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Jun à Hao

(jointe à la précédente)

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Brisons là, Vicomte, et faisons la paix pour quelques temps. Si vous avez lu le billet que je vous fais suivre, vous saurez quel retournement nous prépare cette bonne duchesse de K***. Marier Seyrarm ! Il y avait de quoi s'en douter, mais je suis surprise que ma chère Anna ne m'ait point demandé conseil là-dessus. Je m'en vais sur l'heure lui écrire pour savoir le fin mot de l'histoire.

Cette nouvelle me ravit ! Je commençais à éprouver les prémices de l'ennui, face à notre début de querelle, mais oh ! mon âme damnée ! Vous à qui de si noirs secrets me lient ! Si un tâcheron sans envergure pouvait nous séparer, je crois que la méchanceté nous remettrait toujours ensemble, et je sens déjà que le démon de vaincre et de faire souffrir m'embrase et me fait éprouver à votre endroit la tendresse friponne que je vous porte toujours, malgré vos affronts. Qu'il est doux ce cruel hasard qui m'offre soudain un obstacle, une échéance, car je n'entends pas renoncer à la conquête de ma petite écolière pour autant. Le ferez-vous ? Quelle joie ce serait de livrer l'enfant encore tendre à ce quelconque barbon qui espère sans doute une épouse bien vertueuse et trouvera le soir de ses noces une perfide rouée rompue à toutes les prouesses de l'amour ! Mais prudence ! Car on ne sait pas le nom. Qui déshonorons-nous, Vicomte ? En avez-vous quelque idée ? Ce pourrait être n'importe qui. Y compris vous ! Ah ! quelle bonne plaisanterie si je ne me trompais pas !

Allons, je vous quitte, Vicomte, mais je vous tiendrai informé de la réponse d'Anna.

Jun

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PS : J'oubliais. Votre prude amante, avec qui je devisai tantôt, cache décidément bien son jeu. Je n'ai jamais vu personne plus réservée qu'elle, plus prompte à rougir ou à s'effaroucher ! Un rien lui fait baisser les yeux et monter le rose aux joues ! Je la trouve délicieusement fade, Vicomte, et plus je la connais, plus je me demande ce qui a pu vous pousser à accorder vos soins à une si insignifiante personne ! Je ne puis croire que vous ayez pu songer à cette femme gauche et sauvage. Me direz-vous enfin comment vous l'avez connue, et quels motifs vous ont poussé à entreprendre sa conquête ? Si ses mérites sont ceux que vous vantez, il me sierra grandement d'en faire ma douce amie, mais, sérieusement, Vicomte, vous doutiez-vous des plaisirs qu'elle vous réservait à la première entrevue ? Je n'en jurerais pas, aussi éclairez-moi, je vous prie, en bonne amitié. Cette affaire me regarde autant que vous.

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De l'hôtel de T***, ce 31 Mai 17**

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