Je me répète, mais : encore un grand merci à tous ceux qui lisent et/ou commentent cette histoire!
Chapitre cinquante-quatre
Les trottoirs étaient encore glissants et quelques congères çà et là, témoignaient encore de l'épisode neigeux qui s'était abattu sur New-York durant les dernières semaines. Les rues de Manhattan étaient encore plongées dans le noir, quand Castle s'approcha de la résidence des Beckett les bras chargés de paquets comme chaque matin depuis la tragédie qui les avait frappés, à la différence près que désormais il était mû par autre chose que le besoin de réconforter et soutenir les parents de Kate. La colère et le désir de vengeance avaient désormais pris le pas sur la douleur et la tristesse. Il y avait quelqu'un quelque part qui était responsable de leur malheur et il comptait bien le lui faire payer! Tant qu'il ne l'aurait pas trouvé, il ne pourrait faire son deuil en paix.
Une silhouette apparut de l'autre côté de la rue. Il était matinal, comme toujours, sans doute une déformation professionnelle. Castle sourit et lui fit un signe de la main du mieux qu'il le pouvait malgré les paquets qu'il tenait.
- Je me disais bien que c'était toi, lança Murray en s'approchant de lui. J'ai reconnu ta silhouette. Alors? Que me vaut cet appel mystérieux que tu m'as passé cette nuit?
- Désolé pour ça, je n'ai pas fait attention à l'heure. Je suis un peu décalé en ce moment.
- Ce n'est rien, j'ai l'habitude… Rétorqua Murray.
- C'est par là, indiqua Castle en l'invitant à le suivre.
Jim ouvrit la porte et les invita à entrer.
- Comment allez-vous ce matin? Demanda Castle.
- Je vous mentirais si je vous disais que nous allions bien. Jo a à peine dormi deux heures.
- Où est-elle maintenant? Demanda Rick soucieux.
- Elle est au téléphone depuis plus d'une demi-heure…
- Sa fameuse relation?
- Sans doute. Installons-nous, elle nous rejoindra, dit Jim.
- Je vous présente le docteur Murray, il est le meilleur légiste de New-York, annonça Castle en désignant l'homme qui l'accompagnait.
- Enchanté, répondit Jim en serrant la main du légiste, bien que j'aurais préféré ne jamais vous rencontrer.
- Je t'ai appelé pour avoir tes lumières sur le cas du décès de la fille de Jim expliqua l'écrivain.
- Oh ! Dans ce cas, je comprends votre remarque, répliqua Murray.
- J'ai ramené le petit déjeuner, déclara Castle en sortant des gobelets de café et des viennoiseries du sac qu'il avait apporté.
- J'ai pu le contacter, il arrive, dit Johanna en entrant dans la pièce.
- J'ai bien fait d'en prendre beaucoup alors, sourit Castle en désignant la table remplie de toutes sortes de gourmandises.
L'écrivain fit les présentations une nouvelle fois, puis exposa à son ami la raison de sa présence parmi eux.
- Rick, je ne peux pas me mêler du travail d'un confrère comme ça, soupira Murray.
- Et les parents de Kate ? Ils ne peuvent pas avoir accès au dossier de leur fille ?
- Si, mais le temps de faire la demande… Ca prendra des semaines! Tu connais les lenteurs administratives ?
- Dans ce cas, je vais me faufiler discrètement dans la morgue du commissariat et leur subtiliser ce dossier, rétorqua Castle déterminé.
- Richard, ce n'est pas sérieux, vous allez vous attirer des ennuis, fit Johanna inquiète.
- Je mettrai un chapeau pour ne pas être reconnaissable, répondit Castle. Et puis, je n'aurais des ennuis que si je me fais prendre ! Il suffit donc que je ne me fasse pas prendre !
- Attends, intervint Murray. J'ai peut-être une autre idée.
- Ah oui ? Fit Castle intéressé.
- Je connais une jeune étudiante, qui fait justement un stage dans cette morgue. Elle pourrait faire discrètement une copie du dossier de ton amie et nous l'apporter…
- Pourquoi ferait-elle une chose pareille ? Demanda Castle.
- Pour avoir la chance de faire son prochain stage auprès du meilleur légiste de la ville, sourit Murray.
- Wah ! C'est trop cool !Tu es vraiment le meilleur! Appelle-la tout de suite !
Murray sortit son calepin de la poche de sa veste et rechercha le nom de cette aspirante-légiste.
- Ah ! Voilà ! Melle Parrish ! Je l'appelle !
Pendant que Murray téléphonait, Rick patientait en touchant à tout, comme à son habitude. Ce fut ainsi, qu'il tomba sur le courrier adressé à Kate.
- Modern-Fashion… Lut-il intrigué.
- Nous l'avons reçue hier matin, expliqua Johanna. Katie avait participé à un concours pour eux, il y a quelques semaines… Mathilda King l'avait repérée apparemment.
- Il va falloir qu'on l'appelle, elle aussi, soupira Jim, pour la prévenir…
- Mathilda King… Répéta Castle pensif.
- Oui, ajouta Johanna. Elle lui propose une double page dans le numéro de ce mois-ci…
- Emma ! S'exclama soudain Castle.
- Pardon ? Dirent Johanna et Jim surpris.
- L'amie de Kate ! Si vous ne la connaissez pas, il doit s'agir d'Emma ! Elle l'a rencontrée à ce concours ! Elles se sont très bien entendues et si je ne me trompe pas, sa famille vit à New-York !
- Vous connaissez son adresse ?
- Non… Mais Carly doit l'avoir… Je vais l'appeler !
- Vous devriez attendre un peu, l'arrêta Johanna. Il est trois heures du matin à Palo Alto!
- Oups! Vous avez raison!
Quatre heures plus tard, grâce à Carly, ils appelèrent les parents d'Emma, qui leur annoncèrent sa brutale disparition le même soir que celui de l'accident de Kate. Lanie Parrish les rejoignit alors avec une copie du dossier de Kate. Murray fit les présentations.
- Enchantée, fit Lany Parrish. J'ai réussi à faire une copie de votre dossier! Ca n'a pas été facile! Il y avait toujours quelqu'un dans cette fichue salle où on classe les dossiers!
- Comment avez-vous fait alors? S'étonna Castle.
- J'ai usé de mes charmes, sourit-elle. Un sourire et l'espoir d'un rendez-vous galant font des merveilles!
- Je suis impressionné! Dit Castle en répondant à son sourire.
- Pendant que je faisais les copies, j'y ai jeté un oeil et je peux vous assurer que le travail a été bâclé. Pas d'examen dentaire ou sanguin, c'est pourtant le B.A. BA quand la victime est méconnaissable...
- Elle fera une grande carrière, sourit Murray.
- C'est certain, approuva Castle.
Le lieutenant Montgomery, appelé par Johanna, arriva peu après.
Lorsque Johanna lui avait annoncé ce qui était arrivé à sa fille, il avait blêmi.
- Tout est de ma faute, murmura-t-il anéanti devant les parents de Kate.
- De quoi parlez-vous ? Demanda Johanna aussi blanche qu'un linge. C'est à cause de l'affaire Pulgatti ?
Il acquiesça d'un léger hochement de tête et déglutit difficilement avant de se lancer :
- Tout a commencé il y a maintenant 7 ans, soupira-t-il. A cette époque, j'étais un bleu. Je faisais équipe avec les lieutenants Raglan et McAlister…
- Raglan ? Tilta Castle. C'est le policier qui s'est occupé de l'accident de Kate !
- Que s'est-il passé Roy ? Demanda Johanna d'une voix blanche effrayée de ce qu'elle allait entendre.
- A cette époque, nous enlevions des mafieux en échange d'une rançon, je n'en suis pas fier et ce n'est pas une excuse, mais j'étais jeune et influençable et je pensais que ce que nous faisions était bien… MacAllister et Raglan étaient des héros pour moi. Je croyais en ce qu'on faisait. Ce jour-là, nous avions décidé d'enlever Joe Pulgatti, mais ça a mal tourné. Bob Armen, un agent du FBI infiltré s'est interposé, un coup de feu est parti… Il a été tué sur le coup... Il n'était pas supposé être là ! Il a attrapé mon arme, c'est là que le coup est parti. Je ne savais même pas si c'était mon arme qui avait tiré, jusqu'à ce qu'Armen s'écroule. MacAllister m'a poussé dans le van. Je me souviens qu'il me disait " T'en fais pas fiston. C'est pas ta faute. Ça arrive tous les jours dans cette ville. "
- C'est vous qui avez fait ça à ma Katie ? Demanda froidement Johanna les larmes aux yeux.
- Non, mais c'est arrivé à cause de ce que nous avons fait ce jour-là… souffla Montgomery.
- Qui a tué ma fille ? Insista Johanna sentant la rage monter en elle.
Jim serrait tellement les poings que les jointures de ses doigts avaient blanchi.
- Je ne sais pas comment, mais il a appris ce qu'on avait fait. Il aurait pu tous nous faire arrêter, au lieu de ça, il nous a demandé l'argent des rançons. Il a pris cet argent pour devenir ce qu'il est et Dieu me pardonne, mais c'est grâce à ça qu'il est devenu aussi puissant.
- Donnez-moi son nom, Roy, vous me devez bien ça !
- Je ne pensais pas qu'il s'en prendrait à vous, se lamenta Montgomery, encore moins à votre fille! Je donnerais tout ce que j'ai pour revenir en arrière et empêcher ce drame!
- Si vous pensez ne serait-ce qu'une once de ce que vous venez de me dire, Roy, alors vous devez me répondre, rétorqua Johanna en colère. Qui a tué ma fille?
- Tout est dans ce dossier, dit Montgomery en déposant sur la table l'épais dossier qu'il avait amené. Dans ce dossier et sur cette cassette…
Johanna s'empara du dossier et s'empressa de le parcourir. Castle s'approcha et l'examina avec elle.
- William H. Backen ? Lut Johanna atterrée. Le tout nouveau sénateur ? C'est lui qui a fait ça à ma Katie ?
- C'est vous qui étiez visée... acquiesça Montgomery. Je voulais me racheter ! Je voulais vous protéger ! Nous devions nous rencontrer pour que je vous donne toutes ces preuves !
- Mais vous n'en avez pas eu le temps, termina tristement Johanna.
- Non… souffla-t-il anéanti par la culpabilité.
- Pourquoi attendre qu'il fasse noir pour venir ici? Demanda-t-elle alors que Fletcher garait sa camionnette aux abords du commissariat de la cinquante-quatrième brigade.
- On avait dit pas de question, grommela-t-il. Et ça, c'est une question.
Elle leva les yeux au ciel, évidemment qu'elle savait qu'il s'agissait d'une question! Pourquoi s'entêtait-il à ne pas vouloir lui parler? Elle avait compris qu'il cachait un lourd secret et qu'avant de vivre en ermite, il avait eu une vie normale. Ce qu'elle ne comprenait pas, c'était pourquoi il s'entêtait à se murer dans le silence.
- Je ne vous jugerai pas, vous savez? Affirma-t-elle.
- De quoi tu parles?
- Quoiqu'il se soit passé avant, pour moi vous serez toujours celui qui m'a sauvé la vie...
- Inutile de te sentir redevable, grogna-t-il.
- Qu'est-ce que vous fuyez, Fletcher?
- Rien. Je ne fuis rien du tout !
Il enfila son bonnet, remonta le col de sa veste et sortit du véhicule. La conversation n'irait pas plus loin. Elle poussa un gros soupir et sortit également.
- Viens, il ne vaut mieux pas traîner ici.
- Pas la peine de courir, le bâtiment ne va pas s'envoler! Souffla-t-elle agacée.
- Peut-être, mais tu as un contrat sur la tête, ma petite.
- C'était peut-être celle qui m'accompagnait, qui avait un contrat sur la tête... Rétorqua-t-elle.
- Tu aimes avoir le dernier mot, toi! Râla Fletcher. Viens! Inutile de tenter le diable! Dépêchons-nous!
Ils entrèrent dans le commissariat et furent accueillis par l'officier de garde.
- Bonsoir! Je suis l'officier Esposito. Que puis-je pour vous?
- Nous voudrions consulter le fichier des personnes disparues, annonça Fletcher d'un ton qu'il espérait poli malgré ses grognements.
Son honorable, mais piètre tentative, fit rire la jeune femme.
- C'est une blague? Demanda Esposito suspicieux.
- Pas du tout! S'empressa-t-elle de le détromper. Écoutez, j'ai eu un accident et je ne me souviens plus de qui je suis, ni même de ce qu'il s'est passé... J'espérais pouvoir consulter ce fichier pour voir si quelqu'un me recherche quelque part...
- Waow… C'est rude. Et qu'en dit votre médecin ?
- Euh… Rien du tout… Mais ça n'est pas le problème. Je voudrais consulter votre fichier des personnes disparues, il doit bien y avoir quelqu'un qui me recherche…
- Mais vous ne pouvez pas y avoir accès, voyons ! Rétorqua Esposito.
- S'il vous plait ! Il faut que je retrouve ma famille ! Insista-t-elle.
- Venez, dit l'officier touché par sa détresse. Vous ne pouvez pas y avoir accès, mais moi oui.
- Merci !
Ils suivirent l'officier Esposito, qui les emmena à l'intérieur du commissariat.
- Attendez là, dit-il en leur ouvrant la porte d'une salle de repos. Je ne serai pas long.
Elle poussa un long soupir tandis qu'elle se retrouvait une fois de plus à attendre. Fletcher ne tenait pas en place, il allait et venait devant elle en regardant de tous côtés.
- Pourquoi êtes-vous aussi nerveux ?
- Les tueurs peuvent être partout…
- Si un tueur était vraiment à ma recherche, il m'aurait déjà retrouvée.
- Détrompe-toi, ma cabane est extrêmement bien cachée. Personne ne peut la trouver.
- Pourquoi ?
- Tu es un sacrée entêtée dans ton genre ! Grogna-t-il.
- Je veux juste vous aider Fletcher !
- Tu ne peux pas, soupira-t-il. Personne ne le peut.
L'officier revint une bonne heure plus tard. Il tenait un dossier dans la main. Fletcher, tout comme sa protégée, n'en pouvait plus d'attendre dans cette salle de repos.
- Vous avez trouvé quelque chose ? Demanda-t-elle en se levant précipitamment.
- J'ai trouvé le dossier d'une personne disparue depuis le 9 janvier dernier. Elle vous ressemble beaucoup, mais… ce n'est pas vous, déclara-t-il en lui tendant une photo.
Elle prit la photo et l'observa longuement. Effectivement cette jeune femme lui ressemblait beaucoup, mais ce n'était pas elle. Elle pencha la tête sur le côté tandis qu'elle l'observait. Quelque chose lui semblait familier. Etait-ce le signe que le brouillard de sa mémoire commençait à se dissiper?
- Elle se prénomme Emma, expliqua l'officier. Selon les dires de sa famille, elle est sortie avec une amie le 9 janvier dernier et n'est jamais revenue.
Fletcher tourna la tête intrigué, mais demeura silencieux.
- Emma… Répéta-t-elle.
- Qui était cette amie avec qui elle était ? Demanda Fletcher.
- Personne ne la connaît, elle l'avait rencontrée peu de temps auparavant lors d'un concours.
Fletcher regarda sa protégée s'asseoir dans l'un des fauteuils. Elle avait l'air désespérée. Son désarroi faisait tellement peine à voir que l'officier Esposito en fut ému.
- Et si vous me parliez de ce qu'il vous est arrivé, suggéra-t-il, je pourrais peut-être vous aider…
Elle releva la tête et plongea son regard dans le sien.
- Vous feriez ça ?
- Bien sûr ! Je ne suis qu'un bleu, mais je ferai tout mon possible pour vous aider !
Elle sourit, reconnaissante et lui raconta toute son histoire, aidée par Fletcher, qui raconta tout ce qu'il savait. Puis ils repartirent après avoir convenu d'un rendez-vous le lendemain avec Esposito, puisque Fletcher n'avait ni téléphone fixe, ni portable.
