James et moi, on a parlé pendant de longues heures le jour où il est revenu. Enfin. On a fait l'amour pendant un moment. Entre les coups, on a échangé quelques mots, mais je suis presque sûre que ça compte pour des explications. Depuis, rien n'a jamais été aussi parfait entre nous, excepté depuis quelques jours.
Sa prochaine visite chez le médicomage approche et je sais que ça le rend anxieux. Ça m'inquiète, moi aussi, car la dernière fois que nous y sommes allés, tout est parti de travers. J'espère sincèrement que le Dr. Northwood va lui dire qu'il peut reprendre le Quidditch car j'ai peur de ce qu'il pourrait arriver s'il ne le lui autorisait pas. Je sais que James ne partira pas, il m'a suffisamment rassuré là dessus et je l'ai assez vu s'en vouloir pour le croire, mais sa mauvaise humeur par contre, je la redoute.
Je suis assise à la table du petit déjeuner lorsqu'il fait irruption dans la cuisine impeccablement vêtu. Il a une conférence de presse ce matin avec son équipe et nous savons aussi bien l'un que l'autre qu'on ne va pas lui poser des questions sur son jeu mais sur notre relation. Ça n'arrête pas depuis que nous nous sommes montrés ensemble sur le perron, depuis que quelqu'un nous a balancé, ou devrais-je dire, depuis que Johnson a ouvert sa grande bouche.
Car oui, elle a avoué à James qu'elle avait fauté lors d'une soirée un peu trop arrosée. Cette fois-ci, il l'a envoyé promener. Peut-être un peu fort à mon goût, mais c'était quand même assez plaisant de ne pas le voir la défendre aveuglément pour une fois.
« Salut, bien dormi ? Me demande-t-il en embrassant le sommet de mon crâne.
_ Hmm. »
Il s'assoit en face de moi et je sens que ses yeux me parcourent intensément alors je relève les miens. Il me sourit. Je fronce les sourcils. Il est étonnement de bonne humeur alors qu'il doit bien se douter de ce qu'il va devoir affronter tout à l'heure. J'y ai moi même eu le droit, à ces questions plus qu'indiscrètes, l'avant veille en me faisant rattraper par un journaliste alors que je faisais des courses sur le Chemin de Traverse. Pourtant, l'interview que j'avais accordé à Alice quelques jours auparavant me paraissait assez complète pour que tout le monde lâche l'affaire. Je me suis foutu le doigt dans l'œil.
J'attrape le paquet de céréales aux chocolats en forme de lettres, les mêmes que chez Sirius, et je peste lorsqu'il me glisse des mains et que la moitié du contenu se renverse sur la table.
« Laisse, je m'en occuperai tout à l'heure, me dit James en me prenant le paquet des mains pour en renverser un peu dans mon bol. »
Je ne réponds pas et je me contente de broyer avec frénésie les O, les A, les P, les M, et toutes les autres lettres que je trouve dans mon bol. Finalement, je ne sais pas pourquoi je m'inquiète pour lui, c'est moi qui flippe à cause de toute cette pression médiatique qu'il y a autour de nous, James est parfaitement à l'aise, ce n'est pas la première fois qu'il doit faire face à une situation de crise.
« Il va falloir que tu travailles tes réflexes Evans, si tu fais tomber tes céréales comme ça, tu ne vas pas être capable de tenir le souafle très longtemps et le Club de Flaquemare pourrait descendre sérieusement dans le classement à cause de ta maladresse... Ce serait vraiment dommage, me taquine-t-il.
_ Ta gueule. »
Il fait mine d'être choqué et se lève pour aller chercher du jus de citrouille dans le frigo, moi, tout ce à quoi je pense, c'est à la manière dont je dois me comporter en public lorsque tous les yeux sont rivés sur moi et que le monde me considère soit comme une gamine influençable qui s'est faite avoir, soit comme une allumeuse de première qui a eu son diplôme grâce à son corps. Je ne suis aucune des deux.
« Ca va ? S'inquiète-t-il en se rasseyant devant moi.
_ Hmm.
_ Je n'ai droit qu'à « Hmm » aujourd'hui ?
_ J'ai aussi dit « ta gueule » tout à l'heure, je lui réponds en plissant les yeux. »
Il émet un léger rire et puis il engloutit son verre de jus de citrouille d'une traite. Je m'attends à ce qu'il s'en aille directement, mais au lieu de ça, il replie ses bras sur la table et pose sa tête dessus, m'observant de la façon la plus intime et troublante qui soit. Je ne suis pas du matin d'habitude, mais là, j'ai sacrément envie de le tirer par la cravate et d'aller laisser s'exprimer toute ma maladresse dans notre chambre.
« Tu penses à quelque chose en particulier ? Il m'interroge avec un sourire suggestif.
_ Rien qui ne nécessite pas que tu annules tous tes rendez-vous, ce qui me paraît largement impossible, je réponds en repoussant doucement mon bol.
_ J'aurais pu faire ça pour toi si tu n'avais pas besoin d'aller t'entraîner pour corriger ce mouvement du poignet un peu maladroit que tu fais quand tu tires.
_ Mon mouvement de poignet te dis merde, je réplique avec humeur. »
Encore une fois, il se marre. Il se redresse un peu, sors sa baguette de sa poche pour la poser sur la table et passe sa main dans ses cheveux en me regardant dans les yeux avec une lueur indescriptible. Il est pénible, il est affreusement pénible, mais qu'est-ce qu'il est beau, et qu'est-ce qu'il le sait !
« J'ai un truc à te demander, au fait, il me dit en souriant toujours.
_ Ah ? »
Il acquiesce et fait un petit geste de sa baguette au dessus de la table. Juste au moment où je m'apprête à lui dire qu'il faut qu'il arrête d'utiliser la magie à tort et à travers, je constate que les céréales que j'ai laissé s'échapper du paquet se précipitent vers moi pour former des mots. Je fronce les sourcils, un peu dubitative, en essayant de déchiffrer peu à peu la phrase qui s'affiche devant moi alors que James me fixe toujours avec la plus grande attention.
« Est-ce... Est-ce que tu... Est-ce que tu veux... Elle a une fin cette phrase ou pas ? Je demande en relevant la tête. »
Il hausse les épaules et m'encourage à continuer à lire, toujours avec cet air impatient et espiègle, alors je me replonge dans le déchiffrage, un peu perplexe.
« Est-ce que tu veux m'épou... M'épouser ? Je termine en m'étranglant.
_ Puisque c'est toi qui proposes, je ne dis pas non, répond-il moqueusement en faisant glisser un anneau sur la table. »
Bah mince alors. Ça, je ne m'y attendais pas. Pas là, en tout cas. Pas une semaine après qu'il soit revenu. Pas à 7h56 du matin, devant un bol à moitié plein ou à moitié vide. Pas devant ma mine renfrognée à cause de mon manque de sommeil due à notre vie de couple tumultueuse. Pas devant mes cheveux en vrac, mes yeux dans le vague, et ma bouche tremblante qui ne sait plus comment sourire. Pas devant ce désordre banal.
Ou peut-être que si, en fait. Ce désordre banal, c'est tout ce à quoi j'aspire. Mes rituels du matin, les siens, tout se retrouve perturbé au profit de nos regards indécents et indécis, et puis ses doigts qui tapotent frénétiquement la table recouverte de céréales. Mon verre de jus de citrouille devant moi, le sien devant lui, le paquet de céréales sur le bord de la table, un morceau de brioche au milieu, la lumière qui filtre par la fenêtre du jardin, Shakespeare qui ronronne dans son panier près de la porte, et le lavabo qui goutte dans une rythmique désordonnée. Je m'y suis habituée, à tout ça.
James pousse doucement la bague vers moi et je me demande un instant si je dois la prendre. Je veux la prendre, bien sûr que je le veux, mais je suis si surprise que je parviens à peine à bouger la main dans sa direction. Toutes ces histoires entre nous, ces problèmes avec Johnson, le Quidditch, ses sautes d'humeur, les miennes... Est-ce que c'est une bonne idée ? Merlin non, ça n'en est définitivement pas une.
« Mange, réveille toi tranquillement, on en parle plus tard, me dit-il en se glissant hors de sa chaise. »
Il caresse brièvement ma joue avant de filer sans plus de cérémonie en me laissant complètement incertaine et désorientée. Il faut que je lui dise non, il faut que je lui dise non. Je sais qu'il faut que je lui dise non. On fait n'importe quoi ensemble, on arrête pas de se faire du mal, on arrête pas de s'engueuler, et la seule manière qu'on trouve de se réconcilier, c'est de virer nos fringues et de se jeter l'un sur l'autre comme si nous étions deux bêtes sauvages.
Alors je sais pertinemment qu'il faut que je dise non, mais cette bague roule dans ma main, et dans ma tête l'écho tentant de mon éventuel futur nom, « Lily Potter », ne semble pas vouloir s'échapper. Qu'est-ce qui va changer si je dis non ? Qu'est-ce qui va changer si je dis oui ? Bon sang, pourquoi est-il parti ? J'ai envie de l'avoir encore en face de moi, de pouvoir le regarder dans les yeux. J'ai envie de lui retirer sa foutue cravate et tous les foutus vêtements qui vont avec, j'ai envie qu'il me rafraîchisse la mémoire sur ce à quoi je renonce si je refuse sa proposition, et en même temps, je sais pertinemment que s'il le fait, ma raison vole en éclat.
On aurait pu penser que ce désir un peu bizarre, un peu trop fort, s'échapperait lorsque nous aurions dépassés le stade du secret et de l'interdit, mais c'est loin d'être le cas. C'est comme si la frustration d'avoir dû s'attendre l'un et l'autre pendant si longtemps persistait, nous laissant dans un manque constant et douloureux. Je ne peux pas lui dire non, j'ai besoin de l'avoir près de moi, j'ai l'impression de ne pas l'avoir touché depuis des mois alors qu'i peine quelques heures son corps et le mien étaient amoureusement entremêlés.
Merlin qu'est-ce que je vais faire ? Qu'est-ce que je vais dire ? Je fais malencontreusement tomber mon bol en me levant et il se brise en mille morceaux à mes pieds. J'ai envie de me tirer les cheveux. Je grince des dents et j'envoie valser le tout à la poubelle avant de monter me préparer pour mon entraînement. Comme si voler allait m'aider à prendre une décision ! Je vais me tuer, là haut, sur mon balai, à ne penser qu'à James et à sa foutue spontanéité.
« Oh, Evans ! Le souafle ne va pas t'attendre ! Me réprimande Amélia. »
Mes yeux se posent sur elle à quelques mètres de moi, les cheveux dans le vent et l'air parfaitement décontracté sur son balai dernier cri. Merlin, je l'avais oublié, elle. J'ai subitement envie d'accepter la demande de James rien que pour lui agiter mon doigt sublimé par la bague devant son joli minois en criant victoire, mais d'un autre côté, je sais très bien que l'empathie que j'éprouve pour elle depuis que je la connais un peu mieux m'empêcherait de faire une telle chose.
Quand ma journée d'entraînement se termine, je ne suis pas étonnée que Green me prenne à part pour m'expliquer que mes dernières prouesses ne me permettront pas de participer au prochain match. Je suis peut-être l'étoile montante, mais il ne faut pas pousser le bouchon, je joue comme un manche depuis trois semaines, j'ai besoin d'un bon coup de pied au derrière pour me remettre dans le droit chemin.
« Alors, on laisse ses déboires avec la presse empiéter sur son jeu ? Me provoque Amélia lorsque je la rejoins dans les vestiaires.
_ Pas ce soir Amélia, je ne suis pas d'humeur.
_ C'est des cons, Lily, à ta place, il y aurait un moment que je les aurais envoyé chier, m'assure-t-elle en tassant ses affaires dans son sac.
_ Oui mais tu n'es pas à ma place Amélia, il serait temps que tu le comprennes, je réponds un peu méchamment.
_ Bon sang mais qu'est-ce que tu as aujourd'hui ? S'emporte-t-elle en jetant son balai à ses pieds.
_ Rien. J'y vais, à demain. »
Je balance mon sac par dessus mon épaule et je transplane le plus vite possible avant de me comporter encore comme la reine des abrutis. Devant la maison, encore des journalistes. Je ferme les yeux un instant et j'inspire profondément pour éviter de les envoyer promener, ce qui donnerait clairement de la matière à leurs articles. Finalement, j'échoue.
« Miss Evans, est-il vrai que Mr. Potter a engagé une relation avec vous lorsque vous n'aviez que douze ans ? M'interroge l'un d'entre eux.
_ Pour la énième fois, j'étais majeure lorsque nous avons commencé à nous fréquenter et aucun de nous deux n'a forcé l'autre à quoi que ce soit ! Je ne faisais pas non plus exprès de faire tomber mon crayon pendant ses cours pour lui montrer mon derrière sous ma jupe en me penchant, je n'ai jamais déboutonné mon chemisier plus que le règlement ne l'autorisait, et je ne prévoyais pas mon coup car contrairement à ce que tout le monde pense, je ne le connaissais même pas avant de le voir débarquer à Poudlard car je n'avais absolument aucune notion de Quidditch ! Corrigez vos sales articles diffamatoires et revenez quand vous serez d'attaque pour quelque chose de vrai, je termine par dire avant de claquer la porte derrière moi. »
Je me laisse tomber sur le canapé et j'ai envie de pleurer. Je ne peux plus me contenir. J'ai besoin de James car cette colère qui me ronge, il n'y a que lui qui puisse l'apaiser, il n'y a que lui qui sache comment s'y prendre. Il n'y a que lui qui sache où me toucher, où m'embrasser, quels mots me dire pour me calmer.
Son odeur est dans toute la maison mais cela suffit à peine à adoucir mes mœurs. Shakespeare se love sur mes genoux, je le caresse en fermant les yeux, je suis exténuée. J'ai trop réfléchi ces derniers temps, mon cerveau est en miettes. Je me demande comment va celui de James. Est-ce qu'il s'en est sorti à sa conférence de presse ? Est-ce qu'il a été à son rendez-vous chez le médicomage ? Est-ce que ça s'est bien passé ? Est-ce qu'il pense à moi comme je pense à lui ?
La porte s'ouvre et c'est comme si mes pensées l'avaient attirées directement ici. Là, je repense à ce qu'il m'a proposé ce matin, et je suis encore pétrifiée. Je n'ai pas décidé, je ne sais toujours pas quoi dire, mais je constate que ce n'est pas important quand je vois Sirius entrer à son tour. Ce n'est pas le moment de penser à lui répondre, pas devant son meilleur ami.
James esquisse un demi-sourire à mon attention mais j'ai l'impression que quelque chose ne va pas. J'attends quelques minutes avant de les rejoindre dans la cuisine. Ils sont assis l'un en face de l'autre, et ils ne sont pas en train de fanfaronner, c'est inhabituel. Ils n'ont rien cassé non plus, et les oranges ne sont pas en train de voler dans la cuisine, étrange.
« Vous êtes bien silencieux... Je constate simplement en me postant debout derrière James.
_ Journée abominable, répond-il en faisant trinquer son whisky-pur-feu contre celui de Sirius.
_ Lunard ne va pas bien en ce moment, m'explique Sirius.
_ Ah ? Qu'est-ce qu'il lui arrive ?
_ On ne sait pas. Il est déprimé. »
Tiens, tiens. Je ne les avais jamais vu aussi démunis. Ils se soutiennent tant tous les quatre que dès qu'il y en a un qui va un peu moins bien, le reste de l'équipe en pâti aussi. Je sais à quel point James tient à ses amis, je sais qu'il les considère comme des frères et qu'il ferait tout pour eux, je sais aussi qu'il se sent inutile là parce qu'il n'y a rien qu'il puisse faire pour Rémus, et être inutile, James, ça le met hors de lui.
« Et ta conférence ? Je lui demande en posant mes mains sur ses épaules pour le masser doucement.
_ Que des abrutis, souffle-t-il en tirant doucement sur mon poignet pour me forcer à me pencher sur lui et pouvoir planter un baiser sur ma joue.
_ Tant que ça ? Ça n'a pas pu être tout mal quand même... »
Sirius retient un rire ironique. Apparemment, il a été briefé avant moi. Ça ne m'étonne pas. Si les journalistes ont dit des choses regrettables à mon propos, James ne voudra jamais me les répéter pour ne pas me blesser mais il les dira volontiers à son meilleur ami.
« Tu ne veux pas savoir, reprend-il en jetant un regard appuyé à Sirius.
_ Tu as eu le temps d'aller voir Northwood ?
_ Que des questions qui fâchent aujourd'hui, Evans, me signale Sirius. »
Je grimace et je me décale un peu pour pouvoir mieux observer James et l'expression d'agacement sur son visage me fait un peu peur.
« Encore une semaine avant de reprendre, lâche-t-il les dents serrées.
_ Sept jours James... Je sais que pour toi c'est énorme, mais c'est peu comparé à ce que tu as enduré l'année dernière. »
Il acquiesce et je sais qu'il prend sur lui. Sirius le fixe étrangement comme s'il s'attendait à ce qu'il pète un câble d'une minute à l'autre mais James ne bouge pas, il reste parfaitement stoïque et il me décroche même un sourire quand je lui ébouriffe affectueusement les cheveux.
« Eh bien... Il y a au moins une chose qui roule, commente-t-il en faisant un signe de l'index entre James et moi. »
Je m'apprête à lui répondre mais je suis interrompue par trois coups frappés à la porte. Je pose les mains sur les épaules de James qui commençait à se lever pour aller ouvrir et j'y vais moi même. Je ne veux pas qu'il se retrouve nez à nez avec un énième journaliste après ce qu'il a subit aujourd'hui, c'est à mon tour de faire face à l'hostilité du monde extérieur, alors j'ouvre la porte.
Je suis stupéfiée quand je constate que la personne qui est devant moi n'est pas un journaliste. Le moins que l'on puisse dire, c'est que je ne m'attendais pas à ça.
