"- Whouhahou, j'ai rêve toute ma vie de pouvoir venir ici !

- Moi aussi, j'ai toujours voulu venir... "

Deux phrases aussi semblables peuvent avoir des sens bien différents. En soit, le contexte était le même, pour Caimie la sirène ou Hatchi l'homme-poisson. Tous deux, ils se rendaient au très célèbre parc d'attraction de l'archipel Sabaody pour y passer la journée. Si l'homme à huit bras n'appréciait pas particulièrement le lieu, du moins pas plus qu'un autre endroit, la jeune femme n'avait cessé de s'extasier tout le long du chemin car cela faisait des années, depuis sa plus tendre enfance, qu'elle caressait l'espoir de venir ici.

"- Nyu, Caimie, fais attention à ne pas te faire remarquer !

- Ah oui, tu as raison ! s'exclama-t-elle.

- Enfin, tu n'es pas obligée de le prendre comme ça mais...

- Je sais bien qu'il y a les marchands d'esclaves, Hatchi. Ne t'inquiète pas, avec nos déguisements, personne ne remarquera jamais que nous sommes des hommes-poissons ! "

Il n'en était pas si sûr mais ne lui dit rien. Si elle pouvait encore se targuer d'être discrète avec sa longue robe qui camouflait sa queue de sirène, lui-même portait une grande cape qui le rendait un peu louche. Avec un peu de chance, on le prendrait pour un garde du corps mais il doutait d'une telle naïveté si des esclavagistes passaient par-là. Tout ce qu'il espérait, c'était pouvoir protéger la sirène. Ah, la belle Caimie !

"- Quelque chose ne va pas, Hatchi ?

- Nyu ? Ah non, je me demandais qu'est-ce qu'on allait faire en premier.

- Oh, je voudrais bien monter dans la grande roue !

- Je te suis alors.

- Merci Hatchi ! C'est parti ! "

L'homme-poulpe le savait bien : s'il était venu ici, ce n'était pas pour le lieu, c'était pour elle. En prime, il avait réussi à tenir Papug à l'écart, l'étoile de mer ayant l'habitude d'être toujours collée à la sirène. Certes, Hatchi avait eu une liaison avec Octopako, femme à moitié poulpe comme lui, mais il ne voulait plus en entendre parler. Cette femme, c'était la cupidité même et bien qu'il ait été son amoureux le plus transi, il avait vite déchanté devant son comportement odieux.

Pour cela, Caimie était bien différente. La sirène ne cherchait pas la popularité ni l'argent ni quoique ce soit du genre. Elle aimait les choses simples et possédait un caractère facile à vivre. Pour être heureuse, il ne lui fallait pas grand chose. Bien sûr, comme tout le monde, elle avait ses petits défauts mais Hatchi les lui pardonnait tous. De là à dire qu'il était intéressé, peut-être pas. Il se sentait plus comme un protecteur avec Caimie, une sorte de grand-frère bienveillant. Rien de plus.

"- Hatchi, à quoi est-ce que tu penses ?

- Nyu ? Oh, à rien Caimie. Rien du tout, assura-t-il, secouant ses huit bras de manière parfaitement ridicule. J'ai l'air fatigué c'est ça ?

- Un peu. Tu aurais peut-être préféré te reposer que venir ?

- Non, pas du tout. Je voulais venir au parc d'attractions aussi.

- Tant mieux. Les takoyakis se vendaient bien les derniers jours alors c'est pour ça que tu dois avoir un peu moins d'énergie et... Si c'est de ma faute, je suis désolée !

- Ne t'inquiète pas, Caimie. Si j'ai dit oui, c'est que je voulais vraiment venir.

- Je suis contente de passer cette journée avec toi, Hatchi ! " sourit-elle.

Il sourit tout en rougissant. Lui aussi était très content de passer cette journée avec elle, même s'il n'aurait sans doute jamais le niveau du naturel de la sirène pour exprimer ses sentiments. Le duo du jour se rendit à la grande roue, où il y avait foule, si bien que l'attente dura une bonne demi-heure. Parfois, on les regardait bizarrement mais leurs déguisements de fortune suffirent pour persuader les badauds qu'ils n'étaient que des humains. Sur Sabaody, être un homme-poisson n'avait rien d'une sinécure, vraiment. Être une sirène était encore pire. Pendant l'attente, Caïmie tapota discrètement un de ses bras. Sa nervosité était très mal dissimulée.

"- Qu'est-ce qui se passe Caïmie ?

- Hatchi... Je crois que là-bas, ce sont des... Des vendeurs. "

Vendeurs, ce n'était pas le bon mot mais un petit coup d'oeil suffit à Hatchi pour voir de quoi il en retournait. C'était des marchands d'esclaves, en quête de butin pour la prochaine vente aux enchères. Qu'ils trainent au sein même du parc d'attraction avait de quoi donner des sueurs froides. Ils restèrent un moment, épiant la foule de la grande roue, avant de se fondre dans le décor. Leur identité ne sautait pas spécialement aux yeux mais les hommes-poissons et les sirènes connaissaient bien leurs façons de se comporter, leurs regards, leurs mouvements furtifs, l'attirail du parfait kidnappeur sous leurs vêtements. Aussi dangereux que des dragons célestes... Quoique, la menace n'était pas comparable.

"- C'est bon Caïmie, ils sont partis, nyu.

- Pourquoi est-ce qu'ils viennent même ici ? Je pensais que...

- La sécurité du parc a dû leur dire de repartir, mentit-il. Ils ne reviendront pas.

- Je ne veux pas qu'on ait des ennuis à cause de moi.

- On n'en aura pas. Profite du moment et ne te fais pas de soucis, nyu. Je te protègerais d'eux s'il le faut, d'accord ?

- Oui, tout va bien se passer. "

La sirène n'était pas du genre brave mais elle afficha une tête rassurée et continua de patienter. Sur la terre ferme, elle était faible et ne pouvait que peu se défendre, ce qui expliquait sa panique. Hatchi se promit qu'il ne lui arriverait rien aujourd'hui. Alors qu'ils faisaient encore la queue, voyant le bout tout proche, un agent d'entretien vint à la rencontre du public avec un air contrit.

" Je suis navré mais nous devons fermer pour une petite maintenance. Revenez dans une heure et veuillez nous excuser pour le désagrément. "

Il s'en alla rapidement, suivi par un concert de protestations plus ou moins virulentes. Le duo soupira. Il fallait repenser le programme. Hatchi ne savait pas trop par où commencer, n'ayant pas d'envie d'attraction particulière et consulta la sirène du regard.

"- Que veux-tu faire en attendant, nyu ?

- On pourrait aller boire quelque chose peut-être ?

- Shakky m'a dit que leurs thés étaient très bons ! "

C'est ainsi que leur programme changea et qu'ils se retrouvèrent sur une petite terrasse rappelant l'archipel des hommes-poissons, à boire un thé sucré. Trop sucré selon l'avis de l'homme-poulpe mais cela semblait convenir parfaitement à la sirène. Les petits gâteaux en accompagnement étaient très bon, avec un goût d'agrume tout doux.

"- Ils font exactement les mêmes au café des sirènes, nota Caïmie, buvant le sien à petites gorgées.

- C'est vrai, se souvint Hatchi. Rayleigh m'a avoué qu'ils les aimaient bien.

- Vraiment ? s'exclama-t-elle de façon exagéré. Un homme comme lui ?

- Rayleigh est plein de surprises. En même temps, c'est le roi sombre...

- Le roi sombre ? C'est son surnom ?

- Nyu ? Oui, Rayleigh était le second de Gol D Roger, tu sais bien.

- Eeeeeeeeeeeeeeeh !? Vraiment !? s'écria-t-elle, le visage déformée par la surprise.

- Tu veux dire que tu ne le savais absolument pas ?

- Non, non.. Ou alors, je l'avais oublié, admit-elle. C'est incroyable ! Je comprends mieux d'où vient cette force qui émane de lui ! Shakky a un bon garde du corps...

- Qui finit souvent aux casinos d'après les dires de la patronne.

- Eeeeeeeh !? Le second du roi des pirates dépense son argent ainsi ?

- Il ne faut pas grand chose pour te surprendre, j'ai l'impression, nyu.

- J'ai passé la majorité de ma vie dans l'océan... Où à me faire capturer. Alors, quand je découvre quelque chose, je ne peux pas m'empêcher de réagir.

- Au moins, on n'a l'impression que tu ne t'ennuies jamais !

- Et c'est vrai ! Il y a tant de choses à faire dans le monde, c'est incroyable ! "

Comment pouvait-elle avoir encore tant de naiveté avec ce qu'elle savait ? Hatchi enviait cette vision du monde, car lui l'avait perdu depuis bien longtemps. Avec Fisher Tiger ? Non, même bien avant. Le monde n'était pas un lieu rose ni en soie, surtout pas quand on naissait homme-poisson dans un univers à majorité humaine. Depuis toujours, le racisme avait existé et, ne serait-ce qu'à cause de l'existence des dragons célestes, ces méprisables créatures. Rien ne portait à croire que les choses allaient finir par s'arranger. Les différends entre les deux peuples s'étaient creusés au fur et à mesure du temps. Des liens existaient bien sûr mais trop faibles pour primer au dessus de l'océan de haine qui faisait toujours rage. Pour Sabaody, le concept était simple : tu as le droit d'être un homme-poisson mais soit loin d'ici soit pour une vente aux enchères. Par habitude, les sirènes et leurs compagnons évitaient les lieux comme la peste. Il fallait être fou pour venir ici.

Hatchi se rappelait encore de la crédulité de sa jeunesse concernant les humains. Il peinait à croire ce que ses ainés lui disaient.

" Ils sont si faibles, pensait-il. Quel mal peuvent-ils nous faire ? "

L'homme-poule s'était approché d'eux et avait compris de lui-même. La découverte avait été douloureuse. Du temps où il avait fait parti de l'équipage de Fisher Tiger, un peu d'espoir était revenu en lui mais la mort de son capitaine n'avait rien arrangé. Rejoindre ensuite la bande d'Arlong, c'était s'allier à l'extrême et détester pour de bon ces maudits bipèdes. Et maintenant... Oh, il ne savait pas encore très bien où il en était. S'il ne détestait plus de manière aussi radicale les humains, il ne faisait pas confiance à la plupart.

Il se demandait si la sirène avait jamais connu la gentillesse des hommes. Il ne connaissait pas exactement le passé de Caïmie mais de ce qu'il savait, elle s'était fait capturer un grand nombre de fois. Son côté tête en l'air ne la servait pas très bien. Heureusement, elle avait eu de la chance à chaque fois, quelqu'un l'avait sauvé. Ces enlèvements à répétition auraient dû la faire haïr les hommes. Pourtant, il y avait tant de bonté en elle, tant d'innocence, qu'elle ne semblait pas capable de détester quiconque. Caïmie avait un courage qui ne se voyait pas au premier abord mais forçait le respect de son ami.

"- Tu as encore l'air rêveur, Hatchi, rit Caïmie.

- Je pensais aux humains, nyu. Je sais qu'ils ne sont pas tous mauvais mais... Quand même, ces marchés aux esclaves où nous sommes vendus comme des animaux...

- N'y pense pas, Hat-chan. Profitons plutôt de la journée, d'accord ? "

Le sourire qu'elle lui fit cachait quelque chose. Peut-être qu'un jour, un humain l'avait capturé et l'avait tellement blessé qu'elle en souffrait encore. Peut-être avait-elle perdu quelqu'un qu'elle connaissait avec ce marché aux esclaves. Tant de possibilités pouvaient se dissimuler derrière ce visage si doux. Hatchi ne chercha pas à en savoir plus, même si sa curiosité le faisait bouillir.

Ensemble, ils terminèrent de manger puis firent un tour dans le parc. Ils profitèrent même de quelques petites attractions, avant de pouvoir enfin retourner à la grande roue. Caïmie gagna un bracelet en coquillage, qui lui plut plus que de raison et Hatchi gagna une peluche roi des mers qu'il offrit à son amie. Ils s'amusaient bien tous les deux et le temps passait vite. Même l'attente à la grande roue, qui dura quand même une bonne demi-heure, leur parut peu de choses au final.

Enfin, ils purent monter dans un des petits habitacles blancs. De confortables banquettes les attendaient à l'intérieur et ils s'assirent contre le bord extérieur, en face à face. La sirène essayait vainement de cacher son excitation, ce qui faisait rire Hatchi.

"- Calme toi, Caïmie. Tu vas finir par t'évanouir !

- On est dans la grande roue, s'émerveilla-t-elle. Enfin, on est dans la grande roue. Oh je n'y crois pas, c'est super génial ! On est dans la grande roue !

- Et attends, on n'est pas encore parti ! "

Il eut à peine finit sa phrase que la grande roue se remit lentement en marche. L'homme-poulpe et la sirène s'extasièrent tous deux devant la vue imprenable sur le parc, et même plus loin sur l'archipel, qui apparaissait au fur et à mesure de l'ascension. Les arbres dessinaient des formes avec leurs ombres mais le ciel venait jouer avec les couleurs du parc. La présence d'eau, mêlée à la lumière, permettait à des petits arc-en-ciels de se former. Très loin là-bas, l'océan miroitait, fier et sauvage. Hatchi s'émerveillait devant tout ce qu'il voyait quand il remarqua que Caïmie pleurait.

"- Nyuuuu, Caïmie !? Qu'est ce qu'il t'arrive ? C'est la hauteur ?

- Non... J'ai rêvé toute ma vie de venir ici et ce rêve est maintenant devenu réalité !

- Je ne savais pas que cela te tenait à coeur à ce point-là...

- Oh si ! Quand j'étais petite, je venais souvent observer le parc au loin. Bien sûr, en étant dans l'océan, je ne voyais que la grande roue mais... Je me disais qu'un jour, j'irais là-bas. C'était une promesse et grâce à toi, j'y suis. Merci d'être venu avec moi Hatchi ! s'exclama-t-elle en se jetant dans ses bras.

- Euh, ce n'est rien " rougit-il, mal à l'aise au possible.

En théorie, c'est le moment dans les films où le héros avoue ses sentiments à l'héroine, lui dit à quel point il l'a toujours aimé et qu'il a fait tout cela pour elle. Sauf que ce n'était pas le genre d'Hatchi et que ce n'était pas ce qu'il attendait de Caïmie. L'homme-poisson était simplement contente d'être avec elle. La grande roue allait très lentement et ils pouvaient profiter de ces minutes calmes, seulement tous les deux. Ils oublièrent qu'à peu de distance, trônait le marché aux esclaves des humaines. Pour le moment, ils étaient en vie, libres et ils voulaient juste profiter.

"- Hatchi ? demanda soudain la sirène, quand la grande roue commençait à redescendre.

- Oui, Caïmie ? Tu veux quelque chose ?

- Hum, est-ce que tu crois qu'on pourrait faire le coup de la panne ? Tu sais, comme ça, la grande roue s'arrêterait et on pourrait en profiter un peu plus...

- Je vois, rit-il, sachant qu'elle ne s'était pas rendue compte de son double sens. Nyu, on peut tout simplement refaire d'autres tours !

- C'est vraiiiiii ? Mais c'est super ! "

Ils refirent encore plusieurs tous de grande roue, s'amusant comme rarement des homme-poissons ou des sirènes s'amusèrent en terrain humain. L'un comme l'autre, ils avaient passé une très bonne journée. Sans doute reviendraient-ils un autre jour au parc d'attraction tous les deux. En tout cas, le souvenir de cette agréable journée demeurerait impérissable dans leur tête. Le soleil se couchait sur l'archipel, baignant le monde de sa douce couleur orangée. On aurait presque dit que le monde était en paix. Presque.


Youhou, la moitié du défi est atteinte ! *saute de joie* Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir mais ça me fait plaisir d'être au moins arrivé jusque là ! J'espère que mes petits textes continuent de vous plaire et que vous me suivrez jusqu'à la fin de ce défi ! Je compte bien allez jusqu'au bout !

Pour le one shot du milieu, c'était un petit pairing tout mignon, plus la description d'une balade qu'autre chose mais j'avais besoin d'écrire ce genre de relation fraîche. C'était sans prise de tête, tout en douceur, j'attends vos avis sur le cinquantième !

Le prochain n'arrivera pas tout de suite... En effet, déjà que je publiais pas beaucoup mais là, je risque de publier moins tout simplement parce que j'aimerais me concentrer un peu plus sur une autre fanfiction One Piece où il me reste moins de dix chapitres, ainsi qu'un petit projet papier qui est pratiquement fini. Pour ces raisons, pendant un petit moment, je viendrais moins sur ce défi mais dès que les deux autres projets arriveront à leur terme, on repartira comme en quarante ! Je ne vous cache pas que j'ai également besoin de prendre un peu de recul sur le projet, pour apporter de nouvelles idées et améliorer le contenu ainsi que le style tout simplement.

Pour le numéro 51 donc, on continuera dans du hétéro ! Comme c'est dans longtemps, je ne vais pas faire trop dur. La femme vient de l'équipage des Mugiwaras. L'homme est classé parmi les méchants de One Piece, même s'il a été l'allié de circonstance de Luffy. Ces deux-là se croiseront à Alabasta ~ Voilà, bon courage pour trouver et à la prochaine !