Salut tout le monde! J'espère que vous allez tous bien! Hé oui, petit cadeau pré-rentrée pour vous motiver! :D J'espère que ce nouveau chapitre vous plaira malgré les événements peu réjouissants qu'il relate :')

Sur ce, je ne vous retiens pas plus longtemps!

Enjoy!~


Un vent glacé s'échappa des poings de Dégel et alla frapper directement Rhadamanthe et Pandore, si vite qu'aucun des deux n'eut le temps de se décaler ou même de parer l'attaque. Si vite et si fort que Kardia se tourna vers un Dégel métamorphosé par la rage… Et dégageant paradoxalement une ardeur qu'il ne lui connaissait pas. A vrai dire, il avait beau être la tête brûlée du duo… Il devait avouer que sur le coup, il ne reconnaissait pas son frère d'armes. Jamais il n'avait vu autant de haine bruler dans ses yeux, autant d'émotion étirer ses lèvres en un rictus de rage pure.

Et ce genre de comportement l'inquiétait.

Dégel n'était pas du tout dans son état normal, et c'était de très mauvais augure pour la mission. Après tout, c'était son calme qui avait convaincu Sasha de l'envoyer lui pour convaincre Poseidon de les aider dans cette guerre. Alors de le voir ainsi presque perdre la tête, sincèrement, ça ne lui plaisait pas du tout. Il ne l'avait jamais vu ainsi, ne voyait même pas comment ils parviendraient à gérer cette mission si même Dégel se mettait à agir sur des coups de têtes et s'il n'y avait personne pour tenir les rênes de la mission.

Réprimant un véritable sentiment de malaise, Kardia plissa les yeux et leva son bras devant son visage pour les protéger de la lumière vive de l'attaque du Verseau en grognant:

-Putain de merde!

Le souffle court, Dégel se remit légèrement en garde, certain d'avoir frappé ses cibles. Kardia baissa le bras, en alerte malgré tout: est-ce qu'il les avait bien eus? Oui, personne ne pouvait éviter une telle attaque frontale lancée d'aussi près et aussi fort. Et quand la fumée glacée se dissipa, dévoilant les silhouettes sombres de Rhadamanthe et Pandore enfermées sous une épaisse couche de glace, il poussa un soupir rassuré avant de se tourner vers le Verseau, les sourcils froncés:

-Ok, c'était quoi ça, Dégel?

Les pupilles légèrement rétrécies, le Verseau haleta encore une longue seconde avant de souffler d'une voix rauque:

-Ils sont hors d'état de nuire, c'est tout ce qui compte.

-C'est absolument pas ce qui compte, bordel, qu'est-ce qui te prends?! T'es complètement malade d'agir comme ça sur un coup de tête?!

-Oh regardez qui parle! Comme si tu étais bien placé pour me faire la leçon! Mon meilleur ami vient de se faire tuer sous mes yeux! Par ma faute! Ma putain de faute!

Kardia écarquilla des yeux à la fois surpris et horrifié, certain qu'il n'avait jamais entendu Dégel jurer, pas une seule fois, depuis qu'il le connaissait. Et certain que ce n'était pas un progrès. Il fronça les sourcils:

-Tu vas avancer et t'occuper de ta mission: je vais voir comment va Unity, on peut peut-être encore le sauver.

-Bien sûr que non! Ne me prends pas pour un…

-Dégel! (Kardia lui agrippa violemment les bras, le secoua et le força à le regarder dans les yeux) Maintenant ça suffit! Reprends-toi bordel! C'est pas le moment de déconner! Tu dois…

-Pas mal, Verseau.

Ils se tendirent tous les deux et se tournèrent vers le bloc de glace emprisonnant leurs ennemis. Ennemi qui venait de parler comme si de rien était:

-Mais ta petite brise est bien trop fine pour retenir un dragon rugissant!

Un hurlement presque animal résonna, fit trembler le sol sous leurs pieds, et fit valser la glace en éclat. Dégel écarquilla des yeux horrifiés quand ils durent reculer de plusieurs mètres, poussés en arrière par la puissance du coup de vent que Rhadamanthe venait de déclencher avec un simple cri. Kardia grimaça, sentant instinctivement que cet adversaire était différent de tous ceux qu'ils avaient affrontés jusqu'ici. Qu'ils ne s'en tireraient pas indemnes. Qu'ils ne s'en sortiraient peut-être pas. Et alors qu'il s'attendait à ressentir de nouveau cette vague de fébrilité, d'excitation malsaine… Ce fut la peur qui prôna pendant un instant. La peur de voir Dégel mourir devant lui.

Si bien qu'il ne réagit pas tout de suite quand Dégel essaya d'arrêter Pandore grâce au Koltso. Ni quand Rhadamanthe libéra sa supérieure d'un simple battement d'ailes. A vrai dire, il n'essaya même pas d'empêcher Pandore de passer devant eux et de se diriger vers le centre du palais. Tout se déroulait comme dans une sorte de ralenti, un rêve flou où il aurait le simple rôle de spectateur. Comme pour lui laisser le temps de la réflexion. Lui laisser le temps de choisir son destin, son chemin. Ce n'est que quand son frère d'armes leva de nouveau les bras et que le Juge se mit en garde qu'il réalisa ce qui se passait.

Qu'il comprit ce qu'il devait faire.

Un léger sourire presque ému étira ses lèvres et il se jeta en avant, certain que personne ne le remarquerait immédiatement.

Dégel serra les dents et croisa les bras devant son visage quand Rhadamanthe évita l'Aurora Execution comme s'il s'agissait d'un simple coup de vent. La large silhouette sombre du Juge le survola, retomba derrière lui avec un grand bruit, et il pâlit quand il se rendit compte qu'il ne saurait sans doute jamais se retourner à temps. Qu'il…

Une cape blanche glissa devant lui et l'éclat doré d'une armure le fit lever les yeux en lâchant un soupir à la fois surpris et rassuré:

-Kardia?!

Le Scorpion se dressait fièrement entre lui et Rhadamanthe. Toisant le Spectre d'un regard rougeoyant et vengeur malgré un léger sourire sur les lèvres, il leva un bras protecteur devant Dégel, encore à genoux sur le sol:

-Debout.

-Mais qu'est-ce que tu…

-Je m'ennuie. (Continua-t-il à voix haute en faisant machinalement craquer son épaule droite) Vous êtes là, à batifoler tous les deux: vous pensiez vraiment que j'allais déprimer tout seul dans mon coin? Soyez pas vaches, laissez-moi participer quand même!

Il se tourna légèrement vers Dégel, un air faussement ennuyé sur le visage, un air incapable de masquer une lueur de colère et de légère inquiétude dans ses yeux. Le reproche était aussi bien ironique que sérieux, et le Verseau le savait. Mais de nouveau, Kardia continuait mentalement, lui intimant de se relever:

-Debout.

-Kardia, mais qu'est-ce que tu-?!

-Dégel, ton meilleur ami a été tué sous tes yeux. Tu hais ce type, t'as envie de le tuer, pas vrai? Seulement ce n'est pas ce que…

Inconscient de leur échange mental, du ton incroyablement mature et las qu'avait soudain pris Kardia, Rhadamanthe, gronda, une lueur mauvaise éclairant ses yeux dorés:

-Peu importe lequel de vous deux tombera en premier, vous êtes condamnés de toute façon, sales insectes.

Un léger ricanement s'échappa des lèvres de Kardia qui lui adressa un regard de fou, un regard ravi et cruel:

-Sans blague? T'as pas envie de jeter un petit coup d'oeil à ton surplis avant d'assurer des trucs aussi énormes avec autant d'assurance?

-Mon sur-…

Rhadamanthe baissa les yeux et tiqua quand quelques pièces sombres tombèrent de son armure, révélant cinq ou six trous. Comme s'il avait été attaqué. Comme si un insecte avait percé ces trous sans qu'il ne le remarque. Il releva la tête, les sourcils froncés et le corps en alerte, mortifié et honteux de n'avoir rien remarqué. Sans se départir de son sourire ravi, Kardia haussa les épaules:

-Désolé, j'ai pas pu m'en empêcher. Mon aiguille brûlait d'impatience de le frapper. (Un léger bruit métallique rythmé poussa Rhadamanthe à baisser les yeux vers la main droite du Scorpion, vers cet ongle rouge d'une longueur démesurée qui tapait contre son armure) J'ai encore plus envie que toi de me le faire, Dégel. J'ai envie d'en faire…

Kardia fronça les sourcils et darda deux orbes orangées sur son adversaire:

-Ma proie.

Le Spectre de la Wyvern poussa un soupir dédaigneux et se redressa, détaillant cet adversaire qu'il avait fait l'erreur de négliger:

-Tu as eu beau percer tes petits trous ridicules, ça ne suffira pas pour me blesser. Ce ne sont que piqures d'insectes, rien qui ne puisse vraiment me faire de mal.

-Tu veux parier?

-Kardia! Mais qu'est-ce qui te prend? (S'exclama Dégel en se relevant et en essuyant le sang qui avait taché ses lèvres) Nous avons une mission à accomplir! Pandore se dirige vers le centre du palais, nous n'avons pas le temps pour ça!

Le Scorpion poussa une exclamation moqueuse et presque irritée:

-Non mais comment il ose? (Dit-il en s'adressant d'abord à Rhadamanthe, comme pour lui faire prendre parti) Une mission? Tiens donc! C'est toi qui ose me dire ça, mon petit Dégel? Toi qui est toujours si calme et faisant preuve d'énooormément de sang-froid comme tu viens si bien de nous le prouver?

Va-t-en, je m'en occupe. Je t'ai promis de surveiller tes arrières, pas vrai?

Dégel tiqua quand l'ordre mental effleura sa pensée, quand l'image d'un sourire rassurant se dessina dans sa tête:

-Ka-…

Mais le Scorpion s'était déjà détourné de lui et secouait la tête:

-Ca te ressemble pas ce style de combat désordonné et impulsif. Chacun son rôle, merde. Si t'es malheureux d'avoir laissé Unity mourir… (Kardia lui adressa un regard en coin, un regard rempli d'une étrange… tendresse?) C'est à ton tour de protéger les gens de Bluegraad, tu penses pas?

Dégel sentit son coeur se serrer dans sa poitrine quand les pensées, les véritables pensées de Kardia heurtèrent les siennes de plein fouet. Quand l'image d'un temple vide, aux rideaux blancs balayés par un vent d'été, au lit blanc parfaitement refait à côté d'un cageot de pommes s'imposa à lui. Quand le sourire de son frère d'armes prit tout son sens:

-Je m'occupe de ça. Alors ne m'attends pas, d'accord?

-Qu'est-ce que tu vas faire?

Kardia poussa un soupir rieur et leva la main gauche, désignant le couloir de l'index en lui jetant un coup d'oeil complice par dessus son épaule:

-Allez file, seigneur Dégel, on t'attend au centre du palais. La mission passe avant tout, pas vrai?

Rhadamanthe laissa échapper un petit rire dédaigneux et campa plus fermement ses pieds dans le sol en déployant les aile de son surplis, le visage figé par la détermination de faire mieux que Minos:

-Mes ailes vous empêcheront de passer! Et vous allez plier devant leur bourrasque, larves!

Il rapprocha ses mains l'une de l'autre et quand une boule d'énergie enfla soudain, il tendit les bras vers eux:

-Greatest Caution!

Un énorme coup de vent d'une puissance phénoménale les heurta de plein fouet, leur coupant le souffle et les projetant en arrière sans qu'ils parviennent à se protéger entièrement. Ils tombèrent tous les deux à genoux et un nuage de poussière et de fumée les empêcha de voir précisément ce qui se passait autour d'eux. Le coeur battant, la cage thoracique douloureuse et le visage ensanglanté et bleui, Dégel haleta, les yeux exorbités sous la douleur. Ils ne survivraient sans doute pas à une deuxième attaque de ce genre, pas vu l'état dans lequel ils se trouvaient. Mais comment faire?! Comment passer?! Comment le vaincre?! Il jeta un coup d'oeil à Kardia, plus ou moins dans le même état que lui:

-Est-ce que ça va?!

-T'occupe pas de moi.

Debout, fier et absolument indemne, Rhadamanthe se dressait toujours entre eux et le couloir du palais, déterminé à ne pas les laisser passer:

-Je dois avouer que je suis surpris de vous voir encore en vie. (Il plissa les yeux) Mais je vais vous écraser sous ma semelle et mettre fin à vos misérables existences!

Dégel se mit en garde du mieux qu'il pouvait, essayant de retrouver un minimum de calme, de réfléchir, plus vite, plus vite… Un léger ricanement s'éleva à côté de lui, léger ricanement qui se transforma en véritable fou rire incontrôlable. Frappant sa cuisse du plat de la main, Kardia se redressa sans parvenir à s'arrêter de rire, s'attirant des regards intrigués de la part de son frère d'armes et de son adversaire:

-Hahaha désolé! Elle est trop bonne celle-là! Vas-y, Wyvern! Vends-moi du rêve! Ecrase-nous sous ta semelle! Enfin, si t'en es capable, bien sûr!

Dégel écarquilla des yeux inquiets:

-Mais qu'est-ce que tu fais?! Tu n'aurais pas dû l'encourager ainsi! On n'y survivra pas!

-Tais-toi, observe, et apprends, seigneur Dégel. Ce type est ma proie, et il a fait l'erreur de sous-estimer l'insecte que je suis.

L'air légèrement perturbé par le comportement du Scorpion, Rhadamanthe joignit pourtant les mains une nouvelle fois, certain que rien ne pourrait arrêter son… Il écarquilla les yeux quand son bras gauche retomba, inerte, le long de son corps, et que sa jambe gauche se mit à trembler, refusant de lui obéir. Un léger filet de sueur glacée roula le long de sa colonne vertébrale quand il réalisa qu'il ne sentait même plus la partie gauche de son corps, qu'elle ne lui obéissait plus, et le Spectre feula en levant un regard rageur vers Kardia:

-Les effets de ton attaque ne se manifestent que maintenant?!

Un air absolument ravi voire même extatique sur le visage, Kardia jubilait:

-Comme quoi même les piqûres de petits insectes peuvent être douloureuses, saloperie! (Puis, haussant le ton, la voix marquée par l'urgence, il gronda) Vas-y, Dégel!

Pendant une folle fraction de seconde, Dégel ne parvint pas à faire un pas, un mouvement, puis, le regard bleu déterminé de Kardia capta le sien:

-Dépêche-toi!

Comme secoué par une décharge électrique, Dégel se jeta en avant, bondit par dessus le corps affaissé du Spectre, se réceptionna de l'autre côté et se mit à courir de toutes ses forces, sans un regard en arrière:

-Pour une fois je veux bien t'écouter, Kardia! Alors en échange, ne meurs pas!

-Je vais faire de mon mieux, mon Dégel.

Quand les pas du Verseau s'éloignèrent d'eux et quand le reflet vert de ses cheveux disparut de sa vue, Kardia poussa un véritable soupir de soulagement, sentant qu'un véritable poids venait de quitter ses épaules et même son ventre, serré tant que Dégel n'avait pas été mis en sécurité, loin du Spectre et du combat mortel qui allait s'engager.

Enfin, il allait pouvoir se déchaîner. Enfin, il allait pouvoir réaliser ce souhait qui l'avait si longtemps maintenu en vie.

Enfin il avait trouvé un nouvel adversaire capable de faire s'embraser son coeur pour une bonne et dernière fois.

Le visage déformé par la colère et l'humiliation, Rhadamanthe essaya de se relever mais tomba littéralement à genoux, incapable de poursuivre Dégel. Un grondement animal s'échappa de ses lèvres et Kardia poussa un soupir moqueur:

-La tête que tu fais mec, c'est dingue! C'est bon, pas la peine de te faire du mal, le venin du Scorpion va pas se résorber comme ça, et puis tes jambes sont trop faibles pour essayer de rattraper Dégel. Autant essayer de me tuer d'abord, tu trouves pas?

-Mes jambes ne sont pas une excuse… Ce que je ne supporte pas… (Son grognement se mua en cri de rage pure) C'est de ne pas avoir été à la hauteur de ma tâche!

Il parvint à se redresser, à presque se relever, sans détacher son regard brûlant de haine de Kardia qui ne put s'empêcher d'écarquiller les yeux, surpris de le voir encore bouger après autant de piqures:

-Je suis un des trois Juges des armées d'Hadès, je ne peux pas accepter ni permettre qu'une larve comme toi me retienne ici et me fasse mettre un genoux à terre!

-Je rêve ou tu t'énerves pour les armées des Enfers? T'es vraiment…

-Ne sous-estime pas un des soldats suprêmes des Enfers, saloperie!

Se servant de sa position pour prendre plus d'appui sur le sol, Rhadamanthe se pencha légèrement et, poussant sur ses jambes malgré la douleur, se propulsa en avant, lancé comme un véritable boulet de canon droit sur son adversaire, bien trop près pour l'éviter:

-Greeding Roar!

Et merde.

L'attaque le heurta de plein fouet, faisant craquer plusieurs côtes sous le coup du choc, et un flot de sang éclaboussa sa gorge. Et pourtant, malgré la vitesse et la puissance absolument pas affaiblies de son adversaire, malgré son état, son sourire ne disparut pas:

-Patience, patience.

-« Tu es vraiment le chien des armées d'Hadès », c'est ça que tu pense? (Gronda Rhadamanthe qui, sans prendre le temps de se reposer, se jetait de nouveau sur lui, lui coupant le souffle et lui faisant pousser un hoquet de douleur) Après tout, c'est la même chose pour vous, les Chevaliers d'Athéna, des soldats à sa charge et à ses pieds! C'est le destin d'un vrai guerrier!

Le toit de marbre du temple explosa quand l'attaque le heurta de plein fouet. Il avait beau savoir que le choc serait rude, il crut que la douleur allait lui faire perdre connaissance pendant un instant. C'était comme si tous les os de son dos s'étaient rompus d'un coup, allant jusqu'à résonner jusqu'à sa cage thoracique déjà douloureuse. Pendant une seconde, il se vit simplement tomber, ne pas réussir à se relever, en avoir assez de cette douleur horrible. Puis, un sourire masqué par la neige lui apparut, comme une vision divine.

Kardia parvint à retomber sur ses pieds, négligeant la souffrance, la repoussant, la reniant, les sourcils froncés, déterminé à ne pas tomber, à ne pas abandonner. Il avait promis de protéger les arrières de Dégel, hors de question de céder. Il allait gagner ce combat. Il allait gagner, même s'il devait en mourir. Pile comme il se redressait, un pincement a coeur le fit légèrement grimacer. Grimace qui se mua en sourire amusé:

-Il était temps qu'on se mette enfin d'accord, connard…

Comme pour lui répondre, son coeur s'arrêta une seconde avant de repartir, à toute vitesse, dégageant une chaleur effroyable. Effroyable et pourtant tellement plus supportable maintenant qu'il pouvait la dégager de son corps, la diriger vers un autre sans se retenir. Un large sourire sur ses lèvres ensanglantées, Kardia se redressa et ricana:

-Me dis pas que t'étais à fond là? Tu serais pas en train de te retenir pour te donner plus tard?

Les sourcils froncés, presque entièrement indemne, Rhadamathe feula en le toisant d'un regard méprisant mais légèrement surpris: comment n'était-il pas mort? Pourquoi était-il toujours debout?

-Je me bats pour réaliser l'utopie du Seigneur Hadès, comme toi tu te sacrifies pour la victoire d'Athéna, alors ne joue pas aux hypocrites, saleté.

Un soupir amusé s'échappa des lèvres du Scorpion:

-Désolé de te décevoir mon grand, mais je suis pas un clebs aussi loyal que toi. Tout ce que j'ai fait dans ma vie de Chevalier, tout, je l'ai fait parce que j'en avais envie, parce que ça me fait brûler de vie.

Un éclair de colère et de dégoût zébra dans les yeux d'or pur de Rhadamanthe:

-Je ne supporte pas ce genre de raisonnement. Tu n'as rien d'un guerrier, tu es un égoïste et un gamin irresponsable et immature. Tu n'as pas ta place sur un champ de bataille, pas dans cette Guerre Sainte. (Il serra le poing et gronda) Cette fois-ci je ne me retiendrai pas, je vais t'arracher le coeur, Scorpion!

-Parfait, (Souffla Kardia d'une voix presque rêveuse, effleurant distraitement sa poitrine) c'est exactement ce que je cherchais: un adversaire capable de faire s'embraser mon coeur.

Son sourire ravi s'accompagna d'une véritable flamme s'échappant de son armure, et une vague de chaleur morbide fit tressaillir le Spectre pendant une courte seconde avant qu'il ne se jette en avant:

-Tu ne mérites pas cet honneur! Tu n'as rien d'un guerrier! Rien!

-Maintenant.

Le premier coup d'aiguille frappa Rhadamanthe de plein fouet, sans qu'il ne le sente, trop concentré sur son attaque. Un large sourire sur les lèvres, Kardia laissa le poing le heurter en plein visage.

-Tu n'en as pas la force!

Paradoxalement, il n'avait jamais ressenti telle excitation et tant de calme, si bien que le schéma du combat lui semblait désormais tout tracé, incroyablement clair.

-Ni les attaques!

Frapper, être frappé pour distraire l'ennemi, frapper une nouvelle fois, encaisser encore un coup,… Négliger la douleur, l'empêcher d'exister jusqu'à arriver à quatorze coups.

-Ni même l'âme d'un guerrier!

Les oreilles sifflantes et le visage trempé de sang, Kardia se laissa tomber sur le sol, la tête basse pour masquer un énorme sourire. Un nouveau coup le heurta, si fort qu'il résonna dans sa tête, se répercuta dans sa mâchoire. Mais son sourire ne disparut pas. Les yeux fixés sur un point très précis du corps de son adversaire. Le quatorzième point. Alors, quand le poing gorgé de mauve de Rhadamanthe se retrouva à quelques millimètres de lui, il bougea. Plus vite qu'il n'avait jamais bougé, donnant toute son énergie, toute la chaleur de son coeur douloureux dans ce coup.

Debout dans le dos du Spectre, Kardia leva le visage vers le ciel, les joues rougies par la fièvre:

C'est vraiment le pied…

-Tch, tu peux encore bouger?

-T'as vraiment cru que j'allais te laisser gentiment me tabasser et m'insulter? Je te l'ai dit, il faut le temps que le feu de mon coeur devienne un brasier.

Levant la main droite, il pointa sur Rhadamanthe un ongle rouge scintillant, déjà gorgé de sang. Le Spectre gronda:

-Tu continues d'attaquer avec cette aiguille? Ne sais-tu donc pas qu'une même attaque ne fonctionne jamais deux fois sur un adversaire?

-Tu crois ça?

-Ca suffit, j'en ai assez de toi: je vais en finir!

Le Spectre fit un pas en avant, leva les bras… Et s'arrêta net, le visage soudain trempé de sueur glacée et le corps tremblant. Il avait l'impression… Que ces piqures le brûlaient. Non, que son corps tout entier était en feu, un feu beaucoup trop ardent, impossible à supporter. Laissant échapper un soupir haletant qui se mua en plainte étouffée, Rhadamanthe se plia en avant, la main droite plaquée sur son coeur qui commençait à s'emballer, à brûler:

-Qu'est-ce que tu… M'as fait?!

-Scarlet Needle Katakeo: une attaque qui fait bouillonner le sang dans tes veines. Fais pas cette tête-là, j'ai juste transféré la chaleur que mon coeur dégage, rien de bien sorcier. Le coup suivant sera le dernier, et il consumera ton coeur.

Le corps de plus en plus brûlant, de plus en plus douloureux, Rhadamanthe plia un genoux:

-Impossible! Ton coeur ne peut pas dégager une chaleur pareille! Aucun être humain ne pourrait y survivre!

Kardia laissa échapper un léger rire qui se mua bien vite en une quinte de toux incontrôlable, en une vague de sang qui éclaboussa son visage, sa gorge et même son plastron:

-Qui t'a parlé de survivre?

Quel idiot…

-J'ai toujours rêvé d'un adversaire qui embraserait mon coeur pendant un combat à mort.

Pendant un moment, il avait cru qu'il pourrait gagner.

-J'ai jamais dit que cette chaleur ne me faisait rien.

Gagner et vivre.

-Y'aura sûrement des gens qui survivront à cette guerre, des survivants qui créeront un futur meilleur.

Vivre et retrouver Dégel.

-Mais pas moi. J'ai toujours su que j'allais crever plus vite que les autres. (Il serra le poing) Alors c'est à moi de décider de ma mort, une mort qui me permettrait de brûler comme jamais, de donner mon maximum dans un combat de ce genre.

Dégel…

-Alors si ma mort permet de nous rapprocher de la victoire, pourquoi ne pas en profiter? Autant faire plusieurs heureux d'un coup, non?

Désolé, Dégel.

La fièvre commençait à lui faire voir trouble, à lui donner chaud, si chaud. Mais il ne fallait pas reculer, pas tomber maintenant. Pas alors qu'il était si près du but. Pas alors qu'il devait protéger Dégel. Il inspira profondément, regarda avec attention Rhadamanthe se relever en grondant, concentra tout son cosmos, toute la chaleur ardente de son coeur dans son ongle… Tout en continuant de placer sa main gauche légèrement en retrait, de masquer l'ongle rouge qui y pointait.

Ne m'en veux pas.

Kardia fronça les sourcils, expira et se jeta en avant, le bras droit tendu:

-Scarlet Needle Katakeo Antares!

Même si le coup frappait, même si l'attaque réussissait, il savait, sentait que cette crise, exacerbée par son cosmos, serait fatale. La dernière sans doute. Alors il fallait tout donner, être sûr d'abattre ce salopard pour mettre Dégel en sécurité. Dégel…

Continue sans moi, d'accord?

Il allait tout donner, gagner et…

Kardia écarquilla les yeux et laissa échapper un hoquet horrifié malgré lui: son aiguille était arrêtée à quelques centimètres du surplis, à quelques centimètres du coeur battant de Rhadamanthe. Arrêtée par le poing de fer du Spectre qui avait emprisonné sa main:

-Quelle dommage, tu ne m'auras même pas effleuré. A mon tour maintenant. (Feula Rhadamanthe d'un air faussement contrit et avec une satisfaction palpable) Greatest Caution!

Il y eut comme une demi seconde pendant laquelle Kardia se dit que rien ne s'était passé, que l'attaque l'avait manqué. Puis, pile quand il comprit que Rhadamanthe ne comptait pas le lâcher, la lumière explosa avant le son. Avant la douleur.

Il vit d'abord son ongle rouge s'envoler, être arraché de sa main, ne sentit pas tout de suite la douleur même quand ses doigts se brisèrent. Son épaulière vola en éclat, son armure se fissura jusqu'à éclater. Puis, la souffrance se répercuta dans son corps tout entier, le coup frappa chacun de ses os avec une précision les os de son bras droit étaient rompus, brisés, en miettes, des phalanges jusqu'à l'épaule, allant même jusqu'à rompre son omoplate, briser sa clavicule qui ressortit de sa peau avec un bruit de déchirure horrible. Il poussa un hurlement incontrôlable, incontrôlé, et tomba à genoux, incapable de se dégager, de faire bouger ce tas de muscles et d'os brisés qu'était devenu son bras.

La douleur était absolument insupportable, horrible. Elle explosait dans son cerveau, faisait s'amplifier son hurlement de souffrance alors qu'il croyait ne plus pouvoir crier. La panique se mêla à la peur, à la soudaine envie de vivre après tant d'années à chercher la mort. Pendant un moment, il ne se souvint pas de son plan de secours, de son bras gauche encore intact et de l'aiguille qui brûlait d'impatience. Pendant un instant, il ne fut plus que douleur, hurlement et larmes de souffrance. Puis une simple pensée refoula tout au second plan, très loin, loin derrière le souvenir d'une petite chambre à Paris, derrière le souvenir d'un sourire améthyste et de trois mots murmurés dans cette langue qu'il ne comprenait pas.

Alors, en une fraction de seconde, il puisa dans toute la volonté, l'envie de protéger qui lui restait, et il leva le bras gauche, luttant pour ne pas hurler quand le mouvement fit davantage ressortir sa clavicule brisée:

-Scarlet Needle Katakeo Antares!

L'attaque figea Rhadamanthe sur place, prisonnier de son propre piège. L'aiguille le transperça de part en part, répandit venin et lave dans ses veines, atteignant son coeur en une fraction de seconde. Et pourtant, son visage ne refléta que l'étonnement pur pendant trois longues secondes. L'étonnement et la surprise. Si bien que malgré la douleur, malgré leur statut, Kardia haleta, jugeant qu'il avait droit à une explication:

-Le plus dangereux c'était l'ongle gauche… Plus près du coeur…

Le Spectre écarquilla lentement les yeux, comme s'il commençait à réaliser que l'attaque venait de le frapper. Que son sang se mettait à bouillonner dans ses veines. Que son coeur commençait à s'emballer. Qu'il avait perdu. Il lâcha violemment la main de Kardia (qui manqua presque de s'effondrer) et poussa un grognement rageur qui se transforma en hurlement, le visage défiguré à seulement quelques poignées de centimètres de celui du Scorpion:

-Non… Non, non, non! Je refuse! Même si mon sang bouillonne, même si je suis à genoux, tu ne me vaincras pas, Chevalier! Vous ne me…

Sa voix s'étrangla soudain dans sa gorge et un flot de sang s'en échappa comme il se taisait et levait les yeux au ciel, comme attiré par une image, un cosmos. Un hoquet silencieux s'échappa de ses lèvres alors que son coeur explosait dans sa poitrine:

-Seigneur… Hadès…

Rhadamanthe tomba à genoux sur le sol et sa tête roula sur son torse, haletant encore une demi seconde. Puis, son cosmos disparut. Attendant encore une demi seconde, Kardia laissa enfin échapper un soupir haletant en relâchant sa maigre garde, le souffle court. Il attendit encore plusieurs longues secondes, décidé à attendre la confirmation de la mort de son adversaire, puis il leva la tête et souffla longuement, les yeux clos, cherchant un semblant de vent, de glace, n'importe quoi pour faire tomber cette chaleur qu'il n'avait jamais ressenti aussi fort. Un nuage de buée s'échappa de ses lèvres ensanglantées alors qu'il peinait à retrouver son souffle et il esquissa un sourire:

-Tu peux être fier de ce que tu as accompli pour les armées de ton Dieu… Franchement… (Un lourd pincement au coeur ne le même fit pas grimacer, comme si la douleur était reléguée au second plan pour qu'il ne perde pas la tête) C'était un beau combat que tu m'as offert là, Wyvern…

Kardia voulu faire un pas en avant, ordonna à ses jambes de bouger et cru qu'il allait s'effondrer quand sa jambe droite obéit enfin. Pourtant, il ne fallait pas s'arrêter, ne pas céder, pas maintenant. Pas après tout ce qu'il avait fait. Pas alors qu'il venait d'empêcher Dégel de se faire tuer bêtement, pas alors qu'il venait de se battre pour lui sauver la vie. Pour lui.

Il dépassa le corps sans vie de Rhadamanthe, atteignit le long couloir central et s'y avança lentement, la main gauche sur le coeur et le souffle court. Il leva la tête, détailla les magnifiques fresques murales teintées de bleu et de blanc, alla jusqu'à esquisser un sourire. Tout était vraiment très beau, ici. Très calme… A moins que ce ne soit son tympan qui aurait été abîmé pendant son combat? Au fond il s'en foutait. Le calme de l'endroit l'apaisait, l'empêchait de tomber de souffrance. D'abandonner tout de suite:

-Juste une minute, une petite minute et c'est tout… Juste un peu plus de temps…

Pour la première fois de sa vie, il sentit consciemment son coeur ralentir lentement, la douleur s'atténuer, la chaleur décroitre. C'était si paisible, si calme, pas aussi effrayant ni douloureux qu'une véritable crise. Comme s'il allait s'endormir simplement. Juste fermer les yeux quelques secondes. Kardia essaya de se secouer, de chasser ce voile rouge et noir qui tombait sur ses yeux, de forcer ses paupières si lourdes à se soulever:

-Pourquoi es-tu devenu Chevalier?

-Pour respecter une promesse que j'ai faite à mon meilleur ami.

Des images défilaient lentement devant ses yeux, des images heureuses, douloureuses, belles, tristes, teintées d'une superbe lueur améthyste et d'un halo vert. Parfaites, si parfaites…

-Pourquoi es-tu revenu?

-Parce que tu es ma lumière, et parce que je refuse que tu meures.

Deux mains qui se trouvent, des éclats de rire, des cris, de la rancoeur,… Des sourires échangés, des regards partagés, des souvenirs passés au filtre de ses yeux ensanglantées…

De l'affection, plus qu'il n'aurait jamais cru en recevoir.

-Tu es à moi, ne l'oublie jamais.

-Pareil pour toi.

De l'attachement, plus qu'il n'aurait jamais pu en donner.

-J'ai pas arrêté de penser à toi.

-Et moi donc.

De l'envie, plus qu'il n'aurait jamais pu en ressentir.

-Je t'ai promis j'attendrais que tu sois prêt.

-Je sais.

De l'amour. Si plus que tout le reste.

-Si je meurs avant toi, je veux que tu vives, que tu sois heureux.

-Je t'interdis de mourir.

Oui, c'est vrai, il n'avait pas encore le droit de mourir. Dégel avait peut-être encore besoin d'aide, d'un coup de pouce. D'un semblant de lumière pour le guider. Il fallait qu'il vive pour lui. Ses jambes s'arrêtèrent d'elles même et une voix incroyablement lointaine l'appela, une voix qu'il croyait reconnaitre mais il n'en était pas sûr. N'était même pas sûr qu'elle était réelle… Peut-être était-ce juste un autre souvenir?

-Tu vas pas bouger?

-Pas tout de suite. Encore une minute.

-Va pour une minute de plus.

Kardia ferma les yeux et leva la tête, un sourire apaisé sur les lèvres:

-Tu m'as vu? Tu as vu comme je me suis battu pour toi, Dégel? Alors tu dois vivre pour réaliser ton rêve toi aussi… Je compte sur toi… (Il ne sentit pas son dos heurter le mur, pas plus qu'il ne se vit glisser sur le sol) Alors ne m'en veux pas et vis… S'il te plaît…

Son coeur manqua un battement, à vrai dire, il ne savait même plus s'il parlait ou s'il parvenait à envoyer ces paroles vers Dégel:

-Que ta vie soit belle, mon Dégel… Tu le mérites…

Il tenta de rouvrir les yeux, abandonna, trop lourd, trop d'efforts, trop mal…

-Merci d'avoir rendu la mienne si parfaite… Merci d'avoir été ma lumière…

Son bras droit glissa sur le sol sans qu'il ne ressente plus la douleur, comme si son corps ne lui appartenait plus. Comme s'il le quittait, juste le temps de dormir, dormir quelques minutes. Fermer les yeux, quelques secondes, reprendre des forces. Juste… Quelques secondes… Juste le temps de dire quelque chose d'autre, une dernière chose très importante… Quelque chose qui lui tenait vraiment à coeur…

Kardia ferma les yeux et poussa un dernier soupir.

Un sourire à la fois ému et ravi sur le visage.

-Moi aussi…

Puis, doucement, son coeur cessa de battre.

$s$s$s$

Dégel trébucha et s'arrêta net en portant une main à son coeur, le front soudain trempé de sueur et le visage livide. Le souffle coupé, les yeux écarquillés sous le coup de l'horreur, il se retourna lentement, les épaules tremblantes et les lèvres entrouvertes sur un murmure silencieux:

-Non…

Pendant une demi seconde qui lui parut être une éternité, il resta complètement immobile, le coeur serré et la gorge nouée. Puis, il parvint à faire un pas en avant, à faire un pas vers l'entrée du temple, à se rapprocher de Kardia:

-Non, non, non…

Son souffle s'emballa et il fit un deuxième pas en avant, incapable de croire à ce qu'il ressentait, à cette absence, ce déchirement dans son esprit, ce vide terrible, ce silence insupportable:

-Attends-moi, j'arrive…

-Dégel, pense à la mission.

La voix de son armure claqua dans son esprit comme une gifle, et il s'arrêta, le coeur battant et le souffle court, horrifié que cette voix ne soit pas la sienne. Que l'absence dans sa tête se confirme petit à petit. Que le froid englobe la dernière partie épargnée de son coeur. Dégel se rendit compte qu'il avait arrêté de respirer quand sa gorge se mit à brûler et il inspira longuement, douloureusement, la main gauche appuyée sur le mur pour s'empêcher de trébucher, de tomber à genoux et de se laisser mourir:

-Allons chercher l'orichalque, Dégel.

-Mais… Il… Kardia… Il est… (Il déglutit, se refusa à dire tout haut ce que son coeur ressentait) Il faut…

-Plus vite la mission sera accomplie, plus vite nous pourrons les rejoindre. Dépêchons-nous. Il ne faut pas tarder: Pandore nous a devancé depuis trop longtemps et nous ne pouvons pas nous permettre de faire demi tour, pas maintenant. Pas après autant de sacrifices de la part de nos compagnons.

Il y eut un léger silence, sans que Dégel ne parvienne à détourner les yeux du bout du couloir d'où il venait, sans que sa gorge ne se desserre. Sans que son coeur ne se relâche. Sans qu'un semblant de larme ne perle au coin de son oeil. D'une voix douce mais sans appel, Verseau souffla:

-Dégel, il faut avancer. Maintenant.

-…Je ne peux pas le laisser là. Je peux peut-être encore le sau-…

-Il n'y a plus rien à faire, tu le sais.

Le Verseau sentit une vague de douleur enfler dans sa poitrine, détruire ses dernières barrières, faire trembler ses lèvres: pourquoi disait-elle ça? Pourquoi son armure lui faisait-elle un coup pareil? Pourquoi dire des choses aussi horribles?! Rien n'était perdu! Il pouvait encore le ramener! Il pouvait encore le sauver! L'empêcher de le quitter! Le garder avec lui, le garder en vie et survivre avec lui! Dégel serra les poings si fort qu'il sentit ses ongles se rompre sur l'or de son armure, incapable de se distraire de cette horrible douleur aussi bien physique que mentale.

Le souffle coupé, il ferma les yeux, inspira profondément, incapable de faire un pas en avant mais incapable de tourner le dos à Kardia. Il avait mal, si mal, comme si une lame avait été plantée dans son coeur, dans son esprit. Il avait l'impression qu'il allait s'effondrer et qu'il ne saurait jamais se relever. Un soupir rauque s'échappa de ses lèvres pincées. Son coeur lui faisait un mal de chien, comme s'il allait exploser, mourir à son tour.

Il n'arrivait plus à respirer.

-Nous nous en occuperons après avoir trouvé l'orichalque. (Souffla doucement Verseau avec une once de douleur dans la voix, preuve que ce choix lui coutait tout autant qu'à lui) N'oublie pas l'importance de ta mission. N'oublie pas ce que Kardia t'a demandé de faire: tu ne vas tout de même pas le décevoir maintenant, après tout ce qu'il a fait pour toi?

Dégel porta sa main libre à sa poitrine, refoula la vague de panique, de chagrin et de douleur pures qui menaçait de le noyer, se força à respirer aussi calmement que possible…

-Je sais que c'est dur, je sais ce que tu ressens. Mais il faut avancer. Notre mission est d'une importance capitale et elle doit passer avant tout sentiment personnel. Nous rejoindrons Kardia et Unity dès qu'elle sera accomplie, je te le promets.

Le Verseau sentit le goût métallique du sang envahir sa bouche et il se rendit compte qu'il se mordait la lèvre de toutes ses forces. Court silence, comme si son armure refusait de le brusquer d'avantage:

-Dégel. Il faut que tu accomplisses ta mission. Maintenant.

Se laisser encore une seconde d'espoir, juste le temps d'une inspiration. Dégel relâcha la pression dans ses bras et se détourna d'un mouvement qui aurait semblé naturel et simple à n'importe qui. Sa cape claqua derrière lui quand il fit un premier pas vers le centre du temple. Un premier pas loin de Kardia:

-Je sais.

Tout se déroulait comme dans un rêve, un cauchemar où il n'aurait que peu de contrôle sur les événements:

-Je ramènerai l'orichalque au Sanctuaire, je t'en fais la promesse.

Complètement hagard, le coeur en larmes et l'esprit désespérément vide de compagnie, de ce sourire mental qui n'avait jamais cessé de l'accompagner depuis cette nuit en France, Dégel se força à avancer, à ne pas se retourner. A empêcher la vague de souvenirs naissante de prendre de l'ampleur, tuant dans l'oeuf l'ombre d'une nausée, la base d'un cri. Se concentrer sur sa mission. Sur l'orichalque.

L'orichalque. L'orichalque. L'orichalque.

Le mot tournait dans sa tête, comme une litanie, une bouée de sauvetage à laquelle il se rattacherait pour ne pas devenir fou de chagrin et de douleur. Pour garder la tête haute et l'esprit aussi clair que possible.

Poseidon. L'orichalque. Athéna.

Se focaliser sur ces trois mots. Les trois qui devraient résumer sa vie tant qu'il ne serait pas de retour au Sanctuaire. Victorieux. Repousser tout ce qui était douloureux, refouler toute pensée de Kardia. L'effacer le temps d'accomplir sa mission.

Une vague de chaleur l'envahit quand Verseau lui murmura un dernier mot à l'oreille:

-Courage.

Ne pas y penser. Ne pas l'accepter. Ne pas l'imaginer ainsi.

Rester uniquement et entièrement concentré sur la mission.

L'orichalque.

Poseidon.

Athéna.

La douleur n'existait pas, n'était pas réelle. La mission était tout ce qui comptait.

Il ne comprit pas bien comment il atteignit le centre du temple, gardait un souvenir entièrement flou du reste de sa course. Une vague d'air salé fouetta vivement ses joues et servit de véritable décharge électrique. Un frisson le secoua tout entier et il se mit instinctivement en garde, le corps tendu et tous les sens en alerte. Il fronça les sourcils: quelque chose clochait. Le vent qui hurlait soudain dans le couleur était gorgé d'un cosmos empli de colère et de rancoeur, d'envie de vengeance et d'une douleur non feinte. Le cosmos d'un Dieu enfermé, scellé contre son gré et prêt à prendre sa revanche contre sa nièce.

Dégel déglutit difficilement et fit un nouveau pas en avant, plus prudent, plus discret. Non loin de lui, à une dizaine de mètres, une haute et imposante porte de marbre et ornée de motifs en or brillant était entrouverte, comme si quelqu'un avait fait exprès de ne pas la fermer entièrement…

Ou comme si quelqu'un n'avait pas réussi à tenir assez longtemps pour l'ouvrir.

A ce moment-là, Dégel aperçu une forme sombre effondrée sur le sol et il écarquilla les yeux en reconnaissant la femme évanouie sur le sol:

-Pandore?!

Les yeux clos, la robe déchirée à de nombreux endroits, le corps couvert de bleus et de contusions, elle avait comme valsé sur le sol, laissant tomber son trident à plusieurs pas d'elle. Comme si elle avait été violemment repoussée. Malgré leur clans opposés, Dégel s'agenouilla pour prendre le pouls de Pandore avec des gestes précis et rapides. La jeune femme respirait faiblement, mais elle était en vie malgré l'attaque qu'elle venait de subir.

Le Verseau se releva lentement et s'empêcha de frissonner quand l'énorme cosmos enfla de nouveau devant lui, comme une vague qui serait née au fond du palais et qui gronderait jusqu'à eux. Il pouvait presque sentir physiquement le Dieu des Océans qui rongeait son frein dans sa prison. Ainsi que l'orbe qui était l'héritage de son pouvoir:

-L'orichalque est dans cette pièce.

Inspirant profondément pour se forcer à se calmer, à repousser douleur et angoisse loin dans son esprit, Dégel avança de nouveau, guidé par un halo de lumière bleutée qui brillait depuis le fond de la longue pièce, comme pour le guider. Etrangement, là où il n'avait senti que colère et rancoeur, dès qu'il avança d'un pas prudent dans la salle, il ressenti comme une hésitation dans le cosmos qui lui barrait néanmoins le passage. Immédiatement, il se mit légèrement en garde, prêt à se défendre s'il le fallait mais sans se montrer agressif pour autant. D'une voix étonnement claire et assurée, il dit aussi paisiblement que possible:

-Navré de vous troubler dans votre demeure: je suis Dégel du Verseau, j'ai été envoyé pour négocier avec l'esprit du grand Poseidon.

Voilà, il avait donné la couleur, décliné son identité et son allégeance. Soit son coup de poker fonctionnait (après tout, cette puissance phénoménale n'avait-elle pas repoussée Pandore, une envoyée d'Hadès? Peut-être que négocier avec un représentant d'Athéna lui convenait?), soit il devrait se tenir prêt à se défendre. Après une seconde interminable, le cosmos divin sembla diminuer légèrement avant de se retirer, comme pour lui autoriser l'accès à la salle. Dégel eut presque l'impression de ressentir un mélange de joie et de tristesse nuancer la colère du cosmos qui s'effaçait devant lui, comme pour lui montrer le chemin à suivre.

Le coeur battant, Dégel continua d'avancer: tout n'était pas perdu, Poseidon lui-même venait de lui accorder une audience alors qu'il avait repoussé violemment Pandore (et donc Hadès). Il s'agissait de ruser, d'être honnête (inutile de mentir à un Dieu et d'essayer de le duper, il risquait beaucoup plus en faisant ça) et respectueux afin de convaincre leur ennemi d'antan de s'allier momentanément à eux. De leur prêter sa puissance malgré les tensions passées.

D'un pas mesuré, aussi paisible que possible malgré le sang qui pulsait dans ses tympans, Dégel atteignit enfin le bout du long couloir qui débouchait sur une pièce ronde. Et en son centre, contre le mur du fond orné d'un énorme trident, une bulle d'eau d'au moins deux mètres de haut se mouvait doucement, comme si elle était caressée par le vent marin. Un léger bruit de clapotis accompagnait les mouvement de l'eau qui tenait en suspension à plus de cinquante centimètres du sol. Une aveuglante lumière bleutée lui fit plisser les yeux et il baissa la tête:

-Je vous remercie d'avoir accepté de me recevoir.

Il hésita à s'agenouiller, mais comme aucune voix ne résonnait, comme le cosmos semblait s'être presque endormi, Dégel releva la tête, posa les yeux sur la relique baignée dans l'eau qui lui faisait-…

Sa peau vira au livide et un souffle horrifié lui échappa sans qu'il parvienne à s'en empêcher:

-Qu-?!

Il écarquilla les yeux, incapable de croire ce qu'il voyait et sentit le maigre reste de son monde s'effondrer autour de lui quand les eaux dévoilèrent le corps d'une jeune femme aux longs, si longs cheveux argentés:

-Séraphina…

Son cri n'avait été qu'un soupir, comme si même sa voix ne parvenait pas à y croire:

-Non, non non! C'est impossible!

Il porta une main tremblante à son crâne, horrifié par ce qu'il voyait, ce qu'il comprenait. Baignée dans cette bulle d'eau gorgée par l'énergie de l'orichalque, du Dieu Poseidon, c'était pourtant bien Séraphina qui lui faisait face. Les yeux clos (sans doute dans un état proche de la transe), les cheveux ondulants autour de son corps nu, la jeune femme semblait être plongée dans un profond sommeil, entourée d'une aura bleutée qui pulsait comme un véritable battement de coeur autour d'elle. Et là, juste au dessus de sa poitrine, l'orichalque brillait, comme pour le narguer, rire des malheurs qui s'acharnaient sur lui en si peu de temps.

Unity, Séraphina,…

Ka-…

Dégel se gifla mentalement et tendit les deux bras, les sourcils froncés et le coeur au bord des lèvres: quelqu'un avait emprisonné Séraphina dans cet endroit, au fond des océans, dans cette eau qui devait servir à baigner le réceptacle du Dieu des Mers. Au diable tout ce qu'ils avaient vécu, au diable tout ce qui s'était passé et ce qu'elle dirait en ouvrant les yeux, avec la mort d'Unity, il devait absolument prendre soin de sa soeur! Et ce même au péril de sa vie. Il n'était pas stupide, il savait que s'il faisait un seul pas de travers, s'il ne faisait qu'érafler l'orichalque et libérait la puissance de Poseidon ici, même si le sceau n'était pas brisé, Séraphina risquait de recevoir immédiatement une partie de l'esprit du Dieu en elle.

Et il ne savait pas si elle pourrait contenir la colère du Dieu des Océans!

-Désolé d'avoir tant tardé, Séraphina. (Souffla-t-il d'une voix tremblante en effleurant l'eau du bout des doigts) Je vais te libérer, c'est fini maintenant.

-Cesse immédiatement, Verseau!

La voix résonna brusquement dans son dos, si fort et d'une manière si inattendue que Dégel sursauta violemment et se retourna d'un bond, s'attendant presque à se retrouver face à Poseidon lui-même. Mais un cosmos englobait le corps à moitié dissimulé dans l'ombre d'un homme vêtu d'une Squale et non pas la silhouette diaphane de l'esprit d'un Dieu (ni, et heureusement, d'un Surplis). Les sourcils froncés, l'esprit tournant à toute vitesse, le Verseau gronda:

-Laisse-la partir.

-Recule.

D'un mouvement du bras, l'homme fit jaillir une véritable vague de corail qui heurta Dégel de plein fouet et le plaqua violemment contre un pilier. Le souffle coupé et le corps presque entièrement recouvert de corail qui l'immobilisait aussi efficacement que des chaines, le Verseau grimaça quand son adversaire s'avança enfin dans la lumière bleutée de la pièce, le visage masqué par son casque orangé:

-Je suis le Marina du Dragon des Mers, général des armées du Seigneur Poseidon. Et je t'interdis de poser les mains sur elle.

Le dégoût et le venin dans sa voix firent perdre à Dégel tout espoir de négocier avec le Marina qui lui faisait face. La situation était presque désespérée, mais hors de question d'abandonner si près du but. Pas après autant de sacrifices:

-Ecoute, je sais que tu penses devoir m'affronter, après tout les Dieux que nous servons sont ennemis, mais je t'assure que tu te méprends sur mes intentions.

-T'affronter?

L'homme poussa un soupir moqueur et dédaigneux et se rapprocha lentement, laissant derrière lui une trainée de corail:

-Tu vas un peu vite en besogne, Verseau: je veux simplement aider les Chevaliers. (Un sourire d'une fausseté incroyable étira ses lèvres) T'aider à obtenir ce que tu es venu chercher.

-M'aider?

Rien, absolument rien, au vu de sa situation actuelle ne laissait sous-entendre que le Marina du Dragon des Mers avait des intentions pacifiques le concernant. Comme pour l'amadouer, l'homme rôdait autour de lui en susurrant:

-Bien sûr. Mais il s'agit bien évidemment d'un simple échange de bons procédés.

-Que veux-tu de moi? Des informations?

-Rien de tel. Je te donne l'orichalque que vous convoitez tant, et en échange tu libères simplement le Seigneur Poseidon qui a été scellé par Athéna.

La phrase heurta Dégel comme un coup porté au coeur et il dut masquer sa surprise horrifiée en soufflant:

-J'en suis incapable.

-Allons, Verseau, pas de ça avec moi. Tu sais parfaitement comment briser ce sceau. Ne penses-tu pas qu'assez de sang a déjà coulé dans ce lieu sacré?

La phrase était tournée comme une gifle, une poignée de sel jetée sur la plaie ouverte de son coeur. L'image du corps ensanglanté et sans vie d'Unity s'imposa à lui, remplacé par celle de Kardia, sans doute dans un état effroyable. Morts. Morts pour qu'il se retrouve ici, piégé, incapable d'agir. Conscient de l'effet de ses paroles venimeuses sur son captif, le Marina feula:

-Je ne te demande pas la lune, seulement d'ôter ce sceau afin que l'esprit de Poseidon se réincarne dans le corps de cette femme afin de dominer le monde.

Une vague de colère pure le submergea rien qu'à cette idée, rien qu'à imaginer Séraphina prisonnière du Dieu des Océans, elle qui était une des personnes les plus douces et pacifiques de Bluegraad! Elle qui n'avait rien demandé, elle qui avait déjà tant souffert! Elle dont le jeune frère venait de périr par sa faute à lui! C'était hors de question!

-C'est de la folie! Je refuse de même considérer cette proposition! Et je ne te laisserai pas utiliser la soeur de mon meilleur ami comme réceptacle!

Quand l'homme fut assez près de lui, Dégel serra le poing, faisant voler en éclat les coraux qu'il avait congelé. Son ennemi fit mine de se reculer mais ne parvint pas à éviter le violent coup qui le heurta en plein visage. Il poussa un grognement de douleur et recula de plusieurs pas quand son casque vola dans les airs et roula sur le sol. Tremblant de colère, Dégel gronda:

-Je ne te laisserai pas lui faire du mal!

Contre toute attente, après avoir passé un pouce sur ses lèvres et craché un léger filet de sang, le Marina laissa échapper un léger éclat de rire sans joie:

-Tu peux parler, sale enflure. Venant de toi c'est à mourir de rire. (La haine dans sa voix était presque palpable, et pourtant elle se mua en forme d'amusement quand il releva la tête) Et au fait, Dégel…

Le Verseau se tendit soudain quand l'homme l'appela par son nom. Quand il reconnut une longue mèche de cheveux argenté. Le Marina se dressa face à lui, faisant lever un nouveau mur de corail autour de lui:

-Tu vas m'aider. Sinon tu briserais la promesse que tu m'as faite: tu ne voudrais pas causer plus de mal à cette famille que tu ne l'as déjà fait, si?

Dégel écarquilla les yeux et recula d'un pas:

-C'est impossible… (Il détailla le front légèrement sanglant du Marina se couvrir de corail et guérir presque instantanément) Tu ne peux pas… Je t'ai vu mourir…

Un large sourire mauvais sur les lèvres, les yeux noircis par la haine et la détermination, Unity tendit la main:

-Tu vas m'aider, n'est-ce pas, Dégel?


Et c'est tout pour cette fois! Ces passages sont tellement tristes, ça en devient presque éprouvant... J'espère que le chapitre vous aura plu malgré tout (c'est tellement dur à écrire TT^TT), la suite se concentrera donc sur la mission de Dégel et son combat contre Unity. J'espère que ça vous plaira!

Je vous dis à très bientôt pour la suite et vous souhaite une bonne rentrée!

Bisous! 3