L'Ombre de Dol Guldur
Chapitre 51 : Emna
Voilà un petit chapitre... je n'écris plus beaucoup en ce moment, désolée! Mais je suis actuellement en vacances et j'espère avoir un peu de temps pour continuer cette fic ^^
« Vous voilà bien dégourdie, maintenant !
La fillette se retourna sur sa selle avec un sourire radieux :
- Vos leçons ont porté leurs fruits, messire, et je vous en remercie !
Le cavalier s'approcha d'elle et mit pied à terre :
- Allons, faisons donc une pause pour nous rafraîchir. Nous l'avons bien mérité.
Il s'approcha et saisit la fillette par la taille pour l'aider à descendre de son poney. Elle s'accrocha à ses épaules :
- Je serai bientôt assez grande pour descendre toute seule !
L'homme sourit en la déposant:
- Bientôt, bientôt.
- Sommes-nous loin d'Imladris ? Le jour est bien avancé ! Avons-nous chevauché si longtemps ?
- Non, nous ne sommes pas très loin. Je vous ai fait faire quelques détours. »
En effet, le soleil brillait dans le ciel au-dessus de la forêt d'Imladris. Les deux elfes attachèrent la bride des chevaux à un arbre et les déchargèrent des provisions qu'ils avaient emportées.
« Vous avez le temps de vous dégourdir un peu les jambes, demoiselle Emna. Profitez-en pour cueillir quelques plantes, si vous en reconnaissez quelques-unes.
- Que voilà une bonne idée ! fit la fillette en souriant.
- Ne vous éloignez pas trop, restez à portée de voix. Votre frère me tuerait s'il vous arrivait quelque chose !
- Allons, n'avez-vous point confiance en moi ?
L'elfe lui sourit et la regarda d'un air malicieux:
- En vous, si, mais pas en votre maladresse. »
Emna secoua la tête en riant et s'éloigna de lui, explorant les alentours. Elle ne connaissait pas encore tous les recoins de la forêt, et son frère l'avait envoyée avec un de ses amis pour apprendre à chevaucher sur les sentiers escarpés de la forêt. Cela lui donnait l'occasion de passer ses journées en agréable compagnie, loin de sa mère et de ses manières trop strictes. Emna n'était pas encore une adolescente, pas même au compte des elfes. Elle prenait chaque occasion de s'amuser avec bonheur, sans se soucier du lendemain. Et il faut avouer qu'elle appréciait particulièrement le charmant jeune homme qui lui apprenait l'art et la manière de se promener sans se fatiguer. Et puis, ha, qu'il était donc charmant ! Quelle prestance, et quelle musculature !
C'est une Emna rosissante et joyeuse qui découvrit Elrohir. Elle se tenait en hauteur, entre les arbres ; et elle le vit en contrebas, couché au bord de la rivière. Les joues de la fillette perdirent soudain toute couleur et elle se figea… Immobile, arrêtée en plein mouvement, comme une statue, elle dévisageait l'elfe qui gisait sur la berge.
D'une voix mal assurée, elle appela son protecteur :
« Lianar ?... Lianar ? »
Elle se racla la gorge en entendant sa voix étranglée. Ses yeux restaient fixés sur le corps étendu. Elle avala sa salive et parvient à se détourner pour crier plus fort :
« LIANAR ! Viens vite ! »
Ses yeux se reportèrent sur la rive et elle descendit lentement, tremblante. Elle s'accrocha aux buissons pour ne pas tomber, s'écorchant les mains et les chevilles sur les ronces ; sa robe de cavalière la gênait et s'accrochait de partout. Enfin, elle parvint sur le sol plat de la berge et s'approcha du corps à pas hésitants, craignant de trouver un cadavre. Mais il respirait, et elle s'accroupit tout près de lui : le jeune homme était endormi ou inconscient, et il ne parut pas remarquer sa présence. Sa peau était brûlée en de nombreux endroits.
« Emna ? Emna, que se passe-t-il ?
Entendant la voix lointaine de Lianar qui la cherchait, elle se retourna et l'appela :
- Je suis ici ! Il y a un homme blessé ! »
Emna se mordit la lèvre. C'était la première fois qu'elle voyait un homme en si piteux état. Les craquements de branches qu'on écartait se rapprochèrent, et Lianar surgit des broussailles. Dès qu'il vit le corps, il se précipita et s'agenouilla à la place d'Emna après l'avoir poussée sur le côté sans ménagement :
« Ho, par tous les Valar ! C'est l'un des princes !
Emna, qui avait glissé sur les fesses dans la boue, se redressa à quatre pattes et s'approcha, inquiète :
- Avons-nous de quoi le soigner ?
- Je crains que non, je n'ai pas emporté grand-chose avec moi. Il faut le ramener à Imladris sur une civière. J'ignore s'il est en état d'être transporté, mais nous ne pouvons le laisser ici. »
Lianar fut efficace : il renvoya la fillette vers la cité pour demander de l'aide et se mit en devoir d'octroyer les premiers soins à Elrohir.
Il guetta les sabots du cheval qui s'éloignait, et quand il fut certain qu'Emna était partie, il commença à ôter les vêtements qui restaient au prince. La peau collait par endroit, et c'est avec d'infinies précautions qu'il parvint à retirer entièrement le tissu brûlé. Abandonnant les lambeaux déchirés, il se saisit de sa gourde et en versa l'eau sur les brûlures. Mais à peine l'eau avait-elle touché la peau qu'Elrohir gémit de douleur et se crispa ; et Lianar reposa la gourde près de lui. Il se pencha pour observer son visage : les paupières frémirent plusieurs fois, puis Elrohir ouvrit lentement les yeux.
« Mon prince ? »
Elrohir le fixa d'un œil vide. Puis son regard se porta plus haut, et Lianar vit une ombre s'approcher ; il se retourna brusquement tout en se relevant, mais ne put éviter la branche qu'on lui écrasa sur le côté de la tête. Littéralement assommé par le coup, il trébucha, buta contre les jambes d'Elrohir, et roula sur le dos en tombant dans la boue. Il se protégea le visage de ses bras et vit son assaillant revenir vers lui, le bâton levé : il s'obligea à se redresser et à se remettre debout, le regard trouble, gêné par le soleil qui l'éblouissait. Il vit le coup partir, frappa le bras qui tenait la branche, puis cogna au visage. Son agresseur s'affaissa et lâcha son arme. La tête lui tourna, et il retomba sur le sol.
Il rouvrit les yeux sans trop savoir s'il s'était évanoui ou non, et porta la main à son crâne : il la ramena poisseuse de sang. Il tourna la tête : une jeune fille vêtue de loques s'accrochait comme une noyée à Elrohir. Il ne vit pas son visage, car elle lui tournait le dos. Sa vision se brouilla ; il entendit au loin le galop de nombreux chevaux, et perdit conscience.
