Disclaimer : Les personnages de White Collar ne sont pas à moi.


Trouver la force de se battre encore

Alors que Neal passait près de lui Gilles prononça quelques mots qui le figèrent un instant avant de lui faire accélérer le pas. Il avait parfaitement entendu et compris ce que le jeune homme venait de lui dire et cela lui donnait presque la nausée. Il était coincé, il ne pouvait rien faire. Une fois de plus il se retrouvait piégé et il détestait cette sensation.

A son grand soulagement Gilles ne tenta pas de le retenir ou de le suivre pour poursuivre leur discussion. Il était au moins correct à ce niveau et Neal en fut soulagé. Gilles avait de mauvaises idées mais il n'était pas complètement perverti. Il restait en lui la trace de l'éducation qu'on avait voulu lui donner.

Neal ne savait trop s'il devait s'en réjouir ou s'en inquiéter, il était clair à ses yeux que c'était justement cette éducation qui rendrait le jeune homme plus dangereux s'il entendait se tourner vers une activité criminelle. Il avait le vernis qu'il fallait pour sembler innocent et bien comme il faut.

Perturbé par cette discussion il prit le temps de se réfugier quelques minutes dans une pièce vide, sans trop se soucier d'où il était entré. Il ne regarda pas d'avantage ce qui s'y trouvait, il s'en moquait complètement. Il tourna un moment en rond, essayant de retrouver son calme, il ne pouvait pas se montrer à Kenneth dans un état de nervosité pareil. Il risquait de perdre toute crédibilité et cela nuirait à ce qu'il avait en tête. Il cessa de faire les cent pas pour se laisser tomber dans un fauteuil et ferma les yeux.

Quelqu'un avait dit un jour que la vie était un éternel recommencement, cette personne avait visiblement raison, il voyait se répéter une des pires périodes de sa vie. Il devait protéger les personnes qu'il aimait, accomplir une mission délicate et voilà qu'une seconde tâche venait se greffer sur la première, ce qui allait la rendre plus délicate encore.

Il resta un long moment immobile, à se contrôler, à contrôler sa respiration et les réactions de son corps tout entier. Il devait absolument trouver la force de se battre encore.

Il serait bien resté jusqu'à la nuit et même au delà, dans cette petite pièce confortable, loin de tout et de tous, mais il ne pouvait pas se permettre un tel luxe. Il y avait bien trop en jeu, bien plus à présent qu'au début de toute cette affaire.

Il en était presque à regretter d'avoir accepté la proposition de Kenneth des années plus tôt. Mais comme pour tout le reste, il était trop tard pour changer quoi que ce soit et il n'avait d'autre choix que de poursuivre.

Lorsqu'il se fut enfin repris Neal se dirigea lentement vers l'endroit où il savait qu'il trouverait Kenneth. S'il avait bien jugé le caractère de l'homme ce dernier avait du opter pour ce qui servait de salon des hommes à la chartreuse. L'endroit où les messieurs se rendaient pour fumer et boire un verre entre eux dans des temps révolus. Gilles avait conservé l'endroit en l'état, certaines personnes de son entourage appréciaient de pouvoir l'utiliser et il tenait à leur faire ce plaisir. Il y avait toujours des cigarettes, des cigares et de l'alcool de qualité dans cette pièce et personne ne venait déranger ceux qui s'y trouvaient. Pour autant que Neal ait pu le découvrir Kenneth ne fumait pas, mais il aimait les alcools de prix.

Il ne se trompait pas, l'homme se trouvait exactement là où il pensait le trouver. Il était installé dans un confortable fauteuil, un verre de cognac entre les doigts. Il le faisait tourner avec lenteur, le regard perdu dans les reflets dorés du breuvage. Neal frappa à la porte et entra sans attendre de réponse. Il la referma derrière lui et s'y adossa.

Kenneth se tourna vers lui et le fixa en silence, Neal soutint son regard, leur affrontement silencieux dura quelques minutes puis Kenneth se laissa aller à sourire, il préférait voir le jeune homme dans cet état d'esprit et non triste et presque résigné.

- Je suppose que tu viens me demander d'aider ton ami l'agent Burke. Dit il d'un ton amusé.

- Non. Répondit Neal sans hésiter.

Kenneth ne s'attendait pas à cette réponse et il en resta quelques secondes interloqué et muet.

- Non ? Répéta t'il d'un air perplexe.

Neal hocha la tête.

- Oui, je viens te proposer un marché. Je termine la commande et je procède à la livraison avec l'aide de Peter et en échange de son aide il est compris dans le marché initial.

Kenneth haussa les sourcils.

- Il est au courant qu'il va devoir participer ? S'enquit il avec une pointe très nette d'ironie.

- Pas encore, mais vu sa position, il n'a pas de raison de refuser d'en être.

- Je crains que tu ne sois un peu trop optimiste à ce sujet. Il ne m'a pas semblé très porté sur la prise de risques. Rétorqua Kenneth.

- Tu pourrais être surpris. Sourit Neal en songeant à toutes les fois où Peter s'était mis en danger pour mener à bien une enquête.

- Je vois que tu es prêt à beaucoup pour lui venir en aide, mais qu'est-il prêt à faire pour toi de son côté ? Es-tu vraiment certain de ne pas te tromper ? Les conséquences pourraient être catastrophiques et pas seulement pour toi et pour ton ami.

- J'en suis conscient. Répondit Neal. Je sais que je ne peux pas être totalement certain de ne pas me tromper, mais je me souviens de ce que nous avons traversé Peter et moi, je me souviens de sa façon de réagir lorsque la situation l'exige et je veux croire qu'il est toujours le même en profondeur.

- Mais tu n'en es pas certain.

- Voilà pourquoi je dois m'en assurer. Approuva Neal.

- Et tu as l'intention de t'en assurer en lui proposant de faire partie du projet. C'est une prise de risque certaine à mes yeux.

Neal baissa les yeux et laissa échapper un léger soupir.

- Aux miens également. Avoua t'il.

Kenneth en fut étonné, il n'aurait jamais cru que Neal puisse lui faire cet aveu, il pensait qu'au contraire le jeune homme allait biaiser, tenter de l'entraîner sur un autre chemin, de le faire penser à autre chose.

Il se demanda si Neal avait conscience qu'il pouvait se servir de ce qu'il venait de lui dire contre lui, il se demanda également si cela était du à la présence de Peter. Il savait que l'homme avait beaucoup influencé le comportement de Neal par le passé, mais il avait cru qu'une fois éloigné de lui cette influence serait amoindrie, voire défaite. Il avait également cru que le bref laps de temps pendant lequel l'agent du FBI et le jeune homme avaient été réunis serait insuffisant pour que Peter Burke puisse à nouveau avoir de l'influence sur Neal. Force était de reconnaître qu'il s'était trompé dans ses estimations. C'était agaçant mais au final cela n'était pas aussi grave qu'il l'avait redouté. Neal n'avait pas été assez influencé par l'agent Burke au point de faire volte face et de lui annoncer qu'il voulait se retirer du projet, bien au contraire il lui amenait un nouveau participant qu'il n'aurait jamais espéré pouvoir s'adjoindre.

Même s'il était pour le moins délicat de s'allier un agent du FBI pour un projet de cette envergure, Kenneth était tout prêt à courir le risque.

C'était risqué, c'était presque une folie, mais c'était également extrêmement grisant.

Kenneth avait déjà eu à faire à des agents du FBI par le passé, mais il n'avait jamais travaillé avec eux, et il n'aurait jamais pensé un jour en faire travailler un comme Neal se proposait de le faire.

Bien entendu il y aurait des gens qui n'allaient pas apprécier la chose, mais cela ne faisait pas reculer Kenneth pour autant. Au contraire, cela aurait plus tendance à le motiver à faire de l'agent Burke un des éléments de son plan.

Il reprit le verre qu'il avait posé lorsque Neal était entré et se remit à le faire tourner entre ses doigts pensivement.

Il aimait contempler les nuances des alcools qu'il consommait, c'était apaisant et cela était un très savoureux premier contact avec le liquide qu'il allait boire. La couleur, les reflets, tout cela donnait une précieuse indication sur l'alcool contenu dans le verre. Le cognac qu'il s'était servi était d'une qualité exceptionnelle, son odeur seule avait suffit à le rendre heureux et même la demande de Neal n'avait pas réussi à attaquer sa bonne humeur.

Non, en vérité, la demande de Neal ne faisait que renforcer son plaisir.

Il avait hâte de parvenir au stade de la dégustation où il trempait enfin ses lèvres dans le breuvage et il n'avait aucune envie de se livrer à ce petit rituel en présence de Neal.

- Je crois que si tu réussis à convaincre l'agent Burke nous pourrons lui trouver une utilité en temps et en heure. Je serai d'avis qu'il serait bon qu'il reste avec toi jusqu'à ce que les objets que tu dois terminer le soient. Crois tu qu'il te sera utile ou qu'il risque de causer des dégâts ?

Neal prit quelques secondes pour réfléchir avant de répondre. Le Peter qu'il connaissait, du moins celui dont il avait le souvenir, n'agirait pas de la sorte, il ne l'imaginait pas sabotant son travail volontairement, ce n'était vraiment pas son genre.

- Je ne sais pas s'il pourra m'aider, mais je ne crois pas qu'il cherche à détruire mon travail. Ce n'est pas son genre.

Kenneth reposa son verre à regret, la dégustation allait devoir attendre encore un peu, si Neal n'était pas certain que l'agent Burke puisse être une personne de confiance, alors il n'avait pas d'autre choix que de s'en assurer.

Même s'ils avaient encore du temps il serait très contrarié d'apprendre que l'agent Peter Burke avait réduit à néant des semaines de travail, sans compter le chagrin que cela pourrait causer à Neal.

- Je vais aller le voir et tirer les choses au clair avec lui.

- Que dois-je faire en attendant ?

- Va te reposer, j'ai l'impression que tu en as grand besoin.

Neal était tout à fait d'accord sur ce point, il se sentait épuisé bien que la journée ne soit encore que peu entamée.

Il se retira et hésita une fois dans le couloir, il ne savait pas trop s'il parviendrait à s'endormir s'il allait se coucher, mais il n'avait pas plus envie de traîner trop longtemps dans les couloirs de la chartreuse.

Il ne se sentait pas d'humeur à bavarder avec qui que ce soit, encore moins avec Gilles qu'avec d'autres personnes. Même Dani risquait de vouloir discuter de choses pénibles et il n'y tenait vraiment pas.

Il se dirigea vers la porte de la chambre qu'on lui avait attribuée et s'y réfugia. Il ressentit un peu de culpabilité en tirant le verrou après s'être assuré qu'il n'y avait personne dans la pièce, mais il ne se sentait vraiment pas d'humeur à laisser qui que ce soit le rejoindre pour parler.

Il n'avait pas envie de parler, il n'avait pas non plus très envie de rester à la chartreuse, il aurait préféré se réfugier dans un hôtel, mais agir de la sorte serait un aveu de faiblesse et Gilles risquerait d'en prendre ombrage.

Même si la chartreuse avait désormais des allures de prison de luxe pour lui elle n'en restait pas moins très confortable, ce qui était déjà pas si mal. Il avait déjà eu à se débattre contre des maîtres chanteurs, et cela avait été dans des endroits moins prestigieux que cette demeure. Il réprima un frisson en songeant à l'hôtel minable où le FBI prétendait le loger à sa sortie de prison, et se réjouit une fois de plus que sa route ait croisé celle de June.

Ah, la maison de June... son confortable appartement avec terrasse... il en avait rêvé plus d'une fois depuis son départ de New York. Parfois le matin, avant d'ouvrir les yeux il espérait presque les ouvrir sur le décor de sa chambre chez June et il était parfois déçu de ne pas s'y trouver lorsqu'il les ouvrait enfin et que le décor autour de lui n'était pas celui qu'il escomptait.

Y retournerait il seulement un jour ? Plus le temps passait plus il doutait de le pouvoir. Sa route l'avait entraîné tellement loin, bien trop loin de New-York.

Il se laissa tomber sur le lit puis basculer en arrière et fixa le plafond.

Il n'avait pas à se plaindre, Kenneth lui avait permis de s'installer dans des endroits convenables, et même très confortables. La vie à Paris avait été un enchantement malgré le péril pesant sur sa tête et l'objectif qu'ils visaient. Il n'avait pas à s'en plaindre et pourtant... New-York lui manquait.

A suivre