Disclaimer : La Quête d'Ewilan ne m'appartient pas.

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Edwin était loin d'être satisfait de son inspection de la caserne, d'autant plus que le commandant et ses soldats avaient été prévenus près d'une heure auparavant. Ils avaient clairement rangé à la va-vite, procédant au plus urgent afin d'obtenir un lieu et des hommes qui ne faisaient pas trop désordre. Non, Edwin n'était pas impressionné.

– Ai-je vraiment besoin de pointer ce qui ne me convient pas ? demanda-t-il exaspéré au commandant de la garnison qui l'avait accompagné lors de son tour.

– Non mon général, répondit-il blanc comme un linge en se mettant au garde-à-vous. Ce sera corrigé dans les plus brefs délais mon général.

– Cela vaudrait mieux pour vous.

Le commandant déglutit péniblement.

– Étant donné que je ne vais pas vider une garnison complète et que je n'ai pas de temps à perdre ici, poursuivit Edwin, je n'emmènerai que les huit soldats que j'ai nommés précédemment.

– Bien mon général, acquiesça l'homme visiblement soulagé.

– De nouveaux hommes seront envoyés pour compléter l'effectif de cette garnison et quelqu'un viendra inspecter avec minutie ce qu'il se passe ici. J'espère que lorsque cet homme viendra, il n'aura qu'un rapport vierge à me remettre puisque tout sera rentré dans l'ordre.

– Oui mon général.

Ils étaient de retour devant l'entrée de la caserne, les huit soldats prêts à partir si ce n'était mentalement, tout du moins physiquement. Camille avait attendu Edwin à côté de leurs chevaux et lançait un regard peu impressionné aux soldats qui évitaient absolument de la regarder.

– Qu'est-ce que tu leur as fait ? demanda Edwin curieusement en grimpant sur son nouvel étalon à la robe bai.

– Ils étaient lents et maladroits, expliqua Camille. Ils faisaient sans cesse tomber leurs affaires. Alors je leur ai raconté ce qui était arrivé à un soldat qui avait maladroitement perdu sa lance pendant un combat. Ainsi que l'histoire du soldat qui s'était maladroitement pris les pieds dans un brin d'herbe piétiné et qui s'était étalé de tout son long alors qu'on sonnait la retraite. Les histoires qui circulent habituellement dans le camp… Je voulais les préparer un peu, les mettre dans l'ambiance.

– Je vois, commenta Edwin. Tu es d'habitude plus indulgente avec les soldats. Je me souviens t'avoir vu peu avant notre départ réconforter un jeune soldat.

– Roderic, l'informa Camille. Je suis sans doute trop dure avec eux. Mais je n'ai pas aimé qu'ils s'en prennent à deux Faëls alors qu'ils étaient huit. C'était lâche de leur part. Surtout qu'ils y prenaient plaisir.

Puis elle ajouta à voix basse pour être sûre que les hommes ne l'entendent pas :

– Et je n'ai pas envie de m'attacher à des gens qui vont mourir.

A ses mots, Edwin jeta un coup d'œil aux soldats et les évalua du regard. Mal habillés, mal rasés, leurs paquetages mal ficelés, ils ressemblaient davantage à des mules qu'à des guerriers. Non, ces hommes n'étaient pas prêts pour le front. Ils n'étaient pas des survivants. S'ils se sortaient vivant de leur première bataille, alors peut-être auraient-ils une chance de survivre à la guerre.

– Allons-y, commanda Edwin.

X X X

Ils avançaient bien plus lentement qu'Edwin ne l'aurait souhaité. Cela l'inquiétait dans la mesure où Camille, une petite fille de neuf ans, montrait plus d'endurance que ces soldats. C'était d'ailleurs cette dernière qui montait le camp tandis que les hommes s'effondraient de fatigue. Avant qu'Edwin ne distribue des ordres et qu'ils ne se dépêchent de se remettre debout. Il était hors de question que Camille s'occupe de tout.

La petite fille tint cependant à préparer le repas. Étrangement, elle ne faisait pas confiance aux hommes pour obtenir quelque chose de mangeable. Elle nota qu'Edwin les assignait deux par deux pour les tours de garde de cette nuit. Visiblement, lui non plus ne les estimaient pas très fiables.

Camille choisit de dormir contre Edwin. Elle avait par trop l'impression d'être entourée de cadavres. Le Frontalier ne protesta pas. Il se demandait plutôt ce qu'il allait faire de ces hommes. Il ne pouvait décemment pas les envoyer à une mort certaine. Mais ils étaient complètement rouillés, probablement incapables de tuer ne serait-ce qu'un seul Raï. Cependant, Edwin ne pouvait pas leur consacrer des heures et des heures d'entraînement. Peut-être pour commencer pourrait-il les affecter à la cuisine ou à d'autres tâches manuelles ?