Chapitre 53
« Es-tu prêt ? »
Je hoche la tête, je me prépare à la douleur.
Cela va être une longue nuit.
Des charbons ardents se déversent sur moi, ma chair brûle. Je verrouille mes jambes et reste parfaitement rigide lorsque je suis brûlé à vif. Je serre la mâchoire pour garder ma bouche fermée, si un son sort de ma bouche il recommencera à dire que je suis faible.
Des centaines de crochets à viande entrent profondément dans mon corps et commencent à me déchirer de l'intérieur, provoquant un long cri de douleur.
Non, Drago. Bloque ça ! Ce n'est pas la réalité. Arrête ça !
Des milliers d'insectes miniatures avec des pattes acérées rampent sur moi, s'enfonçant un peu plus profondément en moi lorsqu'ils se mettent à marcher, ils me bouffent.
Je tremble.
Une épée entaille mon corps et mon esprit me montre une image de moi-même récupéré, battu, mangé, et réduit à un tas difforme de viande et d'os, je n'ai pratiquement plus aucune ressemblance avec l'être humain que je suis en temps normal.
Finalement je m'effondre, les bras ne me retiennent plus, comme si cela m'avait aidé à bloquer la douleur. Puis celle-ci se concentre sur une seule partie de mon corps, mon poignet gauche. Cela me fait tellement mal que j'ai envie de m'arracher le bras.
Et puis c'est fini.
« Je suis déçu, Drago. Tu as beaucoup mieux commencé cette fois, mais ta faiblesse, c'est affligeant. »
Je suis à bout de souffle, ma respiration est si forte que je ne peux même pas lui répondre.
« Lève-toi. »
Je parviens à contrôler ma respiration et me remettre en place, fixant avec méfiance le Seigneur des Ténèbres.
« Ne m'en veux pas » me dit-il. « Ceci est pour ton bien, pas le mien. Imagine les regards craintifs dans leurs yeux quand ils se rendront compte que tu ne pourras plus être touché par le maléfice de torture. Lorsque tu deviendras le maître de la douleur, ils te suivront sans protester. »
Je ne fais que hocher la tête.
« Nous n'en avons pas encore terminé pour ce soir, nous allons continuer jusqu'à ce que tu réussisses » dit-il sévèrement. « Je vais te faire travailler jusqu'à un pouce de la mort s'il le faut. Je suggère donc que tu exerces un certain contrôle sur ton esprit et tu te débarrasses de tes faiblesses. Prépare-toi. »
J'avale difficilement.
C'est impossible ! Je suis encore affaibli d'avoir dépensé tant d'efforts à essayer de lui résister la nuit dernière. Il n'y a aucun putain de moyen d'être en mesure de le faire ce soir.
Non, non, je dois croire en moi, je peux le faire. Si je dois lui succéder, je dois avoir la foi, je vais être en mesure d'y parvenir. Je suis un pessimiste de nature, mais ce n'est pas le moment de faire un travail sur soi, je dois agir maintenant.
« Je suis prêt. »
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« Tu prends tellement de mon temps Drago. Ceci me dérange. »
À l'intérieur de ma bouche je sens comme du papier de verre, et je tousse une fois. J'ouvre les yeux et vois les pieds nus de Voldemort sur le sol de pierre, ces pieds ne sont qu'à quelques centimètres de mon visage.
« Lève-toi disciple » dit-il avec impatience.
Je lève mes bras et cale mes paumes sur le sol dans une tentative de me pousser vers le haut. Mes bras tremblent à l'effort, et après une courte lutte, je m'effondre à nouveau.
« Pathétique. »
Je me force à me mettre sur pied, et je m'effondre de nouveau. Tous les muscles de mon corps semblent avoir disparus. J'ai l'impression que toutes les terminaisons nerveuse sont rompues, et même que mes os forment de la gelée.
Depuis combien de temps est-ce que cela dure ? Combien de minutes ? Combien d'heures ? Un être humain normalement constitué ne peut supporter autant de torture.
« Je ne peux pas » je murmure.
Ma voix est rauque.
« Ne me force pas à en conclure que tu es inutile » siffle-t-il. « Tu sais ce qu'il leur arrive à ces gens-là. »
« Tuez-moi, alors » dis-je, en espérant tout de même qu'il ne me tuera pas réellement. « Je ne peux pas... je ne peux pas le faire. »
Ensuite, pour ce qui ressemble à la millionième fois, je brûle de l'intérieur. Je suis maintenu debout par le sort de Voldemort, mais mon corps est mou. J'essaie de tirer une certaine force pour bloquer la douleur, mais honnêtement, je ne sais pas pourquoi je me débats. Je n'ai clairement aucune force dans mon corps.
Un couteau de boucher géant commence à me couper, me couper en dés, en de minuscules petits carrés.
De nombreux vers carnivores glissent sur et sous la surface de ma peau, ils me rongent.
Je suis sur le point de m'évanouir de douleur et d'épuisement, mais bizarrement je suis encore lucide grâce à certaines malédictions que je n'ai pas encore eu le privilège d'apprendre, sans doute les mêmes malédictions qui ont été utilisées contre Dubois.
Putain de merde !
La douleur devient fade, laissant derrière elle une douleur plus prononcée, plus malsaine sur tout le corps, la douleur s'intensifie après chaque seconde qui s'écoule.
« Tu n'es même pas capable de rejeter la douleur, tu la laisses venir à toi s'en t'en préoccuper » dit Voldemort. « Est-ce ton esprit qui est si facilement atteignable ? Débile, pathétique. »
Je n'ai même pas l'énergie pour répondre.
« Tu peux rester ici jusqu'à ce que tu récupères » dit-il en ricanant. « Si tu récupères bien sûr. Je vais garder ta baguette magique. »
Après cela, il disparaît.
Comme les effets de ses sorts commencent à s'estomper, je me mets à tousser violemment. Des vertiges me font tourner un peu la tête, et la force qui me tenait sur mes pieds se dissipe.
Le sol en pierre se précipite vers moi.
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Le lit au dessous de moi est très dur et inconfortable. Et j'ai l'impression d'avoir mal partout. Je dois avoir chuté dans une position inconfortable. J'ai l'impression d'avoir à peine la force de lever les bras.
Mes yeux s'ouvrent, et je prends conscience d'une chose.
Ce n'est pas un lit. C'est le sol. Très bien.
Je dois sortir d'ici.
Il y a un méchant goût métallique dans ma bouche. Je jette un coup d'œil sur le côté, je vois une flaque de sang à droite de ma tête. Je crache tout ce sang resté dans ma bouche.
Ce ne peut tout simplement pas être que dans ma tête. Saloperie de vision.
J'essaie de m'asseoir, mais même cela, c'est trop. Je suppose que la douleur et le sang doivent être dus au surmenage magique. Trop de sort, trop de magie sans baguette.
Ai-je tout simplement disparu et obtenu qu'il me tue ?
Le "surmenage" est une façon très, très lente de mourir. J'ai tout appris là-dessus. En fait, vous n'avez plus d'énergie pour faire quoi que ce soit. Votre corps se consume peu à peu.
J'essaie de parler, mais tout ce qui sort est un bruit étrange et râpeux.
Si j'avais au moins un peu d'eau...
J'essaie encore et parvient à sortir le nom de Naree.
Il apparaît juste un instant après, et ses yeux s'écarquillent lorsqu'il voit dans quel état je suis.
« Maître ! Maître, que s'est-il passé ? »
« Amène-moi à la maison » je lui murmure. Ma voix a presque disparu.
« Tout de suite, monsieur. »
Il saisit mon bras, et après un pop nous arrivons à notre destination.
Il fait sombre, et un jet de lumière rouge vole vers nous. Naree le bloque et les lumières s'allument.
« Oh mon dieu, Drago ! »
Putain... c'est Granger.
« Je voulais dire le Manoir » je chuchote à Naree.
« Je suis désolé Maître, tout de suite ! » crie l'elfe.
Il saisit mon bras, et un instant plus tard, je suis dans ma chambre au Manoir.
« Miss Granger ! » grince Naree. « Vous ne devriez pas être ici ! »
Un frisson descend le long de ma colonne vertébrale lorsque je me rends compte qu'Hermione Granger vient d'entrer dans le Manoir Malefoy. Mais elle est venue avec moi, techniquement, elle n'aura pas été détectée par les sorts jetés ici.
« Sors... d'ici... » je grogne.
Elle me fait léviter sur le lit, et j'entends Naree chuchoter à Granger qu'elle doit partir.
« Il n'est pas dans son état normal » dit-elle. « Vas-y Naree. Retourne à ton travail. Je vais prendre soin de lui. »
« Dehors... maintenant... »
Pourquoi ne voit-elle pas la gravité de la situation ? Si Tante Bella choisit de se promener et de vérifier si je vais bien...
« Il parle de toi Naree » dit Granger. « Tu devrais probablement y aller. Avertis-moi si quelqu'un arrive. »
J'entends un crack sonore qui signale le départ de Naree. Abruti d'elfe de maison. Je vais devoir repenser à le laisser prendre ses commandes auprès de Granger.
« Es-tu en train d'essayer... de nous tuer... tous les deux ? »
« Ne sois pas idiot » dit-elle.
Elle enlève les couvertures sous mon corps et les tire pour les mettre sur moi.
Naree revient avec un verre d'eau pour moi, et je remercie Merlin qu'il soit si attentif. Granger insiste pour m'aider, et Naree repart.
Après avoir bu, ma gorge se sent beaucoup mieux, et ma voix se rétablit assez pour que je puisse parler à nouveau.
« Ne sois pas stupide » je lui souffle. « Sors d'ici. »
« Si je pars, je t'emmène avec moi » dit-elle fermement.
« Très bien. Emmène-moi. Tu ne dois pas rester ici. »
Elle fronce les sourcils.
« Qu'est-ce que tu attends ? »
Elle me serre le bras, et quelque secondes plus tard nous sommes de retour chez moi, le vrai, le seul. Elle me met dans mon lit, et lorsqu'elle me borde, je peux sentir son parfum sur les oreillers, il est clair qu'elle a dormi ici.
La somnolence semble me vaincre très rapidement. Trop rapidement pour mourir. Je ne serais pas mort en quelques minutes si c'était réellement le "surmenage" qui me faisait divaguer.
« Emmène-moi à l'extérieur » je murmure.
Son front se plisse. « Non. »
Je veux lui dire que je vais dormir sur le canapé, mais je suis déjà tellement fatigué que je ne sais pas si les mots sortent de ma bouche. Elle parle, mais ses mots se mêlent en un flux incompréhensible si apaisant qu'est le son de sa voix. Combiné avec ce parfum merveilleux autour de moi...
Si ce sont mes derniers instants vivants, je vais mourir en homme heureux.
