Le réveil le lendemain matin fut particulièrement pénible. Le sol affreusement dur laissa son dos dans un état déplorable et elle retint à peine un gémissement de douleur lorsqu'elle se releva, s'attirant le regard des hommes présents dans la pièce.
- J'imagine qu'il n'y a pas de café ? Maugréa-t-elle.
- Seulement des barres énergétiques. L'informa Sam.
- Parfait. Tout ce dont je rêve.
- Elle est toujours comme ça au réveil ? Interrogea-t-il en se tournant vers Barnes.
- Seulement quand elle a dû passer une nuit à dormir par terre dans un entrepôt abandonné. Répondit-il sans lâcher la jeune femme des yeux.
Elle accepta la barre énergétique que lui tendit Steve et grimaça dès la première bouchée. Elle marmonna quelque chose d'intelligible avant de finalement quitter la pièce pour aller trouver refuge ailleurs. Ces derniers mois la seule chose qu'elle avait voulu c'était être avec Bucky et maintenant qu'elle en avait l'occasion, elle ne voulait rien de plus que l'éviter. Elle entendit des pas dans son dos mais elle ne bougea pas. Elle se contenta de terminer sa barre énergétique sans goût en regardant d'un œil distrait par ce qui avait été une fenêtre.
- Tu n'es pas obligée de venir.
- Steve. Soupira-t-elle. J'ai le dos en compote, je suis réduite à manger cette chose, je n'ai pas de café et je ne me suis pas lavée depuis plus de vingt-quatre heures, si je dois entendre un de tes sermons, je pense que je vais frôler la dépression nerveuse.
- Tu peux repartir si tu veux.
- Bien sûr, et vous laisser gérer les choses ? Vous avez tous tendance à prendre des décisions stupides quand je ne suis pas là pour vous chaperonner.
- Je ne fais que te rappeler que tu es libre de faire ce que tu veux.
- Je ne serais plus jamais libre de faire ce que je veux.
Elle se tourna vers lui et croisa les bras sur la poitrine. Lui aussi avait l'air inquiet et comme elle, il ne devait pas avoir beaucoup dormi.
- Je suis désolé de t'avoir embarquée là-dedans.
- Ce n'est pas ta faute. Ça serait arrivé même si tu ne m'avais pas demandé mon aide.
- Vous devriez parler. Lâcha-t-il.
Il hocha la tête en direction de l'autre pièce et en regardant par-dessus l'épaule du soldat, elle vit Barnes attendre patiemment dans un coin, le regard rivé sur eux, observant et écoutant avec attention. La brunette leva les yeux au ciel et secoua la tête, dépitée.
- Je suis toujours en colère. Murmura-t-elle.
- Ça je le sais. Et lui aussi il le sait. Mais on s'apprête à se battre.
Sans qu'il n'ait besoin d'en dire plus, elle comprit ce qu'il essayait de lui dire. Ils allaient se battre si pas contre une horde de super-soldats encore plus redoutable que Bucky, contre les forces spéciales ou contre l'équipe de Tony Stark. Peu importe combien il espérait que tout se passe bien, il n'était pas assez naïf pour penser qu'il n'y avait aucun risque pour que les choses tournent mal. Il lui disait de profiter du temps qu'ils avaient encore pour régler leurs différends et se dire tout ce qu'ils avaient à se dire. Elle lança un nouveau regard à Bucky avant de se reconcentrer sur Steve et elle se contenta de hocher la tête en guise de réponse.
- Tu es sûr d'être prête à faire ça ? Interrogea-t-il.
- Je devrais pouvoir gérer Bucky sans trop de problème. Plaisanta-t-elle.
- Je ne parlais pas de Bucky.
Bien sûr qu'il ne parlait pas de Bucky et elle le savait très bien. Il parlait plutôt des évènements qui allaient suivre.
- Je sais que tu m'as jugée trop instable pour aller sur le terrain mais je m'en sortirais. Je ne vous laisserais pas tomber.
- Ce n'est pas ce qui m'inquiète.
Sans en ajouter plus, il tourna les talons pour rejoindre Sam dans l'autre pièce. Amélia reprit sa contemplation de l'extérieur tandis que Bucky se mit à approcher prudemment, comme s'il avait peur de la voir se braquer à tout moment.
- Il t'a jugée trop instable ? Interrogea-t-il une fois à ses côtés.
- Tu ne devrais pas écouter aux portes.
- Il n'y a pas de porte. Il a vraiment dit instable ?
- Il l'a vraiment dit.
- Pourquoi ?
- Parce qu'il ne voulait pas que je l'accompagne en mission.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé pendant mon absence ?
- Ce n'était pas une absence. Grimaça-t-elle. Tu n'étais pas absent parce que tu étais occupé ailleurs, parce que tu avais des obligations ailleurs, tu étais absent parce que tu étais parti.
- Pendant combien de temps je vais en entendre parler ?
- Combien de temps tu comptes rester avant de t'enfuir à nouveau ?
Il avait appris, non seulement en l'observant avec Stark mais aussi à ses dépens qu'Amélia n'était pas que douceur et gentillesse. Parfois, elle utilisait sa bouche de la plus vilaine des manières et elle savait exactement où taper pour blesser son interlocuteur. Le venin qu'elle mettait dans sa voix pendant ces moments-là aurait pu transformer le plus banal des mots en insulte.
- Il me traitait comme un enfant. Finit-elle par lâcher. Il restait debout pendant des heures à me regarder quand j'étais à la salle de sport, il me faisait manger, il me surveillait. Je devenais dingue, j'avais l'impression d'être prisonnière. Et un jour j'ai fini par… exploser. Je me suis emportée. Et j'ai dit des choses qui ont dépassés ma pensée.
- Quel genre de chose ?
- C'était un désastre, Bucky. Soupira-t-elle. Après cette nuit-là, j'ai fui chez Stark.
- Chez Stark ?
- C'était la seule personne qui allait me donner de l'air et qui n'allait pas fourrer le nez dans mes affaires. J'étais tranquille à la tour et j'ai pu me ressourcer. Je ne voyais jamais Stark. C'était un colocataire étonnement discret.
- Tu as préféré trouver refuge chez Stark plutôt que de rester avec Steve ?
- J'avais besoin de solitude.
- C'était la dernière chose dont tu avais besoin. Réfuta-t-il.
- La seule personne dont je souhaitais la compagnie m'avait tourné le dos. La solitude était ma meilleure option.
- Pendant combien de temps tu comptes m'en vouloir ?
- Je ne sais pas.
- Est-ce que tu vas au moins me pardonner un jour ?
- Je ne sais pas.
La surprise se peignit sur ses traits et l'éclair de tristesse qu'elle lut dans ses yeux la fit se sentir coupable l'espace de quelques secondes avant qu'elle ne se souvienne que c'était lui qui avait provoqué tout ça. Que s'ils étaient dans cette situation, c'était entièrement sa faute. Elle n'avait pas à se sentir coupable.
- Tu croyais que tout s'arrangerait comme ça ? Que je n'aurais besoin que de te voir et que tout serait pardonné ?
- J'espérais que tu aurais compris.
- J'ai compris. Assura-t-elle.
- Mais tu ne pardonnes pas.
- Non. L'abandon n'est pas quelque chose que je pardonne facilement.
- C'est comme ça que tu le vois ?
- Pas toi ?
- Je ne voulais pas te faire souffrir.
- Pourtant c'est ce que tu as fait.
- Et j'en suis désolé.
La jeune femme hocha distraitement la tête, peu sûre d'accepter les excuses qu'il lui présentait. Elle croisa les bras sur sa poitrine et jeta un coup d'œil autour d'elle.
- Tu es nerveuse ? Interrogea-t-il.
- On sait tous comment ça va se passer.
- Vraiment ?
- Soit Stark nous arrêtera et on sera tous enfermés, ou peut-être juste certains d'entre nous. Soit on arrivera à aller en Sibérie et les choses seront compliquées.
- Je ne suis pas sûr de te vouloir là-bas.
- Si je ne suis pas là-bas, ça voudra dire que je suis enfermée.
A la simple évocation d'un enfermement, Barnes fronça les sourcils et ses poings se serrèrent. Elle fit un pas vers lui et attrapa sa main valide dans la sienne.
- Il faut que tu ailles en Sibérie. Steve et toi, vous êtes les seuls à avoir une chance d'arrêter une bande de supers-soldats. Alors tu dois y aller. Peu importe ce qu'il se passe.
- Je ne te laisserais pas derrière.
- Si, tu le feras. Contra-t-elle fermement.
- Qu'est-ce que tu viens de dire à propos de l'abandon ?
- C'est le seul abandon que je cautionnerais. On est d'accord ?
- Je ne veux pas te savoir enfermée. Qui sait ce qu'ils pourraient te faire ?
- Il ne s'agit pas de HYDRA, Bucky. Je survivrais.
Le soldat hocha lentement la tête, acceptant silencieusement de se plier aux exigences de la brunette et l'ombre d'un sourire naquit brièvement sur les lèvres d'Amélia.
- On devrait aller se préparer.
- Tu es prête pour ça ?
- Tu l'es ? Interrogea-t-elle à son tour. C'est exactement l'opposé de ce que tu voulais. C'est une guerre. Encore une.
- Ils sont tes amis.
- Tu te trompes. Tu n'as pas à t'inquiéter pour moi, je ne les considère pas comme mes amis. Le plus dur ce sera pour Steve.
- Tu crois qu'il va gérer ?
- Je n'ai aucun doute. Et toi, tu vas gérer de te retrouver en face de Natasha ?
- Tu ne devrais pas avoir de doutes.
- J'aurais toujours des doutes.
Sans en ajouter plus, elle le contourna pour rejoindre l'autre pièce où il l'entendit demain à Steve quand il quitterait l'entrepôt pour aller rejoindre Clint. Bucky n'écouta qu'à moitié la réponse qu'on lui offrit, il se contenta de rester là et de profiter de ces derniers moments de tranquillité parce qu'il savait pertinemment que les prochaines heures seraient tout sauf tranquilles.
Et il ne pensait pas si bien dire. Il avait d'abord fallu voler une voiture et Steve et Amélia semblaient être incapable de se mettre d'accord sur le type d'engin à voler, Sam et lui les avait regardé débattre de longues minutes, aucun d'eux n'osant prendre le parti de l'autre et ce fut finalement Steve qui eut gain de cause. Le soldat jeta son dévolu sur un ancêtre et tandis qu'il s'évertuait à essayer de faire démarrer la voiture, Amélia avait bougonné dans son coin tout du loin, refusant de lui apporter son aide.
Il avait ensuite fallu qu'il tienne à quatre dans le petit véhicule. Amélia et Bucky partageait la banquette arrière, les genoux de la jeune femme cognait dans le siège conducteur, qu'occupait Steve et à mesure qu'ils avançaient, l'humeur de la jeune femme semblait se détériorer. Ensuite, il y avait eu la rencontre avec Sharon Carter et puis le baiser avec Sharon Carter. Si les hommes avaient montrés leur approbation, la brunette était restée de marbre. Son humeur avait semblé s'améliorer durant quelques minutes lorsqu'ils étaient enfin arrivés au point de rendez-vous et qu'elle avait enfin pu s'extirper de la banquette arrière de la voiture. Elle avait salué Wanda et Pietro avec une familiarité qui prit Bucky de court. Il observa d'un œil sombre l'étreinte que la jeune femme échangea avec Pietro, bien loin de la brève étreinte à bord du jet de Stark quelques mois auparavant.
- Quoi ? Interrogea soudainement la brunette alors qu'ils marchaient en direction de l'aéroport.
Sam, qui était quelques pas devant eux tenta d'ignorer leur conversation en trouvant un soudain intérêt à ses pieds mais Amélia savait que même avec la meilleure volonté du monde, il serait impossible pour lui de ne pas les entendre.
- Tu me regardes sans rien dire depuis qu'on a quitté les autres. Reprit-elle à l'intention de Bucky. Alors dis-moi.
- Il n'y a rien.
- Vraiment ?
Avant qu'il ne puisse lui répondre, un courant d'air le frôla et quelques secondes plus tard Pietro Maximoff apparu en face de la jeune femme, marchant en arrière et la gratifiant d'un sourire auquel elle répondit par une moue ennuyée.
- Tu n'es pas censé être ici. Fit-elle remarquer.
- Tu marches tellement lentement. L'ignora-t-il.
- Tu devrais être avec Steve.
- En te voyant être aussi lente j'ai l'impression que toutes ces heures sur ce fichu tapis de course ne t'ont servies à rien.
- Ne me mets pas de mauvaise humeur, d'accord ? Maugréa-t-elle.
- Tu es perpétuellement de mauvaise humeur, partenaire.
- Retourne voir Steve et fiche-moi la paix Maximoff. Siffla-t-elle.
Pietro laissa échapper un rire amusé avant de se volatiliser à nouveau.
- ya nenavizhu yego. Maugréa Barnes.
- Il n'est pas si mal. Murmura la jeune femme.
Elle ignora le regard noir de Barnes et arrêta de marcher lorsqu'ils atteignirent les portes du bâtiment. Sam la gratifia d'un bref hochement de tête et passa les portes, leur laissant un bref instant d'intimité.
- Sois prudente. Murmura Bucky.
- Toi aussi.
- Ils ne te feront pas de cadeau.
- Je le sais. Fais attention à T'Challa. Steve m'a dit qu'il était particulièrement en rogne contre toi.
- Ne fais rien de stupide avec Natasha. Je l'ai entraînée, je sais de quoi elle est capable.
Elle hocha lentement la tête et lui mentionna Sam d'un hochement de tête, lui intimant l'ordre silencieux de le rejoindre. Il sembla hésiter de longues secondes avant de finalement attraper sa main pour l'attirer à lui, la plaquant contre son torse et déposant ses lèvres sur les siennes. Lui offrant le baiser dont il avait rêvé depuis qu'il l'avait revue pour la première fois à l'entrepôt. En dépit de leur situation, elle ne le repoussa pas, elle posa une main sur son torse au l'autre sur sa joue, acceptant et répondant avec passion à son étreinte.
- On doit y aller. Chuchota-t-elle en se séparant de lui.
- Fais attention.
ya nenavizhu yego : Je le déteste
