Chap 53 – Troubles in Paradise

Harry se réveilla dans son lit à baldaquin habituel, courbaturé et de fort mauvaise humeur. La nuit avait été mauvaise : il avait fait trop chaud, les cauchemars l'avaient poursuivi et le lit était bien trop dur par rapport à celui du Manoir. Et comme si cela ne suffisait pas, il était convaincu d'avoir entendu des gloussements et des ricanements dans la chambre toute la nuit. Après le fiasco de la veille, rien d'étonnant à ce que sa maison toute entière se moque de lui… ce qui ne signifiait pas qu'il était prêt à l'accepter de gaieté de cœur.

Grommelant, il chercha ses lunettes à tâtons, tentant d'étirer ses muscles endoloris.

« Saleté de matelas. Date de l'époque de Godric, prêt à le parier. »

« Arrête de faire ton chat, » lui lança une voix amusée de l'autre côté du lit. « Ton matelas a six ans, comme les nôtres : chaque élève en reçoit un neuf à son arrivée. »

Chaussant ses lunettes, il jeta un regard embrumé du côté où Ron dormait habituellement. Ce n'était cependant pas son ami qui lui avait fait cette remarque instructive.

« Hermione ? Qu'est-ce que tu fiches ici si tôt ? Pas question de commencer à réviser avant le petit-déjeuner, » gémit-il.

A sa surprise, Ron et la jeune fille échangèrent un regard coupable et gêné.

« Non, bien sûr que non, » le rassura précipitamment Hermione. « Je venais juste voir si vous… étiez prêts. »

Etait-ce une idée, ou est-ce que ses cheveux étaient particulièrement en bataille ce matin ? s'interrogea Harry. Hermione avait une coiffure assez incontrôlable, mais elle parvenait généralement à avoir l'air civilisé quand elle descendait de son dortoir. A en croire sa tenue et son air passablement endormi, elle n'était même pas encore passée par la salle de bain ce matin.

Ron, quant à lui, ne semblait guère surpris. Glissant prestement hors de son lit, il se dirigea vers leur propre salle de bain avec une rapidité qui ressemblait un peu à une fuite aux yeux d'Harry. Secouant la tête, ce dernier tenta de rassembler ses idées. Quelque chose n'était pas…

« Oh. Vous… oh. »

La subite teinte rouge que prirent les joues d'Hermione lui indiqua qu'il avait vu juste.

« Ce n'est pas ce que tu crois, » s'empressa-t-elle de dire. « Nous pensions juste qu'il valait mieux que nous soyons plusieurs au cas où quelqu'un tenterait de te faire une mauvaise plaisanterie ou autre chose pour ton retour dans la Tour. »

Harry la dévisagea, incrédule.

« Et tu crois que je vais avaler ça ? »

« Nous n'avons rien fait du tout ! » s'exclama Hermione. « Juste discuté ! C'était une précaution, rien de plus ! »

« Vous avez sérieusement cru qu'avec Snape comme père, quelqu'un oserait me faire une blague stupide pendant mon sommeil ? » demanda Harry en s'extirpant des couvertures, agacé.

« Eh bien… c'est… cela nous a semblé… plus prudent, c'est tout. »

« Bien sûr, » murmura le jeune homme en se dirigeant à son tour vers la salle de bain. « Comme tu veux, Hermione. Comme tu veux. »

« Ce n'est pas du tout ce que tu crois ! » glapit la jeune fille derrière lui tandis qu'il refermait la porte, un léger sourire en coin.

Ron, occupé à se brosser les dents, lui jeta un regard soupçonneux.

« Tu chais que tu as un air de rechemblanche avec Shnape, par moment ? » lui lança t il.

« Hum-hum. Alors, cette nuit avec Hermione ? »

Harry observa avec satisfaction la mousse blanche venir consteller le miroir tandis que son ami s'étranglait littéralement.

« De… que… de quoi tu parles ? »

« Pas la peine de jouer l'innocent, » fit Harry en levant les yeux au ciel. « Elle m'a tout dit. »

« Quoi ? Qui ? Herm… quoi ? Qu'est ce qu'elle t'a raconté ? »

« Que vous aviez dormi ensemble, » fit calmement le jeune homme en se sentant soudain très Serpentard.

« Mais c'est tout à fait… dormi ! Oui, dormi, on a dormi dans le même lit, c'est tout ! On voulait juste surveiller pour être sûr que personne ne viendrait te faire une surprise de bienvenue, et on s'est endormis en discutant, et… »

« tu n'as pas besoin de te justifier, tu sais. Et puis ce n'est que moi, tu peux quand même me raconter, depuis le temps qu'on partage un dortoir ! »

« Mais c'est la vérité ! Je le jure sur la tête de Coq ! » s'exclama Ron.

« Ca va, ca va, je te crois, » fit Harry en éclatant de rire. « Je croyais déjà Hermione. C'était juste tellement drôle de voir vos têtes ! »

« Tu… » l'expression de Ron passa de la consternation à l'indignation puis à la bouderie en un éclair. « Toi, si tu veux que j'arrange les choses avec ma sœur, tu ferais mieux de te tenir à carreau ! » gronda-t-il.

Harry haussa les épaules, ennuyé.

« Il n'y a rien à arranger. Elle sort avec Dean, de toute façon. »

« Ah… tu voulais vraiment… »Ron s'interrompit. « Bon, mais Dean est un crétin. Ca lui passera, je la connais. Et c'est toi qu'elle idolâtrait quand elle était gamine. »

« Laisse tomber, » grogna Harry. « Pas un bon plan. Allergique au poil de chat. »

« Qui, Gin ? Mais non, pas du tout, elle est tout le temps en train de caresser Crookshank ! »

Harry se figea, tentant de se remémorer la scène. Elle avait pourtant éternué… pouvait-on être allergique au poil d'animagus ? Ou avait-elle simplement prétendu pour avoir une occasion de s'en aller ?

Quelle que soit la réponse… il ne tenait pas vraiment à le savoir.

« Peu importe, » répondit il en haussant les épaules. « Je ne suis pas intéressé de toute façon. Pas comme ça. C'est juste… c'est ta sœur, c'est tout. »

« D'accord, » fit Ron, diplomate, bien que son regard songeur en dise long. « Mais pour Hermione… ce n'était rien de sérieux, vraiment. Rien de très sérieux. »

« Compris, » sourit Harry en se dirigeant à son tour vers la douche. « Va lui dire que je la taquinais. Cette fille n'a aucun sens de l'humour ! »

« Les filles, » soupira Ron en sortant, son air exaspéré trahi par son sourire satisfait.

Certaines choses ne changeaient pas, songea Harry en frissonnant sous l'habituel jet glacé du matin. Ou tout du moins, ne changeaient pas tout à fait. Mais s'il voulait rester en phase avec ses meilleurs amis, sans doute allait il devoir rapidement accepter que les hormones venaient de faire une entrée spectaculaire dans leurs vies d'adolescents… passer la nuit à discuter, vraiment. Comme si Ron et Hermione n'avaient rien de mieux à faire !

Quand il émergea de la salle de bain, habillé et complètement réveillé, la jeune fille avait disparu et Ron tentait de réveiller Neville, enfoui sous ses couvertures.

« Allez, du nerf ! Un effort ou je laisse Trévor te sortir du lit, » menaça Ron.

« J'arrive, » grogna leur ami. « Mal dormi. Les elfes de maisons n'ont pas arrêté de glousser toute la nuit. »

Harry dût faire un effort surhumain pour se retenir de rire tandis que Ron prenait une intéressante teinte cramoisie.

« Bon, Hermione nous attend en bas, » grommela t il. « On se rejoint dans le Grand Hall, Neville. Harry, dépêche toi, il ne va plus rien rester à manger ! »

« Le premier arrivé a double ration, » lança Harry en riant, avant de changer de forme et de filer de toute la vitesse de ses pattes vers l'escalier.

Le pari était aisé, et le bond qui l'amena droit sur la table des Gryffondors lui apporta le lot de rires auquel il s'était attendu. Il avait beau savoir qu'il n'était pas une personne différente sous cette forme, il devait admettre que Shadow avait un petit côté vaniteux et fanfaron qu'il ne se connaissait pas.

Hermione, un sourire mal contenu aux lèvres, s'empressa de le saisir par la peau du cou pour le relâcher sur son banc malgré ses protestations indignées. Reprenant forme humaine, il jeta un regard offensé à son amie.

« Ma nuque n'est pas une poignée ! »

« Arrête de geindre et tiens toi correctement, » fit la jeune fille d'un ton sévère. « Avant que ton père ne décide de descendre te donner une leçon d'étiquette. »

Un coup d'œil à l'estrade des professeurs appris à Harry que la menace n'était pas vaine. Snape le fusillait du regard, le tapotement agacé de ses doigts sur sa tasse en disant long.

Il s'empressa de remplir son assiette avec un maximum de dignité tandis que Ron s'installait à ses côtés, essoufflé.

« Oh, des pancakes ! Parfait, je meurs de faim ! Hermione, passe-moi la confiture, tu veux ? »

« T'est-il déjà arrivé de te mettre à table sans être affamé, Ron ? Honnêtement ! » fit la jeune fille en levant les yeux au ciel.

« Je ne vois pas l'intérêt d'avoir toutes ces bonnes choses si c'est pour ne pas en profiter, » rétorqua Ron la bouche pleine.

« C'est ce que disais mon cousin, aussi, » fit négligemment Harry.

« Ca n'a rien à voir ! » s'indigna Ron. « Je mange raisonnablement ! Et on a un excellent métabolisme dans la famille. »

« C'est sûr, il n'y a qu'à voir ta mère, » ricana Cormac McLaggen, un élève de septième année, fraichement évincé de l'équipe de Quidditch.

« Quoi, ma mère ? » gronda le cadet des Weasley, en se redressant d'un air dangereux, fourchette à la main.

« Elle… »

Mais Cormac n'eut jamais l'occasion de finir sa phrase. Un pancake, généreusement enduit de mélasse, vint atterrir sur sa joue avec un bruit mouillé.

« Oups, » fit une Ginny au sourire tout sauf contrit, à quelques places de là. « Un souci, McLaggen ? »

Pendant un instant, tandis que le pancake glissait irrémédiablement vers l'assiette, Cormac sembla évaluer ses options. La table entière s'était faite silencieuse, chaque Gryffondor paré à faire feu, certains commençant même à accumuler des munitions dans leur assiette. Un regard aux deux préfets à l'air peu aimable, ainsi qu'à son adversaire dont la baguette était déjà dégainée suffit à convaincre le jeune homme.

« Vous visez vraiment très mal, dans la famille, », déclara t il d'un ton méprisant en essuyant sa joue collante.

Un murmura de déception parcouru la table des Gryffondors tandis que chacun retournait à son assiette. Etouffant un rire derrière sa serviette, Harry se tourna vers Ginny pour la féliciter du regard. Un regard qu'il capta aussitôt, le temps d'une demi-seconde, et qui suffit à couper court à sa bonne humeur. La mâchoire crispée, la jeune fille se détourna de lui, le menton en l'air, les lèvres pincées.

De toute évidence, la scène de la veille n'allait pas être oubliée en une nuit. Et par lui non plus, décida-t-il, contrarié, en se retournant vers Ron.

« On commence par quoi, ce matin ? »

« Vieux, ne me dis pas que tu n'as même pas regardé ton emploi du temps ? » gémit Ron.

« J'ai bien avancé dans les devoirs, c'est le principal ! Peu importe par quoi on commence, ça ira. Il faut juste que je sache où aller et quels grimoires prendre. »

« Sérieusement, Harry… c'est potions, » soupira Ron. « Et d'après ce que j'ai entendu, Snape reprend ses classes entièrement a partir d'aujourd'hui. »

« C'est ce qu'il m'a dit, oui, » fit distraitement Harry, subitement refroidi. Potions ? En première heure ? Eh bien, la journée commençait bien… il supposait. Les choses allaient être différentes à présent, plus de remarques acerbes sur ses compétences et sa génétique, plus de points retirés pour un rien… maintenant, il allait être le fils du professeur. Voilà qui promettait d'être… intéressant.

« Ca ira, Harry, » fit une voix qu'il identifia comme celle d'Hermione du fond de ses pensées.

« Hum ? Quoi ? »

« Le cours de potions. Tout ira bien, tu n'as pas à t'en faire, » répéta la jeune fille.

« Je le sais très bien ! » fit-il, agacé. « Je ne suis pas inquiet. »

« Bien sûr. Mais je pense que tes céréales préfèreraient être mangées vivantes que torturées à petit feu à coups de cuillère comme tu le fais en ce moment. »

« Hermione, si tu commences à militer pour les droits des céréales, on va devoir avoir une sérieuse discussion ! » s'exclama Harry en attaquant son déjeuner.

« Taisez vous et mangez, avant que quelqu'un ne décide de lancer la nourriture à travers la table, » grommela Ron entre eux.

Une heure plus tard, c'est le ventre rempli mais légèrement noué qu'Harry se dirigea vers le donjon, accompagné de ses amis. Il n'avait aucune raison d'appréhender ce cours, tenta-t-il de se raisonner en passant la porte il n'était pas en retard, il avait préparé la leçon et Snape n'allait pas chercher à lui empoisonner l'existence. Merlin, Snape était son père, il était le fils du professeur, il n'avait aucune raison de s'inquiéter !

Cela ne l'empêcha pas s'asseoir à son bureau avec plus de nervosité que les années précédentes, alors même que Snape n'était pas encore dans la salle. Quand il apparut enfin, sortant de la réserve en lévitant un assortiment de bocaux, Harry sentit ses muscles se crisper un peu plus.

Juste Severus, bon sang, c'était juste Severus, mais… cet air sévère, les sourcils froncés, les regards hautains qui balayaient l'assistance… c'était aussi Snape, le professeur Snape qui hantait les cauchemars des Poufsouffles et de certains Gryffondors.

« Ouvrez vos livres à la page 133. Comme vous le savez déjà, » commença le professeur d'un ton menaçant, « nous allons aujourd'hui étudier le philtre de Mort Vivante. Sa préparation est complexe et nécessite une préparation soigneuse ainsi qu'une attention à toute épreuve. C'est entre autres une potion hautement volatile, mais j'ose espérer que, considérant votre niveau, les accidents dus à l'inattention et à un manque pathologique de talent sont à écarter. »

Le groupe d'élèves hocha mécaniquement la tête en réponse. Ils étaient aussi nombreux que les années précédentes, constata Harry, mais cette fois les quatre maisons étaient présentes dans le même cours. Seuls ceux qui avaient réussi à obtenir une note suffisante et qui désiraient poursuivre l'étude des potions étaient admis en sixième année. Si Severus n'avait pas accepté de relever sa note pendant l'été…

« J'entends donc que vos potions soient toutes parfaitement réalisées d'ici la fin de ce cours. Un échec sera une invitation à remettre en question vos motivations et vos choix de carrière. J'espère que je me suis bien fait comprendre… »

Le ton trainant et teinté de menace fit tressaillir Harry. Non, Snape ne le regardait pas, en réalité, il ne semblait viser personne en particulier…

« Lisez une dernière fois les instructions et venez chercher vos ingrédients sur le chariot. Je veux voir tous les chaudrons allumés dans cinq minutes. »

Une minute plus tard, les élèves se dirigeaient en file ordonnée vers l'estrade et, suivant sa routine habituelle, le professeur entreprit d'interroger ses élèves.

« M. MacMillan, à quelle température devez-vous commencer votre potion ? »

« 32°, professeur. »

« Un point pour Poufsouffle. M. Potter ? »

Harry sursauta, levant nerveusement son regard vers le visage fermé de Snape.

« Quels sont les ingrédients principaux de cette potion ? »

Une vague de soulagement le traversa. Il connaissait cette réponse.

« L'armoise et l'asphodèle, professeur. »

« Exact. Un point pour Gryffondor. »

Il lui sembla que Severus lui adressait un infime signe de tête en guise de félicitation, mais il passa inaperçu dans la soudaine réalisation qui frappa Harry. Il connaissait cette question. Il la connaissait même parfaitement. Snape la lui avait déjà posée, le tout premier jour, le tout premier cours de potions… et la réponse était là, dans un cours de sixième année ! Il avait toujours su que le professeur avait délibérément cherché à l'humilier ce jour là, mais étrangement le fait prenait maintenant une toute autre dimension.

« Vous faites erreur, » fit-il entre ses dents, refusant de regarder l'homme.

« Pardon ? »

« Mon nom. C'est Potter-Snape. »

« C'est juste. » La voix du professeur s'était soudain adoucie. « Toutes mes excuses, M. Potter-Snape. »

Etait-ce son imagination, ou y avait-il un brin de fierté dans ces mots ? A cet instant, elle était pourtant bien mal placée, songea Harry en sentant une boule de colère se former dans son estomac. Snape avait il volontairement essayé de se racheter avec cette question ? Si c'était le cas, il s'était trompé.

Sans trop savoir d'où venait la subite colère qui l'avait pris au ventre, Harry se dirigea à son tour vers le chariot. Peut-être Snape voudrait-il lui dire quelque chose… mais non, le professeur l'ignorait à présent, constata-t-il. Occupé à allumer ses chaudrons, il ne lui avait même pas jeté un regard.

Serrant les dents, il regagna sa place.

« N'oubliez pas que les racines de pissenlit doivent être broyées et non hachées, » lança le professeur avec un regard critique pour certains élèves. « Ce genre de distinction doit être parfaitement acquise à votre niveau. »

A leur niveau. Et combien de fois Snape leur avait-il retiré des points en première année parce qu'ils ne parvenaient pas à comprendre la différence ? Il avait fallu une leçon privée de la part de Neville pour qu'Harry parvienne à comprendre comment et pourquoi les plantes ne réagissaient pas de la même façon aux diverses techniques. Snape, lui, s'était contenté d'une démonstration de découpage et de l'ordre strict de reproduire ses gestes à la demande.

Il lui en parlerait à l'occasion, songea Harry. Mais pour l'instant, il devait broyer les fichues racines. Et le professeur, pour une fois, ne semblait lui accorder aucune attention. En réalité, il semblait décidé à lui accorder la même immunité qui avait toujours frappé Draco Malfoy. Malfoy qui n'avait aujourd'hui pas même eu le privilège d'assister au cours…

Préparer une potion sans avoir à craindre le sarcasme et le venin du maître des potions était une expérience enrichissante. Tout cela aurait dû le soulager, réalisa Harry, mais la colère qui s'était installée dans son estomac ne semblait pas du même avis.

« Votre potion devait à présent avoir pris une teinte bleu sombre, » annonça Snape.

Et c'était le cas. Sa préparation était parfaite. Il lui restait maintenant à ajouter l'armoise coupée en lamelles. Et qu'arriverait-il, se demanda-t-il soudain, si l'armoise n'était pas coupée mais hachée ? La potion serait probablement compromise… si Draco avait fait une telle erreur, Snape aurait sûrement trouvé un moyen de l'excuser.

Le hachoir à la main, il jeta un regard hésitant au professeur, occupé à expliquer à une Serdaigle les interactions entre les différents ingrédients à ce stade de la potion. Il haussa les épaules. La jeune fille semblait à la fois comprendre et être intéressée par le discours… grand bien lui fasse. Mais l'expérimentation valait mieux que les paroles.

Un sourire narquois aux lèvres, Harry s'appliqua à hacher l'armoise. Il sentit aussitôt Hermione s'agiter à ses côtés.

« Harry, je crois que tu fais erreur… »

« J'ai déjà préparé cette potion ce week-end, Hermione, je sais ce que je fais. »

« Je ne crois pas que… »

Avant qu'elle ait pu finir sa phrase, le garçon avait jeté les ingrédients dans la potion, qui changea aussitôt de teinte, et se mit à émettre une fumée noirâtre et âcre qui attira aussitôt l'attention de la classe.

Le léger bourdonnement des conversations fit place à un silence pesant, rompu seulement par le bouillonnement des chaudrons et les pas de Snape tandis qu'il se dirigeait vers lui. Harry avala péniblement sa salive, les yeux fixés sur ce qui restait de sa potion.

« Il me semble avoir attiré votre attention sur l'importance de préparer correctement ses ingrédients il y a moins de dix minutes, M. Potter-Snape, » fit le professeur d'un ton doucereux qui laissait généralement présager un orage.

Quelque part dans la classe, quelqu'un rit nerveusement, avant de s'interrompre dans un hoquet horrifié.

« Je sais, » fit Harry en haussant les épaules. « J'ai voulu essayer. Pour voir. »

« Et que nous vaut cet intérêt subit pour l'expérimentation, en plein milieu d'un cours optionnel de sixième année, le premier de l'année, rien de moins ? »

« Je voulais voir si ça marcherait, » insista le jeune homme avec obstination, refusant de rencontrer le regard du professeur. « Tu nous dis de faire comme-ci et comme-ça, mais jamais pourquoi. C'est stupide. J'ai voulu tester, c'est tout. »

Il sembla à Harry que même les chaudrons s'étaient tus sous le choc du ton qu'il avait employé. Avec Snape. Dans sa classe. Une chose était certaine, aucun des élèves ne respirait à cet instant précis, tandis que Severus, lui, prenait une grande inspiration qui n'augurait rien de bon.

« Oh, vous voulez tester, M. Potter-Snape ? Eh bien, testons. Que faudrait-il de plus pour faire exploser cette salle de cours ? » fit-il dans un sifflement.

Probablement un seul mot de ma part, songea Harry. Mais son cerveau semblait incapable de comprendre le message, et tandis qu'une partie de lui-même lui hurlait de s'excuser platement, il s'entendit répondre avec une assurance suicidaire :

« Aucune idée. La moitié de ces ingrédients, probablement. Tiens, celui-là. »

Et avant qu'il ait pu reprendre les rênes de sa raison, sa main avait saisi la première chose à disposition et l'avait jetée dans le liquide bouillonnant.

« Evanesco ! » cria Snape en faisait disparaitre le contenu de son chaudron.

Il était impossible, cette fois, de ne pas voir la fureur sur le visage du professeur.

« Excellent choix, M. Potter-Snape, » fit Snape, la colère suintant de chaque syllabe. « La réponse est exacte, cette combinaison aurait en effet fait exploser votre chaudron, votre bureau, ma salle, ainsi que tous ses occupants. »

Harry déglutit péniblement. Stupide, stupide, stupide, chanta une voix dans sa tête. Suicidaire, meurtrier, cinglé, en ajouta une autre. Le moment aurait probablement été bien choisi pour présenter des excuses et ramper vers la sortie, mais la colère qui émanait de Snape le clouait littéralement au sol.

« Toutes mes félicitations, » continua le professeur de la voix sifflante qu'il réservait à ses élèves les plus pénibles. « Vingt points en moins pour Gryffondor et ce sera bien entendu un Troll pour cette potion. »

« Mais je sais parfaitement la faire, tu le sais, » protesta Harry en tordant le cou à la petite voix dans sa tête qui tentait désespérément de le faire taire.

« Il serait grand temps, M. Potter-Snape, que vous réalisiez que vous êtes dans une salle de cours ! » tonna le professeur, figeant de terreur jusqu'aux hiboux dans la volière. « Vous allez y adapter votre ton, votre langage et votre comportement ! Je me moque éperdument de vos prouesses dans mon laboratoire privé, et ne comptez pas sur une séance de rattrapage pour remonter vos notes ! Votre présence dans ce cours, comme celle des autres élèves, est soumise à des conditions d'excellence et de maturité, et vous venez de prouver de manière transcendante que vous n'en êtes pas à la hauteur ! »

Harry se sentit pâlir. Severus ne pouvait pas lui faire ça, il ne pouvait pas le renvoyer du cours, pas après l'avoir finalement admis ? Il dévisagea son père, incrédule. Si, il le pouvait. Le jeune homme sentit un frisson glacé lui parcourir l'échine.

« Je suis désolé, » bafouilla-t-il, la voix de la raison reprenant soudain le dessus. « Je ne sais pas ce qui m'a pris. Je sais faire cette potion, tu… vous le savez. Ca ne se reproduira plus. Je le jure. »

La fureur de Snape sembla retomber d'un cran, mais pas assez cependant pour que qui que ce soit ne se remette à respirer.

« Retenue, tous les soirs de cette semaine, M. Potter-Snape, » gronda le maître des potions. Harry acquiesça, vaguement soulagé. Il aurait une chance de se rattraper. « … avec Rusard, » ajouta Severus.

Le garçon releva vivement la tête, muet de stupeur. Avec Rusard ? Snape ne déléguait quasiment jamais ses retenues, il mettait un point d'honneur à torturer ses élèves lui-même. Harry avait-il enragé le professeur au point qu'il ne veuille plus le voir ? Il sentit son cœur se mettre à battre frénétiquement. C'était le tout premier cours avec son père comme professeur, et il avait déjà tout gâché. Tout était redevenu comme avant. Snape le détestait à nouveau, et leur relation tout fraiche allait s'évaporer comme le contenu de son chaudron sous la colère et les anciennes rancunes…

« Oui, professeur, » parvint à répondre Harry en baissant les yeux.

« Je suggère que vous preniez vos affaires et que vous alliez vous préparer pour votre prochain cours hors de cette salle, » fit sèchement Snape. « Il y a ici des élèves qui ont encore une chance de réussir leur potion. »

Le garçon sentit son estomac se charger de plomb à ces mots. Répudié. Il était répudié. Avec un peu de chance, cela ne concernait pour l'instant que le cours. Sans un mot, il rangea ses affaires et, son sac sur l'épaule, sorti en prenant soin de ne pas croiser le regard de Snape. Il pouvait toutefois sentir ceux de ses camarades vissés sur sa nuque tandis qu'il fermait la porte derrière lui, doucement, avec le reste de dignité qu'il avait réussi à conserver.

Seul dans le couloir, Harry prit une grande inspiration, tentant de rassembler ses idées. Qu'est ce qui avait bien pu lui passer par la tête ? Il n'en voulait pas à Severus, il le lui avait suffisamment dit ! Et il voulait rester dans ce cours, les potions n'étaient même plus un réel problème en réalité il commençait à comprendre pourquoi Snape aimait tant cette discipline. Alors quoi ? Etait-il possible que quelqu'un lui ai jeté un sort ?

Il secoua la tête. Non, cette excuse ne valait rien et il le savait. Il s'était mis dans ce pétrin seul, avec sa mauvaise humeur et sa nervosité. Severus allait le tuer. Jamais auparavant le professeur n'avait été aussi furieux contre lui, même à l'époque où il le détestait… pour sa défense, il n'aurait jamais imaginé le provoquer à ce point les années précédentes.

Soupirant, Harry se massa les tempes. Il ne voulait pas penser à cela maintenant. Snape avait raison, il devait se préparer pour le prochain cours, et il avait encore une heure devant lui. Peut-être devrait-il rentrer dans la Tour… ou mieux, à la bibliothèque.

Non. Rien de cela n'irait. Il n'arriverait jamais à se concentrer après ce qu'il venait de se passer. Trop de questions et d'émotions se bousculaient dans sa tête pour qu'il parvienne à faire autre chose que broyer du noir. Et pas question de retourner voir Severus maintenant… il ne restait qu'une solution.

Un instant plus tard, un chat noir au poil hérissé partait au galop dans les couloirs, en direction du donjon.

La porte s'ouvrit pour lui, et ce ne fut qu'en sautant sur son fauteuil habituel que Shadow réalisa où il avait cherché refuge. L'antre de l'Homme en Noir… mais l'Homme était fâché contre lui. Il ne voudrait probablement pas de lui ici. Le chat fouetta l'air de la queue. Il devrait certainement parler avec Snape, mais il était probable que son comportement exécrable ne le fasse bannir de la maison, au moins pour un moment…

D'un bond, il gagna sa chambre et se changea à nouveau. L'adolescent jeta un coup d'œil autour de lui, indécis. Il comprendrait parfaitement que Severus ne veuille plus le voir pendant un moment. Il ne l'empêcherait sans doute pas de prendre ses affaires, mais les choses pourraient devenir encore plus tendues qu'elles ne l'étaient s'ils devaient avoir cette discussion.

Non, mieux valait anticiper et se retirer sans faire de bruit en attendant que l'orage passe… s'il passait.

Inutile d'emporter toute sa garde robe ni les posters qui décoraient les murs, mais il était hors de question de laisser ses albums photos derrière lui. Le coffret en bois qui avait appartenu à sa mère trouva aussi sa place dans son sac, de même que la malle trouvée chez les Dursley, et que Snape avait rétrécie. Le livre qu'il avait prit dans la chambre verte était déjà dans la Tour…

La chambre verte, songea Harry avec amertume. Aurait-il l'occasion de la revoir un jour ? Même si Severus refusait de le revoir, l'autoriserait-il à retourner là bas pour prendre quelques disques et livres ?

Il secoua la tête. Mieux valait ne pas penser à tout cela maintenant. La simple évocation du spectacle qu'il avait donné en cours de potions lui donnait la nausée. Et pourtant, même s'il arrivait à éviter Severus, il allait bien falloir affronter les autres élèves, ne serait ce que Ron et Hermione… et même s'ils n'avaient pas toujours approuvé l'adoption, Harry doutait sérieusement qu'ils prennent sa crise de rentrée avec le sourire.

Bon sang, il avait vraiment le don de s'humilier en public… le pire, en réalité, était que son premier réflexe était de vouloir trouver Snape pour en parler avec lui. Il lui avait fallu peu de temps pour prendre le pli, il restait à espérer que se défaire de ses habitudes serait aussi facile… ce dont il doutait fortement.

Sentant le poids dans son estomac s'installer un peu plus avec ces pensées, il jeta un dernier regard à la chambre et sortit. Ce fut un discret chat noir qui traversa le château pour venir se blottir en rond sur son lit, tentant de ne pas penser à la suite des évènements.

Quand Ron et Hermione firent irruption dans le dortoir, à la pause de la matinée, Shadow n'avait pas bougé et ne fit pas un geste pour accueillir ses amis. Seul un mouvement d'oreille féline indiqua qu'il avait noté leur arrivée.

Avec un soupir, Hermione s'installa sur son lit et caressa doucement sa tête.

« Ce n'est pas une très bonne journée, n'est ce pas ? »

Le chat renifla en signe de dérision, sans pour autant relever son museau de ses pattes.

« Comme entrée en matière, on peut dire que tu as fait fort, » fit Ron en s'installant sur son propre lit avec une moue perplexe. « Si tu voulais être sûr que Snape te remarque, c'est réussi. »

Une fois de plus, Shadow ne daigna pas lui accorder la moindre réponse.

« D'une certaine façon, je suis soulagée, » annonça Hermione, faisant sursauter le chat. En une seconde, ce fût un adolescent scandalisé qui se tenait à sa place.

« Je croyais que tu étais contente pour moi, pour l'adoption ! »

« Bien sûr que je le suis, » confirma Hermione avec un sourire fatigué. « Je suis simplement soulagée que tu laisses enfin sortir tes vieilles rancunes contre le professeur. Cela prouve que tu te sens suffisamment en sécurité pour les laisser s'exprimer. »

« Mais c'est n'importe quoi ! » rugit Harry. « J'ai complètement perdu la tête ! J'ai tout fichu en l'air ! J'ai ruiné tout ce que j'avais ! Maintenant Snape va me détester à nouveau et il ne voudra plus me parler, même pour me crier dessus ! Il n'y a vraiment pas de quoi être soulagée ! » conclut le jeune homme, en réalisant un peu tard qu'il s'était mis à crier.

« Bien, je retire ce que j'ai dit sur le sentiment de sécurité, » murmura Hermione.

« Et il va falloir te calmer un peu, » fit Ron, les sourcils froncés.

« Je veux bien comprendre que le retour soit un peu dur pour toi avec Tu Sais Qui, l'adoption, Loki et tout le reste, mais pour l'instant tu me fais penser à Ginny quand elle avait cinq ans et que maman l'envoyait au coin ! »

Harry ne put s'empêcher de rougir, tout en sentant la colère monter en lui.

« Je n'ai pas cinq ans et je n'ai pas été mis au coin, j'ai été renvoyé du cours et probablement pour toute l'année. Et ce n'est que le début. Si ça se trouve… » mais sa voix le lâcha avant qu'il ne puisse finir sa phrase. Mieux valait ne pas le dire à haute voix, et rendre les choses encore plus concrètes.

Hermione, cependant, ne fut pas dupe.

« Tu dramatises beaucoup trop, » fit elle de sa voix douce. « Le professeur t'a renvoyé du cours en raison de ton comportement. Je regrette, Harry, mais je pense qu'il a eu raison. Tu t'es conduit de manière totalement… déraisonnable. »

Son ami lui jeta un regard désabusé. Voilà qui était probablement le plus bel euphémisme de la journée…

« Je ne sais pas ce qui m'a pris, » avoua-t-il en haussant les épaules. « Je n'arrivais pas à me taire. »

« Comme je le disais tout à l'heure, c'est probablement une bonne chose dans le fond, » reprit Hermione. « Toutes ces années pendant lesquelles le professeur Snape a profité de son statut pour te rendre la vie difficile à Poudlard ne pouvaient pas être oubliées par magie. »

Son sourire ne fit rien pour soulager Harry, qui sentit la culpabilité le saisir.

« Je sais qu'il a été pénible, » fit-il, « mais ce n'est rien à côté du reste. Toutes les fois où il m'a sauvé la vie. Tout ce qu'il a fait pour moi cet été. Et il m'a adopté… c'est sensé être mon père, alors, je n'ai pas le droit de lui en vouloir… »

« Je ne vois pas le rapport, » rétorqua Ron. « J'adore mon père, mais ça ne m'empêche pas d'être furieux contre lui parfois. Une fois, il m'a puni pour une bêtise que les jumeaux avaient faite, et je n'ai pas eu droit d'aller au match de finale des Canons, et c'était une très bonne année pour eux ! Plus ou moins… quoiqu'il en soit, il s'en est rendu compte trop tard, et j'ai raté le match. Le pire, c'est que les jumeaux avaient avoué, mais qu'il ne les a pas crus, il pesait qu'ils me couvraient ! Comme si ça risquait d'arriver… Je ne lui ai pas parlé pendant une semaine, et j'arrive encore à replacer ça quand il me gronde pour quelque chose et que je veux m'en sortir ! »

Harry lui jeta un regard hésitant.

« Ce n'est pas vraiment la même chose. »

« Même si vous avez commencé votre nouvelle famille sur des bases solides, tu ne peux pas effacer tout ce qui s'est passé avant comme si ça n'était jamais arrivé, Harry, » fit Hermione d'une voix douce.

« J'aimerais bien, pourtant, » murmura le garçon.

A sa surprise, la jeune fille l'embrassa délicatement sur la joue.

« Tu en avais besoin, » fit-elle. « Et maintenant que c'est fait, vous allez pouvoir en parler sérieusement. »

Harry secoua la tête.

« On en a déjà parlé très sérieusement, plein de fois. Et même avec une fichue pierre de vérité ou je ne sais plus quoi… et de toute façon, il ne veut plus me parler. »

« Il t'a dit ça ? » s'étonna Ron.

« Tu étais là comme moi, tu l'as entendu, » grimaça Harry. « Retenue avec Rusard. Joie. Et il m'a jeté dehors comme un première année qui a fait exploser son chaudron. »

« Je dois dire que tu imitais assez bien le premier année en pleine crise de nerf, » fit Ron en tentant de ne pas rire. « C'était un magnifique caprice, félicitations. »

Hermione rit doucement à ses côtés, et Harry sentit la honte prendre le dessus sur l'angoisse.

« Tu aurais préféré rester dans la salle, à nous regarder faire nos potions pendant que le professeur Snape t'aurait jeté des regards incendiaires toutes les deux minutes ? » demanda la jeune fille.

« Pas vraiment, » admit Harry. « Mais… je ne sais pas. »

« C'est un sale moment à passer, » acquiesça Ron. « Je ne voudrais pas être à ta place. Mais je ne crois vraiment pas que Snape soit du genre à bouder et à refuser de te parler. »

« Il avait l'air furieux, après mon départ ? » demanda Harry, hésitant.

« De très mauvaise humeur, oui, » admit Hermione. « C'était son premier jour aussi, en fait. Sa première heure seul face à une classe depuis la rentrée. Après tout ce qu'il s'est passé, et la façon dont les Serpentards l'ont accueilli, je présume qu'il redoutait aussi ce retour. »

Le garçon se sentit pâlir. Hermione avait sûrement raison. Severus n'en montrait rien, mais il était forcément nerveux de reprendre les cours, avec sa magie qui refusait de lui obéir… et il avait rendu les choses encore plus difficiles.

La boule de son estomac, qui avait commencé à se désagréger au fil de la conversation revint en force.

« Je suis vraiment stupide, » murmura t il.

« C'est ce que je me tue à dire aux gens, et personne ne veut me croire, » fit Ron en levant les yeux au ciel. Hermione s'empressa de lui envoyer un oreiller à la tête, ce qui n'eut pour effet que de le faire sourire un peu plus.

Ces deux là avaient vraiment besoin d'être seuls, songea Harry en les observant.

« Tu te sens prêt pour le prochain cours ? » demanda prudemment Hermione.

« Pas de souci, » murmura Harry. « Métamorphoses. Si je me mets à crier sur McGonagall et à tenter de faire exploser la classe, promettez moi de me stupefixer et de me perdre quelque part dans la Forêt Interdite. »

« On n'en aura pas besoin, » répondit Ron en se redressant. « Si tu commences à parler à McGonagall comme tu as parlé à Snape, elle te changera en balayette à toilettes et tu feras tes retenues avec Rusard dans une position très inconfortable. Les jumeaux prétendent qu'elle a déjà fait ça, une fois. »

« C'est ridicule, les châtiments corporels sont totalement interdits à Poudlard, » fit Hermione avec une once de doute.

« D'après eux, la règle ne concerne pas les balayettes, » murmura Ron. « Mais libre à toi d'essayer. »

Son angoisse atténuée pour l'instant, Harry suivit ses amis vers la salle de métamorphose. Et s'il n'eut pas la moindre tentation de provoquer McGonagall, celle-ci ne lui en accorda pas moins une attention qui, songea-t-il en sortant du cours, avait tourné au harcèlement. De toute évidence, le professeur avait voulu compenser son absence en lui donnant la priorité lors des exercices, mais il avait pu entendre les murmures d'étonnement et de protestation quand il s'était retrouvé pour la sixième fois d'affilée sur l'estrade.

McGonagall ne semblait pas décidé à le quitter d'une semelle, observant ses efforts d'un air intéressé et critique, et l'incitant à utiliser ses pouvoirs de toutes les façons possibles pour atteindre ses objectifs exigeants.

Quand ils furent enfin libérés, Harry se sentait à la fois reconnaissant et épuisé. Utiliser ainsi ses pouvoirs, même si les résultats n'avaient pas toujours été parfaits, était exaltant et avaient dirigé ses pensées sur un territoire moins dangereux que les potions.

« Je ne sais pas si McGonagall t'en voulait ou si elle cherchait juste à te mettre à niveau, mais on peut dire qu'elle ne t'a pas raté, » fit remarquer Neville tandis qu'ils se dirigeaient vers le cours suivant. « Apparemment, tu n'auras pas besoin de beaucoup forcer pour rattraper les cours, cela dit. »

« Je suppose que non, Severus m'a fait travailler là-dessus. Il ne plaisante pas avec ça, mais je dois dire qu'il est efficace. »

« Je n'en doute pas, » murmura Neville que l'idée de cours privés avec Snape faisait visiblement frémir. Harry sourit. Neville aurait probablement soupçonné le professeur d'être sous imperium s'il avait pu le voir corriger calmement ses erreurs, ou le féliciter après un sort réussi…

Mais évidemment, cela ne risquait pas d'arriver de sitôt, songea Harry en sentant son estomac se nouer à nouveau. Quoiqu'il fasse maintenant, plus rien ne serait plus comme avant… les heures qui suivirent, sur les bancs du cours d'histoire de la magie, ne firent rien pour divertir Harry de ses pensées moroses, et la séance d'entrainement de quidditch qu'il attendait avec tant d'impatience ne parvint pas à lui rendre sa bonne humeur.

La vue d'Hedwige volant vers lui, un parchemin accroché à la patte, ne fit rien pour le réjouir. La chouette venait du château, et Harry avait l'intuition vivace que Snape n'y était pas pour rien… Il déplia le parchemin et y lut, sans surprise :

Retrouve-moi dans mes quartiers après ta retenue. Nous devons parler.

S.S.

Formidable. Juste ce qu'il lui fallait pour conclure cette misérable journée. Une discussion en tête à tête avec Severus, qui de toute évidence avait l'intention de lui arracher la tête. Et bien sûr, après la retenue avec Rusard… n'y avait-il donc pas de loi contre la double peine ?

Et il n'avait même pas signé par son prénom. Pas de formule sympathique pour adoucir l'ensemble. Non, juste…

« Condoléances, vieux, » grimaça Ron qui avait lu par-dessus son épaule, avec son habituelle délicatesse.

Harry émit un vague grognement.

« Au moins, il ne t'a pas envoyé une beuglante. Ma mère en a une caisse en réserve, ma grand-mère lui en offre toujours à noël, 'en prévision'. Bon sang, je ne connais rien de plus humiliant… »

« Avoir ton père comme professeur et lui faire une scène en plein cours ? » suggéra Harry.

« OK, celle la n'était pas mal, » admit Ron. « Si on ne te voit pas au petit déjeuner demain matin, on enverra les secours. »

« Il y a de bonnes chances pour que je remonte dans la tour assez rapidement, » soupira Harry. « Il veut probablement juste me dire de débarrasser le plancher pour un bon moment. »

« Ne dis pas de bêtise, » fit Hermione. « Tu vas certainement avoir droit au sermon du siècle, en revanche. Je ne voudrais pas être à ta place, mais je dois avouer que ce sera assez mérité. »

« Merci pour ta compassion ! Mais dans tous les cas, j'ai remonté mes affaires. Au moins, on évitera une deuxième scène pour la journée, » soupira l'adolescent. »

« Harry, pour la centième fois, tu dramatises, » soupira Hermione. « Ton père ne va pas te jeter de la maison parce que tu lui as mal parlé. Les parents torturent à domicile, c'est ce à quoi ils servent. »

« Merci pour la tentative de réconfort, si c'en était une. Mais c'est un peu différent ici. Snape déteste les gamins insolents et ennuyeux. Il n'a pas l'habitude… il fera ça à sa façon. Comme m'envoyer faire mes retenues avec Rusard. Il va me dire de ficher le camp, et quand il sera moins en colère, dans quelques temps, peut-être qu'on pourra négocier… »

« C'est lui qui t'a dit ça ? » demanda Ron, surpris.

« Non, mais c'est comme ça qu'il est. »

« Tu n'en sais rien, » fit doucement Hermione. « Et je crois vraiment que tu sous-estimes le professeur. »

« Je le connais mieux que vous, » bougonna Harry.

« C'est certain, mais… » la jeune fille se retourna pour lui faire face. « Ne prends pas ce qu'a dit Ginny autant à cœur, Harry. Elle a sa vision des choses, et comme tu le lui as fait remarquer, beaucoup de choses lui échappent. »

« Elle s'est certainement trompée sur le fait que Snape n'oserait pas me punir, » murmura le garçon. « On verra. » Il haussa les épaules. « C'est l'heure d'aller nettoyer les toilettes avec une brosse à dent, je suppose. Je vous retrouve au dîner, si Severus ne me met pas au pain sec et à l'eau. »

« Je doute de ça aussi, » fit Hermione avec un sourire. « Courage. Quoiqu'il arrive, nous serons dans la Tour ce soir, d'accord ? »

« En train de glousser dans le lit de Ron, oui, je sais, » fit Harry en levant les yeux au ciel.

« Ce n'est pas ce que j'ai dit ! » glapit la jeune fille.

« Bien sûr, Hermione, bien sûr. Mais vous pourriez tout de même vous trouver une salle vide pour ça, il y a des gens qui essaient de dormir, la nuit, dans ce dortoir ! »

« Harry James Potter ! » gronda Hermione d'une voix aigue.

« C'est Potter-Snape, » fit Harry avec un sourire avant de se diriger vers la loge de Rusard. Cette journée de rentrée s'annonçait bien longue…

Dès que le groupe de 6eme année eut quitté sa salle ce matin là, Severus avait claqué la porte avant de se laisser tomber sans grâce dans son fauteuil. Il avait appréhendé ce cours, le retour d'Harry dans ses classes, et s'était laissé aller à imaginer divers scénarios possibles. Aucun, toutefois, n'arrivait à la hauteur de ce fiasco.

Comment les choses avaient elles pu aussi mal tourner ? Il avait pris soin de ne pas mettre Harry sur la défensive, de lui faire comprendre que les choses avaient changé… de toute évidence, il avait lamentablement échoué. Bien sûr, il savait qu'Harry finirait par lui reprocher de manière dynamique son ancien comportement. Mais si tôt, et de manière si vive ?

Il sortit un flacon de sa poche et en avala le contenu sans sourciller. Par chance, il n'avait pas de classe immédiatement. Il grogna, massant son avant bras dans l'espoir de dissiper la douleur lancinante qui l'avait saisi depuis que le garçon s'était soudain rappelé à quel point il le détestait.

Il allait devoir composer avec, mais Harry ne maitrisait ni ses sentiments, ni ce pouvoir, et cela posait un problème. Saisissant une poignée de poudre de cheminette, il la jeta dans l'âtre et demanda le bureau de McGonagall.

« Severus ? Un problème ? »

« Rien d'important, mais j'ai un service à vous demander. »

« Avec plaisir, » fit la sorcière avait un enthousiasme écœurant.

« Harry sera dans votre prochain cours, si je ne m'abuse ? »

« C'est exact. Je suis certaine qu'il sera tout à fait à la hauteur, mais je ferai en sorte de ne pas le mettre mal à l'aise avec ses problèmes actuels, ne vous inquiétez pas. »

« Au contraire. Ne le mettez pas en difficulté, mais faites le travailler, utiliser ses pouvoirs et surtout, occupez le. Ne lui laissez pas une seconde de répit pour penser à autre chose que votre cours. Pensez-vous que ce soit possible ? »

McGonagall parut surprise, mais hocha la tête.

« Ma foi, Harry a manqué plusieurs semaines, il serait normal de le singulariser pour son retour, je présume. Puis-je vous demander pourquoi ? »

« Non. Mais merci de votre coopération, » répondit Severus en coupant la communication.

« Toujours un plaisir, » grommela McGonagall.

Cela fait, Snape jeta une nouvelle poignée de poudre de cheminette.

« Manoir Snape. »

Comme il s'y était attendu, la distance ne changeait rien à l'intensité du déplaisir d'Harry. Jetant un regard écœuré à la Marque qui avait pris une intéressante teinte rouge, il se dirigea vers le chaudron qui refroidissait.

Oui, Harry avait des raisons d'être furieux après lui pour ces années à le brimer en classe. Oui, il était sain qu'il exprime ses sentiments. Mais que Severus soit damné s'il se laissait parler sur ce ton par son propre fils, et dans une de ses classes de surcroit !

Le gamin n'échapperait pas à une petite discussion en tête à tête, et les retenues dont il avait écopé ne seraient que le début d'une mémorable leçon s'il ne se décidait pas à faire amende honorable. Marque ou pas, il était hors de question qu'Harry s'imagine un instant qu'il pouvait avoir le dessus ou que son nouveau père était faible…

Tentant d'oublier la Marque dont la douleur s'était nettement atténuée avec la potion, il se concentra sur le contenu du chaudron. Oui, le résultat était correct cette fois, pas d'erreur… il s'autorisa un léger soupir de soulagement en laissant tomber d'une main experte le dernier ingrédient. Pas d'incantation nécessaire pour celui-ci… le soulagement qu'il ressentit à cette pensée lui fit froncer les sourcils.

La magie noire marchait pourtant suffisamment bien. En insistant un peu, il avait même réussi un sort sans baguette, un tour qu'il avait toujours particulièrement apprécié… peu de sorciers en étaient capables, et faire partie de ceux-là flattait sa vanité. Eileen Prince avait refusé de lui parler pendant deux merveilleuses semaines quand elle s'était rendu compte que son sang-mêlé de fils était capable d'un type de magie qui lui échappait à elle, sang-pur.

Evidemment, le sourire méprisant qu'il avait affecté chaque fois qu'il la croisait, appuyé par une petite démonstration supplémentaire, n'avait probablement rien fait pour arranger les choses. Etonnamment, Tobias avait compris le manège à travers le brouillard de l'alcool et avait lui-même ricané en voyant l'air écœuré de sa femme.

A y bien réfléchir, et même si l'homme ne lui en avait jamais touché un mot, cette petite mesquinerie avait probablement été le seul moment de complicité qu'il ait jamais partagé avec son père, songea-t-il.

Mais Harry et lui avaient une relation différente, et il allait travailler à retrouver cela. Lévitant le chaudron avec légèreté, il fit couler la potion dans un flacon de verre qu'il boucha soigneusement. Il aurait pu le faire sans magie, bien sûr. Mais quel intérêt d'être un sorcier dans ce cas ?

Avec un léger sourire en coin, il empocha le flacon et se dirigea vers la bibliothèque. Albus n'aurait sûrement pas apprécié qu'il ramène un de ses manuscrits à Poudlard, mais ce que le directeur ignorait ne pouvait lui faire du mal. Dumbledore avait parfois tendance à penser que les moyens ne justifiaient pas la fin, quand ceux-ci étaient un peu trop éloignés de sa conception du monde. Cela lui avait été égal ces quinze dernières années, mais il s'agissait à présent de la sécurité de son fils… et de celui de Lily.

Severus s'autorisa un instant de pause tandis qu'il se remémorait le visage d'Harry quand il l'avait vu pour la dernière fois, quelques minutes auparavant. Défait. Effrayé. Furieux. Un mélange de l'adolescent en pleine crise et du petit garçon qui venait de perdre ses parents…

Et qu'aurait fait Lily, si elle avait été là ? La question était stupide, bien sûr, mais il devait admettre qu'un conseil parental n'aurait pas été de trop aujourd'hui.

Ton adolescent de fils, Lily, songea t il. Son père tout craché. Impulsif, incapable de contrôler ses sentiments, de voir plus loin que le bout de son nez quand ses émotions prennent le dessus… Potter l'aurait encouragé, bien sûr. Ton cher James lui aurait dit de ne pas se laisser faire, que ce soit en classe ou ailleurs, avec un professeur ou un autre élève. Il aurait probablement été ravi de voir son fils tenter de faire exploser un chaudron pour prouver qu'il ne reculerait pas.

Mais son regard quand il a réalisé ce qu'il venait de faire… c'était toi, Lily. Je n'ai jamais pu t'en vouloir quand tu me regardais avec cet air de faon pris au piège… malheureusement, les choses ne sont pas si simples aujourd'hui. Que je le veuille ou non, il va falloir être ferme. Merlin, si seulement il n'avait pas tes yeux…

Au dessus de sa tête, le plancher craqua, le faisant sursauter. Le plancher, oui, juste une latte de bois qui travaillait, rien de plus… mais cela aurait pu être la chambre verte, comme l'appelait Harry.

Avant qu'il ait pu réfléchir à ce qu'il faisait, ses pieds avaient décidé par eux-mêmes de le mener à l'escalier et il foulait le tapis du premier étage, vaguement mal à l'aise. Combien de fois était il venu sur ce palier ? Il pouvait probablement les compter sur les doigts des deux mains. Il transplanait jadis, directement dans la chambre, pour que l'illusion soit plus forte…

Mais quand il ouvrit la porte, il dut admettre que le procédé n'y changeait rien. L'endroit était le même, ainsi que la poigne qui lui serra violemment les entrailles quand il se décida à y pénétrer. Ces meubles, ces livres, ces objets… Lily.

Rien n'y faisait décidément, songea t il, ni le temps, ni les fantômes, ni la vie qui avançait. Lily était partie pour ne plus revenir, l'avait laissé là, seul, avec juste ces quelques reliques pour témoigner de son passage et des rêves qu'ils avaient partagés, dans une autre vie. Submergé par la nostalgie qui se dégageait de l'endroit, il s'assit sur le lit vert, le regard perdu dans ce sanctuaire inutile.

Il aurait fallu si peu de choses pour croire que tout cela était réel. Une potion, une simple potion, et il aurait pu vivre une parfaite illusion… mais il n'y avait jamais cédé, et aujourd'hui ne serait pas le jour. Il n'était pas encore résolu à céder ce dernier morceau de dignité, et quand bien même…

« Il y a Harry maintenant. Ton fils, Lily. Bien plus réel que tout cela. Bien plus compliqué, aussi. Je suppose que si tu avais vécu, toi et ton fichu mari, vous auriez eu à essuyer ce genre de crise… il vous aurait crié qu'il vous détestait, tu lui aurais probablement répondu qu'il ne le pensait pas et James l'aurait emmené à un match de quidditch. Tu aurais eu raison. Mais qu'est ce qu'un parent est sensé faire quand son fils a toutes les raisons de le détester ? »

Son regard balaya la pièce, à la recherche d'une réponse, avant de finalement se poser sur la bergère en porcelaine. Son visage se ferma à cette vue.

« Il y a une autre faille dans le plan, vois-tu. Tu aurais su quoi dire, Potter aussi… mais il semblerait que je manque des références de base en la matière. En réalité, je me souviens parfaitement d'avoir craché au visage de mon père que je détestais chaque aspect de son abominable existence, mais tu ne serais pas surprise de savoir que j'en pensais chaque mot. En dépit de tous les griefs qu'Harry peut avoir à mon encontre, nous sommes… étions tout de même parvenu à un certain équilibre. Et maintenant… »

A nouveau, son regard se perdit, sur les livres cette fois.

« Peut-être devrais-je songer à investir dans quelques manuels de psychologie adolescente. Molly Weasley pourrait probablement me conseiller, mais que le diable m'emporte si je m'abaisse à tendre la perche à cette matrone… hum, je suppose que ce libraire de Pré Au Lard fera l'affaire. Avec une dose de polynectar, bien entendu. »

Il soupira avant de se relever à regret.

« Toutes mes excuses pour le dérangement, Lily, » murmura t il, se sentant soudain particulièrement seul et stupide. « De toute évidence, c'est à moi de régler les problèmes que j'ai personnellement créées. Et par ailleurs, c'est mon chat. Rien qu'une gamelle de thon ne puisse régler. »

Il détestait cela, songea t il en atteignant le seuil et en sentant sa tête se tourner malgré lui pour regarder en arrière. Ne pas être capable de venir ici sans imaginer ce qui aurait pu être. Sursauter et bondir pour un craquement de vieux plancher.

Se retourner, voir le tourne-disque, et revenir pour prendre ce fameux vinyle avant de refermer doucement la porte.

Mais même si le sentiment d'échec était toujours présent, il y avait à présent autre chose derrière ces monologues et ces élucubrations. Il y avait Harry et le futur. Le passé n'était plus juste cela, il avait un lien avec l'avenir à présent, et pouvait même être une solution, pour peu qu'il arriva à l'exploiter convenablement… une question d'état d'esprit, simplement.

Et alors qu'il vérifiait une dernière fois que la potion était bien dans sa poche, il réalisa une chose : Lily et Potter étaient bien morts et ne pouvaient lui être d'aucune utilité pour résoudre le problème qui le préoccupait. Le destinataire de cette potion, en revanche, avait connu ce couple, leur bébé, et avait une expérience consistante de ce que devait être une famille.

L'alliance avec Lupin n'était peut-être finalement pas inutile, décida-t-il en jetant une poignée de poudre de cheminette. Et tout au moins ce parent-la pourrait difficilement avoir l'audace de le juger sur ses manquements.

Rémus Lupin, comme il s'y attendait, se trouvait dans le bureau du professeur de Défense. L'inévitable pincement de jalousie qui le prenait toujours en franchissant cette porte s'estompa rapidement à la vue de la mine fatiguée du professeur et de la pile de parchemins qui s'empilaient devant lui.

« Je vois que la journée commence bien, » lançat-il avec un plaisir non dissimulé.

« Test de connaissances générales, » grogna le loup-garou. « Peux-tu me rappeler qui a occupé ce poste depuis mon départ ? »

« Le même défilé d'incapables que d'habitude, » fit dédaigneusement Snape en jetant un coup d'œil à une copie clairement médiocre. « Je présume que le faux Moody n'a pas du faire plus de mal qu'un autre, cependant. »

« L'idée qu'un mangemort ait été le meilleur professeur de Défense de ces dernières années n'a rien de rassurant, » soupira Lupin avant de lui jeter un regard d'excuse.

« Et pourquoi pas ? » rétorqua Snape. « Ce n'est certainement pas la formation qui nous manque. Mais trêve de civilités, voici ta précieuse potion. »

« Ca ne ressemble pas à du Tue-Loup, » fit remarquer Rémus en saisissant le flacon tendu.

« Excellente observation, dans la mesure où ce n'en est pas. Il s'agit d'une commande plus… personnelle. »

« Je pensais que tu avais oublié, » admit Lupin.

« Oublié, ou renoncé ? Inutile de répondre. Cet animal me pose moins de soucis sous sa forme humaine, qu'il y reste. Et quand Albus viendra se plaindre de ce développement... »

« Je lui dirai que je me suis débrouillé seul, » assura Rémus.

« Comme s'il allait y croire une seconde, » fit Snape d'un air méprisant. « Peu importe. Chaque problème en son temps. Une question, Lupin : ton précieux fils prodigue t'a-t-il déjà provoqué en public dans le seul but de te reprocher d'anciennes fautes ? »

Le regard sceptique et désabusé du loup-garou fut une réponse suffisante.

« Tout le temps, oui. En public, en privé, dans son sommeil, et même quand il ne parle pas. Je pensais que c'était relativement clair pour tout le monde. »

« Ah. Evidemment, » fit Severus, passablement déstabilisé. Lupin n'était peut-être pas le bon candidat, après tout.

« Mais j'ai appris ce qui s'était passé avec Harry ce matin, si c'est là où tu veux en venir, » continua Rémus avec ce qui ressemblait à de l'ironie dans la voix.

Severus plissa dangereusement les yeux. Ainsi donc la nouvelle s'était répandue… nul doute que le loup-garou en était ravi après tout, il avait longtemps voulu dissuader Harry de cette adoption. Il avait clairement choisi la mauvaise personne à qui parler, il s'était laissé amadouer par la récente attitude conciliatrice du nouveau professeur et avait fini par baisser sa garde. C'était toujours une erreur.

Alors qu'il tournait les talons, la voix du dernier des maraudeurs l'arrêta.

« Severus ! Ce n'est pas… pour l'amour du ciel, ne sois pas si susceptible ! »

« Oublie ça, Lupin. Il est clair que je m'adresse à la mauvaise personne. »

« Je sais que je suis dépassé par mon fils, mais ça ne veut pas dire que je sois incapable de donner des conseils ! »

Snape lui jeta un regard sceptique.

« Donne-moi une chance, » fit Rémus d'une voix adoucie. « Harry est important pour moi aussi. »

Et c'était justement pour cela qu'il était venu trouver le loup-garou, admit Severus à regrets.

« Harry a eu un comportement assez inhabituel ce matin, » commença t il. « Très défiant. Clairement hostile à mon égard, ce qui en soit n'a rien de surprenant, mais il a mis toute la classe en danger, ce qui ne lui ressemble pas. »

« Etre aussi insolent ne lui ressemble pas non plus, » fit remarquer Rémus.

« Je m'y étais préparé, mais je ne m'attendais pas à ce qu'il éclate aussi tôt, » admit Severus. « Nous avions déjà parlé de… mon ancienne attitude envers lui durant sa scolarité, mais il était évident que tout cela devait remonter un jour ou l'autre. J'espérais juste que cela prendrait un peu plus de temps. »

« Je présume que c'était en effet inévitable. Sans vouloir t'offenser, Harry aurait des raisons de se plaindre de quelques injustices passées… »

« Merci pour cette splendide analyse, » grogna Severus. « Inutile de remuer le couteau dans la plaie, je suis tout à fait conscient de ces égarements et je m'en suis excusé auprès de lui. A défaut d'un retourneur de temps, il n'y a rien que je puisse faire de plus. »

« Je suppose que tu as changé ta façon de l'aborder en cours ? » demanda Rémus sans se laisser démonter.

« Merlin, as-tu encore beaucoup d'autres questions stupides ? Non, Lupin, j'ai agressé mon fils et j'ai tenté de lui faire perdre ses moyens pour le faire échouer ! Evidemment, que j'ai rectifié les choses. Je l'ai interrogé sur des points que nous avions vu ensemble ce week-end, et j'ai fait en sorte qu'il travaille en tout tranquillité. Il me semble qu'une de mes tentatives de réparation a été mal interprétée, mais sa réaction a tout de même été disproportionnée. Je me demande si je ne l'ai pas poussé à reprendre les cours trop tôt, il est encore fragile et sous le choc de tout ce qui est arrivé cet été… »

Il s'arrêta, rechignant à poursuivre sa pensée.

« Au moins, il a conservé la maitrise de ses pouvoirs, » conclut-il.

« Craignais-tu qu'il ne t'attaque ? »

« Plutôt qu'il provoque une catastrophe en laissant sa magie s'échapper. Mais il n'a pas eu besoin de cela, sa tentative de sabotage de potion aurait tout aussi bien fait l'affaire. Et il le savait… cela ne lui ressemble pas du tout. Qu'il fasse exploser un chaudron, cela n'aurait rien eu de nouveau, mais mettre délibérément d'autres personnes en danger ? Ce n'est tout simplement pas lui, » finit Snape dans un murmure.

A quelques pas de lui, il entendit Lupin s'agiter.

« Je sais à quoi tu penses, mais je ne crois vraiment pas que ce soit Voldemort qui s'exprime à travers ses pouvoirs, » fit il.

« Tes capacités en légilimancie laissent à désirer, » fit sèchement Severus, mécontent d'entendre ses craintes exprimées.

« Pour commencer, je trouve plutôt positif qu'Harry laisse sortir ses émotions aussi rapidement, » continua Rémus.

« Pourquoi ne suis-je pas étonné ? Tu as enfin obtenu ce que tu voulais, n'est ce pas ? » fit Snape entre ses dents. « Harry s'éloigne de moi et il ne faudra pas longtemps pour qu'il vienne se cacher dans tes jupons ! »

Lupin leva les mains en signe d'apaisement.

« Je croyais que nous étions au clair à ce sujet. Je ne cherche pas à éloigner Harry de toi, Severus ! J'ai les mains suffisamment pleines avec ma propre progéniture, comme tu le dis si bien. »

Snape renifla, tentant de dissiper la tension dans sa colonne vertébrale. Il n'arriverait à rien s'il n'arrivait pas à faire confiance au loup plus de deux minutes…

« Et quelle était donc ton analyse de la situation ? »

« Comme je le disais à l'instant, je pense que c'est une chose plutôt positive qu'Harry ait réagi aussi rapidement. Ce petit éclat va vous donner une occasion de repartir sur des bases saines. »

« Il n'y a rien de sain là dedans ! » s'emporta Severus. « La première heure du premier cours ! Cela tendrait plutôt à prouver que notre relation hors de l'école n'était pas si forte que cela. Je n'ai absolument rien vu venir, tout s'est passé parfaitement ce week-end… »

A ses côtés, Lupin laissa échapper un petit soupir nerveux.

« Il y a autre chose… mais tu dois me promettre de ne rien répéter, ni de t'en mêler en aucune façon ! »

Snape lui jeta un regard soupçonneux.

« De quoi parles-tu ? »

« Promets. »

« Très bien ! » fit sèchement Severus. « A moins que ce ne soit d'une importance vitale, je n'en dirai rien. »

« Je suppose que ça devra suffire… j'ai appris de source sûre qu'Harry avait eu une discussion agitée, hier soir, avec Ginny Weasley. »

« Weasley ? Je sais qu'il tentait plus ou moins de la courtiser, mais l'affaire ne semblait pas bien engagée… »

« En effet. Ginny a des idées pour le moins… arrêtées, et elle les a exprimées haut et fort. Le contenu portait sur la définition d'une famille, et il semblerait que ses arguments aient ébranlé Harry. »

« Merlin ! Je vais tuer cette petite… »

« Pas question ! » interrompit Rémus, « Tu as promis ! »

« Elle… ah ! Le Seigneur des Ténèbres n'a peut-être pas tort sur tous les points, après tout, il est grand temps d'éliminer cette famille de traitres de la surface de la terre ! »

« Severus ! » cria le loup-garou, mi-choqué mi-amusé. « Ce n'est rien de si dramatique. Elle a juste posé des questions qui ont réveillé quelques inquiétudes d'Harry. De quoi justifier le petit scénario de ce matin… ce qui ne lui donnait pour autant pas le droit d'être aussi inconscient. »

« Qu'a-t-elle dit exactement ? » demanda Snape.

« Tu en sais bien assez comme ça, » fit Rémus en battant en retraite. « Je pense que les Weasley ont prévu de garder leur fille en un seul morceau pour quelques temps encore. »

« Je trouverai bien un moyen, » grommela Severus, soulagé malgré lui. Il y avait donc un motif derrière tout cela… même s'il ignorait au juste lequel.

« Je n'en doute pas un instant, » fit Lupin en riant doucement. « Tu auras sans doute besoin d'avoir une sérieuse discussion. Mais si j'ai un conseil à te donner… »

« Je sais, ne pas être trop dur avec lui, » coupa Snape.

« Au contraire. N'hésite pas à te montrer sévère. Sa conduite était inacceptable et il doit savoir que tu ne flancheras pas sur ce genre de sujets. »

Severus lui jeta un regard étonné.

« Je doute que qui que ce soit dans cet école, en particulier Harry, ait un doute sur ma capacité à être rigide et intransigeant. »

Rémus ne put retenir un sourire.

« C'est un fait, mais il est probable que tu aies montré un côté plus… sensible avec Harry. »

Snape grogna, mais ne chercha pas à le contredire.

« Alors montre lui que tu n'as pas peur de le punir, que tu sais que votre famille ne va pas voler en éclat à la première dispute. »

Surpris, Severus tapota brièvement sa joie de l'index, fouillant le visage du loup-garou.

« Je vois. Miss Weasley a effectivement du faire preuve d'une psychologie sans borne hier soir. »

« Ce ne sont que des adolescents, » offrit Rémus. « Et il semblerait qu'Harry l'ait poussée dans ses retranchements. Comme je te le disais, tout cela devait sortir à un moment ou un autre… voila qui est fait à présent. »

« En effet. Je présume qu'il ne me reste plus qu'à gérer une sortie de crise moins dramatique et aller au fond des choses. Une soirée réjouissante en perspective. »

« Je compatis, » fit Lupin. « Mais au moins, il accepte d'interagir avec toi. Crois-moi quand je te dis que je serais ravi que Loki provoque ce genre de scène, et que nous avancions un peu dans la thérapie familiale, » soupira t il.

Severus sentit à son tour une vague d'empathie pour son collègue. Etre père était décidément un rôle plus compliqué que les livres ne le laissaient entendre.

« J'espère que la potion pourra aider, » fit il sincèrement.

« A déclencher une crise, peut-être, oui, » soupira Rémus. « Les progrès ne sont pas flagrants depuis qu'Hagrid est dans la partie. Mais cet élixir devrait me donner un peu de répit. Je te remercie. »

Snape balaya le remerciement d'un geste de la main.

« Il ne pourra plus en ingérer pendant une longue période. Tache d'en profiter au mieux. Sous cette forme, il n'aura aucune raison de trainer dans les bois, et s'il doit voir sa compagnie limitée à toi et Albus… je soupçonne qu'il n'en vienne à t'apprécier plus vite que tu ne le penses. »

Lupin rit doucement en jouant avec le flacon.

« Qui sait. Il ne sera pas dit que je n'aurais pas tout tenté. »

« Sur ce, il est temps que je retourne dans les cachots. Deuxième année, Serdaigle et Poufsouffle. Une charmante heure en perspective. »

« Laisse-moi deviner : les idiots et les autistes ! » fit Rémus avec un sourire moqueur.

Severus leva un sourcil ironique, surpris.

« J'ignorais que ces mots faisaient partie de ton vocabulaire. On fera quelque chose de toi, Lupin. Si les loups ne te mangent pas… »


Me voici de retour des US! Et pas que ça: voici aussi le retour de mes betas, Azenor et Pacha que j'aime tendrement d'amour et qui ont rendu ce chapitre lisible! Un grand merci à elles !

Une fois de plus, mes personnages m'ont un peu échappés, et je n'ai mis que la moitié de ce que je voulais mettre dans ce chapitre... petit air de déja-vu... mais le prochain est en route!

Par ailleurs, quelques nouvelles ! Tout d'abord, Shadow a fêté ses trois ans récemment! Eh oui, trois ans... je n'aurais jamais imaginé que ça dure si longtemps, et pitié ne me posez pas la question "encore combien de chapitres?", j'ai peur d'y répondre! Mais j'ai récemment fixé pas mal de choses sur le scénario de fin, donc j'ai bon espoir! A l'occasion, j'ai fait un petit OS que vous trouverez sous le nom de "Convulsions" ! Un grand merci à tous les lecteurs que me motivent pour écrire cette histoire, et qui suivent parfois depuis le début!

Comme vous le savez peut etre, j'ai eu la chance de visiter cet été le parc Harry Potter en FLoride! YAYYY ! J'ai fait un reportage complet avec photo et video sur mon LJ, si ça vous intéresse! Je ne sais plus si je l'avais marqué ici, mais j'ai également un compte Twitter que j'alimente de temps en temps, sous le même pseudo.

Et un grand merci aussi à tous ceux qui ont voté pour moi pour le concours 4S sur le site hpfanfiction, j'ai remporté le premier prix, que j'ai d'ailleurs été chercher à la poste cette aprem! Trop de bonheur! :-D

En espérant que vous aurez aimé ce chapitre ! On se retrouve bientôt ! :-)