Cher journal,
J'ai effectivement réussi à faire mentir le diagramme de Donatello. Je cite ce dernier;
« April! Tu amènes tellement la poisse que même la science ne peut prévoir les répercussions monumentales de tes conneries! »
Donnie exagère. Cela ne s'est pas si mal passé.
Tout a commencé par moi qui suit allée faire les courses avec Raph. J'avais besoin de bras et je ne voulais pas prendre le risque que Leo et Raph empirent leur relation. Leo, lui, faisait du Tai-chi sur la plage et Mikey ramassait des coquillages.
Donnie faisait un graphique afin de prévoir ses réactions futures à tous ce qui pouvait arriver suite à mon projet.
Quand je suis partie, il en était à : "Disposition de cadavre".
Mais je n'allais pas me laisser impressionner.
Don a fait enfiler à Raph un masque hyper réaliste dans un genre de silicone, ainsi que des gants à 5 doigts. Avec un chapeau, des lunettes, des souliers et un poncho, Raph, très rapidement, pouvait passer pour un humain monstrueux et non un mutant. De toute façon, j'avais besoin de lui que pour attacher le canon au-dessus de la Westphalia.
Raphael était reluctant à quitter et ce n'est qu'avec des promesses de chasse-moustique et d'alcool, que j'ai pu l'attirer dans ma voiture, comme un prédateur le ferait à une enfant, avec des bonbons.
Le trajet s'est passé assez bien. Raph ne cessait de changer les chaines à la radio pour finalement la fermer à « Look what you made me do ».
J'ai éclairci ma gorge et je me suis lancé. Je n'avais pas choisi Raph juste parce qu'il est le plus musclé et qu'il n'avait rien à faire. Raph, bien harponné, peut en révéler beaucoup, tellement il ne gère pas ses émotions. Leo, lui, est beaucoup trop prudent et réfléchit pour laisser aller un mot qu'il n'a pas soupesé. Des informations supplémentaires sur leur vie depuis mon départ, ne seraient pas de trop.
« Et puis, Raph, euh…comment vont les trucs? Tu sais, avec le travail? Chacun d'entre vous s'en occupe? »
Regard vert néon en coulisse, derrières les verres fumées.
« Ouais. »
Silence. Seconde tentative.
« Ok, donc tu es toujours videur? Et Mikey Dj? »
Regard vert fixe sur la route
« Ouais »
J'ai retenu à grande peine un soupir d'exaspération.
« Okay et Leo et Don, là-dedans? »
« Donnie fait les comptes. Fearless les collecte. »
Les collecte? Je ne comprenais pas trop ce que cela veut dire. Raph a eu un petit rire amusé à sa question.
« Il fait cracher le fric aux types qui ne sont pas bons payeurs. » Il s'est mis à rigoler franchement devant ma mine horrifiée.
« T'inquiète, rouquine. 3 fois sur 4, il n'a qu'a dégainer son katana, pour qu'ils crachent au bassinet. »il a expliqué en haussant les épaules. « Ça en jette toujours un max quand il fait cela, avec ses paupières rétractées ». Il sourit à pleine dents, presque admiratif.
J'imaginais aisément un Leo effrayant, malgré son air brisé actuel. Je demandais :
« J'aurai cru que cela aurait été plus ton rôle, à toi…Et une fois sur 4 ? Que se passe-t-il? »
« Bah, tu sais, moi, je suis trop facile à amadouer…Le type me parle de ses gosses à la maison qu'il veut envoyer à l'université et bon, je laisse tomber. Mais Fearless, tu le connais, il ne badine pas avec rien. Y avait ce type, qui nous devait un max de pognon. Il a menacé de nous dénoncer aux flics. Leo l'a suivi durant trois jours, le traquant sans arrêt. Parait qu'il se payait des putes, avec l'argent qu'il nous devait. Fearless lui a dit de changer de vie et de nous rembourser, sinon, il le dirait à sa femme et l'a castré, comme ça! Zoooo » m'a expliqué Raph en faisant un geste sec de la main, un sourire aux lèvres, « pour lui faire un petit rappel, qu'on ne se moque pas des frères Hamato. Mais tu connais Leo, c'est un chic type, il a appelé le 9—11 pour qu'ils viennent le ramasser. »
J'étais blanche comme neige. Raph continuait à papoter, le souvenir le mettant visiblement de bonne humeur.
« Depuis, Fearless n'a même pas à se déranger. Le mot a été passé », il conclut, avec un clin d'oeil gogenard.
Je ne pouvais pas juger que c'était monstrueux et barbare, pas dans le même habitacle que Raphael, qui semblait visiblement très fier des prouesses criminelles de son grand frère. Par instinct de survie, je me suis tu.
« Cela m'étonne de Leonardo. Il me semble qu'il est le plus compatissant de vous quatre, non? Et puis, ce n'était pas plus simple de ne plus servir à boire aux mauvais payeurs? »ai-je demandé.
« Fearless a besoin de distractions. Et ce n'était pas au bar que le type avait une ardoise, mais au casino. »
C'est ainsi que j'ai appris que les frères Hamato dirigeait une maison de jeu illégale, aussi nonchalamment que s'ils avaient décidé d'ouvrir une épicerie bio.
Donatello avait acheté tout le bloc, mettant un coin de rue entier seulement accessible aux mutants ou à des gens ayant une carte magnétique qui fait lever une barrière. Il m'a raconté qu'il y a de tout, même un bordel, mais que Leo ne le sait pas, car il aurait tôt fait de faire flamber l'établissement ou bien de leur mettre une ceinture de chasteté.
Je me suis étouffée avec mon chewing gum. Je me suis arrêtée sur le bord de la route, Raph m'a fait la méthode d'Heimlich et je lui ai demandé de conduire.
J'ai demandé comment Donnie pouvait avoir tant de pognon. Raph m'a alors raconté une histoire confuse du Vatican (!) qui a acheté toute la réserve de thé miraculeux de Donnie. Je n'ai pas pu poser de question. Raph a simplement dit qu'il se moquait de la provenance du blé pourvu qu'il ait son houblon.
Toutes ces révélations m'en avait fait oublier le sujet qui m'intéressait de prime abord. Je devais me dépêcher car nous étions presque arrivés.
« Oh et euh…est-ce que tout le monde va bien? »
A cela, j'ai vu les non-sourcils de Raph se froncer.
« Comme tu vois… » il répondit assez sèchement pour que je comprenne qu'il serait foutrement dangereux de poursuivre la conversation plus loin. Mais bon, j'avais AUCUNE envie de faire l'inventaire de Donnie. A ce point, je préférais une mort rapide. Alors, j'ai utilisé une tactique éprouvée : prêcher le faux pour savoir le vrai.
« Je suis contente de voir que toi et Leo ne vous disputiez plus…il a l'air de t'apprécier à ta juste valeur maintenant ».
Les prunelles de Raphael ont jeté un bref coup d'œil dans ma direction l'espace d'un instant. Mais il n'est pas tombé dans le piège. Il a juste rallumé la radio.
Il ne m'a ni parlé ni regardé durant les dix dernières minutes.
Je me suis arrêtée au magasin de chasse et pêche et j'ai dit à Raph de m'attendre. J'ai fait la bêtise de me stationner à côté d'une voiture dont la caisse portait trois carcasses de chevreuil. Raph s'est collé le nez à la vitre.
« Merde! Qu'est-ce que c'est ».
Perso, je déteste la chasse et de toute évidence le type chassait pour le plaisir de tuer et non pas pour se nourrir. J'ai expliqué succinctement la matière à Raphael dont les yeux brillaient de rage.
Puis, il a éclaté en sanglots et m'a dit je ne sais quoi sur la maman de Bambi. J'étais ahurie. Mikey avait déjà faite une allusion une fois sur le fait que Raph chialait comme un bébé devant Bambi (et Dumbo, je pense)
Il s'est énervé de ma mine béate et je lui ait que je le trouvais vachement sensible pour un mec qui parlait de castration à froid en rigolant. Il ne m'a pas répondu et je suis entrée dans le magasin.
Quand je suis ressorti de la boutique avec le commis qui m'aidait à porter le canot, Raph, les chevreuils ET LA VOITURE avaient disparues.
Ce salaud m'avait abandonné, avec un canot, une tente et un équipement de pêche, achetés pour rebâtir son couple, sans compter le type de la voiture à coté dont la voiture avait été vandalisé en plus qu'il ait perdu son trophée de chasse.
J'ai écrit à l'émule de Green Peace qui ne m'a pas répondu, mais cinq minutes plus tard, Donnie m'a écrit :
« Je viens te chercher »
J'ai quêté alors une cigarette à un passant et j'ai attendu. Ces salauds allaient me refaire plonger dans la dépendance à la nicotine. J'avais trop hâte que Donnie arrive pour déverser ma fureur outragée au sujet de son goujat de frère.
Donnie s'est pointé et ma colère a pris un banc arrière : Don avait l'air ulcéré. Il m'a vite expliqué pourquoi :
« Bien joué, April. J'avoue que je n'ai avait pas prévu de carcasses animales à brûler en offrande » il m'a lancé, les lèvres pincées.
J'ai souri jusqu'aux oreilles. Don avait peur de perdre. Il est déjà un très mauvais perdant. Mais juxtaposé au fait d'avoir tort, c'était trop pour lui. Je ne voyais pas comment cela avait pu rapprocher Leo et Raph et donc faire chier Donnie, mais je me suis contenté de cette petite victoire, pour le moment.
Costumé, il m'a aidé à installer le matériel en marmonnant que je n'avais pas à sourire comme une idiote car de toute évidence, ce n'était que le hasard, un impondérable de la vie, et que je n'y étais pour rien.
On a fait le reste des courses ensemble. Mikey avait fait une liste.
Même avec mon sens de l'orientation digne d'une huitre, j'aurai pu retrouver le campement. La colonne de fumée dépassant la cime des arbres en était un assez bon indicateur.
Le temps que je fasse mes achats et que Don vienne me chercher, les autres frères avaient élevés un bucher funéraire où se consumait les chevreuils morts. Une partie d'entre eux avait échappé à l'hécatombe.
C'était notre repas du midi.
Je n'ai pas voulu savoir le "pourquoi". Je n'ai rien dit à Raph, aucun reproche, rien. Don avait peur de perdre et ce frisson délicieux valait toutes les frousses du monde.
Mais je n'allais certes pas manger de la maman de Bambi.
Je passe journal, plusieurs heures. Le seul point vraiment intéressant est que Leo a mangé de la viande. C'était une forme de respect spirituel mais tout le monde s'en balançait. Leo était devenu si frêle, sous ses muscles, qu'il aurait pu prétendre devenir cannibale que ses frères s'en serait foutu.
Parlant du leader, j'ai expliqué à Leo que c'était sa journée, juste pour lui, et que je lui avais prévu un après-midi de pêche, activité qui devait corresponde à sa personnalité silencieuse. Leo m'a alors jeté par terre.
Ce sale enquiquineur ne voulait pas pêcher, trouvant cette activité mesquine et déloyale. Leurrer les poissons et les blesser, leur offrant une longue agonie, était cruel et que, s'il voulait du poisson, il pouvait en attraper plusieurs, à mains nues, en un quart d'heure. Raphael a roulé des yeux devant cette prétention, mais je savais que Leo, le type qui peut descendre l'avion du Baron Rouge avec une punaise et une boule de gomme, pouvait le faire. J'aurai dû le savoir.
Évidemment que Don, lui, le savait. Ce fils de pute m'a fait acheter un canot alors qu'il savait que Leo allait refuser d'y mettre un pied.
J'ai alors perdu la tête et j'ai expliqué au leader que ses caprices, voulus ou non, me coûtait la peau des fesses et que, à cause de lui, le sale mioche ingrat, j'allais devenir strip-teaseuse et ne me nourrir que de beurre d'arachide tout le reste de ma maitrise.
Sans compter me faire faire l'inventaire de Donnie., que j'ai pensé.
A la fin de l'explosion, les yeux affolés, il était assis bien sagement dans le canot, les mains sur les genoux, très droit, comme un premier de classe. Un premier de classe avec ses katanas attachés sur le dos.
J'ai donc passé à la phase deux, expliquant que ma colère était due à des règles très douloureuses qui m'empêchaient d'aller pêcher avec lui.
Ils ont tous rigolé, me disant de ne pas les prendre pour des cons et que je devais profiter de mon canot tout neuf.
Que dire sinon que, 30 minutes plus tard, j'étais au milieu d'un lac, seul en face d'un Leo marmoréen. Je fixais la berge avec rage et malgré la distance, j'étais sûre de voir Donnie se bidonner. Mikey lui, avec ses nageoires d'homme-grenouille qu'il avait amené je ne sais comment (Duh, je suis un ninja, dudette, qu'il m'a répondu quand je lui ai demandé), nous a promis de nous approcher des bancs de poissons de nos cannes à pêche.
Raph lui n'a rien dit, il enterrait ce qui restait des ossements des chevreuils.
J'avais eu le temps de chiper au passage une bouteille de vernis crème, pour aller avec ma robe d'été blanche et jaune et je me faisais un joli pédicure sous l'œil inintéressé du leader.
J'ai voulu, avant de devenir complètement timbrée par l'ennui, converser avec Leo et lui parler du type qu'il avait castré. Je me suis fait rembarrer d'un « chut ».
J'allais lui dire de ne pas en mettre, qu'on n'avait même pas encore nos lignes à l'eau que j'ai entendu un bruit ainsi que perçu un mouvement sous le canot.
Ça me rappelait ce fichu film à sketch de Stephen King, « Creepshow » où un monstre, qui est essentiellement une nappe de pétrole carnivore, dévore des étudiants sur une sorte de radeau.
A ce moment, Mikey est surgit de l'eau, le bras tendus comme dans un film d'horreur, en gueulant « Sauve-moi, Leo! » et j'ai sursauté ainsi que le Fearless Leader, faisant basculer et ouvrir le pot contenant des vers de terre qui s'est rependu sur mes pieds aux ongles fraîchement vernis. J'ai crié à mon tour et j'ai dû faire un faux mouvement car, un moment plus tard, j'étais à la flotte.
J'ai réussi à m'agripper au canot renversé et j'ai gueulé à plein poumons le nom de Leo. Je ne le voyais plus, ni Mikey. J'étais si concernée par leur sort que j'en avais oublié que je ne savais pas nager. Si Leo avait reçu un coup du canot en chavirant? Qui allait nous sauver Mikey et moi?
Je ne voyais absolument pas si, de la berge, Donnie et Raph nous avaient vu chavirer. Je ne mets pas mes lunettes pas coquetterie et mes nouveaux verres de contact jetables ne sont pas encore arrivés de chez l'optométriste. Puis des tortues vertes, parmi une forêt, verte, ce n'est pas si évident. Surtout quand tes cheveux collent à ton visage.
J'essayais donc de nager en petit chien, tenant mon canot d'une main. Au prix qu'il m'avait coûté, je n'allais pas l'abandonner là. J'allais avoir au moins le plaisir de le démolir à coup de hache et de le brûler, moi-même avant.
Je sentais des choses passer à côté de moi dans l'eau, que je ne voyais pas, et je n'avais que ce foutu film de Stephen King à l'esprit. Quelque chose a touché mon pied, l'avalant et je me suis mises en mode panique…
Quand j'ai rouvert les yeux, j'ai vu que mon pied était englouti par un truc horrible. J'ai hurlé à Donnie de me trancher le pied. C'est là que j'ai vu qu'il rigolait en prenant des photos. J'avais apparemment mis le pied dans la bouche d'un poisson mort.
Leo, qui de toute évidence allait bien, l'a enlevé. Je me suis levée et j'ai giflé Donnie et Leo. Ou Leo et après Donnie. J'étais dans une telle rage que je n'arrivais plus à les distinguer.
Mikey m'a dit de me calmer en me prenant les mains.
D'après ce que j'ai compris, les nageoires à ses pieds pesaient comme si elles étaient en béton, le tirant par le fond. Il allait vraiment se noyer, ne sachant pas très bien nager, quand Leo a plongé. Le mouvement, combiné au mien a dû me faire chavirer. Leo n'arrivait pas à enlever les nageoires et a dû trainer Mikey qui pesait une tonne, jusqu'à la berge où il lui a fait le bouche-à-bouche, alors que Donnie et Raph venaient à ma rencontre, à la nage.
Leo ignorait que je ne savais pas nager car sinon, qu'elle était le point de camper près d'un lac et d'acheter un canot? S'est-il justifié, le fin finaud.
J'ai pleuré pour toute réponse, du choc, sans doute.
J'ai voulu rentrer.
Donnie m'a pris à part pour me dire la phrase que je t'ai dite plus haut.
Il m'a indiqué Mikey qui sautillait autour de Leo, l'appelant son héros et Raph qui se renfrognait.
« Tu n'as aucun mérite, April. Ce n'est que de la chance, que tu aies failli noyer Mikey. Mais bon, n'es-tu pas curieuse de voir où cela va mener? »
J'ai failli lui faire bouffer le poisson mort, encore sur la sable, à cela. De la chance, vraiment?
Puis, j'ai souris. Raph avait une faiblesse, si facile à exploiter, que j'avais oublié : la jalousie.
« Je veux faire monter les enchères… » j'ai annoncé.
Donnie à plisser les yeux et a hoché la tête. Il veut que l'on mette le tout sur papier.
Il est 19h maintenant et encore quelques évènements se sont produits. J'ai passé 45 minutes à trafiquer des biscuits de fortune, alors je prends une pause.
