Gays of thrones

Chapitre 55

You win or you die

Petite dédicace à Marina Ka-Fai pour sa suggestion de présentation

Quand Cersei Lannister, veuve Baratheon, avait perdu son fils aîné, elle avait hurlé et tempêté, prête à réduire le monde en lambeaux. Quand elle avait perdu sa fille, elle avait pleuré toutes les larmes de son corps. Quand elle perdit son dernier fils, elle resta calme, incapable d'exprimer la moindre émotion.

Que dire ?

Tout était fini. Le dernier de ses enfants était parti, l'avait lâchement abandonné en se donnant la mort (l'Inexcusable !), et Jaime n'était même pas auprès d'elle.

Et pourtant, elle restait debout. Vivante.

Du moins, physiquement…

« Ma reine ? »

Le bon Qyburn la regardait, à la fois gêné et inquiet. Cersei ne lâchait pas des yeux le corps de Tommen étendu devant elle.

« Est-ce qu'un soutien psychologique vous aiderait ? Je peux vous trouver des adresses… »

« Trouvez-moi plutôt un moyen de le remettre sur pieds. », dit simplement la reine.

Que je puisse dûment l'engueuler pour m'avoir abandonné. On parle de Cersei, la fille qui ne s'est jamais remise de la disparition de sa mère…

Et puis, c'est quoi ce roi qui meurt à cause d'un veuvage ? En plus, fallait voir l'épouse ! Crever pour une greluche, Tywin doit se retourner dans sa tombe !

Ah zut, c'est vrai, Tywin n'a plus de tombe…

« C'est… délicat, ma reine… », avoua Qyburn. « Ça fait plusieurs chapitres que je galère avec le corps de Myrcella, je ne sais pas si j'arriverai à ressusciter un seul de vos enfants ! »

« Vous avez réussi avec la Montagne, poursuivez. Une fois que vous aurez remis en vie Tommen et Myrcella, j'arrêterai ces politiques débiles d'alliances foireuses avec ces familles qui nous détestent, et j'unirai mes deux derniers enfants pour qu'ils assurent l'éternité de notre nom. »

Qyburn regarda la reine, sans rien oser dire. Il se dit qu'il fallait vraiment qu'il lui trouve un psy, ça partait trop en vrille dans sa caboche…

Cersei, indolente, gardait les yeux rivés sur le corps de son petit dernier, et poursuivait ses délires : « Oui, il faut en finir avec l'hypocrisie. Tommen et Myrcella sont les enfants de Jaime. Lannister est leur nom. J'épouserai enfin mon frère, je marierai nos enfants entre eux, et nous ouvrirons un nouveau chapitre de l'histoire de Westeros. Ce sont nous, les vrais héritiers des Targaryen : comme eux, nous sommes blonds, nous sommes incestueux, nous jouons avec le feu… »

« Hem ! Votre Majesté, quand bien même je parviendrai à vous rendre vos deux enfants, je ne suis pas sûr que les zombies puissent se reproduire… »

« Je sais, fit Cersei. C'est pourquoi j'ai demandé à Ser Gregor de faire un test avec Unella. Au reste, quelques soient les résultats, je me hâterai de convoler avec Jaime à son retour. »

Elle tourna les talons et s'éloigna sans mot dire. Ses pas résonnèrent un moment sur le dallage, puis le clerc entendit le bruissement de ses robes.

Il leva la tête vers elle : elle s'était arrêtée un instant, et retournée vers lui.

« J'ai attendu chacun d'eux pendant neuf mois – ne me demandez pas combien de saisons ça représente. J'attendrai le temps qu'il faudra, Qyburn, mais rendez-moi mes enfants. J'attendrai. Désormais, j'ai tout mon temps… »


De l'autre côté du continent, Jaime Lannister était à des lieues d'imaginer les plans de sa sœur. Il avait été envoyé dans le Conflans aider les Frey à rétablir l'ordre. Grâce à ses troupes, le vieux Walder, le vassal le plus inutile de Westeros, avait établi sa suzeraineté sur Vivesaigues, l'ancestral château des Tully.

Aux Jumeaux, un grand banquet était donné. Assis à la table d'honneur, Jaime écoutait d'une oreille distraite le vieux corbeau qui se vantait de la puissance de sa maison, et de son alliance avec la Couronne.

Jaime avait d'autres préoccupations en tête : sa relation avec Bronn se compliquait. Son amant lui avait fait comprendre qu'il était le genre d'hommes à avoir des besoins, comme on dit, et que si Jaime tenait à une certaine exclusivité, il ferait mieux de le payer au lieu de piquer des crises de jalousie, comme avec ce pauvre Podrick.

« ça fait partie des choses que je fais par amour... », avait tenté d'expliquer Jaime.

« Ouais, ben, si vous voulez que je sois votre maîtresse, va falloir songer à m'entretenir sérieusement ! »

Sur ces entrefaites, il avait quitté la salle à manger, bien décidé à aller courir la gueuse.

Jaime rongeait donc son frein, lorsque Lord Walder s'installa à côté de lui.

« Dispute d'amoureux ? », demanda-t-il, goguenard.

Jaime ne répondit rien. Il eut l'impression de sentir sur lui le regard désapprobateur de Tywin.

« Bah, vous en trouverez d'autres ! Avec votre belle fortune, les Sept Couronnes vous tendraient leurs fesses ! »

Tout en finesse, le vieux !

« Avez-vous jamais aimé, Lord Walder ? », demanda Jaime, désespérant d'être jamais compris en ce monde.

« Oh, ces fadaises ne sont plus de mon âge ! »

« Si vous voulez… Mais… dans votre jeunesse ? »

Aïe, c'était quand même difficile d'imaginer Lord Walder jeune. A tous les coups il avait la même dégaine pouilleuse que ses fils !

Le vieux regarda Jaime, cyniquement.

« Pourquoi tombe-t-on amoureux ? Pour assurer son lignage. Et moi, j'ai assuré largement le mien jusqu'à aujourd'hui. »

« Je vois… Vous êtes un vrai tombeur ! »

« Moquez-vous, mon garçon ! Vous croyez que ça me trouble ? C'est facile pour vous : vous êtes riche, vous êtes beau, vous êtes brave… En vérité, ajouta-t-il tandis que ses os craquaient, c'est vous qui devriez vous asseoir sur le Trône de Fer ! Ils ramperaient tous devant vous, moi le premier ! »

Jaime le regarda. Les yeux du vieux Walder brillaient. Il n'était pas sûr de bien saisir…

Mais Lord Walder était sérieux. Depuis que Lord Baelish lui avait expliqué qu'entre hommes, c'était possible (il avait même fait des petits dessins dans ses missives, que Walder Frey étudiait sérieusement), il avait eu envie d'essayer. Et tant qu'à faire, autant tester avec Jaime Lannister !

« Le pouvoir, conclut Walder Frey avec paternalisme, est une chose fantastique ! »

« Précisément ! Le pouvoir n'est pas aux mains des Frey, mais dans celles des Lannister. Si nous n'étions pas là pour vous aider à conserver vos domaines… qui voudrait de vous ? »

Sur ces mots, il laissa le vieux en plan.

Râteau de l'Ouest…


Walder Frey digérait ce râteau lorsque, Jaime et son ost partis, il prenait son déjeuner. La grande salle était vide, seule restait une petite soubrette pour le servir.

Entre deux mains aux fesses, Lord Walder pestait : « Où son mes nigauds de fils, Walder le Noir et Lothar ? Je leur avait dit de me rejoindre à midi ! »

« Mais… ils sont là, m'sieur ! », avait répondu la servante.

« Où ça ? », demanda Walder, « je ne les vois pas ! »

« Ici, m'sieur. » dit la servante en avançant son plat vers le Maître des lieux.

« Où ? », insista Walder Frey.

« Bon sang, mais regarde dans ton assiette ! »

Lord Frey fut un instant interloqué par l'impertinence de la soubrette, mais celle-ci restait imperturbable. Il observa la tourte qu'il mangeait. Levant la croûte, il y découvrit un morceau de chair qui l'intrigua.

Il comprit soudain qu'il s'agissait d'un doigt.

A ses côtés, la voix de la servante résonna, implacable :

« Oui, j'ai bien peur que ce ne soit pas une tourte au saumon, mais au pouilleux. C'était délicieux, m'sieur ? Je n'avais pas prévu ça. Ce que j'avais prévu, en revanche, c'est que mon oncle Brynden reprendrait Vivesaigues et que ce serait de nouveau la honte pour vous ! »

Lord Walder regarda la servante. C'était quoi cette histoire, encore ?

Mais, à son grand étonnement, il la vit saisir son visage et l'ôter, comme on ôte un bonnet.

La fille avait un autre visage. Un visage que Walder Frey ne connaissait pas – nous voilà bien avancés ! A vrai dire, ce visage aurait dû, s'il n'avait pas assassiné Robb Stark, faire partie de sa propre famille : c'était celui d'Arya Stark, l'ancienne promise de Lothar.

Et Arya Stark démasquée poursuivit :

« J'étais sûre que vous seriez de nouveau humilié par ma famille trop classe pour la vôtre. Mais j'étais sûre aussi que vous ne pourriez pas laisser passer ça, même si vous n'êtes qu'un beauf total qui n'a jamais fait le poids. Me doutant que vous tenteriez de prendre votre revanche contre Vivesaigues, je me suis rendue dans le Conflans. Je me doutais aussi que vous ne feriez rien vous-même de peur de vous faire écraser comme une merde ! Il semblait plus logique que vous envoyiez vos fils, et j'ai bien peur que quand ils ont cuvé le vin de leur victoire obtenue par traîtrise, j'en aie profité pour m'approcher d'eux et les égorger d'un coup sec ! »

« Mes… mes fils sont morts ? », bégaya le vieux Walder.

Non, le doigt est en plastique, faillit répondre Arya. Mais elle se contint et récita le scénario qu'elle s'était répété mille fois dans sa tête :

« Je suis arrivée juste à temps pour les voir tomber raides saouls, et bien sûr j'ai volé les cadavres ! Après une nuit de travail à la dague, j'avais tous les ingrédients pour ma tourte au pouilleux. Comme ça je pouvais vous confirmer personnellement la mort de vos enfants, et bien sûr, vous faire bouffer ma tourte. »

Arya se pencha vers sa victime, qui la fixait avec terreur, et susurra sadiquement : « Est-ce que vous l'aimez ? Est-ce que vous l'aimez, m'sieur ? J'appelle ça : la Frey style pie ! »

« Par les sept enfers ! »

Et soudain Arya craqua : « Na na na, na na na, j't'ai fait bouffer ta sale race ! »

« Noooon ! »

Trop tard : elle avait saisit le vieux Walder Frey par la tête et l'égorgea au-dessus de sa tourte.

Le sang gicla sur le plat.

« C'est vrai, admit Arya, que ça manquait un peu de sauce, tout ça ! »