BONUS 8
Tirer ou duper…
Et voilà, ça y est, c'est le dernier chapitre… enfin, non ! Pardon… ! Le dernier chapitre, vous l'avez vu et lu il y a déjà « bien longtemps »… Aujourd'hui, vous découvrez le dernier bonus. L'histoire était finie et j'avais laissé des portes entrouvertes, vous laissant libres d'imaginer la suite… Les bonus ont achevé cela et, sauf erreur de ma part, chaque porte a été refermée. Un point final est posé à chaque élément de ce que certaines parmi vous ont nommé « ce beau bordel » ! Je m'arrête donc là, sauf si j'ai oublié de me pencher sur un point…
Donc voilà…
C'est fini…
Merci de m'avoir suivie, lue, encouragée, reviewée, textotée, mise en alerte ou en favorite… Merci pour vos messages, votre temps, nos échanges que j'ai tant aimés. Vous n'avez pas idée du plaisir et de cette joie immense quand je lis chacun de vos messages (tous, des plus courts aux plus longs !). Vous n'imaginez pas mes fou-rires, mes larmes (d'émotion, ou de rire…) en découvrant vos reviews. J'ai aimé écrire cette histoire, y glisser mille clins d'œil, imaginer votre surprise, vos protestations ou vos sourires en me lisant. J'ai meublé, pour moi, égoïstement, les mois d'attente entre la diffusion de deux saisons… Et si j'ai pu vous aider à patienter, vous aussi, alors j'en suis heureuse…
Cette fanfiction est née il y a plus de 16 mois. Il est temps pour moi de lui laisser prendre son envol, poser un point final et… la laisser voler de ses propres ailes… ! D'autres fans de la série « Candice Renoir » la découvriront peut-être dans les mois et années à venir, et certains viendront peut-être enrichir le fandom… !
- Alexandra : tu gagnes le pompon de celle qui a dégainé le plus vite ! Merci (pour tout). Oui, pour finir, je sors du contexte "boulot" et passe davantage sur la vie privée de personnages, leurs relations "extra-commissariat"... J'espère que cette suite va te plaire autant... !
- Neko : Merci pour ce comm, et tous les autres... Je valide le bouquet d'artichauts, j'adore ça... chaud, huuuum !
- Canardsac : c'est vrai qu'en écrivant ces bonus, je n'avais pas réfléchi à cette "marche" entre l'histoire en elle-même (sous tension, avec le grec, les "mystères", les risques, une relation qui peine à voir le jour et vacille...) et ces bonus (plus sereins, avec moins de stress d'enquête, une relation aboutie, moins axés sur le boulot...). J'y voyais une "suite" mais pas cette "transition", je n'en avais même pas conscience... en tout cas merci de m'avoir suivie, toi aussi...
- Nami (fausse guest) : merci à toi aussi... On a bien rigolé, au début de cette fic... des idées sont restées par là... un jour... plus tard...! Ah, Elixir... tu sais combien j'ai ri en écrivant (et pire encore, en imaginant la partie... je la "vois" très très bien !). Ils sont trop forts, les enfants de Candice !Pour les collègues.. wait and see ;) Bizz
- Mallau : ahhhh dur, je connais ça, les déplacements à rallonge... ! Contente si mes chap peuvent meubler un petit bout de ce temps...! Merci de t'être risquée à lire ma fic, d'avoir commenté et suivi ces chapitres... Encore un peu de lecture, quelques pages à tourner avant de refermer le livre...!
- readingaboutlove : hé hé ! Ravie que tu ne sois pas déçue par mon absence de facétie, pour une fois que je ne réserve pas de mauvaise surprise à nos personnages (et aux lecteurs !). Merci Julia d'avoir "rejoint" cette drôle d'aventure, d'avoir osé affronter la montagne de chapitres et laisser des reviews... La suite de l'histoire t'attend ;)
- Alice34 : hello ! Merci à toi pour cette review... je te découvre avec plaisir... Merci pour ton comm' ! Je doute que les scénaristes aient vent qu'il existe un fandom "Candice Renoir" et quelques folles à y poster des fictions...! Je suis heureuse que ça te fasse passer le temps :)
- Stphanie : Alors bonjour au Québec ! Et merci à toi d'être là, d'avoir eu le courage (la folie ?!) de découvrir mon histoire et l'adorable gentillesse de prendre le temps de me laisser des reviews ! Une petite et ultime suite à cette fanfiction qui, enfin, après 16 mois, s'achève...!
Et voilà... Pour la dernière fois, je crois, je vous remercie... Du fond du coeur... Merci à toutes celles et ceux qui m'ont suivie dans cette aventure, qui ont reviewé... Mes excuses à celles et ceux qui ont lâché en route, je suis désolée de vous avoir lassé(e)s...
Je vous ai lu(e)s avec une plaisir immense, une joie non feinte, une appréhension de vous "décevoir" toujours présente...
J'espère que ce chapitre vous plaira, que vous passerez un bon moment en compagnie de mes mots (un morceau de moi...), de mes pages, de la fin de mon histoire. J'espère que vous rêverez encore et que vous découvrirez la dernière phrase avec un sourire aux lèvres.
Bonne lecture...
MERCI
K.
Candice raccrocha le combiné et ferma les yeux, quelques instants… La conversation avec le psychologue s'était avérée très intéressante… Il leur avait expliqué, à Antoine et à elle, le principe des Thérapies Cognitivo-Comportementales et comment ces dernières pouvaient aider Meddhi. Jamais elle n'avait entendu parler de ces techniques qui, pourtant, étaient reconnues pour leur efficacité tant pour les addictions que les syndromes de stress post-traumatique. En même temps, je ne suis pas psy… ! Antharn leur avait donc proposé une sorte de petit programme « rééducatif », mitonné spécialement pour le brigadier. Il suffisait de communiquer régulièrement pour faire le point et ajuster chaque phase… Ce qu'ils venaient de faire ! Le praticien se révéla ravi par les retours de Candice au sujet de la soirée « jeux » et, en particulier, de leur partie de « Call Of Duty ».
Puis ses pensées dérivèrent sur ce moment partagé en équipe… leurs fou-rires magistraux… Et la fausse mauvaise humeur de Chrystelle, malmenée par quelques sortilèges « bien sentis » ! La pauvre avait fulminé avant de se venger sur Antoine. Ce dernier avait écopé de quelques gages fort sympathiques, comme chacun d'eux, d'ailleurs. Au souvenir de la « déclaration d'amour enflammée », quelques larmes aussi hilares qu'émues perlèrent au coin de ses paupières… Quel bonheur d'avoir ces personnes autour de moi, songea la blonde avec tendresse. Quant à sa fille, elle avait mené le jeu d'une main de maître… Une manipulatrice née… Emma commençait presque à « trop » lui ressembler… ! Puis les jumeaux avaient disparu dans la cuisine, bientôt suivis de Jules. Lorsque Léo et Martins étaient ressortis, un peu renfrognés, et qu'elle avait remarqué que son cadet bloquait la porte, Candice avait senti une bouffé d'angoisse monter… monter… la prendre à la gorge… l'étreindre… comprimer sa poitrine… Son fils lui tournait le dos et, face à lui, Antoine, le regard figé et la mâchoire contractée. L'attitude de son compagnon n'avait rien de rassurant. Puis leurs yeux se croisèrent, s'arrimant et le visage de son second s'adoucit… Elle l'avait alors vu se détendre, sourire même, puis reprendre la conversation avec Jules…
Au creux de son ventre, le poids s'était envolé. Subitement…
Enfin, le jeu vidéo. Au début, la tension de Meddhi atteignait des sommets et le jeune policier transpirait à grosses gouttes tandis que ses mains tremblaient. Il faisait peine à voir mais tous avaient agi avec naturel, restant discrètement attentifs au brigadier… lequel s'était progressivement décontracté, prenant finalement plaisir à partager ce moment. La crainte des armes à feu paraissait avoir reculé d'un pas, lui permettant ainsi de profiter. Lentement, il reprenait le dessus… Candice, elle, avait été ravie de constater que son niveau à « Call of » n'avait pas faibli… Si ses collègues ne faisaient pas le poids, ses enfants, eux, lui tenaient la dragée haute.
Et ce petit moment, blottie dans la chaleur des bras d'Antoine, volé après le départ des autres. Ils étaient si bien… Une fin de soirée câline la tentait tout particulièrement… Ou, au moins, s'endormir auprès de son amant, lovée contre torse, sous la couette… Entre deux baisers qu'il semait sur son épaule, un discret bruit l'alerta. Quelque chose de léger. Infime. Et sourd. La main du capitaine glissa sur son ventre, venant se loger sur sa hanche droite durant une brève seconde, puis remonta le long de son flanc… Une invitation lascive à la tendresse… Il n'y a pas de bruit. Ce n'était pas logique, elle le savait… Elle connaissait trop bien sa maison. Le silence ne pouvait signifier qu'une seule chose.
- Antoine…
- Mon amour… ?
Son compagnon paraissait distrait… Peu enclin à une longue discussion pilosophique…
- Je crains qu'il n'y ait des yeux indiscrets… Murmura-t-elle.
La caresse s'interrompit et Renoir profita de l'instant pour se retourner. Inclinant la tête afin de visualiser le salon dans son ensemble, la blonde croisa des yeux curieux. Deux noisettes rivées sur eux… Léo se tenait debout, les doigts pressés sur son genou, tout près de la table basse. Il venait probablement de s'y cogner. C'était ce bruit qui l'avait alertée. Ce son sourd qui résonnait lorsque, inattentive, son tibia rencontrait sauvagement le montant en bois… Ce genre d'intimité brutale était généralement suivie de quelques jurons fleuris… Réalisant soudain qu'il était pris sur le fait, le garçon se pencha, écarlate, et saisit le jeu vidéo.
- B'nuit… Marmonna le garçon en agitant le boitier en plastique, comme une futile tentative de justifier sa présence.
Penaud, il avait ensuite monté l'escalier quatre à quatre, disparaissant à l'étage. Après un dernier baiser, Antoine était parti, la laissant seule pour la nuit… Cette nuit-là, le lit lui avait paru étrangement vide et triste.
…
Un « bip » la tira de sa rêverie. Le travail la rappelait à l'ordre… L'image d'une enveloppe clignotait sur son écran d'ordinateur. Ah ! Voilà les résultats d'analyse ! Ces derniers devraient leur apporter des réponses suite aux prélèvements réalisés sur le lieu de leur nouvelle enquête, un cambriolage avec agression. Elle parcourut attentivement le document avant de rejoindre ses collègues dans l'open-space. Ils avaient un suspect à interpeller… Cette affaire serait peut-être close rapidement… Elle leur était tombée dessus en début de semaine, alors qu'elle raccompagnait Sophie Legavre jusqu'à la porte de son bureau.
…
La mère de Julien était venue la voir. Après la sidération de la disparition, l'angoisse de cet enlèvement présumé, puis le choc de la vérité, venait le temps de la culpabilité. La honte. Mais en dépit de cette situation plus qu'inconfortable, elle était venue au poste de police et les deux femmes avaient parlé… La BSU recevait tous les remerciements de la famille, tant pour avoir retrouvé l'adolescent, ce qui avait été leur mission première, que pour l'investissement dont chacun avait fait preuve et… la discrétion de l'équipe. Aucune fuite n'avait eu lieu, nul encart dans un quelconque journal local… Rien. C'est normal, les enquêtes sont confidentielles, lui avait répondu Candice, mais les Legavre, ébranlés par le comportement de leur fils, s'attendaient à voir leur vie étalée sur la place publique. Pauvres gens, ne pouvait s'empêcher de penser la commandant, touchée.
Sans doute dans un besoin de se justifier, et de prouver que, malgré les apparences, leur fils vivait dans un foyer avec un cadre éducatif, Sophie Legavre lui expliqua le « contrat moral » qui venait d'être établi. Dès ses 16 ans, Julien serait embauché dans la petite entreprise de service de sa mère. Chaque semaine, pendant ses week-ends et vacances, il pourrait travailler : ménage, courses, menu bricolage pour les propriétaires des bateaux. Le pécule ainsi gagné lui servirait à payer son abonnement téléphonique, ses sorties, cinémas, vacances… A lui d'organiser son budget.
Pendant cette discussion, Candice avait vu a silhouette de son compagnon passer devant la porte du bureau. Elle savait qu'il était resté à proximité, tendant l'oreille… Tout en condamnant fermement l'attitude de Julien, il s'inquiétait pour son avenir. L'ado était sensible, à fleur de peau et en pleine révolte, comme lui au même âge. Comment ne pas s'identifier ?
Au moment de raccompagner cette courageuse mère, le téléphone avait sonné… Un cambriolage venait d'avoir lieu à Mèze. Le facteur, inquiet de voir une baie vitrée ouverte alors que personne ne répondait à ses coups de sonnettes, s'était aventuré dans le terrain. Il avait alors découvert le propriétaire des lieux ligoté sur une chaise, le visage en sang, tandis que le salon semblait avoir été traversé par un troupeau d'éléphants.
Une nouvelle enquête débutait…
…
En fin de journée, le commandant Renoir se laissa tomber dans son fauteuil. Ses collègues étaient partis…Tous… Ce soir, elle ne verrait pas Antoine. Le matin-même, en quittant son domicile, elle avait trouvé sur la table de la cuisine quelques dépliants. Les flyers publicitaires de lycées hôteliers et autres écoles… Jules se questionnait visiblement sur son orientation et avait laissé ces papiers à son attention. Une manière de lui faire comprendre qu'il souhaitait qu'ils en discutent, sans pour autant le dire. Typiquement adolescent… !
Candice s'étira, épuisée par cette journée. Ses yeux se posèrent sur le fameux dessin qu'Antoine lui avait offert, plusieurs semaines auparavant, et qu'elle avait fait encadrer. Sa silhouette sous un palmier, devant la plage… Une nouvelle fois, ses pensées s'éparpillèrent, glissant vers le passé, revenant à ce samedi matin, à son réveil après une nuit d'amour…
…
Un courant d'air l'avait fait frissonner, la ramenant doucement au seuil de la conscience. Elle bougea, lentement, cherchant la chaleur des draps… des bras… Rencontrant enfin la peau de son amant qui, tendrement, caressait son visage. Elle se sentait délicieusement fourbue et laissa ses doigts glisser sur le corps d'Antoine, savourant ce contact, se remémorant ces dernières heures… La présence très inattendue d'un boxer la surprit… Qu'avait-il fait, pendant qu'elle dormait ? Pourquoi avait-il eu besoin de revêtir un sous-vêtement ?
- Je me suis levé quelques minutes, tout à l'heure. Tu as bien dormi ?
- Hum… Marmonna la blonde.
Elle avait sombré dans un sommeil aussi paisible que réparateur, après leur étreinte brûlante et la longue discussion sur l'oreiller qui avait suivi.
- Je te prépare un thé ?
Elle acquiesça, encore un peu déphasée… Son amant la quitta sur un dernier baiser sur la tempe, léger comme une aile de papillon, et disparut dans la cuisine. Candice observa le boxer s'éloigner et referma les yeux. Etait-elle vraiment là, ou bien était-ce un rêve… ? Et cette nuit… ? Et avant, leur fabuleuse soirée, se pouvait-il que ce soit vrai ? Qu'elle ait vécu tout cela ? Qu'ils soient réellement ensemble ?
Un peu plus tard, elle s'étira et se leva. Il était temps qu'elle rejoigne son compagnon. Arrivée au pied du lit, elle s'immobilisa, perplexe. Près de la petite table, leurs vêtements étaient sagement pliés sur le dossier d'une chaise. Ce n'était pas du tout là qu'elle se souvenait les avoir abandonnés… Il se serait levé pour… ranger ?! Puis, tout près, elle vit une feuille blanche. Retournée. Et un crayon. Instantanément, elle comprit. Antoine entra à ce moment-là et s'immobilisa, sur le seuil…
- Tu as dessiné… ? Demanda-t-elle en posant les doigts sur le papier, trop curieuse.
Il sembla hésiter puis, en deux pas, fut à côté d'elle, l'enlaça et murmura un simple « oui » à son oreille.
- Tu peux regarder… Si tu veux…
Elle retourna la page et son cœur manqua un battement. Une brusque bouffée de chaleur l'envahit tandis qu'elle découvrait les courbes et les ombres. Son corps, nu… Ou plus exactement, la vision qu'il avait dû avoir d'elle lorsqu'elle l'avait chevauché cette nuit, la tête rejetée en arrière, ondulant sur lui, savourant les sensations et les caresses… Comme toujours, il avait la pudeur de s'arrêter au niveau de ses hanches, jamais plus bas… Elle n'aimait pas son corps, habituellement, pestant contre ses rondeurs, enviant ces femmes filiformes et pourtant, en regardant le dessin, elle s'admirait… Comme si les lignes ne représentaient pas cette image qui, souvent, l'insupportait, mais la silhouette vue par des yeux amoureux…
- De mémoire… Avait-il murmuré, comme une excuse…
Comme si ce n'était pas aussi beau que cela aurait dû l'être…
- Et tu as besoin de te rafraîchir la mémoire… ? L'interrogea-t-elle, alors que de doux frissons l'envahissaient.
- Je crois…
La couette avait glissé sur le sol tandis qu'ils reculaient vers le lit…
Et puis… il l'avait raccompagnée chez elle. Comme des adolescents, se tenant par la main, murmurant afin de ne pas réveiller ses enfants, ils se faufilèrent dans le jardin. Après avoir longé la maison, Candice se dirigea vers la jardinière d'aromates où, normalement, Emma avait dissimulé la clé de sa baie… Elle ne pouvait qu'espérer que sa fille ait tenu ses engagements… Et oui ! Le petit morceau de métal s'y trouvait bien. Candice déverrouilla donc la porte-fenêtre qui permettait d'accéder à sa chambre par l'extérieur. Qu'il était tentant de faire entrer Antoine et continuer la nuit, tous les deux, tendrement enlacés… Mais… était-ce une bonne idée… ? La blonde hésitait… Sans doute son compagnon s'en rendit-il compte, car il l'embrassa avant de lui dire doucement :
- Si tu veux que je passe plus tard… pour une balade en Ferrari… avant de la rendre… !
Partager encore un moment avec lui, se sentir unique et aimée, et, en prime, faire une petite virée dans une voiture fabuleuse ?! Bien sûr qu'elle voulait bien ! Antoine s'éloigna donc, après un ultime baiser. Elle referma la porte vitrée. Son amant n'avait pas quitté le terrain que, déjà, il lui manquait… Une fois les rideaux tirés, elle se débarrassa de ses vêtements pour se glisser dans son pyjama puis dans le lit… La couette était fraiche… Frissonnant, elle attrapa le second oreiller et le serra contre elle. Le sommeil l'emporta instantanément…
…
Candice secoua la tête. Ses pensées ne cessaient de lui échapper, la ballotant entre le passé et le présent, le travail et les étreintes, les drames quotidiens, l'angoisse, l'urgence et les tendres moments passés auprès d'Antoine, ses espoirs, leur complicité… Ce secret qu'ils taisaient… Il était temps de rentrer, elle ne parvenait plus à se concentrer… Demain serait un autre jour. Et je trouverai ce qui cloche… cette histoire ne tient pas debout. Je ne crois pas ce type, malgré ses aveux… Il a frappé Dumont, oui. Il a mis la maison sens dessus dessous, oui. Mais ce n'est pas lui qui a imaginé ça… Il ne peut pas être le cerveau qui a imaginé tout ça. Quelqu'un se cache, et je compte bien mettre la main dessus ! Elle se leva. Son fils avait besoin d'elle… C'était cela, sa priorité. L'enquête reprendrait le lendemain, à tête reposée… Heureusement que je n'ai pas averti Attia que l'agresseur était bouclé, sinon… elle serait folle à l'idée que je refuse de classer ce dossier.
La fin de semaine s'écoula à toute vitesse. Les jours filaient, plus ou moins remplis. Elle retrouvait parfois son compagnon, chez lui, le soir, après de longues heures à faire « comme si » à la BSU, devant le reste de l'équipe. Visiblement, Chrystelle et Meddhi ne nourrissaient pas le moindre doute à leur égard, bien que, chaque jour, presque sous leur nez, ils volent quelques brefs instants, un baiser ou un regard tendre et impatient… Et puis, un jour, les jumeaux et les deux ainés demandèrent à leur mère pourquoi elle ne l'invitait pas à passer la soirée avec eux… Candice en fut émue. Son compagnon était adopté par la tribu… Il vint donc, plusieurs fois, pour des après-midi foot qui se transformèrent en initiation au rugby. Cela se prolongea de joyeux diners animés et complices… Antoine resta aussi dormir, une fois… ou, tout au moins, il passa la nuit avec elle… !
…
Un après-midi, Dumas la rejoignit dans son bureau et ils appelèrent Antharn. Le psychologue, qui venait de rencontrer Badou, leur donna le feu vert pour passer à la seconde phase de leur plan. Meddhi serait certainement réticent mais… il ne faisait aucun doute qu'ils parviendraient à le faire plier. Le brigadier ne pouvait rien refuser à Candice et cette dernière était bien décidée à en profiter exceptionnellement. Après tout, c'est pour la bonne cause… ! Antoine la prit par la main, ouvrant la porte du bureau, l'attirant à sa suite.
- Viens, il est temps de rentrer, susurra-t-il en la prenant par les hanches.
- Arrête ! Protesta la blonde, paniquée à l'idée qu'on les surprenne.
- Il n'y a plus personne… L'open-space était désert quand je t'ai rejoint, souffla-t-il en l'embrassant.
- Tu es sûr… ? Chrystelle est partie ? C'est bizarre…
Elle était étonnée… Souvent, sa jeune collègue la saluait avant de s'en aller… Elle n'eut pas le temps de se questionner davantage que, déjà, Antoine reculait dans le couloir, ses mains se faufilant sous son chemisier framboise…
- Aaaaah ! Putain d'encre !
La voix de la lieutenant avait fusé, toute proche. Inattendue. Les tourtereaux se figèrent, échangeant un regard stupéfait… Contrairement à ce qui venait d'être dit, la brunette n'avait visiblement pas encore quitté les locaux. Et elle se bat avec l'imprimante… qui n'avait presque plus d'encre tout à l'heure. Donc elle va aller en chercher… Dans la réserve, près de l'escalier. Et nous tomber dessus ! Renoir attrapa la première poignée qui se présentait, la tourna et s'engouffra dans la petite pièce, entrainant sans délicatesse son compagnon. Le battant en bois était à peine refermé que le pas nerveux de Da Sylva se faisait entendre. Dans le noir, tétanisée à l'idée d'être découverte, la chef de groupe écoutait. Sur le qui-vive… Ses tympans paraissaient au bord de l'implosion, vibrant au rythme affolé de son cœur… Chrystelle quitta l'open-space, traversa le couloir et s'arrêta à deux ou trois mètres d'eux. Devant son bureau.
- Pourtant j'étais sure qu'elle était encore là… Bah… si, y'a son sac… Hum… elle est surement avec Nathan, ça fait un moment qu'on ne l'a pas vu… Ou en train de trafiquer avec Canovas…
Comment diable sait-elle qu'on troque, avec David ?! Elle ne nous a quand même pas vu échanger les post-its… ? La jeune femme grommela encore avant de repartir et passer devant leur cachette, continuant son chemin jusqu'au stock de matériel. Là, elle se servit puis retourna à son poste. Le silence revint… Antoine activa la lampe de son téléphone, leur permettant ainsi de découvrir les lieux. Le placard à balais… réalisa la commandant, tandis que Dumas la regardait d'un air mutin… A l'aide d'un manche de serpillère, il bloqua la barre anti-panique. Personne ne pouvait plus entrer et risquer de les surprendre, désormais. Ils étaient seuls… dans ce local exigu… Son compagnon s'approcha, lui susurrant à l'oreille :
- Moi qui imaginais un… « interrogatoire musclé »… je crois qu'on va plutôt faire l'inventaire de la réserve des produits d'entretien…
Cette proposition, particulièrement indécente et inédite était aussi tentante que risquée, sachant que Chrystelle se trouvait toujours dans l'open-space… A quelques mètres d'eux…
…
- Allez, Meddhi, fais un effort ! S'exclama Antoine.
- Non, sérieux, ça ne me tente pas, protesta le brigadier.
Il fixait Candice de ses yeux noisette, désespéré… Vraisemblablement, il n'attendait qu'une chose : qu'elle le sauve de ce bourbier. Mais elle ne pouvait pas faire ça. Pour son bien, elle devait se retenir… Et lutter pour ne pas céder.
- C'est vrai, ce serait sympa que tu viennes avec nous… Déclara-t-elle avec douceur, les entrailles nouées de voir la supplique muette dans le regard du brigadier.
Il n'eut pas le temps de lui répondre surpris par sa réaction inattendue, il venait de renverser le fond de son gobelet de café sur la table. Après un lourd soupir, il s'éclipsa. Renoir le suivit des yeux, culpabilisant à la vue de ses épaules voutées… Deux minutes plus tard, il nettoyait son bureau, sous les yeux écarquillés de la chef de groupe. Elle ne parvenait pas à quitter du regard le chiffon qu'il utilisait. Il provenait de cette pile qui, malencontreusement, s'était retrouvée à terre pendant leurs ébats dans le placard, la veille… Candice se souvenait encore de ce moment fatidique où elle avait cherché à agripper les montants de l'étagère. Un peu plus tard, ils avaient remarqué le petit tas, au sol. Un petit frisson d'angoisse rétrospective avait parcouru la commandant lorsqu'elle avait réalisé à quel point ils avaient frôlé la catastrophe… A quelques centimètres à peine de l'endroit où se rangeaient les carrés de tissus, de lourds flacons de produits ménagers se trouvaient stockés. Si elle avait malencontreusement heurté l'un d'eux, Chrystelle aurait certainement été alertée par le bruit. Tout naturellement, elle se serait retrouvée devant la porte du local, aurait tenté d'ouvrir… Oh, bien sûr, ils étaient enfermés… Mais la lieutenant n'était pas du genre à rester inactive ou impassible. Elle aurait tenté de forcer le battant récalcitrant ou aurait appelé le personnel technique…
Renoir jeta un discret coup d'œil à son amant. Antoine se passait machinalement la main sur l'épaule, là où elle avait planté ses dents, cherchant à taire ses propres gémissements… Elle lui avait laissé une jolie marque en souvenir de cette étreinte aussi risquée qu'interdite dans leurs locaux. Ce qui, songea-t-elle, ne nous empêchera certainement pas de retenter cette expérience… ailleurs… C'est vrai que la salle d'interrogatoire, ça peut… pimenter le moment… !
…
Ses arguments avaient fini par faire mouche. Heureusement… Sans cela, tout leur plan tombait à l'eau ! Le fait de privatiser le parcours afin qu'ils ne se retrouvent qu'eux quatre, la fine équipe de la BSU, avait convaincu Badou. Mais là, à l'entrée de la salle, il s'était figé, observant la pièce avec appréhension… Candice le devinait tendu, anxieux. Presque aux aguets… Au point que Candice s'interrogeait réellement : et si le psy s'était trompé ?! Le brigadier n'était peut-être pas encore prêt pour cette partie de lasergame…
- Allez, on y va ! Lança-t-elle avec un entrain feint.
…
Elle fit un léger signe à son binôme avant de risquer un regard au coin du mur, cherchant à apercevoir Chrystelle et Antoine, leurs adversaires… Le son strident l'alerta qu'elle venait d'être touchée. Encore 14 points de vie, pensa-t-elle en maudissant silencieusement sa lieutenant, auteur du tir. La blonde fit un clin d'œil à son jeune collègue. Elle savait comment se venger… ils allaient les prendre à revers !
Badou la suivit, un peu réticent. Au fur et à mesure du temps et des tirs, des fou-rires, des jurons et des taquineries, il se détendit… Lorsqu'il était touché par un laser adverse, il ne restait plus sidéré, incapable de réagir, mais, au contraire, il se mettait désormais à couvert. Il ne pressait que très peu la détente, le faisant surtout quand sa supérieure lui demandait de la couvrir.
Au bout de trois quarts d'heures, transpirants et à bout de souffle, ils s'accordèrent une pause bien méritée. Ils n'avaient pas fini de siroter leur verre que les quatre enfants Renoir débarquaient. Cela faisait partie du plan, bien sûr… Antharn lui avait conseillé de faire venir des personnes connues, considérées par Meddhi comme « non dangereuses », mais cependant extérieures à la brigade. Une nouvelle partie de lasergame opposa policiers et civils. Encore une fois, l'entrainement « Call of » démontra son efficacité : les jeunes gens ne se laissaient pas trop distancer par leurs ainés et ils perdirent avec honneur… En conditions proches de la réalité, les professionnels prouvaient leur supériorité technique. Ils prenaient enfin leur revanche suite à leur défaite écrasante à la console… ! Aline arriva, et ils mélangèrent à nouveau les groupes, se chamaillant comme des enfants pour former les équipes…
Cette fois, Candice faisait équipe avec son amant. Profitant d'un échange de tirs de laser, ils se glissèrent à l'abri des regards et des tirs, derrière une sorte de muret. La main d'Antoine se posa au creux de ses reins, faisant naître des vagues de frissons et elle se laissa aller contre lui. Ils avaient besoin de se retrouver. Quelques minutes plus tard, la situation semblait apaisée sur le « champ de bataille » et, visiblement, la responsable de l'IJ venait d'être éliminée. Candice pivota entre les bras de son compagnon mais, avant d'avoir fini son geste, elle se figea. Dans leur dos, une silhouette se tenait debout, immobile, les fixant du regard. Chrystelle, réalisa la blonde en sentant son sang se geler. La lieutenant semblait stupéfaite. Elle ne s'attendait visiblement pas à les surprendre ainsi… Ca y est, ce n'est plus un secret… Dans quelques heures, toute la brigade le saura… Les yeux des deux femmes se croisèrent, prunelle noisette contre iris bleu… La brunette sursauta, comme si elle revenait à la vie. Ou qu'elle réalisait brutalement la situation. Elle hocha brièvement la tête avant de faire volte-face et s'éloigner.
- Pour la discrétion, on repassera, fit Dumas tout en resserrant son étreinte autour d'elle.
- Hum, confirma-t-elle en se blottissant contre lui, soucieuse. Maintenant, elle aussi le sait… J'espère que ça ne va pas compliquer les choses…
Même si une part d'elle était soulagée que le secret soit éventé, elle était inquiète. La jeune lieutenant comptait pour elle, vraiment… Un lien d'amitié quasi filiale existait entre elles deux et elle craignait qu'il soit mis à mal par la découverte de leur relation. Sans compter que l'aspect hiérarchique venait interférer dans cette histoire. Sans nul doute qu'un jour où l'autre, quelqu'un y trouverait à redire… Pourvu que ce ne soit pas Chrystelle… Finalement, Attia n'avait pas totalement tort avec sa règle de « non fraternisation », songea la blonde… Ses doutes et craintes disparurent soudain, par la magie d'un doux baiser. Les deux policiers quittèrent leur abri et la partie reprit, les opposant à nouveau à leurs collègues. La tension qui l'habitait disparut bien vite en constatant que Da Sylva se comportait comme à son habitude, mêlant bougonnerie naturelle et légèreté.
Lorsqu'enfin ils décidèrent d'arrêter, le brigadier était détendu, bavardant nonchalamment avec la responsable de l'identité judiciaire. Il la taquinait au sujet de leurs résultats respectifs… La scientifique avait en effet quitté le jeu prématurément, pénalisée de s'être trouvée au milieu de tirs croisés… Badou, lui, avait terminé avec un excellent score. Candice était particulièrement fière de lui et de ses progrès fulgurants. Volontairement, elle ralentit le pas, laissant tous les autres quitter le décor dans lequel ils s'étaient affrontés plusieurs heures durant. Chrystelle lui jeta un coup d'œil puis rattrapa Meddhi et lui murmura quelques mots à l'oreille. Elle raconte qu'elle nous a surpris ensemble, Antoine et moi… Pourtant, elle aurait eu le temps de lui dire cela plus tôt… Pourquoi elle ne l'a pas fait avant ? Le brigadier s'était immobilisé et son regard glissa vers elle, sans grande discrétion, avant de secouer négativement la tête, sourcils froncés. Sceptique. Il ne veut pas la croire… Da Sylva sourit puis emboita le pas au capitaine et quitta le sas, suivie par Jules et Aline. La commandant se retrouva seule avec son jeune collègue.
- Toi qui n'étais pas très enthousiaste, j'ai l'impression que tu as passé un bon moment…
- Oui, c'est vrai… c'était sympa… Répondit Badou, avec un haussement d'épaules un peu gêné.
- On pourrait recommencer… dans quelques semaines…
- Oui ! J'ai entendu Antoine parler de paintball, c'est une bonne idée aussi ! Une… une prochaine fois… ?
Candice sourit, ravie et le cœur gonflé de tendresse.
- On dirait que tu es prêt à reprendre ton arme, toi, souffla-t-elle doucement.
- … Je crois… oui…
Il paraissait heureux et ses yeux brillaient d'une joie enfantine… Puis, soudain, son regard changea.
- Hé, mais… En fait… Vous avez fait exprès ! Call Of Duty… Le lasergame…
- Oui, confessa-t-elle. On voulait t'aider…
Devant le silence sidéré de son brigadier, elle reprit :
- On est allé voir le psy, Antoine et moi. On voulait savoir comment t'aider… concrètement… Il nous a donné ces idées… on a ppliqué… et voilà…
Le jeune homme la dévisageait… En une fraction de seconde, il fut a côté d'elle et la happa dans ses bras pour lui plaquer deux bises sonores sur les joues.
- Merci… Je te ramènerai des cornes de gazelles, promis ! J'ai vu que tu as aimé ça !
- Ah non ! Protesta la blonde. C'est délicieux mais toxique pour mes hanches ! Allez, zou, dehors, le chassa-t-elle d'un geste maternel. Les autres vont se demander ce qu'il se passe…
A leur tour, ils franchirent la porte. Instinctivement, Antoine ébaucha un geste dans sa direction. Il le réprima presque immédiatement mais leurs yeux se croisèrent, se questionnèrent… Se montrer ensemble et officialiser leur relation, ou rester discrets… ? Candice se lança. Il était temps de révéler leur histoire. De toute façon, Chrystelle le dira bientôt à ceux qui, pour l'instant, l'ignorent… Elle vint à la rencontre de son compagnon leurs doigts se touchèrent puis s'entrelacèrent. Dumas hésita encore une seconde avant de se pencher vers elle et l'embrasser avec tendresse.
- Tu disais quoi, déjà, Meddhi ?! « N'importe quoi, déconne pas… » ? Alors, qui est-ce qui déconnait ?! Fit la voix moqueuse de Chrystelle, dans leur dos.
Les tourtereaux se séparèrent, affrontant enfin les regards complices et souriants de leurs proches. Tout paraissait si naturel, si normal… Comme si c'était une évidence. Comme s'ils s'attendaient à ce que cela arrive, un jour…
Et dire qu'il y a quelques mois, dans mon jardin, Antoine s'est pris une gifle pour avoir osé poser ses lèvres sur les miennes… Tout a tellement changé, depuis…
