Bonsoir à tous ! Voici le nouveau Chapitre du jour, venant poursuivre le combat final entre la Green Phoenix et nos Lyokô-guerriers préférés. J'espère que mon rythme de parution étonnamment rapide ne vous perd pas trop, tout comme j'espère parvenir à vous divertir suffisamment à travers chaque nouveau chapitre. Sur ces paroles, je vous laisse en compagnie du Second Round de la bataille finale. Bonne lecture à tous, et à demain si tout va bien !
Disclaimer : Code Lyokô et son univers ne m'appartiennent pas.
Chapitre 55 :
Episode 154 : Second Round (L'éveil de Yumi)_
Deux ombres filaient à vive allure le long des corridors suintant de crasse des souterrains, mystérieux passages secrets menant à l'usine, un halètement marqué résonnant avec fracas contre les parois sur leur passage, faisant fuir rats et insectes rampants.
Le bruit sourd de roues antiques heurtant le béton s'intensifia à mesure que les deux silhouettes s'approchaient d'une haute grille menant sur le canal voisin.
Yumi, ses longs cheveux d'un noir plus sombre encore que l'obscurité environnante filant derrière elle sous la vitesse de son skateboard, arborait un visage crispé qui venait quelque peu teinter son habituelle beauté de marbre. Quelques mètres derrière, William, rouge sous l'effet de l'effort, peinait à soutenir son rythme, ses chaussures dérapant malhabilement sur le chemin accidenté.
- Dépêche-toi ! lui intima la japonaise d'un ton pressant, à la limite de l'hystérie, on a perdu beaucoup trop de temps… Les autres ont certainement besoin de nous sur Lyokô !
Les dents serrées, l'adolescente laissa son ombre s'étirer derrière elle tandis qu'ils approchaient enfin de la lumière extérieure, un vent frais parcourant le boyau souterrain en un hululement lugubre.
Comment avait-elle pu laisser Stéphanie ruiner ses chances pour le bac et partir seule en direction de l'usine alors qu'elle-même demeurait vissée à son bureau, incapable de prendre une décision ? Comment avait-elle pu passer plus de deux heures sur sa copie avant d'enfin capituler face au puissant sentiment de culpabilité lui étreignant l'estomac, rendant sa dissertation avec précipitation tout en traînant William avec elle hors de la salle ? Une bête épreuve de Philosophie avait-elle donc plus d'importance à ses yeux que l'avenir de ce monde qu'elle avait passé tant d'années à défendre ?
- Qu'est-ce qui cloche chez moi… ? se permit-elle de marmonner à voix haute, profitant de l'approche des échelons de fer pour freiner brusquement dans un crissement de pneus usés.
William, qui avait enfin réussi à rattraper son allure, manqua de peu de lui rentrer dedans.
Ravalant le juron qui lui vint à l'esprit, le jeune homme laissa son ex-petite-amie prendre les devants en direction de la plaque d'égout les séparant de l'usine, le cœur battant la chamade sous l'effet de l'effort et de la peur mêlés.
Dans quel état allaient-ils retrouver Lyokô maintenant que la Fusion avec Endo avait débuté depuis deux bonnes heures ? Était-il déjà trop tard ? Et surtout, l'un de ses compagnons d'arme était-il tombé au combat depuis le début de l'assaut ?
Ces morbides pensées ne l'avaient pas quitté depuis qu'il était enfin parvenu à poser son stylo au sein de la salle d'examen, laissant de côté la copie bâclée de son rendu. La simple idée que Stéphanie ait pu être blessée par sa lâcheté lui était intolérable et ce fut l'estomac particulièrement noué qu'il s'engagea à la suite de Yumi, le soleil couchant filtrant à travers l'ouverture béante du passage nimbant ses épaules et le sommet de son crâne de reflets d'or.
En dépit de leurs erreurs pesant lourdement sur leur cœur, il était temps pour les deux lycéens de rejoindre la bataille à présent.
Le Dupliqua d'Ulrich fendit l'air de son sabre, laissant le métal tracer une mortelle traînée verte sur son passage. En un coup unique, deux Frôlions furent fauchés nets en plein vol, explosant sous le ciel en fusion.
Se réceptionnant de justesse sur un fin tronc d'arbre en train de chuter vers la Mer Numérique, la copie puisa dans les ultimes ressources de son Supersprint afin de se propulser de nouveau vers le plateau le plus proche, une simple plateforme circulaire fissurée de toutes parts ayant autrefois appartenu au Territoire du Volcan.
Épuisé, il s'accorda un bref instant de pause, balayant son regard chocolat sur les alentours. Tout n'était plus que chaos au sein de l'univers virtuel. De la Forêt, ne restaient que de rares arbres flétris et quelques sentiers couverts de cendre, serpentant au dessus d'une océan qui n'était plus que tourbillons mortels. Au loin face à lui, pas moins de trois immenses Tours dominaient le paysages, implacables piliers blancs auréolés de fumerolle noire et perchées au sommet d'un gigantesque Volcan, crachant par moments des flots de pixels rougis.
Dans son dos, une des rares Tours activée par Aelita encore intacte semblait défier la Green Phoenix de s'en prendre à elle. Deux des créatures robotiques de Jérémie, immenses dans leur fuselage étincelant, paraissaient monter la garde de chaque côté de l'édifice, une lance de fortune constituée des mêmes bâtons soutenant leur corps plantée dans leurs mains.
- Ça ne suffira pas, siffla le samouraï entre ses dents. Face à lui, à la surface d'un sentier verdâtre recouvers de roches sombres oscillant dangereusement au dessus du vide, une multitude de Krabes et de Tarentules ennemis s'avançaient vers la Tour, loin de se laisser démonter par l'air menaçant de leurs adversaires, le symbole d'Angel à leur surface illuminé d'un rouge cruel.
- Chargez ! ordonna le Ulrich à l'intention de deux Mantas patrouillant dans le ciel au dessus de sa tête, le bénéfique œil de Lyokô soulignant leur dos courbé.
Dans un même mouvement obéissant, les créatures ailées virèrent aussitôt de bord afin de canarder l'armée ennemie de leurs lasers bleus, ne parvenant à décimer que quelques rocs en pixels, ainsi qu'un ou deux Krabes.
Sans plus attendre, les Tarentules menant l'assaut posèrent genou à terre afin de les viser soigneusement de leurs canons rutilant avant de faire feu, en un crissement furieux.
Deux explosions plus tard, et la garde aérienne de la Tour n'était plus, laissant le clone d'Ulrich quasiment sans défense face aux Monstres qui poursuivaient leur route vers lui, inépuisables combattants.
- Tant pis, soupira-t-il en raffermissant la prise sur le pommeau de son katana, à la guerre comme à la guerre…
Et, dans un rugissement de désespoir, le samouraï s'abattit de toutes ses forces sur l'armée de Monstres, tranchant à l'aveugle pattes et pinces devant lui, déterminé à lutter jusqu'au bout de sa trop courte vie.
Il ne fallut pas plus d'un laser ventral pour mettre fin à son attaque déraisonnée, laissant son corps s'évanouirent en un grésillement de pixels incolores.
A plusieurs kilomètres de là, le véritable Ulrich, perché au sommet d'un Krabe allié, son Overbike détruit par les lasers des Monstres depuis longtemps, sentit soudain la disparition de son double submerger son être avec la violence d'un coup de poing.
- Encore un… grinça-t-il tandis que le Mégatank à ses côtés se chargeait de repousser ses ennemis pour lui momentanément, plus que quatre Ulrich de disponible en me comptant moi… Ça craint !
La lutte était trop inégale. En dépit des efforts redoublées de Jérémie et d'Aelita pour leur faire parvenir le plus de renforts possibles depuis le Cinquième Territoire, la Green Phoenix semblait inépuisable et les Tours Blanches continuaient à tomber les uns après les autres, réduisant petit à petit l'équilibre instable entre Lyokô et Endo.
Le Territoire Forêt n'était déjà plus que l'ombre de lui-même, au sein de l'obscurité destructrice engendrée par la Fusion, et si la situation continuait à évoluer à un tel rythme, Ulrich ne donnait pas cher de la préservation du Projet Carthage.
- Changement de tactique ! ordonna-t-il à l'adresse du Mégatank qui se réfugia instantanément derrière sa carapace pour l'écouter, je peux m'occuper de protéger nos Tours seul. La priorité, c'est maintenant d'abattre un maximum de Tours adverses en un temps record ! Envoyez le plus gros des troupes contre les halos noirs, faites plier le Territoire du Volcan sous la puissance de vos lasers ! Maintenant.
Oscillant son immense corps sphérique en signe de compréhension, la Créature se mit à rouler aussitôt à toute allure le long de sa plateforme de verdure, renversant sur son passage nombre des Blocks ennemis courant à la rencontre d'Ulrich.
Ce dernier, brandissant son sabre, laissa la lame s'illuminer progressivement de vert, prêt à décharger une salve d'énergie aux Monstres restant une fois son aacolyte suffisamment loin.
« Il nous faut continuer à tenir, peu importe à quel point la situation est désespérée », songea-t-il avec rage, « et peu importe combien de temps. Trop de choses sont en jeu pour abandonner maintenant ».
Durant un bref instant, le pâle visage de Yumi illumina ses pensées, galvanisant son corps virtuel d'un regain de vigueur. Oui, il allait continuer à se battre jusqu'au bout.
Stéphanie se reposait, les yeux mi-clos, les jambes croisées, son corps flottant à quelques centimètres du sol. Autour d'elle, l'intérieur de la Tour dans laquelle elle avait trouvé refuge baignait dans un calme inhabituel, les fichiers bleutés parcourant les parois oscillant doucement au gré des échanges d'information.
- C'est bon ! résonna soudain la voix d'Anthéa à travers le long édifice circulaire, tes Points de Vie sont rechargés au maximum, tu peux repartir combattre !
Dans un soupir de satisfaction, l'adolescente déplia ses jambes, regagnant la plateforme imitant l'ancien signe de XANA avec souplesse, sa longue couette ondulant doucement sous l'effet des vagues d'air numérique remontant de la Tour activée à leur avantage.
A l'instant précis où ses bottes touchaient le sol néanmoins, une violente secousse vint ébranler l'ensemble, manquant de peu de la faire chuter.
- On ne peut pas avoir deux minutes de répit, hein ? jura la jeune fille en dégainant deux de ses aiguilles, furieuse d'avoir été ainsi prise par surprise.
Bondissant vers la sortie invisible de la Tour, elle se laissa traverser la paroi pour rejoindre la clameur assourdissante de la bataille régnant sur Lyokô.
Partout autour d'elle, lasers et explosions retentissaient avec fracas dans un concert aveuglant de flashs rouges et bleus.
Elle eut tout juste le temps de croiser ses armes devant elle avant que le Mégatank responsable du soubresaut de sa Tour un instant plus tôt ne décoche un nouveau tir colossal, venant heurter avec force sa barrière improvisée.
Grimaçant, Stéphanie se sentit glisser le long du sol tandis que le laser elliptique de la Créature faisait grincer dangereusement ses armes, menaçant de la désarçonner à tout instant.
- Maintenant ! rugit-elle.
Sous son injonction, un bruit de tir éventra soudain le ciel, poussant le Mégatank à se figer sur place de stupeur. Son imparable laser se désagrégea presque aussitôt, laissant enfin à Stéphanie l'occasion de reprendre son souffle. Une fraction de secondes plus tard, le Monstre ornementé du symbole d'Angel explosa en une violente nuée de particules, laissant enfin apercevoir la raison de sa défaite : une minuscule Kankrelat allié qui avait profité de la diversion offerte par Stéphanie pour se glisser derrière la sphère de métal et l'abattre d'un unique laser bien placé.
- Heureusement que je vous avais dit de surveiller la Tour pendant que je rechargeais mes Points de Vie ! râla la gothic lolita tandis que deux autres Kankrelats venaient rejoindre leur camarade d'un petit cliquetis de pattes, penauds, enfin bon, l'essentiel c'est qu'elle ait tenu le choc.
Soucieuse, Stéphanie adressa un bref regard à l'édifice à demi-organique dans son dos. Un halo d'un blanc intense continuait à briller à sa cime, insensible au chaos ambiant.
- Très bien ! fit la jeune fille en se retournant vers ce qui restait de son Territoire, voyons voir de quelle Tour on peut s'occuper maintenant !
Le Désert qui s'étendait devant elle semblait faire bien pâle figure par rapport à sa grandeur d'antan. A perte de vue, remplaçant arbres morts et rocs saillants à la surface des plateaux de sable ocre, des dizaines de buildings grisâtres poussaient les uns après les autres tels de grotesques champignons géométriques, menaçant l'un après l'autre de permettre à la Ville de prendre le dessus.
- On en est où niveau ratio ? s'enquit Stéphanie à l'adresse d'Anthéa, dégainant prudemment une nouvelle aiguille de sa brassière.
- Cinq tours pour le Désert et six pour la Ville, décompta l'informaticienne avec précision, on a encore un peu de marge pour tenir, mais faîtes attention. A ce stade, les plateaux sous vos pieds peuvent se désagréger à la moindre secousse !
Stéphanie eut une grimace dépitée. La bataille avait commencé il y avait plus de deux heures et, si son avatar virtuel était inépuisable, Lyokô était loin de suivre le rythme et son Territoire avait déjà perdu la moitié de son points stratégiques. Il allait lui falloir redoubler d'efforts si elle souhaitait le voir tenir jusqu'à la fin du combat.
- Couvrez-moi ! s'exclama-t-elle à l'adresse des Kankrelats, ignorant les cris menaçants des Monstres ennemis dont les silhouettes se faisaient de plus en plus distinctes à travers la brume de pixels sablonneux, je vais tenter une percée !
Et, le regard étincelant d'une lueur violette meurtrière, la jeune fille se mit à courir à toutes jambes vers le plateau gris le plus proche, prête à encaisser tous les coups pour atteindre son objectif.
Face à elle, entre deux immeubles en forme de L, une haute Tour noire semblait la toiser de son halo maléfique avec moquerie.
A la surface violacée du Territoire des Montagnes, Odd sentait un sentiment de puissance inégalée galvaniser sa poitrine.
Perché au sommet d'une Manta, ses deux queues soigneusement enfoncée au milieu du signe en forme de patte de chat qui avait été celui d'Angel, le félin Lyokô-guerrier survolait les environs d'une allure menaçante, une véritables armées de pattes et de pinces suivant ses faits et gestes en contrebas. Face à eux, les Créatures de la Green Phoenix, en dépit de leurs tirs répétés, ne pouvaient que battre en retraite, submergés.
- Toi, ordonna-t-il à l'adresse d'un de ses Blocks en première ligne, qui venait de franchir la frontière indistincte entre le violet des sentiers de la Montagne et le brun sale des plateaux des Cieux, utilise un laser de contamination sur le Krabe face à toi ! Vite !
Docile, la Créature cubique tourbillonna un instant sur elle-même avant de décocher un puissant rayon jaune droit sur le crâne du Monstre désigné qui, occupé à recharger son laser, ne put que le recevoir de plein fouet, reculant sous le choc.
Un instant plus tard, un nouveau Monstre ornementé de la Patte de Chat d'Odd émergeait des rangs ennemis, les bombardant de lasers dans une déroute incontrôlable pour la Green Phoenix.
Étouffant un rire jubilatoire, le Nekomata commanda mentalement à sa monture de redescendre de quelques mètres. Après de longues minutes d'une lutte acharnée, leur cible était enfin à découvert et à la vue de tous.
Face à eux, encastrée dans la paroi rocailleuse perçant le ciel du Territoire adverse, une Tour pulsait doucement d'un menaçant halo noir.
- Les Jérémoïdes ! Odd héla-t-il, s'adressant aux robots de Jérémie qu'il s'était empressé de baptiser presque deux heures plus tôt, montez la garde pendant qu'on s'occupe de détruire ce truc !
Tandis que les assemblages humanoïdes de bâtons s'exécutaient, le jeune homme eut une vive grimace. Un éclair venait de lui transpercer la tête, manquant de peu de lui faire perdre connaissance. Plus il possédait de Monstres, et plus sa conscience se trouvait divisée entre ces derniers, compliquant par moments la coordination entre ses Créatures. Pire encore, il lui arrivait de se sentir soudain vide, comme si son esprit quittait son corps temporairement, au point qu'il avait bien failli à plus d'une reprise relâcher son emprise sur sa Manta et libérer les Monstres de la Green Phoenix de surcroit, histoire de souffler quelque peu. Néanmoins, l'avantage tactique que lui assuraient ces possédés l'avait poussé à tenir bon jusqu'à présent, et ce n'était pas une énième douleur au crâne qui allait le faire céder.
Reprenant ses esprits à grand-peine en secouant le menton, l'adolescent reporta son attention pleine et entière sur la Tour. Ses troupes, en arrière-plan, semblaient attendre ses ordres.
- Feu ! s'exclama-t-il en tirant de sa ceinture ses propres Catguns.
Dans un ensemble confus de détonations, lasers bleus, rouges, et Flèches Lasers se croisèrent pour venir heurter la Tour Noire de concert.
Le pylône fut ébranler d'une vive secousse. Il y eut un vague tremblement au niveau du halo, puis, ployant sous les coups, les volutes de fumées sombres s'éteignirent petit à petit laissant l'édifice inactif et détruit.
- Et encore une de moins ! jubila Odd tout en ordonnant mentalement la retraite à ses troupes. Sous leurs pattes, le plateau du Territoire des Cieux commençait à se désagréger en un entrecroisement de fil de fer numérique, où est-ce qu'on en est, Anthéa, niveau score ?
- Sept Tours contre quatre entre notre faveur, répondit la mère d'Aelita après un bref moment de silence pour vérification, félicitations Odd ! Si tu continues comme ça, le Territoire des Montagnes sera en mesure de triompher en un rien de temps.
L'adolescent laissa un rictus étirer ses lèvres tandis que sa Manta s'éloignait en ondulant gracieusement du pilier de roches dont l'effondrement était imminent désormais.
Sa tête le lançait de plus en plus, mais sa détermination était à son maximum. Endo allait tomber sous ses griffes, et ni Mathieu, ni aucun autre de ses proches n'auraient plus rien à craindre la Green Phoenix après cela.
Sous le ciel torturé de l'improbable mélange entre le Territoire de la Banquise et celui des Abysses, un duo plus improbable encore fusait à toute allure entre algues et glaciers.
Mélange étonnamment efficace entre défenseur et attaquant, Mathieu et Angel ne cessaient d'inverser leurs positions à mesure que les Monstres adverses les bombardaient de lasers, le premier absorbant tir sur tir avant de laisser le suivant se débarrasser de leurs adversaires d'un coup de faux bien placé.
En cet instant précis, ni leurs différents passés, ni leurs sentiments opposés n'avaient d'importance ; seule la bataille comptait.
- A terre ! s'exclama Mathieu tandis que deux Blocks, à leur poursuite depuis plusieurs minutes déjà, les prenaient en tenaille.
Angel s'exécuta juste à temps pour éviter les deux rafales de lasers que les armes de l'homme-lapin virtuel absorbèrent jusqu'à la dernière gorgée avant de se refermer dans un cliquetis de satisfaction.
Effectuant une habile pirouette sur lui-même, l'adolescent, les oreilles de sa tenue fouettant l'air, profita du court instant de répit offert pour rouvrir les sphères à ses poignets, déchargeant sur les Monstres une volée de leurs propres roues de feu, parées un instant plus tôt.
Trop volumineux pour éviter une telle attaque, aucun des deux cubes sur pattes ne put éviter la riposte et ce fut sous une explosion de particules rouges qu'Angel se redressa, époussetant négligemment son aile unique.
- Ça se passe bien plus facilement que ce que j'aurais pu croire, souligna-t-il tandis que deux « Jérémoïdes » émergeaient du sol face à eux pour faire fuir le reste de leurs poursuivants, c'est vraiment bizarre de ne pas se sentir épuisé même après avoir couru d'un bout à l'autre de ce Territoire pendant aussi longtemps ! Ça fait combien de temps qu'on est… ?
- « Virtualisé » ? compléta Mathieu à sa place, au moins deux heures… Peut-être plus. C'est difficile de garder la notion du temps sous cet espèce de ciel cauchemardesque qui n'en finit pas d'engloutir la Banquise…
En effet, au dessus de leur tête, le Vortex généré par la Faille arrachait de temps à autres un fragment de glace avec la violence d'un cyclone, le faisant disparaître en une traînée de particules numériques bleutées avant qu'il n'ait eu le temps de monter trop haut dans les airs, au profit de nouvelles algues et plaques verdâtres.
En dépit du nombre de Tours qu'ils avaient pu désactiver grâce à la fantasque faculté d'Angel et au soutien sans faille des renforts envoyés par Aelita et Jérémie, il leur semblait que la Green Phoenix continuait à rattraper leur retard à chaque instant, ne leur laissant que peu de marge de manœuvre.
Une puissante secousse vint soudain faire trembler le plateau sous leurs pieds, ne les laissant confus qu'un très bref instant. Ce n'était pas le premier séisme qui ébranlait le Territoire depuis le début de la Fusion et, si ceux-ci semblaient se faire de plus en plus fréquents, ils demeuraient plus ou moins stables jusqu'à présent, en grande partie grâce à leurs efforts combinés.
- Pressons, lança Mathieu, néanmoins inquiet, la prochaine Tour devrait être du côté de la fosse la plus proche, d'après les indications d'Anthéa.
Angel eut un bref grognement de protestation avant de soudain s'immobiliser, éberlué.
- Euuh… Scillas ? lâcha-t-il d'un ton hésitant et étrangement apeuré, amorçant un pas de recul, c'est normal que ton corps soit parcouru d'étincelles dorées tout à coup ?
Sursautant, Mathieu baissa les yeux juste à temps pour voir les pixels symbolisant sa montée de niveau englober sa combinaison jusqu'au bout de ses armes, les illuminant d'une brillante lumière jaune.
Un instant plus tard, les particules s'éparpillaient, laissant l'adolescent apprécier les nouvelles améliorations de sa tenue.
L'élément qui le frappa avant tout autre chose fut l'aspect des sphères à ses poignets. Plus compactes et constituées d'un métal érodé très sombre, les sept segments à leur surface avaient disparu au profit d'un anneau unique faisant le pourtour du bouton pressoir, similaire à une jauge, et illuminé au quart d'une lueur bleue. Sans doute cette modification inopinée lui permettrait-elle désormais de stocker bien plus de quatorze tirs en tout et pour tout !
- Eh ben, t'as l'air plus viril comme ça ! souligna Angel avec ironie, l'arrachant à la contemplation de ses armes, pour tout te dire, la tunique rose sous la capuche c'était vraiment de trop avant.
En effet, comme l'avait fait remarquer le jeune homme, la partie rayée de fuchsia de sa combinaison s'était nuancée d'une délicate teinte azure, plus harmonieuse sur le gris du reste de sa tenue. Gêné par la réflexion, Mathieu dissimula son embarra derrière sa capuche aux oreilles de lapin lorsque, tout à coup, une nouvelle volée de lasers fusa au dessus de leurs têtes, les poussant à plonger le plus rapidement possible vers une crevasse dans la glace en contrebas.
- Et voilà le retour des hostilités ! grogna Angel en jetant un coup d'œil par-dessus leur abri de fortune, deux de ces espèces de guêpes géantes et… Merde, une de ces saletés cuirassées qui roulent ! Je ne peux pas abattre ça tout seul, moi !
Redressant la tête à son tour un bref instant au dessus de la crevasse, Mathieu eu tout juste le temps d'entrapercevoir les dards brûlants des Frôlions avant de devoir plonger de nouveau sous les tirs, le roulement sourd du Mégatank en approche de plus en plus menaçant.
En dépit de la montée de niveau de Mathieu, la situation était critique. Cela faisait un moment que les deux adolescents n'avaient pas eu l'occasion de se reposer dans une de leurs Tours et, malgré leur impressionnante résistance, leurs Points de Vie étaient au plus bas. Ils n'étaient pas suffisamment en forme pour faire face à ce type de menace. Le moindre fragment d'énergie leur était précieux à ce stade, en particulier pour Angel.
- Avec mon aile, je peux essayer de m'enfuir, suggéra ce dernier en serrant les dents, mais…
- Mais alors tu serais à découvert, et tu risques de te faire dévirtualiser à chaque instant, compléta Mathieu, un seul tir de Mégatank et ce sera fini ! Ne nous précipitons p-
Mais sa phrase s'évanouit dans une brusque détonation. En un instant, des éclats de glace pixélisée fusaient de toutes parts et les deux Lyokô-guerriers se retrouvaient projetés hors de leur abri, des étincelles traçant sur sillage.
Mathieu, dans un réflexe insoupçonné, effectua une roulade sur le côté juste à temps pour voir la silhouette d'un Mégatank se refermer sur elle-même, abritant sa cible derrière son épaisse carapace.
- Merde, jura-t-il entre ses dents, en aidant tant bien que mal un Angel désarçonné à se redresser.
Un vrombissement leur fit lever la tête juste à temps pour esquisser un pas de côté, au moment précis où les Frôlions les bombardaient d'acide, traçant une fine ligne verdâtre entre eux et la créature métallique en manquant de peu de venir à bout des leurs derniers Points de Vie.
- Ma faux ! s'exclama Angel, pris au dépourvu, en jetant des coups d'œil affolés de tous côtés.
Mathieu fit volte-face et parvint à distinguer un éclat d'or à quelques mètres de là. Coincée sur un pic gelé, l'arme du jeune homme avait été projetée par la déflagration engendrée par le Mégatank et se trouvait hors de portée.
Suivant son regard, Angel s'empressa de se précipiter vers le manche, mais il était déjà trop tard.
En un chuintement sinistre, le Monstre se fendit de nouveau en deux, dévoilant ses boyaux rougeoyant d'une lueur brûlante, prête à détonner.
Il y eut une onde de choc et, l'instant d'après, le titanesque laser elliptique fusait de toute sa puissance vers Angel, prêt à le renvoyer tout droit dans les scanners, si ce n'était à mettre fin à ses jours pour de bon.
Mathieu n'eut pas une seule seconde d'hésitation.
Plongeant entre l'élu de son cœur et le tir surpuissant, il tendit ses sphères protectrices devant lui, bien conscient qu'elles ne suffiraient jamais à encaisser un coup pareil. C'était fini, l'aventure s'arrêtait là pour lui, tandis qu'il protégeait de son corps celui qu'il avait tant aimé.
Pourtant, alors qu'il fermait les yeux, en l'attente de sa dévirtualisation prochaine, le choc ne vint pas.
A l'inverse, un déclic se produisit au niveau de ses armes et, un fragment de secondes plus tard, une violente lumière rouge venait percer ses paupières, le forçant à reprendre ses esprits.
Face à ses bras tendus, l'entièreté de l'impressionnant laser du Mégatank semblait converger vers ses armes ouvertes, s'y mêlant en un violent tourbillon d'énergie si puissant qu'il le forçait à ployer sous son poids.
Abasourdis, Angel comme Mathieu ne purent que demeurer immobiles jusqu'à ce que la sphère droite de l'adolescent ait finalement absorbée l'entièreté du laser, se refermant en un clic de satisfaction sur la bille incandescente qu'était devenu le tir, laissant derrière lui un Mégatank visiblement confus.
Profitant de la déroute des monstres ennemis, Angel tira brusquement Mathieu en arrière, l'arrachant à son ahurissement pour l'entraîner de force à l'abris derrière le pic de glace le plus proche, y récupérant sa faux d'un coup sec au passage.
- La vache, Scillas ! parvint-il tout juste à lâcher tandis que les Frôlions, furieux de cet échecs, commençaient à bombarder leur fragile cachette de lasers conventionnels, depuis quand est-ce que tu peux absorber des coups comme ça !? Ça aurait été sympa de le savoir un peu plus tôt !
- Eh bien… Je ne suis pas sensé pouvoir, justement ! laissa échapper l'intéressé tandis qu'un tir lui frôlait l'oreille, la faisant danser dans les airs, j'imagine que ma montée de niveau n'est pas étrangère à ce phénomène.
Tout en parlant, l'adolescent avait reporté son regard sur la sphère à son poignet qui venait de lui sauver la vie, la détaillant avec incrédulité. Elle avait l'air miraculeusement intact et identique à la première vision qu'il en avait eu, à ceci près que l'anneau lumineux transcendant sa surface pulsait désormais dans son entièreté d'une vive lueur rouge. Qui plus était, il sentait en son sein comme une résistance au niveau de son système d'ouverture, tant et si bien qu'il se retrouvait incapable de répliquer face aux assauts, de plus en plus soutenus, des Monstres de la Green Phoenix.
Angel, après avoir battu l'air un instant de sa lame, parvint à grand peine à envoyer une onde de choc d'or en direction des créatures ailées qui les manqua de peu. Agacé face à son manque de maîtrise encore flagrant quant à ses pouvoirs, il étouffa un juron de dépit.
- Montée de niveau ou pas, ce serait bien que tu m'aides un peu à nous défendre, lâcha-t-il d'un ton courroucé à l'adresse de Mathieu, ou ton petit moment d'héroïsme face au Mégatank n'aura servi à rien !
Un nouveau tir du Monstre en question, enfin tiré de sa torpeur, vint brutalement ébranler leur abri. Désarçonné, Mathieu, toujours occupé à effleurer d'un doigt suspicieux la surface de sa sphère, fut projeté en avant, décrochant par inadvertance l'arme magnétisée de son poignet.
C'est alors qu'une idée lui traversa la tête. Une idée à base d'intuition et incroyablement risquée, mais qui pouvait suffire à renverser la situation en leur faveur.
- Couvre-moi ! s'écria-t-il subitement à l'adresse de son partenaire, je vais tenter quelque chose et j'ai besoin que tu distraies ces deux Frôlions pendant ce temps.
- Te couvrir !? s'exclama Angel, euh… A la base, c'est TOI qui est supposé me protéger, non ? Mathieu !?
Mais le jeune homme ne l'écoutait déjà plus, bondissant de leur cachette pour faire face au Mégatank, soigneusement à l'abri derrière sa barrière d'acide. Pestant, l'ange déchu n'eut d'autre choix que de se plier aux ordres de son infortuné coéquipier, usant de son aile pour s'élever au même niveau que les Créatures insectoïdes qu'il entreprit aussitôt de harceler de larges coups de faux, bravant les lasers à ses risques et périls.
- Eh, la bouboule ! Par ici ! gesticula Mathieu, priant pour que le Mégatank fasse plus attention à la cible facile qu'il constituait qu'à la vive silhouette dorée constituant Angel et tranchant à travers le ciel de cauchemar.
Fort heureusement, son plan ne faillit pas et la Créature sphérique, trop heureuse de prendre sa revanche, s'empressa de se mettre à découvert de nouveau, pointant son œil redoutable dans sa direction. Mathieu déglutit avant de lever sa main gauche restée libre.
Ce fut prêt et déterminé qu'il reçu de plein fouet le laser tranchant comme une lame de rasoir, grimaçant sous la violence du choc. Pendant un instant, son arme encore vide crissa de mécontentement face à la brulure du tir puis, nonchalamment, s'entrouvrit à son tour, entreprenant d'absorber jusqu'à l'ultime particule numérique rougeâtre de la gigantesque ellipse mortelle. En un clin d'œil, le laser avait disparu de nouveau, englobé par la sphère de métal au profit d'une inquiétante lumière carmin à la surface de son disque.
- Merci bien, sourit Mathieu avant de presser d'un doigt l'unique bouton de son arme droite, restée décrochée de son poignet tout ce temps, plonge Angel !
A peine avait-il effleuré la détente de son arme, qu'un clignotement affolant se mit à agiter son cerceau de lumière, signe de son enclenchement imminent.
Profitant du temps que prenait le Mégatank à se recharger, Mathieu lui lança sa boule de métal de toutes ses forces avant de courir se mettre à l'abri, laissant ses jambes le porter au loin avec l'ardeur du désespoir.
Lorsqu'il parvint à se jeter sous l'arche de roches verdâtres la plus proche, Angel avait déjà viré de bord, échappant aux lasers des Frôlions de justesse.
Il y eut une poignée de « bips » sonores puis, soudain, sans crier gare, son arme laissée derrière laissa entendre une violente détonation tandis qu'une déflagration d'une rare puissance s'en échappait, pulvérisant le paysage alentour en une vague brume de pixels et propulsant les Monstres les plus proches dans tous les sens.
Incapable de garder le contrôle de la trajectoire, le Mégatank vint heurter de plein fouet un gigantesque iceberg derrière lui avant d'imploser sous la puissance du choc tandis que ses gardes du corps ailés se désintégraient littéralement sous l'ardeur de l'explosion.
Angel, qui avait réussi à échapper à l'onde de choc de peu, fut néanmoins projeté au sol juste aux pieds de Mathieu, qu'un sourire triomphant animait désormais. Derrière eux, les particules numériques carbonisées commençaient à redescendre, laissant transparaître le désert glacé réduit à néant par l'implosion de l'arme de l'adolescent, grésillant de bugs.
- Tu… Waouh ! C'était le tir du truc roulant, c'est ça ? questionna Angel, soufflé, tout en se servant de sa faux comme d'une canne pour se relever, tu as pu le retourner contre eux sous forme d'explosion ? C'est que tu es sacrément balaise en fait, Scillas !
- Balaise et futé, rétorqua Mathieu, laissant un instant de côté sa modestie pour désigner d'un doigt sa seconde arme, intacte et dont la jauge était à son tour remplie à ras-bord, avec ça, je pense qu'on aura de quoi détruire une petite Tour, même sans utiliser ton Code Endo !
Pendant un bref instant durant lequel les clameurs de la bataille opposant Monstres de la Green Phoenix et Créatures d'Aelita et Jérémie semblèrent se calmer quelque peu, les deux adolescents se surprirent à échanger un sourire complice. L'un comme l'autre peinait à croire en l'efficacité de leur duo, eux qui auraient été incapable de s'entendre seulement quelques mois auparavant. Cependant, c'était bel et bien leur coopération qui leur avait assuré autant de succès jusqu'à présent, et c'était cette même belle et nouvelle entente qui allait les mener à la victoire désormais, cela ne faisait aucun doute.
Gonflés à bloc, Mathieu et Angel se remirent à courir vers leur prochaine cible après un hochement de tête commun, sans prendre en compte les cris des ennemis fonçant de nouveau sur eux, bien décidés à ne pas leur laisser le moindre instant de répit.
Ensembles, ils étaient invincibles.
Le grincement sordide de la porte du monte-charge vint rompre le silence inhabituel qui s'était installé sur la Salle de Contrôle de l'usine.
Dans un nuage de poussière et de fumée mêlées, Yumi et William jaillirent de l'habitacle, essoufflés par leur folle course pour rejoindre leurs camarades, mais satisfaits d'être enfin parvenus sur place.
Prise par surprise, Anthéa s'accorda un moment de relâchement face à ses écrans pour se retourner en direction des deux jeunes adultes. Presque aussitôt, un sourire de soulagement vint éclairer son visage parcouru de rides naissantes, renforcées par la lueur blafarde émanant de l'interface.
- Yumi, William ! s'exclama-t-elle en les reconnaissant, les invitant d'un geste prompt à la rejoindre, vous avez enfin pu vous libérer !
- Anthéa, nous sommes vraiment désolés pour le retard, crut bon de lancer le jeune homme aux cheveux bruns emmêlés, transcendé par la culpabilité qu'il avait vainement tenté de réprouver durant son épreuve, nous n'aurions pas dû privilégier ce stupide bac au sort du Projet Carthage ! C'était…
L'informaticienne balaya d'une main impatiente ses excuses, peu encline à verser dans toutes sortes de familiarité quand la situation était si tendue sur Lyokô en parallèle.
- Ce qui est fait est fait, trancha-t-elle, voyons plutôt comment vous pouvez vous rendre utiles ! Avec votre absence, nous avons été obligés de vous remplacer, mais je crains que cela ne suffise pas face aux troupes de la Green Phoenix. Ils semblent être déterminés à déployer toute la force de frappe nécessaire pour nous faire tomber et chacun des Territoires croule littéralement sous leurs Monstres.
Malgré elle, Yumi sentit une pointe de malaise se glisser au fond de son cœur. Ainsi, en dépit de tous ses efforts pour éviter de l'impliquer, Stéphanie avait-elle fini par se virtualiser pour mener son combat à elle, renonçant à ses études par la même occasion. Il lui fallait à tout prix rattraper ce tort.
- Compris, affirma la japonaise d'un signe de tête rigide, envoyez-moi du côté d'Angel, je vais m'occuper de sa protection, comme dans le plan initial. Ainsi vous pourrez ramener Mathieu et…
-Je suis désolée mais c'est hors de question, coupa Anthéa une nouvelle fois d'un ton autoritaire, nous avons vraiment besoin de toute l'équipe au grand complet face à cette crise. J'avais sous-estimé la Green Phoenix dans mon désir de protéger ces enfants, et j'ai eu tord. A présent qu'ils sont impliqués, les ramener sur Terre ne ferait qu'aggraver la situation. De plus, Mathieu et Angel forment un étonnant duo et c'est leur Territoire qui semble le plus à même de résister jusqu'à présent.
Yumi dut se mordre la langue pour éviter de répliquer. Tout son être lui criait de protéger ces innocents involontairement impliqués dans leur combat, mais une lueur impérieuse au fond du regard de glace d'Anthéa la dissuada de discuter plus avant. L'instant était trop crucial pour perdre du temps en vaines négociations, qu'elle savait par ailleurs perdues d'avance.
- Soit, abdiqua-t-elle non sans dépit, où est-ce qu'on peut se rendre dans ce cas ? Quel Territoire a le plus besoin d'aide ?
Satisfaite de ne pas avoir à s'engager dans un nouveau duel avec la japonaise, la mère d'Aelita pivota de nouveau vers ses écrans, pressant deux touches de sorte à afficher les fenêtres propres à l'état de leurs Tours en comparaison avec celles de la Green Phoenix.
- Le Territoire du Désert est mal en point, commenta-t-elle, Stéphanie a résisté jusqu'à présent en trouvant refuge dans des Tours, mais cela a fortement réduit notre avantage. Quant à Ulrich, il s'en est bien sorti jusqu'à présent sur le Territoire de la Forêt mais je crains que maintenir le contrôle de ses clones pendant deux heures n'ait fini par épuiser ses batteries. On vient de perdre une nouvelle Tour par là-bas, donc ce sont nos deux priorités !
- Je m'occupe de Stéphanie et du Désert, affirma William avant que son ex-petite-amie n'ait eu le temps d'exprimer son opinion, suis-moi Yumi, on descend en Salle des Scanners, vite.
Obéissante en dépit de sa frustration, l'adolescente lui emboîta le pas dans un cascade de cheveux noirs, lèvres pincées. Elle et Ulrich avaient toujours constitué un bon duo par le passé, mais elle doutait que la situation serait aussi facile suite aux derniers événements. Cependant, cela vallait peut-être mieux plutôt que de laisser ses deux exs s'entre-déchirer face aux Monstres de la Green Phoenix.
Laissant le monte-charge les entraîner de nouveau vers l'étage inférieur, les deux camarades de classe se ferrèrent dans un silence nerveux, seulement rompu par le grincement des poulies à l'extérieur de l'habitacle de bois.
- Je n'arrive pas à croire qu'ils aient pu tenir aussi longtemps, lâcha enfin William tandis que l'appareil ralentissait à l'approche de leur destination, plus de deux heures sur Lyokô sans qu'aucun d'entre eux n'ait été dévirtualisé, tu imagines ? On n'a jamais fait preuve d'autant de ténacité par le passé !
- Par le passé, les enjeux n'étaient pas aussi élevés qu'aujourd'hui, répliqua froidement Yumi, s'extirpant de l'ascenseur avant même que ses portes eurent fini de coulisser, aujourd'hui, on joue le tout pour le tout et on n'a plus droit à l'erreur. Garde bien ça en tête une fois sur ton Territoire.
- Tu me connais, ricana William en prenant place à l'intérieur d'un des scanners à sa portée, docile, je ne suis pas du genre à jouer les fanfarons !
Surprise par la réplique pleine d'autodérision de son compagnon, Yumi sentit le coin de ses lèvres à se redresser en ce qui aurait pu ressembler à un début de sourire amusé.
Pendant un bref instant, les deux anciens amants plongèrent dans le regard d'ébène de l'autre, laissant leurs yeux parler pour eux. En un clignement de paupières, il leur sembla voir défiler l'intégralité de leur passé en commun, de l'arrivée de William à Kadic en Troisième jusqu'à leur rupture quelques mois plus tôt, en passant par leur décision commune de le laisser joindre les Lyokô-guerriers. Toute cette expérience sembla les étreindre subitement avec une étonnante chaleur, néanmoins également accompagnée d'un léger malaise au creux de l'estomac. Un malaise teintée de l'inévitable appréhension qui devait s'abattre sur eux, à présent qu'ils s'apprêtaient à rejoindre le combat.
- Vous êtes prêts en bas ? retentit soudain la voix d'Anthéa à travers la large pièce dorée, les ramenant à la réalité, je lance la procédure.
Secouant la tête afin de recouvrer ses esprits, Yumi amorça le pas de recul qui lui manquait pour pénétrer dans son propre caisson, le dos raide et la mâchoire tendue. Il n'y avait plus de retour en arrière possible désormais.
- William ? héla-t-elle tandis que la machinerie actionnant les scanners se mettait doucement à ronronner sous leurs pieds, scellant leur destin, sois prudent !
Surpris, le jeune homme n'eut que le temps de lever le pouce en signe d'appréhension avant que la fermeture des portes de leur scanographe respectif ne les arrache à la vue l'un de l'autre, les emprisonnant au sein de leur propre solitude teintée d'angoisse.
- Transfert, débitait mécaniquement la voix d'Anthéa, activant les sempiternelles particules de lumières qui vinrent auréoler le corps athlétique des deux adolescents, scanner… Et virtualisation !
Un flash éblouissant, et ils disparurent simultanément, plongeant dans le lointain d'un monde en plein chaos, leur ultime pensée s'accrochant l'un à l'autre en quête d'une ultime lueur de courage à enflammer.
Ulrich grimaçait sous l'effort qu'il devait fournir pour tenir son sabre tendu devant lui. A sa surface, des dizaines de lasers venaient ricocher sans arrêt, l'empêchant de répliquer face à ses assaillants et le forçant à ployer sous les coups.
Le groupe d'ennemis en question, constitué de pas moins de sept Tarentules, s'en donnait à cœur joie pour le forcer à reculer à la surface du tronc d'arbre instable servant de pont sur lequel il était perché en équilibre précaire, la Mer Numérique d'un noir glacial bouillonnant avec menace sous ses pieds. Dans son dos, le halo d'une Tour Blanche, encore intacte, luisait faiblement à travers les branches des quelques rares arbres ayant survécus à la Fusion, toisant le combat avec impassibilité.
- Ça…Suffit ! rugit-il, balayant l'air de son katana dans un effort surhumain.
Si son geste désespéré lui permit de faire ricocher quelques lasers vers l'adversaire le plus proche, faisant exploser sa longue silhouette nerveuse d'un seul coup, il lui coûta en revanche une poignée de Points de Vie et il dut venir se remettre en position de défense presque aussitôt, jurant tandis que des étincelles jaillissaient de ses épaules et de ses avant-bras.
- Saletés, susurra-t-il entre ses dents, épuisé par la tension qui croulait sur lui.
Brusquement, une profonde sensation de vide lui étreignit les entrailles, signe évident qu'un autre de ses doubles venait d'être détruit.
Déconcentré par ce sentiment soudain, Ulrich abaissa sa lame d'une poignée de millimètres.
Ce fut suffisant pour les Tarentules. D'un tir bien placé, son katana volait hors de ses mains, atterrissant avec fracas à l'intérieur du cratère le plus proche. Quant au samouraï, ce fut une nouvelle salve de laser qui l'attendait, le projetant brutalement en arrière.
Alors qu'il croyait son heure arrivée, une silhouette en kimono s'abattit brusquement entre lui et les Monstres, déployant juste à temps son Ombrelle devant eux en un imparable bouclier. Dans une fanfare de détonations, les tirs destinés à Ulrich ricochèrent à la fine surface de sa protectrice inopinée, lui évitant la dévirtualisation à la dernière seconde.
- Relève-toi, lui intima la voix familière de Yumi, tournant son visage intensément maquillé dans sa direction, il faut qu'on file d'ici !
- Mais… La Tour ! protesta le samouraï vert en acceptant néanmoins la main tendue de son amie pour se redresser.
- Tu tiens à peine debout et tes Points de Vie sont au plus bas, répliqua la japonaise, dont l'ombrelle dansait d'un point à un autre pour parer les lasers, qui plus est, on n'est que deux et ils sont six ! La Tour est perdue de toute façon, on bouge.
Et, sans lâcher la main du jeune lycéen, la geïsha de blanc et de pourpre vêtue activa son pouvoir de Lévitation, laissant son arme s'envoler brusquement dans les airs, les entraînant tous deux dans son sillage.
- Non ! s'exclama Ulrich, horrifié. Mais il était trop tard.
Déjà, les Tarentules s'avançaient une à une sur le pont de bois, délaissant leurs adversaires pour bombarder les racines de la Tour blanche, dont le halo commençait déjà à s'éteindre.
Ignorant ses protestations, Yumi laissa son pouvoir les guider à travers arbres et volcans flottant dans les airs jusqu'à un plateau suffisamment dégagé pour leur permettre d'atterrir en une sécurité toute relative.
Mais à peine avait-elle posé le pied à terre que, déjà, Ulrich la repoussait violemment, le visage tordu par la fureur.
- Pourquoi est-ce que tu as fait ça !? s'exclama-t-il tandis que deux Jérémoïdes les rejoignaient, comme pour les protéger à présent qu'ils s'étaient éloignés du champ de bataille, à cause de cette fuite on va perdre une nouvelle Tour et…
Comme pour corroborer ses propos, un grand tremblement résonna au loin et les deux adolescents tournèrent la tête à temps pour voir le plateau sur lequel ils s'étaient tenus un instant plus tôt disparaître dans les limbes numériques.
Lorsque Yumi reporta son attention sur Ulrich, le visage de ce dernier s'était durci.
- Ne me lance pas ce regard, se protégea-t-elle d'un ton vexé, tu as bien plus de valeur qu'une seule de ces Tours, et tu le sais ! On en a d'autres, des Tours ! Ta propre sécurité prend le dessus dans un cas pareil, ça a toujours été le cas ! Qu'est-ce que tu faisais seul face à autant de Monstres par ailleurs ? Tu n'aurais jamais été aussi imprudent par le passé.
Cette dernière remarque acheva de mettre le jeune homme hors de lui.
- De quel droit tu te permets de juger la situation alors que tu débarques en plein combat après ta petite épreuve de Philosophie !? s'emporta-t-il, incapable de contenir la rage qui bouillait au sein de son ventre, tu n'as aucune idée de ce que ça fait de se battre dans de telles conditions, alors que le terrain s'effondre littéralement sous tes pieds, que chaque erreur peut t'être fatale et que cela fait DEUX HEURES que tu risques ta peau dans les mêmes circonstances ! Tu penses vraiment qu'on peut se permettre de gaspiller une Tour par simple prudence égocentrique ? Tu penses que j'étais seul quand j'ai commencé à défendre celle-là !? Tu es tellement à côté de la vérité que ça en devient risible… Ce n'est pas un de tes examens auquel tu peux répondre par de la froide logique, Yumi ; c'est la réalité du combat et il faut parfois savoir prendre des risques si on veut espérer gagner un jour !
Assommée par le flot de paroles gorgées de fureur, Yumi amorça un pas de recul, butant contre un des automates de Jérémie qui semblait la dévisager avec compassion. Elle ne s'était pas attendue à une réaction aussi virulente dés sa virtualisation et l'inquiétude qui l'avait taraudée tout le long de son trajet vers l'usine commençait à se teinter d'une forte frustration.
- Je ne suis pas fière d'avoir choisi mes études plutôt que votre combat, lança-t-elle de cette voix si calme, et pourtant si froide dont elle avait le secret, les poings serrés autour de son ombrelle, mais je ne peux pas tout sacrifier, même pas pour une cause aussi noble que protéger le monde. Toi non plus, Ulrich. Ta vie est plus importante que celle de ce maudit monde virtuel !
- Et plus importante que celle des milliards d'êtres humains qui seront menacés une fois que Scarlet aura réussi à mettre la main sur le Projet Carthage, je suppose ? ironisa la samouraï après un éclat de rire glacial, et puis… « votre combat » !? Yumi, cette bataille te concerne autant que chacun d'entre nous ! Nous avons toujours jurés de protéger ce monde et de garder le secret depuis que nous avons décidé de garder allumer le Supercalculateur, peu importaient les conséquences !
- Nous étions des gamins, souligna Yumi dont les trémolos de sa voix se teintaient peu à peu de colère à son tour, nous n'avions aucune idée de ce dans quoi nous nous lancions et… Merde Ulrich, je viens de te sauver la vie et tout ce que tu trouves à faire, c'est me critiquer encore et encore ! Qu'est-ce que tu me reproches réellement ?
Pendant quelques brèves secondes, le samouraï la toisa d'un regard si plein de déception qu'il eut l'effet d'une claque sur la jeune fille. Se sentant suffoquer, elle fit néanmoins son possible pour préserver sa contenance, comme à son habitude.
- Tu n'as vraiment rien remarqué, pas vrai… soupira-t-il, laissant tomber le voile de colère pour dévoiler l'ampleur de la tristesse qu'il avait dissimulé pendant tant de temps, à quel point tu as changé depuis l'extinction du Supercalculateur. Depuis l'annonce du retour de la Green Phoenix, tu ne cesses de fuir, encore et encore, comme si tu voulais te raccrocher à cette parfaite petite vie de lycéenne « normale » que tu t'étais forgée avec William. Tu n'as plus rien à faire de notre combat. Tout ce qui t'importe, c'est d'en finir au plus vite. Où est passée la jeune fille forte et toujours prête à se battre pour ses proches que j'ai pu connaitre au collège ?
La gifle que lui décocha la japonaise sans prévenir résonna avec force à travers les plateaux gris et verts jalonnant les Territoires entremêlés. Profondément choqué, Ulrich retourna lentement la tête vers Yumi. Le masque était tombé et son visage, si impassible, si calme, était désormais tordu d'une incommensurable douleur. Cette vision fut si saisissante pour le samouraï virtuel que, l'espace d'un instant, il en oublia sa colère à son encontre.
- Comment oses-tu… ? souffla la japonaise, tellement hors d'elle que sa voix peinait à franchir clairement ses lèvres couvertes de rouge, comme si tu ne voulais pas mettre fin à toute cette histoire avec autant de force que moi ? Comme si tu n'avais pas fui le premier en apprenant le retour de la Green Phoenix ? Tu veux savoir la vérité ? Oui : j'ai changé. J'ai grandi Ulrich, au cours de ces derniers mois sans Lyokô. J'ai compris qu'il y avait des choses auxquelles je tenais qui avaient bien trop d'importance pour me permettre de jouer les héroïnes encore une fois. Ma famille, mon avenir, William, Stéphanie… Toi. Tout ça, ça vaudra toujours plus que toutes les organisations maléfiques du monde pour moi, et je le revendique fièrement ! Si tu tiens à te transformer en petit soldat pour le Projet Carthage toute ta vie, libre à toi. Mais ne me reproche pas de vouloir tirer un trait sur tout ça. Ne me reproche pas d'avoir peur de perdre ce pour quoi je me suis battue pendant des années.
Un silence aussi lourd que s'il avait été tissé de plomb tomba sur les deux adolescents se faisant face, immobiles et interdits, le visage fermé devant leurs deux gardes du corps. Au dessus de leur tête, le ciel semblait continuer à se déchirer de plus belle, tordant sa surface noire en un vortex menaçant entraînant avec lui un vent violent qui balayait toute la surface de la Fusion, faisant danser les interminables cheveux de la geïsha.
- Si tu tiens autant à tout ce que tu viens de citer, finit par lâcher Ulrich après un long moment de tension entre eux deux, alors agit comme tel, et bas-toi. Bas-toi avec l'énergie du désespoir qui était autrefois la tienne pour faire en sorte que cette bataille cauchemardesque soit la dernière. Alors, peut-être que je choisirai de croire tes propos.
Sans rien ajouter, le samouraï s'agrippa à l'échafaudage constituant son Jérémoïde et se hissa jusqu'à ses épaules, se servant du haut robot comme d'une monture.
- Je peux savoir où tu vas comme ça ? s'enquit Yumi d'une voix blessée, tandis que l'étrange attelage s'éloignait à travers le plateau d'un gris cendré.
- Chercher mon katana, répondit Ulrich sans même se retourner, dans ta précipitation de fuir le combat, tu ne m'as pas laissé l'occasion de le récupérer et Anthéa a mieux à faire que de perdre du temps à m'en reprogrammer un. Il est tombé au creux d'un volcan, je pense pouvoir le retrouver. Peut-être à tout à l'heure, si tu te décides enfin à agir comme la Lyokô-guerrière pour laquelle je t'ai prise autrefois.
Et, sans un mot de plus, le jeune homme se laissa entraîner par les longues foulées de son robot de bâtons, laissant derrière lui une Yumi profondément dévastée.
Une douleur sourde dans sa poitrine semblait lui transpercer le cœur et elle sentait ses jambes sur le point de s'effondrer suite à cette violente altercation. Elle aurait tant souhaité pleurer, laisser sa colère et sa douleur se déverser sous la forme de larmes parfaites, mais son corps numérique et artificiel, si dépourvu de saveur et qu'elle haïssait tant, ne lui permettait pas ce luxe.
- C'est tellement stupide… murmura-t-elle, esseulée au milieu du Territoire du Volcan, Tellement. Stupide.
Dans un brusque accès de rage, elle projeta son arme le plus loin possible, laissant l'embout pointu de l'ombrelle s'enfoncer profondément dans le roc le plus proche.
Autour d'elle, masqués par les vapeurs de souffres émanant des volcans enveloppant le petit plateau sur lequel elle se tenait, les lasers et cris des Monstres s'entre-déchirant lui paraissaient plus distants que jamais.
- A quoi bon ? suffoqua-t-elle en cédant enfin à ses pulsions, laissant son corps s'affaisser de désespoir aux pieds de son propre Jérémoïde, insensible à sa détresse, Ulrich a raison… A quoi bon me battre… Si moi-même je n'y crois plus ?
En effet, l'image paisible d'une vie d'étudiante classique avait fini par s'évanouir à jamais de son esprit au fil du temps. Jamais elle ne parviendrait à échapper à la violence de ce monde virtuel, jamais le Supercalculateur ne lui permettrait le moindre espoir de retrouver un jour cet univers réel si calme auquel elle aspirait tant. Comment ne pas sombrer dans le désespoir, comment ne pas capituler face à une évidence si triste, si difficile à concevoir, et pourtant inévitable ? Elle n'avait plus la force de se battre. Elle était si épuisée…
Et puis, soudain, deux mains puissantes se mirent à l'enlacer, lui arrachant un tressautement. Deux mains qu'elle aurait pu reconnaître entre mille, même dépourvue de son sens du toucher sur ce monde virtuel maudit.
Lentement, presque tremblante, elle releva la tête pour plonger son regard dans les pupilles chocolat d'Ulrich, visiblement aussi bouleversé qu'elle. Il n'avait pas pu s'éloigner après des paroles aussi blessantes. Il s'était retrouvé contraint par ses propres émotions de faire demi-tour, incapable de se contenir. Dans son dos, son propre robot attitré s'accroupissait patiemment.
- Je suis désolé, murmura le jeune homme, ses larges épaules tremblantes d'émotion, je suis tellement, tellement désolé. La vérité c'est que je te comprends, Yumi. Je te comprends plus que tu ne l'imagines.
- Tu avais raison, répliqua la japonaise, laissant pour la première fois depuis longtemps sa fierté de côté, j'ai fait preuve de lâcheté. Je ne suis plus cette fille que tu as entraîné dans les égouts un soir d'octobre. Je ne suis… Plus rien !
- Non, lâcha Ulrich en secouant la tête, si tu veux tout savoir… Cette terreur que tu éprouves, cette peur de perdre tout ce qui compte pour toi, ce désir de vivre ta vie sans ennui… Ce sont des sentiments qui me taraudent depuis le premier jour de cette folle histoire. Au fond de moi, depuis la Cinquième, je n'ai jamais cessé d'être un gamin effrayé tandis que toi tu étais toujours… Toujours si forte, si confiante. Toujours si prompte à prendre les bonnes décisions ! Tu étais un véritable modèle pour moi. Plus encore, tu étais un pilier. C'est en partie la raison pour laquelle j'ai tenu à ce que tu rejoignes notre groupe à l'époque. Parce que j'avais besoin de ta présence pour encaisser tout ça. Il était bien plus aisé de jouer aux « petits soldats » face à ton assurance que seul, tu comprends ?
Sa voix se brisa sur ces derniers mots. Surprise par une telle confession, Yumi s'éloigna quelque peu pour se relever, sans s'arracher à l'étreinte du séduisant samouraï pour autant.
- J'ignorais que tu me percevais ainsi, parvint-elle à articuler avec peine, tu… N'en as même pas parlé dans ton journal intime. Pourquoi avoir attendu tout ce temps… ?
- Par fierté ? répondit Ulrich, lui saisissant les mains sans même s'en rendre compte tout en détournant le regard, ou par peur de reconnaitre mes propres faiblesses ? Toujours est-il que… Si tu t'effondres comme ça, si même toi n'arrive plus à faire face à toute cette pression alors comment veux-tu que je continue à me battre ? Que je continue à jouer aux durs… ? Pour te dire la vérité, je me suis presque senti trahi, en te voyant si réticente à l'idée de te battre. Parce que tu te permettais ce que je m'étais interdit toutes ces années, je suppose.
Yumi laissa ses pâles doigts fins s'entremêler entre ceux, plus épais, du samouraï.
- Tu te trompes sur mon compte, soupira-t-elle, peinant à calmer le flot de sensations qui envahissait son estomac à présent, je n'ai jamais rien eu de cette fille forte et pleine d'assurance que tu décris. Tu m'avais placée sur un piédestal à l'époque déjà, et tu continues à le faire aujourd'hui. Au fond de moi, j'ai toujours eu peur moi aussi et c'était ton courage… Non, le courage du groupe tout entier, qui me donnait des ailes. Tout ça pour dire que… Aucun d'entre nous ne peut faire face à toute cette histoire de dingue. Pas tout seul.
Un bref silence passa, durant lequel les yeux des deux adolescents, indescriptibles, se mêlaient en une invisible étreinte.
- Dans ce cas… risqua Ulrich, l'air soudain inhabituellement timide, que dis-tu de partager cette aventure avec moi une dernière fois ?
Yumi eut un bref hochement de tête, un léger sourire étirant involontairement ses lèvres en forme de cœur.
- Une dernière plongée rien que tous les deux ? reformula-t-elle, d'un ton plus calme qu'auparavant, je suppose que j'ai encore assez de courage pour ça.
Et, sans avoir besoin de se concerter, sans échanger le moindre mot, les deux adolescents joignirent leurs lèvres, scellant enfin le baiser virtuel qu'ils avaient déjà failli échanger, de longues années auparavant.
A peine leurs bouches se furent-elles jointes, qu'une nuée de pixels d'or s'élevait de leurs pieds pour envelopper leur avatar respectif en une douce et chaleureuse étreinte, irradiante de beauté.
En une poignée de secondes, Cheveux et kimonos de Yumi se rétractaient tandis que la silhouette d'un nouveau fourreau se dessinait sur le flanc d'Ulrich.
Lorsqu'enfin, sous les derniers pixels de lumière, ils se séparèrent, ce fut pour se redécouvrir l'un l'autre. Si Ulrich n'avait fait que gagner une nouvelle arme en plus de récupérer son katana tombé au combat ; Yumi, elle, avait changé du tout au tout.
De la geïsha à l'élégant kimono, ne restait que la partie rouge de la tunique, enveloppant sa silhouette finement musclée dans un drapée serré jusqu'à la taille, cintrée dans un obi. L'autre partie de sa tenue, d'un noir intense, était couverte d'estampes en ligne claire irradiant de beauté sous la pénombre dans laquelle le Territoire était plongée. Ses bras comme ses jambes étaient protégées derrière un assemblage de bandages et de pièces métalliques et ses cheveux avaient été relevé en un semblant de chignon, coincé par deux baguettes parfaitement symétrique. Un masque traditionnel du théâtre Nô, d'un blanc nacré, venait parfaire sa coiffe, maintenue en place par un long bandeau. Si le maquillage de la japonaise avait diminué, son visage demeurait méconnaissable, soigneusement dissimulé derrière un masque sombre couvrant sa bouche et son nez et venant compléter sa nouvelle tunique, digne d'une parfaite ninja.
- Content de te retrouver, murmura Ulrich, bluffé par l'impressionnante transformation. Sous l'effet du retour de son esprit combattif, si longtemps refoulé, Yumi avait fait l'expérience de la montée en niveau la plus marquante depuis la mise en place du programme de Virtualisation Evolutive.
Inspectant sa nouvelle stature avec intérêt, la nouvelle ninja contourna le samouraï pour rejoindre son arme, toujours plantée dans un rocher derrière lui. De l'ombrelle, de laquelle une ultime volée de pixels dorés s'envolait, ne restait que le bâton, long et élancé, fiché à même le roc numérique. A son extrémité, remplaçant la toile élégante et protectrice, une longue ligne de métal noir tranchait à la surface du bois, comme engoncé à l'intérieur d'une fente nouvelle.
Arrachant sa nouvelle arme de son support d'un geste leste, Yumi le fit tourbillonner un instant, jaugeant de sa souplesse et de son équilibre avant de percuter le sol de son extrémité. Aussitôt, se déploya à l'autre bout une sorte d'éventail de fer, tournoyant jusqu'à former un disque parfait au niveau de la fente nouvellement apparue.
Une nouvelle inflexion de la part de Yumi, et l'éventail tranchant se mettait à tourner à toute allure, se changeant en une arme mortelle évoquant un semblant de tronçonneuse circulaire. Il était clair que sa force de frappe s'en trouverait grandement augmentée.
- Mouais… Ça me va finalement, souligna-t-elle, sa voix légèrement étouffée par son masque derrière lequel un sourire se dessina néanmoins, clairement visible à travers l'étoffe.
Amusé, Ulrich vint la rejoindre, ses deux katanas désormais dégainés illuminés d'une lueur verte meurtrière.
A cet instant, un laser rouge vint brusquement s'abattre à leurs pieds, leur faisant lever les yeux au ciel d'un seul geste. Une flotte entière de Mantas ennemies fusait à travers les volutes de souffre droit dans leur direction, bien déterminées à les chasser de leur Territoire.
- Pile à l'heure, souligna le samouraï tandis que les deux Jérémoïdes les surplombaient de leur ombre gigantesque, il est temps de tout donner pour notre dernier combat à présent, je suppose.
Et, dans un duo parfait, leurs lames respectives illuminés de vert et de pourpre, les deux adolescents se propulsèrent en direction des Créatures volantes, plus déterminés que jamais à les réduire en charpies.
Une gerbe de pixels rouges et jaunes jaillissait des mains tendues de Stéphanie en un jet de flammes si incandescent que son visage tout entier s'en retrouvé nimbé d'une brûlante lueur orange. Face à elle, se mêlant à la chaleur de son Pixoflame, le bleu des lasers des Monstres alliés fusaient de toutes parts, venant heurter à leur tour la surface livide de la Tour Noire au sommet d'une volée de marches extérieures.
- Continuez vos efforts ! ordonna la gothic lolita à l'adresse des deux Krabes l'encadrant de leur solide stature, on y est presque !
Au dessus d'eux, le ciel semblait rugir de tirs rouges pour tenter de les stopper, en vain, nombre de Frôlions s'interposant entre leur route, sacrifiant leur corps pour leur éviter de mener à bien leur mission dans un concert d'explosions de particules.
Dans un dernier cri de rage, Stéphanie laissa les ultimes onces de la barre d'énergie de son pouvoir jaillir de plein feu, enveloppant l'édifice au traditionnel halo noir d'une nouvelle vague de fumée cramoisie. En un instant, les flammes avaient pris le dessus sur les fumerolles sombres qui s'évanouirent petit à petit sous leur emprise, détruisant la Tour au passage.
Laissant échapper un rugissement de triomphe, Stéphanie cessa de s'acharner sur la Tour pour faire volte-face vers leurs adversaires, les toisant d'un regard noir depuis des buildings surélevés.
- Ça, c'est pour avoir essayé de nous dévitualiser, cracha-t-elle en dégainant dans un vif éclat de métal trois de ses lames, prenez ça !
En un seul geste ample, les aiguilles se mirent à fuser à travers le ciel d'un noir lugubre, venant transpercer tour à tour Block, Tarentule et Kankrelat dans une nouvelle série d'explosions.
N'attendant pas la fin de leur destruction, Stéphanie s'accrocha brusquement à la pince du Krabe allié le plus proche avant de se laisser projeter au loin, juste à temps avant que le sol ne disparaisse sous ses pieds sous l'effet de la destruction de la Tour.
En une roulade souple, la gothic lolita parvint à se rétablir à la jonction précise entre le plateau ocre irrégulier du Territoire du Désert et les plaques géométriques de la Ville, à quelques pas à peine d'une de ses armes qu'elle s'empressa de rengainer dans son fourreau.
- Yes ! s'exclama-t-elle, plus que satisfaite de sa prestation, finalement, j'arrive à m'en sortir ! Combien de Tours encore, Anthéa ?
Mais en lieu et place de réponse, ce fut un grésillement électronique qui émana des airs. Tendue, Stéphanie posait déjà sa main sur l'embout d'une de ses aiguilles lorsqu'une silhouette translucide se dessina à quelques mètres d'elle au dessus du sol, la lueur bleutée la constituant tranchant avec apaisement sur la noirceur cauchemardesque du ciel.
Une traînée de pixels plus tard, et la tunique d'un gris clair de William prenait contenance.
Un large sourire étira les lèvres de la gothic lolita tandis que le guerrier à l'épaisse épée en lames de cutter atterrissait adroitement sur le sol du Territoire, relevant prestement sa tête à l'épaisse chevelure tirant sur le bleu marine.
- Eh bien, tu en auras mis du temps ! l'accueillit Stéphanie sans parvenir à masquer l'allégresse de sa voix, courant à sa rencontre, Yumi est avec toi ?
- Elle a été envoyé sur le Territoire de la Forêt pour aider Ulrich, répondit William de sa voix rauque, soupesant son arme d'un air distrait, Stéphanie, écoute… A propos de tout à l'heure…
La jeune fille l'interrompit d'un geste de sa main gantée de cuir.
- Je ne veux pas entendre la moindre excuse, balaya-t-elle, ou plutôt… Disons que ce n'est pas nécessaire ! Tu avais tes raisons de rester pendant l'épreuve et c'était à toi de décider si tu voulais venir ici sur Lyokô ou pas. Je suis simplement contente que tu ais pu te libérer avant la fin des quatre heures.
William eut un sourire gauche, auquel la jeune fille se contenta de répondre par un ricanement moqueur. En temps normal, elle aurait probablement été furieuse contre ses deux camarades de classe pour leur choix, mais l'euphorie de la bataille avait balayé toute forme de rancœur de son être. Qui plus était, il y avait bien trop d'enjeux à ce combat pour perdre du temps en vains reproches. S'opposer à William comme à Yumi ne lui avait jamais rien apporté et ce n'était pas ici, sur ce monde virtuel à moitié ravagé par la Green Phoenix, que la moindre forme de colère allait faire une différence.
- Tu viens d'abattre une Tour ? fit remarquer William pour changer de sujet, ses yeux écarquillés et luisant d'admiration pointés en direction du Territoire de la Ville dont quelques buildings achevaient de s'effondrer en une silhouette en fil de fer.
- Yup, confirma Stéphanie, toute aussi fière d'elle-même que son camarade de classe, encore quelques attaques de front comme ça, et la Green Phoenix pourra rebrousser chemin une bonne fois pour…
La fin de sa phrase ne franchit jamais ses lèvres. Alors que la douce sensation de la victoire effleurait déjà le bout de sa langue, une secousse d'une rare violence se mit à ébranler le plateau sous ses pieds, la précipitant droit sur William qui, surpris, ne put que chuter en arrière, s'écrasant lamentablement au sol.
- Qu'est-ce que… ? souffla-t-il, la voix coupée autant par l'embarras que lui procurait la situation que par la brusquerie de ce nouveau tremblement de terre.
Inquiète, Stéphanie se redressa tant bien que mal, en dépit de la plateforme tanguant dangereusement sous ses pieds. Cette onde de choc n'avait rien à voir avec les secousses engendrées par la Fusion depuis le début de la bataille. Elle était beaucoup trop soudaine, trop violente pour n'être qu'un effet secondaire de la convergence des deux Territoires.
La jeune fille, prise soudain d'un doute affreux, leva lentement ses grands yeux violets au ciel, que la Faille semblait avoir enflammé de plus belle.
- Anthéa… ? héla-t-elle, incapable de formuler la crainte qui venait de lui traverser l'esprit.
Elle n'en eut cependant pas besoin.
- William, Stéphanie ! les interpella la voix hachée de l'informaticienne, à peine audible à travers la puissance des tremblements de terre, je suis désolée… On vient de perdre deux Tours de plus, je ne sais pas ce qui a pu se passer ! L'Holomap a dû buguer pendant un court instant sous la surcharge des données. Quoi qu'il en soit, le seuil fatidique des 50% a été franchi pour le Désert. Je suis désolée mais il n'y a plus rien à faire… Le Territoire va s'effondrer ! Courrez vous mettre à l'abris avant qu'il ne soit trop tard !
Horrifiée, Stéphanie tourna brusquement la tête, sa couette unique fouettant l'air sur son passage juste à temps pour voir un entremêlement de tentacules translucides s'éclipser derrière une paroi rocheuse non loin d'eux. Derrière elles, une de leur Tour venait d'être abandonnée, son halo blanc s'estompant peu à peu dans le lointain.
- Des Méduses ! comprit soudain la gothic lolita d'un ton furieux, la Green Phoenix a du s'en servir pour pomper l'énergie de nos Tours pendant tout ce temps tout en nous distrayant avec des attaques massives afin qu'on ne remarque rien ! Ces sales petits…
- Stéphanie, il faut qu'on se bouge, l'interrompit William, saisissant brusquement son poignet.
En effet, incapable de maintenir son équilibre précaire contre la Ville, le Territoire du Désert commençait à s'affaisser sur lui-même et le sol sous leur pied, bien qu'encore solide, commençait à perdre en consistance, laissant transparaître la mortelle Mer Numérique en pleine tempête en dessous d'eux.
- Cours ! s'exclama Stéphanie, laissant tomber toute colère au profit d'une soudaine montée d'adrénaline bienvenue.
Sans plus attendre, les deux adolescents élancèrent leurs jambes en direction des hauts immeubles gris les plus proches, piétinant le sol à une allure folle tandis que d'immenses blocs de roche ocre se détachaient peu à peu du Territoire derrière eux pour plonger droit dans les eaux bouillonnantes en contrebas.
Sur leur droite, perdue au milieu d'un îlot flottant, une Tour encore auréolée de blanc un instant plus tôt se teintait de noir avant d'amorcer sa lente descente vers les flots mortels du réseau.
Tout autours des deux Lyokô-guerriers, Monstres alliés comme Monstres ennemis se cognaient les uns les autres avec force dans une tentative de fuite des plus anarchiques. Au dessus de leurs têtes, un véritable essaim de Frôlions fusait de toute la force de leurs ailes en direction des buildings, leur silhouette répugnante perdue dans l'ombre des quelques Mantas restantes, dont les cris résonnaient à présent en échos avec les tremblements de terre à travers tout le Territoire. Le monde virtuel semblait sombrer dans un chaos confus de cliquetis et de silhouettes furieuses tandis que tous tentaient de quitter le Désert avant qu'il ne soit trop tard.
- On n'y arrivera pas ! s'écria William en buttant contre un Kankrelat qui venait de plonger sous ses pieds, repoussant les Créatures leur barrant la route d'un coup d'épée rageur, la décomposition du Territoire est trop rapide !
Effectivement, de l'autrefois majestueux Désert de sables et de rocs solides, ne restaient qu'une poignée de sentiers accidentés, s'évanouissant peu à peu dans les abîmes des cieux tourmentés ;et l'effacement du sol gagnait du terrain à chaque seconde malgré leurs enjambées plus grandes, et plus rapides que jamais.
- On a besoin de transport aérien ! raisonna Stéphanie, ignorant tant bien que mal la mort certaine qui les poursuivait pour tenter de se concentrer quelque peu, attends un peu…
Levant la tête dans les airs, elle porta brusquement deux doigts à sa bouche avant d'émettre un sifflement strident. A peine eut-elle agi qu'une Manta ornementée du symbole de Lyokô se détachait de son escadron pour fondre sur eux à tire d'ailes. Stéphanie n'attendit pas qu'elle eut atteint le sol pour bondir, s'aggripant de toutes ses forces à sa longue queue souple avant de se hisser sur son dos courbe en une savante galipette, la respiration sifflante.
-William ! hurla-t-elle, tendant sa main vers le jeune homme en contrebas avec l'énergie du désespoir.
Derrière lui, les dernières parcelles de sable jauni disparaissaient, précipitant Blocks et Kankrelats droit vers la Mer Numérique dans un rugissement de fureur. Le jeune homme, désespéré, fit un soudain bon en avant juste au moment où le sol se dérobait en fragments de pixels sous ses pieds, manquant de peu de le faire chuter à son tour droit vers un sort fatal.
Étirant sa silhouette de tout son long dans un rugissement de frustration, incapable de voir devant elle dans le chaos qui les entourait, elle et sa monture, Stéphanie sentit soudain les doigts du guerrier effleurer sa paume. Il ne lui en fallut pas plus pour étreindre sa main avec violence, laissant l'adolescent s'agripper à son poignet comme si sa vie en dépendait.
Sous les ailes battantes de la Manta, ne demeurait plus désormais que la noirceur des eaux profondes du Réseau, engloutissant en quelques ultimes raies de lumière ce qui avait été autrefois l'immense Territoire du Désert.
Le souffle court, Stéphanie prit le risque de baisser la tête vers William pour s'assurer de son bien-être. Le jeune homme, bien que visiblement terrifié, les pieds battant l'air, semblait indemne, solidement accroché à sa main tendue par-dessus bord.
- Le plateau du Territoire de la Ville est en vue… Tiens bon ! lui ordonna-t-elle d'un ton soulagé avant de se concentrer sur l'horizon, à travers lequel ne s'étendaient plus désormais que des kilomètres de buildings soigneusement agencés à perte de vue dans un halo de reflets gris.
Tandis que les hauts gratte-ciels rapprochaient leur cime de leur silhouette esseulée, la cruelle réalité vint peu à peu s'imposer à l'esprit des deux adolescents, sans qu'ils eurent besoin de se concerter pour partager leurs sombres pensées.
La Green Phoenix venait de remporter la première manche de cette interminable bataille. Par la faute de leur négligence, le Territoire du Désert n'était plus, et seuls Trois Territoires demeuraient pour faire barrage à Endo, terriblement fragilisés.
S'ils avaient réussi à échapper à cet écueil, la douloureuse sensation de la défaite qui étreignait leur cœur ne parvenait pas à les dérider et ce fut la mine sombre qu'ils se laissèrent guider jusqu'au pied du plateau le plus proche, conscients que, désormais, ils n'auraient pas le droit à une seconde chance.
