Une ultime transition, une veillée de plus, s'arrêter quand on le peut encore, juste un petit peu, voir ce que l'on a, profiter de ce qui compte, aimer ce qu'on va perdre: s'armer, s'armer puis avancer.
Chapitre XXVII (2 sur 2)
Comme il demeure de tradition de ne point changer une équipe qui gagne, les Jumeaux accompagnent le petit groupe dans sa nouvelle mission camping sauvage, cette fois-ci dans une friche industrielle entre les Pays-Bas et l'Allemagne. Un endroit superbe où trainent encore quelques barils et divers débris métalliques. Ce qui aurait pu améliorer les préjugés de Drago vis-à-vis des moldus si ce dernier n'avait pas fait le voyage à demi dans les vapes tant son attention est monopolisée sur le frêle lien magique qui l'attache à son père. Lien qu'il doit s'efforcer de consolider tout en restant discret, une véritable araignée raccommodant des brins effilochés. Quant à considérer que l'ambiance reste morose. D'autant plus qu'il faut sans cesse veiller à ce que les Jumeaux ne tentent aucune expérience qui aurait pu avoir des conséquences néfastes vu les relents réguliers d'essence. La nuit ne va pas tarder à tomber et les derniers sandwichs avant le retour aux boites de conserve ont été avalés. Ne subsiste que des sucreries, malencontreuses victimes innocentes d'un raid de la Résistance. Même la lourde brume qui monte du côté du fleuve ne parvient pas à les ramener chez eux et chacun regrette que les sorts de protection ne soient pas en mesure d'améliorer le paysage.
À croire qu'ils deviennent tous difficiles car il est déjà fort positif que les flammes magiques qui s'échappent d'un bidon typique de la faune locale soient invisibles. Imperturbable, assis sur un poteau électrique en béton, Neville fait brûler des chamallows au bout d'un bâton sous les encouragements de Luna parce que d'une part, c'est un truc qu'il a toujours voulu essayer et d'autre part, parce que ça lui permet de calmer sa nervosité en attendant le retour d'Harry, Hermione et Blaise partis en reconnaissance. Il faut bien préciser qu'avoir en face de lui Malefoy en train de psalmodier des incantations étranges tout en se balançant machinalement était des plus perturbants. À l'opposée, Ginny oublie sa bouderie en participant avec Fred à un commentaire scientifique du comportement reptilien tandis que Georges prend des photos imaginaires.
Au bout d'un quai bétonné mangé par la rouille et bientôt en passe de retrouver l'eau boueuse, Hermione rassure ses comparses sur l'utilité de leur présence. Non, ils ne sont pas perdus même si les indications de Drago semblent loin d'être fiables. La meilleure preuve en reste le béton sur lequel ils se tiennent. En effet, les garçons, Blaise excusé au contraire d'Harry, ne se sont pas rendu compte qu'il s'agit de vieilles fortifications datant de la Seconde Guerre Mondiale. Épisode moldu, certes, mais durant lequel Grindelwald s'est illustré. Or, il est grandement probable que la Lance ait été cachée dans un abri fortifié qui aurait ensuite été adapté.
L'hypothèse d'Hermione devant se vérifier à l'aube suivante, lorsqu'un Drago passablement fatigué réveille les autres en énonçant que la trace de son père se perd en amont. Avec comme léger inconvénient le fait qu'elle disparait totalement sous l'eau. Comprenant qu'ils vont, peut-être, devoir renouer avec le sortilège de tête-en-bulle et autres joyeusetés humides, Harry pâlit sur le champ. Il a au moins la consolation de savoir que cela serait provisoire puisque tous tombent d'accord pour douter que le rassemblement des Mangemorts implique de la natation synchronisée. Le franchissement d'obstacles par contre, serait une discipline incontournable avec en premier lieu celui d'une barrière magique qui, en plus de repousser l'élément liquide, doit également faire un sort à tout ce qui n'est pas Sang-pur.
« En gros, l'hypothèse serait que les sang-purs puissent pénétrer sans difficultés dans le repaire et la seule possibilité de vérifier ladite hypothèse est d'y aller.
— J'aime ! » Réagit aussitôt Fred devant les propos de son frère, « Quoique… Vous pensez que les autres grilleraient comme des insectes sur une lampe ?
— L'odeur serait ennuyeuse. Et quelle fin pour le Survivant… Embraye Georges avant de se faire couper par Ginny qui n'envisage pas de voir Harry prise dans une autre toile que la sienne. Ses comparses s'acheminent plutôt vers la stratégie à adopter pour s'emparer de ce bastion souterrain.
Les premières investigations n'étant guère des plus encourageantes. Si la technique inventée par les Jumeaux pour disposer de postes d'observation discrets de manière à surveiller les allers-et-venus de Rusard pour compenser le don de la carte des Maraudeurs à Harry ne surpasse pas cette dernière, sa combinaison à la métamorphose made in Hermione donna des résultats inespérés à défaut d'être rassurants. Le rapport de la carpe fut laconique mais permet de voir que le coin est trop fréquenté. Celui des goujons les informe que des escadrons de Mangemorts transplanent dans une espèce de bulle située à cinq cent mètres en amont avant de rejoindre le repère à la nage. Les images du silure sont particulièrement floues puisque Hermione insiste sur la nécessité de respecter le mode de vie de l'espèce choisie. Néanmoins, il parvient à s'approcher suffisamment de l'entrée pour constater l'existence de tour de garde à l'intérieur du sas où les nouveaux arrivants s'efforcent de retrouver une apparence moins piteuse.
Bref, bien loin de la grotte oubliée, ils viennent de mettre la main sur un essaim de Mangemorts prêts à porter la guerre sur le continent. Ce qui change radicalement les enjeux de leur infiltration en ajoutant quelques légères obligations autour de l'impératif d'éradiquer le mal. Sur cela, il faut jouer la carte de la modestie, certes les quelques aventures du temps de Poudlard combinées à l'obtention d'une coupe et le saccage du Manoir Hepburn laissaient entendre de bonnes compétences quant à la lutte contre les forces du mal, mais de là à éliminer un repaire entier de Mangemorts à eux six… Ce n'est même pas la peine d'y songer. Dès lors, le problème s'aggrave, comment réussir à infiltrer des renforts dans un repaire secret sans mettre en péril leur propre recherche ?
Tous les regards convergent aussitôt vers Hermione, ce qui ne manque pas de faire penser à Blaise qu'il ne faudrait surtout pas qu'ils la perdent. Tandis que la Gryffondor s'efforce de trouver une solution adéquate et que les autres l'imitent ou du moins le laissent croire, Drago tourne autour du concile du poteau électrique, incapable de se poser.
« Il n'y a pas trente-six solutions possibles pour s'introduire quelque part. Réfléchit-elle à haute voix, désireuse d'associer ses confrères au brainstorming.
— Transplanage ou Portoloin. Récite Harry, soucieux de faire bonne impression et de rappeler malgré lui son statut de héros.
— Tu peux déjà laisser tomber le premier, Potter, renchérit Drago, on ne peut pas transplaner dans un lieu inconnu sans précisions et y'a sûrement des sortilèges de protection comme à Poudlard. »
Le Serpentard ayant réalisé un effort surhumain en évitant le moindre soupçon railleur dans son intonation et de surprise, chacun trouve une nouvelle raison de suivre véritablement le débat malgré la fatigue accumulée.
« Le Portoloin alors ? hésite Ginny, peu convaincue elle-même.
— Un bon sorcier est capable d'en fabriquer un en toutes circonstances, regarde, Dumbledore ne t'as-t-il pas permis de quitter ainsi le Ministère en 5e année Harry ? argumente Neville qui semble conserver la chronique de leurs exploits passés. Aucun endroit n'étant plus protégé que le ministère.
— Tellement sécurisé que Voldemort y a transplané non ? rappelle Fred
— Justement. plaque Hermione une lueur fiévreuse dans le regard. Voldemort et Dumbledore. »
Froncement de sourcils dans l'assistance avant qu'il soit compris que la Gryffondor cherche des points communs entre les deux sorciers.
« — Les sucreries ! enchaine Fred.
— Oui, c'est obligé, quoique je ne pense pas que Voldemort soit très sorbet… Un avis Drago ? Blaise ? »
La plaisanterie de Georges ne déclenche qu'un rictus Malfoyien et un soupir chez Blaise. Toutefois, Hermione, consciente que son cher et tendre reste des plus susceptibles embraye sur le fait qu'ils sont tout simplement de grands sorciers. Cette platitude allant même leur permettre de résoudre le nœud du problème car la magie d'un Portoloin provient de son enchanteur. Autrement dit, sa puissance correspond à celle du sorcier mais surtout, il suffit que le sorcier soit capable de traverser un maléfice pour que la magie du Portoloin le soit aussi. Ce qui signifie qu'un sorcier à l'intérieur du tunnel serait capable d'invoquer un Portoloin pour y amener du renfort à condition d'y adjoindre une variante du maléfice de flagrance.
« Parfait. On franchit comment les barrières magiques par contre ? remarque Ginny.
— En utilisant la faille des Mangemorts ? tente Harry aussitôt contredit par Hermione.
— Non, l'exploit est irréalisable par des Moldus mais en revanche la barrière ne bloquant pas les Sangs-Purs, après tout, c'est leur caractéristique principale.
— Sauf que pour Drago et moi, c'est grillé, je doute qu'on puisse encore bénéficier des accès privés.
— Pas exactement, en effet. Mais ce n'est pas l'essence magique d'une personne que le sort analyse car il n'y a pas de différences entre un sort lancé par un sang pur ou un né-moldu. C'est plus primitif que cela.
— J'irai donc ». conclut Drago, si pressé d'en découdre une bonne fois pour toute qu'il n'a pas remarqué être le seul maîtrisant le raisonnement d'Hermione. Il est, en conséquence, obligé d'attendre que sa belle Gryffondor ait expliqué que comme le passage devait rester ouvert pour son père, il le serait également pour le fils puisqu'ils partagent le même sang.
Quant à savoir qui aurait le privilège de l'accompagner. Harry en serre les mains de dépit en comprenant que son héroïsme en prendrait nécessairement un coup puisque sa propre mère est une née-moldue. Le Balafré n'a cependant pas le temps d'exprimer à haute voix sa contrariété que Neville se déclare volontaire. La détermination sur le visage de l'éternel loyal est telle que nul n'ose le contredire. Ginny Weasley n'a pas la même chance. Si ses frères choisissent de rester muets de manière à ne pas orienter sur eux la colère future de la jeune femme, Harry n'a pas la même délicatesse.
Le preux chevalier qui n'a pas hésité à enfermer sa belle dans le donjon de Poudlard lorsqu'il a été question de partir à la chasse aux Horcruxes vient de se réveiller. C'est là l'expression d'un revers certain de la stature du héros. Le garçon n'en est, peut-être, pas même véritablement conscient mais le souvenir des anciens contes et celles plus récentes du septième art moldu lui a inculqué l'image de la douce et délicate épouse du héros qui attend son retour. Sauf que Ginny sait très bien que cela se résume à poursuivre sa solitude dans la contemplation des tombes. La jeune femme s'écrie alors qu'elle ne veut pas finir comme sa mère, autrefois, à surveiller les aiguilles d'une horloge. La voyant s'enflammer littéralement, Blaise se félicite de la qualité du sortilège de silence qui protège leur campement. Il aurait été fort risible d'avoir des Mangemorts comme spectateur de la mort de Potter au cours d'une scène de ménage. Par ailleurs, les témoins gênés de l'échange, c'est-à-dire tout le monde excepté les Jumeaux et Malefoy qui se trouvent un point commun dans la tenue du score, s'efforcent d'oublier par la suite les paroles prononcées. Elles ne servent pas spécialement le côté hollywoodien de la quête comme l'explicite par la suite Hermione sans que tous ne comprennent l'allusion.
Finalement peu suicidaire, Harry trouve judicieux de ne rien ajouter aux dernières paroles de Ginny avant que celle-ci s'éloigne d'une façon théâtrale après avoir juré que « ça serait comme ça et que s'il ne veut pas, je m'en fous. ». De même, nul n'ose remarquer la taille de la scène reste préjudiciable aux pantomimes grandiloquentes puisqu'en raison du périmètre protégé, Ginny ne s'est écartée que de deux mètres et a dû se résigner à lui tourner simplement le dos. La tension demeure palpable et aurait pu le rester si Luna ne s'était pas mise d'un seul coup à rigoler, un rire un peu trop haut, légèrement surfait mais, qui, comme elle l'affirme après, forme le seul remède pour chasser les microscopiques Zorbac qui contaminent l'atmosphère. Par solidarité, Neville s'empresse de l'imiter suivi de l'adepte numéro un de la conciliation, Hermione. Blaise les accompagne tandis que Drago maintient un rire étouffant, reprenant difficilement sa respiration du fait du coude entre les côtes bien appuyé de la part de son camarade. Harry n'ose toutefois émettre un gloussement pitoyable qu'après que Ginny ait été contaminée à son tour. Inutile de préciser que les Jumeaux ont été les premiers atteints. La brume qui les entourent parue alors moins inquiétante et brusquement ils se retrouvent à Poudlard, dans la grande salle pour les uns, dans la salle commune pour les autres. Insouciants, juste des enfants avant que le ciel ne leur tombe sur la tête.
Trop vite la pluie s'ajoute aux réjouissances et le sol bétonné remplace les chaudes pierres. Un poteau électrique comme fauteuil. Et un poids désormais bien familier sur les épaules. Drago attire Hermione contre lui et rabat sa cape sur eux deux, l'isolant du monde autant qu'il le peut. Le silence revient. Chacun s'abritant comme il le peut et Blaise reste à contempler le feu doucement s'éteindre. Une boule lui noue le ventre et ce n'est pourtant pas de la peur. La perspective du combat du jour prochain ne l'effraye plus, son corps s'en nourrit et son esprit s'y noie pour éviter de trop réfléchir. Joie de l'attente solitaire qui libère les vérités qu'on veut à tout prix garder cachées. Il vient de se rappeler qu'il est orphelin car même à la fuir, il est demeuré le fils de sa mère. Plus personne à présent pour l'attendre ou plutôt lui permettre de croire qu'il l'était. Il n'en a jamais été dupe mais comme tout enfant il lui a été aisé d'enjoliver la réalité. Souffrance amère. Ses yeux se portent alors sur les silhouettes de ses compagnons. Il évite celle de la rouquine trop vite réconciliée et s'oriente machinalement vers Drago. Il sait que son ami ne dort pas et qu'il concentre tous ses efforts pour qu'Hermione n'ait pas froid. Voilà une chose qu'hier encore était impensable. S'estime-t-il floué par le fait que Drago ait trouvé un autre pilier que lui ? Ses pensées s'accrochent aussitôt au souvenir de Pansy. La jalousie n'a jamais été son apanage, il l'a laissée à leur amie. Drôle d'héritage qu'elle lui a alors légué. Il étouffe un sourire en songeant que cela devient risible d'autant plus que cela n'est pas totalement vrai. Il a toujours été celui qui veille sur les autres. S'il est inquiet, c'est juste parce que le nombre de personnes auxquelles il tient a augmenté et qu'il craint de ne pas réussir à les sauver toutes. Cette constatation le fait frémir. Et à l'instant fatidique, il s'en souviendrait encore.
