CHAPITRE 55 : Consummatum Est !
Tout est consommé
Ce fut à la faveur du petit matin que Nymphadora Tonks transplana dans le jardin de ses parents. Après trois jours passés à chasser les loups-garous en compagnie des aurors, elle était épuisée. Mais elle avait plus appris au cours de ces dernières heures en compagnie de FolOeil qu'au cours des dix dernières années.
Et ce n'était pas peu dire.
FolOeil était un instructeur fantastique, bien qu'il n'eut de cesse de le nier. Si le ministère venait à le perdre un jour alors il perdrait très probablement son plus gros atout. Combien de sorciers s'en rendraient compte ? Après tout, le vieil auror jouissait d'une réputation à toute épreuve mais il n'était certainement pas aimé pour autant. Qu'à cela ne tienne, FolOeil ne tenait pas plus que ça à être aimé.
Tonks étouffa un bâillement. A l'horizon, par-dessus les toits des maisons du quartier, l'aube commençait à rougeoyer. Merlin, ce qu'elle pouvait être fatiguée ! Elle n'avait qu'une hâte, rentrer, retirer ses vêtements raides de crasse, se jeter sous la douche et s'effondrer dans son lit. Après trois jours et surtout trois nuits de chasse, elle était au bord de l'épuisement.
Mais quelle satisfaction ! En plus d'avoir pleinement fait partie de l'équipe si sélect et si renfermée des aurors, elle avait eu la joie de mettre elle-même aux arrêts l'un des lycanthropes qui avait immédiatement été escorté vers la Sibérie où il purgerait sa peine pour ses crimes. Pourquoi pas à Azkaban ? Eh bien parce qu'après l'évasion de Sirius Black, le ministère était persuadé qu'un loup-garou ne mettrait pas très longtemps avant de trouver une faille et de s'évader.
Tonks poussa la porte d'entrée le plus silencieusement possible. Elle aurait tellement aimé pouvoir mettre la main sur Greyback et lui faire payer toutes ses horreurs à lui aussi.
Discrètement, elle referma la porte derrière elle. Beaucoup de gens la raillaient parce qu'à vingt quatre ans, elle vivait toujours chez ses parents. Enfin, vivait, c'était un bien grand mot. Après tout, Tonks n'y était plus si souvent depuis qu'elle avait commencé sa formation d'auror. Et puis, à quoi bon aller prendre un appartement ou une maison pour elle toute seule ? Tonks ne voulait pas se lever tout les matins dans sa propre solitude.
Elle retira son blouson taché et humide de pluie et s'apprêtait à retirer ses chaussures lorsqu'une voix, venant de derrière elle, la fit sursauter.
« Tu ne crois pas que tu nous dois des explications ? »
Tonks dut se battre contre elle-même pour empêcher ses jurons de franchir sa gorge. Elle prit une inspiration et se retourna, un grand sourire aux lèvres. Depuis qu'elle était toute petite, elle savait que son sourire était son arme principale. Et il fallait avouer que ses dons de métamorphomage l'avaient aidé plus d'une fois. Enfin lorsqu'ils fonctionnaient correctement, bien entendu.
Elle servit donc à son père son sourire le plus enjôleur mais il mourut rapidement sur ses lèvres.
Ted Tonks portait une vieille robe de sorcier par-dessus un pyjama légèrement élimé. Ses cheveux, d'ordinaire si bien coiffés, étaient ébouriffés. Il avait les yeux cernés, les traits tirés.
« Quelque chose ne va pas ? »
Elle fut surprise de voir un éclair de colère traverser le visage de son père. Il renifla.
« Est-ce que tu te rends compte qu'il y a un loup-garou dans notre cave ? »
Il avait fait de son mieux pour maîtriser sa voix mais il n'avait pas pu retenir ce léger chevrotement qui assura à sa fille qu'il bouillait littéralement de rage.
« Evidemment, dit-elle d'une toute petite voix, ça peut sembler problématique au premier abord mais…
_ Sembler ? Ça ne semble pas problématique, Nymphadora ! C'est un réel problème ! »
Et cette fois, Ted Tonks n'avait plus essayé de se retenir, il avait littéralement explosé de rage. Il tremblait de tous ses membres, serrait les poings convulsivement. Une veine battait sur sa tempe et son œil doit était injecté de sang.
« Mais qu'est-ce que tu as dans la tête par les chaussettes de Merlin ? Est-ce que tu es réellement auror ou est-ce que tu en train de tourner psychopathe ? »
Devant la fureur de son père, Tonks ne put que baisser les yeux.
« Papa, dit-elle d'une toute petite voix, c'est Remus. »
Elle n'osa pas lever les yeux, s'attendit aux hurlements mais… rien ne vient. Lentement, elle osa relever le menton. Ted Tonks était figé sur place, tremblant comment un hippogriffe qui viendrait d'être insulté, la rage dans les yeux. S'il n'avait pas protesté, c'était uniquement parce qu'Androméda avait posé une main sur son bras. Les cheveux défaits, blafarde, elle ressemblait plus que jamais à sa sœur Bellatrix.
« Est-ce que quelqu'un veut du thé ? demanda-t-elle d'une voix si calme que Tonks en fut époustouflée.
_ Non ! répondit son époux. Non, Androméda, ce n'est pas le moment de prendre le thé !
_ Moi j'en veux bien une tasse, répondit Tonks. Je crois que j'en veux une oui. »
Androméda acquiesça et Tonks lui en fut silencieusement reconnaissante. Depuis toujours, tout s'était toujours arrangé autour d'une tasse de thé. Enfin, ce soir, elle allait quand même devoir expliquer à ses parents pourquoi il y avait un loup-garou enfermé dans leur cave. Evidemment, elle aurait dû le faire trois jours plus tôt mais avec la chasse, eh bien, avec la chasse, elle avait oublié.
Elle suivit sa mère dans la cuisine, n'osa pas regarder par-dessus son épaule lorsque les pas de son père la suivirent. Elle tira une chaise et s'assit. Ted, lui, croisa les mains dans son dos et se mit à faire les cent pas.
Nymphadora attendit que sa mère dépose devant elle une tasse fumante avant d'entamer la conversation. Elle n'en avait pas très envie mais c'était, après tout, la meilleure chose à faire. Parfois, il fallait savoir prendre les devants, même si ce n'était pas agréable, même si ce n'était pas ce qu'on avait prévu.
« C'est Remus. Il a échoué et Greyback l'a condamné à mort. »
Ted n'émit pas le moindre son mais durant une fraction de seconde, il cessa de faire les cent pas. Puis il reprit. Androméda acquiesça.
« On avait reçu ton patronus, ma chérie. Mais pourquoi l'amener ici ?
_ Parce que c'était le meilleur endroit où je pouvais l'emmener. Et puis je n'ai pas réfléchi. »
Elle trempa ses lèvres dans sa tasse, avala une gorgée de thé. Mais ce soir, le breuvage ne lui semblait pas aussi rassurant que lorsqu'elle était plus jeune. Bien, de toute façon, elle ne pourrait pas cacher l'information plus longtemps alors mieux valait le dire tout de suite, s'en débarrasser.
« J'aime Remus. »
Ted produisit une espèce de bruit de gorge qui aurait pu être drôle si la situation n'avait pas semblé si désespérée à sa fille. Androméda, elle, reposa brusquement sa tasse sur la table. Du thé se renversa sur la nappe, formant parmi les tulipes et autres rhododendrons qui étaient imprimés, une fleur des plus exotiques.
« Tu racontes n'importe quoi, dit-elle.
_ Quoi ? »
Nymphadora n'en croyait pas ses oreilles. Sa mère était capable d'accepter la présence d'un loup-garou en pleine transformation dans sa cave mais elle ne pouvait accepter que sa fille soit amoureuse ! Elle lui lança un regard plein de défi.
« Ben oui, je l'aime. C'est comme ça, tu peux rien y faire.
_ Tu es fatiguée, tu ne sais plus ce que tu dis.
_ Je sais parfaitement ce que je dis.
_ Finis ton thé et monte te coucher, demain, tes idées seront plus claires. »
Nymphadora se leva d'un bond. La table trembla, faisant fleurir tout un assortiment de nouvelles fleurs exotiques.
« Mes idées ne seront pas plus claires demain ! Pourquoi est-ce que tu ne veux pas comprendre ? Je l'aime, je suis amoureuse de lui. Et tu sais quoi, maman ? »
Elle prit une autre inspiration , s'autorisa un petit sourire face à la vague qu'elle n'allait plus tarder à créer. En cet instant, malgré ses dons de métamorphomage, malgré l'apparence qu'elle s'était employée à garder des années durant, elle ressemblait bel et bien à une Black.
« J'ai couché avec lui. Et je prie Merlin tous les jours pour avoir la chance de recommencer. »
Androméda se leva à son tour, tapa des deux poings sur la table.
« Je t'interdis de… de…
_ D'aimer ? Allons maman tu… »
Elle se tut, tendit l'oreille. Sa mère ouvrit la bouche mais elle la coupa d'un geste. Oui, elle en était sûre, c'était bien un rire qu'elle entendait. Le rire de quelqu'un qui semblait incapable de se contrôler.
« Remus. »
Elle traversa la cuisine en deux enjambées, s'approcha de la porte de la cave. Lorsque sa main se posa sur la poignée, elle entendit son père crier derrière elle :
« Non ! »
Mais il était trop tard. Sa baguette bondit dans au creux de sa main, la serrure grinça et la porte s'ouvrit. L'obscurité y était pesante. Une odeur de sang et d'humidité lui sauta au visage.
La cave semblait silencieuse. Serrant les doigts sur sa baguette, Tonks descendit lentement les marches. Dans la lumière qui provenait de la cuisine, elle vit une silhouette se recroqueviller sur elle-même.
« Remus ? Tu… tu vas bien ? »
Le silence lui répondit.
« Remus ?
_ Dora ! »
La voix était légèrement éraillée, mais c'était bien la sienne. Sentant son cœur battre à tout rompre, elle sauta les dernières marches et se précipita vers la silhouette. Remus leva vers elle un regard empli d'angoisse. Une balafre sanglante s'étendait le long de son arcade sourcilière.
« Dora, je… »
Elle jeta ses bras autour de son cou, pressa ses lèvres sur les siennes. Un goût de sang lui emplit la bouche. Combien penserait qu'elle jouait à un jeu dangereux ? Tonks n'en avait rien à faire. Tandis qu'il répondait à son baiser avec presque autant de passion, elle se dit que, ce soir, elle l'avait à nouveau gagné. Oh, ce n'était probablement pas pour très longtemps, d'ici quelques heures, quelques jours tout au plus, il reprendrait pied dans la réalité et la repousserait à nouveau. Mais en attendant, c'était à elle qu'il se raccrochait et c'était elle qu'il serrait contre lui.
