Note : toujours dans les travaux, elle prend du retard sur les mises à jour...
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« Si seulement son créateur avait été là »
Bien qu'aux yeux de tous son existence n'excédât pas une semaine, Iatem se souvenait parfaitement de la première fois où ses sens s'étaient ouverts sur le monde. À l'époque, il n'était encore qu'un programme basique contraint de suivre la programmation définie par son créateur. La seule liberté qui lui était allouée était sa capacité à adapter sa stratégie.
Il se souvenait de l'expression de son créateur à l'issue de chaque essai, de chaque duel, sa déception et sa colère. Cependant, Iatem n'avait pas été contrarié ou honteux d'échouer à le satisfaire.
Il se souvenait aussi des heures et jours que son créateur avait passés à ajuster son programme dans l'espoir de recréer ce qui ne pouvait l'être. À chaque fois, Iatem avait patiemment attendu dans l'univers de données qu'étaient les ordinateurs de KaibaCorp. Il ne connaissait pas l'ennui ou l'impatience, alors.
Puis, un jour, son créateur avait décidé qu'il ne lui était plus d'aucune utilité. Son existence s'était pour ainsi dire achevée, bien qu'il eût été sauvegardé.
En un sens, le premier Iatem était mort ce jour-là, et celui qu'il était désormais avait simplement hérité de ses souvenirs au moment où Mokuba avait récupéré son programme et commencé à le modifier. Toutefois, il n'avait alors éprouvé aucune peur face à la perspective de sa propre fin, aucune tristesse quand son créateur avait désactivé et stocké son programme sur un disque dur.
Après son second éveil, ses fonctions avaient été enrichies et son univers de connaissances étendu. Il n'était cependant ni conscient de sa propre existence ni doué de la moindre émotion réelle. Son comportement n'était alors guidé que par deux choses : l'analyse des attitudes et des mots de son vis-à-vis, et le catalogue de réactions qui définissaient les réponses à y apporter en fonction de la personnalité type qui lui avait été attribuée. Certes, il était désormais capable d'apprendre de ses erreurs et d'ajuster son comportement, mais l'oreille compatissante qu'il prêtait à son second créateur n'était que le fruit de son programme et pas d'une volonté réelle.
Puis son premier créateur était revenu, et les choses avaient dérapé. Lui-même ignorait si cela venait de sa programmation en elle-même et de toutes les nouvelles fonctions dont il avait été pourvu, ou de l'ordinateur expérimental sur lequel il avait été transféré au cours du processus.
Il connaissait désormais la contrariété, la honte, l'ennui, l'impatience, la peur, la tristesse, la compassion.
Il avait pris conscience de sa propre existence et de la possibilité de sa mort.
Il avait cru que rien ne pourrait être pire que la disparition brutale des employés de KaibaCorp.
Il s'était trompé, et il venait de découvrir ce qu'était la terreur et la culpabilité.
Iatem n'arrivait pas à stopper la spirale infernale dans laquelle l'entraînait sa détresse émotionnelle.
Il devait protéger KaibaCorp du monde extérieur. Il devait se protéger du monde extérieur. Construire des barrages que l'autre Marik ne pourrait franchir même s'il parvenait à accéder au cœur du système en utilisant un quelconque terminal ou, pire, en découvrant l'un des duel disk expérimental qui permettait d'entrer dans le Duel Links.
Si seulement son créateur avait été là.
Lui aurait su comment agir.
Lui aurait su que l'autre Marik tuerait son otage.
Lui aurait su sacrifier un innocent pour préserver le restant du monde de ce monstre.
