quant à vous, professeur, dit-il soudain, en tournant son beau visage vers Severus, je n'ai jamais eu l'occasion de vous remercier pour tout ce que vous avez fait pour Amelia. Cet apprentissage de l'occlumancie nous a tous rendu un fier service ; aussi soyez assuré de ma reconnaissance éternelle et soyez également sûr que je saurai m'acquitter envers vous.

— Je ne me suis cantonné qu'à suivre les directives du professeur Dumbledore, lui assura Severus, très troublé par ces élogieuses remarques. Tout le mérite de cette heureuse conclusion revient au directeur.

— Inutile de jouer les modestes avec moi, dit le juge Egerton, en promenant sur lui un petit sourire qui lui fit penser à ceux que sa sœur lui adressait quand elle se riait de sa fausse modestie. Je sais toute l'attention que vous avez portée à ma petite sœur ces deux dernières années. Pour preuve, quand Amelia était de retour à la maison pour les vacances, elle ne manquait jamais une occasion de vous rendre justice et de louer vos qualités de professeur.

Embarrassé de recevoir des éloges auxquels il était si peu habitué, Severus n'osait pas plus prononcer un mot. Il n'en revenait pas de l'amabilité que lui montrait cet homme, habituellement si prompt à vous glacer le sang dés l'instant où votre regard se pose sur lui. Décidément, aujourd'hui, Severus n'était pas au bout de ses surprises !

En descendant les escaliers, ils croisèrent le chemin d'un groupe de jeunes filles qui, si l'on se référait à la couleur de leurs uniformes, regagnaient certainement la tour Serdaigle. C'est alors que 10 paires d'yeux écarquillés se levèrent instantanément vers le visage rayonnant de beauté de l'homme qui marchait aux côtés de leur professeur de potion. Severus observa les réactions du coin de l'œil et put aisément constater que la physionomie du frère semblait avoir autant de succès près de la gent féminine que celle de la sœur près des garçons. Lorsqu'elles furent hors de vue, il entendait encore les jeunes filles soupirer d'émerveillement.

— Les élèves de la maison Serdaigle se montrent-ils toujours aussi brillants dans leurs études ? demanda inopinément l'Apollon, quelques marches plus bas.

— Plus que jamais, lui confirma Severus.

— Tout est demeuré intact, comme dans mes souvenirs, murmura-t-il du bout des lèvres, d'un air profondément songeur qui donnait à son visage un éclat particulier. J'ai l'impression qu'hier encore je débattais avec mon ami Brian McBride – préfet de la maison Serdaigle et rival de toujours – de la classification des êtres et des créatures fantastiques, à l'ombre du grand chêne qui s'élève au milieu du jardin intérieur. Dieu que le temps passe vite… Et dire que dans une semaine, ajouta-t-il en souriant tristement, c'est mon Amelia qui devra faire ses adieux à ce château… Je me revois, aux côtés de ma mère, embrasser ma petite sœur sur le quai de la gare de King Cross, avant de la voir embarquer pour la première fois dans le Poudlard Express. Comme il est douloureux de constater à quel point nous sommes impuissants face au temps qui passe, n'est-ce pas ?

C'était la seconde fois aujourd'hui que quelqu'un lui parlait « du temps qui passe » ; à croire que l'on s'était donné le mot.

Ils atteignirent enfin le rez-de-chaussée. Des élèves de toutes les maisons avaient investi le hall et étaient amassés devant l'entrée de la Grande Salle, dans l'attente de l'ouverture des portes. L'heure du déjeuner n'allait pas tarder à sonner.

Adrian Egerton s'arrêta un instant devant la sortie pour échanger avec Severus une poignée de main chaleureuse :

— Au nom de notre famille, je vous transmets encore mes plus sincères remerciements, professeur. Je vous souhaite le meilleur pour l'avenir et je vous demande de bien vouloir oublier le geste malheureux de mon frère, lors de notre dernière rencontre.

— N'ayez crainte, c'est déjà oublié, lui rétorqua sobrement Severus qui ne souhaitait pas vraiment s'attarder sur le sujet.

— J'en suis heureux, conclut-il, d'un air rassuré.

Et sur ses entrefaites, il se drapa dans sa longue cape de voyage, sortit par la Grande Porte et s'élança dans le parc ensoleillé. En haut des marches du perron, Severus suivit sa progression sur le chemin bordé de rosiers qui menait aux portes du domaine, tout en songeant à ce qu'il venait de lui confier.

Comment avait-il pu se méprendre à ce point sur son compte ? Adrian Egerton n'était rien d'autre qu'un frère soucieux des malheurs de sa petite sœur, tout comme Dumbledore le prétendait. Et après réflexion, il devait certainement en être de même pour l'Auror. Ce qui signifiait qu'une fois de plus ce vieux briscard de Dumbledore avait vu juste ; c'était déconcertant.

Comment Severus avait-il pu juger si défavorablement ce duo de frères qui avait dû se sentir si désarmé face aux épreuves que leur sœur bien-aimée avait traversées ? Il était pourtant bien placé pour les comprendre, lui qui avait ressenti à d'innombrables reprises ce cruel sentiment d'impuissance face à la détresse de cette jeune fille ; lui qui savait mieux que quiconque ce qu'était de vivre dans l'angoisse permanente d'apprendre qu'un malheur était arrivé ; lui qui avait redouté tant de fois se faire réveiller en pleine nuit par quelques oiseaux de mauvais augure porteurs d'une terrible nouvelle. Et d'ailleurs, maintenant qu'elle était sur le point de s'en aller loin d'ici, qui était censé veiller sur elle ? Était-elle en capacité de se protéger des menaces qui la guettaient hors de ce château ?

Depuis de longues semaines, cette dernière interrogation hantait littéralement l'esprit de Severus. À présent, il avait la quasi-certitude que les deux frères n'avaient jamais représenté une menace pour la sécurité de leur sœur. Mais même s'ils n'étaient pour rien dans cette sordide affaire de manipulation, ils n'en demeuraient pas moins un obstacle à ses aspirations profondes. Severus savait pertinemment que ces deux hommes avaient à cœur de voir leur sœur faire un mariage de convenance ; et il se plaisait à penser que dés la fin de ses études, ils veilleraient à lui trouver rapidement un bon parti à épouser. Si tel était le cas, qu'adviendrait-il d'elle et de ses rêves ?

Amelia était certes pourvue d'un fort caractère et d'une extraordinaire magie ; mais, dans cette affaire, il est tout de même question de s'opposer à la volonté de ses deux frères et par conséquent, de prendre le risque de se mettre à dos l'ensemble de sa famille et de se retrouver du jour au lendemain seule, isolée, peut-être même sans ressource, et surtout, sans personne sur qui compter. Elle semblait aimer ses frères, c'était l'évidence même. Et du reste, c'était bien là que résidait tout son problème. Si ces deux hommes devaient exercer sur elle une sorte de chantage affectif, Severus ne donnait pas cher de toutes ses belles résolutions pour l'avenir. Aussi, cette perspective le terrifiait au plus haut point.

Car, Severus avait toujours intimement pensé qu'il n'y avait rien de plus dangereux pour une femme que de se retrouver isolée au sein d'une meute de mâles naturellement disposés à lui imposer leurs lois. Il se souvenait bien évidemment de sa mère sacrifiant sa vie pour un mari oppressant et colérique et un fils qui mit beaucoup de zèle à la décevoir. Il se souvenait aussi de Lily, renonçant à ses rêves de grandeur (car tout portait à croire qu'elle était promise à un grand avenir) pour épouser un type méprisable qui ne manqua pas de lui faire un fils à peine avait-elle mis un pied hors de cette école. Sans parler de Narcissa Malefoy et d'innombrables autres jeunes femmes dont il avaient vu les destinées anéanties par les exigences (même inconscientes) des hommes qu'elles aimaient.

Dans la mesure où Amelia ne pouvait compter sur le soutien d'une mère ou d'une sœur, était-elle vouée à suivre cette funeste trajectoire ? Severus n'aurait su le dire ; et malgré ses inquiétudes, il ne pouvait pas se résoudre à en discuter avec elle. En revanche, il espérait secrètement voir chez ses proches amis, les jumeaux Shacklebolt, des soutiens fidèles et solides en cas de difficultés.

Les cloches sonnèrent l'heure du déjeuner et c'est au même moment que les grandes portes du réfectoire s'ouvrirent. Le regard bas, l'esprit encore encombré de toutes ses interrogations inquiétantes, Severus se dirigea machinalement vers la Grande Salle, se frayant un chemin au milieu de cette horde d'enfants affamées qui se trouvaient à des années-lumière de ses préoccupations d'adulte.

[fin de la partie 2]