Chapter 51 : Explications
Neji jeta un regard à Sasuke, dansa sur ses pieds, fit demi-tour.
- Enfin… Je vais vous laisser.
Il sortit de la pièce.
Un regard… gêné ?
- Kuso.
Un constat. Un simple constat. Ni Sasuke ni Naruto ne s'aventurerait à commenter ce qui venait de se passer.
Ils entendirent une porte claquer. Ce devait être la porte d'entrée.
Naruto triturait du bout de ses doigts songeurs la couverture de Sasuke. Ses yeux vagues les regardaient faire sans vraiment y prêter attention.
Sasuke aussi le regardait faire, sans plus d'intérêt. De temps en temps, il relevait le regard au visage de Naruto, avant de le rebaisser. L'air torturé du blond lui faisait trop de mal. Et il en était la cause.
Non ! C'était à cause de Naruto, tout ça ! Lui… Il avait essayé de l'arrêter… non ? Et puis… Il ne pouvait pas faire grand-chose contre Naruto. Il suffisait que celui-ci lui fasse ses beaux yeux et Sasuke faisait ce qu'il désirait. Ce n'était pas la grande classe pour la famille Uchiwa. M'enfin… Ca suffirait.
Bein justement non, ça ne suffisait pas. Ca n'allait pas. Ils le voyaient bien, Sasuke le comprenait : il avait des faiblesses, son cœur, qu'il ne parvenait à vaincre. Si son frère voulait l'abattre, il lui suffirait de se métamorphoser pour prendre l'apparence de Naruto, et lui demander de se laisser faire ou même de se tuer lui-même. Ce ne serait pas plus difficile.
Konoha n'apportait rien de bon à Sasuke. Il devait quitter ce village, au moins jusqu'à ce qu'il extermine son frère.
Naruto et Neji avaient eu raison à propos de la réaction de Sasuke : eux qui avaient craint qu'il décidât de quitter le village… C'était le cas.
Sauf que si Naruto levait les yeux vers lui juste au moment où il prenait cette décision… comment pouvait-il la maintenir ?
- C'est de ma faute.
Sasuke ne dit pas qu'il savait. Il ne dit rien.
Naruto s'excusa encore une fois.
- En même temps… Neji n'a pas à venir chez moi.
- Mais nous, on n'a pas à faire… ça.
Le brun tiqua.
- Et pourquoi pas ? On est libres, non ?
- Je suis avec Neji, Sasuke. C'est lui que j…
Il s'arrêta en voyant le visage de l'Uchiwa s'assombrir encore plus qu'avant. Il fit la moue.
- Je te dis : c'est de ma faute.
Il s'agita.
- Euh… Je vais m'en aller.
Sasuke soupira.
- Tu ne veux pas… rester encore un peu ? Dormir dans le fauteuil, ou une chambre libre ?
Des chambres libres… disons plutôt qu'il n'y en avait qu'une seule d'occupée.
Naruto se tourna vers l'extérieur du lit.
- Non… Je crois qu'il vaut mieux que je reste pas trop.
Sasuke soupira. Les moments de folie étaient passés.
- Tu ne veux pas au moins… qu'on termine ce qu'on était en train de faire ?
Le blond secoua la tête.
- Si y'a bien un truc qu'il faut pas faire maintenant, c'est ça.
Sasuke s'allongea, les bras croisés sous sa nuque, retenant quelques mots déçus.
- Et puis… j'suis refroidi.
- Tu étais déjà froid avant de commencer.
- Ouais. Mais c'est toi… tu m'as grave excité.
Ca, Sasuke l'avait remarqué.
- Tu t'es excité tout seul. Et je n'ai pas su t'arrêter.
- C'est parce que tu es…
Le blond s'arrêta avant d'abonder en compliments pour le physique de l'Uchiwa. Ce n'était probablement pas ce que ce dernier apprécierait le plus, compte tenu du fait que Naruto repoussait – ou était censé repousser – ses avances.
- Enfin…C'est de ma faute.
L'Uchiwa était tout à fait d'accord, mais préféra ne pas approuver. Cela blesserait le blond. Connaissant le personnage, si sensible, il valait mieux taire ce qui était vrai, même s'il s'en doutait.
Croisant le regard mal à l'aise de Naruto, Sasuke comprit qu'il lui demandait de se tourner. Faire face au mur pour Naruto, pris lorsqu'il faisait le mur…
Le blond s'habilla rapidement, en silence. Ses vêtements éparpillés lui rappelèrent certains détails de ce qu'il venait de se passer. Comment l'un était arrivé là. Comment il l'avait enlevé.
Rapidement, ses hormones réagirent à ses pensées. Il accéléra la cadence, enfila son pull et se précipita vers la sortie de la chambre.
- Voilà, j'ai fini.
Il jeta un regard à Sasuke, qui fut bien déçu de constater qu'il n'y avait en effet plus rien à contempler à part le visage du blond.
- Je m'sauve.
Il s'en alla sans un mot de plus, se retenant de courir dans les couloirs pour quitter plus vite la demeure de Sasuke. Celui-ci bondit hors du lit et se précipita hors de la chambre.
- Naruto ! Attends !
Mais il était déjà parti. Sans même lui dire au revoir. Malgré ce qu'ils étaient occupés à faire… Naruto n'était-il venu que pour s'amuser de lui ? Non, il avait parlé de Madara.
En tout cas… Sasuke n'avait pas prévu de dormir beaucoup cette nuit-là avant que Naruto ne vienne et ça n'avait pas changé malgré son passage. Trop de choses en tête, trop de colère et de désir.
Il descendit pour manger un bout : tous ces événements avaient creusé son estomac. En arrivant en bas de l'escalier, il crut voir une mèche blonde disparaître derrière une porte ouverte.
Il se précipita, atteignit la poignée avant que la porte ne se refermât, et passa la tête dehors.
- Naruto !
Le blond se retourna, penaud.
- Désolé, Sasuke.
Avant de prendre ses jambes à son cou. Il avait laissé un petit mot sur la table, sur lequel étaient écris ces mots qu'il venait de prononcer.
Le plus malheureux, avec tout ça, n'était pas – ou plus – l'Uchiwa.
- Comment ? Comment cela, « il n'a pas de sang » ?
Shizune tint le regard pénétrant de l'Hokage, raide, ou altière.
- Comme je vous l'ai dit. Enfin… Si, il a du sang… Mais on ne sait pas l'analyser.
- Explique-toi !
- Ce type a plusieurs groupes sanguins.
Tsunade fronça les sourcils, les mains s'appuyant rageusement sur la table.
- Comment est-ce possible ?
Tonton grogna dans ses bras.
- Je l'ignore. C'est justement pour ça que je vous en parle.
- Tu fais bien. J'irai voir cela.
Elle se tourna vers la baie vitrée qui éclairait son bureau, pour que le paysage en contrebas apaisât sa colère. Shizune comprit qu'elle était censée partir sur-le-champ.
- Il y a autre chose…
- Toujours lui ?
- Oui. A propos de ses mains.
- Ses mains ? Pourquoi t'intéressent-elles ?
- Parce que les mains d'un ninja sont une mine d'informations sur le shinobi qu'il a été.
L'Hokage fit la moue. Son assistante ne lui apprenait rien. Elle tapa du pied.
- Et alors ?
- Et bien… Ce ne sont pas des mains de shinobi.
- COMMENT ?
Shizune bondit en arrière tandis que l'Hokage farfouillait précipitamment dans ses dossiers.
- Vous avez bien entendu.
Elle en saisit un par la main et se dirigea vers la sortie. Shizune lui emboîta le pas.
- Dans quelle salle est-il ?
- Oh. Bonjour Sasuke.
L'Uchiwa grogna une vague salutation sans lever les yeux vers Naruto.
- Mamy-Tsunade t'as convoqué aussi ?
- Oui.
Naruto s'assit sur les chaises à sa disposition, à côté de Sasuke, le temps que l'Hokage arrive. Naruto regarda son ami.
- Pour cette nuit. Je suis désolé.
- Ne pense pas à ça.
Silence. Sasuke tenta d'introduire un autre sujet :
- Tu sais pourquoi Tsunade nous convoque ?
- J'ai cru comprendre…
Naruto se tut soudain. Sasuke vit ses yeux s'écarquiller lorsqu'il rechercha sur son visage la raison de la pause dans sa phrase. Mais le blond termina rapidement :
- … que c'était par rapport à notre dernière mission, pour compléter le rapport ou quelque chose comme ça. Shizune n'est pas restée longtemps, elle avait l'air occupé.
Sasuke porta son regard dans la direction que désignait celui de Naruto.
Neji.
Ce dernier s'approcha, les bras le long du corps, fier, et se posta bien droit à une distance respectable – deux mètres – des deux ninja.
- Content que vous soyez venus ensembles.
Ca valait bien un bonjour, non ? Le blond s'insurgea, se levant par la même occasion :
- On n'est pas venu ensemble !
Il dansa sur ses pieds, n'osant affronter ni le regard de Neji ni l'air de Sasuke qui ne tarderait pas à se décevoir.
- Je suis parti juste après que tu sois venu.
Sasuke soupira. Le regard du Hyuuga se chargea de froideur Uchiwenne.
- Je ne peux que confirmer.
Les cernes des deux ninja le prouvaient bien : ni l'un ni l'autre n'avait dormi cette nuit. Sasuke avait lu, Naruto s'était promené l'esprit... ou fait autre chose.
- Il ne faut pas vous séparer pour moi, vous savez. Hein, Naruto. Si ça te rends heureux.
Le blond recula d'un pas, la mine basse.
- Neji… tu sais bien que…
- Que tu te mens. Oui.
Le Hyuuga ajouta, anticipant la réplique de Naruto :
- Je te l'ai déjà dit.
Silence. Sasuke le brisa le premier – pas par bavardise, mais par souci de les distraire tous les trois, surtout Naruto dont le visage grave faisait tache au cœur. Il posa un regard qui se voulait avenant sur Neji :
- Qu'est-ce que tu fais ici ?
Enfin, la formulation de sa question trahissait ce qu'il tentait de masquer sur son visage. Le Hyuuga le sentit bien : il se tourna sévèrement vers Sasuke.
- L'Hokage m'a demandé.
Il déglutit. Se forcer à parler affablement à Sasuke en mettant sa rancœur de côté n'était pas aisé.
- Et vous ?
- Pareil.
- Je suis désolé.
Naruto. Il leva des yeux suppliants vers Neji.
- C'est ma faute. J'aurais pas dû aller chez Sasuke. J'aurais dû rester avec toi.
Le Hyuuga lui cracha presque au visage.
- Mais je ne peux que me réjouir que tu aies trouvé quelqu'un avec qui tu te sens bien.
Naruto accusa le coup. Il grimaça.
- J'aurais pas dû y aller tout seul. On aurait dû y aller ensemble. Tu m'aurais… retenu.
- Sasuke t'aurais sauté dessus dès que j'aurais eu le dos tourné. Je vois bien ce que vous faites. Je ne suis pas stupide.
L'Uchiwa se redressa, droit, vexé qu'on le comparât à un animal en rut qui ne contenait pas ses désirs.
- Ce n'est pas vrai.
Naruto regarda longuement Sasuke en silence. Puis il se tourna vers Neji.
- Sasuke a raison. C'est moi qui ai perdu… les pédales.
Neji écarquilla les yeux.
- Il a essayé de m'empêcher mais j'étais lancé.
Silence.
Lentement, le Hyuuga se composa un visage distant. Inexpressif. Et il fit demi-tour.
- T'aurais pas dû me dire ça.
Il s'en alla.
- Vous m'appellerez quand l'Hokage sera là. Je suis au bout du couloir.
Kakashi arriva en retard, comme à son habitude. Dans le bureau de l'Hokage, il y avait à présent Tsunade, son assistante et Tonton ; l'équipe sept et Neji.
A savoir les principaux concernés par les massacres récemment perpétrés dans les villages.
- Vous êtes ici pour éclaircir un mystère que Shizune va vous expliquer. Je compte sur vous, sur ce que vous avez vu du ninja que vous avez vaincu, sur ce que vous connaissez de ses techniques pour nous expliquer qui c'est.
Elle tâcha de ne pas prêter attention aux jeux de regards qui s'échangeaient entre Naruto, Sasuke et Neji.
Shizune prit la parole.
- Nous avons étudié le corps que vous avez ramené. Il présente des anomalies. Trois, en tout.
Elle énuméra sur ses doigts :
- Premièrement, nous avons analysé son sang. Et cet homme possède quatre groupes sanguins différents, tous mélangés dans ses vaisseaux.
Sakura fronça les sourcils. Naruto ne comprendrait pas.
- Deuxièmement, ses mains ne sont pas des mains ne ninja. D'après nos observations, cet homme n'a jamais utilisé la moindre technique ninja.
Sasuke fit la moue. Pourtant, c'était un ninja, et pas l'un des moindres !
- Enfin, des ninja de type sensoriel ont découvert autour du corps une aura de chakra qui semblait se dissiper peu à peu, malgré qu'il soit mort depuis plusieurs jours. D'après nos calculs, il en aurait encore pour deux semaines avant de disparaître complètement.
Tsunade posa son menton sur ses mains.
- Ca, c'est ce que nous avons trouvé et que nous voudrions – devons – expliquer. Elle posa son regard sur Naruto, puis sur Sasuke.
- Je n'ai pas vu cet homme de son vivant. Naruto, Sasuke, vous êtes les seuls à l'avoir affronté.
Elle le détourna pour fixer Neji.
- Ainsi que Neji.
Sakura lui jeta un regard en coin. Elle savait qui il était, l'Hokage le lui avait dit ; mais elle ne parvenait pas à se faire à l'idée que cet Hyuuga de génie avait déserté. D'autant plus qu'elle ne l'avait pas encore revu depuis son passage à l'hôpital.
- Vous m'avez déjà décrit les techniques qu'il utilisait. N'y a-t-il pas autre chose qui puisse expliquer ces anomalies ?
Naruto n'était pas médecin ; Sasuke avait déjà réfléchi à plusieurs fois à la question pendant que Tsunade ; parlait Neji n'avait aucune envie d'aider ce monde ninja qu'il avait fuit, et il n'avait de toute manière rien à apprendre à personne. Il ne savait rien.
- Vous vous doutez que ces informations sont d'importance capitale pour nous, puisque Neji nous a rapporté qu'une troupe de vingt ninja était à l'œuvre. Or, nous n'en avons encore vu – et arrêté – qu'un seul. Tout indice, tout élément sera le bienvenu.
- Ce n'est pas une troupe. Enfin si… une troupe en un seul homme.
Naruto. Neji lui jeta un regard noir, qui traduisait sa colère de la nuit passée et le désappointement qu'on ne lui accordât pas plus de crédit. N'était-il pas celui qui avait tenté d'arrêter la troupe dans le premier village ?
- Comment ça ? Explique.
Naruto sourit, fier d'être pour une fois le premier à comprendre. Tout le monde le fixait avec étonnement. Parfois autre chose en plus.
- Vous croyez vraiment qu'un ninja seul, qui vient de massacrer un village entier et d'entasser les cadavres dans la place, serait capable de tenir tête à Sasuke et moi en même temps ?
Il s'envoyait des compliments, mais il s'agissait d'être objectif.
- Il existe des ninja particulièrement dangereux. Il suffit qu'il ait un Kekkei Genkai*. Ou que ce soit un membre de l'Akatsuki.
- Il ne portait pas la robe de l'Akatsuki. Et je pense en effet qu'il utilisait une technique héréditaire.
- Laquelle ?
- Je ne sais pas. Mais regardez ses techniques : il sait se démultiplier et infester l'air de lui-même. Il a une force incroyable, et une résistance aux chocs impressionnante.
- Et ?
- Et bien, c'est parce qu'il n'est pas seul. Je ne sait pas comment ça se pourrait… mais je suppose que ce type, c'est en fait vingt personnes différentes en un seul corps… je sais pas, qui auraient fusionné ou quelque chose comme ça. Et sa technique bizarre, il les libère de lui, je suppose.
Ses yeux touchèrent le sol d'un regard voilé.
- J'espère.
- Ce qui voudrait dire que vous avez combattu vingt adversaires sans le savoir ? Et que vous les avez tous vaincus ?
- A mon avis.
Neji intervint.
- Mais je ne suis pas fou, j'ai bien vu vingt personnes. Toutes différentes. Pas des clones ou… quelque chose comme ça.
Tsunade fronça les sourcils.
- Naruto… Ton idée est intéressante. Mais je t'avoue que je vois mal comment quelque chose de tel pourrait exister. C'est invraisemblable ! D'autant plus que tu ne tiens pas compte du témoignage de Neji.
Silence. Sasuke le brisa en premier.
- C'est assez crédible. Si on oublie ce que dit Neji…
Tressaillement dans la voix ; seul les trois jeunes hommes le remarquèrent ou y prêtèrent attention.
- Lorsque j'étais chez Orochimaru, j'ai pu assister – et j'ai parfois dû participer – à certaines de ses expériences.
De mauvais souvenirs.
- Je le voyais parfois fouiller dans des cadavres, prendre un organe à l'un et le greffer à un autre.
C'était immonde.
- Et maintenant que j'y pense, il y avait bien une expérience… Sur le coup, j'avais essayé de m'y approcher le moins possible.
- Qu'était-ce ? demande l'Hokage.
- Il avait un homme dans une grande salle, accroché à un poteau. Avec des transfusions aux bras et aux jambes. Les tubes étaient reliés à des silos dans lesquels il y avait des gens qu'Orochimaru maintenait en vie.
Tout le monde l'écoutait silencieusement.
- J'essayais de ne pas trop m'attarder sur les détails, donc je ne sais pas grand-chose là-dessus. Je me souviens qu'il disait transfuser le sang des gens qu'il enfermait dans les cuves dans l'homme accroché au poteau central. Et il a fait quelques greffes d'organes, aussi, de la peau, le foie, l'estomac… je pense qu'il a même greffé des morceaux de cerveaux.
Tsunade écarquilla les sourcils. Orochimaru était un ninja-pas-médecin redoutable. Heureusement qu'il n'était plus de ce monde.
- Et quand les gens dans les cuves approchaient de la mort – par manque de sang, ou parce qu'Orochimaru leur avait arraché l'un ou l'autre organe –, il les scellait en l'homme au centre de la pièce. Parfois dans une zone spécifique de son corps, parfois dans l'homme en entier.
Les autres commençaient à comprendre. Sasuke donna le mot de grâce :
- Le but d'Orochimaru était de créer quelqu'un qui puisse utiliser des techniques de plusieurs clans différents. Pour pouvoir ensuite appliquer ses trouvailles à lui-même. Mais vu que je l'ai tué… Il est probable que cet homme se soit enfui. Avec une vingtaine de personnes différentes en lui, en effet.
Il se tut, laissant ses auditeurs méditer cela. Tsunade prit la parole.
- Mais cet homme, tu l'aurais reconnu, tu ne penses pas ?
Sasuke nia.
- Je faisais mon possible pour ne pas trop approcher des gens qui hurlaient de douleur chaque minute. Et cette pièce était très sombre, son visage baissé à ses pieds. Je ne l'ai jamais vu de face.
Tsunade acquiesça. C'était compréhensible.
Shizune se tourna vers elle.
- S'il s'agit de cet homme-là, cela expliquerait que notre dépouille possède plusieurs groupes sanguins. Ca pourrait expliquer le fait qu'il ait encore une gangue de chakra, cela dépend des sceaux qu'a utilisé Orochimaru. Et à supposer qu'il ait greffé à ses mains de la peau d'un civil, on peut expliquer qu'il n'y ait pas la moindre trace de technique ninja.
Elle hocha la tête en se tournant vers Neji.
- Mais il reste à expliquer pourquoi tu as vu vingt personnes différentes.
Tous se tournèrent vers le Hyuuga. Pris en chasse. Fautif. Son témoignage n'avait que peu de crédit face à l'imagination de ces gens.
Sans doute parce qu'ils avaient raison : il se rappela d'un détail qu'il avait omis jusque là.
- Lorsque j'ai pris la défense des villageois, j'ai utilisé mon Byakugan.
Evidemment. Avec le Byakugan, il voyait les flux de chakra, l'essence de tout être : c'était probablement sa technique héréditaire à lui qui l'avait abusé.
Vingt hommes en un. Ou un homme pour vingt. Tout se tenait. Sasuke avait bien de la chance d'être resté en vie après un tel combat.
On ne pouvait plus que remercier le ciel que, parmi ces vingt personnes fusionnées, rares étaient les utilisatrices de Kekkai Genkai ou les membres de l'Akatsuki.
Tsunade leur donna congé après que ce mystère fut éclaircit – du moins, l'hypothèse se tenait. Seules Tsunade, Shizune ainsi que Sakura restèrent dans le bureau de l'Hokage. Kakashi s'en alla rapidement, sans un mot, pour retrouver le roman qu'il avait été forcé d'abandonner quelques instants.
Restaient, dans le couloir, Neji, Naruto et Sasuke.
Le blond attrapa le Hyuuga par la manche pour le retenir de partir en vitesse. Celui-ci se tourna furieusement en se dégageant.
- Quoi ?
- Neji… Je te demande pardon. Pour tout ce…
- Tu ne l'obtiendras pas.
Il se retourna et quitta les lieux à grands pas sous le regard vide de Naruto. Ce dernier murmura une fois encore son nom, comme pour l'appeler, mais pas assez fort. Comme pour le retenir, mais ce n'était qu'un mot. Comme pour lui faire comprendre, mais il n'écoutait pas. N'avait-il d'ailleurs pas bien raison ?
Le blond était coupable et il le savait bien. Il payait à présent sa faiblesse de s'être octroyé plaisir.
Sasuke lui prit la main et serra son dos contre lui. Sans un mot, il voulait laisser le silence réconforter cet être d'ordinaire si joyeux malgré les maux.
Naruto rejeta la tête en arrière, l'appuyant contre l'épaule de l'Uchiwa. Les doigts de Sasuke resserrèrent ceux de la main du blond. Sasuke passa un bras autour de son torse et le serra paternellement contre lui.
Puis Naruto secoua la tête en s'avançant, agitant la main pour que Sasuke la lui lâchât. Le brun lui lança un regard interrogateur.
- Je peux pas…
Epuisé, mou, Naruto s'en alla aussi. De petites enjambées brinquebalantes le conduisirent au bout du couloir, du côté opposé à celui par lequel venait de partir Neji, et il disparut dans l'ascenseur. Laissant Sasuke seul et affligé de voir le blond dans cet état.
Son sourire éclatant, son pouce levé en signe de promesse neuve à tenir, ses cheveux s'embrasant avec un air indomptablement rebelle. Ses éclats de rire jaune qu'il parvenait si bien à changer en vert ou bleu, ses coudes levés pour se cacher la nuque des mains embarrassées. Et son nindô, disait-il, de ne jamais abandonner et sa volonté embrasée d'être un jour Hokage, reconnu par tous.
Pas un type abattu, dont les épaules traînantes frottent le sol à chaque pas en faisant soupirer ses semelles étirées en une grimace muette. Ses yeux bleus, pas gris sous un voile de larmes acérées prêtes à déformer son visage en fleuves contournés. Et son sourire… Pas ces lèvres tombantes.
Il fallait faire quelque chose pour Naruto. Pour remédier à ces douleurs que Sasuke ne connaissait que trop bien.
Fort de cette décision, il quitta lui aussi les lieux. Par le même chemin qu'avait pris Neji quelques instants plus tôt – parce qu'il ne s'était pas écoulé beaucoup de temps depuis qu'ils étaient sortis du bureau de l'Hokage.
Il se lança dans la cage d'escalier. S'arrêta juste derrière la porte : il perçut des bruits de pas rapides. Ce devait être le Hyuuga.
Pressant le pas, le reprenant d'ailleurs, il s'élança dans la volée de marche.
- Neji !
Il le rattrapa alors que l'autre atteignait la porte qui menait à l'extérieur.
Neji jeta un coup d'œil dans son dos pour voir qui l'appelait, puis reprit son chemin comme si de rien n'était. Sasuke pesta. Ne lui témoignait-il donc aucune attention ?
Il arriva à sa hauteur.
- Il faut que je te parle.
- Sans blague.
Ils sortirent de l'hôpital par l'arrière, puisqu'il y avait peu de chances que Naruto prît ce chemin et donc qu'ils le croisassent.
- Naruto va mal.
Pas de réponse.
Sasuke fronça les sourcils. Ce Neji lui prêtait décidément moins d'importance que toutes ces groupies qu'il s'efforçait d'éconduire avec le moins de mots possibles.
- Tu t'en rends compte, de ça ?
Silence. Sasuke commençait à s'énerver.
- Neji ! Tu pourrais quand même réagir ! Faire semblant de m'écouter !
- Et que veux-tu que je te dise ?
L'Uchiwa écarquilla les yeux.
- Tu crois peut-être que je vais aller sauter dans ses bras et lui payer un cinéma, lui offrir un bouquet de fleurs à mettre dans un vase et prier tous les soirs pour son petit bonheur ?
Sasuke ne dit rien.
- Et bien non.
Il se tut. Ils marchèrent quelques mètres dans un silence qui ne les oppressaient nullement. Ils étaient tous deux trop solitaires pour avoir à s'inquiéter de ces choses-là.
D'ailleurs, Neji aurait apprécié de Sasuke que ce dernier s'en allât sur-le-champ. Mais ce n'était pas dans ses intentions.
- Et bien en tout cas, il aimerait bien.
Neji se retint de tousser son désaccord. Il ne fallait tout de même pas provoquer un Uchiwa.
- Que tu t'occupes un peu de lui.
- Ah ! Bien sûr, je n'ai qu'à lui donner ma personne. Pourquoi pas, hein ? Il joue avec moi, nous deux d'ailleurs. Et puis, on a qu'à le consoler parce qu'il s'est bien amusé.
Il regarda – pour la première fois – Sasuke.
- Tu ne crois pas que tu en fais un peu beaucoup quand même, Sasuke ?
- Je crois en tout cas que Naruto s'en veut. Pour cette nuit.
Il se retint de se remémorer leur veillée. C'aurait pu si bien finir…
Neji soupira.
- Qu'est-ce que tu veux ?
Autant aller droit au but, il y avait des chances que Sasuke le laisse plus vite tranquille.
Sasuke mit du temps à répondre. Ce qu'il allait dire… le dire lui-même était contre-nature. Pour ce blond, jusqu'où était-il prêt à aller ?
- Que tu acceptes de sortir avec Naruto.
Neji s'arrêta. Surpris. Choqué, même que Sasuke abandonne la partie si facilement. Il lui fit face.
- Pourquoi ?
L'Uchiwa prit une profonde inspiration en levant le regard aux yeux de Neji. Ils se fixèrent, tous deux jaugeant l'autre, estimant la confiance que l'un pouvait lui accorder.
Sasuke soupira. Son cœur s'agitait dans sa poitrine, et ça ne l'aidait pas à respirer.
Il prit une profonde inspiration et se lança. Et tant pis si ses yeux faisaient des leurs.
- Il ne ressent rien pour moi.
Et voilà ! J'ai (enfin) expliqué qui est ce ninja qui pillait les villages ! C'était compréhensible ?
* technique héréditaire
