La princesse Alana était morte avant l'Empereur… Harry avait beau en avoir conscience, il n'arrivait toujours pas à y croire – la comédie de Leandros, entendue lors de l'expérimentation du Brouillard des Peurs, en devenait naturellement admirable de crédibilité. Cependant, Harry eut rapidement autre chose sur laquelle cogiter, car tout précis qu'il fût, l'indice découvert dans la salle des portraits obscènes souffrait d'un regrettable défaut : il n'avait trouvé aucun parchemin autour de la tombe de la princesse. En d'autres termes, il était coincé dans les Quêtes, et la Connaissance lui paraissait subitement plus inaccessible que jamais. Incapable de progresser vers la Relique, il ne restait plus qu'une chose à faire à Harry : retrouver une vie de simple étudiant, sans but mystérieux et antique.

Toutefois, Harry se refusa à demeurer inactif tout au long des jours qui suivirent. Chaque fois qu'il le put, il se rendit dans le Sanctuaire pour s'entraîner à l'esquive et à l'endurance, et quand il ne se sentait pas d'humeur à se dépenser de la sorte, il descendait au laboratoire pour préparer quelques potions. Hélas, son stock diminuait bien plus rapidement qu'il ne l'approvisionnait. Il eut quand même le temps de concocter une Grenade du Cauchemar et une Grenade d'Issue. Si la première forçait quiconque en respirait la brume de revivre ses pires cauchemars – les plus pragmatiques comme les plus fantaisistes –, la seconde se proposait d'ouvrir miraculeusement une sortie dans n'importe quoi, que ce fut du bois, de la pierre, de la terre, sans même exiger qu'un espace vide soit situé de l'autre côté de l'obstacle. Il ne savait pas trop quoi en faire, en vérité, mais il les gardait précieusement au cas où Tumter finirait par baisser sa garde et laisser pénétrer un homoncule dans Poudlard.

La fin du mois approchant, tout le monde n'attendait plus que les cours spéciaux et les matchs de Quidditch. A la grande inquiétude générale – et plus particulièrement, des joueurs –, on s'était étonné que le championnat n'ait pas encore commencé, mais une note affichée dans les salles communes avait rapidement calmé les étudiants : le tournoi de duel et la période des examens du mois de mai avaient conduit les professeurs à jongler entre les trois évènements, les contraignant ainsi à décaler les rencontres de deux semaines. Toutefois, même si Harry était très curieux de découvrir la simulation de Tumter, ni les cours spéciaux, ni le Quidditch n'occupait son esprit le jeudi venu.

Il avait essayé de réfléchir à une solution au fait qu'il n'avait trouvé aucun indice sur la prochaine Quête, mais il abandonnait et se dirigeait donc vers le Sanctuaire pour interroger les Guides. Savaient-ils quelque chose ? Les statues avaient passé un long moment autour de la Connaissance, leurs informations sur le Marcheur de Mort lui avaient déjà démontré qu'elles ne s'étaient pas contentées d'observer Harry, mais également Marvennor. Il avait donc bon espoir d'obtenir une vague idée de ce qu'il lui fallait faire pour poursuivre les Quêtes.

Franchissant le tableau de Charisma Peverell, il monta les marches menant au Sanctuaire en parcourant la pile de cartes des personnes célèbres de l'Ancien Temps. Autre point qui l'intriguait au plus haut point : Annaryel, la vieille femme qui lui avait remis le vase de Bossoumba. Comment connaissait-elle son nom de famille ? Harry se posait souvent la question, il avait même établi une liste de théories – et même les plus improbables étaient, pour lui, plausibles (après tout, ne voyageait-il pas dans le temps depuis près de deux mois ?) S'il pouvait remonter le cours de l'Histoire avant même que ses premières pages humaines et connues fussent écrites, Harry ne laisserait aucune éventualité de côté.

− J'ai besoin de vous parler ! annonça-t-il en pénétrant dans le Sanctuaire.

Les statues s'animèrent aussitôt. Elles ne l'avaient pas fait depuis samedi, car Harry n'avait pas voulu réclamer leur aide pour essayer de comprendre le mystère de l'indice introuvable. Mais à présent, il avait baissé les bras.

− Quelque chose te perturberait-il ? demanda Jonas.

Harry lui lança un regard en biais, tandis que les Guides se réunissaient autour de lui. Evidemment, les statues savaient tout ce qui se passait dans le château, mais – effet de son imagination, sans doute – la question résonna à ses oreilles avec force malice.

− Contrairement à ce que l'indice trouvé dans la salle des portraits obscènes disait, je n'en ai rien trouvé quand j'ai assisté à la conversation entre Leandros et Perias, dit Harry. Il n'y avait aucun parchemin près de la tombe de la princesse Alana.

− Peut-être que tu n'as pas emprunté le bon chemin, suggéra Milan.

− Le bon chemin ? répéta Harry, intrigué.

− Nous ne sommes pas autorisés à t'en dire davantage, confia Toma. La Quête de la Connaissance demande un esprit éclairé et réfléchi : nous t'avons offert le seul indice dont tu avais besoin pour reprendre les Quêtes, tu dois désormais te fier à ton instinct et à ton intelligence.

− Les Maudits ont établi une chasse au trésor à ton intention, Harry Potter, ajouta Acrofe. Lysandra Deadheart, Ava Bowman et Callista Gamp connaissent le secret des billes argentées, mais toi-même préfères les maintenir à l'écart des Quêtes de Poudlard : trouve le bon chemin et tu trouveras l'indice qui te mènera à ta prochaine quête.

− Mais n'aurais-je pas dû ramasser deux indices ? demanda Harry. J'ai utilisé deux billes…

− L'une d'elles t'a été donnée avant que tu ne trouves les portraits obscènes, objecta Toma. Les trois premières billes étaient informatives : elles te permettaient de te familiariser avec leur pouvoir et l'Ancien Temps, même si tu as parfois ramené quelques souvenirs des voyages qu'elles te proposaient. A présent, tu découvres quels furent les secrets les mieux conservés dans l'Ancien Temps. Leandros, Perias et Marvennor furent les seuls à savoir que la princesse Alana était morte.

− Marvennor le savait aussi ? s'étonna quelque peu Harry.

− La célébrité de Marvennor fut lente à atteindre les moindres recoins de l'Empire et le reste du monde connu, révéla Milan. Ses premières apparitions publiques précédèrent de quelques mois l'assassinat de Morgan, elles ne franchirent jamais les frontières du royaume de Beherit. Quand Astaroth bâtit l'Empire, les actions de Marvennor s'étendirent progressivement à travers les continents, jusqu'au jour où elle atteignit les oreilles de Perias.

− Perias l'a appelé, dit Harry, perspicace.

− Il ne parvenait pas à surmonter son deuil, expliqua Jonas. Il fit donc appel au seul être capable de miracles. Il surestima cependant le Marcheur de Mort, car celui-ci refusa le marché en reconnaissant ne pas pouvoir ramener les morts à la vie.

− Et Marvennor savait toujours tout des personnes avec qui il traitait, dit Harry pour lui-même. Il a donc dû en apprendre assez pour deviner que Perias était le gendre d'Astaroth.

La cloche annonçant le début des cours résonna aussi clairement que s'il s'était trouvé dans une salle de classe, bien que les murs du Sanctuaire furent beaucoup plus épais. Quelque peu alarmé, Harry remercia précipitamment les Guides et s'élança dans l'escalier en rangeant sa collection de cartes, et franchit le portrait de Charisma après s'être assuré, grâce à la Projection, que personne ne s'en approchait. Il courut alors comme un dératé à travers les couloirs, descendit le Grand Escalier d'un étage et se hâta vers la classe de défense contre les forces du Mal. Par chance, le professeur Farewell paraissait avoir été lui aussi retardé, car les élèves entraient tout juste dans la salle quand Harry se rua dans le couloir.

Le souffle court mais soulagé de ne pas être en retard, Harry pénétra dans la classe, balaya les tables du regard, puis rejoignit Mary derrière Lily et Liz. Farewell ferma la porte et s'avança devant le tableau, jusqu'à son bureau sur lequel était posé Morpheus.

− Comme convenu, nous découvrirons la simulation préparée par Logan, annonça-t-il. Comme notre première simulation, elle reprend l'idée d'opposer des élèves à d'autres élèves : les uns seront les partisans d'un roi appelé « le Double-Baguette », les autres seront les rebelles tentant de le détrôner pour rétablir la paix. La simulation est d'une richesse assez hors-norme, je ne vous le cache pas et ne vous en dis pas davantage, mais sachez que Logan et le directeur ont passé un temps assez considérable à examiner Morpheus pour en améliorer les capacités. Vous pourrez désormais transplaner, interagir avec les habitants opprimés et même accomplir des quêtes secondaires.

− Quel genre de quêtes secondaires ? demanda Haustin.

− Obtenir un charme qui vous protégera contre un éclair de Stupéfixion une seule fois, par exemple. Comme il y aura aussi des créatures magiques, Logan a pensé aux personnes ne sachant pas très bien se défendre contre ces êtres : vous pourrez, autre exemple, vous munir d'un parchemin produisant un Patronus par défaut si jamais vous tombez sur un Détraqueur. Cette simulation, comme je le disais, est d'une richesse assez hors-norme, et tous vos professeurs souhaitent que vous la meniez jusqu'à la fin : le professeur Slughorn a donc consenti à reporter votre double cours à une date ultérieure.

L'idée qu'ils puissent apprécier chaque minute de la simulation, du début jusqu'à la fin, réjouit les élèves.

− Et les conditions de victoire ? s'enquit Lucy Parsons.

− Les partisans du Double-Baguette devront éradiquer la rébellion, indiqua Farewell. Quant aux rebelles, notre choix s'est arrêté à tenir le plus longtemps possible contre le roi – ou à le vaincre, bien évidemment, mais ce sera compliqué, à mon avis. Il ne nous reste plus qu'une chose à faire : désigner les mages noirs et les rebelles. Qui se sent prêt à endosser la carrière d'un partisan du Double-Baguette ?

Sans véritable surprise, les quatre garçons de Serpentard levèrent immédiatement la main. D'autres semblèrent d'abord réfléchir, calculant sûrement les chances de chaque camp de remporter la victoire, puis se rejoignirent au quatuor. Harry aurait peut-être été tenté, mais si le Double-Baguette était aussi fort que le disait Farewell, il avait tout intérêt à rejoindre les rebelles : cela lui offrirait une expérience en or, s'il parvenait à atteindre le roi, de faire le point sur les aptitudes qu'il lui fallait travailler le plus et les défauts à annihiler.

Farewell ne prit même pas le temps de compter, considérant que les sept mains levées suffiraient au roi – après tout, celui-ci était déjà entouré de créatures magiques. Sortant alors la bille métallique qui activait la simulation, il la laissa tomber à travers l'étrange surface verdâtre de Morpheus. Dès qu'elle eut atteint la lueur dorée, la salle tressauta comme à son habitude, puis l'obscurité tomba.

Un nouveau décor se dessina bientôt, semblant plus long à charger que les précédents. Une vaste cité aux toits de chaume, de bois, de tuiles aux formes diverses – plats, légèrement inclinés, triangulaires, arrondis, accolés de balcons ou de terrasses – s'étendait sur une grande distance, coincée entre plusieurs collines herbeuses. Un grand palais dominait toutes les habitations, aussi étrange par son architecture que blond par la pierre qui le composait : il comportait un bâtiment central et carré qui s'élevait sur une demi-douzaine d'étages, tout comme les sept tours ovales, rondes, rectangulaires, qui l'encadraient de tous côtés. Il régnait un silence absolu, pesant et apeuré, dans la ville, et les nuages d'un gris d'acier qui encombraient le ciel ajoutaient à l'impression que l'endroit n'était pas le plus agréable à vivre.

− Bon, pour commencer, il nous faut un leader ! déclara aussitôt Webster.

− Et je présume que tu te crois le plus digne de l'être, railla James.

− Aucun de vous ne peut être leader, tous autant que vous êtes, affirma Harry.

− Oh ! Parce que toi, peut-être… commença Sirius d'un ton moqueur.

− Oui, coupa Harry. Vous êtes des adolescents, vous avez acquis votre expérience dans vos rêves, cauchemars et autres fantasmes naïfs et dérisoires : nous avons affaire à l'imagination de Tumter, pas d'un adolescent comme vous, et je suis le seul qui puisse prétendre savoir comment aborder la situation.

− Non mais tu te prends pour qui ?! répliqua froidement Irving.

− Qu'est-ce que tu proposes ? demanda Liz sans faire attention au Serdaigle.

− Nous allons mesurer l'arrogance et le réalisme de trois d'entre nous, répondit Harry. James, tu seras le leader de ceux et celles qui voudront bien te rejoindre. Webster, même chose. Quant à moi, je serai le troisième meneur. Si cela vous convient, suivez-moi que nous pimentions un peu le challenge.

Et il s'éloigna de plusieurs pas jusqu'à être hors de portée des oreilles curieuses des autres candidats. James se tourna vers Sirius, Remus et Pettigrow pour débattre, mais Webster, sitôt encouragé par Irving et Spencer, vint le rejoindre quasi-immédiatement. Enfin, le Maraudeur s'approcha.

− Nous allons faire comme si vous étiez des jeunes hommes d'honneur, déclara Harry à mi-voix. Nous faisons, en cet instant, le serment solennel de respecter notre parole quoi qu'il advienne…

− Venant d'un type qui ment tous les jours sur ses origines, je trouve que ça sonne faux, rétorqua Webster.

− C'est la première fois que je t'entends dire quelque chose de sensé ! s'étonna faussement James.

Harry afficha un sourire goguenard, non pas pour la réplique du Maraudeur, mais parce que les choses avaient l'air de le favoriser sur tous les points. Tout au moins, ce fut ce qu'il tenta de faire paraître aux deux autres, et ils tombèrent presque aussitôt dans le piège, car ils n'apprécièrent visiblement pas son sourire.

− Quoi ? dit James d'un ton agressif.

− Rien, assura Harry, je cherchais simplement à obtenir votre attention. Si vous avez un semblant de respect et d'intelligence, écoutez ce que j'ai à vous dire plutôt que de vous comporter comme des gamins : celui qui fera le meilleur parcours remportera ce qu'il désire. C'est-à-dire, Webster, que si je gagne, tu feras savoir à ton père que le ministère n'a plus intérêt à s'intéresser à moi – je déjouerai chaque tentative du ministère. Quant à toi, James, je veux que tu préviennes tes parents que je leur rendrai visite pendant les vacances de Noël.

− Plutôt crever, cracha le Maraudeur.

− Je ne manquerai pas de m'en souvenir, dit Harry d'un ton indifférent. Webster ?

− D'accord, dit le Serdaigle. Mais je veux tout savoir, si je gagne.

Harry tendit sa main, que le Serdaigle serra solennellement, puis tous deux s'éloignèrent du Maraudeur furieux sans lui accorder le moindre regard.

− Bien ! dit Harry. Ceux qui veulent suivre Webster et James, rejoignez-les. Les autres, suivez-moi !

Les filles de Serpentard et de Gryffondor s'approchèrent de lui instantanément, tout comme Tamara Steinway, Lucy Parsons, Debbie Coulson et Rebecca Stevens – Megan Lawson, la dernière commère, ayant choisi le camp des partisans du roi. Liz sembla encourager Remus à les rallier mais, malgré son hésitation, le Maraudeur sembla considérer qu'il ne pouvait faire défaut à James – et les yeux sombres de la grande brune de Gryffondor jetèrent au loup-garou un regard des plus méprisables.

Harry entraîna aussitôt son équipe le long de la pente douce qui descendait vers la ville.

− C'était quoi, ces messes-basses ? s'enquit Bowman.

− Je leur ai proposé des marchés, reconnut Harry, mais seul Webster a accepté. Pour la première fois depuis la rentrée, il fait honneur à la maison Serdaigle. Quant à James, je ne sais pas s'il me désespère ou s'il m'épuise par la profondeur de sa bêtise…

− Les deux, assura Liz.

− Sans doute, admit Harry. Quoi qu'il en soit, le défi est que nous faisions mieux que les deux autres. Si l'une d'entre vous a encore des paris à passer, c'est le moment, car une fois dans la ville, j'exigerai de la concentration et du sérieux de votre part.

− Ce n'est pas nous affaiblir, que de séparer la rébellion en trois groupes ? demanda Rebecca.

− Bien au contraire, dit Harry. Les rues de la ville sont trop étroites pour que nous restions tous ensemble, elles nous gêneraient plus qu'autre chose si nous devions combattre. En plus, nous étions exposés : le palais est grand, haut et ses fenêtres, innombrables : dès que nous sommes apparus, au moins un garde du tyran a dû nous voir, et vous pouvez être certaines qu'il s'est empressé de prévenir son roi que la rébellion approchait. Et enfin, dernière observation : si nous étions restés ensemble, nous aurions été décimés à la première embuscade. Nous ne savons pas de combien et de quelles créatures dispose le roi. A la première confrontation, nous aurions été un lointain et minable souvenir pour le Double-Baguette.

Alors qu'ils approchaient des premières maisons de la cité, Harry ralentit puis s'arrêta, le temps de jeter un très bref coup d'œil par-dessus son épaule et les jeunes femmes. Webster et son équipe, essentiellement composée de Serdaigle et de Poufsouffle, en était encore à débattre sur la meilleure stratégie à adopter. Quant aux Maraudeurs, accompagnés de Lisa Hawthorne et de Bobby Niemens, ils étaient déjà en route, mais Harry ne douta pas un seul instant que James et son équipe refuseraient de l'imiter.

− On tourne ! annonça Harry.

Et il entraîna son « commando » féminin le long de l'orée de la ville, bifurquant juste avant la rue qui s'offrait de les faire entrer dans la cité opprimée.

− Pourquoi on la contourne ? demanda Tamara, intriguée.

− Pour faciliter notre intrusion, indiqua Harry. Farewell nous l'a dit : cette simulation est d'une complexité très intéressante, et Tumter est loin d'être un simple d'esprit. Je ne vous garantis pas que nous atteindrons le palais, je vous propose seulement de compliquer la tâche à nos adversaires. Maintenant que nous longeons les maisons, les gardes du tyran ne peuvent plus nous voir, ce qui nous offre un certain nombre d'entrées possibles dans la ville – et plus nous serons invisibles aux yeux de nos ennemis, plus facile sera notre progression.

− Quand est-ce que tu te présentes au poste de ministre de la Magie ? demanda Gamp d'un ton curieux.

− Ca n'a rien à voir avec la politique : c'est de la logique stratégique, dit Harry avec un sourire. Tumter a passé ces deux derniers mois muré dans son silence, mais vous pouvez être certaines qu'il a observé chacun et chacune d'entre nous. Peut-être même nous a-t-il tous percés à jour, je ne saurais le dire : le fait est que s'il y en a bien un qui puisse lui réserver des surprises, c'est moi.

− C'est étrange qu'on ait pas vu Tumter parmi les rebelles, nota Debbie Coulson. Il ne s'est pas proposé quand Farewell a demandé qui voulait être un partisan, pourtant.

− C'est normal, dit Harry : Tumter est le Double-Baguette. Arrêtez-vous ici !

Sa dernière affirmation sembla en avoir surpris plus d'une, mais Harry ne doutait pas une seule seconde que le roi était le massalien : Farewell, en reconnaissant ne pas être sûr que quelqu'un réussirait à vaincre le tyran, avait mis la puce à l'oreille du Gryffondor.

− Nous allons former trois groupes, décréta Harry. Debbie, tu prends celles qui veulent te suivre et tu prends la rue que nous venons de dépasser : les toits sont assez hauts pour qu'on ne puisse pas vous voir depuis le palais. Il faut impérativement que tu trouves un magasin proposant des messagers rapides et discrets, ça nous permettra de communiquer.

− Qui te dit qu'il y en a ? interrogea Deadheart.

− Tumter n'aura pas négligé cette nécessité pour les rebelles, ou alors Farewell exagère considérablement tout le potentiel de cette simulation, dit Harry. Deadheart, toi et ton groupe, vous empruntez la rue toute proche : vous devez entrer en contact avec les habitants. Privilégiez les femmes célibataires, elles pourraient avoir des infos sur certains gardes volages. Quant à moi et les filles de Gryffondor, nous rejoignons la prochaine rue pour ouvrir une voie plus ou moins sécurisée jusqu'au palais. Trouvez-moi un peu trop sérieux si vous le voulez, mais je ne veux pas que vous preniez la simulation à la légère : imaginez-vous dans notre situation dans la réalité, vous trouverez l'audace et les tripes pour réaliser des miracles.

− Mais je ne sais pas avec qui aller, se lamenta Moira d'un air boudeur.

Harry fit courir son regard sur les filles de Serpentard et celles de Gryffondor, calculateur.

− Va avec Deadheart, dit-il. Nous modifierons les équipes à nos retrouvailles, si nécessaire.

Mais Moira, respectant le souhait de Harry de ne pas prendre la simulation à la légère, exigea d'abord un « très gros bisou » de Lily avant de consentir à se séparer de la préfète-en-chef, qui répondit aussitôt, avec affection, au caprice de la petite brune de Serpentard. Puis, connaissant leurs consignes, l'équipe se scinda en trois groupes, le trio de Poufsouffle et de Tamara Steinway revenant sur leurs pas, Deadheart et les filles de Serpentard prenant la rue voisine et, longeant l'orée de la cité, Harry et les Gryffondor poursuivant leur route.

− Qu'est-ce que tu as dit à James pour qu'il paraisse aussi furieux ? demanda Mary, intéressée.

− Je lui ai demandé de prévenir ses parents que je leur rendrai visite pendant les vacances, mais il a souhaité la mort plutôt que de répondre favorablement à ma requête : je lui ai donc dit que je m'en souviendrai le jour venu, résuma Harry.

− Tu comptes vraiment rendre visite aux Potter ? s'étonna Lily.

− Je ne vais pas laisser un petit imbécile arrogant et immature m'empêcher de rencontrer des parents lointains, assura Harry. Je ne tuerai jamais James, quand bien même il me faudrait sacrifier ma propre vie, mais il est hors de question que sa débilité m'interdise d'apprécier la vision d'une famille que je n'ai jamais eue.

− Je pense que tu as raison, avoua Liz. Je connais la réputation des parents de Potter : ils sont charmants et très réceptifs, ils ne laisseront pas leur fils adoré influencer leur jugement tant qu'ils ne se seront pas faits leur propre idée sur ton compte. Ma grand-mère les connaissait très bien, elle et ses amies – dont la mère de Potter – allaient souvent sur le Chemin de Traverse ensemble pour faire des emplettes ou boire un thé.

− Elles se connaissaient ? dit Harry, assez surpris.

− Les parents de James sont bien plus vieux que tu ne le crois, lui dit Lily. C'est pour ça qu'il est comme nous le connaissons : il a été choyé toute son enfance parce qu'il est né à un moment où personne ne s'y attendait, car ses parents avaient déjà atteint un âge assez conséquent. Il était le miracle tant attendu, mais plus espéré, et toute sa famille n'a pas connu un destin aussi réjouissant. Son oncle Charlus est mort quand il était encore bébé, et son cousin a succombé à une maladie peu de temps après. Quant à sa tante, je crois que ses relations avec les parents de James n'étaient pas des plus chaleureuses…

− Sa tante ? répéta Harry.

− Dorea Black, précisa Liz. Elle est morte en avril, de la même maladie que Charlus.

Harry arqua un sourcil. Il avait beau se souvenir de l'arbre généalogique des Black, il ne se souvenait pas d'un mariage entre les Black et les Potter, mais cette constatation s'évanouit de son esprit dès qu'ils atteignirent la rue qu'il souhaitait rejoindre. Accompagné des filles de Gryffondor, il s'y engagea en tirant sa baguette magique. Où en étaient Webster et James ? Il se le demandait bien, mais la question s'éjecta d'elle-même dans un recoin de sa cervelle pour privilégier l'environnement actuel.

Les maisonnettes étaient aussi silencieuses que la ville elle-même, comme si les habitants avaient redouté tout propos énoncé à haute voix. Tumter et Dumbledore, puisqu'ils étaient intervenus sur Morpheus, avaient offert un véritable prodige de réalisme : Harry sentait toute l'irrégularité du sol sous ses pieds, les pavés tentant vainement de se faire sentir sous ses semelles alors qu'ils longeaient les façades des cottages, leurs regards parcourant coins et toits à la recherche de la moindre présence embusquée ou curieuse. Au loin, ils aperçurent une silhouette, et ils eurent l'impression d'être sur le Chemin de Traverse : la tête baissée, le pas vif et précipité, la personne marchait avec une telle crainte qu'elle paraissait s'attendre à ce que le ciel lui tombe dessus. Ils n'eurent pas l'occasion de l'interpeller, car elle était bien trop loin – et crier était bien la dernière chose à faire.

− Comment crois-tu que nos adversaires vont s'organiser ? demanda Liz.

− Difficile à dire, avoua Harry. Je n'ai encore jamais vu Tumter ou les Serpentard organiser quelque chose. Le plus intelligent serait évidemment de solliciter les créatures magiques pour qu'elles parcourent la ville pour faire le ménage parmi les rebelles, tout en conservant quelques-unes dans le palais pour qu'elles viennent en aide aux partisans lorsque les révoltés s'y présenteront. Mais comme nous ne savons pas qui commande – Tumter ou bien un personnage fictif, ou un Serpentard –, il vaut mieux que nous évitions de nous focaliser sur une hypothèse. La seule chose qui compte, c'est de garder en tête que la menace est partout et peut prendre toutes les formes.

Ils atteignirent le premier croisement. Harry entraîna les jeunes femmes à s'adosser contre la façade d'un vieux cottage aux fenêtres poussiéreuses et à la porte condamnée, puis il jeta un coup d'œil dans la rue voisine. Rien, ni personne. Il semblait toutefois qu'une impasse séparait les Gryffondor des Serpentard, car il aperçut une artère à mi-chemin, mais il était hors de question de s'en approcher : c'était le meilleur moyen pour être pris au piège.

− C'est tellement désert que je commence à douter que les Poufsouffle trouvent un magasin ouvert, dit Mary.

− Il y en a forcément un, dit Harry. Même terrifiés, les gens continuent de vivre, et pour vivre, il faut gagner sa vie… à moins que Tumter ait imaginé une ville où tout était gratuit, ce dont je doute.

− Hé, regardez ! s'exclama Lily en pointant le doigt vers le ciel, sur leur gauche.

Harry tourna la tête juste à temps pour apercevoir un éclair de lumière rouge disparaître parmi les nuages. Une première bataille se livrait dans la ville, visiblement, et elle sembla prendre fin à ce moment précis, car il n'y eut plus le moindre sortilège de jeter.

− Continuons, dit Harry.

Mais à peine eurent-ils repris leur progression dans la rue, qu'un parchemin jaillit soudainement devant lui : le groupe des Poufsouffle avait réussi à trouver une boutique et à obtenir un moyen de communication. Mary fut la seule à reconnaître l'écriture de Rebecca Stevens :

Sommes en route pour une auberge située non loin du palais. Nous avons aperçu des homoncules quand nous étions dans le magasin, ils se dirigeaient vers l'entrée de la ville.

− Bien, dit Harry. Nous savons maintenant que le Double-Baguette ne dispose pas d'une armée immense : ses homoncules sont obligés de se déplacer dans la cité. Au mieux, nous les contournerons.

− Pourquoi ? s'étonna Mary.

− Parce que plus nous serons discrets, moins nous serons repérés, expliqua Harry. Le sortilège que nous avons aperçu a permis aux gardes restés au palais de localiser plus ou moins les rebelles qui ont été attaqués. Si nous ne nous faisons pas trop remarquer, nous pourrons surprendre nos adversaires.

− Bowman écrit, indiqua Liz en désignant le parchemin.

Leur attention se reporta immédiatement dessus :

On a trouvé quelqu'un ! On sait maintenant que le Double-Baguette dispose d'une « armée » d'une trentaine de créatures (sans compter les élèves qui l'ont rejoint). Il y a des sorciers, des homoncules, des Moldus et des goules, selon l'habitant, mais il nous a dit de ne pas chercher l'affrontement avec le Double-Baguette : on ne connaît personne qui lui ait « survécu ». Bref, on se dirige vers l'auberge – elle se trouve sur une grande place qu'on ne peut pas rater.

− Nous avons notre prochaine destination, mais il vaut mieux prévenir que guérir, dit Harry, alors que le bout de parchemin disparaissait.

Sur ce, il entraîna ses amies vers la prochaine intersection. Après un regard prudent, ils tournèrent à gauche en continuant à longer les maisonnettes, Liz se retournant régulièrement pour vérifier qu'aucun adversaire n'arrivait dans leur dos.

− Pourquoi une auberge ? demanda Lily.

− Parce qu'on y parle beaucoup, répondit Harry. Les aubergistes et les serveurs, même si les conversations ont peu d'intérêt, entendent des choses qui peuvent être utiles.

Ils atteignaient la rue intra-muros lorsque l'œil d'Astaroth se manifesta de lui-même, survolant les toits jusqu'à l'artère empruntée par les filles de Serpentard. Un petit groupe de trois sorciers vêtus de noir s'approchaient de la prochaine intersection, et Harry s'empressa d'emmener son équipe dans l'impasse. La Projection s'interrompit la seconde suivante, comme si elle estimait avoir accompli son devoir.

− Qu'est-ce qui se passe ? dit Liz, perplexe.

− Des sorciers en approche, répondit Harry.

− Comment tu le sais ? s'étonna Mary.

− Peu importe, dit Harry. Nous devons réfléchir à un plan : les Serpentard doivent déjà être cachées ou un duel se déroulerait déjà, alors c'est à nous d'intervenir en fonction de la direction que les gardes emprunteront. Mais il faudra être rapides et précis, ils ne doivent jamais comprendre ce qui leur est arrivé.

− S'ils viennent vers nous, ils nous verront dès que nous les attaqueront, objecta Lily.

− Mais ils n'auront pas forcément le temps de lancer un sort, dit Harry. S'ils nous continuent dans la rue, nous les aurons par-derrière. S'ils tournent dans la direction opposée à la nôtre, pareil. S'ils viennent avec nous, il sera facile de les neutraliser. Attendons d'abord de savoir ce qu'ils feront…

Et, se rapprochant de l'angle de l'impasse, Harry jeta quelques regards vers la rue parcourue par les sorciers et les Serpentard. Il aurait certes pu solliciter la Projection pour les suivre en temps réel et ne pas prendre de risques de se faire apercevoir, mais il préférait ne pas trop avoir recours à l'œil d'Astaroth : ce ne serait pas juste, mais il souhaitait surtout que Farewell n'ait pas trop d'idée précise sur les pouvoirs de l'œil – même si le Frère était plus proche de Brighton que du Grand Seigneur, Harry restait prudent.

Les trois sorciers apparurent alors et poursuivirent leur chemin, traçant tout droit en direction de la cachette du quatuor de Serpentard. Dès qu'ils furent passés dans l'autre tronçon de l'artère, Harry et les filles de Gryffondor, concentrées, quittèrent l'impasse pour reprendre leur route et se retrouver dans le dos des soldats du tyran.

− Ne les laissons pas trop s'éloigner : plus ils seront proches, plus précis seront nos sortilèges et plus restreint, leur temps de réaction, dit Harry à mi-voix.

Ils atteignirent l'angle et, ensemble, lancèrent une œillade dans la rue des Serpentard pour jauger la distance et la position de chacun des trois sorciers.

− Lily et Mary, vous prenez celui de gauche, décréta Harry. Liz, celui du milieu.

Les filles opinèrent et, d'un même mouvement collectif, tous trois jaillirent de la rue. Quatre éclairs de lumière rouge fendirent les airs pour atteindre les trois hommes dans le dos, les stupéfixant aussitôt, à l'instant précis où, s'ouvrant à la volée, une porte condamnée par des planches laissa apparaître les filles de Serpentard. Elles eurent l'air quelque peu surpris, et il ne fit aucun doute à Harry qu'elles avaient eu l'intention de s'attaquer elles-mêmes aux gardes dès qu'ils auraient dépassé leur cachette.

Moira se précipita sur Lily pour la heurter de plein fouet, comme à son habitude, tandis que ses amies venaient à leur rencontre beaucoup plus sobrement.

− Vous avez eu beaucoup de problèmes ? demanda Bowman.

− Aucun, dit Harry. Avec seulement une trentaine de pantins pour une ville aussi grande, Tumter ne peut guère fournir des patrouilles aussi nombreuses qu'il le faudrait. Il ne s'attend sûrement pas à ce que nous soyons battus avant d'atteindre le palais. Rejoignons les Poufsouffle : même si Slughorn a reporté son cours pour nous offrir un temps considérable dans cette simulation, le temps joue contre nous – et notre plus gros défi reste à venir.