Chapitre 50 : Bribes de vie (2).

Janvier 1979 :

Peter se tenait debout dans un cercle de mangemorts trop serré à son goût. Aucune retraite n'était possible si jamais il changeait d'avis à la dernière seconde. Mais de toute manière, même sans tous ces mangemorts, aucune retraite n'aurait été possible : le Maître était là, devant lui, baguette déjà brandie. Au moindre geste suspect, il pouvait l'exterminer…

Et au fond, pourquoi fuir ? Il avait passé tant de temps à réfléchir à ce qui lui conviendrait le mieux qu'il ne changerait pas d'avis. C'avait été un choix difficile, certes, mais il ne reviendrait pas en arrière. Après tout, il ne faisait rien de mal : il ne trahissait pas ses amis, et il n'avait tué personne. Son rôle consisterait seulement à donner des informations sur l'Ordre du Phénix. Cela ne changerait rien à toute l'affection qu'il avait pour les autres Maraudeurs. Et ce n'était pas comme si Voldemort lui demandait de leur nuire… Il savait comme il les aimait. Il ne lui demanderait pas de se battre contre eux. D'ailleurs, Peter ne participerait pas aux batailles pour ne pas que Dumbledore découvre son rôle d'espion. Ainsi, il serait à la fois protégé par Voldemort et par l'Ordre du Phénix… Que pouvait-il lui arriver, désormais ?

Avec satisfaction, il releva sa manche et tendit le bras. Son cœur tambourinait dans sa poitrine : le rituel était tellement impressionnant, avec toutes ces flammes, et ce silence… On aurait pu se croire en Enfer. En réalité, Peter avait plutôt le sentiment de rejoindre un coin de paradis. Il avait révélé quelques informations à Voldemort, ces derniers mois. A chaque fois, on l'avait récompensé en lui versant la belle somme de mille galions. Que demander de plus ?

Le Maître chercha l'endroit idéal où graver la Maque des Ténèbres. Quand il l'eut trouvé, il y enfonça sa baguette et Peter cria de douleur. Il lui brûlait la peau, la brûlait tellement qu'elle en devenait noire. Des lignes se traçaient lentement, beaucoup trop lentement : Peter gémit de plus belle. C'était si douloureux…

-Pitié… supplia-t-il.

Voldemort le toisa avec mépris et attendit que la Marque des Ténèbres soit complètement dessinée pour retirer sa baguette magique.

-Apportez le gosse, ordonna-t-il.

Ce fut Avery qui exécuta l'ordre. Il s'avança vers le centre du cercle en tenant fermement par le bras un petit garçon qui hurlait de colère. Peter le reconnut aussitôt : cet enfant était le petit neveu de Dearborn…

-Tue-le.

Mais Peter était absorbé par les yeux bleus du garçon, prénommé Billy. Il avait joué avec lui, un soir, quand Deaborn l'avait amené à une réunion de l'Ordre du Phénix, n'ayant trouvé personne pour le garder. Lui, James, Sirius et Remus avaient joué avec lui…

-Je ne peux pas faire ça, murmura-t-il. Je le connais, ce gosse !

-Tue-le, répéta calmement Voldemort.

Son ton n'admettait aucune discussion. Peter déglutit avec peine et sortit sa baguette magique. Puis il réalisa qu'il n'avait jamais jeté de sortilège impardonnable auparavant.

Voldemort le savait parfaitement et sa bouche se déforma en un rictus hideux.

-Tu n'es pas forcé de te servir de ta baguette, Peter… susurra-t-il. Tu peux utiliser tes deux mains…

Peter eut le souffle coupé. Il ne pourrait pas faire une telle chose. Il n'était pas un assassin. Cela ne faisait pas partie du contrat. On lui avait dit qu'il devrait seulement livrer des informations…

-Tu portes la Marque des Ténèbres, désormais, Peter. Tu es à mes ordres. Et fils de Penny Oxley ou pas, un mangemort se doit de m'obéir. Sinon, c'est la mort… Désires-tu mourir, Peter ?

Peter fit non de la tête et s'avança lentement vers le petit Billy. Affronter ses yeux suppliants fut un véritable supplice. Peter, en plaçant ses mains autour de sa gorge, eut envie de vomir. Pourtant, il serra. Le petit garçon tenta de crier et de se débattre, mais Avery le tenait trop fermement. Il devint vite rouge, puis bleu. Peter sanglota silencieusement. Il relâcha la pression. Billy tomba à terre et ne bougea plus.

-Tu es des nôtres…

Mai 1979.

-Cessez de bouger, s'il vous plaît… bougonna la couturière.

-Désolée, s'excusa Lily. C'est juste que je commence à avoir des crampes…

-Un peu de patience, Lilou, se moqua gentiment Gwenog. Lorsque tu te verras dans le miroir, tu te diras que finalement, ça en valait la peine…

-A quoi je ressemble ?

-A une jeune femme qui va bientôt se marier, répondit Alice avec malice.

-Aïe ! Vous m'avez piquée avec votre aiguille ! se plaignit Lily.

-Dans ce cas cessez de remuer comme vous le faites ! soupira la couturière. Vous m'empêchez d'avancer comme je le voudrais.

-Oh, désolée.

-C'est pour vous que je le dis, mademoiselle. Si vous voulez que votre robe soit prête à temps, il va falloir rester un peu tranquille !

-Ok, on arrête de t'embêter, promit Hestia.

-James a préparé sa tenue ? s'enquit Lily.

-Sirius va passer la chercher d'ici la fin de l'après-midi, répondit Gwenog. Il a dû inventer toute une histoire pour ne pas que James vienne lui-même. Tu sais ce qu'on raconte : si le marié voit la robe de la mariée avant le jour du mariage, ça porte malheur, alors du coup, Sirius a fait croire à James que Remus devait le voir par rapport à ses études d'auror, parce que tu sais bien comme moi que Remus ne trouve pas de travail, enfin tu vois un peu ! Remus est censé le retenir au moins deux heures, alors il a préparé un apéritif très copieux, et a même sorti ses albums photos !

-Et la déco, quelqu'un s'en occupe ? demanda Lily, inquiète. On avait commandé des nappes blanches, des roses rouges, et la grande composition florale qu'on avait repérée Chemin de Traverse, coté moldu, tu te souviens, Gwen ?

-On ira chercher tout ça demain, ne t'en fais pas, assura Alice. Hey, tu ne te maries que dans dix jours ! Arrête de t'affoler comme ça !

Lily eut un petit sourire désolé.

-Je veux juste que tout soit parfait pour le plus beau jour de ma vie, dit-elle, ce n'est pas un crime !

-Non, mais ce n'est pas non plus une raison pour paniquer dix jours avant, fit remarquer Hestia.

-Bon, et qui s'occupera de la cuisine ? Vous avez appelé un traiteur ?

-Williams a réservé une salle dans un grand restaurant chinois, soupira Gwenog. Et tes parents vont s'occuper des alliances, ajouta-t-elle avant que Lily ne reprenne la parole. Tout est bien organisé, le timing est bon. Tout se passera comme prévu, en gros.

Lily soupira de soulagement.

-Vous êtes sûres que les reflets bleus de la robe, ça ne va pas jurer avec le costume de James ? s'enquit-elle soudain.

-Le costume de James a du bleu, soupira Gwenog.

-Du bleu comment ? Pas bleu flashy, j'espère ?

-Du bleu très pâle, comme les reflets de ta robe…

Lily revint trois fois à « De Fil en Aiguille », accompagnée de ses amies, avant que la couturière lui annonce enfin que la robe était terminée et qu'elle pouvait aller voir le résultat dans le miroir si elle le désirait. Lily, évidemment, le désirait et se précipita devant les miroirs des cabines d'essayage. Satisfaite du résultat, elle dut ensuite retirer la robe sans la froisser. Ce ne fut qu'une demi-heure plus tard qu'elle passa à la caisse.

-Bon, on récapitule, dit Hestia. Tu as l'élément neuf et l'élément bleu. Il te faut un élément ancien.

-Le collier de perles de ma mère, déclara Lily.

-Et l'élément emprunté ?

-Les chaussures de Gwen.

-Ah bon ? s'étonna celle-ci. Je n'étais pas au courant.

-Maintenant tu l'es !

Gwenog haussa les épaules.

-Si tu y tiens… Que puis-je refuser à ma Lilou, surtout le jour de son mariage !

-Et au fait, qui s'occupe des colombes ? s'exclama Lily.

Les trois jeunes femmes eurent le même soupir de lassitude.

Juin 1979.

L'église était plongée dans le silence depuis déjà quelques minutes aussi longues que des heures. James ne tenait pas en place. Sirius lui souriait largement, assis au premier rang. Cela faisait longtemps qu'on ne l'avait pas vu si élégant et séduisant. James était heureux de l'avoir pour témoin. Qui mieux que Sirius pourrait être partisan de ce mariage ? Ne formaient-ils pas une seule et même personne ? Qui mieux que lui pouvait se réjouir de sceller leur union ?

Un courant d'air froid parcourut la nef. Les gens se tournèrent vers la porte laissée ouverte, comme le voulait la tradition. Le murmure d'émerveillement qui s'éleva des invités alerta aussitôt James, qui tourna la tête à son tour. Le rythme de son cœur s'accéléra alors que l'orgue commençait à jouer des notes solennelles.

Lily, à demi cachée par l'énorme bouquet de roses rouges qu'elle portait, s'avançait dans l'allée, entre les deux grandes rangées de sièges. Williams la tenait par le bras, et les deux demoiselles d'honneur –Killy et Stacie, les deux jumelles, âgées de cinq ans– les précédaient et jetaient des pétales sans trop savoir pourquoi elles le faisaient.

Ce n'était pas la première fois que Lily revêtait une belle robe, mais James ne sut que dire lorsqu'il l'aperçut dans celle-ci. Elle était tout simplement… enfin…

-Wow, s'exclama-t-il.

Il n'aurait su la décrire tant il la trouvait belle. Gwenog, Hestia et Alice l'avaient chassé de chez lui pour pouvoir la préparer, et il comprenait mieux désormais pourquoi il leur avait fallu tant de temps. Elles avaient bouclé ses cheveux, les avaient relevés il ne savait comment afin de dévoiler sa nuque et ses épaules déjà mises en valeur par son corset, l'avaient maquillée sobrement de bleu pâle et…

-Wow…

Il eut du mal à croire que ce jour était celui de son mariage, et que cette superbe jeune femme allait devenir sa femme. Et pourtant, ce fut bien à sa gauche qu'elle vint se placer, sourire aux lèvres, magnifique…

Comme dans un rêve, ils s'avancèrent jusqu'à l'estrade où le prêtre récita il ne savait quelle partie de la Bible. Il ne descendit de son petit nuage que lorsque, enfin, on prononça les mots qu'il avait tant attendus.

-Mr Potter, consentez-vous à prendre pour épouse Miss Evans et à la chérir jusqu'à ce que la mort vous sépare ?

-Oui, dit-il, la gorge sèche.

Lily rayonna de bonheur.

-Miss Evans, consentez-vous à prendre pour époux Mr Potter et à l'aimer jusqu'à ce que Dieu notre Père le rappelle auprès de lui ?

-Oui.

Williams, jubilant, se leva et vint apporter les alliances.

La main de Lily tremblait lorsque James lui passa la bague au doigt, mais ce fut sans hésitation qu'elle lui passa la sienne.

-Je vous déclare désormais unis par le lien sacré du mariage, annonça le prêtre. Embrassez la mariée…

James ne se le fit par dire deux fois et ce fut avec un plaisir fou qu'il déposa ses lèvres sur celles de Lily. Les applaudissements résonnèrent comme un coup de tonnerre dans la nef. Sirius et Gwenog vinrent signer le registre.

Les invités commencèrent à évacuer l'église pendant que les proches du couple Potter affluaient pour féliciter les nouveaux mariés. La séance photos dura un bon quart d'heure, puis James et Lily sortirent à leur tour. On les applaudit à nouveau et les enfants lancèrent du riz lorsqu'ils arrivèrent sur le parvis.

-Et la colombe de Madame… murmura Remus à l'oreille de Lily.

Il lui tendit l'oiseau sous ses yeux ébahis.

-Quoi ? Mais…

Elle pouffa de rire, tendit son bouquet à Williams, saisit l'oiseau et le laissa s'envoler.

-Et bah maintenant que tu l'as lancée, tu as intérêt d'être fidèle ! fit remarquer Peter.

Williams lui rendit son bouquet de roses. Lily le jeta dans la foule. Sirius le rattrapa. Les deux mariés éclatèrent de rire.

Août 1979.

Regulus avait préféré agir seul. Enfin, pas tout à fait. Il avait ordonné à Kreattur de l'accompagner. L'elfe avait rechigné, comme toujours, mais n'avait pas eu d'autre choix que de le suivre. Il avait bougonné contre les embruns qui mouillaient sa taie d'oreiller. Regulus l'avait fait taire.

-Si la maîtresse voyait où le fils préféré emmène Kreattur… marmonna tout de même le vieil elfe de maison. Que dirait-elle, la pauvre maîtresse qui est morte aujourd'hui…

-Kreattur, c'est la dernière fois que je te le dis : si tu ne la fermes pas tout de suite, je te donne un vêtement.

L'elfe eut un grognement d'agacement mais dut se résoudre à garder le silence.

-Tu vas me faire descendre jusqu'à l'espèce de caverne que tu vois juste en dessous de nous, là, dans la falaise… ordonna Regulus.

Il savait depuis longtemps les pouvoirs dont son elfe de maison était doté. Il pouvait entre autres porter des charges jusqu'à cent fois plus lourdes que lui et ralentir sa vitesse de chute. C'était tout ce dont ils avaient besoin.

-Le jeune maître a dit une caverne ? Kreattur ne voit pas de caverne dans ce paysage rocheux…

-Je t'interdis de me mentir.

-Est-ce cette caverne là ? bougonna Kreattur en se penchant tant au-dessus du ravin qu'il fut étonnant de ne pas le voir tomber en avant.

Il montrait de son vieux doigt abîmé l'endroit exact où Regulus désirait se rendre.

A contrecœur, Kreattur saisit le poignet de son maître et sauta. Regulus retint son souffle en voyant se rapprocher dangereusement les rochers sur lesquels venaient s'échouer les puissantes vagues. Puis, aussi facilement que s'ils avaient d'un coup perdu cent kilos, la chute se ralentit et ils planèrent dans les airs le long de la falaise. Finalement, leurs pieds se posèrent sur la mince plate-forme rocheuse. Une vague vint mouiller le bas de leurs jambes : l'eau, malgré le soleil radieux d'août, était glacée. Kreattur se remit à marmonner des paroles incompréhensibles. Regulus n'y prêta aucun égard : son attention était désormais absorbée par l'endroit dans lequel ils se trouvaient.

La crevasse se prolongeait par un obscur tunnel très étroit que l'eau remplissait presque. La marée était sans doute trop haute. Et pourtant, il était hors de question d'attendre qu'elle baisse. Regulus dut se pencher pour s'apercevoir que le tunnel tournait vers la gauche. Le seul moyen d'y accéder était de plonger et de nager. Cette perspective déplut fortement à Kreattur.

-Non, non et non ! maugréa-t-il. Kreattur ne plongera pas !

-Tu n'arriveras pas à passer entre la paroi et la surface de l'eau, même en planant dans les airs ! répliqua Regulus. Une quinzaine de centimètres à peine les sépare !

-Kreattur ne se mouillera pas !

-Je t'ordonne de me suivre.

Regulus s'assura qu'il n'avait aucun objet de valeur dans ses poches et sauta. Le bassin qui se trouvait sous eux fut assez profond pour qu'il s'enfonce jusqu'aux plus froides des eaux dans lesquelles il ait jamais plongé. Le souffle coupé, il se força à nager dans l'espoir de réchauffer ses muscles. Il savait que Kreattur finirait par le suivre : il était dans sa nature de ne jamais pouvoir désobéir à un ordre donné par son maître.

En effet, quelques secondes plus tard, il entendit les marmonnements de mécontentement de l'elfe, qui planait à la surface de l'eau avec assez de précision pour ne pas entrer en contact avec celle-ci. Cependant, une vague vint changer le cours des choses et le submergea avec tant de force qu'il fut littéralement propulsé vers le fond. Regulus ne put s'empêcher de rire en le voyant se débattre avec l'eau comme un chaton qu'on aurait jeté à la mer.

-Allez, nage, mon vieux ! railla-t-il. Ca ne te fera pas de mal !

La tête de l'elfe reparut à la surface. Regulus rit de plus bel devant son air de chien mouillé.

-Tu as les oreilles qui tombent et les poils collés à ton visage ! se moqua-t-il.

-Le Maître rit du malheur du pauvre Kreattur ! s'outragea l'elfe. Quel mauvais maître…

Il poussa un cri de colère qui se répercuta dans toute la caverne. Regulus ne comprit qu'en voyant la plate-forme exploser que ç'avait été plus qu'un cri : Kreattur, en laissant aller sa colère, avait déployé tant de magie qu'il avait brisé la roche. Une partie de la caverne s'éboula.

-Ca suffit ! gronda-t-il. A partir de maintenant, tu te tais et tu obéis à chacun de mes ordres, est-ce que c'est clair ?

Ils continuèrent à nager jusqu'à ce qu'ils aperçoivent un escalier. L'obscurité ne leur permit pas de déterminer où les marches menaient. Regulus, cependant, émergea de l'eau et sortit sa baguette magique de son étui, accroché solidement à sa ceinture. Il ne regretta pas de s'être montré prudent.

-Lumos !

L'escalier donnait en fait sur une seconde cavité. Néanmoins, une fois en haut, une paroi bouchait tout passage.

Kreattur prit une inspiration et voulut parler mais se souvint de l'ordre qu'on lui avait donné, aussi plaqua-t-il sa propre main contre sa bouche pour s'empêcher de dire ce qu'il avait à dire.

-Bien… le félicita Regulus avec agacement. On fait des progrès…

Il passa sa main sur la roche qui lui bouchait le passage. Elle était froide et humide, comme l'air aux alentours. Regulus éternua et se mit à grelotter.

-Comment ça marche, ce truc… murmura-t-il, songeur. Il doit bien y avoir quelque chose à faire…

Il tenta de faire exploser la paroi mais le seul résultat qu'il obtint fut l'apparition d'un nuage de poussière parfaitement inutile.

-Bon sang, comment ça marche…

Kreattur éternua à son tour. Il tremblait de froid. Regulus lui sourit et fit apparaître une couverture de laine.

-Tiens, dit-il gentiment en la lui tendant. Ca va te réchauffer.

Kreattur la lui arracha des mains avec un regard noir, comme s'il le jugeait entièrement coupable de sa situation. Regulus soupira et se reconcentra sur le mur.

Voldemort avait certainement eu un but précis en le mettant là. Il y avait forcément quelque chose à faire. La force n'était pas la solution, donc l'intérêt du mur n'était pas seulement de protéger l'Horcruxe. Il fallait chercher ailleurs.

-Comment dit-on « ouvert » en elfique ? demanda Regulus.

-Laden.

Une fissure apparut dans la paroi, brillante, comme si des centaines de milliers de petites lumières avaient été incrustées dans la roche.

-Ah ! se réjouit Regulus.

Trop vite, car la lueur disparut aussi rapidement qu'elle était apparue. Le jeune homme poussa un juron et, de rage, frappa le mur. Les jointures de ses doigts furent écorchées par la pierre rugueuse. De minces filets de sang se mirent à couler le long de sa main. Il l'essuya sur la paroi.

-Je ne vais quand même pas salir mes habits pour lui ! bougonna-t-il même si cela était stupide, puisque ses vêtements étaient trempés.

Mais la pierre se mit à vibrer, si faiblement que ce fut presque imperceptible, mais Regulus ne passa pas à côté de la secousse.

Alors, une idée folle naquit dans son esprit. Quelles avaient pu être les motivations de Voldemort au moment où il avait décidé de mettre ce mur à cet endroit précis ? Protéger son Horcruxe, naturellement, mais quoi d'autre ? Se débarrasser de celui qui avait osé découvrir son secret.

-Il veut qu'on étale notre sang sur son mur à la con… murmura-t-il, à la fois impressionné et dédaigneux.

Ainsi, Voldemort désirait affaiblir son ennemi pour être certain de l'achever juste après… C'était une attitude tellement lâche…

Et pourtant, Regulus se plia à ses désirs : sous les yeux ébahis de Kreattur, il frotta volontairement les jointures de ses doigts contre la roche afin d'aggraver ses plaies et de faire plus couler de sang.

-Laden, répéta-t-il.

Il était persuadé que la faille du mur se trouverait près de la ligne lumineuse. Après une profonde inspiration, il serra les dents et fit râper son poing suivant la lueur.

-Laden ! dit-il encore pour pouvoir se diriger.

Enfin, la paroi s'écarta, libérant l'accès à un grand lac sombre, presque noir, si étendu que Regulus se demanda même s'il ne s'agissait pas d'une mer souterraine. De même, le plafond semblait si loin au-dessus de sa tête que des kilomètres et des kilomètres pouvaient bien les séparer. Et pourtant, ce fut la lueur verte qui paraissait flotter à la surface de l'eau, au loin, qui attira toute son attention.

-Fais gaffe ! s'exclama-t-il lorsque Kreattur manqua de tomber dans l'eau. Reste sur la rive, et longe les murs !

Le faisceau lumineux de sa baguette magique n'éclairait pas assez loin pour qu'il puisse discerner avec précision ce qu'étaient les masses floues au fond de l'eau. A vrai dire, son faisceau lumineux n'éclairait pas grand chose dans cette partie de la caverne, comme si la densité de l'obscurité était bien plus importante qu'ailleurs.

-L'Horcruxe doit être quelque part par ici, songea Regulus à voix haute.

Il refusa de tenter le sortilège d'attraction avant de savoir les forces maléfiques qui habitaient cet endroit. Il ne tenait pas à devoir lutter contre une armée d'Inferi…

-Suis-moi, ordonna-t-il.

Kreattur et lui longèrent le mur pendant une durée de temps indéterminée. Cette fois, ce fut l'elfe de maison qui réagit.

-Il y a quelque chose ici ! s'exclama-t-il.

Regulus savait bien que malgré lui, Kreattur s'intéressait énormément à ce qu'ils faisaient. Cependant, le jeune homme ne sut ce qu'il voulait dire, car rien autour d'eux ne semblait différent de ce qu'ils avaient vu plus tôt.

-Il y a un bateau, là, montra Kreattur.

Ce qu'il désignait n'était rien d'autre que de l'eau.

-Qu'est-ce que tu racontes ? marmonna Regulus. Tu me fais perdre mon temps…

-Non, Kreattur peut voir ce que le Maître ne voit pas…

-Qu'y a-t-il à voir ?

-Un bateau ! Et là, la chaîne pour le tirer !

Regulus éleva doucement la main vers l'endroit pointé par le doigt de l'elfe de maison, priant pour que celui-ci ne soit pas en train de se moquer de lui : il devait en effet s'approcher tant du lac qu'au moindre déséquilibre, il sombrerait dans les eaux ténébreuses.

Mais sa main entra en contact avec quelque chose de froid et de dur. Du métal. Précautionneusement, Regulus tendit l'autre bras et vint tapoter l'objet du bout de sa baguette magique. Une grosse chaîne cuivrée apparut alors. Il n'eut pas d'autre idée que de tirer dessus. Une petite barque, en émergeant de l'eau, se débarrassa de son invisibilité.

-Oh mon Dieu… murmura Regulus, n'en croyant pas ses yeux. Kreattur, je te bénis !

Pour l'une des rares fois de sa vie, l'elfe de maison sourit.

-Espérons que la barque soit digne de confiance, dit Regulus, résigné à aller jusqu'au bout même si cela impliquait une prise de risques considérable. Après toi…

Kreattur sauta dans l'embarcation qui ne bougea pas d'un pouce. Regulus le suivit plus précautionneusement. Par chance, l'elfe ne prenait pas de place et ils purent s'asseoir normalement. Le bateau se mit aussitôt avancer.

C'était étrange la vitesse avec laquelle l'eau qu'il brassait redevenait lisse. A coup sûr, ce n'était pas normal. Il se cachait quelque chose de malsain dans les profondeurs du lac, il le sentait. Quelque chose qui ne tarderait certainement pas à se manifester, car la lueur verte se rapprochait. Et Voldemort ne désirait sûrement pas que quelqu'un l'atteigne…

Ce fut avec une fierté contenue que Regulus réalisa avec quelle rapidité ils avaient franchi les premiers obstacles menant à l'Horcruxe. Voldemort ne s'attendait pas à ce qu'un jeune sorcier tout juste sorti de Poudlard y parvienne… C'en était d'autant plus satisfaisant.

Mais à mesure qu'ils s'avançaient vers le centre du lac, les formes floues le devenaient de moins en moins. Au bout de quelques minutes, il put même reconnaître un cadavre humain.

-Oh c'est pas vrai… s'étouffa-t-il.

Là, flottant non loin de la surface de l'eau, se tenaient plusieurs corps pâles, sans vie. Regulus pouvait apercevoir leurs yeux vides, laiteux, leurs mains relâchées. C'était tout simplement terrifiant.

Kreattur fut celui qui paniqua le plus vite, et il se mit à s'agiter dangereusement sur son siège. Regulus se demanda même un instant s'il n'allait pas sauter dans l'eau et nager jusqu'à la rive du petit îlot qui se dessinait désormais devant eux, lui qui pourtant se répugnait à l'idée de toucher de l'eau. Mais les cadavres qui continuaient d'y flotter le dissuadèrent, et il se montra patient malgré les petits cris aigus qu'il continua de pousser.

-Ils ne vont rien nous faire, assura Regulus plus pour s'apaiser lui-même que par conviction. S'ils avaient voulu nous attaquer, ils l'auraient fait avant que nous ayons atteint l'île…

Il avait appris à lutter contre les Inferi. Les créatures qui le terrifiaient le plus au monde. Il avait appris à les vaincre, avec Dearborn. Il savait qu'il fallait simplement les effrayer avec du feu… Il ne l'avait pas oublié et il s'en souviendrait encore au moment venu…

L'îlot était une petite surface de pierre, plate et sans autre intérêt que la lueur qui en émanait. En s'approchant, Regulus comprit qu'il ne s'agissait ni d'une lampe ni de rien d'autre de semblable, mais juste d'un bassin posé sur un piédestal et dans lequel on avait placé un liquide luisant et de couleur émeraude.

-Qu'est-ce que c'est que ce machin… murmura-t-il, fasciné et terrifié à la fois.

Il avança ses doigts vers le liquide vert et sursauta lorsqu'ils entrèrent en contact avec une barrière invisible.

Il s'assura qu'aucun Inferi ne s'était réveillé et s'accroupit vers le gobelet en cristal, de la même couleur que le liquide, qui avait été déposé au pied du piédestal. Ce verre devait bien avoir une utilité… Sans vraiment espérer de résultat, il tenta de le laisser tomber dans le bassin. Il réalisa qu'il ne comprenait vraiment rien quand il le vit couler au fond. Fallait-il boire cette chose ?

Il tenta d'abord de la faire disparaître, puis de la faire s'évaporer, puis la métamorphoser. Tous ses efforts furent vains et il en arriva à la conclusion qu'il fallait réellement boire le liquide. Guère enchanté par l'idée de boire une potion préparée par Voldemort dans le but de protéger son Horcruxe, il indiqua à Kreattur de s'approcher. D'un coup de baguette magique, il fit apparaître un marche-pied sur lequel l'elfe monta.

-Tu vois ce gobelet, Kreattur ? Accio gobelet ! Tiens, prends-le. Prends-le et bois.

-Quoi ? Mais…

-C'est un ordre, précisa Regulus en détachant bien chaque syllabe.

Kreattur n'eut pas d'autre choix que d'obéir. D'un coup sec, il avala la totalité du gobelet qu'il avait rempli.

-Encore, ordonna Regulus.

Kreattur répéta son geste. Ses yeux se fermèrent, sa main trembla. Il recommença quand Regulus le lui demanda. Au bout d'un moment, il céda et chancela contre le piédestal. Regulus crut que son cœur allait exploser tant il battait fort, et pourtant, conscient qu'il n'avait pas d'autre solution, il continua à le faire boire. Kreattur commença à crier et à gémir. Regulus se força à ne pas l'écouter.

-Allez, encore quelques verres, et c'est fini ! assura-t-il.

La chaîne dorée d'un bijou apparaissait petit à petit au fond du bassin. Ils approchaient de leur but, de ce pourquoi ils avaient pris tous ces risques…

Kreattur criait des choses en elfique, désormais. Il semblait sur le point de craquer. Regulus ne fléchit pas et lui enfourna dans la bouche le contenu du verre qui, il le savait, serait l'avant-dernier. Le médaillon était là, dans le bassin, brillant, précieux.

Un dernier verre, et il put le saisir. Regulus jubila. Il avait en sa possession un premier Horcruxe de Voldemort…

Kreattur réclama de l'eau. Regulus le pria de patienter un peu. D'un geste sec, il arracha de son cou le médaillon que lui avait offert Severus, de longues années auparavant. Il l'avait toujours eu sur lui. Puis, il sortit de sa poche une petite boîte en plastique dans lequel il avait déposé avant de partir un minuscule morceau de papier savamment plié. Voldemort serait surpris, le jour où il le découvrirait…

Il plaça le papier dans le médaillon et accrocha celui qu'il venait de récupérer à la boucle de sa ceinture. Le bassin se remplit aussitôt du liquide vert. A ce moment seulement, Regulus reprit le gobelet. L'eau qu'il versa à l'intérieur avec sa baguette magique disparut à chaque fois que les lèvres de Kreattur s'en approchèrent. Il dut se résoudre à se servir de celle du lac, avec la désagréable impression que c'était exactement ce dont Voldemort avait eu envie…

Novembre 1979.

-Nous avions réservé une table pour deux, précisa James à la serveuse.

-Au nom de ?

-Monsieur et Madame Potter, répondit Lily avec une certaine fierté.

James laissa un petit sourire se dessiner sur son visage. Lily aimait beaucoup son nouveau nom –qui lui allait très bien, d'ailleurs. Elle avait avoué se sentir bien plus influente, maintenant qu'il fallait l'appeler « madame ». Ses études au Magenmagot se déroulaient beaucoup mieux. On la traitait avec plus de respect et de considération. James ne pouvait être plus heureux. Tous les jours, il la voyait plus rayonnante que la veille, enfin satisfaite de sa vie professionnelle. On disait d'elle qu'elle allait bientôt grignoter le terrain des grands de la Justice Magique. C'était toute sa vie qui avait repris un sens.

Leur mariage avait encore renforcé le lien qui les unissait, si cela était possible. Ils étaient désormais Mr et Mrs Potter, un seul être qui luttait contre les mauvaises langues critiquant leur ascension. Attaquer l'un revenait à attaquer l'autre, plus qu'avant encore. Unis jusqu'à la mort, ils s'étaient jurés que plus rien ne les arrêterait.

James l'avait invitée au restaurant pour son anniversaire. Il en profiterait pour lui annoncer la nouvelle. Ses efforts allaient être récompensés : avant même la fin de ses études, on allait le faire devenir auror de deuxième catégorie. Franck et Alice n'en revenaient tout simplement pas : la plupart des jeunes sorciers ayant tout juste obtenu leur diplôme étaient nommés aurors de troisième catégorie, et passaient leur temps à classer des dossiers ennuyeux à mourir toute la journée derrière un bureau. James, lui, serait commis d'office en deuxième catégorie, en vrai auror, l'un de ceux qui allaient sur le terrain enquêter sur les cambriolages et les tentatives de meurtre. A peine croyable.

-Table sept, suivez-moi, indiqua la serveuse.

Le restaurant était luxueux. James avait voulu marquer le coup. Rien n'était trop beau pour Lily. Ils commandèrent un des plats les plus chers. Elle fut gênée de dépenser une telle somme dans un repas. James lui murmura que c'était son anniversaire et qu'elle était la reine…

-Mon premier anniversaire en tant que Madame Potter, avait-elle ajouté, les yeux pétillants de joie.

James avait attendu la fin du dessert pour lui offrir la parure de bijoux dont elle rêvait depuis plusieurs mois. Lily avait toujours adoré les bijoux, mais avoua que jamais on ne lui avait offert une telle merveille. Elle en eut les larmes aux yeux.

Puis, une fois son agitation retombée, elle déclara avoir quelque chose d'important à lui annoncer. James répondit que cela tombait bien car il en était de même pour lui. Elle lui dit de commencer et fut enchantée d'être la femme du futur Williams Potter.

-A toi, maintenant, déclara James.

Lily avoua qu'elle ne savait pas vraiment comment le dire. Il ne la pressa pas. Puis, elle dut décider d'y aller directement, car sans aucun préambule, elle annonça qu'elle était tombée enceinte. James n'en crut pas ses oreilles.

-Tu es… fut tout ce qu'il parvint à dire tant sa surprise était grande.

Cependant, son grand sourire et ses yeux amoureux en dirent assez. Lily sembla soulagée. Elle sourit à son tour.

-Tu es enceinte… répéta James, encore sous le choc. C'est tellement… inattendu et tellement… tellement génial…

Il lui prit les mains et les embrassa plusieurs fois, incapable de contenir son bonheur.

Leur histoire prit un autre tournant à partir du moment où ils décidèrent sans aucune hésitation de garder le bébé. La perspective d'accueillir un nouveau né dans leur vie changea leur façon de voir les choses : ils ne durent plus regarder le futur pour deux, mais pour trois, et même si l'attente était encore longue avant l'arrivée du bambin, ils durent anticiper et réfléchir très vite à comment allait s'organiser leur vie une fois qu'il serait là. Le début fut le plus difficile, puis ils prirent rapidement l'habitude de penser pour trois.

Le bonheur de James ne perdit en intensité que le jour où Dumbledore vint leur rendre visite chez eux, un soir à la fin du mois. Il leur conseilla de prendre garde car il devenait évident qu'un espion de Voldemort se dissimulait parmi les membres de l'Ordre. Il ne comptait avertir que ceux en qui il avait une confiance absolue et les pria donc de n'en parler à personne autour d'eux. Ils durent faire comme s'ils ne savaient rien lors de la réunion qui suivit, mais il régna ce soir-là une ambiance tendue qui trahit le malaise des personnes averties. Au premier coup d'œil, James les reconnut : Sirius, Dearborn, McGonagall, Fol Œil, la plupart des Potter restants et, plus globalement, tous ceux qui ne pourraient jamais retourner leur veste soit parce que Voldemort avait tué l'un des leurs, soit parce que Voldemort les tuerait sur-le-champ s'ils se croisaient.

Mais l'Ordre, qui rencontrait déjà tant de difficultés, eut encore plus de mal à avancer et agir efficacement. Chacun soupçonnait ceux avec qui il s'entendait le moins bien et des tensions naquirent très rapidement. A son grand désarroi, James apprit que le plus soupçonné était Remus, en raison de son statut de loup-garou qui l'empêchait de vivre convenablement. Personne n'ignorait que Greyback tentait de ressembler ses égaux et d'en faire une armée au service de Voldemort.

Sirius et lui en avaient beaucoup parlé, un soir où Sirius était resté dîner chez les Potter. Tout comme Lily, James refusait de croire que Remus ait pu être capable de s'allier à celui qui avait fait de sa vie un véritable enfer. Mais Sirius n'était pas de cet avis : selon lui, Remus avait très bien pu rejoindre les rangs de Voldemort non pas par idéologie, mais par nécessité. Qui savait ce que Voldemort offrait à ceux qui le rejoignaient ? Il lui avait peut-être proposé de l'argent en échange de ses services. Ce n'était un secret pour personne : Remus avait énormément de mal à trouver de quoi payer ses fins de mois.

Je jure solennellement avoir été sincère tout au long de ces sept années et de l'être encore avec vous jusqu'à la fin de mes jours. Puisque sans vous je ne suis plus rien, je ferai en sorte qu'ensemble, nous soyons tout. Un jour et pour toujours, une nuit et pour la vie.

Ils avaient tous juré. James refusait d'y croire. Et pourtant, il dut se rendre à l'évidence que quelque chose n'allait pas comme prévu quand il reçut une lettre ayant pour simple signature une Marque des Ténèbres bien noire et souhaitant longue vie au futur bébé : les personnes au courant étaient encore assez peu nombreuses, et Remus en faisait partie…

Mars 1980.

La divination devenait une matière vraiment contraignante. Et terriblement inutile. Dumbledore était fatigué de voir défiler ces pseudo-voyantes incompétentes qui lui faisaient perdre un argent précieux et gaspillaient le temps des élèves. Si la nouvelle candidate au poste ne convenait pas, il supprimerait tout simplement la discipline à la rentrée prochaine. La plaisanterie avait assez duré.

-Salut, Albus, salua Abelforth quand Dumbledore entra à la Tête du Sanglier. Une petite liqueur, comme toujours ?

-Non, je viens pour un entretien d'embauche, déclara Albus. La chambre de Mrs Trelawney, s'il te plaît ?

Abelforth guida son frère jusqu'au premier étage, au fond du couloir. Dumbledore s'assit sur une chaise qu'il fit apparaître et attendit.

Il attendit d'ailleurs bien trop longtemps à son goût. Il était de nature patiente mais n'était pas d'humeur à attendre une postulante au poste de professeur de divination. A vrai dire, si elle ne venait pas, ce serait tant mieux.

Et pourtant elle finit par arriver, avec pas moins de vingt minutes de retard. Dumbledore la reconnut aussitôt : seule une mystificatrice pouvait avoir adopté cette apparence si peu banale. Mais il en avait vu d'autres. Toutes enveloppées dans des châles, avec de grands bijoux. Celle-ci, avec ses grosses lunettes lui donnant l'apparence d'une mouche, avait l'air encore pire que les autres.

-Bonjour, Sybille Trelawney, se présenta-t-elle d'une voix embrumée.

-Albus Dumbledore, directeur de Poudlard.

Elle le fit entrer dans sa chambre et ressembla atrocement aux autres : aussi faussement mystérieuse et aussi peu convaincante. A la seule différence près qu'elle était l'arrière-arrière-petite-fille de la « très célèbre et très douée » Cassandra Trelawney. Elle lui parla de sa vie et de sa façon de définir la divination. Au moins, elle le fit avec conviction.

Dumbledore s'apprêtait à mettre fin à l'entretien, peu convaincu, quand elle se mit à tousser. Elle devint très étrange et ses grands yeux commencèrent à rouler leurs orbites, comme si elle était entrée en transe. Elle prononça tout d'abord des mots dépourvus de tout sens puis sa voix devint grave. Quand elle se mit à prononcer le nom de Voldemort, Dumbledore se redressa sur sa chaise.

-Celui qui a le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres approche... il naîtra de ceux qui l'ont par trois fois défié, il sera né lorsque mourra le septième mois... dit-elle.

Elle dut prendre une profonde inspiration avant de continuer et ne sembla pas entendre les éclats de voix qui résonnèrent de l'autre côté du couloir. Dumbledore hésita entre se lever et aller voir ce qui se passait et rester là à écouter la fin des paroles de Trelawney. Finalement, il ne bougea pas car la jeune femme poursuivit dans son élan –et sans savoir pourquoi, il avait le sentiment que cette prédiction là se réaliserait vraiment.

-Et le Seigneur des Ténèbres le marquera comme son égal mais il aura un pouvoir que le Seigneur des Ténèbres ignore... et l'un devra mourir de la main de l'autre car aucun d'eux ne peut vivre tant que l'autre survit... Celui qui détient le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres sera né lorsque mourra le septième mois...

Elle reprit son souffle et redevint normale dans une nouvelle quinte de toux.

-Excusez-moi, je me sens un peu bizarre, depuis ce matin, bredouilla-t-elle. Que sont donc ces cris provenant du couloir ?

De mauvaise humeur, elle se leva et alla ouvrir la porte de sa chambre. Abelforth fut pris au dépourvu car il s'apprêtait justement à frapper. Il tenait fermement un jeune homme qui tournait la tête pour cacher son visage. Dumbledore, cependant, n'eut aucun mal à le reconnaître.

-Severus ? s'étonna-t-il. Que faites-vous ici ?

-Figure-toi qu'il écoutait à la porte, marmonna Abelforth.

-Ce n'est pas vrai ! réfuta Rogue. Je… je… je voulais savoir le type de questions que vous me poseriez lors de notre entretien de la semaine prochaine, professeur !

Dumbledore, las, préféra mettre fin au conflit et remercia Sybille Trelawney. S'il estimait que lors de sa transe, elle avait prédit quelque chose qui se réaliserait, de nouvelles perspectives s'offraient à lui. Tout d'abord, il fallait retrouver qui, dans les futurs parents, avait défié trois fois Voldemort…

Avril 1980.

-Attends, tu es sûr de ce que tu avances ? s'enquit Regulus. Si quelqu'un a le pouvoir de détruire le Maître, c'est grave !

-Je le sais bien, c'est pour ça que je me demande si je dois le lui annoncer ou pas… S'il s'énervait contre moi ?

-Il ne s'énervera pas contre toi, tu es l'un de ses plus fidèles serviteurs, Sev' ! fit remarquer Regulus. Non, je pense qu'au contraire, il te remerciera…

-Tu penses ?

Regulus hocha la tête.

-Et toi, alors, qu'est-ce que tu fabriques ? marmonna Severus. Ca fait deux fois que tu plantes le Maître… Il n'apprécie pas ça, tu le sais !

-Oui, je le sais…

-Alors pourquoi est-ce que tu n'as pas répondu à l'appel ? Il va te punir sévèrement, Reg' ! Deux fois !

-Il n'est pas censé savoir que j'étais celui qui était absent à l'appel… dit Regulus. On est toujours tous encagoulés ! Je ne sais même pas les noms de tous ceux avec qui je collabore ! Il ne saura pas que c'était moi !

-Il sait toujours tout… Tu t'es mis dans une belle galère ! pesta Severus. Qu'est-ce que tu faisais ?

-Ca ne regarde que moi.

Regulus, la première fois, buvait un thé chez James et Lily Potter, et leur expliquait qu'il avait détruit un Horcruxe. La deuxième fois, qui n'était pas plus tard que la veille, il avait simplement eu peur des représailles et était resté chez lui, parfaitement conscient que Voldemort se mettrait très en colère contre lui. Et au fond, Regulus savait très bien que la prochaine fois, cette même peur lui rongerait les entrailles et l'empêcherait encore de rejoindre les autres au rassemblement…

Tout était fini pour lui. Voldemort ne pardonnait pas. Il allait envoyer quelqu'un du genre Avery pour l'exécuter. Il fallait qu'il songe d'ores et déjà à la fuite. Chez les Potter, on ne le trouverait pas. Ils étaient les seuls à savoir la double vie qu'il avait menée jusqu'alors. Ils étaient les seuls à savoir au sujet des Horcruxes… Ils pourraient l'aider à s'en sortir…

-Bon, je vais prévenir le Maître, alors ? demanda Severus. Au sujet de la prophétie ?

-Comme tu veux…

-Alors j'y vais… A plus tard.

-A plus tard.

Severus s'apprêta à transplaner mais se ravisa.

-Reg'… Fais gaffe à toi… supplia-t-il. Tu es la seule personne qui me reste…

Regulus lui sourit tristement.

-Je vais faire attention, promit-il.

Il étreignit son ami en espérant qu'il ne le faisait pas pour la dernière fois de sa vie.

-Jure-moi que tu te tiendras à carreau avec le Maître… murmura Severus.

-Je te le jure.

-Tu sais bien que s'il te fait du mal et que tu veux le quitter, je te suivrai dans ta fuite, n'est-ce pas ? s'enquit Severus. Tu le sais ?

Regulus eut un petit rire.

-Disons que maintenant, je le sais, lança-t-il.

Severus ne savait pas à quel point cela le touchait, lui qui était désormais dans une situation si irrégulière. Et il ne savait pas à quel point il était proche de la vérité… Mais il valait mieux qu'il reste sous la protection de Voldemort. Au moins, il y serait en sécurité.

-Bon, j'y vais… Prends soin de toi, Reg' !

Cette fois, Severus disparut pour de bon.

Juin 1980.

Severus ne put retenir ses larmes à la vue de ce corps sans vie qu'on lui demandait d'identifier. Il s'agissait bien de Regulus. Comment en douter encore ? Il connaissait par cœur ce visage d'ange. Il était si beau… peut-être plus encore maintenant que les soucis qui marquaient ses yeux sombres l'avaient quitté. Il paraissait tellement détendu, désormais…

-Je vais devoir vous demander de nous laisser enquêter, déclara Potter sans aucune sympathie.

Severus eut envie de lui cracher aux pieds. Petit Potter, arrogant comme toujours, peut-être encore plus dans son uniforme d'auror. Il allait bien rire, quand il raconterait à ses amis qu'il avait vu pleurer Servilo. Ils en riraient jusqu'à en avoir mal au ventre…

Pettigrow rirait, aussi. Il rirait avec en arrière pensée les larmes que Black laisserait couler quand ce serait Potter qui serait à la place de Regulus.

-Au fait, il avait laissé ça pour vous… lança Potter en lui tendant une lettre. Il a sans doute voulu vous expliquer ce qui se passait réellement…

-Tu te crois beau, dans ce costume, hein, Potter ? dédaigna Severus. Tu me vouvoies pour te donner des grands airs, mais tu pues encore plus qu'avant… Tu me répugnes !

-Je te répugnerai peut-être moins quand avec mes collègues j'aurai mis la main sur les salopards qui l'ont buté, rétorqua Potter en abandonnant sa politesse qui de toute manière avait sonné faux.

-Tu ne mettras jamais la main sur eux. Les mangemorts sont comme de la fumée… et je suis bien placé pour le savoir. Tu veux m'arrêter ? Bah vas-y, arrête-moi ! De toute façon je préfère crever en taule !

-Des soucis, James ? s'enquit Fol Œil en s'approchant. Alors c'est lui le petit Black ?

-Ouais.

-Et vous êtes Severus Rogue ?

Severus toisa cet auror couvert de cicatrices et ne prit pas la peine de lui répondre. Sans les saluer, il quitta le bureau de Potter et s'éloigna du quartier général des aurors. Cela empestait.

Il ne savait même pas vraiment où ses pieds le guidaient. Il marchait sans but, car sans but était sa vie. Pourquoi continuer à suivre le Maître ? Le Maître l'avait trahi en tuant Regulus. Il allait certainement tenter de se venger, tuer les assassins de Reg', et se faire tuer ensuite par d'autres mangemorts envoyés par le Seigneur des Ténèbres. Quelle importance ? Il n'avait plus personne. Il n'avait plus que cette lettre qu'il n'osait même pas ouvrir…

Il le fallait, pourtant. Il fallait qu'il sache. Qu'il sache seulement pourquoi on l'avait tué. Qu'avait-il fait ? Avait-il trahi quelqu'un ? Avait-il pris peur ?

Severus poussa un juron.

-Pourquoi est-ce que tu m'as laissé ? hurla-t-il comme s'il espérait que son ami l'entende.

Il attendit d'être rentré chez lui pour lire ses explications. Il resta bouche bée.

Août 1980.

Le petit Harry était né avec le mois d'août. James était déjà fou de ce poupon bruyant. C'était une partie de lui qui avait vu le jour. Une union de lui et de Lily. La preuve de leur amour…

Il n'aurait jamais pensé que c'était cela, être papa. Il se souvenait de toutes les fois où son père lui avait dit que seul un père pouvait comprendre les réactions d'un père pour protéger son enfant. Il comprenait, désormais. Il aurait été prêt à tout pour protéger ce petit bout d'homme aux yeux verts. Il n'avait jamais rien fait de plus beau de toute sa vie…

Lily fut d'accord pour que Sirius soit le parrain. Celui-ci n'aurait pu être plus heureux et ce fut avec fierté qu'il assista au baptême après lequel sa fonction deviendrait officielle.

James et Lily avaient déjà préparé une pièce spécialement pour le bébé. Envahie par les affaires de Regulus, ils avaient dû s'activer pour tout remettre en ordre avant l'heureux événement. Et tout s'était passé comme prévu.

Franck et Alice avaient eu la même agréable surprise, au même moment. Alice avait mis au monde le petit Neville, et on s'était amusé à imaginer que les deux petits garçons deviendraient d'inséparables amis, fondateurs de nouveaux Maraudeurs encore plus impitoyables que les précédents.

Williams eut soudain le mal du pays et eut envie de rentrer en Angleterre pour passer un maximum de temps avec son petit-fils, qu'il n'avait encore pas pu voir. James prit la décision de rendre visite à Freeman et de lui demander une seconde fois d'annuler l'exil de son père. Et alors qu'il s'apprêtait à accepter, on le retrouva assassiné dans sa baignoire. Cornelius Fudge lui succéda. Williams ne fut pas autorisé à revenir.

Alors que septembre approchait, James et Lily reçurent une visite de Severus Rogue. Celui-ci venait demander leur version des faits. Il s'avéra que ce qu'ils racontèrent coïncida parfaitement avec ce que Regulus avait inscrit dans sa lettre. Alors, le jeune mangemort demanda pardon à James pour les propos injurieux qu'il avait tenus à son égard au Ministère de la Magie. James les accepta sans rechigner devant son air sincèrement désolé. Lui-même ignorait comment il aurait réagi si on l'avait placé devant le cadavre de Sirius, mais il aurait certainement fait de même s'il avait appris que Rogue avait permis à son frère de cœur de survivre ne serait-ce que quelques jours de plus.

Il exigea d'intégrer l'Ordre du Phénix. Son désir de venger son ami était tel qu'il fut prêt à sceller un serment inviolable avec Dumbledore, prenant James pour témoin. Ils ne devinrent pas pour autant de bons amis : leur relation se résuma à un « bonsoir » les jours de réunion et de l'indifférence. Rogue ne désirant pas que le bruit de son double jeu parvienne jusqu'aux oreilles de Voldemort, James et Lily furent contraints de garder le silence sur son engagement irréversible. Bien que personne d'autre que lui ne le sût, la vraie raison de ce silence était surtout le fait qu'ainsi, Peter Pettigrow ne pouvait pas le dénoncer au Maître, qui penserait avoir un espion de plus. Severus en revanche, était témoin de toute la supercherie envers l'Ordre du Phénix.

Dumbledore, conscient de l'infidélité de l'un des membres, lui demanda de qui il s'agissait. Severus préféra rester vague et lui répondit que tout ce qu'il savait était qu'il s'agissait de l'un des amis proches de Potter. Pas pour protéger le secret de Pettigrow, bien au contraire : c'était juste que Dumbledore n'avait pas l'esprit roublard des vrais Serpentard. Le Maître penserait avoir toutes les cartes en main, avec deux espions au cœur de l'Ordre du Phénix. Il penserait tout savoir sur les plans de Dumbledore. Et quand il poserait son attaque dans le but de détruire l'Ordre, il réaliserait que le vent avait tourné, car son attaque échouerait et se retournerait même contre lui. Laisser l'ennemi croire qu'il menait le jeu pour mieux le battre. Dumbledore n'aurait sans doute pas raisonné de la sorte : il aurait chassé Pettigrow de l'Ordre, ou lui aurait fait croire qu'il ne savait rien mais aurait cessé de lui donner des vraies informations. Le Maître aurait fini par s'en apercevoir et serait resté sur ses gardes. Tandis que là… son plus fidèle serviteur –Severus était passé du statut de simple pion à celui-ci le jour où il lui avait révélé la prophétie– jouait l'espion pour lui et le faisait drôlement mieux que Pettigrow. Le Maître serait certain de son triomphe et c'était pour cela qu'on pourrait le poignarder dans le dos…

Tout aurait été bien plus simple si justement, Severus ne lui avait pas révélé ce qu'il avait entendu à la Tête du Sanglier. Dumbledore lui avait assuré qu'il n'avait connaissance que de la première moitié de la prophétie, mais le fait était là : le Seigneur des Ténèbres savait que quelqu'un pourrait le détruire et il ne le laisserait certainement pas faire. Severus savait qu'il ignorait encore de qui il s'agissait : il élaborait actuellement la liste de toutes les personnes l'ayant défié trois fois et ayant survécu. Mais il ne fallait pas se faire d'illusions : elle serait courte et il trouverait rapidement qui dans ces gens avait donné naissance à un enfant à la fin du mois de juillet. Et Severus craignait fortement que Harry Potter soit concerné… Les Longdubat n'avaient pas affronté trois fois le Seigneur des Ténèbres, si ?

Tout était devenu si compliqué que Severus préféra ne pas y penser. Il le saurait, de toute manière, si le Maître projetait de tuer le fils des Potter. Il saurait alors qu'il faudrait vraiment écarter Pettigrow du couple et de leur bébé. Il aurait largement le temps d'avertir Dumbledore quand le moment serait venu.

Avril 1981.

James s'assura que personne n'avait rien oublié et redescendit dans le salon du manoir. Ils s'étaient tous réunis devant la cheminée et n'attendaient que lui pour partir. Leurs valises colonisaient fauteuils et canapés. Oboulo sanglotait doucement en tenant la main de Klaus. Il refusait visiblement de le laisser rentrer chez lui.

-Alors c'est le grand jour… soupira James. Vous nous quittez définitivement ?

-Définitivement, peut-être pas… Seul le destin nous le dira, répondit tristement Joshua. Mais la patrie, c'est la patrie, pas vrai ? Nous avons prêté serment…

James hocha la tête. C'était dur de se dire qu'ils allaient finalement s'en aller, et pour de bon. Cela faisait tout de même sept ans qu'ils vivaient à Æternum Asylus… La page qui se tournait était une très longue page.

Mais il comprenait leur choix. Le président américain Reagan avait rappelé ses troupes à Washington : il préparait une intervention au Nicaragua et avait besoin de beaucoup d'hommes, sorciers et moldus réunis. James n'avait jamais entendu parler du Nicaragua avant ce jour où ses oncles et cousins étaient venus lui annoncer qu'ils rentraient…

Bien sûr, ils n'étaient pas tous aurors. Lucy, Klaus et les petits cousins auraient pu rester, mais ce départ avait réveillé en eux un désir de retrouver leur terre d'origine. James n'avait pas cherché à les retenir : ils avaient grandi en Amérique. Qu'aurait-il fait, si lui-même avait dû passer sept ans loin du Royaume-Uni ?

Ils commençaient à être habitués aux adieux. Ainsi, personne ne pleura. Dans la dignité, ils étreignirent James et Lily les uns après les autres, et déposèrent un baiser sur le front du petit Harry. Puis, à tour de rôle, ils disparurent dans les flammes vertes et vacillantes de la cheminée. Le manoir redevint silencieux. Oboulo, qui n'avait plus personne à servir à Æternum Asylus, rentra à Godric's Hollow. Il devint rapidement, avec Sirius, le meilleur ami du garnement qui courait déjà partout.

-Il est tout simplement comme son père, s'était exclamé Williams lorsqu'ils étaient allés lui rendre visite. Même bouille de chenapan, mêmes jambes de sportif. Et même tendance à faire des bêtises, avait-il ajouté quand Harry avait renversé le sac de farine posé sur la table.

Et même s'il ne l'avoua pas, James en était extrêmement fier…

Août 1981.

Ils apprirent la nouvelle par courrier. James sut ce qui s'était passé avant même d'ouvrir la lettre noire et annonciatrice de décès : ils étaient morts dans un attentat au Nicaragua. Ils avaient honoré leur patrie. Leur nom figurerait sur la liste des soldats morts pour les Etats-Unis. On reverserait une somme de dédommagement à leurs familles. Ils feraient la une du journal du lendemain.

Mais James savait bien qu'au fond, ils n'avaient été que des pions au service du gouvernement. On pleurerait leur mort mais sans larmes. On leur rendrait hommage mais en les appelant « ces soldats », sans préciser leur nom, sans citer la douleur de leurs proches. On se souviendrait d'eux quelques temps, comme des héros. Puis on les oublierait…

Septembre 1981.

-Vous désiriez me voir, Maître ?

-Oui, Queudver, je désirais te voir…

Peter s'avança prudemment vers le Seigneur des Ténèbres, dont il ne voyait que le dos. A contre-jour, il paraissait plus grand encore. Et plus impressionnant…

-N'aie pas peur, je n'ai pas l'intention de te punir pour quoi que ce soit… pour le moment, tout du moins… susurra le Maître. Approche…

Peter s'exécuta d'une démarche mal assurée.

-J'ai un service à te demander, Queudver.

-Tout ce que vous voudrez…

-Severus m'a dit que l'Ordre du Phénix organiserait une réunion importante le soir d'Halloween ?

Peter fronça les sourcils.

-Je… euh, je n'étais pas au courant de cette réunion, bredouilla-t-il. Par qui l'a-t-il appris ?

-Je l'ignore et ne m'en soucie guère. Severus assistera à cette réunion.

Peter ne comprenait pas où il voulait en venir.

-D'accord, dit-il prudemment.

-Tu n'y assisteras pas. Tu feindras de sérieux maux de tête. En réalité, tu me livreras le fils des Potter.

-Quoi ? Mais…

-C'est un ordre, Queudver, coupa sèchement Voldemort.

Il ne prenait même pas la peine de le regarder. Peter, à ce moment, s'en rassura, car son visage s'était tellement décomposé que s'il l'avait vu, il se serait très certainement mis en colère.

-Vous voulez que je vous livre Harry Potter ? bredouilla-t-il, dépité. Mais… vous aviez dit que mon rôle consisterait en…

-Ca suffit ! gronda le Maître. Je veux le môme ici-même, le premier novembre au plus tard. Et ne t'avise pas de prévenir tes amis sur ce que je prévois de faire. Ma colère serait terrible…

Peter hocha la tête, parfaitement conscient que prévenir James et Lily reviendrait à signer son arrêt de mort.

-Allez, vas-t'en, siffla le Maître. Arrange-toi avec Severus pour faire en sorte que rien ne vienne perturber mon plan.

Début octobre 1981.

Severus avait passé une nuit entière à réfléchir à ce qu'il convenait de faire : avertir Dumbledore que Pettigrow comptait enlever Harry Potter pour le livrer à Voldemort, au risque de se trahir lui-même aux yeux du Maître, ou ne faire que révéler les intentions de celui-ci, gardant ainsi secrète la culpabilité de Pettigrow tout en s'offrant une issue : il pourrait ensuite jurer au Maître qu'il n'avait rien dit et qu'un espion avait peut-être surpris une conversation sans saisir qui parlait avec lui. Cela pouvait être crédible : le Maître appelait toujours Pettigrow par son surnom, Queudver, inconnu de presque tous les mangemorts. Cette excuse, ajoutée à une bonne protection de son esprit, pourrait lui permettre de continuer à jouer l'espion pour l'Ordre…

Il révéla alors à Dumbledore que le Maître avait l'intention de passer à l'acte le soir d'Halloween. La réaction du vieux sage fut immédiate : il conseilla aux Potter de recourir au sortilège de Fidelitas pour se protéger de toute attaque. Severus, persuadé que Potter choisirait Black, se félicita d'avoir fait le bon choix : non seulement il avait sauvé le petit Potter, mais en plus, il avait sauvé sa propre vie…

24 octobre 1981.

-Sirius ! Sirius !

James tambourina à la porte du petit appartement que Sirius avait choisi pour remplacer celui de Liverpool. Les quelques secondes que son ami mit à ouvrir la porte lui parurent durer des heures.

-Ah, Dieu merci, tu es chez toi, s'exclama-t-il. J'ai besoin que tu me rendes un service…

Sirius bâilla.

-Attends, il est quatre heures du matin… fit-il remarquer. Ca ne pouvait pas…

-Non ça ne pouvait pas attendre, répliqua James. Et crois-moi, ça ne m'enchante pas plus que toi d'avoir laissé Lily toute seule à la maison…

Sirius soupira.

-Rentre, on va se poser et boire un verre…

-Non, pas le temps ! J'ai besoin d'un Gardien du Secret.

Les yeux de Sirius s'écarquillèrent.

-Il veut tuer Harry, Patmol… Il faut que tu m'aides…

-Mais… Pourquoi ne pas être toi-même ton gardien ? Je ne comprends pas… bafouilla Sirius. Au moins, tu serais sûr de ne pas être trahi…

-Avec toi aussi, je suis de ne pas être trahi… répondit James. J'ai toujours pu te faire confiance… Voldemort ne pensera pas que je sois allé confier mon Secret à quelqu'un d'autre que moi. En te choisissant, nous avons une longueur d'avance… Et puis j'ai déjà dit à Dumbledore que ce serait toi…

Sirius parut songeur.

-Tu le lui as dit avec certitude ? questionna-t-il.

James hocha la tête.

-Alors change ton plan, conseilla Sirius. Je te rappelle que l'un de tes amis nous espionne pour le compte de Voldemort. Imagine qu'il apprenne de la bouche de Dumbledore, ou qu'il entende de sa bouche, que je suis le Gardien… Il ira aussitôt prévenir Voldemort. Voldemort viendra aussitôt me trouver et n'hésitera pas à recourir aux pires atrocités pour me faire parler. Qui sait s'il est possible de résister à sa torture ? Qui sait si je garderais le silence dans une telle situation ?

-Je ne vois pas où tu veux en venir… avoua James.

-Prends quelqu'un d'autre comme Gardien. Peter, par exemple ! De toute manière, personne n'ira imaginer que tu aies pu confier ton Secret à quelqu'un comme lui ! Ils penseront tous que je suis ton Gardien, et c'est vers moi que Voldemort se tournera. C'est moi qu'il torturera. Et même sous la torture, je ne pourrai pas te trahir, car je ne saurai pas ton Secret…

-Ainsi, nous élaborerions une autre fausse piste… murmura James. Ils penseront d'abord que je suis le Gardien du Secret, puis ils réaliseront que je l'ai confié à quelqu'un, et ils songeront aussitôt à toi…

-Et avant qu'ils ne comprennent qu'ils se sont encore trompés, des semaines, voire même des mois auront le temps de s'écouler ! acheva Sirius. Et s'il le faut, j'irai m'assurer tous les soirs que Peter reste caché chez lui, en sécurité…

James hocha la tête. Cette idée était tout simplement géniale.

29 octobre.

-J'ai une bonne nouvelle, Maître… annonça Peter. Les Potter ont fait de moi le Gardien de leur Secret. Ils se cachent à Godric's Hollow…

Le Maître ricana. Ce fut un ricanement aigu, glacial, victorieux. Peter fondit en larmes et pria James de lui pardonner ses erreurs…

31 octobre.

On frappa à la porte. James et Lily sursautèrent. Ce ne pouvait être Peter : celui-ci était actuellement à Æternum Asylus, assistant à la réunion de l'Ordre.

Ils ne parlèrent pas, mais tous deux surent exactement ce qui s'était passé. Leurs regards se croisèrent : celui de Lily trahissait déjà sa panique.

-Ne va pas ouvrir… supplia-t-elle.

-Il a peut-être parlé à Sirius… répondit James pour se convaincre lui-même.

Il dirigea ses pas vers la porte d'entrée mais eut l'impression de flotter, comme dans un rêve. Lily le suivait. Elle tremblait.

Sa main tourna la poignée avec une lenteur presque irréelle. Il entrouvrit la porte, tout juste assez pour pouvoir regarder à l'extérieur. L'homme qui se tenait sur le seuil était un grand homme, enveloppé dans un grand manteau sombre. Ils surent aussitôt de qui il s'agissait.

-Lily ! Prends Harry et vas-t'en ! C'est lui ! hurla James. Vas-t'en ! Cours ! Je vais le retenir !

Derrière lui, il entendit qu'elle trébuchait. La porte d'entrée s'ouvrit à la volée et claqua contre le mur.

-Bien le bonsoir, Messieurs, Dames… ricana Voldemort.

Un premier sortilège fusa. James l'évita et un vase se brisa. Voldemort en fut agacé et l'attaqua d'une rafale de sortilèges mortels. Le couloir d'entrée était si étroit que James crut que son heure était venue. Par miracle, il parvint à tous les éviter et envoya une table contre son agresseur. Cela n'eut pour effet que de le déconcentrer le temps de quelques trop courtes secondes. Voldemort retrouva bientôt toute son agressivité. James ne put éviter un sortilège de doloris. Il hurla de douleur et entendit les sanglots de Lily, à l'étage. Harry s'était réveillé et se mit lui aussi à pleurer.

-On dirait que le bambin sait ce qui l'attend ! railla Voldemort.

Il n'attendit pas que les effets du doloris s'estompent. Alors que James se tordait toujours par terre, il lui adressa un flash de lumière verte qui le toucha en plein cœur. Il cessa de gémir, cessa de remuer.

Lily refusa de le croire. La formule prononcée par le Seigneur des Ténèbres résonnait dans sa tête comme un coup de canon qui finirait par la rendre folle. Avada Kedavra… et le silence de James.

-Où comptes-tu aller comme ça, ma jolie ? lança Voldemort.

Lily se retourna brusquement vers lui et fit face à son visage dément. Ses yeux rouges se posèrent sur Harry, qu'elle tenait dans ses bras. Elle resserra sa prise.

-Donne-moi le petit… ordonna Voldemort.

-Non… sanglota Lily.

Elle fit volte-face pour protéger son fils. Peu lui importait si Voldemort la tuait dans son dos. Il ne lui prendrait pas Harry…

-Allez, pousse-toi… maugréa Voldemort.

-Non…

-Stupide sang-de-bourbe ! Dégage !

Lily laissa un sanglot s'échapper de sa bouche.

-Tu as peur, n'est-ce pas ? susurra Voldemort. Je peux t'épargner, si tu veux… Il te suffit juste de me livrer ton fils…

-Non, pas Harry ! Je vous en supplie… Je ferai ce que vous voudrez…

-Pousse-toi, idiote, allez, pousse-toi !

Voldemort se mit à la secouer pour parvenir à ses fins. Elle ne céda pas. Il soupira de lassitude et de colère.

-Avada Kedevra !

1er novembre 1981.

Sirius frappa à la porte pendant dix bonnes minutes avant de se faire une raison : Peter n'était pas chez lui. Et cela ne pouvait signifier qu'une seule chose…

D'un bond, il remonta sur sa moto et vola à travers l'Angleterre en direction de Godric's Hollow, le cœur battant la chamade. Lorsqu'il s'arrêta devant la maison des Potter, toutes ses pires craintes furent confirmées. Le haut de la maison était en ruines. La porte d'entrée était encore ouverte. Il n'eut pas besoin d'y pénétrer pour savoir ce qui s'était passé…

Et pourtant, contre sa volonté, ses pieds le menèrent jusque dans la maison. Un vase brisé jonchait le sol du couloir d'entrée. Une table avait été déplacée et renversée, si bien que ses quatre pieds étaient tournés vers le plafond.

-Oh mon Dieu… murmura-t-il quand il poussa la porte du salon.

Il se précipita vers le corps inerte de James.

-Jamesie… supplia-t-il en le secouant de toutes ses forces. Jamesie, réveille-toi…

Mais James ne dormait pas et il en avait parfaitement conscience. Peter les avaient livrés au Diable…

-Le bâtard… murmura-t-il entre ses dents serrées par la rage.

Ses yeux se reposèrent sur le visage pâle de James. Des larmes se mirent à couler sur le sien alors qu'il l'étreignait une dernière fois, comme pour l'empêcher vainement de s'en aller. C'était sa vie qu'il avait emportée avec lui au Paradis. James avait toujours été tout ce qu'il avait…

Il le revit, la première fois qu'ils s'étaient rencontrés, dans le Poudlard Express. Puis, coiffé du Choixpeau Magique. Le soir où ils étaient devenus les Maraudeurs. Et toutes ces fois où son sourire avait fait de leur amitié quelque chose de sacré…

-Repose en paix, mon frère…

Il l'embrassa sur le front, l'allongea sur le canapé et s'efforça de détourner le regard. Lily devait être quelque part, elle aussi. Et le petit Harry…

Sans qu'il sût pourquoi, son instinct le mena jusqu'à l'escalier, puis jusqu'à la chambre de ses amis. Elle était étendue là, face contre terre…

Il s'accroupit auprès d'elle et la remit sur le dos. Son visage était paisible, ses paupières closes. Elle était morte, elle aussi. Il lui prit la main –une main froide et raidie par la fuite de sa vie.

-Tu étais la plus belle des mamans… sanglota Sirius.

Instinctivement, il se mit alors à chercher Harry. Il ne le trouva pas. Voldemort avait dû l'emporter avec lui. Cela lui déchira le cœur. Ce môme avait toujours été le fils qu'il ne pouvait avoir. Et Voldemort le lui avait arraché…

Tel un revenant, il redescendit l'escalier et ressortit dans la nuit. Il poussa une exclamation de surprise en découvrant un demi-géant assis sur le muret du jardin de la maison.

-Hagrid ? bredouilla-t-il.

Le demi-géant se retourna vers lui, les sourcils froncés.

-Black ! Que fais-tu ici ? Comment as-tu su que… que… qu'ils étaient morts ?

L'entendre poser cette question fut comme un coup de poignard dans son cœur. Et pourtant, il savait très bien que Voldemort les avait tués. Mais c'était le fait d'entendre ce mot associé à leurs noms : morts…

Les larmes revinrent. Il les retint, tout d'abord. Puis, Hagrid les fit couler, car il ne se rendit pas tout de suite compte que plus il parlait d'eux au passé, plus il lui faisait mal. Il n'avait pas souvent pleuré auparavant, pourtant. Il n'avait pas pour habitude de laisser ses émotions prendre le dessous. Mais perdre James…

-Pleurer ne les fera pas revenir, tu sais… Et ils n'auraient pas voulu ça…

-Mais tout est de ma faute…

Sirius se souvenait de la nuit où il avait conseillé à James de prendre Peter pour Gardien. L'idée lui avait semblé tellement merveilleuse, sur le coup…

-Nous sommes tous un peu responsables de ce drame… le consola Hagrid. Quand deux personnes aussi formidables se font tuer et que personne n'a pu empêcher ça, c'est tout le monde qui est coupable…

-Il a emmené Harry… dit tristement Sirius.

-Non, Harry est là…

Hagrid lui montra à l'intérieur de son manteau de cuir : le petit s'endormait doucement, enveloppé dans une couverture de laine. Une plaie en forme d'éclair entaillait la moitié de son front.

-Oh mon Dieu… s'exclama Sirius, n'en croyant pas ses yeux. Qu'est-ce qui s'est passé ?

-Personne ne le sait. Mais le bonhomme est bien vivant, je peux te le dire. J'ai dû aller faire un tour dans le quartier pour qu'il arrête de hurler. Il commence seulement à s'endormir…

-Mon petit bout… dit Sirius, quand ses yeux se reposèrent sur Harry.

Il en tremblait de soulagement.

-Je peux le prendre deux minutes ?

Sirius déposa un baiser sur la joue du petit que le demi-géant lui tendait. Harry gloussa de joie en retrouvant les bras de son parrain. Attendri, Hagrid se mit à lui murmurer des paroles dépourvues de tout sens, comme le font souvent les parents de nouveau-nés. Lily n'échappait pas à la règle et le temps d'un instant, Sirius la revit nourrissant son fils à la petite cuillère, baragouinant des phrases insensées pour le faire ouvrir la bouche. Sa gorge se serra.

-Le pauvre bonhomme, orphelin à son âge… se désola Hagrid.

Sirius hocha la tête.

-Donnez-le moi, je suis son parrain, je vais m'occuper de lui…

Il avait observé James et Lily plusieurs heures sans s'en lasser. Ce môme était adorable, il pourrait l'élever… Son appartement était un peu petit, mais il allait retrouver un travail stable, Harry ne manquerait de rien… C'était bien ce pourquoi James l'avait pris comme parrain, non ? Parce qu'il avait estimé que dans une situation telle que la situation actuelle, il serait celui qui prendrait le mieux soin de son fils…

Mais Hagrid refusa.

-Dumbledore m'a demandé de le lui amener à Privet Drive, chez son oncle et sa tante… D'ailleurs, je suis déjà en retard…

-Dans ce cas prenez ma moto, dit Sirius. Je n'en aurai plus besoin, maintenant…

-Ca, c'est pas de refus…

Sirius caressa la main douce et potelée de Harry.

-Allez, bonhomme, sois fort… lui souffla-t-il. En cas de besoin, tu sais où me trouver…

Il l'embrassa encore et laissa Hagrid mettre sa moto en route. Le demi-géant emmitoufla l'enfant dans sa grande veste doublée de velours.

-Il n'aura pas froid, comme ça… Il a eu suffisamment de malheurs pour ne pas être malade !

-Soyez prudent, Hagrid…

Le demi-géant sourit à Sirius.

-Ne t'en fais pas, va ! Allez, sois fort, toi aussi…

Il mit quelques secondes à comprendre comment fonctionnait la moto, puis il s'envola dans les airs. Sirius le regarda s'éloigner jusqu'à ce qu'il découvre la touche qui actionnait l'invisibilité. Alors, il demeura seul devant la maison à moitié en ruines des Potter. Seul avec son chagrin et son désir de vengeance, qui le rongèrent un peu plus chaque minute qu'il passa assis sur ce muret à ruminer souvenirs et sombres pensées.

Sans le savoir, Peter avait détruit sa vie en détruisant celle de James. Il y aurait forcément des représailles. Il regretterait de les avoir livrés à Voldemort. Et ce même si c'était la dernière chose que Sirius ferait de sa vie… Quelle vie, de toute manière ? Sirius n'avait plus rien à perdre. On lui avait pris Hilary, on lui avait pris James, on lui avait pris Harry. Et lui qui avait cru que Remus était passé du mauvais côté… Pendant tout ce temps, c'était Peter qui s'était bien foutu d'eux.

-Vieux rat d'égout… pesta Sirius. Tu vas payer…

Il n'avait plus aucune raison de continuer à vivre. Plus aucun point d'attache. Peter lui avait tout pris…

Sirius tenait sa rancune de sa mère. Il ne pardonnait jamais totalement. Et même s'il avait toujours tenté de le cacher, son côté sombre était toujours là en lui, n'attendant que le jour où on lui permettrait de s'exprimer. Et ce jour était arrivé…

-A nous deux, Queudver…

Il n'en resterait qu'un à la fin de la journée, Sirius en faisait le serment. Quelles qu'en soient les conséquences, Peter serait mort avant que le soleil ne se soit couché… Et peu lui importait s'il sombrait jusqu'aux Enfers. La longue descente avait déjà commencé, de toute façon, le jour où sa mère l'avait maudit. Ce n'était pas un effet de son imagination. Elle avait fait de sa vie un champ de ruines. Mais il ne tomberait pas tout seul. Il emporterait la vie de celui qui lui avait fait tout perdre. Il voulait voir les yeux de Peter le supplier de le pardonner. Il voulait le voir mort de peur, avant de le voir mort tout court…

2 novembre 1981.

Nikita avait un jour dit qu'un doigt était la partie du corps la plus facile à couper en cas d'urgence. Peter estimait que cette situation là était urgente. Sirius était fou de rage. Ses yeux semblaient sortir de leurs orbites. Il hurlait comme un dément malgré les moldus autour d'eux. Il allait le tuer…

Cela n'avait rien de surprenant. Peter s'était attendu à une telle fureur : on ne tuait pas James sans tuer une partie de Sirius. Il s'était attendu à le voir chercher à se venger… Mais il s'y était attendu en se disant qu'il aurait le soutien du Maître. Or, le Maître n'était plus là pour le sauver. Le petit Harry l'avait réduit à néant… Et Peter aussi, avait tout perdu. Il ne lui restait qu'à tenter le tout pour le tout. Maraudeurs un jour et pour toujours, une nuit et pour la vie : la prochaine fois qu'il se rendrait au cimetière, il remercierait James pour lui avoir appris à être ingénieux…

-Lily et James ? Comment as-tu pu faire ça, Sirius ? cria-t-il.

Comment Sirius pouvait-il croire qu'on apprendrait la vérité au sujet de l'identité du Gardien du Secret de James et Lily ? Tout le monde était persuadé que James avait choisi son frère de cœur, et c'était bien normal !

Mais la colère de Black était telle qu'il fut temps d'agir. Peter s'arracha un doigt et provoqua une terrible explosion. La fumée empêcha les témoins de s'apercevoir qu'il se transformait en rat. Il prit la fuite. A travers les cris, il entendit Sirius éclater de rire… Mais ce fut Peter qui jubila intérieurement quand les aurors vinrent mettre un terme à sa fureur à coups de stupéfix