- Tout est ok ? demandai-je à Raiponce avant de partir.
- Oui, allez vous mettre derrière, répondit-elle.
Je hoche la tête et prends Jack par le poignet pour l'emmener à la voiture d'Eugène ( Jack refuse catégoriquement de prendre sa Lamborghini s'il y a un risque qu'elle aille dans la base des bloody scar ). J'ouvre la portière et m'avance dans le véhicule pour essayer de m'assoir confortablement sur le sol, derrière le siège conducteur. Je me retrouve en position foetale contre la portière et Jack galère un peu plus à cause de sa taille.
- Tu vois que 1m71, c'est une bonne taille ? me moquai-je.
Il pouffe et réussi à se poser correctement. C'est hyper confortable, je vous dis pas ! C'est ironique, bien sûr...
- Mais j'y arrive avec 1m86, répondit-il.
- Tu sais, ça m'épate que tu sois le plus petit gars du QG, avouai-je.
Je ris et il prend un air offensé.
- Je suis hyper grand ! protesta-t-il.
- Oui, mais les autres ont tous dépassé 1m90.
- J'estime avoir une taille normale, déclara-t-il.
- Et tu l'as, mais je pense que si tu n'avais pas été si sportif - en même temps, tu combats depuis tes 15 ans -, tu aurais fait ma taille. D'ailleurs j'aurais certainement fait 1m60.
Cette fois-ci, c'est lui qui s'esclaffe.
- Quand je pense qu'avant, il y avait que les joueurs de basket qui faisaient 1m90, se rappela-t-il.
- Ouais... Peut-être qu'un jour, ça reviendra, espérai-je.
- Ou peut-être pas et nos gosses seront les plus petits d'entre leurs cousins, lâcha-t-il.
Nous rions et les filles entrent dans la voiture.
- Vous parliez de quoi ? demanda Raiponce
- Du fait que vos gosses vont traiter les nôtres de Hobbits, expliquai-je.
Tout le monde rit et Anna lâche :
- C'est pas notre faute si leur parents le sont !
- Hey ! nous indignons Jack et moi en même temps.
Elles éclatent de rire et Raiponce démarre le contact.
- On est très grands... marmonnons-nous.
- Qui se ressemble s'assemble ! fit Raiponce pour en rajouter une couche.
Le trajet se déroule dans une discussion sur les tailles idéales et apparemment, Jack et moi sommes officiellement des Hobbits. Mon argument ? On a sauvé la Terre du Milieu, ma gueule ! Je dois aussi dire que c'est bien triste car des tailles comme les nôtres auraient été super i ans. Mais non, il a fallu que la norme devienne 1m80 pour les femmes et 1m90 pour les hommes ! Bande de perches...
Nous arrivons au lieu de rendez-vous à l'heure, et c'est là que les choses prennent véritablement de l'ampleur.
- Faites attention, leur chuchotai-je avant qu'elles n'ouvrent leur portière pour sortir du véhicule.
- Je pense qu'on saura pas faire grand chose, commenta Anna.
Elle sort de la voiture, Raiponce de même, et nous entendons tout grâce à leur barrettes. Des oreillettes auraient éveillé les soupçons.
- Bienvenue, très chères ! dit la voix de l'homme qui nous a proposé ce marché.
- Bonsoir, répondit froidement ma soeur. Où sont nos amis ?
C'est une chose que je trouve extraordinaire chez ma soeur : elle sait garder son sang froid. Elle agit toujours avec assurance et autorité quand il le faut, et jamais ne flanche. Ce n'est pas un don mais un acquis. Elle ne l'avait pas encore quand nous étions dans l'ABS, mais peu après son kidnapping, elle a commencé à s'affirmer.
- Où sont mes papiers ? rétorqua l'homme
- Là, dit Raiponce, et je suppose qu'elle montre les feuilles.
Nous avons fait un faux contrat, il manque la feuille de signature, certaines autres et tout est en vrac. De quoi occuper l'homme pour un petit moment.
- Et bien, je vous remercie, très chères, déclara celui-ci. Je pense que votre mission est accomplie. Saisissez-vous d'elles.
J'entends les fausses protestations de Raiponce et Anna, des pas et des bruits lourds d'armes puis une porte se referme. Maintenant, c'est le choix : vont-ils laisser la voiture et nous permettre de les suivre avec, ou vont-ils nous emmener directement à leur base ?
C'est cette deuxième proposition qui est prise quand la portière conducteur s'ouvre et qu'un homme s'engouffre dans le véhicule. Je retiens mon souffle et Jack de même, et je peux discerner son anxiété à travers la pénombre.
- Quel bijou ! s'exclama le conducteur.
Je peux presque entendre Jack penser "Heureusement qu'on a pas pris ma Lamborghini !". Nous restons silencieux durant tout le trajet et l'homme arrive à la base en citant un mot de passe, que je retiens par précaution.
- Kcalb.
Wow, c'est chelou, mais pas si compliqué que ça, tout compte fait : Kcalb - Black. Pitch Black. Le président. Je mémorise le tout pour être sûre de me souvenir un jour, dans le besoin.
Soudain, une grande lumière de garage illumine tout et la voiture pénètre dans la base. Le contact s'arrête alors et l'homme descend. Pigeon un jour, pigeon toujours.
Nous attendons quelques minutes et je chuchote à Jack :
- Tu penses que c'est bon ?
- Attends encore un peu, le temps que les filles soient dans leurs cellules.
Bien réfléchis. Si elles ne sont pas encore jetées en prison, tout ça ne servirait à rien.
- C'est flippant... commentai-je.
- Je suis d'accord.
Après quelques minutes, je me lève et lui aussi. J'ai les jambes engourdies à cause de ma position et ce n'est guère agréable. J'ouvre la portière et sors de la voiture en préparant mon flingue, juste par précaution.
La pièce est assez simple mais vaste, un rangement continuel de voiture et camion, tous devant une porte de garage par véhicule. Je m'avance un peu vers les camions tandis que Jack s'étire en se plaignant du confinement. J'en cherche un assez rapide mais assez grand pour nous permettre de fuir en vitesse d'ici une fois les autres récupérés.
- Jack, on prend lequel ? demandai-je en me baladant entre deux camions.
Il arrive par derrière et regarde les deux véhicules avec intérêt.
- Hum... réfléchit-il, je dirais celui-ci.
Il pointe un des camions et je regarde le numéro devant la place.
- Cherche des clés avec un numéro 37, ordonnai-je.
Il hoche la tête et sort de la petite allée entre les deux véhicules. Je le suis et il cherche du regard dans la pièce avant de se diriger vers un panneau sur lequel sont accrochées énormément de clés de voiture. Il décroche celle sur le numéro 37 et se retourne avec le sourire d'un enfant fier.
- Allez, viens, lui intimai-je en faisant un signe de tête vers la porte.
Il me suit en fourrant la clé dans sa poche de jean. Je sors en première et pointe mon fusil dans le couloir pour tirer si un ennemi y est présent, mais rien. J'avance lentement, sur mes gardes, et Jack à ma suite.
- Regarde sur l'appareil d'Harold pour savoir où elles sont, chuchotai-je.
Il s'exécute tandis que je monte la garde et moins d'une minute plus tard, il m'indique :
- Va à gauche.
Je tourne à l'angle du mur et je me rappelle alors qu'il y a des caméras. C'est exactement à cause de ces saletés que nous avons été dit "dangereux terroristes".
- Jack, gèle les caméras, ordonnai-je, car je ne suis pas en mesure de le faire.
- Ah oui, bien vu.
Je me devine qu'il les gèle et avance dans le couloir en regardant de tous ses côtés.
- Droite, me prévint-il au fond du couloir.
Je tourne et ne suis pas surprise de voir deux bloody scar s'y promener. Ils avancent dans notre sens et ne semblent pas m'avoir vu, alors je me rabats sur le côté et regarde Jack avec sérieux.
- Il y en a deux.
Il hoche la tête et les voix des deux hommes se rapprochent. Je prépare mon couteau et Jack en sort un de sa veste. Lorsqu'ils débouchent sur notre couloir, nous leur lançons notre arme chacun et ils s'effondrent à terre, mort. Si utiliser nos fusils auraient trop attiré l'attention, deux cadavres gisant dans une allée est tout aussi discret. Je regarde autour de moi et vois une porte avec écrit dessus "Bureau du concierge". C'est bon, on a compris que c'était un débarras ! Nous réussissons à y cacher les corps et continuons notre avancée, toujours prudemment. Plusieurs fois, nous tuons des gardes, tantôt avec nos armes, tantôt en les gelant, et je dois empêcher Jack de filer dans les cuisines.
- Mais t'as pas fini de manger ? m'énervai-je.
- J'y peux rien si je suis en pleine croissance ! se défendit-il.
- Tu as 18 ans, ta croissance est finie !
- T'es sûre ?
Je soupire et il fait l'innocent.
- Estomac sur pattes... marmonnai-je. Bon, concentre-toi sur la mission !
- Ok, ok !
Nous reprenons et arrivons finalement devant une porte dont il dit que les filles sont juste derrière. J'ouvre le battant d'un coup de pied et découvre un couloir sombre avec, sur les côtés, énormément de cellules. J'avance dans l'allée et me fait appeler.
- Elsa ! s'exclama Mérida.
Je me retourne et me précipite vers sa cellule.
- Méri, on va vous sortir de là, la rassurai-je.
Elle a été jetée en cellule avec Josh, Eugène avec Astrid, Kristof avec Harold et Raiponce avec Anna. Je regarde le verrou et m'interroge.
- C'est du métal. Pourquoi tu l'as pas ait fondre, Josh ?
- Ils nous ont injecté un sérum qui neutralise nos pouvoirs, expliqua Astrid.
J'avais complètement oublié cette connerie ! J'inspecte la serrure et sors mon couteau pour essayer de forcer le mécanisme. Après 5 minutes environ, un petit cliquetis signifie que j'ai réussi et j'ouvre la porte avant que Mérida ne me saute au cou. Jack et moi entreprenons de tous les libérer et une fois le dernier verrou brisé, des lumières s'allument tout le long du couloir.
Nous observons, déconcertés, avant qu'une paire de mains n'applaudisse lentement. Nous nous tournons à l'unisson vers la provenance du bruit et découvrons un homme suivit de ses gardes, un sourire ornant ses lèvres.
- Et bien, et bien, je dois avouer que vous êtes épatants ! s'exclama-t-il. Mais me pensiez-vous réellement si naïf ?
- Un peu, oui, admis-je.
Il ne parait même pas contrarié.
- J'ai entendu parlé du fait que tu uses beaucoup du sarcasme.
- Wow ! Tu te calmes direct ! ordonnai-je. Je suis pas ta pote, ni ta "très chère", alors tu vas redescendre de tes grands chevaux et nous laisser passer, capito ?
Cette fois, son sourire s'efface et je sens les autres s'agiter derrière moi.
- Je dois admettre que tu es coriace, mais sache qu'ici, c'est moi qui fait la loi...
Il entame son monologue et méchant diabolique, mais je ne l'écoute plus. Mon attention est discrètement attirée par les poutres au plafond du cachot - car oui, c'en est un. Sur l'une d'elle est perpendiculairement alignée une rangée de plante de bois collées ensemble, en chaine. Il semblerait qu'elles ne soient maintenues que par une grosse corde descendant près de la porte. Oui, exactement comme dans l'effet dominos. Si la corde cède, la première planche tombe et entraine les autres dans sa chute, qui formeront alors un mur entre nous et nos ennemis, nous permettant de fuir à l'opposé du couloir pour en ressortir. L'autre débile continue toujours son monologue et je reste discrète mais concentrée sur mon plan.
- ... alors, je vous livrerai au président et gagnerai son respect, termina ce con. Voyez que je ne suis pas si naïf !
Un silence s'installe et je dis d'un ton claironnant :
- Les gars, quand je vous le dirais, courez.
- Tu penses pouvoir t'échapper ? demanda Monsieur-Je-Me-Crois-Tout-Puissant.
- Non, avouai-je.
Il parait content jusqu'à ce que j'ajoute :
- J'en suis sûre.
Son visage se décompose et il n'a pas le temps d'agir avant que je ne crie :
- MAINTENANT !
Je lance un couteau sur la corde, qui se tranche instantanément, mais n'en regarde pas plus car je fuis avec les autres. Nous courons dans les couloirs quand l'alarme retentit et que des lumières rouges teintent les murs.
- Jack, c'est par où ? criai-je.
- Heu... Qu'est-ce que j'en sais ?
- JACK !
Il ne répond pas et tourne à l'angle d'un mur, toujours en courant. Nous voyons une horde d'une petite dizaine de bloody scar approcher au bout de celui-ci.
- Heu... À droite ! improvisa Jack.
Nous rebroussons chemin pour partir sur la droite et j'érige un mur de glace pour retarder ceux du couloir et en crée un autre derrière nous. Nous sprintons dans ce labyrinthe - comme notre premier jour à l'ABS - et trouvons miraculeusement le garage. Jack gèle les portes et je lui demande presque en criant sous l'emprise du stress :
- C'était quel numéro ?!
Jack se retourne avec anxiété.
- Heu... le... fit-il en fouillant dans sa poche à la recherche de la clé, heu... 37 !
Il me brandit la clé et je sors celle d'Eugène pour la lui passer tandis que Jack court vers le camion.
- Monte ! ordonnai-je à Eugène.
Il accourt vers sa voiture et moi vers le camion, où sont déjà entrés les autres. Eux sont dans l'espace de stock à l'arrière tandis que Jack et moi sommes devant. Il galère à mettre la clé sur le contact et je le presse.
- Plus vite !
Il réussit enfin et enclenche brusquement le contact. Il ne perd pas de temps et donne un grand coup sur la pédale de marche arrière, ce qui fait reculer le camion par la porte de garage à une vitesse d'au moins 70 km/h. Je vois des bloody scar arriver par le devant mais ils ne sont pas montés dans un véhicule et se contentent de tirer sur les nôtres. Ils réussissent à exploser la vitre du camion mais je repousse les verres brisés avec un souffle de glace le plus puissant possible.
Je ne sais trop comment il fait ça, mais Jack tourne violemment le volant au maximum et le camion change de sens. Il appuie alors sur l'accélérateur en un crissement de pneu impressionnant avant que nous ne filions le plus loin et vite possible d'ici. Une fois notre avancée stable, je me penche par la fenêtre entre l'avant et l'arrière du camion pour demander aux autres :
- Ça va, personne n'a rien ?
- Anna a quiché, m'informa Kristof, et Raiponce a emmêlés ses cheveux avec ceux de Méri dans le vomi, mais sinon ça va.
Je suis rassurée et me remets droite.
- Et toi, demandai-je à Jack, rien de cassé ?
- Non, ça va, me rassura-t-il.
Je pousse un profond soupire de soulagement avant de sentir une vive douleur dans le ventre à mesure que l'adrénaline redescend.
- Aïe... gémis-je en passant une main sur la douleur.
Je sentis un liquide chaud et épais avant de voir Jack se tourner vers moi.
- Elsa, ça va ? s'enquit-il.
- Non...
Je baisse les yeux en m'adossant à mon siège pour mieux observer mon ventre... transpercé par une balle. Jack fixe la blessure avec de gros yeux.
- Merde ! Tiens bon, on arrive bientôt, me dit-il.
Je ferme les yeux en serrant les dents, les doigts légèrement relever au-dessus de la blessure mais n'osant pas la toucher.
- Combien de temps ? demandai-je.
- 15 minutes, répondit-il, anxieux.
- Putain... soufflai-je.
Je ferme à nouveau les yeux et me sens prise d'une fatigue incroyable, ce dont Jack semble se rendre compte.
- Elsa, je t'interdis de dormir, est-ce que c'est clair ?
J'acquiesce faiblement mais il ne semble pas rassuré pour autant. Je suis dans un état second, comme ailleurs. Je vois le paysage nocturne défiler au dehors, j'entends les bruits du camion et les mots de Jack pour m'occuper, mais n'y comprends rien, car c'est comme si plus rien n'avait de sens. J'essaie de me concentrer, mais peine déjà à me souvenir de qui je suis. Je n'arrive plus à penser clairement et ma vue se brouille, mais je m'efforce à ne pas dormir car je sais que je risque de ne jamais me réveiller. Le temps me paraît long jusqu'au moment où je me rends compte que le camion est arrêté et que Jack l'a déjà contourné pour me prendre dans ses bras. Il se précipite à l'intérieur et je ne vois que lui, qui continue de me parler pour me maintenir éveillée.
Tout est comme au ralentit, flou et lent, mais étrangement, j'en vois chaque détail. Il me pose sur ce que je suppose être un canapé avant de se retourner et de hurler quelque chose. Je pense le distinguer...
- RAIPONCE !
Je soulève ma main à grandes peines pour prendre la sienne et il me regarde avec anxiété.
- Désolée... murmurai-je faiblement.
C'est trop d'efforts, je n'y arrive pas. Il s'abaisse à genoux près du canapé et me crie presque dessus.
- Non, Elsa, faut que tu tiennes ! RAIPONCE ! hurla-t-il en se retournant avant de me regarder à nouveau. Elle va arriver, tiens bon, je t'en prie...
Je ferme les yeux, bien que j'essaie de toutes mes forces de les garder ouverts. Il me secoue par les épaules et je n'arrive pas à comprendre ses cris.
Puis, je sens quelque chose de doux se répandre dans ma blessure et inspire grandement. J'ouvre les yeux pour voir Raiponce retirer ses cheveux et Jack, toujours à genoux, me regarder avec les joues sillonnées de larmes. Je pose une main sur son visage et il la prend dans une des siennes pour l'embrasser. Il les tient alors contre son torse en essuyant ses larmes et je souris avant de m'abandonner aux bras de Morphée.
