Merci à tous pour toutes vos reviews.

Oui, Mia, ta question concernant la réaction de harry quand il devra faire face à toute la réalité est trés pertinante, et je ne le sais pas encore vraiment moi-même...

J'espère que tu n'es pas trop déçue Helleni, de ne pas voir l'expédition de Tonks et Kingsley dans l'antre de Severus, mais je n'avais pas prévu de le décrire. J'espère que ce chapitre te plaira quand même et bon courage pour ton français... Tu dois être en plein de dedans, si tu ne l'as pas déjà passé...

Bohemio et Sylnaruto, par contre, vous devriez être content : vous vouliez plus de Nuwan et de Mixiel, vpus voilà gâtés... Sinon Sylnaruto, tu avais parfaitement compris les osus-entendus, plus ou moins douteux, de Molly... ;)

Aesylee aussi tu devrais être contente, on va voir que Severus commence peu à peu à réaliser qu'il aura bel et bien besoin de laide de valâa... Ca avance!

Pour le rituel de la vierge, Lone Wolf, il faudra attendre... Pas trés longtemps je pense, trois-quatre chapitres peut-être...

Merci ptitange, j'espère que ce chapitre ta plaira tout autant que les précédents...

Merci aussi Nooga06. Tu as raison, ceux qui voient Severus de la façon dont je le décris sont certainement des rêveurs, et des idéalistes... Je suis heureuse en tout cas de partager cette vision avec toi et avec vous tous. Et ne t'inquiètes pas, tous les éléments clés ont été posés, place maintenant aux révélations et au dénouement des mystères posés... ;)

Sur ce, je vais vous laisser lire tranquillement. Je tiens juste à vous préciser que malheureusement le prochain chapitre ne pourra certainement pas être posté avant dix-quinze jours, le temps que je change d'ordi, l'ancien (sept ans tout de même) ayant définitivement rendu l'âme ce matin... Une minute de silence pour ce cher et fidèle ordinateur... Je fais tout mon possible pour ne pas vous faire patienter trop longtemps, promis!

Attention également aux âmes sensibles : passage pouvant être violent dans les souvenirs de Severus (en italique)...

Bonne lecture!

CHAPITRE 48 : Une famille

- Bien. Cette séance s'est finalement avérée moins lamentable, que ce à quoi je m'attendais, fit Severus de son habituelle voix doucereuse.

Harry et Ron s'échangèrent un regard lourd de sens, presque blasé. Snape ne changerait donc jamais… Ils n'étaient pourtant plus à Poudlard ! Mais pour leur ancien professeur de potions, ils n'étaient probablement toujours que de stupides cornichons décérébrés…

Malgré la réunion harassante de la veille, il avait été décidé de commencer de suite les cours et entraînements. Ils avaient ainsi passé toute la matinée dans le laboratoire de la cave, à étudier potions. Dans un premier temps, ils avaient travaillé les points épineux de théorie, les jeunes « apprentis » posant les questions qui soulevaient problème, enfin surtout Hermione, Nuwan et Mixiel, qui semblaient ne pas trop craindre les foudres de Snape, tandis que l'ancien professeur leur répondait, plus ou moins patiemment, mais avec plus de bonne volonté qu'il n'en avait jamais montrée au temps de Poudlard.

Snape leur avait ensuite proposé, pour la fin de cette séance et les prochaines, de revoir la pratique, en effectuant chaque potion qui leur paraissait obscure ou difficile. Il avait alors jugé bon de les répartir lui-même par binôme, associant ceux qui avaient certaines facilités avec une autre personne ayant moins de… prédispositions. Ainsi Nuwan se retrouvait avec Ginny, Hermione avec Ron, et Harry avec Mixiel. Si les deux premiers binômes étaient faits pour s'entendre, comme Severus avait pu l'observer maintes fois auparavant, rien ne laissait présager la même chose concernant le dernier.

Un esprit mal intentionné aurait encore pensé que Severus avait choisi ces groupes par simple perversion, par pur plaisir de mieux torturer l'Elu… Mais il n'en était rien. Ces équipes lui semblaient simplement les mieux adaptées pour que chacun progresse au plus vite, chaque membre se montrant en fait, d'une certaine façon, complémentaire de l'autre.

Nuwan avait effectivement un peu plus d'expériences que sa cadette, mais se montrait parfois distraite et légèrement moins rigoureuse que la jeune Weasley, qui se débrouillait, quant à elle, plus que correctement en potions. En outre, toutes deux avaient le désir de devenir médicomage, elles pourraient donc se focaliser sur les potions médicinales.

Concernant le deuxième duo, Granger avait le savoir théorique et la concentration qui faisaient défaut à son compagnon, tandis que lui… tandis que lui… pour tout dire, malgré tous les efforts possibles et inimaginables, Severus ne voyait vraiment pas ce que Weasley pouvait apporter dans ce cas-là… et dans d'autres cas non plus d'ailleurs, si ce n'est une loyauté sans faille et un soutien indéfectible, même lors de coup dur. A se demander, si ce qui lui permettait de rester aux côtés de ses amis dans ces fameux coups durs était l'atrophie quasi irrémédiable de son cerveau, atrophie qui l'empêchait alors sans doute de réellement cerner la situation de danger, ou si c'était un réel sens du devoir et de l'amitié si typiquement Griffondoresque… Peut-être un subtil mélange des deux, pensa Severus…

Enfin, concernant les deux jeunes hommes, Potter s'était montré, et se montrait encore, royalement incompétent en matière de potions, contrairement à Mixiel qui, lui, excellait. Severus espérait alors, que son fils apporte un tant soit peu de rigueur et de discipline au jeune Griffondor impétueux et arrogant. Quant à ce dernier, son insouciance légendaire pourrait peut-être débrider un peu le jeune homme ténébreux qu'était Mixiel. Car oui, Mixiel avait un côté ténébreux et quelque peu sombre, austère et solitaire… Trop solitaire, trop austère… « Trop moi, quand j'avais son âge… », pensa Severus. Et il ne voulait pas que son fils devienne comme lui, renfrogné et solitaire éternel, triste et morose… Il ne voulait pas que son fils devienne son double, il ne voulait pas que l'histoire se répète. L'idée, certainement saugrenue et dérisoire, que peut-être l'insouciance de Potter pourrait ouvrir un peu Mixiel à son entourage, avait alors germé dans son esprit fatigué et las, quand il les avait vu travailler… Si différents, mais si complémentaires… Tout comme lors du duel…

Il les avait donc mis ensemble, mais il redoutait la réaction de Potter, s'attendant à des hauts cris pour s'être retrouvé avec le fils d'un Mangemort et non avec son ami de toujours… Pourtant, rien ne vint. Au contraire, tout semblait se dérouler pour le mieux et, au grand étonnement de Severus, Potter et Mixiel avaient l'air de bien coopérer, de former un bon duo… Auraient-ils sympathisé ces dernières semaines ? Potter aurait-il fait fi de ses préjugés étriqués et aurait-il accepté un fils de Mangemort dans son cercle intime ? Tout portait à le croire…

En effet, même si Mixiel gardait un air distant et assez froid, rien dans ses gestes ne montrait la moindre agressivité ou la moindre animosité envers le « Survivant », et une observation attentive permit même à Severus de remarquer les regards moqueurs et presque rieurs que Mixiel adressait discrètement au jeune Griffondor. Celui-ci ne semblait pas s'en offusquer, et répondait d'ailleurs par de légers sourires, tout aussi moqueurs et mutins… Comme si… Comme s'ils étaient devenus complices, voire amis…

Face à cette dure révélation, Severus sentit sa colère et sa frustration remonter à la surface et était à deux doigts de laisser ses sombres sentiments se déverser sur le jeune Griffondor impudent… Mais sa raison le retint de justesse. S'il voulait être juste, pour une fois, il devait admettre que Potter n'était fautif de rien, n'avait rien fait de mal. Au contraire… Il avait accepté les jumeaux et semblait les considérer comme des proches, si ce n'est plus. Et, bien qu'il eût du mal à admettre cette constatation, Severus tenta de se raisonner, se disant qu'en fait, il devrait plutôt s'en réjouir… « En quelque sorte, c'est ce que tu cherchais inconsciemment, en les mettant en duo, pensa-t-il. Tu devrais être heureux pour Mixiel, te réjouir que celui-ci ait réussi à s'intégrer et à se faire accepter, au lieu d'être… au lieu d'être jaloux. »

Autre cruelle révélation qui lui fit mal. Très mal. Réaliser qu'il était jaloux. Et de qui, au juste ? De Potter ou de Mixiel ? Ou peut-être des deux à la fois ? « Tu deviens tristement pathétique, mon vieux, se morigéna-t-il intérieurement. L'amertume et l'aigreur te rendent tristement pathétique. »

C'est sur ces pensées amères qu'il avait clôturé la séance par cette phrase foncièrement mesquine et hypocrite. Phrase qui reflétait parfaitement sa mauvaise foi infaillible. Car en fait, cette séance était loin d'être lamentable. A sa grande surprise d'ailleurs… Et il en avait même retiré un certain plaisir. Il s'était alors surpris à regretter le temps de Poudlard et son enseignement dans ce vieux collège… Il aimait enseigner, ça, il l'avait découvert il y a bien longtemps. Mais il avait toujours cru préférer réserver cet enseignement à une certaine élite, à ceux qui possédaient un « don », ou tout du moins certaines prédispositions… Il s'était toujours dit détester enseigner aux cornichons sans cervelle, qu'il avait pu rencontrer à Poudlard, particulièrement au sein des premières années.

Or, là, il avait aimé enseigner son savoir, partager ses connaissances et les transmettre du mieux qu'il pouvait, alors que certains des jeunes gens, qui lui faisaient face à cet instant, n'étaient pas spécialement doués dans cet art, en particulier Potter et le jeune Weasley. Cet art requerrant nombres de qualités, qui leur manquaient cruellement, à savoir rigueur, concentration, précision et doigté… Etrangement, il avait aimé tout faire pour qu'ils parviennent, tous, y compris ces deux décérébrés, à un résultat honorable… Et le résultat était honorable. Pourtant, il ne les avait pas ménagés, il avait exigé, comme à chaque fois, le meilleur d'eux-mêmes. Et les gamins le lui avaient donné, sans trop rechigner, bien qu'il ait parfaitement intercepté, par moments, certains regards indignés ou rebelles.

Cette phrase était donc des plus injustifiées, et Severus en avait parfaitement conscience, mais il n'avait pas pour habitude de donner des compliments, même mérités. « Ce n'est pas ainsi qu'on avance ! », aurait-il été tenté de dire, quand il entraperçut le bref échange entre Potter et Weasley. Mais cette fois, il passa outre et ne releva pas la demie offense. Inutile de gâcher ce court moment de trêve… Surtout alors que tout le monde semblait avoir apprécié ces quatre petites heures…

En effet, tous avaient plutôt apprécié cette séance, au cours de laquelle ils avaient tant appris… Séance pourtant tant redoutée, lorsque l'on connaissait la personne chargée de la mener, à savoir Snape. Mais curieusement, celui-ci s'était montré plus… courtois, plus amène, plus attentionné. Il ne s'était pas contenté, comme à Poudlard, de les laisser se dépatouiller avec la potion, pour s'affairer lui-même à tout autre chose. Non, il était passé de table en table, observant attentivement de son regard de lynx les faits et gestes de chacun, d'un regard non pas déstabilisant et gênant à l'affût de la moindre faute pour retirer des points comme lors de leurs années au collège, mais d'un regard presque bienveillant. Et au lieu de les laisser s'enliser dans leur pétrin, il s'empressait de corriger leurs éventuelles erreurs ou maladresses, plus ou moins aimablement, mais avec une certaine attention peu coutumière.

Ce changement, assez subtil, dans le comportement de l'homme à leur égard, étonna les jeunes Griffondors, mais ils se gardèrent bien de lui en faire la remarque et profitèrent au mieux de cette accalmie apaisante… Accalmie certainement due à la présence de Mixiel et Nuwan… Peut-être faudrait-il songer à les en remercier à l'occasion…

- Pour les prochaines fois, ajouta Severus, toujours aussi froidement, vous conserverez ces binômes, sauf pour certaines séances un peu particulières…

- Certaines séances un peu particulières ? Répéta Harry, les mots lui échappant malgré lui, avant qu'il n'ait le temps de réaliser à qui il s'adressait.

Severus se retourna brusquement dans une envolée de robes noires pour lui faire face, et l'observa de longues secondes avant de répondre, d'une voix profonde :

- Oui, pour certaines séances un peu particulières, Potter. Car, voyez-vous, je doute que certains ici se satisfassent d'un niveau de sixième ou septième année, alors qu'ils pourraient apprendre bien plus et bien plus vite.

Le regard de Severus dévia alors doucement sur Mixiel, comme pour appuyer ses dernières paroles. Et Harry comprit sans peine l'allusion de son ancien professeur, et fut soudain saisi d'un sentiment de culpabilité. Il devait effectivement être un boulet pour le jeune homme ténébreux, qui présentait un don remarquable en matière de potions. Mixiel manipulait les ingrédients avec une dextérité hors du commun, il était intuitif et inventif, tout en gardant rigueur et précision, appréhendant chaque potion comme si elle était évidente, comme s'il la connaissait depuis toujours… Ce qui était loin d'être étonnant, quand on savait qui était son père. Apparemment, chez la famille Snape, ce don pour les potions était héréditaire ! Mais du coup, il devait certainement s'ennuyer avec Harry comme binôme. Ce dernier avait parfaitement conscience de ne pas lui arriver à la cheville dans cet art et s'en trouvait mortifié.

- C'est-à-dire ? Demanda brutalement Mixiel, du même ton froid que son père, mais qui contrastait étrangement avec la lueur plutôt avide de ses sombres prunelles.

- Tu ne croyais tout de même pas, que je te cantonnerais à ces potions banales et de niveau rudimentaire. Même si tu ne les connais pas toutes, n'ayant pas eu l'occasion de les étudier précédemment, elles sont beaucoup trop simples pour toi. Non, j'envisage par la suite de te faire voir… bien plus. A toi et à Nuwan…

Se disant, le regard de Severus se porta sur la jeune dénommée, qui rougit légèrement, devant ce compliment voilé que lui adressait son père. Il la jugeait à la hauteur, tout comme Mixiel, et elle considérait cela comme un immense honneur de pouvoir tant apprendre de cet homme, de ce Maître des potions si brillant.

Puis Severus détourna lentement son attention vers une troisième personne, et tous l'imitèrent, fixant cette personne avec étonnement et incompréhension, tandis que celle-ci, horriblement confuse et gênée, aurait préféré mille fois disparaître ou bouillir dans son chaudron. « Oui, pensa Severus. Pour être honnête, elle aussi pourrait apprendre bien plus… Elle aussi a le potentiel. Ce serait du gâchis de la laisser à l'écart. D'autant plus que c'est elle qui est allée te voir et t'affronter, en quelque sorte, pour te demander ce… soutien. Oui, elle aussi devrait pouvoir bénéficier du même enseignement que les jumeaux… »

- Ainsi qu'à Miss Granger, conclut-il tout haut.

Cette dernière, incrédule, écarquilla les yeux, éberluée de ce qu'elle venait d'entendre. Ou alors elle était en train de rêver, ou alors Snape devenait fou… Lui qui l'avait toujours dénigrée et n'avait jamais voulu admettre ses éventuelles capacités…

- Oui, Miss Granger, fit Severus, son impatience transparaissant légèrement dans sa voix. J'envisage d'apprendre à ceux qui en ont la capacité certaines potions… disons… délicates. Il serait effectivement de bon ton, que d'autres que moi sachent les réaliser. Dans l'intérêt de l'Ordre, cela va sans dire, ajouta-t-il d'un air narquois. Ainsi, lors de certaines séances vous serez répartis différemment. Pendant que vos compagnons réviseront certaines potions qui leur posent problème, vous trois, Mixiel, Nuwan et Granger, ferez connaissance avec les véritables subtilités de cet art.

A ces mots, un sourire presque carnassier illumina le visage pâle et fatigué de Severus.

- Vous apprendrez par exemple les potions de régénération sanguine, la potion obducercis, la potion anti-doloris, encore au stade expérimental, et peut-être… Oui, peut-être la potion Tue-Loup.

- La potion Tue-Loup ? S'exclama Hermione, réalisant encore difficilement sa chance.

Snape parlait de leur apprendre des potions extrêmement difficiles, d'un niveau élevé, du niveau de Maître es potions, des potions que peu de Maîtres étaient capables de réaliser d'ailleurs, dont la potion Tue-Loup… Et Snape envisageait de leur apprendre tout ceci, sans qu'on le lui ait demandé, et sans demander une quelconque rétribution. Qu'il veuille transmettre ce savoir à ses enfants n'étonnait guère Hermione, mais qu'il envisage aussi de le lui transmettre à elle… Cela était bien plus irréel, surréaliste.

- Oui, la potion Tue-Loup, Miss Granger. A moins que, finalement, vous ne vous sentiez pas à la hauteur ? Répondit Severus, la défiant d'un air cynique.

La Griffondor, bien trop heureuse de cette aubaine, se tut, ne voulant pas gâcher ses chances par une réponse mal venue. Ses amis, quant à eux, étaient tout aussi stupéfaits et heureux de ce soudain revirement de situation la concernant. Ils se gardèrent donc de répliquer au dernier sarcasme de Snape, préférant ne pas froisser l'ombrageux Serpentard et ne pas ruiner malencontreusement cette formidable opportunité pour Hermione…

- Bien, puisque vous semblez enfin tous d'accord, nous ferons comme dit. Maintenant, rangez vos tables. Nous nous retrouverons après manger, dans le salon d'entraînement.

Chacun obéit sans hésitation, et nettoya rapidement son plan de travail, pressé de pouvoir sortir et d'aller se restaurer. Ces quatre heures avaient beau avoir été des plus instructives et intéressantes, elles s'étaient également révélées exténuantes, et ils se sentaient tous affamés. Ils rangeaient leurs derniers ustensiles, quand trois coups sourds furent frappés à la porte.

- Entrez, fit la voix grave et basse de Severus.

Une tête rose fluo apparut aussitôt dans l'entrebâillement de la porte.

- Je ne vous gêne pas, j'espère, fit la métamorphomage, d'une voix timide.

- Nous venions de finir, répondit laconiquement Severus, toujours occupé à ranger les papiers qu'il avait laissés éparpillés sur le bureau.

« Être un tant soit peu aimable ou sociable semble déjà assez fatiguant et difficile en soi pour Snape, on ne peut pas non plus lui demander d'être plus expansif ou plus bavard… », pensa Tonks, avant de reprendre, d'une voix un peu plus assurée :

- Je venais vous apporter les… objets.

Severus daigna enfin se tourner vers elle et l'enjoignit à s'avancer d'un gracieux signe de la main.

La jeune femme pénétra alors dans la pièce, un coffre en bois finement sculpté dans les mains, suivie de près de Sirius et Rémus, ses deux fidèles acolytes, tandis que les jeunes étudiants s'étaient arrêtés dans leur élan observant attentivement la scène.

Sans plus attendre, elle déposa avec une certaine déférence, et avec une certaine crainte aussi, son petit fardeau sur le bureau, en face de Snape. Celui-ci se contenta, pendant un certain laps de temps, de regarder le coffre, sans oser le toucher. Coffre qu'il n'avait pas ouvert depuis tant de temps, depuis presque vingt ans… Coffre qui contenait ces fameux objets, qui lui avaient si bien servi auparavant, qui l'avaient si souvent aidé… L'ouvrir signifierait alors beaucoup, car l'ouvrir signifierait un retour à ses anciens penchants de façon quasi irrémédiable, un retour aux Ténèbres en quelque sorte… dont il ne reviendrait peut-être pas…

Finalement, il se décida et, levant lentement sa baguette d'une main légèrement tremblante, il prononça l'incantation magique pour desceller la serrure. Sous le sortilège, le bois couina péniblement, comme dans une plainte douloureuse, alors que le battant se levait sinistrement, laissant entrevoir, par son entrebâillement, les objets tant convoités. Severus le souleva un peu plus pour mieux contempler les objets, une lueur insolite dansant dans ses onyx, dans un mélange d'avidité, d'excitation anticipée, de peur et de mélancolie.

Puis il avança une main hésitante vers le contenu, et s'empara, presque religieusement, d'un des artéfacts. Une amulette, faite d'argent et d'un autre métal étrange, sur laquelle étaient gravés divers signes cabalistiques, et qui pendait le long d'une fine chaîne d'argent. Après quelques minutes d'examen minutieux, il passa la chaîne autour de son cou et glissa rapidement l'amulette sous ses habits.

- Je croyais qu'on ne devait pas toucher ces objets ! S'exclama Tonks, vivement surprise que Severus ait manipulé l'amulette, sans prendre toutes les précautions qu'il leur avait préconisées.

- Vous non, répondit le Maître des potions, à la fois amusé de l'innocence juvénile de la jeune femme et excédé de tant d'ignorance. Mais moi, je sais comment les manipuler sans danger. En outre, concernant cette amulette, ajouta-t-il tout en montrant la chaîne autour de son cou, je suis le seul à devoir la toucher, car elle est liée à moi et à moi seul.

- Liée à toi ? Demanda Rémus, dont la curiosité était soudain piquée au vif.

Severus lui décocha un bref regard noir, plutôt meurtrier. Il n'avait pas vraiment prévu de leur expliquer l'utilité de tout cela, ni de leur en révéler plus que nécessaire, et il s'apprêtait déjà à rembarrer le Lupus dans les règles de l'art, quand il croisa le regard vivement curieux et sincèrement intéressé de Lupin, puis celui des jeunes gens, dont Mixiel et Nuwan. Il hésita alors quelques secondes, puis se ravisa. Après tout… Il n'avait rien à perdre…

Résigné, un faible soupir lui échappa, avant qu'il ne commence ses explications, de son ton professoral si caractéristique :

- Comme Maugrey vous l'a exposé la dernière fois, cette amulette est une amulette de Mulzgord, une amulette visant à protéger le sorcier qui la possède des attraits maléfiques des Arts Sombres. Elle lui permet de ne pas sombrer totalement. Mais une amulette est accordée à l'énergie et à la Magie d'un sorcier particulier. Un peu comme une baguette. A la différence que, cette fois, c'est le sorcier qui fabrique son amulette… Par la suite, personne d'autre que lui ne doit, sous aucun prétexte, toucher cette amulette.

- Que se passe-t-il sinon ? S'enquit Mixiel, réellement captivé.

- Sinon… Et bien, le sorcier peut devenir fou la prochaine fois qu'il l'utilise. Car l'amulette aura été corrompue par l'énergie de l'autre sorcier…

Tout en articulant distinctement chaque mot, Severus fixa intensément Tonks, comme pour la sonder et s'assurer qu'elle avait scrupuleusement respecté ce qu'il lui avait recommandé. Celle-ci acquiesça silencieusement à sa question implicite. Oui, Kingsley et elle avaient respecté à la lettre ses instructions, ayant parfaitement compris le danger que cela pouvait représenter, aussi bien pour eux que pour Severus…

- Et comment agit donc cette amulette ? Demanda Harry, réalisant, encore une fois trop tard, que les mots avaient franchi ses lèvres malgré lui. Je veux dire, ajouta-t-il, penaud devant le regard scrutateur de son ancien professeur, j'ai bien compris ce qu'avait expliqué Fol'œil, mais comment agit-elle exactement ?

Severus considéra un instant le jeune Griffondor d'un air songeur. A quoi jouait donc ce gamin ? Voulait-il réellement savoir et comprendre ? Ou n'était-ce encore qu'un jeu pour lui, qu'un énième mystère à élucider pour égayer quelque peu ses mornes journées ? Mais il avait beau chercher la faille, Severus ne trouva que vif intérêt, et non curiosité malsaine, chez le jeune homme. Potter voulait réellement comprendre… Cette constatation étonna fortement le Maître des potions, mais il se décida toutefois à répondre.

- Cette amulette permet au sorcier pratiquant les Arts Sombres de ne pas se laisser emporter par la puissance dégagée lors du rituel. Car, voyez-vous, Potter, quand on pratique ces Arts ancestraux, ou la Magie Noire de haut niveau, on ne peut s'empêcher de se sentir puissant, tout puissant, indestructible, presque immortel. Vous avez alors presque l'impression que tout vous est possible, que rien ne peut vous résister…

Severus se tut un bref moment, comme pour mieux se souvenir de ces anciennes sensations, de ces sensations si enivrantes, si extatiques, mais si destructrices aussi… Puis il reprit, d'une voix plus basse et grave :

- L'amulette vous permet alors de reprendre pied dans la réalité et de garder à l'esprit votre véritable condition. Elle vous permet de vous rappeler ce que vous êtes vraiment, à savoir un simple sorcier, misérable et humain. Mais il ne faut pas oublier, Potter, que l'amulette seule ne suffit pas, pour ne pas plonger dans ces abysses de folie sans fin. Il faut aussi en avoir la volonté, une forte et inébranlable volonté.

- Et l'avez-vous ? Demanda Harry, incapable de cacher totalement l'appréhension et l'anxiété qu'il venait de ressentir en écoutant ce discours.

Ces quelques explications venaient de faire réaliser à Harry, comment Voldemort en était venu petit à petit à cette folie meurtrière, comment il était devenu ce monstre déshumanisé. Il venait de réaliser, ce qui faisait de Voldemort ce qu'il était actuellement. Et il se demandait également, comment Snape avait résisté, et comment il pensait résister encore. Plus précisément, il se demandait, si Snape était vraiment capable de résister, et s'il en avait vraiment envie…

Severus, quelque peu estomaqué d'une telle question, posée avec tant d'aplomb et tant de franchise, resta momentanément coi, avant de parvenir à reprendre ses esprits. Mais il ne répondit pas pour autant, ne sachant en fait que répondre. Il aurait eu tendance à lui dire oui, mais il préféra garder le silence, n'étant plus très sûr lui-même de cette affirmation… Il haussa alors simplement un sourcil et offrit à Potter un rictus dédaigneux comme toute réponse.

A la surprise générale, Harry n'insista pas, ayant parfaitement conscience de frôler des limites dangereuses avec l'espion Mangemort. Mais une autre idée lui taraudait l'esprit, une idée qu'il avait eue depuis longtemps, et le moment lui semblait enfin propice pour en faire part :

- Monsieur, dit-il d'une voix déterminée mais avec une once de timidité, j'aimerais en apprendre plus sur la Magie Noire.

Severus fut définitivement stupéfait et resta littéralement muet, incapable de réagir. Avait-il bien entendu ? Potter, dont le père s'était insurgé à corps et à cris contre la Magie Noire, voulait en apprendre plus sur le sujet ? Et pour en faire quoi ? La pratiquer peut-être ? Que croyait-il ? Qu'il pourrait battre le Seigneur des Ténèbres avec la Magie Noire, alors qu'il ne serait qu'un novice en la matière ? Ridicule… Il était pour donner son point de vue au jeune audacieux, mais Sirius fut plus rapide :

- Harry ! Qu'est-ce que tu dis ? Tu veux en savoir plus sur la Magie Noire ? Mais pourquoi ? Tu ne comptes tout de même pas l'utiliser à ton tour ? Regarde où ça te mènera, fit l'animagus, scandalisé, en désignant de la main le Serpentard à ses côtés.

- Merci, Sirius, rétorqua ce dernier, peu flatté d'être traité de « ça », et surtout d'être montré en exemple, en mauvais exemple pour être plus précis.

- Désolé, Severus, mais avoue que la Magie Noire t'a marqué. Et je ne souhaite pas particulièrement, que Harry devienne un de tes disciples. Non, merci.

- La Magie Noire m'a marqué ? Répéta Severus, la colère montant peu à peu en lui. Parce que tu crois, que la Magie Noire m'a marqué plus que tout le reste ?

- Oui, je le crois, affirma l'ancien Maraudeur. Ou alors, dis-moi d'où vient cette Marque ? Ajouta-t-il, en montrant du doigt l'avant-bras gauche de Severus.

Celui-ci émit un rictus crispé, avant de répondre d'une voix sourde :

- Parce que tu crois, que c'est la Magie Noire qui a fait de moi ce que je suis aujourd'hui ? Peut-être en partie, Sirius, peut-être en partie, mais pas seulement… Mais alors, dis-moi d'où viennent toutes ces autres marques, fit Severus, en se désignant lui-même, de haut en bas, d'un vaste signe de main.

Sirius comprit sans peine l'allusion du Serpentard à toutes les cicatrices marquant son corps meurtri. Et il se sentit aussitôt mortifié d'avoir lancé un tel sujet et d'avoir insinué que Severus avait été façonné principalement par la Magie Noire. Car il avait réalisé, il y a peu, que celle-ci n'avait été en fait qu'un dérivatif pour le Serpentard, un autre moyen d'accéder à sa vengeance… Et qu'elle n'était pas la seule responsable de ce qu'était devenu le Maître des potions, loin de là…

- Désolé, Severus, fit finalement Sirius, après un lourd silence tendu. Ce n'est pas ce que je voulais dire.

- Vraiment ? Et ce n'est certainement pas ce que tu voulais dire non plus, quand tu m'as immédiatement rejeté lors de notre première rencontre dans le Poudlard Express ?

- Severus, je t'ai déjà présenté mes excuses concernant cet incident, répliqua calmement Sirius. Je ne peux pas revenir en arrière, même si j'aimerais pouvoir rectifier nombre de mes erreurs. Et je retire mes propos précédents. Je voulais simplement dire, que je ne souhaite pas que Harry touche à la Magie Noire, de près ou de loin. Je ne souhaite pas le voir… sombrer. Tu peux bien comprendre ça ?

D'entendre de telles excuses, si sincères et si profondes de la part de Sirius, ex-Maraudeur et ancien ennemi juré du Serpentard, en surprit et en toucha plus d'un. Même Rémus, qui connaissait pourtant la bonté de son ami, ne l'avait jamais entendu demander pardon ainsi, ne l'avait jamais entendu tenir des propos si mâtures et si justes.

Severus aussi sentit la sincérité des paroles de son ancienne némésis. Et sa colère, bien que toujours palpable, s'était amoindrie brutalement. Il se sentit alors partagé. Partagé entre ses anciens penchants qui le poussaient à continuer la querelle, à refuser toutes excuses tant qu'elles ne seraient pas lavées à sa façon, et sa raison qui lui dictait d'accepter et de passer à toute autre chose. Contre toute attente, il opta pour la deuxième solution, même si cela s'avérait pénible pour lui. Il ravala donc sa fierté et son orgueil, mal placés selon certains, et hocha doucement la tête marquant son assentiment.

- Oui, je peux comprendre, répondit-il d'une voix moins menaçante.

- Mais j'ai aussi mon mot à dire, intervint Harry, qui, bien que sidéré par la réaction des deux anciens ennemis, n'avait pas perdu le fil de son idée.

Les deux adultes se tournèrent immédiatement vers lui, lui accordant toute leur attention.

- Oui, je souhaite en apprendre plus sur la Magie Noire… ou Arts Sombres. Non pas pour l'utiliser moi-même, mais pour mieux comprendre les armes qu'utilisent Voldemort et Ses Mangemorts. Et ainsi mieux les combattre. Je suis persuadé, que le meilleur moyen de battre quelqu'un c'est de connaître ses armes et d'en déduire ses faiblesses. Et dans notre cas, cela passe par la Magie Noire.

Un silence de plomb s'abattit sur le laboratoire. Chacun songeait à ces paroles… Oui, Potter avait touché juste, même si l'admettre coûtait beaucoup à Severus.

Sirius semblait lui aussi songeur et dubitatif. Ce que disait son filleul était plus que cohérent. Mais comment savoir où s'arrêter ? Comment savoir quoi dire, quoi faire et quoi garder dans l'ombre ? Et si Severus était chargé de cet enseignement, comment être sûr qu'il allait savoir lui-même s'arrêter ? Ne serait-ce pas le faire replonger plus rapidement encore, lui et l'Ordre à sa suite ? Sirius était en proie au doute… et avait peur.

- Je n'ai pas l'intention de la pratiquer, juste de la combattre, reprit Harry.

- Mais là est le problème, Potter, répondit Severus, sa lassitude et son amertume ressortant fortement dans sa voix. Au début, on souhaite juste la connaître, percer ses mystères, sans pour autant y toucher soi-même… Jusqu'au jour où l'on se lance, jusqu'au jour où l'on se décide juste pour un petit essai, histoire de… On pense toujours que l'on peut s'arrêter quand on le souhaite, mais en fait, quand on met le doigt dans l'engrenage, c'est une histoire sans fin… C'est comme une drogue en quelque sorte. Plus on en apprend, et plus on en veut davantage encore. Et quand on s'aperçoit du leurre, il est trop tard. Trop tard pour revenir en arrière…

- Mais vous, vous êtes revenu en arrière, pourtant, fit Nuwan, quelque peu anxieuse.

Severus sourit faiblement, un sourire sans joie, un sourire amer et aigre :

- Revenu ? Non, pas vraiment. On n'en revient jamais tout à fait. J'ai juste réussi à arrêter le processus… momentanément…

Il ne put soudain finir sa phrase, les mots s'étranglant dans sa gorge sèche. Cependant, il pensait si fort la suite, que tous purent la comprendre sans peine : il avait arrêté le processus, mais pour combien de temps ? Maintenant que la guerre avait repris, et qu'Il était de retour, Severus se voyait obligé de reprendre les anciennes pratiques… Combien de temps lui faudrait-il pour retomber à nouveau dans son ancienne folie ? Combien de temps résisterait-il encore ? Personne n'avait la réponse. Lui moins que les autres…

- Peut-être, répondit Harry, rompant ainsi le silence tendu qui les avait une fois de plus enveloppé de son lourd manteau de froideur. Mais je dois connaître au mieux mon ennemi pour espérer le vaincre.

- Et nous aussi, ajouta Hermione, d'un air tout aussi déterminé que le jeune Griffondor. Tu n'iras nulle part sans nous, Harry. Donc nous devons tous nous préparer au mieux.

- Hermione a raison, intervint à son tour Ron.

- Oui, il serait peut-être bon pour nous aussi de mieux comprendre cette Magie, appuya Ginny, tout en regardant avec intensité l'ami cher à son cœur. Ne serait-ce que pour mieux soigner les blessés…

- Oui, cela n'est pas faux, concéda Severus après un long moment de réflexion, tout en jaugeant les jeunes Griffondors et ses enfants du regard.

Ils entendirent soudain un soupir à fendre l'âme.

- Bien, fit Sirius, d'un air désabusé et résigné. J'accepte. Tu n'as pas totalement tort Harry, même si je n'apprécie pas vraiment l'idée. Mais on doit te donner toutes les cartes en mains, et les meilleurs atouts. A toi et à tes amis, puisque vous avez l'air déterminé à le suivre partout.

Harry lui rendit un grand sourire, heureux que son parrain lui fasse ainsi confiance et lui accorde autant de crédit pour une décision si importante.

- Mais, ajouta aussitôt l'animagus, je préfère y mettre certaines conditions.

Harry acquiesça et invita d'un signe de tête son parrain à poursuivre.

- Tout d'abord, Severus, je souhaite que tu nous promettes, à nous tous ici présents, de ne jamais dépasser les limites du respectable. De ne jamais pousser Harry à franchir les limites, de ne pas le pousser dans les ténèbres…

- Pour qui me prends-tu ? Le coupa Severus, outré dans son for intérieur que l'on puisse penser ça de lui. Crois-tu que je souhaite en faire un futur mage noir pour…

- Non, reprit Sirius, l'interrompant d'un signe autoritaire de la main. Ecoute-moi jusqu'au bout. Je pense, que tu es sincère, et qu'effectivement tu ne souhaites pas entraîner Harry dans la Magie Noire. Mais qui nous dit, que demain tu parviendras encore à distinguer les limites dont je te parle ?

- Mais… tenta de nouveau Severus, sans succès.

- Le passé est peut-être le passé, mais il nous a montré que tu les avais franchies, ces limites. Et rien ne nous garantit, que tu arriveras à résister jusqu'au bout à l'attrait néfaste de cette Magie que tu aimes tant. Peux-tu nous le garantir toi-même ? Peux-tu être sûr de ne pas céder à la tentation ?

Sirius se tut, laissant au Serpentard le temps de réfléchir et de répondre. Mais aucune réponse ne vint. Severus se contenta de fixer longuement l'ex-Maraudeur dans les yeux, ses ténébreuses obsidiennes brillant étrangement, comme si des larmes s'apprêtaient à perler. Des larmes à la fois de rage et de dépit. Mais les larmes ne coulèrent pas, et Severus baissa simplement la tête, avouant ainsi sa défaite face à de tels propos. Sirius avait raison. Et pour le bien de tous, dont avant tout le sien, il ne devait pas se voiler la face, il ne devait pas se cacher plus longtemps la vérité et l'affronter. Non, il n'était pas certain de ne pas sombrer un jour... En fait, il était même persuadé qu'il plongerait, comme il y a vingt ans, mais que probablement il ne reviendrait pas, pas cette fois-là… A moins d'un miracle… Ou d'une aide providentielle…

- Ce n'est pas un manque de confiance en toi, mais tu es humain, Severus, continua Sirius, un air penaud de chien battu s'ancrant sur son visage.

- C'est bon, j'ai compris, cracha Severus. Inutile de t'appesantir. Soit, j'accepte cette condition et vous fais le serment, sur ma propre vie, de ne jamais le pousser, ni lui, ni ses amis, dans les sombres profondeurs de la Magie Noire. Je vous fais le serment de ne leur inculquer que les fondements de cette Magie ancestrale nommée Arts Sombres, afin de mieux la connaître et mieux la comprendre, sans jamais leur en apprendre la pratique. Je vous fais le serment de leur fournir toutes les armes pour s'en prémunir et ne pas sombrer. Cela vous convient-il ?

- Cela me convient parfaitement, répondit Sirius avec un large sourire satisfait.

Il remarqua cependant le regard profondément triste et douloureux de Severus à l'énoncé de ce serment. Cela devait être un autre coup dur pour le Serpentard. Car non seulement cela lui rappelait ses erreurs passées, et ce que lui-même aurait aimé avoir mais qu'il n'avait jamais obtenu, à savoir un guide éclairé sur cette sombre voie, mais en outre cela marquait certainement plus cruellement encore le manque de confiance que les autres ressentaient toujours à son égard… Confiance qu'il avait pourtant toujours tant espérée…

- J'aimerais aussi y assister moi-même, reprit l'animagus, préférant battre le fer tant qu'il était encore chaud.

Severus parut vivement surpris.

- Oui, je préférerais être là, continua Sirius, cela pourrait aussi grandement m'être utile… Peut-être cela pourrait-il m'éclairer sur certains points, essaya-t-il tant bien que mal de se justifier, sans que cela ne paraisse comme une autre preuve de son absence de confiance envers le Maître des potions…

- Toi, un fervent partisan anti-Magie Noire ? S'enquit Rémus, lui aussi estomaqué d'une telle requête.

- J'accepte, fit Severus, presque hargneux, n'attendant pas la réponse à la question du Lupus, réponse qui l'aurait immanquablement accablé davantage qu'il ne l'était déjà. Mais je rajoute moi-même une condition.

Un rictus énigmatique étira alors ses fines lèvres, pendant qu'il dardait Sirius de ses profonds onyx, guettant sa réaction :

- Cette condition est que tu t'engages à ne pas intervenir, et à écouter sagement ce que je pourrais dire, que tu sois d'accord ou non. Du moment, bien entendu, que je ne dépasse pas les limites du… respectable.

Sirius commençait à fulminer et allait exploser, quand il sentit une main douce et apaisante sur son épaule :

- C'est de bonne guerre, Sirius.

Rémus. Toujours là au bon moment. Qu'est-ce qu'il ferait sans lui ? A ce contact, Sirius se calma instantanément et soupira lourdement.

- J'accepte également, conclut-il finalement, une lueur de défi perdurant toutefois dans son regard.

- Mais n'oublions pas Minerva, fit remarquer le loup garou. Je doute qu'elle soit d'accord sur le principe.

- Laissons donc Potter se charger de lui expliquer ses… désirs… et de la convaincre, répondit Severus, un air presque sournois traversant rapidement son visage.

Harry rendit sans ciller son regard perçant à Severus, ne jugeant pas nécessaire de riposter à cette énième attaque… De toute façon, le Maître des potions avait en partie raison : puisque c'était lui qui avait eu l'idée de cet enseignement, c'était à lui de plaider sa cause…

- Bien, maintenant que votre marché est conclu, peut-être pourrions-nous aller manger ? S'enquit Tonks, qui commençait vraiment à mourir de faim. La pauvre Molly doit se demander si on n'est pas en train de s'entretuer…

Cette remarque, si spontanée et enfantine, fit rire tout le monde. Ou presque, Severus se contentant d'un rictus pouvant paraître dédaigneux.

- Oui, allons-y ! S'exclama Sirius, sa bonne humeur reprenant le dessus, tout en attrapant Harry par les épaules pour l'entraîner avec lui vers la porte.

Arrivé sur le seuil, il se retourna doucement, vers Severus, qui était resté près du bureau, face au petit coffre en bois.

- Severus, tu viens ? Demanda-t-il.

- Montez devant. Je vous rejoins dans un instant, répondit le dénommé, sans détourner son attention des précieux artéfacts qu'il venait de récupérer, songeant en fait à ce que venait de dire Sirius.

Black venait de pointer du doigt un problème épineux, que Severus avait pressenti déjà, mais sur lequel il n'avait pas encore voulu se pencher… Il sentait l'attrait des Arts Sombres de plus en plus puissant, de plus en plus insistant, et n'était pas sûr de pouvoir y faire face… De pouvoir y faire face seul… Il lui fallait de l'aide. Et peut-être savait-il déjà où la trouver…

…………………………………………………………………………………………………...

- Severus, appela Mixiel d'un ton déterminé, alors que celui-ci s'apprêtait à sortir de table et à regagner sa chambre. Père, se reprit-il aussitôt quand le dénommé se retourna vers lui. Vous nous aviez promis des… explications. Au sujet d'un certaine vampire.

Severus contempla un instant son fils, son air impassible ne laissant rien voir de son bouillonnement intérieur. Il était à la fois amusé, fier et aussi agacé de cette demande. Certes, il leur avait promis, à Nuwan et à lui, des explications, mais il aurait aimé avoir un peu de répit. La journée avait été plutôt longue, entre les potions ce matin et l'entraînement acharné de cet après-midi, et il se sentait exténué. Il aurait espéré qu'il en soit de même pour ces jeunes gens, qu'il s'était évertué à mener jusqu'à épuisement. Mais vraisemblablement, ils n'étaient pas suffisamment harassés pour repousser une telle conversation au lendemain.

Tous les regards des membres encore attablés se tournèrent vers eux deux, attendant avec appréhension la réaction du Maître des potions, qui ne manquerait certainement pas d'être explosive. Mais, contrairement à ce qu'ils craignaient, Severus garda un calme olympien et répondit, d'une voix grave, légèrement empreinte de fatigue et de résignation :

- Oui, je vous les ai promises. Si vous souhaitez les avoir de suite…

Mixiel hocha simplement la tête, pour affirmer son souhait d'en discuter immédiatement. Severus se dirigea alors lentement vers le salon jouxtant la cuisine, puis, une fois sur le seuil de la pièce, se retourna vers le jeune homme et l'invita d'un gracieux mouvement de main à entrer. Celui-ci obtempéra sans plus attendre, sans même un regard pour les autres témoins.

- Nuwan ? Fit Severus, invitant ainsi la jeune femme à les suivre.

Cette dernière s'exécuta à son tour. Une fois les jumeaux installés, Severus se tourna une dernière fois vers les membres de la maisonnée restés dans la cuisine :

- Si vous le permettez. J'aimerais que l'on ne soit pas dérangé.

Et il ferma la porte, sans leur laisser le temps d'émettre la moindre réponse.

Les jumeaux étaient déjà assis sur le canapé, l'un à côté de l'autre, légèrement tendus, et attendaient patiemment que Severus les rejoigne. Celui-ci prit place calmement dans un des fauteuils, en croisant nonchalamment les jambes, et les observa un moment.

Il sentait l'immense complicité qui les unissait tous deux. Il sentait le lien si tangible et si fort qui les reliait, un lien indéfectible, qu'il n'avait jamais eu l'occasion de rencontrer encore. Certainement ce fameux lien si souvent décrit au sujet de jumeaux... Mais en y regardant de plus près, non, ce lien paraissait bien plus puissant encore. En effet, Severus avait connu quelques jumeaux, comme les Weasley, et même si le lien entre ces jumeaux était fort et solide, il n'était rien en comparaison de celui unissant Mixiel et Nuwan.

Ces deux-là avaient quelque chose de plus. Leur lien semblait indestructible, et même vital. Ils étaient en parfaite harmonie, se complétant l'un l'autre, formant chacun la parfaite moitié de l'autre. C'était un lien étrange et déstabilisant…

Severus perçut soudain l'impatience des deux jeunes gens lui faisant face et décida de couper court à son observation.

- Je vous dois effectivement des explications au sujet de mon lien avec Valâa, commença-t-il, détournant les yeux vers les flammes crépitantes, pour ne pas perdre contenance. Pour que vous puissiez mieux comprendre, autant commencer par le début.

Il relata alors sa première rencontre avec Valâa, rencontre à la fois tendue et magique, délicate et intense, il y a quelques mois. Rencontre qui avait été initiée par le Seigneur des Ténèbres Lui-même, alors que Severus prétendait en fait venir de la part de l'Ordre. Rencontre où il bataillait les intérêts de l'Ordre, alors qu'il n'avait plus que de rares contacts, de façon anonyme, avec ses membres, étant considéré alors comme un traître et un vil assassin. Rencontre, que tout poussait à échouer, mais où, mystérieusement, un puissant lien et une profonde attirance entre lui, simple mortel, et elle, puissante vampire, s'étaient tissés presque instantanément. Sans qu'il ne puisse clairement l'expliquer. C'était ainsi. Un ressenti, un instinct presque, qu'il n'aurait su décrire réellement…

Puis il leur expliqua l'évolution progressive de ce lien, de cette attirance, au fil de leurs rencontres. Il leur expliqua ses doutes, ses peurs face à ce peuple de prédateurs qui pouvaient à tout moment se retourner contre lui, ainsi que ce sentiment étrange et presque contradictoire de se sentir si proche d'eux. Il leur parla de ses hésitations aussi à accepter l'offre de Valâa, qui lui proposait de les rejoindre, de devenir l'un des leurs, et de prendre place à ses côtés comme compagnon éternel…

Mixiel et Nuwan écoutaient attentivement, silencieusement, bien que nerveux et soucieux. Il leur était bien évidemment difficile de comprendre ces… sentiments, cette étrange attirance pour ce peuple de la nuit… Mais ils s'efforcèrent de n'émettre aucun jugement, et d'écouter.

Severus en arriva enfin à son retour au sein de l'Ordre et à sa dernière rencontre avec la meneuse des vampires, lors de sa mission avec Sirius. Il leur expliqua alors la signification du Pacte de sang, et le désir profond de Valâa d'engendrer un enfant de Sang-Mêlé, mi-homme, mi-vampire, pour sauver son peuple du déclin inévitable qui le plongeait peu à peu dans l'oubli et dans la disgrâce. Un enfant qui portait en fait la promesse d'un renouvellement pour son peuple.

- Et vous avez accepté, conclut Mixiel.

Severus ne sut décrypter ce léger accent dans la voix de son fils. Etait-ce de l'amertume, de la rancœur, de la colère, ou de l'étonnement, de la curiosité ? De l'inquiétude peut-être aussi ?

- Oui, j'ai accepté, répondit-il posément. J'étais quelque peu réticent au début. Mais à bien y réfléchir, Valâa me demandait en fait bien peu en contrepartie de ce que l'Ordre espérait. Leur peuple, bien qu'affaibli, reste puissant, et leur alliance était indispensable pour garder un quelconque espoir. En s'engageant à nos côtés, ils risquent beaucoup, ils risquent d'accélérer leur chute et la destruction de leur peuple. Il était alors normal de leur permette d'assurer aussi leur pérennité.

- En leur donnant un héritier ? Mais il s'agit tout de même d'un enfant, pas d'une marchandise ? Et n'avez-vous pas envie de le connaître ? Il est aussi la chair de votre chair, le sang de votre sang, et pas seulement la clause d'un pacte ? S'indigna Nuwan.

- Je n'ai jamais rien dit de tel, Nuwan, répliqua Severus, la colère le gagnant peu à peu. Oui, il s'agit d'un être vivant, de mon enfant, tout comme de l'enfant de Valâa, et non d'une marchandise servant à conclure un pacte. Et oui, je souhaite pouvoir faire sa connaissance un jour. Mais pour des raisons évidentes, cet enfant ne peut, pour le moment, grandir parmi les hommes. Outre la guerre, il faut aussi garder à l'esprit qu'il sera certainement doté de grands pouvoirs, de pouvoirs vampiriques, que je ne pourrais gérer, moi, simple sorcier.

Il se tut un instant, jaugeant ses deux aînés d'un regard perçant, et essaya de se calmer. Il ne devait pas se laisser emporter, il risquerait de tout gâcher entre eux trois s'il laissait la colère lui dicter ses paroles et ses actes. En outre, il ne pouvait leur en vouloir de ne pas tout comprendre. Cela devait certainement être difficile à concevoir pour eux. En effet, ils venaient d'entendre, non seulement qu'ils allaient avoir un petit frère ou une petite sœur, qui plus est demi-vampire, mais qu'en plus leur père semblait ne pas s'en soucier davantage et le considérer comme un simple objet de pacte… Ce qui devait les renvoyer cruellement à leur propre situation, à la mort de leur mère, et à ce moment fatidique où leur père avait, sans hésitation semble-t-il, lancé un avada kedavra sur leur mère et sur eux…

- Non, il doit dans un premier temps rester parmi les vampires, reprit-il d'une voix plus maîtrisée. Parmi son peuple, parmi les siens. Car bien plus que mon enfant, il est avant tout des leurs, l'enfant de Valâa et donc leur futur meneur, leur futur dirigeant. Et même s'il n'est qu'à demi-vampire, il sera bien plus facilement accepté parmi eux, qui se fondent avant tout sur la valeur de chacun, que parmi les hommes, dont le monde est bien trop encombré de préjugés négatifs envers ce peuple. Et contrairement à ce que vous pourriez penser, cet enfant a été conçu, tout comme vous, avec passion et… amour. Un amour différent certes, si tant est qu'un vampire puisse ressentir un quelconque amour, mais avec amour quand même.

Il détourna à nouveau le regard vers les flammes dansantes. Que ce mot lui semblait bizarre venant de lui, presque étranger… Amour… un mot qu'il avait pourtant rayé de son panel de sentiments depuis longtemps, tout comme affection, amitié, joie… pour ne garder que rage, colère, amertume, désir de vengeance…

- Même si au début il s'agissait avant tout d'un pacte, continua-t-il d'une voix plus distante, cet enfant est un enfant désiré. Nous nous sommes unis, Valâa et moi, dans un lien profond, et avons fusionné totalement. C'était un instant magique, unique, et nous avons partagé quelque chose d'indéfinissable, d'où est né cet enfant. Même si j'en avais la possibilité, jamais je ne changerais quoi que ce soit. Je ne peux que me réjouir de sa venue, même si je ne suis pas sûr de pouvoir le connaître un jour…

- Et pourquoi ne nous avez-vous rien dit ? S'enquit Mixiel, une pointe de déception perçant dans sa voix basse.

Severus leva lentement ses sombres obsidiennes pour les planter dans celles de son fils, puis dans celles de sa fille. Bonne question. Pourquoi n'avoir rien dit ? Par honte ? Non. Par pudeur ? Peut-être… Mais certainement plutôt par peur, par peur de les perdre…

- Je pense… commença Severus, sa gorge se nouant soudain, et les mots refusant de sortir. Je pense, reprit-il d'une voix mal assurée, que j'avais peur. Peur de votre réaction. Peur de vous perdre. Peur que vous ne compreniez pas, peur que vous soyez jaloux peut-être, ou que sais-je. J'aurais certainement dû vous le dire plus tôt, ajouta-t-il rapidement, interrompant Mixiel qui s'apprêtait à répondre. Mais je n'arrivais pas à trouver les mots… ni le courage de vous l'annoncer, de vous expliquer. Je tiens à ce que vous sachiez, que, quoi qu'il en soit, cet enfant ne change rien à mes sentiments envers vous. Que vous n'avez pas à en être jaloux. Que je… je… Que vous deux, non vous trois maintenant, êtes autant importants à mes yeux. Que vous êtes tous trois ce qu'il m'est arrivé de meilleur…

Ces mots lui étaient difficiles, il n'avait pas l'habitude de les prononcer, de faire de telle déclaration. Mais il sentait que ces mots devenaient nécessaires, que les jumeaux avaient besoin de les entendre, au moins une fois, à défaut d'en entendre d'autres. Severus savait pourtant qu'ils auraient aimé entendre d'autres mots encore, trois mots pour être exact, trois mots si simples, si courts… Mais ces trois mots, il était incapable de les prononcer maintenant. Pas encore, il n'était pas encore prêt… Cela faisait si longtemps…

- Merci, conclut simplement Mixiel, la voix tremblotante d'émotions.

Il avait senti le trouble et les sentiments profonds qui remuaient son père, cet homme si mystérieux et si ténébreux. Et il avait compris que ces quelques phrases, qui lui venaient du plus profond de ses entrailles, lui avaient coûté beaucoup, lui qui n'avait vraisemblablement pas l'habitude d'étaler ses sentiments… Et il en était heureux, soulagé aussi, même s'il espérait ardemment entendre un jour d'autres mots, trois mots si intenses, trois mots si banales, mais si réconfortants, si puissants… Plus tard peut-être… Au moins, il savait que son père les aimait, même s'il était incapable de le leur dire clairement…

- Oui, merci, renchérit Nuwan. Et nous ne sommes pas jaloux. Nous pouvons essayer de comprendre. Même si avoir un petit frère ou une petite sœur demi-vampire me fait encore tout drôle… Je serais heureuse de faire sa connaissance…

Elle offrit alors un sourire sincère et tendre aux deux hommes à ses côtés, aux deux hommes qui comptaient tant pour elle… Elle était tellement soulagée, qu'ils parviennent un tant soit peu à se parler tous deux, eux qui se ressemblaient tant, qui étaient si renfermés mais si brillants et si avides de reconnaissance…

Severus fut touché par cette simple acceptation. Plus touché qu'il ne voudrait l'admettre. Et les mots lui manquèrent une fois de plus. Sans voix, incapable d'ajouter quoi que ce soit, il se contenta de leur transmettre par aggelomencie son soulagement, sa fierté envers eux, et toute l'affection, pour ne pas dire plus, qu'il ressentait pour eux.

- Il y a autre chose encore que vous devriez savoir, reprit-il au bout de plusieurs minutes de ce long échange silencieux.

Il avait beaucoup hésité à leur révéler cela aussi. Mais en les voyant ainsi, si près de lui et si ouverts, si attentifs et si… compréhensifs, il jugea préférable de leur dire, de leur parler de leur héritage, de l'héritage des Prince. Tout du moins, de leur expliquer le peu qu'il avait appris. Après tout, cet héritage les concernait également, ils avaient donc le droit de savoir, le droit de connaître la vérité sur leur famille. Aussi difficile que cela puisse être…

Mixiel et Nuwan acquiescèrent d'un signe de tête, indiquant par là à Severus qu'il avait toute leur attention. Celui-ci inspira profondément et se lança :

- Cela concerne l'héritage des Prince, commença-t-il. Je n'ai appris l'existence d'un tel héritage qu'il y a peu. Tous les membres de ma famille ont été… décimés il y a plusieurs années, et je n'ai jamais eu l'occasion de les connaître réellement. Ce n'est que l'année dernière que j'ai pu parler quelques minutes avec l'un de mes aïeuls.

Les jumeaux parurent interloqués, ne parvenant pas à saisir ce que Severus leur disait… Cela leur semblait confus. « Parler l'année dernière à l'un de ses aïeuls » ? Mais ne venait-il pas de dire qu'ils étaient tous morts, justement ?

- Oui, je sais, je viens de vous dire qu'ils étaient tous morts, confirma à haute voix Severus, ayant perçu leur trouble. Et c'est effectivement le cas. Mais j'ai réussi à accéder à l'âme de mon grand-père, Hector Prince, ou son spectre, je ne sais trop… Et j'ai pu lui parler…

- Quand ça, et comment ? Demanda Mixiel, intrigué et incrédule, impressionné même.

- Je dirais plutôt où… J'ai réussi à le retrouver derrière le voile, alors que j'étais venu chercher Sirius Black.

Severus leur expliqua qu'effectivement Hector Prince avait été jeté à travers le voile il y a vingt ans, sur ordre de Voldemort. Il omit volontairement de leur préciser par qui, ou les circonstances exactes… C'était peut-être encore trop tôt pour de telles révélations… Il leur relata ensuite sa dernière rencontre avec Hector Prince, ses propres doutes et ses questions, ce que le vieil homme lui avait alors révélé concernant l'aggelomencie et le puissant don mystérieux détenu par la famille Prince, sans oublier le fameux oracle…

Les deux jeunes gens semblaient confondus et peinaient à appréhender tant de révélations sur leur famille, sur leur père et sur eux… Ce don et cet oracle surtout étaient… perturbants.

- Je ne sais si cet oracle est exact, continua Severus. Je ne sais de quel don il s'agit exactement. Je ne sais si ce « garçon », ce psyché, existe bel et bien, et si tel était le cas, je ne sais de qui il s'agit. Je ne suis pas vraiment porté sur l'art divinatoire et, à vrai dire, je l'avais toujours dénigré auparavant. Je n'y ai jamais porté grande foi. Pourtant, je ne peux m'empêcher de penser que peut-être cet oracle est véridique… Peut-être….

Il se tut quelques secondes, avant de poursuivre, d'une voix sourde :

- Une seule chose est sûre. Si cet oracle dit vrai, alors ce psyché est forcément un descendant des Prince de notre temps…

Mixiel et Nuwan relevèrent aussitôt la tête, et dardèrent leur père d'un regard scrutateur, lourd d'interrogations.

- Oui, répondit Severus à leur question muette, puisque son rôle est de protéger l'Elu, et que dans ce cas l'Elu correspond certainement à Potter, ce psyché doit déjà être né. Il ne peut donc s'agir que de toi, fit-il en désignant Mixiel du doigt, ou de moi, finit-il en se désignant ensuite.

Mixiel déglutit soudain avec difficulté, réalisant pleinement ce que tout ce charabia pouvait signifier… Il ne pouvait que donner raison à son père. Bien que lui-même ne prêtait pas non plus vraiment foi à de telles prophéties, ou à de tels oracles, il avait l'étrange sensation que celui concernant la famille Prince n'était pas à prendre à la légère. Et dans ce cas, il y avait de fortes chances que cet oracle soit sur le point de se réaliser… Le psyché devait donc déjà être parmi eux… Il n'y avait alors que deux postulants envisageables à ce poste : lui ou son père. Et à tout prendre, il aurait bien laissé le rôle à son père, s'il avait eu le choix… C'était peut-être égoïste, sûrement même. Mais il ne se sentait pas réellement de taille à affronter ça.

En y réfléchissant bien d'ailleurs, il y avait de fortes probabilités qu'il s'agisse plutôt de son père. En effet, celui-ci avait déjà affronté de lourdes épreuves, peut-être avait-il déjà affronté la mort… Un frisson glacial parcourut brusquement l'échine de Mixiel à cette idée… Son père avait-il affronté la mort ? Et que signifiait exactement affronter la mort ? Cela signifiait-il mourir, ou « simplement » frôler la mort ? Se pourrait-il que Severus ait déjà frôlé la mort ?

- Avez-vous déjà affronté la mort ? S'enquit-il, ne parvenant pas à masquer son anxiété.

- Je ne sais pas ce que l'oracle entend par « affronter la mort »… Mais oui, je pense pouvoir dire avoir affronté la mort. Je l'ai vue de près. De très près même. Et j'ai franchi son seuil par deux fois… pour y revenir aussitôt…

Devant l'air plus que perturbé de ses enfants, Severus tenta un sourire rassurant et ajouta :

- Je suis bien vivant, si c'est ce que vous vous demandiez. Je ne suis ni mort-vivant, ni non-mort. J'ai été ramené presque aussitôt après avoir franchi les portes de la mort, et je suis revenu ainsi parmi les vivants… Tout au moins mon enveloppe charnelle et mon âme.

« Mon cœur, quant à lui, est mort avec votre mère et avec vous, pensa-t-il intérieurement. Peut-être renaîtra-t-il de ses cendres maintenant qu vous êtes là… »

- Et comment êtes-vous… mort ? Demanda Nuwan, qui trouvait ces mots étranges et dérangeants.

Severus eut un rictus énigmatique sur ses fines lèvres, alors que ses prunelles de jais se perdaient au loin, dans ses anciens souvenirs.

- La première fois, ce fut lors de ma sixième année. Nous avions eu une forte altercation, les Maraudeurs et moi. Enfin surtout Black, Potter et moi, Pettigrew et Lupin ayant préféré nous laisser nous entretuer. Seulement cette énième altercation a très mal tourné. Oh non, ajouta-t-il vivement en voyant l'air renfrogné de ses enfants. Je vous rassure tout de suite, ce n'est pas l'agression de ces deux… compères - Severus aurait bien employé un autre mot, mais par égard pour Nuwan, et surtout pour ne pas la braquer totalement, il préféra se contenir – qui m'a plongé vers la mort. Non, seulement cette altercation est arrivée au mauvais moment pour moi et est allée trop loin. J'étais… j'étais anéanti.

Cet aveu avait été difficile pour Severus. Avouer que les Maraudeurs avaient presque réussi à l'anéantir… Une honte, une abomination… Mais il se devait d'être honnête, s'il voulait que ses enfants comprennent, LE comprennent…

- Mais au lieu de me résigner à cette dernière humiliation, j'ai voulu me venger. Une vengeance terrible. Je n'avais jamais été aussi loin moi-même. Et j'ai failli les tuer tous les deux. Et moi avec. Je me suis cependant arrêté à temps pour ne pas les achever totalement. Je ne saurais dire ce qui m'a retenu d'ailleurs. Bref, tous deux s'en sont sortis sans trop de dommage, mais pour ma part, je suis resté trois jours dans un profond coma. Aucun remède n'est parvenu à m'en faire sortir. En fait, je crois que je n'avais pas envie d'en sortir. J'avais déjà franchi le seuil de la mort, il ne me restait que quelques pas encore à faire, quand Albus est venu me chercher. Avec Freyja. Et je suis revenu. Pour elle. Pour Freyja. Pour votre mère…

Severus laissa le temps à ses enfants d'assimiler ses paroles. Puis, lorsqu'il lui sembla qu'ils avaient eu suffisamment de temps, il reprit :

- La seconde fois, ce fut lors de ma deuxième année d'enseignement. J'avais… j'avais intenté … j'avais intenté à ma vie.

Sa gorge se noua soudain et Severus ne put en dire davantage. Les mots lui manquaient, alors que ce douloureux souvenir refaisait surface en lui. Il sentait pourtant toutes les interrogations des jumeaux, mais ne se sentait pas capable d'y répondre. Il en avait déjà révélé beaucoup. Plus que ce qu'il avait cru possible. Et ce souvenir était bien trop… bien trop personnel.

C'était à la fin du mois de juin 1982. Sa deuxième année en tant que Professeur à Poudlard. Deuxième année d'enseignement bien courte et bien difficile pour lui, puisqu'il avait passé six longs mois à Azkaban de décembre 1981 à mai 1982. Son procès venait enfin de s'achever fin mai et s'était conclu par son acquittement. Grâce à Dumbledore, qui avait tout fait, absolument tout, pour le faire sortir. Non sans peine. Severus savait que le vieil homme avait dû remuer ciel et terre, et il était persuadé qu'il avait même dû soudoyer certains membres du jury. Impossible autrement…

Severus avait ainsi pu sortir de cette sinistre prison fin mai, il y avait à peine un mois. Il était revenu tel un zombi dans le monde des vivants. Mais il ne se sentait pas vraiment vivant. Il n'avait pas repris ses fonctions de professeur de suite, trop éprouvé pour assurer ces tâches si tôt. Cependant, malgré ce délai et ce repos forcé, son retour à Poudlard avait été pénible et laborieux. En effet, Severus avait encore bien du mal à reprendre tous ses repères et manifestait parfois certains moments d'absence. Rien de bien grave, ni de bien visible pour les personnes extérieures, seuls ses proches, à savoir Albus et Minerva, semblaient l'avoir remarqué. Mais lui-même en avait également parfaitement conscience, ce qui le minait plus encore.

Et les ragots ou autres rumeurs à son sujet, plus ou moins fondés d'ailleurs, n'arrangeaient pas les choses. Severus avait beau s'être barricadé derrière son éternel masque d'indifférence et de froideur, et avait beau affirmer n'avoir que faire des racontars ou de l'opinion des autres, toutes ces insultes à peine voilées, en paroles ou en gestes, le rongeaient peu à peu.

La fin d'année scolaire était finalement arrivée. L'une des pires périodes de l'année pour lui, après Noël et son anniversaire. L'une des périodes lui rappelant cruellement sa solitude et son désert sentimental, le deuil d'êtres chers à son cœur ayant sans cesse jonché sa misérable vie. Une des rares périodes, où il se permettait de se laisser aller à la mélancolie et de pleurer sur son sort, de pleurer sans larmes, n'en ayant plus assez pour les laisser couler…

Mais cette fois-ci était une fois de trop. Severus sentait un vide incommensurable, autour de lui et en lui, un vide trop pesant pour lui. Il ne voulait plus ressentir ce vide, il ne voulait plus être seul, il voulait rejoindre ceux qui l'avaient quitté, ceux qui avaient éclairé sa vie, si subrepticement mais si intensément… Il voulait les rejoindre. Et pour cela, il devait mourir…

Il s'était alors réfugié dans une des sombres salles secrètes du château, enfouies au fin fond de ses profondeurs, salle qu'il avait découverte récemment, et qui l'avait de suite interpellé. Ainsi, soigneusement enfermé dans cette salle, il était assis à genoux, au milieu d'un cercle tracé à même le sol à l'aide de cendres noires, seule la faible lueur de bougies habilement disposées éclairant la funeste scène.

Il observait attentivement la dague qu'il tenait dans sa main, une dague en argent finement ouvragée et où l'inscription « Abyssus abyssum invocat » (1) était ciselée à même la lame affûtée. Puis, une lueur déterminée dans ses sombres prunelles, il leva lentement la dague, tout en commençant à psalmodier une douce incantation. Une incantation mélodieuse, mais au son de laquelle se réveillaient des forces obscures, puissantes et avides. Severus appelait la Mort en personne. Il appelait cette belle et sombre dame, pour qu'elle l'emmène avec elle dans son royaume mystérieux. Quand il la sentit enfin répondre à son appel, il frappa, abaissant la lame en lui, d'un geste sec et sûr, sans hésitation aucune.

Et il sentit la douce inconscience l'emporter. Il se sentait partir, la Mort le tenant déjà par la main, quand une voix chaude et grave, empreinte d'inquiétude et de tristesse, l'appela au loin. Une voix qu'il aimait, une voix qui l'avait guidé tant de fois et qui l'avait aidé à maintes reprises, une voix qui l'avait aidé à sortir du sentier ténébreux qu'il avait emprunté, même s'il n'était pas pour autant revenu sur le sentier de la lumière… Une voix qu'il avait l'impression de trahir par son geste présent… Une voix qui l'appelait maintenant avec un accent désespéré.

Puis il sentit une vive chaleur l'inonder, l'envahir, et une présence s'intensifier à ses côtés. La présence d'Albus. Albus venait, de nouveau, le chercher et l'arracher, pour la deuxième fois, à la Mort en personne.

Mais la dame sombre ne semblait pas l'entendre de cette façon :

- Vieil homme ! Ton heure n'est pas venue, alors écarte-toi de mon chemin. Laisse-moi emporter ce jeune homme, qui m'a appelé avec tant d'avidité et tant de ferveur. Il m'a offert son âme, il m'appartient désormais.

- Non, répondit calmement Albus, ne semblant pas effrayé outre mesure de se trouver face à la mort. Ce jeune homme va revenir avec moi.

- Il m'a appelé et j'ai répondu à son appel, fit la faucheuse d'âmes. Il doit maintenant me suivre.

Sidéré de ce splendide spectacle, Severus écoutait les deux protagonistes se disputer pour son âme. Pour son âme, à lui, enfant maudit et damné… Et pourtant, Albus semblait se battre avec autant d'acharnement que la Mort pour le reprendre…

La dame sombre, se tenait devant l'image du grand sorcier, droite et fière, drapée tout de noir, sa grande faux dans le dos, prête à la dégainer à la moindre menace… Severus la trouvait magnifique, tout comme l'aura majestueuse d'Albus l'émerveillait. Oh, bien sûr, il savait que ce n'était qu'une projection psychique, une projection que son moi inconscient avait créée à partir de ses ressentis et de ses pensées les plus profondes… Ce n'était pas une vision réelle, seulement une représentation dont se servait son esprit… Mais cela représentait ce qu'il pensait au plus profond de lui-même…

Severus ne put alors s'empêcher de se demander comment Albus pouvait bien le représenter, comment le plus grand sorcier de tous les temps pouvait bien le voir lui, misérable petit mage noir…

- Non, il ne vous suivra pas et reviendra dans le monde qui est le sien, insista Albus, imperturbable. Son heure n'est pas venue non plus, et vous le savez aussi bien que moi.

La dame de la mort sembla réfléchir un instant, puis finalement se tourna vers le jeune homme :

- Laissons-le donc décider. Severus, que choisis-tu ? Moi et mon royaume éternel, ou ton ami et le monde des vivants. Réfléchis bien avant de répondre. Car tu n'auras plus jamais le choix. Si tu choisis le monde des vivants, plus jamais je ne répondrai à ton appel volontaire… Comprends-tu ? On ne joue pas avec la Mort, on ne joue pas avec moi. Plus jamais je ne répondrai, si tu fais de nouveau appel à moi de cette façon.

Severus fut soudain incapable de répondre, incapable de choisir. Un instant, il pensa choisir la Mort. Car oui, il avait fait appel à elle, et la désirait ardemment. Mais quand il croisa le regard triste et embrumé d'Albus, il eut un moment d'hésitation… Pouvait-il faire cela à ce vieil homme, à ce grand homme qui avait été le seul à croire en lui et à lui faire confiance ?

Plus rien ne le retenait vraiment dans le monde des vivants, mais pouvait-il faire cela à Albus ? Pouvait-il le poignarder ainsi, si lâchement et si égoïstement, alors que cet homme avait tout fait pour lui, alors que cet homme s'était démené pour lui rendre sa liberté et se battait encore pour lui rendre son honneur bafoué et le ramener à la vie ? Non, ce serait trop lâche, indigne de ce qu'il s'était évertué à devenir, indigne de l'homme d'honneur qu'il avait tenté de rester…

- Ce silence et cette hésitation en disent long, conclut La Mort. Retourne donc parmi les vivants et rejoins ton ami. Je viendrai te chercher plus tard, quand ton temps viendra. Tu es jeune encore, et inconscient. Va. Je te laisse. Mais ne t'avise plus de faire appel à moi de la sorte, Severus, ou tu en paieras durement les conséquences et il n'y aura plus de retour possible…

Severus voulut alors la retenir. Il n'avait même pas eu le temps de répondre, il n'avait pas eu le temps de donner son avis, de dire ce qu'il voulait vraiment… Mais savait-il ce qu'il voulait vraiment ? Severus ne savait plus. Et il se sentait perdu, désemparé…

Il sentit alors la douce présence à ses côtés le tirer laborieusement, avec l'énergie du désespoir, vers le monde réel. Le réveil était dur… et douloureux.

Severus ouvrit péniblement les yeux et vit le visage inquiet d'Albus penché vers lui, les yeux bleus embués de larmes, un doux sourire l'accueillant. Derrière le vieil homme, il entraperçut Minerva les observer à distance, sur le seuil de la porte, ses yeux perçants de chat animés d'une lueur de tristesse et de soulagement… Severus reporta lentement son attention vers le visage parcheminé d'Albus et voulut lui parler… Mais le vieil homme l'arrêta d'un geste tendre, un doigt sur ses lèvres fines et pâles :

- Chhhut Severus. Ne parlez pas mon enfant. Vous êtes trop faible encore. Vous avez perdu beaucoup de sang.

Severus voulut lui dire… Mais de nouveau, Albus l'empêcha de parler :

- Non, Severus. Je sais. Je sais ce que vous ressentez, je viens de le ressentir quand je suis venu vous chercher. Mais maintenant, vous êtes revenu parmi nous, vous êtes vivant, Severus, vivant. Et vous allez vivre. Promettez-moi de vivre, Severus, de vivre enfin votre vie. Promettez-le moi.

Mais Severus ne lui répondit pas, n'en eut pas la force. Il s'endormit dans ses bras, épuisé, à l'agonie.

- Allez, tenez bon mon enfant, et battez-vous. On va s'occuper de vous. On va vous aider, vous n'êtes pas seul, Severus. Minerva, allez prévenir Pomfresh que nous avons besoin de toute urgence de ses services.

- Vous avez voulu vous tuer ? S'étonna Nuwan, les larmes perlant lentement au coin de ses yeux.

Severus revint durement à la réalité, et crut un instant qu'ils avaient partagé ses souvenirs avec lui. Mais la lueur d'étonnement dans leurs yeux lui indiqua que non, ils n'avaient rien vu. Et heureusement. C'était un moment bien trop délicat, bien trop sensible, pour qu'il le partage avec qui que ce soit, même avec eux…

- Oui, mais c'était il y a bien longtemps. Un moment… d'égarement, dirons-nous, fit-il tout en observant attentivement le portrait d'Albus, qui lui offrit simplement un regard lourd de sens.

Et cette réponse sembla apaiser la jeune femme. Mixiel et elle sentaient qu'ils n'en sauraient pas plus à ce sujet, mais ils savaient aussi que Severus venait d'en dire beaucoup. Beaucoup plus, en tout cas, qu'il n'en avait jamais dit. Et ceci leur fit prendre conscience, que leur père voulait réellement se rapprocher d'eux, voulait réellement acquérir leur confiance, leur affection… Que cet homme avait besoin d'eux, qu'ils étaient devenus son moteur en quelque sorte, dans ces moments difficiles et si sombres.

Et ils décidèrent alors, d'un commun accord, qu'ils feraient tout pour lui accorder cette confiance, pour lui accorder cette requête. Ils s'étaient sensiblement rapprochés déjà tous les trois et commençaient à mieux se comprendre, à mieux se connaître. Ils commençaient à former enfin une famille… Les jumeaux décidèrent alors, qu'ils feraient tout ce qui serait en leur pouvoir, pour que rien ne vienne la dissoudre à nouveau… Tout, absolument tout.

- Quoi qu'il en soit, nous devons d'abord en apprendre plus sur cet héritage des Prince, conclut Mixiel, voulant changer de sujet. Nous devons aller voir ce coffre à Gringotts. Peut-être trouverons-nous là-bas certaines réponses à nos questions.

- Oui, je le pense aussi, répondit Severus. Mais cela risque d'être assez ardu d'y aller sans se faire démasquer.

- Nous trouverons bien un moyen, fit Nuwan avec un sourire espiègle et une lueur malicieuse dans les yeux.

- Oui, nous trouverons bien un moyen, répéta Mixiel, la même lueur animant ses sombres obsidiennes.

Ce qui fit sourire à son tour Severus. Oui, à eux trois, ils trouveraient bien un moyen, foi de Severus Snape…

Fin du chapitre 48.

(1) Abyssus abyssum invocat : L'abîme appelle l'abîme (Psaume de David)