Sirius regardait la table de la petite maison, ne parvenant pas à comprendre ce qu'il voyait. Car après tout, ça n'avait aucun sens.
Déjà, Rémus n'était pas là. Ce qui était absurde. Rémus était forcément là, il se cachait des Aurors jusqu'à ce que l'Ordre ait réussi à le blanchir, et ce n'était pas le cas, Sirius était bien placé pour le savoir, donc son Moony était forcément là quelque part en train de l'attendre. Au pire du pire, il était allé faire quelques pas sur la lande parce qu'il n'en pouvait plus de rester enfermé. Avec la cape d'invisibilité de James, même si celui-ci la lui avait reprise depuis un certain temps. D'une manière ou d'une autre, Moony avait repris la cape à James, et il l'utilisait en ce moment même, c'était la seule explication logique au fait qu'il n'était visible nulle part. Forcément.
Mais quand même, ça n'expliquait pas que soient posés sur la table le marque-page enchanté, premier cadeau qu'il ait fait à Moony, et le collier. Surtout le collier. Le marque-page pouvait très bien être posé là car son rat de bibliothèque préféré était entre deux livres et le gardait sous le coude avant de se lancer dans sa prochaine lecture. C'était parfaitement possible. Etrange, vu qu'il ne l'avait encore jamais fait, mais possible.
Mais le collier ? Pourquoi diable le collier se retrouverait-il abandonné tout seul sur cette maudite table ? Et pourquoi tous les artefacts que Moony utilisait pour communiquer avec eux étaient là aussi ? Oui, il savait faire un patronus à présent pour parler à distance, mais ça n'avait rien à voir. Les artefacts étaient rangés, normalement, dans la bourse sans fond que Rémus portait toujours. Le médaillon de Greenwitch, le Carnet de coeur, le repéreur... le loup-garou ne les laissait jamais traîner. Et le collier avait sa place au cou de Moony, en permanence ou presque, il ne l'enlevait que pour dormir, Sirius en était sûr, et là il n'était certainement pas en train de dormir, son lit était vide, Sirius l'avait vérifié trois fois, et tout ça n'avait absolument aucun sens !
Aucun sens sauf celui de lui broyer le coeur. Tandis que son cerveau faisait de son mieux pour nier l'évidence, cacher ce qu'en réalité il avait déjà compris. Car c'était hors de question d'accepter l'idée que Moony, son amour, soit parti. Et l'ait laissé derrière.
Finalement ce fut une pensée qui le débloqua, une pensée bien plus terrifiante que toutes les idées d'abandon qu'il tentait de repousser : Rémus était sans aucun doute en danger, et il fallait voler à son secours immédiatement !
Sans hésiter, il envoya son patronus à James puis à Maugrey - des renforts ne seraient certainement pas du luxe. Pas à Moony lui-même, bien sûr. Où qu'il soit à présent, il était parti de son plein gré, donc il avait au moins tenté de manigancer quelque chose, ce n'était pas le moment de mettre à mal ses mensonges en criant que Sirius Black venait le chercher. En attendant, il fallait que Sirius en sache plus, qu'il réfléchisse, qu'il mette au point un plan d'action.
Il frappa violemment le mur du poing, plusieurs fois, jusqu'à ce qu'il se sente plus calme et capable de se concentrer un minimum. Oui, il était furieux, et fou d'inquiétude. Mais les émotions, ce serait pour plus tard, quand il tiendrait le responsable au bout de sa baguette et qu'il aurait récupéré son Moony. Il allait même lui passer un sacré savon, une dispute digne des plus affreuses qu'il ait pu entendre dans la maison Black, ce satané loup-garou ne perdait rien pour attendre, à lui faire des coups pareils. Mais ça, ce serait plus tard. D'abord, il fallait lui sauver les fesses, à cet entêté, ensuite il allait massacrer tous ceux qui l'avaient mis en danger, enfin il allait le serrer si fort que plus jamais aucune force au monde n'arriverait à les séparer. Et après seulement il allait l'engueuler.
Pour l'instant, il fouilla rapidement la maison, cherchant à voir ce que Rémus avait pris ou non. Au moins, ce stupide loup-garou avait sa baguette, son revolver et ses livres de magie. Il n'était pas totalement à cours de ressources...
L'évidence le frappa comme une tonne de briques. Bien sûr, les livres de Rémus !
James et Maugrey arrivèrent au même moment, pour trouver Sirius traversant la porte au pas de course, le marque-page magique dans la main. Sans s'arrêter, il leur cria :
" Suivez-moi et rameutez l'Ordre ! On a un abruti de loup-garou à sauver ! Ah, et ramenez le Retourneur de Temps aussi ! Il n'arrivera pas à nous renvoyer assez loin dans le passé, mais on devrait réussir à gagner quelques heures et c'est toujours ça de pris !
— Quoi ? s'exclama Maugrey déjà dépassé.
James, lui, s'était immédiatement mis à trotter à la hauteur de son meilleur ami et lui demanda :
— Attends, tu as dit que Moony avait disparu, et maintenant...
— Et maintenant, on le suit à la trace ! Il est parti, depuis au moins un jour vu son dernier message, et connaissant cette stupide tête brûlée il est parti pour tenter de finir la mission Greyback ! C'est certain ! Mais il a pensé à prendre ses livres et à laisser le marque page, et le marque-page va nous guider jusqu'à eux, donc jusqu'à lui ! Maintenant dépêchez-vous !
— Attends, attends, tu ne veux pas prendre un balai plutôt ?
— Non, le sortilège est trop lent pour ça, c'est conçu pour retrouver un livre dans une maison, pas pour traverser tout le pays... mais ça marche ! J'y passerai le temps qu'il faudra, mais ça m'amènera jusqu'à Moony !
Courant de son mieux derrière eux, Maugrey s'exclama :
— Black ! Ça suffit ! Vous êtes sans doute en train de tomber tout droit dans un piège ! Laissez-moi examiner...
— La ferme ! Vous m'aidez ou vous me foutez la paix, mais...
— Accio marque-page !
Le sort de Maugrey avait pris Sirius par surprise et celui-ci laissa la précieuse lamelle dorée lui échapper des mains pour sauter dans celle de Maugrey. L'Auror, furieux et essouflé, parvint cependant à garder suffisamment son calme pour siffler :
— Arrêtez immédiatement vos idioties ! Si vous dites vrai, Lupin a un plan, et foncer comme un troll ne fera que le dévoiler ! L'ennemi connait sans doute l'emplacement de cette maison maintenant et la surveille ! Et même si ce n'est pas le cas, vous vous jetez dans un piège !
Sirius le foudroya du regard, mais ne dit rien - tout cela était bien trop douloureusement exact.
Maugrey ajouta sobrement :
— Suivez-moi au troisième point de rendez-vous."
Il transplana, suivi immédiatement des deux apprentis.
.
Une fois réfugiés dans l'une des nombreuses cachettes temporaires de l'Ordre du Phénix, Maugrey expliqua :
"Nous allons utiliser le marque-page pour remonter la piste, mais discrètement, Black. Une fois que nous aurons trouvé l'emplacement de la tanière, si les livres de Lupin ont bien été amenés à la tanière, il faudra encore qu'on trouve comment y entrer.
— Si on sait où ils sont, quelques soient leurs protections magiques, on peut les forcer ! Il faut...
— L'endroit est sans doute gardé, et il ne faut surtout pas les alerter, pas tant que Lupin est à l'intérieur. Il nous a donné une occasion unique de découvrir l'emplacement de la tanière, et ce n'est pas le moment de le faire tuer bêtement en nous précipitant, c'est clair, Black ?
Celui-ci marmonna son accord. Maugrey ajouta :
— Dumbledore est revenu, heureusement. Il nous accompagnera et il saura sans doute nous faire passer sans que les gardes ne puissent nous repérer.
— On s'en fiche des gardes, on les...
— Si on n'arrive pas à entrer, éliminer les gardes prouvera que Lupin nous a guidé jusqu'à eux. Cessez d'être aussi stupide et mettez vos sentiments de côté, Black, cette mission doit être aussi précise que n'importe quelle opération de sauvetage ! Donc, on attend Dumbledore, on suit le marque-page, on s'infiltre parmi les gardes et on tente d'ouvrir la tanière. Si Dumbledore y parvient, on appelle le reste de l'Ordre et on fait une descente groupée, c'est bien compris, Black ? On attend d'avoir tout le monde, on sera face à la meute toute entière. Et on s'équipe. J'ai demandé à Fletcher nous amener le matériel anti-loup-garou de mon bureau personnel, les protections contre les morsures et les lames d'argent enchantées.
James demanda :
— Si on arrive à ouvrir la tanière, on ne prévient pas les Aurors ?
— Non, le risque qu'ils s'en prennent à Lupin également est trop grand. Et nos meilleurs baguettes sont disponibles, ce sera plus efficace au final. Autre chose à ajouter, Black ?
— Une question. Si Dumbledore n'arrive pas à ouvrir...
— Alors il faudra mettre en place un système d'espionnage avec roulement, en plein territoire ennemi, jusqu'à ce qu'on arrive à surprendre leur code ou à intercepter leur clé. Je ne vous cache pas que ce sera difficile. A moins que Lupin n'arrive à nous communiquer des informations...
Sirius hocha la tête et expliqua :
— Oui, il sait envoyer un Patronus maintenant. Bon sang, si j'avais su pourquoi il voulait absolument apprendre ce sort, jamais je...
— Allons, Black... ce n'est pas...
A présent que Sirius semblait à deux doigts de passer de la rage à la culpabilité, Maugrey ne savait plus quoi dire - ce n'était pas son genre d'être sentimental, surtout avec ses apprentis, mais ce n'était pas difficile de deviner que sans soutien Sirius allait craquer tôt ou tard. Heureusement, James prit les choses en main, posa une main réconfortante sur l'épaule de son ami et lui dit :
— Tu sais que Rémus est loin d'être stupide. Il l'a fait parce qu'il pensait que ça pouvait se tenter, et il avait raison. On a une chance de le sauver, si on se concentre et qu'on ne fait pas d'erreur, et il compte sur nous. Il compte sur toi. Alors on se concentre, ok ?
Sirius hocha sobrement la tête. Maugrey ajouta :
— S'il n'a pas de baguette, il a d'autres moyens de communication ?
— Non. Il a tout laissé dans la cachette, posé sur la table.
— Sans doute un gage de bonne foi devant les loups-garous. Il a joué le jeu et s'est très bien débrouillé. Bien, nous avons un premier plan et deux plans de repli, ça semble acceptable. Nous nous mettrons en route dès que Dumbledore nous aura rejoint."
Sirius hocha encore la tête. Le nom du vieux sorcier l'avait calmé. Les deux autres avaient raison, il ne devait surtout pas foncer, et faire confiance au plus grand sorcier de leur époque.
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Il leur avait fallu deux heures de plus pour être prêts et se mettre en route. Deux heures où Sirius n'avait pas protesté une seule fois. Oui, il semblait avoir bien intégré le fait qu'il devait être calme et réfléchit pour sauver son petit ami, mais ça ne lui ressemblait tellement pas que James commençait à s'inquiéter.
Au moins, Dumbledore était là. Et même si personne ne savait où était la tanière exactement, les Aurors avaient quand même une idée du secteur où chercher. Ils se trouvaient à présent dans l'épaisse forêt d'un parc national moldu, où on pouvait trouver ici et là des menhirs et dolmen à présent abandonnés à la végétation.
Dumbledore leur avait jeté un sort qui masquait leurs odeurs, et les avait lui-même désillusionnés - sauf James, qui portait sa cape d'invisibilité. C'était le vieux sorcier qui tenait le marque-page, et il les avait tous si bien escamotés qu'il avait fallu utiliser une ficelle magique - elle aussi invisible - pour qu'ils ne le perdent pas dans les bois.
Pour l'instant, le petit groupe avançait au pas. Même guidés par l'artefact dans une zone de moins de trente kilomètres carrés, il leur fallait plusieurs heures pour atteindre leur but, surtout en restant silencieux. Maugrey avait utilisé un amuisseur semblable à celui que Rémus avait installé dans sa cave pour rester discrets, mais comme toute magie l'objet avait ses limites, et les loups-garous l'ouïe redoutablement fine.
Ils surent qu'ils touchaient au but quand ils virent deux loup-garous assis sur une pierre, un énorme granit qui aurait pu servir de toit à un dolmen. Ils étaient détendus et bavardaient en partageant une cigarette. Visiblement, personne ne s'attendait à ce que qui que ce soit tombe un jour sur l'entrée de la tanière.
Dumbledore jeta un caillou au loin, attirant immédiatement leur attention. Tandis qu'ils allaient voir de plus près, le sorcier leur jeta un sortilège de confusion qui les laissa hébétés au milieu des arbres, ne sachant plus ce qu'ils venaient faire là, ni ce qu'ils devaient faire à présent. La voie était donc libre...
Plus tranquilles, les sorciers n'avaient plus à se dissimuler pour tenter de trouver l'entrée. Le marque-page était formel, collé à la pierre, c'était ici qu'ils devaient passer, mais bon sang comment diable étaient-ils censés s'y prendre ?
Maugrey passa un temps fou à détecter d'éventuels pièges, et Dumbledore à essayer toutes sortes de sortilèges pour lever les protections magiques de la pierre. En vain. Sirius et James tentèrent leur chance également, mettant à profit tout leur arsenal de mauvais coups - dont certains qu'ils n'auraient jamais dû connaitre s'ils n'avaient pas minutieusement mis à sac la partie interdite de la bibliothèque de Poudlard. Toujours rien.
L'aube finit par pointer et Dumbledore leur dit :
"Nous n'arriverons à rien ainsi. Il faut partir.
— Quoi ? s'écria Sirius. Non, non, Rémus est quelque part là-dessous, on l'a trouvé, on va arriver à le rejoindre ! Il faut...
— Je suis désolé, Sirius. Mais il faut se faire une raison et passer à l'option suivante...
— NON ! COMMENT POUVEZ-VOUS RENONCER ! IL FAUT...
— Sirius ! s'exclama James. Arrêtes. Je vais prendre le premier tour de garde puisque j'ai ma cape, d'accord, professeur ? Je resterai caché ici jusqu'à ce que quelqu'un entre et que j'obtienne ce satané mot de passe. Ok ?
Les deux amis se défièrent du regard, puis Sirius finit par lâcher :
— Donne-moi la cape. Je prends le premier tour.
Maugrey allait protester quand Dumbledore intervint :
— Nous comptons sur toi, Sirius. Ne fait pas d'imprudence et prévenez-nous immédiatement avant d'agir.
— Je sais."
En dépit de leurs doutes, James et Maugrey se rangèrent à l'avis du vieux sorcier. Celui-ci avait toujours été bon juge des caractères humains. S'il pensait que Sirius arriverait à tenir le coup, alors ils pouvaient s'y fier.
