« -Voudriez-vous me dire, s'il vous plaît, par où je dois m'en aller d'ici ?
-Cela dépend beaucoup de l'endroit où tu veux aller.
-Peu importe l'endroit...
-En ce cas, peu importe la route que tu prendras.
-... pourvu que j'arrive quelque part, ajouta Alice en guise d'explication.
-Oh, tu ne manqueras pas d'arriver quelque part, si tu marches assez longtemps. »
Alice au pays des merveilles, Lewis Carroll
Natsu regarda fixement la gueule du volcan qui s'ouvrait sous ses pieds. Une blessure béante dans la terre, remplie d'un magma rouge sang. Happy vint se poser sur son épaule en étouffant à cause des relents de soufre.
« Ça va aller ? demanda le chasseur de dragons à son petit compagnon.
— Oui ! » s'entêta le chat bleu, même si ses poumons lui brûlaient.
D'ordinaire, Natsu aurait perçu son incertitude, mais pas cette fois-là. Il emprunta ce qui ressemblait le plus à un chemin et commença à s'enfoncer dans le volcan, tout droit vers les entrailles de la terre. Au bout d'un moment, le pauvre chat n'y tint plus :
« Natsu... Je peux pas aller plus loin... »
Alors seulement, le mage de feu remarqua l'état de son compagnon.
« Désolé, Happy. T'aurais dû me le dire avant. Attends-moi là-haut. Je reviens le plus vite possible.
— Mais... T'es sûr que c'est pas dangereux ? »
Natsu lui adressa son meilleur sourire éclatant pour le rassurer.
« Je suis pratiquement chez moi, ici. Y a pas de quoi avoir peur. »
Happy acquiesça. Même si ce n'était pas dangereux, il n'aimait pas trop l'idée de laisser Natsu descendre là-dedans tout seul, parce qu'il avait l'air vraiment perturbé, et ça l'inquiétait. Mais il ne pouvait pas le suivre, alors il se fit une raison.
« Fais attention, Natsu », dit-il doucement avant de prendre son envol pour rejoindre l'air pur.
Natsu le regarda s'éloigner, puis reporta son regard sur la lave qui bouillonnait en contrebas. Les vapeurs toxiques qui s'en dégageaient ne lui faisaient rien du tout. Mais après tout, il avait été élevé au cœur d'un volcan... En fait, cet environnement profondément hostile lui était même agréable. La chaleur insupportable pour un être humain normal roulait sur sa peau en vagues rassérénantes, comme un feu de cheminée en plein hiver, et le paysage d'apocalypse se déployant autour de lui lui rappelait les décors familiers de son enfance, la sensation de sécurité et de joie qu'on associe à un foyer où l'on vit heureux.
Soudain, il pensa à Grey, et se demanda – assez bizarrement – si lui aussi était retourné à la maison. Il ignorait pourquoi, mais il en avait comme l'intuition. Il aurait bien voulu l'accompagner là-bas. Mais enfin, il avait fait son choix, et il fallait bien l'assumer à présent. Et aussi fort qu'il aime Grey, ce qu'il était venu chercher ici comptait plus que tout.
Il avait du mal à se rappeler tout ce qu'Igneel lui avait dit au sujet de son héritage. Il ne s'agissait pas d'un simple objet qui lui conférerait des pouvoirs par contact, comme le gantelet que Grey avait trouvé dans les cavernes de glace, et dans lequel un mage avait emprisonné la magie des chasseurs de démons. Non, il savait seulement qu'il allait devoir subir une épreuve.
L'initiation des dragons.
Il écarquilla les yeux, frappé par le souvenir. Il s'arrêta sur la corniche étroite qu'il suivait et regarda au fond du volcan. Non, ce n'était pas un objet... C'était la lave elle-même, imprégnée de magie. Il devait s'y baigner. Il devait fusionner avec elle.
L'initiation des dragons était une épreuve dont la forme différait selon l'élément avec lequel le dragon était affilié, mais le principe demeurait le même : faire corps avec l'élément en question, un élément préalablement imprégné d'une très puissante magie émanant du dragon initiateur. Et après ? Qu'est-ce qui était censé se produire ? Natsu ne parvenait pas à s'en rappeler.
Il continua à descendre, puisant dans ses souvenirs.
Un dragon prouve sa valeur et son courage en s'affrontant lui-même. Il ne devient pleinement un dragon qu'au terme de cette épreuve. Cependant, Natsu, il va de soi que tu n'es pas un dragon, tu en as seulement des caractéristiques. Aussi, cette épreuve est extrêmement dangereuse pour toi, parce que tu es humain. J'insiste là-dessus : ne tente cette épreuve que si tu es absolument certain de pouvoir y survivre.
Comment je saurai ça, papa ?
Regarde au fond du volcan, ressens la magie qui y bouillonne. C'est elle qui te dira si tu es prêt ou non.
Et si je ne suis pas prêt ?
Alors tu trouveras d'autres moyens de devenir plus fort. J'ai toute confiance en toi là-dessus.
Non, Natsu ne voulait pas trouver d'autres moyens. Il voulait passer l'épreuve. Il voulait devenir un véritable dragon, se montrer digne du père qu'il avait passé sa vie à chercher. S'affronter lui-même ? Ça lui allait parfaitement. Après tout, dans cette histoire, il était avant tout question de surpasser. De trouver la force de s'affranchir du chagrin et de la colère qu'il engendrait.
Il était arrivé en bas. À ses pieds, le lac de lave l'attendait, grondant et palpitant comme s'il était affamé. Natsu sentait la magie rouler à la surface, d'un rouge orangé presque aveuglant. Il y avait là un pouvoir phénoménal, dangereux, sauvage. Mais Natsu n'en avait pas peur, parce que cette énergie, c'était celle d'Igneel. Sa présence en ces lieux était si puissante qu'une nouvelle vague d'émotion le submergea, et il se retrouva contraint de s'asseoir sur les roches noires qui formaient comme une arène tout autour du lac de feu. De nouveau, il pleura, indifférent à la fournaise. La sensation de perte, de manque, lui perçait la poitrine. C'était comme si on l'avait ouvert en deux et qu'on lui avait arraché ses entrailles. Il lui restait juste assez de chair et de tripes pour éprouver la douleur.
Il mit un long moment à se reprendre, mais peu à peu, la présence d'Igneel partout autour de lui, en lui, parvint à le calmer. L'épuisement le terrassa soudain et il se sentit envahi par la chaleur bienveillante du volcan, dérivant peu à peu à dans de drôles de rêves à demi éveillés. Il n'avait plus envie de quitter cet endroit, et même de passer cette fichue épreuve. Il voulait rester là, baignant dans la présence d'Igneel, protégé, aimé, accepté. Pour toujours.
Quand il se réveilla, il lui fut impossible de savoir s'il faisait jour ou nuit : à cette profondeur, la luminosité interne du magma éclipsait le possible rayonnement du jour, très loin là-haut. Il réalisa qu'il aurait dû avoir faim, mais son estomac semblait avoir oublié l'intérêt de la nourriture. Il se contenta de boire un peu d'eau à sa gourde, puis, ayant retrouvé sa résolution, il se leva et s'avança face au lac de lave. La magie palpitait toujours, invitante. Et malgré sa puissance, Natsu ne parvenait pas à l'éprouver comme hostile. Son corps y répondait, dans une flambée assez similaire à celle du désir charnel. Tout en lui le poussait vers la roche en fusion qui déployait ses vagues paresseuses jusqu'à la rive de pierre.
Il posa un pied nu encore ensanglanté à cause des roches coupantes à la surface frémissante. Puis, il le laissa s'enfoncer dans la texture molle et dense du magma. Ensuite, il s'assit au bord, plongea ses jambes dans le lac de lave, jeta un dernier regard sur les hauteurs masquées par la brume de chaleur et les gaz toxiques. Puis, d'un geste souple, il se souleva sur ses deux mains et s'immergea dans la lave.
Il ne ressentit rien de particulier, sinon une intense chaleur. Le magma le recouvrit comme un édredon confortable, et il se laissa sombrer entièrement dans le lac, doucement entraîné par son propre poids dans les profondeurs embrasées. Il chuta avec une lenteur irréelle pendant ce qui lui sembla une éternité. Il fit alors ce qu'il n'avait pas fait depuis sa plus tendre enfance, et qu'aucune personne au monde n'était probablement en mesure de faire : il entrouvrit les lèvres et laissa la lave couler jusqu'à ses poumons et les emplir sans pour autant les détruire. Dans le magma, il était littéralement comme un poisson dans l'eau, et sa drôle de physiologie lui permit de rester en vie sans techniquement respirer.
Il eut la sensation de s'endormir, tandis que ses fonctions vitales ralentissaient et que ses pensées s'effilochaient, créant des images vagues, sans rapport les unes avec les autres, dans la brume incandescente de son esprit.
Peu à peu, cependant, à travers les ténèbres grandissantes qui submergeaient sa conscience, il vit une lueur qui l'appelait, scintillant faiblement au bout de ce qui lui apparut comme un immense corridor de pierre noire. Il se dirigea vers elle, et se rendit compte qu'il ne sentait plus la lave enserrant son corps. Il baissa les yeux et vit qu'il était entier, avec ses vêtements, ses pieds ensanglantés, et tout. D'ailleurs, il sentait le contact lisse et tiède de la roche sur la plante de ses pieds. Comme si son corps avait voyagé dans une autre dimension. Il haussa les épaules et continua son chemin vers la lueur qui ne cessa de grandir, jusqu'à ce qu'il comprenne qu'il s'agissait simplement de la lumière du jour.
Il sortit et découvrit un paysage familier, lui aussi issu de son enfance. C'était la forêt qui voisinait le volcan où Igneel et lui avaient leur demeure. Celle où il allait jouer, chasser, s'entraîner.
Une fois de plus, son cœur se serra, mais il ignora la sensation et se mit en marche d'un pas déterminé. Quelle que soit la nature de cette épreuve, il était prêt.
Il se rappela les Jeux Magiques de l'été dernier et la terrifiante épreuve du labyrinthe, et espéra seulement que ce ne serait pas quelque chose de similaire : il avait déjà affronté ses propres peurs, et n'éprouvait pas la moindre envie de recommencer.
Cependant, il découvrit au bout de quelques heures que l'initiation des dragons lui réservait d'autres surprises.
La première ?
Il était perdu. Ce n'était pas une surprise en soi, vu qu'il possédait un très mauvais sens de l'orientation et qu'il comptait en général uniquement sur son odorat pour savoir quelle direction prendre. Mais son environnement lui donnait une sensation étrange, comme si les choses n'étaient pas exactement à leur place, ou semblables à ce qu'elles auraient dû être. Logiquement, la forêt aurait dû lui paraître plus petite que dans son enfance, mais c'était exactement l'inverse. Elle lui paraissait colossale, et il avait peine à reconnaître les arbres immenses et les différents lieux où il avait coutume de se rendre. Il ignorait où il allait et ce qu'il devait chercher, et tout lui paraissait à la fois familier et curieusement changé, comme s'il évoluait à travers un reflet déformé de ses souvenirs.
Toute cette mise en scène finit par franchement l'énerver. Il s'arrêta net et s'enflamma.
« C'est quoi ce putain de bordel ? hurla-t-il dans le silence étrange. Tu veux que je fasse quoi, Igneel ? Y a rien, ici ! »
Le même profond silence lui répondit, imperturbable. De frustration, il planta un poing enflammé dans un tronc innocent. Le centre de l'arbre se mit à onduler comme un mirage, avant de perdre sa texture et sa forme, et, stupéfait, Natsu se retrouva face à un nouveau corridor de pierre noire. Ses sens lui disaient que le couloir s'étendait à l'intérieur de l'arbre, mais quand il fit le tour pour vérifier, rien n'avait changé.
« J'imagine que je dois rentrer là-dedans », grogna-t-il.
Il aurait aimé que Happy soit là. Il aurait aimé que Grey soit là.
Il n'avait jamais aimé être seul. Ça, c'était le truc de Grey. Lui, il avait besoin de parler à des gens, de partager de la chaleur humaine, d'échanger, de se sentir entouré. Seul, il s'ennuyait. Il se sentait inutile, il s'étiolait et se fanait comme une plante qu'on a oublié d'arroser.
Et pourtant, il comprenait que cette épreuve, il devait l'affronter seul. C'était quelque chose qu'il avait choisi, tout comme il avait choisi de garder son deuil pour lui, refusant de le partager avec Grey, avec ses amis, et même de s'ouvrir à Happy. Il savait confusément, au fond de loin, que certaines choses ne peuvent se découvrir que dans l'intimité et le silence de la solitude. Ça ne lui plaisait pas, mais il s'efforça de l'accepter tandis qu'il franchissait ce nouveau seuil, à la rencontre du prochain lieu.
D'abord, il ne voulut pas en croire ses yeux. Et pourtant, il débarqua directement dans le hall de Fairy Tail, identifiable au premier coup d'œil. Contrairement à la forêt qu'il venait de traverser, tout était parfaitement à sa place, tous les détails s'assemblaient pour créer une reproduction sans défaut de la guilde qu'il connaissait et aimait. À l'exception du fait qu'elle était totalement déserte. Il y avait des verres sur les tables, le panneau de missions était recouvert de contrats, il pouvait même flairer le parfum délicieux de la viande en train de rôtir qui lui parvenait des cuisines. Tout semblait en vie, et pourtant, pas l'ombre d'un de ses camarades de guilde. Il trouva l'impression terriblement glaçante et se mit à errer à travers le hall, puis dans les cuisines, les chambres, l'infirmerie, sans parvenir à trouver qui que ce soit.
« D'où je suis censé prouver ma force si je fais que me balader d'un endroit vide à l'autre ! » cria-t-il dans le hall dépeuplé où ses pas l'avaient ramené.
La façon dont sa voix se répercuta en échos moqueurs lui crispa le ventre. Il n'aimait pas ça, il n'aimait pas ça du tout. Une nouvelle fois, il balança son poing dans le premier truc qu'il avait à sa portée, en l'occurrence le fameux pilier qu'une fois, il y avait longtemps, Erza avait désigné comme son rival. Le souvenir lui donna d'abord envie de rire, puis, une profonde nostalgie lestée de tristesse l'envahit. Et cette fois, aucun passage ne s'ouvrit vers la prochaine étape de son étrange voyage.
Calmé malgré lui par la déprime, il se dirigea vers les portes de la guilde, et les ouvrit en grand.
Magnolia était bien là, à l'image de la guilde, reconstituée dans ses moindres détails, mais vide de tout être vivant.
D'un pas lourd, Natsu entreprit de prendre la route qui le ramenait chez lui.
Ce fut pire encore qu'à la guilde. La maison donnait l'impression qu'on venait de la quitter. Il y avait de la vaisselle sale dans l'évier, le mug de Grey posé près de la cafetière. À tout moment, Natsu s'attendait à voir surgir Happy qui lui réclamerait de sa petite voix enthousiaste d'aller pêcher à la rivière. Il s'arrêta ensuite sur le seuil du séjour, le cœur battant douloureusement dans sa poitrine. L'éternelle bouteille de vodka à moitié vide de Grey trônait sur la table basse, des fringues abandonnées traînaient sur le canapé. La poussière dansait en silence dans la lumière de l'après-midi. Malgré le chagrin qui commençait à l'étouffer, il passa à la chambre. Il déglutit avec difficulté en regardant le lit aux draps défaits. Il crut entendre Grey qui l'engueulait depuis la salle de bain parce qu'ils allaient encore être en retard. Il s'avança d'un pas mécanique, mais évidemment, trouva la minuscule salle d'eau tout aussi vide que le reste de la maison. L'eau gouttait même encore dans la douche.
Pris d'un vertige, il s'appuya contre un mur en tentant de reprendre son souffle.
Pourquoi est-ce qu'il voyait tout ça ?
En quoi est-ce que c'était une initiation ? Un cauchemar, oui ! Une torture dont il ne comprenait pas le sens ni le but.
En tout cas, une chose était sûre, il ne pouvait pas rester ici.
Il essuya les larmes qui avaient coulé sans qu'il s'en aperçoive et sortit de la maison en gratifiant la porte d'un coup de pied qui la détacha de ses gonds. Il s'arrêta sur le chemin de terre qui descendait vers Magnolia, incertain de ce qu'il devait faire, à présent.
Alors, un bruit plus qu'incongru attira son attention. Un vrombissement lointain, mais qui se rapprochait à grande vitesse. C'était... Non, impossible !
Et pourtant, il vit débarquer dans un rugissement de flammes et de poussière la voiture de son alter-ego d'Edolas, qui freina brutalement en décrivant un arc de cercle pour s'arrêter devant lui. La vitre côté passager se baissa et Edo-Natsu se pencha pour lui faire signe.
« Hey, Natsu ! Monte ! »
Cette vision lui fit retrouver son énergie.
« Hors de question que je grimpe dans cette bagnole de l'enfer ! » s'exclama-t-il en brandissant le poing à l'intention de son alter-ego. Ce dernier se contenta de lui sourire avec bienveillance.
« Angoisse pas. Je te promets que t'auras pas le mal des transports. »
Pour une raison ou pour une autre, Natsu le crut. Et comme il n'avait vraiment rien de mieux à faire, il monta à bord.
« Qu'est-ce que tu fous là, d'abord ? grogna-t-il.
— Je suis là pour te guider à la prochaine destination. »
Natsu lui jeta un coup d'œil soupçonneux.
« Tu sais ce qui se passe ici ? Igneel m'a parlé d'une épreuve dangereuse. Pour l'instant, tout ce que je vois c'est que c'est d'un ennui mortel ! »
Edo-Natsu eut un petit sourire mystérieux qui tapa sur les nerfs de la version originale.
Et avant qu'il ne rouvre la bouche pour protester, Edo-Natsu avait mis les gaz.
Le paysage se brouilla sous ses yeux, ainsi que les perceptions habituelles selon lesquelles il définissait les limites de son corps. Mais... Son crétin d'alter-ego n'avait pas tort : aucun mal des transports à l'horizon. Même si on ne pouvait pas non plus dire qu'il se sente parfaitement à l'aise.
« On va où ? demanda-t-il avec mauvaise humeur. J'espère que-... »
Il s'interrompit, ouvrant de grands yeux stupéfaits.
Le paysage familier de la région de Magnolia avait cédé la place à de multiples paysages posés les uns à côté des autres comme des tableaux. Il vit la Tour du Paradis où il avait sauvé Erza, le pont où il avait vaincu Eligoal, la guilde de Grimoire Heart, et enfin... Droit devant eux, la guilde de Tartaros, et l'endroit où Igneel était mort.
Edo-Natsu ralentit et s'arrêta presque en douceur.
Natsu hésita. Il ne voulait pas aller là. Il voulait faire demi-tour.
« Bonne chance », murmura son alter-ego en se penchant par-dessus lui pour ouvrir la portière.
Natsu lui jeta un bref coup d'œil, puis, avec des gestes lents, il sortit de la voiture.
Edo-Natsu repartit aussitôt, le laissant seul.
Toi et moi, on sera invincibles !
C'est ce qu'il avait hurlé en courant vers Igneel, pour l'aider à arrêter Acnologia. Juste avant... Juste avant de voir, tétanisé, le grand corps du dragon déchiqueté chuter, chuter sans fin dans le ciel étoilé jusqu'à ce qu'il s'écrase sur le sol en faisant trembler la terre sous ses pieds.
Je t'ai regardé grandir pendant tout ce temps. Tu as tellement grandi. Les jours que j'ai passés avec toi ont été les plus heureux de ma vie. Tu m'as donné le pouvoir d'aimer.
Il tomba à genoux.
Ne pleure pas, Natsu. Je serai toujours avec toi, même maintenant.
Ensuite... Natsu lui avait promis. Qu'il vivrait. Qu'il deviendrait plus fort. Qu'il vaincrait Acnologia.
Il se releva en essuyant ses larmes et s'approcha du cratère créé par l'impact quand Igneel avait heurté le sol. Ses jambes tremblaient.
« Pourquoi est-ce que je suis ici, Igneel ? Je n'ai qu'une parole, je n'ai pas besoin de renouveler ma promesse.
— Tu es ici pour que je t'aide à à la tenir, Natsu. »
Le chasseur de dragon se figea. C'était bien la voix d'Igneel. Un chatoiement lumineux envahit le cratère. Il leva les bras pour se protéger les yeux, observant comme il pouvait la lumière palpiter, puis s'affaiblir doucement jusqu'à révéler la silhouette du dragon.
« Papa ! » cria Natsu. Il voulut se précipiter vers lui, mais se figea presque aussitôt en réalisant que ce dragon n'était pas son père. C'était Acnologia, avec ses grandes ailes noires aux motifs bleu ciel.
« Je t'attendais, Natsu », dit la bête d'une voix grave qui parlait de cent mille batailles, cent mille massacres. « Je me suis baigné dans le sang d'innombrables dragons. Aujourd'hui, c'est dans le tien que je vais me rouler, jusqu'à ce qu'il ne reste de ta misérable carcasse que des os épars. »
Natsu était en colère depuis la mort d'Igneel, mais en entendant parler son assassin, la rage qui s'empara de lui fut sans commune mesure. Elle le consumait comme si sa propre magie le dévorait de l'intérieur en un immense brasier. Ses poings tremblaient de pouvoir contenu, ses muscles soumis à une tension à peine supportable se contactaient, durs comme l'acier. Il avait les yeux secs, maintenant. La haine les avait asséchés.
Les flammes l'enveloppèrent, crépitantes. Avides.
Il se jeta sur son ennemi, même en sachant que ce n'était qu'une illusion, que ça faisait partie de l'épreuve. Le dragon ouvrit la gueule et un rugissement terrifiant en sortant, traversant sa chair jusqu'à faire vibrer ses os. Il ne s'arrêta pas et courut, puis il bondit dans les airs et abattit son poing sur la mâchoire du monstre. Le choc ébranla à peine Acnologia, ou du moins sa réplique, qui l'envoya valser d'un coup de patte. Natsu roula au sol, mais se releva aussitôt en essuyant la sueur sur son front. Il observa le dragon, la magie palpitant en lui avec une force renouvelée. Elle rayonnait à nouveau comme avant, pure et dévastatrice. Il était redevenu lui-même. Il ne comptait pas laisser la vie dans ce combat. Quelle qu'en soit la difficulté, il trouverait un moyen de gagner. Il deviendrait un véritable dragon, et ce serait lui qui se baignerait dans le sang d'Acnologia, et peu importait combien de temps ça lui prendrait. Il vaincrait.
Il frappa son poing dans sa paume et un sourire féroce éclaira ses traits.
« Yosh ! Moete kita zo... »
Et de nouveau, il fonça sur le dragon noir.
