LIVRE III
The Order of the Phoenix
Chapitre XIV – And then you open your eyes
Ce fut comme un rêve. Pas un cauchemar, un rêve. Incapable de saisir le sens de ce que tous lui annonçaient à mots couverts, par leurs regards désolés ou leurs excuses murmurées, elle avança comme dans un rêve, sourit à ceux qui lui souriaient, détourna le regard face à ceux qui l'observait fixement, fit mine d'écouter ce qu'on lui racontait. La vérité, c'est qu'elle n'entendait rien à ce qu'on disait autour d'elle. Elle sentit à peine l'essence de dictame sur son épaule et son visage, et elle mit longtemps avant de se souvenir que Remus lui tenait la main. Elle avait l'impression de flotter, de ne plus contrôler son corps ni ses pensées. D'être en mode autopilote. Et elle sentait peser sur elle les yeux inquiets de son fiancé. Mais elle ne s'en inquiétait pas. Elle n'y arrivait pas.
Quand on l'autorisa à partir, elle marcha lentement en direction d'une cheminée et saisit la poudre qu'on lui tendait. Elle laissa Remus derrière elle, presque incapable de se rendre compte qu'il était encore là. Bureau du directeur de Poudlard, déclara-t-elle d'une voix atone en grimpant dans les flammes.
Quand elle ressortit de l'âtre, elle reconnut les portraits, les meubles, le bureau de Dumbledore. Il était assis à son bureau, en face d'Harry qui se tenait debout devant lui. Les deux hommes tournèrent la tête vers elle, en silence. Elle s'avança lentement vers son filleul et lui ouvrit ses bras. Il attendit un long moment avant de s'y jeter et de la serrer contre lui. Elle passa ses mains dans ses cheveux, fixait le vide derrière lui sans rien ressentir. Elle lui caressa le dos, la nuque, dans un silence à peine perturbé par leur respiration. Il ne pleurait pas, et elle non plus. Il était juste là, immobile, le front contre son épaule. Et elle était juste là, immobile, à essayer de comprendre. Mais elle ne comprenait pas.
Quand enfin il se détacha d'elle, elle échangea un regard avec lui. Il n'y avait rien, dans ces yeux. Rien qu'un vide immense. Le même que le sien. Elle garda une main sur son épaule, sans trop savoir pourquoi, et se tourna vers Dumbledore. De lui émanait une immense tristesse, une douleur presque indicible qui éveilla en elle des sentiments ténus mais contradictoires. Elle avait pitié du vieil homme, quelque part, mais elle sentit aussi une pointe d'agacement monter en elle. De quel droit était-il triste ? Qui souffrait plus qu'Harry, en cet instant ?
« Vega, » dit-il finalement d'une voix très calme, très douce. « Merci d'être venue.
- Vous m'avez dit de venir. Je suis venue.
- Harry, tu souhaites sans doute voir tes amis ? Andromeda Tonks s'est assurée qu'ils arrivent entier jusqu'à l'infirmerie.
- Tu veux que je t'accompagne ?
- Non, merci, » répondit-il en secouant la tête. « Au revoir, professeur. »
Il lui adressa un vague sourire et sortit. Elle n'avait pas la moindre idée de ce qui s'était dit avant qu'elle n'arrive et, quelque part, elle n'en avait cure. Il pouvait lui avoir raconté l'histoire du monde que ça ne changerait rien. Elle s'assit sur le fauteuil en face de son bureau et passa une main sur son visage. On avait entouré son front d'un bandage, et elle sentait le pansement de sa pommette la tirer légèrement. Ou peut-être qu'elle ne le sentit pas, elle n'était pas certaine que ce pansement soit vraiment là.
Dumbledore ne l'avait pas quittée du regard. Il la fixait, même, de ses petits bleus yeux bleus perçants. Elle mit un long moment avant de soutenir ce regard. Elle vit beaucoup de choses dans le sien, beaucoup de choses qu'elle ne comprit pas. Il avait l'air inquiet. Anxieux. Perdu, aussi. Triste. Désespéré. Beaucoup trop de choses pour un homme qui brillait habituellement par son impassibilité. Il ne se ressemblait pas.
« Comment allez-vous, Vega ?
- Je vais bien. » Elle hocha la tête. « Et Harry ?
- Il est secoué, tout comme vous. Il aura besoin de vous, ces prochains jours.
- J'ai toujours été là pour lui.
- Oui, tout comme Sirius. »
Elle ne cilla pas. Le prénom de sa fille sonna étrangement. Il n'avait rien à faire là, ce prénom. Elle ne réagit qu'à peine, regardant autour d'elle. Une table était renversée, des objets brisés jonchaient le sol. Harry ne va pas si bien que ça, songea-t-elle. Mais c'était une évidence, il ne pouvait pas aller bien. Elle se mit à jouer avec ses accoudoirs, avec les fils qui en dépassaient. Elle était fatiguée, très fatiguée. C'était sans doute dû aux combats, au Ministère. Ou à son stress pour Harry. Ou à son peu de sommeil dernièrement.
Elle soupira et revint vers Dumbledore. Il était redevenu aussi calme qu'à l'ordinaire, aussi indifférent qu'elle l'avait toujours connu. Pour la première fois depuis un long moment, son attitude ne la dérangea pas. Au contraire. C'était presque agréable, ce silence. Les portraits pendus au mur étaient muets. Celui de son ancêtre, vide. Il était sans doute au 12, square Grimmaurd. Qu'est ce qu'il fait là bas ?
« Comment vont Hermione et les autres ?
- Madame Pomfresh estime qu'ils ne garderont aucune séquelle, » déclara-t-il. « Vous vous êtes faite soignée, je vois ?
- Oui. Rien de grave, un cadeau de Malefoy et des griffures. Rien que quelques gouttes d'essence de dictame ne peuvent soigner.
- Vous en êtes certaine ? »
Elle cilla enfin et pencha la tête. Elle avait certes subi quelques revers, sa brûlure allait sans doute la titiller pendant encore un bon moment et raviver les souvenirs des blessures que Croupton Junior lui avait infligées. Elle était encore partiellement couverte de poussière et ses cheveux étaient emmêlés… Mais tout ça, ce n'était rien. Remus allait bien, il avait réussi à s'en sortir presque indemne. La majorité de l'Ordre allait bien, ou presque.
Elle croisa les bras devant sa poitrine et secoua la tête d'un air surpris. Une ombre passa dans les yeux de Dumbledore et il se mordit la lèvre. Quoi ? Elle repoussa une mèche de cheveux de sa tempe et fronça légèrement les sourcils.
« Oui. Je vais bien.
- Où est Remus ?
- Encore au Ministère, je pense.
- Vega, vous n'allez pas faire comme si rien ne s'était passé, n'est-ce pas ?
- Beaucoup de choses se sont passées, ce soir, » répliqua-t-elle d'une voix lointaine. « Mais c'est Harry qui a le plus souffert. Je devrais être avec lui. »
Elle se releva lentement et sourit vaguement, avant d'adresser un signe de tête au directeur. Il ne la retint pas et, d'un geste, ouvrit la porte devant elle. Elle s'y engouffra et descendit les marches mécaniquement, sans vraiment prêter attention au chemin qu'elle empruntait. Elle le connaissait par cœur. Elle l'avait pris des dizaines de fois, convoquée pour telle ou telle farce ou impertinence. Elle sourit tout seule à cette idée et rejoignit l'infirmerie.
Elle ne se signala pas tout de suite, restant dans l'encadrement en silence, et observa la scène. Harry était assis sur le lit de Ron qui dormait et discutait à voix basse avec Hermione. Ginny et Luna n'étaient pas très loin et participaient épisodiquement à la conversation, tandis qu'à l'autre bout de la pièce, sur un lit excentré des autres, une toute petite femme semblait elle aussi dormir. Ombrage, devina-t-elle. Que fait-elle là ? Elle fronça les sourcils en se rendant compte qu'elle ne savait pas grand chose de ce qui avait mené à tout ce qui venait d'arriver au Ministère. Elle ne savait pas comment Harry avait eu l'idée de s'y rendre. Elle ne savait pas comment il avait réussi à s'y rendre. Et elle ne savait surtout pas à quel point Ombrage était impliquée dans toute cette histoire.
Elle était perdue dans ses pensées quand Hermione se rendit compte de sa présence. Toutes les têtes se tournèrent vers elle et elle s'approcha, bras croisés sur sa poitrine. Elle s'appuya sur les montants du lit de Ron et leur adressa un sourire aussi amical que possible. Ils ne tentèrent pas de répondre.
« Comment va-t-il ? » demanda-t-elle en indiquant le jeune homme. « Qu'a dit Madame Pomfresh ?
- Il va bien, il a juste besoin de repos. Et vous ?
- Tout va bien, juste une brûlure et quelques coupures, rien de bien grave. Et vous ?
- On va bien. »
Harry avait répondu rapidement, presque trop. Elle échangea un long regard avec lui et finit par s'asseoir au bout du lit. Un silence étrange régnait dans l'école. L'année n'était pas finie, mais c'était comme si une chappe de plomb était tombée sur la totalité des élèves, des enseignants. Du château. Dehors, le soleil brillait derrière les quelques nuages qui traînaient encore. L'été arrivait. L'été est de retour.
Plus d'un an qu'elle n'avait pas mis les pieds ici, à Poudlard. Elle n'aurait pas été capable de dire qu'autant de temps avait passé. Elle aurait pu avoir quitter ces murs la veille que ça n'aurait rien changé – que rien n'aurait plus changé. Elle s'éclaircit la voix et reprit, tentant de rompre le mutisme inconfortable dans lequel tous étaient plongés.
« Qu'est ce qui est arrivé à Ombrage ?
- Les centaures l'ont attaquée, je crois, » répondit Hermione. « On l'a laissée dans la forêt avant de partir pour le Ministère.
- Oh. Je vois. Remus sera heureux de savoir qu'elle a reçu la monnaie de sa pièce.
- Vega, vous êtes certaine que tout va bien ?
- Oui, bien sûr. Pourquoi cette question ? »
Ils évitaient plus ou moins tous son regard, à part peut-être Harry qui fixait globalement le vide et ne semblait pas vouloir s'impliquer outre mesure dans la conversation. Elle pencha la tête et finit par se relever. Elle se dirigea vers les papiers laissés par Mme Pomfresh. Ils décrivaient l'état des adolescents. Elle les parcourut rapidement. Rien de particulièrement alarmant, si ce n'est un traumatisme certain et de la fatigue. Quelques blessures superficielles. Rien que quelques jours de repos ne soigneraient pas.
Elle reposa le dossier et jeta un œil à l'entrée de l'infirmerie. Elle avait cru entendre des pas et ne s'était pas trombée Rogue était là, debout, à la fixer. Elle se mordit la lèvre et soupira. Elle n'avait pas envie de lui parler mais… Elle lui devait au moins ça. Il les avait averti du danger que courrait Harry, alors même qu'ils étaient introuvables. Elle s'excusa auprès d'Harry et de ses amis.
« Vega ? » la retint Ginny. « Mme Tonks dit qu'elle restera jusqu'à ce que vous reveniez pour s'occuper de…
- Oh, oui, c'est vrai… Merci, Ginny. Reposez vous. »
Elle leur sourit et se dirigea d'un pas lent vers Severus qui lui fit signe de le suivre. A contrecœur, elle obtempéra et lui emboîta le pas jusqu'à un petit couloir débouchant sans doute sur des salles villes. Elle n'avait pas la carte du Maraudeurs sur elle, mais elle ne se souvenait pas être déjà venue là. Il y a encore un nombre effrayant de recoins que je n'ai jamais vu, dans ce château, songea-t-elle en s'arrêtant à sa hauteur. Il n'avait pas l'air plus ravi qu'elle à l'idée de devoir lui adresser la parole. Elle glissa ses mains dans ses poches et attendit qu'il se décide à parler.
Il détourna le regard et regarda autour d'eux comme s'il craignait qu'on les entende. Quel dommage ce serait, si on apprenait que tu peux parfois être autre chose qu'un sombre imbécile. Elle haussa un sourcil.
« Qu'as-tu donc à me dire qui mérite tant de précautions, Severus ?
- Contrairement à toi, Vega, » persifla-t-il en revenant à elle. « Tout le monde n'a pas pour ambition de rester enfermé une année entière faute d'être suffisamment discret.
- Je viens de vivre une journée assez éprouvante et je ne suis pas du tout d'humeur à écouter tes sarcasmes alors, par Merlin, abrège. »
Il frémit et serra les dents. Son silence la surprit presque. En temps normal, il aurait répliqué quelque chose, n'importe quoi pour tenter de reprendre le dessus. Mais il ne le fit pas. Il laissa le silence retomber. Il semblait se retenir, pourtant, et tenter de se convaincre qu'il ne devait pas lui répondre.
« Dumbledore me fait te dire que ton petit copain est retourné chez vous, » finit-il par continuer. « Et que tous ceux qui étaient inconscients ont été envoyés à Ste Mangouste.
- Tonks ?
- Rien d'irréparable.
- Et c'est pour ça que Dumbledore t'a fait venir ? » Elle éclata de rire. « Et tu as accepté ? Qu'est ce que vous avez tous, je vais finir par croire que vous vous inquiétez. »
Il grimaça à l'idée et détourna encore une fois le regard. Elle comprenait l'état de nerf ambiant, mais ça commençait à devenir effrayant à quel point tout le monde semblait s'enquérir de l'état de tout le monde. Ce n'était pas comme ça, pendant la Première Guerre, et Merlin seul sait à quel point ils étaient tous inquiets. Elle haussa les épaules et s'appuya contre le mur le plus proche pour observer son collègue.
Il n'avait pas combattu. C'était assez logique – il ne combattait jamais. Elle était à peu près certaine que même à l'époque du Premier Ordre, il n'avait jamais fait partie des opérations. C'était assez logique dans les premiers temps, James et Lily étaient absolument partout. Il n'allait pas volontairement s'imposer leur compagnie. Mais au delà de ça, elle n'avait jamais eu vent de faits de guerre particuliers… A part, bien sûr, les persistantes rumeurs sur sa véritable affiliation. Le directeur lui faisait confiance depuis le départ, et il était bien le seul. Même avec son… Etrange sollicitude et le fait qu'il les ait averti de la situation d'Harry, elle n'était pas prête de lui accorder le moindre crédit. Question de principe. En souvenir du bon vieux temps.
« Ne déforme pas mes propos, Black.
- Loin de moi cette idée, Rogue. » Elle leva les yeux au ciel. « Préviens donc ce cher Dumbledore que je rentre aussi. Andromeda Tonks a déjà passé suffisamment de temps là-bas.
- Je ne suis pas un hibou, » grinça-t-il. « Tu n'as qu'à le lui dire toi même.
- Et pourquoi tu es là, à me faire parvenir des informations que j'aurais pu avoir seule, si tu n'es pas le hibou de Dumbledore ? »
Elle se mit de nouveau à rire et, après un signe de la main, s'éloigna de son collègue préféré. Il fulminait derrière elle, mais elle n'en avait cure. Elle devait retourner chez elle, ne serait-ce que pour permettre à sa cousine de partir. Elle remonta jusqu'au bureau du directeur, seule cheminée encore reliée au 12, square Grimmaurd – c'était d'ailleurs une chance qu'Ombrage ne s'en soit pas rendue compte, et frappa à la porte. Elle fut presque surprise de la voir s'ouvrir à son premier coup. Le directeur n'était visiblement pas là mais avait prévu qu'elle monte, en témoignait le cendrier rempli de poudre de cheminette posé sur le bureau. Eh bien… Merci, j'imagine.
Elle en saisit une poignée et retourna dans la cheminée. En un instant, elle se retrouva dans son salon et appela Remus. Des pas se firent entendre dans les escaliers et il apparut dans l'encadrement de la porte, l'air encore un peu plus inquiet que lorsqu'elle l'avait quitté. Elle lui sourit et vint l'enlacer rapidement. Andromeda était sur ses talons. Elle ne semblait pas particulièrement inquiète, mais son expression, indéchiffrable, la laissa perplexe. Elle partit chercher son manteau tandis que Vega se détachait de son fiancé pour venir la voir.
« Andromeda, merci beaucoup d'être venue. J'espère que ça s'est bien passé ?
- Oui, bien sûr que oui. Elle est adorable, » lui répondit-elle en enfilant sa veste. « Et toi ? Comment tu te sens ?
- Je vais bien. Je ne suis pas vraiment blessée, enfin rien de grave, et Remus non plus donc… Harry et les autres sont encore un peu sonnés mais ça va passer.
- Je vois. » Elle suspendit son geste et hocha la tête lentement. « Ecoute… Si tu as besoin, n'hésite pas. Et je ne parle pas juste de baby-sitting.
- D'accord… Rentre bien. »
Elle acquiesça et sortit de la maison en silence. Qu'est ce qu'ils ont tous, à la fin ? Elle secoua la tête et revint vers Remus qui se frottait la mâchoire d'un air perdu. Elle déposa un baiser sur sa joue et lui sourit. Il lui en renvoya un vague et posa une main distraite sur sa taille. Elle pencha la tête.
« Tout va bien, Lunard ?
- Je… » Il parut sortir de son trouble. « Vega, il y a quelque chose qui ne va pas.
- Quoi ? Tu… Tu es blessé ?
- Non, ce n'est pas moi le problème. C'est toi.
- M-Moi ? »
Elle cligna des yeux, stupéfaite. Sa voix était implorante, comme s'il la suppliait de comprendre quelque chose. Mais quoi ? Qu'est ce qu'i comprendre ? Elle s'écarta de lui en balbutiant des questions incompréhensibles. Elle ne comprenait pas, elle ne comprenait rien, que se passait-il à la fin pour que tout le monde l'entoure de questions, d'interrogations et de pitié condescendante ? Elle fronça les sourcils et s'observa, à la recherche d'une quelconque blessure qu'elle n'aurait remarqué.
Ses vêtements étaient abimés, brûlés par endroit, déchirés à d'autres, ils étaient couverts de poussière et de suie, mais elle allait bien. Il n'y avait rien d'anormal. Elle en était persuadée. Elle n'avait rien fait, dans le Ministère, à part tenter de mettre à l'abri les adolescents et essayer de protéger Harry. Alors où était le problème ?
« Je ne comprends pas. Qu'est ce qui se passe, pourquoi vous réagissez tous comme ça ? Qu'est ce que j'ai fait ?
- Ce n'est pas… Ce n'est pas quelque chose que tu aurais fait, Vega. C'est quelque chose que tu ne fais pas !
- Ce que tu dis n'a aucun sens, » répliqua-t-elle, maintenant sincèrement agacée. « Est-ce que tu vas me dire ce qu'il se passe, à la fin ?! »
Elle avait élevé la voix au point qu'il ait presque sursauté. Elle secoua la tête et s'apprêtait à continuer quand un cri aigu retentit à l'étage. Elle tourna la tête et mit un instant avant de comprendre que Sirius devait s'être… Sirius.
Elle se figea et sentit son cœur s'arrêter, sa respiration se couper. Sirius. Elle baissa les yeux, les tourna, cherchant quelque chose, n'importe quoi, sans le trouver. Oh non, Sirius, non… Elle sentit ses jambes flageoler, rompre sous son poids et s'effondra devant Remus qui la retint avant qu'elle n'heurte le sol. Elle porta une main à sa poitrine, incapable de parler ou de respirer correctement. Sirius est… Elle sentit les larmes se mettre à couler sur ses joues sans qu'elle ne puisse les arrêter. Des sanglots se mirent à agiter ses épaules et elle comprit, enfin elle comprit.
Sirius était mort. Son frère était mort. Elle se réveillait du rêve, elle sortait de sa torpeur. Tout n'allait pas bien. Ça ne pouvait pas aller bien. Son frère était mort. Sirius était mort. Elle ne le reverrait jamais. Elle ne lui avait pas dit au revoir. Sirius est mort. Agenouillé devant elle, Remus lui tenait les épaules comme de peur qu'elle ne perde connaissance. Mais son corps ne lui fit pas ce privilège. Sirius était mort. Comment avait-elle pu l'oublier ? Comment avait-elle pu faire comme si de rien n'était, comme si son propre frère n'était pas mort parce qu'elle n'était pas restée dans la salle de l'arche ?
Jamais elle n'aurait laissé Bellatrix s'approcher de lui. Jamais elle ne l'aurait laissé l'attaquer. Jamais elle n'aurait laissé son frère tomber dans l'arche et disparaître à jamais. Elle n'aurait jamais dû partir. Harry et les autres auraient pu attendre elle aurait dû rester. Au lieu de ça, elle avait perdu son frère pour la seconde et dernière fois. Sirius est mort. Oui, il était mort et elle en était responsable. Elle l'avait laissé mourir.
« Il est mort, Remus, il est mort, » répéta-t-elle d'une voix brisée. « C'est de ma faute, tout est de ma faute…
- Non, Vega, ce n'est pas de ta faute, tu ne pouvais pas…
- J'aurais dû pouvoir ! Depuis le début, depuis le départ je… J'aurais dû pouvoir tout arrêter depuis le départ, il n'aurait jamais dû…
- Vega…
- Mon frère est mort. Je ne le reverrai plus jamais. »
Et c'était sans doute ce qu'il y avait de pire. La certitude que plus jamais elle ne verrait son frère, que plus jamais il ne se moquerait d'elle, que plus jamais elle ne le verrait affalé sur le canapé en train de lire la Gazette et de pester sur les horreurs que pouvaient dire les journalistes. Qu'elle ne reverrait plus jamais son visage et qu'elle allait finir par l'oublier parce qu'elle n'avait jamais pris le temps de l'imprimer dans sa mémoire. Nous étions six amis. Nous nous croyions invincibles. Nous n'étions plus que quatre, puis trois. Et il n'y avait plus désormais qu'elle et Remus. Et Peter, lui criait une petite voix intérieure. Si seulement elle avait réussi à le tuer ! Si seulement… Si seulement…
A l'étage, sa fille continuait de pleurer. Remus lui chuchota qu'il allait la chercher et la laissa seule, agenouillée sur l'épais tapis du salon. Quand il revint, les pleurs avaient cessé et la petite dardait sur elle ses grands yeux gris. Les yeux de Sirius. Elle regarda sa fille un long moment, avant de sentir les sanglots remonter. Et elle s'effondra de nouveau, sans pouvoir s'arrêter, sans pouvoir respirer ou parler.
Parce qu'il y avait pire que la certitude qu'elle ne reverrait plus jamais son frère. Pire que l'idée qu'elle avait causé sa mort, qu'elle avait gâché les quelques mois de pseudo-liberté qu'il avait réussir à conquérir, qu'elle n'avait jamais été une assez bonne sœur pour lui. Pire encore que l'idée qu'elle ne pourrait pas l'enterrer ni rendre visite à sa tombe chaque mois, puis chaque année, déposer des fleurs et sourire en pensant à lui.
Pire, oui, pire était la certitude que tant que sa fille vivrait, elle serait l'image vivante d'un frère qu'elle ne reverrait jamais.
