Je l'ai connue trop tôt
Mais c'est pas d'ma faute
La flèche a traversé ma peau
C'est une douleur qui se garde
Qui fait plus de bien que de mal
Mais je connais l'histoire
Il est déjà trop tard
Dans son regard
On peut apercevoir
Qu'elle se prépare
Au long voyage
Juste une dernière danse : Kyo
Chapitre 156 : Le départ en train (Le 11 octobre)
Nous nous levâmes vers les huit heures, le train partait à dix heures trente. Hélène s'habilla et passa dans la pièce à côté pendant que je demandais à madame Hudson de m'apporter le petit-déjeuner. Le coeur serré et une boule dans la gorge, je fus incapable d'avaler beaucoup de nourriture. Par contre, j'ingurgitai des litres de café !
Ensuite, je descendis et j'allai rejoindre Hélène dans l'immeuble d'à côté. J'hélai un fiacre et je nous fis conduire à la gare.
Hélène endossa une perruque rousse et posa sur le tout un chapeau pourvu d'une voilette. Ainsi, elle était méconnaissable.
Le plus dangereux eut été de croiser quelqu'un que je connaissais. Il n'aurait pas manqué de se demander pourquoi j'étais accompagné d'une femme enceinte.
Alors, pour plus de prudence, nous nous séparâmes pour aller rejoindre le quai de l'embarquement chacun de notre côté.
Le cocher d'Amélia était devant le wagon avec les quelques bagages d'Hélène. Il monta le tout dans le compartiment et nous laissa tout les deux ensuite.
- Serre-moi fort dans tes bras Sherlock ! m'implora-t-elle. Et embrasse-moi comme si c'était la dernière fois.
- Hélène ! m'écriai-je. Ne dis pas des choses pareilles ! Cela ne sert à rien de s'angoisser à l'avance !
- Cela pourrait très bien arriver que... je ne revienne pas... Non ! Laisse-moi finir ! J'ai rédigé un testament et c'est Louis qui héritera de ma rente annuelle. Amélia et Meredith sont prête à s'en occuper en cas de malheur et Karl n'a pas l'intention de le laisser tomber non plus. Pour le cas où tout se passerait bien et que je reste un peu là bas pour me reposer, j'ai fait en sorte que tu aies procuration sur mon compte. Si j'ai besoin de quelque chose pendant mon repos, je t'enverrai un télégramme. Maintenant serre-moi fort et embrasse-moi !
Je la pris dans mes bras et la serrai fort. Mes lèvres se posèrent sur ses cheveux car les poser sur ses lèvres était au dessus de mes forces. Je sentis même bouger le bébé ! Il donnait des petits coups de pieds dans le ventre de sa mère.
- Il ne s'arrête jamais de me donner des coups de pieds lui ! me dit Hélène avec un pâle et triste sourire. Allez Sherlock, embrasse-moi une dernière fois sur la bouche avant de m'envoyer paître ailleurs ! Je ne devine que trop bien ta réponse...
- Oh Hélène, soupirai-je. Je n'ai pas trouvé de solution satisfaisante alors nous en reparlerons à ton retour...
Un rire ironique s'échappa de ses lèvres :
- Bonne tactique ! Ainsi tu ne te mouilles pas... Cela t'évite de m'annoncer avant mon départ pour accoucher que tu ne veux pas de moi à tes côtés ! Tu préfères que je parte dans un bon état d'esprit en me disant que tout n'est pas perdu et en gardant l'espoir d'un « nous deux ». Tu ne peux pas me dire non plus que tu à l'intention de vivre avec moi parce que si je reviens, ma chute serait terrible en apprenant que tu ne voulais en fait pas de moi.
- Hélène, je te jure que je n'ai pas trouvé de solution ! Aucune ne m'agrée vraiment...
- Je t'ai offert toutes les solutions qui existaient Sherlock ! Il n'y en a pas d'autre... Si aucune ne te plait, alors c'est que ta réponse est négative...
- Nous rediscuterons de tout cela une fois que tu seras revenue à Londres...éludai-je pour ne pas qu'elle parte avec des idées noires et ne se laisse aller. J'aurai eu plus de temps pour réfléchir et...
- Bien, soupira-t-elle en n'y croyant pas trop et je ne pouvais pas la détromper en plus. Mais promet-le alors que dès que je rentre en Angleterre nous en discuterons !
- Hélène, je te jure que dès que tu es de retour à Londres...
- Non, j'ai dit « Angleterre » et pas « Londres ».
- Qu'est-ce que cela change ?
- Je te connais ! Si nous nous retrouvons à Douvres, tu refuseras d'en discuter sous prétexte que tu as juré pour Londres !
- D'accord ! Je te le jures, dès que tu es de retour en Angleterre, nous en discuterons toi et moi...
- Encore une chose : sache que quoi qu'il m'arrive, je ne garde aucune rancune envers toi et aucun regret de ce que nous avons vécu ! Ne détruit pas ta vie en pensant que tu es responsable si je ne revenais pas... J'ai passé de bons moments avec toi ! Les meilleurs de ma vie... Hormis mon enfance aux côtés de ma soeur...
- Hélène, cesse de dire ça ! Il ne t'arrivera rien ! Tout va bien se passer !
- J'ai une peur inimaginable ! Serre-moi encore plus fort dans tes bras Sherlock !
Je la serrai un peu plus fort, le coeur au bord des lèvres. Ma main lui frotta le dos pour la réconforter un peu.
- Ma vie était misérable depuis le décès de ma soeur... et puis j'ai sonné chez toi un beau matin et tu fus un véritable rayon de soleil pour moi Sherlock... Mon fiancé m'a emmené en enfer et tu m'as aidé à remonter la pente en m'emmenant au paradis. Et ensuite, les deux mois passés à tes côtés furent enchanteurs. Je sais qu'en deux mois, nous nous sommes aimés plus que certains pendant toute une vie... Et depuis mon retour, hormis quelques sautes d'humeur de ta part, j'ai passé des moments fort agréables... Merci pour tout !
- N'oublie pas de me donner de tes nouvelles ! fis-je mal à l'aise d'entendre ses confidences sur notre relation.
Ma mâchoire me faisait mal à force de la serrer... Mal aussi à force d'essayer de contenir toute cette amertume qui menaçait de me brûler les yeux.
Devant mon désir de changer de conversation elle soupira longuement.
- Dans chaque lettre que j'enverrai à Meredith, je glisserai une enveloppe pour toi. Tu vas me manquer tu sais ! Vous allez tous me manquer !
- Au plus tard dans deux mois tu es de retour...
- Je sens que ce sera les deux plus longs mois de ma vie... seule là bas...
- Pense à Louis qui sera content de te voir revenir !
- Au moins un qui me veut à ses côtés...
- Chut ! Ne dis pas ça...
- Je ne te demanderai rien Sherlock… je ne te menacerai de rien…je ne m'abaisserai même pas à te supplier de me garder si tu me répond par la négative… Je ne t'en veux même pas, c'est de ma faute finalement… c'est moi qui t'ai attiré dans le lit à notre arrivée en Normandie, toi tu ne voulais pas, tu voulais prendre tes distances… Tu n'as rien à te reprocher, les règles du jeu avaient été fixées…je ne les ai pas respectées…
- Hélène, ton aveu m'est tombé dessus à l'improviste...
- Non Sherlock ! me dit-elle en posant ses mains sur mes épaules. Tu as été aveugle ! Nous avons été aveugle tous les deux, toi beaucoup plus longtemps que moi ! Pour que tu te rendes compte que tu tiens aux gens, il faut qu'ils frôlent la mort...
- Je dois te laisser, lui dis-je pour éviter de commettre un impair en lui avouant que je l'aimais plus qu'elle ne m'aimait. Le train va bientôt partir, mentis-je... Tu m'envoies une lettre quand tu arrives ?
- Promis... me dit-elle en me caressant les joues. Mais par pitié, embrasse-moi sur les lèvres pour me dire au revoir ! Juste un dernier baiser et je m'en vais...
Je me voyais mal lui refuser sa demande, surtout que j'avais l'angoisse de ne jamais la revoir. Alors mes lèvres se posèrent sur les siennes et je l'embrassai longuement. Ses joues étaient inondées de larmes et je sentais que mes yeux piquaient de plus en plus eux aussi.
À contre coeur je détachai mes lèvres des siennes :
- Au revoir Hélène... fais attention à toi et que tout se passe bien. N'oublie pas de me prévenir que la naissance s'est bien passée... et si tu as besoin, envoie-moi un télégramme... N'oublie pas de revenir...
- Quitte ce compartiment Sherlock, où je sens que je ne vais pas y arriver ! m'implora-t-elle en se reculant. S'il te plaît, ne viens pas me rejoindre en France...
Je sortis du compartiment et descendis du train. Au passage, j'aidai une vieille dame à monter dedans. Elle avait l'air mal en point.
- Merci jeune homme, me dit-elle dans un anglais teinté d'accent italien. Il y a encore des gentlemen à Londres...
- Un problème madame ? lui demandais-je en voyant que ses mains étaient écorchées.
- Des jeunes voyous qui préfèrent s'attaquer aux vieilles dames... Mais je vais bien... je veux juste aller m'asseoir dans mon compartiment...
Et elle s'éloigna pour entrer dans un des compartiments de première classe.
Immobile sur le quai, je m'aperçu qu'Hélène s'était mise à la fenêtre pour me faire signe. À l'aide d'un mouchoir elle tamponna ses yeux qui s'étaient transformés en fleuve d'eau salée.
Le train s'ébranla et je lui fis un petit signe de la main, la gorge serrée comme pas possible. La peur de ne pas la revoir m'étreignait les entrailles et mes yeux étaient chauds.
Elle me fit signe elle aussi et ses lèvres remuèrent pour prononcer le mot « je t'aime » et elle m'envoya un baiser avec ses doigts. Grande était mon envie de lui rendre la pareille mais je n'osais pas lui donner de faux espoirs. L'histoire entre nous était belle mais impossible...
La fumée noire du train était déjà loin que j'étais toujours planté sur le quai, les gens grommelaient tout en m'évitant.
Une foule de questions sur notre futur à tous les deux bourdonnaient dans ma tête. Pas sûr que dans deux mois j'aie trouvé une solution... j'en serais toujours à tergiverser. Moi qui me plaignais sans cesse de l'incapacité des femmes de choisir une solution claire et précise... voilà que je faisais pareil. Je savais que je devais la quitter, mais les mots auraient du mal à franchir mes lèvres le jour où je devrais lui annoncer.
Je sentis un bras se glisser autour de ma taille et je tournai la tête vers Meredith qui avait les yeux rouges elle aussi. Elle était quand même venue à la gare mais était restée en retrait.
- Mon amie est partie elle aussi... Je n'aime pas ces impressions de déjà vu. Ses hanches ne sont pas larges...
- Je le sais... lui répondis-je en soupirant.
- Karl a un ami médecin, chirurgien pour être plus précise. C'est un praticien reconnu par ses pairs, il a déjà pratiqué des accouchements dans des conditions peu commodes et j'ai demandé à Karl si ce n'était pas possible qu'il aille la rejoindre pour l'accouchement. Il est d'accord... Hélène aura la sage-femme et un chirurgien... On ne sait jamais.
Je passai mon bras sur ses épaules et nous sortîmes de la gare en silence.
Nous allions tous nous ronger les sangs en attendant de recevoir des nouvelles d'Hélène. Surtout la lettre qui nous confirmerait qu'elle était saine et sauve.
Une fois de retour à Baker Street, je pris ma seringue et je m'injectai une dose de cocaïne pour tenter d'oublier mon mal être et le fait que j'étais incapable de choisir...
Je l'aimais et je devais la quitter...
Je la voulais auprès de moi et pourtant, j'allais devoir mettre fin à tout cela...
Je le devais mais je ne savais pas si j'allais pouvoir y arriver...
Hélène me manquait déjà... la quitter tout à fait allait me mettre par terre...
Mais je n'avais pas le choix...
Une partie de moi-même, celle du coeur, me hurlait de la garder, une autre, celle de la logique froide, me le déconseillait... trop dangereux...
La cocaïne fit son effet et je sombrai dans un monde chaotique, rempli de cauchemars et des fantômes du souvenir...
Lorsque je me réveillai le lendemain, j'étais en sueur, couché par terre. Toutes les couvertures et le drap avaient été entraînés dans ma chute et gisaient en tas informe sur mon corps secoués par les spasmes qu'avait provoqué ma solution à sept pour cent...
Et ce n'était que le début de ma descente aux enfers...
Pour la chanson, petits changements de sujet : dans la dernière strophe, j'ai changé le « je » en « tu ».
Parce que je pars
Il y a de l'eau dans ton regard
Mais les pleurs que tu pleures sont inutiles
Car tous les départs
Resserrent les cœurs qui se séparent
Je serai bien que loin de toi
Tout contre toi
Dans la nuit les trains voyagent
Vers des villes et des visages
Creusant dans nos cœurs
Un écart lourd
Tellement lourd
Plus tu t'éloignes et plus je t'aime
C'est le paradoxal système
(...)
Car en tous sens
Attisés par la longue distance
Je serai bien que loin de toi
Tout contre toi
Paradoxal système : Laurent Voulzy
Message pour mes revieuweuses: Je ne devais pas publier d'autre chapitre ce soir mais Elyon m'a suppliée et j'ai cédé.
Mais le suspense est toujours insoutenable et je vous promets de continuer encore pendant quelques chapitres... Sorry mais c'est plus marrant le suspense...
