Serena : Nouvelle vie
J'oubliai rapidement mes interrogations au sujet d'Hélios lorsque ce dernier nous montra nos chambres. Je trouvais déjà que notre immeuble de satellite était miteux en y habitant, mais en comparaison avec ça, notre taudis se transformait en dépotoir.
La chambre que j'avais devant les yeux s'ouvrait en vérité sur un véritable appartement de plusieurs pièces. Le plafond était haut, culminant à au moins quatre mètres au-dessus du sol et étant décoré par de belles peintures et sculpté sur les bords. Au milieu pendait un grand lustre doré, illuminant le reste de la pièce. Les meubles qui se trouvaient là n'étaient pas en rade. Il n'y avait que des fauteuils et des tables dorés tels que je les connaissais dans les livres sur les familles royales, tandis que de beaux tapis de velours recouvraient le parquet luisant et ciré. Aux murs, de nombreux tableaux venaient égayer la chambre. Sur le côté, une grande cheminée de marbre blanc s'élevait sur laquelle une glace tout aussi impressionnante donnait l'impression d'agrandir encore cette pièce déjà immense.
J'étais bouche bée face à tant de luxe et à vrai dire, j'avais également un peu peur. Je ne me sentais pas vraiment à ma place dans cet environnement. Ma chambre de satellite me paraissait déjà grande alors qu'elle ne faisait que six mètres carrés, tandis qu'ici, un véritable palace s'ouvrait rien que pour moi puisqu'Hélios et Satoshi prenaient une chambre à part.
Je me mis à trembler. C'était exactement comme ça que j'imaginais la vie en dehors de satellite, c'était de ça que j'avais toujours rêvé, et pourtant, maintenant que j'y étais, je n'arrivai plus à faire un pas, j'étais coincée devant la porte, à contempler un palace dans lequel je ne pouvais pas entrer, comme un rêve si proche et si lointain à la fois…
Que se passait-il ? Je voulais quitter Satellite définitivement, faire une croix sur toute cette misère et aller de l'avant, cet espoir d'une vie meilleure était devenu ma seule raison de vivre, mais maintenant que j'y faisais face…je l'appréhendais, j'avais peur de cet inconnu se dressant devant moi, j'en venais presque à vouloir me réfugier dans mon satellite que je connaissais si bien…
-Alors Serena, tu n'entres pas ? Me demanda soudainement Hélios avec une grande tape dans le dos.
Cela me déstabilisa et je fus bien obligée d'entrer dans la grande chambre pour ne pas me casser la figure sous le coup de la surprise.
-Hélios, je me disais…vous n'étiez pas obligés de prendre la chambre la plus luxueuse pour nous, je me serais très bien contentée de…
-La plus luxueuse ? Tu rigoles Séréna, j'ai pris l'entrée de gamme ! Je suis peut-être roi, ma fortune n'en reste pas moins limitée !
Je fis les yeux ronds. Je n'avais pas du tout envie de voir à quoi ressemblaient les plus belles suites de cet hôtel de peur de me sentir encore plus misérable.
-Tu devrais te dépêcher de t'installer, nous n'allons pas tarder à Diner. Et évite de casser quelque chose, ton frère a déjà fait tomber un vase, je préfère garder quelques sous pour plus tard…
Je ne pus m'empêcher de sourire. Satoshi n'avait jamais été très adroit, mais dans le quartier oublié, ce n'était pas un problème, tout était déjà en ruine. Mais ici, je lui donnais moins de dix minutes avant de créer des problèmes à Hélios.
Le roi retourna dans sa chambre et me laissa seule, mais cette petite conversation eut pour effet de me détendre et je pus visiter le reste de la suite joyeusement. Ma chambre était assez comparable au salon, mais un grand lit à baldaquins trônait au milieu. Ma première réaction fut de sauter dessus. Il était parfait, ni trop dur comme le sol de mon immeuble, ni trop mou comme les matelas troués que nous avions.
La salle de bain me laissa également sans voix, rien que la baignoire était aussi grande que ma chambre de satellite…Si on pouvait appeler ça une baignoire et non une piscine…
Je me mis ensuite au balcon qui donnait sur ma chambre et je fus impressionnée par la vue. Devant moi s'étendait la mer ainsi que la ville et au loin, Satellite. Le tout s'harmonisait plutôt bien, on ne voyait pas le quartier oublié d'ici, et certainement de nulle part depuis la ville. Ce n'est pas pour rien qu'on l'appelait le quartier oublié…
Je sortis ces pensées de ma tête. Non, je n'avais plus rien à voir avec ces gens. J'étais Séréna, j'avais une nouvelle vie avec Hélios et Satoshi, il n'y avait rien avant, tout n'était qu'un cauchemar de quinze ans duquel je venais de me réveiller…
Je fis couler un bain pour me changer les idées. Cela faisait tellement longtemps que je ne m'étais pas lavée dans autre chose qu'une bassine d'eau sale que cela ne pouvait me faire que du bien. Et effectivement, lorsque je trempai mon pied dans l'eau, je fus comme aspirée à l'intérieur de la baignoire et en moins de dix secondes, j'étais complètement immergée.
L'eau était si chaude et si agréable, je n'avais pas connu cette sensation de calme et d'apaisement depuis une éternité. Cela me rappelait l'époque où ma mère me faisait prendre mes bains dans des bassines alors que je n'avais que cinq ou six ans.
Je restai donc dans cette eau chaude pendant dix, puis vingt, puis trente minutes, à simplement savourer la sensation de chaleur se répandant dans mon corps au contact de l'eau claire et pure. Puis, après un bon shampoing dont j'avais vraiment besoin, je me mis à repenser à cette journée.
Dire que la veille encore, je me trainais dans ce taudis de satellite, à craindre la réaction du boss et à me demander si j'allais manger le lendemain, et que maintenant, je me prélassais dans cette magnifique baignoire, l'esprit tranquille, attendant le diner d'Hélios…
Tout était allé si vite, j'avais encore du mal à croire que tout cela était réel. J'avais peur de me réveiller à tout instant sous les coups du boss et être ramenée à mon quotidien de chien. Je voulais tellement que le rêve ait été ces quinze années et non ce jour magique, mais cette peur ne s'en allait pas et grandissait même. Jamais je n'avais connu le bonheur simple de vivre paisiblement, tout cela m'était totalement inconnu et m'effrayait tout en me fascinant.
Je sortis le bras de l'eau et je vis plusieurs cicatrices. Je me souvenais de chacun des coups ayant provoqué ces marques indélébiles des bagarres, des accidents, des disputes avec le boss, il y avait de tout. J'en avais également sur les jambes, sur le torse et dans le dos, seul mon visage avait été épargné comme je le protégeai plus que n'importe quoi. Chacune d'entre elle me rappelait un tourment différent, une autre souffrance. Je me souvenais que j'avais même voulu me couper exprès dans l'espoir qu'elles disparaissent tellement je les détestais, mais je n'avais pas d'autre choix que de vivre avec désormais…
Lorsque l'eau fut enfin devenue froide, je me décidai à sortir puis je m'habillai avec ce que nous avions acheté le jour même : une chemise blanche assez légère et un Jean classique. Je mis plusieurs minutes à démêler mes cheveux qui, sous le poids des semaines, avaient fini complètement en bataille. Je ne touchais pas cependant aux deux mèches me tombant entre les yeux, elles étaient une partie de moi, la seule chose dont j'étais fière d'avoir réussi à les former.
En passant devant la glace dans l'entrée, j'eus du mal à me reconnaitre. Moi, qu'on appelait couramment « Gravrochette » dans le gang à cause de mon apparence négligée et des cheveux longs qui le faisaient ressortir, je ressemblais maintenant à une fille de la ville, allant à l'école et ayant des amis, le genre de fille que j'aurais rêvée d'être.
Lorsque je sortis de ma suite, je retrouvais Hélios et Satoshi qui m'attendaient visiblement depuis un bon bout de temps à en juger par leurs expressions.
-Serena, est-ce que tu sais ce que c'est qu'une heure exactement ? Me demanda Satoshi, l'air encore plus ronchon que d'habitude.
-Bah quoi, j'ai fait aussi vite que j'ai pu ! Protestai-je.
-C'est pour ça que tu n'as pas répondu quand je t'ai appelée il y a une demi-heure ? Rétorqua-t-il.
-Tu es marrant toi, nous ne sommes pas à Satellite, les murs ne sont pas en carton je te signale !
-J'étais devant la porte de la salle de bain.
Je m'empourprai, me rappelant que je n'avais pas pris la peine de fermer cette dernière.
-Tu…Tu…Tu…Bafouillai-je, ne réussissant pas à aligner deux mots.
-Depuis quand ça te dérange ? On a grandi ensemble je te signale et ça ne t'a jamais posé problème déclara mon frère en haussant les épaules.
-Parce qu'on était à satellite, idiot, je n'avais pas le choix ! Répliquai-je toujours plus rouge.
Mais il avait raison. D'habitude cela ne me gênait pas du tout, mais pour une raison qui m'échappait, cette fois-ci, je me sentais mal à l'idée qu'il m'ait vue dans mon bain.
Devant notre dispute futile, Hélios se mit à rire.
-Vous me rappelez vraiment Celestia et moi tous les deux, vous savez ?
-Vous aussi vous aviez l'habitude de regarder les filles prendre leur bain ? Rétorquai-je, toujours mécontente.
Ce fut au tour du roi de s'empourprer.
-Je…Je n'ai pas dit cela voyons ! Bref, dépêchons-nous d'y aller, sinon le repas va nous passer sous le nez, en toute mauvais troupe !
Là-dessus, Hélios prit la tête et nous entraîna au rez-de-chaussée où se trouvait le restaurant. Je fus une nouvelle fois bouche bée lorsque je franchis la porte. Devant moi s'étendait un immense buffet sur lequel des dizaines…non, des centaines de plats étaient posés et dont les senteurs diverses me donnaient déjà faim. Satoshi fronça les sourcils en voyant cela. Certainement devait-il maudire ces gens ayant toujours tout eu alors que nous n'avions rien dans satellite. D'un côté, il n'avait pas tort, mais nous n'étions pas non plus exempts de reproches puisque depuis la reconstruction de Satellite, n'importe qui pouvait passer d'un côté à l'autre et tenter sa chance. Nous ne pouvions nous en prendre qu'à nous même de n'avoir jamais essayé…
Un homme portant un costume blanc de réception vint nous accueillir et nous donna une table, puis, après avoir bu un grand verre d'eau et m'être assurée que je pouvais bien prendre ce que je voulais, je me précipitai sur le buffet.
Je ne savais plus où donner de la tête, tout semblait si appétissant, je voulais goûter de tout, découvrir toutes ces choses qui m'étaient passées sous le nez pendant toute ma vie. Cependant, devant l'impatience des autres clients et ayant peur de me faire remarquer, je me contentai d'une assiette de frites et un steak haché. Je savais que c'était un repas totalement banal, voire bas de gamme pour un hôtel comme celui-ci, mais j'avais toujours voulu essayé.
Lorsque je revins à ma place, il n'y avait que Satoshi qui s'était contenté du strict minimum comme à son habitude : une simple salade avec quelques légumes.
-Sérieusement Satoshi, tu aurais pu prendre mieux quand même ! Lui fis-je remarquer.
-Je n'ai pas besoin de plus moi, de toute façon, je n'ai pas faim me répondit-il sans décroiser les bras.
-Au fait, où est passé Hélios ? Demandai-je en remarquant l'absence du roi.
Mon frère me désigna alors un énorme plateau se déplaçant parmi la foule et se rapprochant de nous. Je n'eus aucun mal à deviner qui se cachait derrière cette pile de plats…
-Dites-moi, vous allez vraiment manger tout ça ?
-Evidemment Serena, j'ai besoin de prendre des forces pour demain !
-Demain ?
C'est vrai. J'étais tellement heureuse de fuir satellite que je n'avais pas pensé une seule seconde à ce que nous ferions le lendemain, comme si pour moi, ce jour de bonheur devait durer éternellement.
-Oui, j'ai quelques affaires à régler en ville avant de donner le feu vert pour l'assaut. D'ailleurs les enfants, j'espère que vous ne m'en voulez pas de détruire votre maison ? Dit le roi en avalant une cuisse de poulet.
-Non, vous pouvez même raser le quartier, ça serait encore mieux !
-Serena ! Protesta mon frère.
-Bah quoi ? De toute façon il n'y a rien qui vaille la peine d'être gardé là-bas, donc autant tout démolir pour faire un nouveau satellite ripostai-je.
-Ne vous inquiétez pas, la mission prévoit simplement de remettre un peu d'ordre en délogeant ce Ramon de son poste, et ainsi, il sera plus facile de tout réhabiliter.
-J'espère bien que vous ne toucherez pas à un seul cheveu des gens qui sont là-bas hormis les exécuteurs le menaça mon frère.
Je le regardai avec surprise. Etait-il devenu fou ? Evidemment qu'il fallait arrêter tous les chefs de gangs et pas seulement Ramon ! Ces types n'avaient aucune morale, ils ne voyaient dans leur gang que des hommes de main pour arriver à leur faim et se fichaient éperdument de leur survie ! Pourquoi Satoshi restait-il si attaché à cette poubelle nous ayant détruit notre enfance à tous les deux ? Je ne comprenais vraiment pas ses motivations…
Le soir, seule dans ma chambre, ne trouvant pas le sommeil, je sortis faire un tour sur le balcon afin de m'aérer un peu l'esprit. Ce lit était bien trop confortable, je n'arrivais pas à me vider l'esprit, contrairement à mon matelas de satellite qui m'achevait dès que je me mettais dessus.
Tout était calme le soir en ville, mais ce n'était pas le silence oppressant et effrayant qui régnait dans satellite où le moindre aboiement faisait sursauter tout le quartier. C'était un calme serein, celui d'une ville dormant sous la protection de cette grande tour surplombant Neo Domino City, veillant à sa sureté, tandis, qu'au loin, plongé dans l'obscurité, en plein cœur de satellite, le quartier oublié se démarquait par son absence totalement d'éclairage.
Je ne voulais pas m'attarder dessus, mais je n'arrivai pas à détourner le regard. Pourquoi ? Je détestai ce quartier, je détestai ma vie là-bas, je détestais les gens qui s'y trouvaient…et pourtant…comme le disait Satoshi, c'était notre maison, là où nos parents nous avaient donné la vie et élevés…
Alors que j'étais perdue dans mes pensées, j'entendis la fenêtre de la chambre voisine s'ouvrir et Satoshi sortit de sa chambre.
-Tiens, Serena, qu'est-ce que tu fais là ?
-Je pourrais te poser la même question tu sais !
-Hélios ronfle.
Sa remarque, combinée à son air désinvolte habituel m'arracha un fou rire.
-Donc, je répète ma question, qu'est-ce que tu fais là Serena puisque tu ne t'es sûrement pas faite réveiller par tes propres ronflements ?
-Comment ça mes propres ronflements ? Répétai-je, mécontente.
-Tu as très bien entendu répondit mon frère en baillant.
J'allai lui répondre quelque chose de cinglant, mais il enchaina aussitôt :
-Au fait Serena, désolé d'avoir été méfiant hier. Tu avais raison.
Je fus tellement choquée que Satoshi reconnaisse ses torts que j'en oubliai immédiatement mes insultes et je le regardai droit dans les yeux.
-J…J'avais raison ? Répétai-je, abasourdie. Je veux dire, évidemment que j'avais raison !
-Hélios est quelqu'un de bien.
-Pourquoi est-ce que tu dis ça maintenant toi ?
-Il est assez facile à cerner, il ne cache que très peu son jeu. Il est honnête avec lui-même si tu veux.
-Je suis contente que tu ne regrettes pas d'être parti lui répondis-je avec un large sourire.
Mon frère respira un grand coup et je vis qu'il était heureux de sentir autre chose qu'une vieille odeur de poubelle et de moisi.
-Il se fait vraiment tard Serena, je vais tenter de dormir malgré l'autre.
-Bonne chance, tu en auras besoin lançai-je, l'œil brillant.
Satoshi rentra dans sa chambre et je fis de même. Cette conversation, pour une raison étrange, m'avait détendue et je ressentis d'un seul coup toute la fatigue des nuits passées sans dormir retomber sur moi et je m'endormis aussitôt dans ce lit si confortable.
Lorsque je me réveillai le lendemain, le soleil était déjà haut dans le ciel et projetait ses rayons à travers les rideaux de ma chambre pour venir caresser doucement ma peau. C'était une sensation vraiment étrange de se réveiller encore plus fatiguée qu'en s'endormant tout en ayant passé une longue nuit. D'habitude, la faim, le froid ou les cris du boss me tiraient de mon sommeil et mon lit de pierre me réveillait aussitôt mais là, je n'avais qu'une seule envie : me rendormir pour profiter davantage de ce lit moelleux.
-Bien le bonjour Serena ! S'exclama soudain la voix d'Hélios.
Immédiatement après, la lumière s'intensifia et mon premier réflexe fut de passer ma couette sur ma tête pour ne pas être aveuglée et tenter de prendre quelques heures supplémentaires.
-Laissez-moi dormir encore un peu s'il vous plait…Baragouinai-je encore à moitié endormie.
Puis je réalisai une chose et je sortis la tête de dessous les draps, furieuse.
-Hélios, je peux savoir ce que vous faites ici ? M'écriai-je, rouge comme une tomate.
-J'ouvre tes rideaux, ça ce ne voit pas ? Me répondit le roi en haussant les épaules. Et sinon, bien dormi ?
-Que…que…Quoi ? Mais je ne vous ai pas autorisé à rentrer ! Sortez d'ici, c'est ma chambre ! Et puis d'ailleurs, d'où vous avez les clefs ?
-Ah, ça…c'est une longue histoire…quoique pas si longue en fait…
-Et je m'en fiche, fichez-moi le camp ! Répliquai-je en lui lançant mon oreiller qu'il esquiva facilement.
-Bon, je vais prévenir ton frère que tu as enfin émergé. Si tu me cherches, je serai dans la salle des petits déjeuners avec Satoshi. Ne traine pas trop, j'ai beaucoup de pain sur la planche aujourd'hui.
-Vous êtes boulanger ? Demandai-je avec ma naïveté habituelle.
De sa poche, Hélios sortit un petit livre qu'il me lança, l'œil brillant avant de sortir. Je lus le titre : mille et une expressions communes….
Encore plus en colère et plus honteuse, je le jetai par terre avant d'aller prendre une douche pour me calmer. Cela marcha plutôt bien. Prendre une douche le matin était une chose à laquelle je n'étais pas habituée et j'appréciais chaque nouveauté qui s'ouvrait à moi depuis le début de ce voyage…sauf voir Hélios dans ma chambre à mon réveil…
Je rejoignis ensuite le roi et mon frère au petit déjeuner, même si en vérité, il était presque midi…Je pris donc un bon brunch puis Hélios nous emmena vers notre prochaine destination.
-Les enfants, si vous voulez faire un tour en ville plutôt que de m'accompagner, vous pouvez. Ce que je vais faire est assez ennuyeux.
-Mais non, je viens moi ! Rétorquai-je.
-Même si je vais chercher des papiers dans un bureau pendant trois heures ?
Je me ravisai. Finalement, j'allai peut-être suivre son conseil et me balader ce jour-là. Cependant, Satoshi, lui, insista pour venir, prétendant ne trouver rien d'intéressant à une visite touristique et nous nous séparâmes là-dessus.
Hélios et mon frère prirent la direction du quartier des affaires de la ville, tandis que moi, je me retrouvai seule, plantée au milieu d'une grande rue, ne sachant pas très bien où aller. Hélios m'avait peut-être donné un plan, mais ne m'avait pas expliqué ce qui était intéressant ou non…
Je soupirai, regrettant d'avoir voulu m'amuser. Je balayai du regard mon nouvel environnement. Il y avait du monde dans les rues, les voitures passaient et repassaient sans cesse sur la route et les immeubles, hauts et scintillants, cachaient presque le ciel. Tout était décidément bien différent de Satellite, où tout était si petit et délabré…
Je me mis alors à déambuler dans les rues, flânant devant les boutiques et leurs vitrines colorées, rêvassant en passant près des cafés et des restaurants, et finalement, après avoir tourné pendant une demi-heure dans les rues, je me rendis compte que j'étais perdue…
J'avais beau regarder dans tous les sens, lire tous les panneaux et chercher l'avenue d'où je venais, je ne reconnaissais rien. Au fond de moi, je me maudis d'avoir été si flemmarde et de ne pas avoir suivi Satoshi, car à présent, si je ne retrouvais pas rapidement le chemin du retour, ce n'était pas dans satellite que j'allais finir la nuit, mais dans une ruelle sombre de Néo Domino City, ce qui n'était pas forcément mieux…
Je commençai vraiment à fatiguer et pour couronner le tout, mon ventre se mit à gargouiller, et évidemment, je n'avais pas un sous sur moi…
Ce n'était pas l'envie qui me manquait de voler un ou deux croissants mais…non, je devais écarter cette pensée de ma tête, seul un habitant de satellite ferait une telle chose !
Refreinant ma faim, je réussis à me trainer jusqu'à un grand parc que j'avais repéré quelques instants auparavant et je m'affalai sur un banc.
Franchement, quelle idée avais-je eu de partir seule dans cette grande ville que je ne connaissais pas ? Et surtout, quelle idée d'Hélios de l'avoir proposé…
Tentant de ne pas y penser pour éviter de casser quelque chose, je focalisai mon attention sur le parc dans lequel je m'étais posée quelques instants. En face de moi, un vaste étang s'étendait sur lequel de nombreux canards, cygnes et autres oiseaux nageaient paisiblement entre les nénuphars, dans une eau cristalline.
Ce lac était entouré d'une grande pelouse inclinée, descendant en pente douce vers l'étendue d'eau, sur laquelle les touristes venaient prendre le soleil. Au-dessus, là où je me trouvais, un chemin terreux, bordé d'arbres offrant un peu d'ombre aux passants, faisait le tour du lac et donnait une vue imprenable sur le parc.
Tout était si calme. Le doux clapotis de l'eau parvenait jusqu'à mes oreilles et m'apaisait. Les oiseaux chantaient une douce mélodie dans laquelle se mêlaient les rires lointains des enfants s'amusant près de l'eau. C'était vraiment l'endroit idéal pour se détendre, Satoshi aurait aimé venir ici, lui qui ne supportait pas l'agitation.
Le décor me paraissait d'autant plus somptueux que, dans satellite, il n'y avait aucun parc. Les derniers étaient tombés en ruines et, même s'ils avaient été beaux par le passé, ne laissaient désormais voir qu'une impression de misère intense. Alors qu'ici, tout était si bien entretenu, si vert, je me serais certainement endormie instantanément si je n'étais pas aussi angoissée à l'idée de devoir passer la nuit dans ce parc. Aussi beau fût-il, je préférais tout de même rentrer à l'hôtel…
-Tiens, mais qui vois-je, ne serait-ce pas Serena ? Dit une voix dans mon dos.
Surprise, je me retournai précipitamment, sur mes gardes, m'attendant à voir débarquer le patron ou un autre membre du gang, mais je me détendis en voyant l'agent de sécurité de la veille.
-Vous êtes…L'agent Trudge n'est-ce pas ?
-En effet, c'est bien moi. Hélios n'est pas avec toi ? J'essaie de le contacter depuis une heure, mais rien à faire.
-Non, il avait du travail et il est parti du côté du quartier des affaires.
-Je vois, je réessaierai plus tard dans ce cas.
Voir l'agent de sécurité fit soudain remonter en moi la discussion de la veille avec Hélios au sujet de l'attaque de Satellite.
-Dites-moi Trudge, cette attaque de satellite, c'est du sérieux ?
-Evidemment, cela fait bien longtemps que nous aurions dû nous en occuper, mais avec Zone et tout le reste, nous avons manqué de temps.
-Et…qu'allez-vous faire exactement ? Demandai-je, tremblante.
-Pour le moment, nous allons rétablir l'ordre. Et ensuite, il me semble que le directeur Lazar a prévu une grande réhabilitation, mais notre priorité est de déloger ce Ramon qui fait sa loi.
-Hélios m'a répondu la même chose hier…
-Que veux-tu qu'on te dise de plus ? La dernière fois que nous avons essayé de réhabiliter satellite, qui s'appelait zone BAD à l'époque, la mission s'est terminée en échec.
-La dernière fois ? Répétai-je, sans comprendre de quoi l'agent parlait.
-Tout cela s'est passé il y a un peu plus de dix ans, mais les forces de sécurités, sous les ordres d'un certain Jeffrey, avaient été infiltrées et tout cela s'est fini en bain de sang…
Trudge regarda au loin, pensif. Je n'avais vraiment aucun souvenir d'un tel événement mais cela expliquait pourquoi Satellite avait été laissé à l'abandon pendant tant d'années malgré le recul des gangs dans la zone. Et mes parents, ils avaient certainement dû connaitre ce drame eux aussi…
-C'est pour cela que nous avons besoin de guide cette fois-ci reprit Trudge. Nous ne voulons pas subir un autre échec comme celui-ci, alors, plutôt que d'attaquer à l'aveugle, nous irons directement trouver le chef, et ainsi nous éviterons les combats inutiles.
Oui, ce plan me paraissait bien, retirer la vermine régnant à satellite en la personne des exécuteurs puis intégrer la zone oubliée au reste de la ville et ainsi supprimer les inégalités…C'était exactement ainsi que Satoshi voyait les choses également, et, même si cela me coutait de l'admettre, je ne voyais aucune faille. Cependant…Je ne voulais pas jouer les guides. Je m'étais promis de ne plus jamais remettre les pieds à satellite en quittant ma misère avec Hélios…
-Enfin, j'arrête de te bassiner avec ces histoires. Prends ton temps pour réfléchir, je ne te force absolument pas. Hélios sera suffisant si vous refusez tous les deux, ce que je comprendrai, moi-même, j'ai eu énormément de mal à revenir à satellite lors de sa reconstruction.
-Vous venez de satellite vous aussi ? Lui demandai-je, surprise.
-Tu crois qu'elle vient d'où cette marque ? Me répondit-il en me désignant la cicatrice qu'il avait sur la joue.
Cet homme…s'il venait de satellite, à en juger par son âge, il devait être un rescapé de Zero Reverse, et avait donc connu le tout premier satellite, lorsque ce n'était pas qu'une zone, mais l'ile entière qui était une poubelle géante et lorsqu'aucun pont ne reliait les deux parties de la ville à l'exception du conduit à ordures…Et pourtant, il avait réussi à surmonter cela à présent…Alors…Pourquoi continuai-je à rejeter ce qui avait été ma maison pendant quinze ans ?...
-Bien, je vais te laisser sur cela Serena, j'ai encore beaucoup de travail. A bien…
-Agent Trudge, attendez !
-Il y a un problème ?
-Est-ce que…vous pourriez m'indiquer le chemin pour rentrer ?
L'agent à la balafre éclata de rire, ce qui me fit me sentir encore plus honteuse devant lui et finalement, ce dernier me raccompagna jusqu'au bureau principal de la sécurité qui se trouvait non loin de notre hôtel.
Je finis par rentrer, totalement épuisée et affamée, et évidemment, Hélios et Satoshi m'attendaient depuis un bon moment. Cependant, l'expression que mon frère affichait me paraissait étrange. Il fronçait les sourcils et dévisageait Hélios avec méfiance, comme au premier jour.
-Serena, j'ai besoin de te parler cinq minutes déclara mon frère en me prenant par le bras et m'entrainant dans ma chambre.
Il verrouilla la serrure et s'assura qu'Hélios ne nous suivait pas. Je le regardai faire sans comprendre et, après m'être mis quelque chose sous la dent, je m'assis dans l'un des fauteuils pour l'écouter, mais il resta debout à faire les cents pas autour de moi, me donnant rapidement le tournis.
-Bon, Satoshi, ce n'est pas que tu me donnes mal à la tête, mais pas loin, alors, quelle mouche t'a piqué cette fois ? Celle de la paranoïa ou celle de la folie lente ?
-Ce n'est pas le moment de faire du mauvais humour Serena, je suis très sérieux ! Répliqua-t-il.
-Tu es tout le temps sérieux, tu devrais apprendre à te détendre un peu soupirai-je.
Mon frère s'arrêta juste devant moi et me regarda droit dans les yeux, avec ce regard froid dont lui seul avait le secret. Je détestais quand il faisait ça, en général, c'était toujours avant une mauvaise nouvelle…
-Serena, nous sommes allés dans les bureau du mouvement Arcadia aujourd'hui.
-Arcadia ? Ce n'était pas ces cinglés de duellistes psychopathes qui ont été vaincus il y a plus de dix ans ?
-Télépathe Serena, des duellistes Télépathes.
-On s'en fiche, c'est pareil. Et donc, qu'est-ce qu'ils ont de particulier ces bureaux ?
-Je me suis perdu en partant de mon côté pendant un moment et j'ai fini par atterrir dans le bureau du directeur, un certain Sayer et c'est là que je l'ai trouvé.
Je déglutis. Je craignais ce que Satoshi allait m'annoncer, et je m'attendais déjà au pire, mais ce qu'il me dit dépassait totalement mon imagination.
-Serena, je sais qui a tué nos parents.
Mon sang se glaça. Si Satoshi évoquait quelque chose d'aussi grave et d'aussi tabou entre nous, c'était que sa découverte devait être effrayante. Nous nous étions mis d'accord pour mettre la faute sur le dos des gangs de Satellite afin de les détester mais au fond de moi, j'avais toujours su que c'était faux, même si je me persuadais du contraire pour continuer à vivre dans cette haine de satellite, pour trouver une raison à ma vie…
-Les gangs ont bien tué nos parents…
Je me détendis. Satoshi faisait tout un plat de pas grand-chose, comme d'habitude. J'allais pouvoir continuer à vivre ma vie en haïssant satellite…mais dans ce cas, pourquoi étais-je déçue ? Pourquoi la vérité me paraissait-elle si…banale ?
-Mais ce que j'ai appris, c'est la raison pour laquelle ils ont fait ça Serena.
-Parce que nous allions partir vers Néo Domino City en les laissant en plan comme les chiens qu'ils sont ? Tentai-je en poursuivant mes convictions.
-Non, tu es très loin Serena. Les gangs n'ont pas agi d'eux-mêmes, ils ont été manipulés…Par Sayer
-Sayer tu dis ? Mais…Pourquoi ? M'étranglai-je.
-Nous étions visés Serena, ceux qu'il voulait, ce n'étaient pas nos parents, c'était nous !
-N…Nous ? Mais…Pourquoi ? Bégayai-je, abasourdie.
-Je ne sais pas, le rapport ne mentionnait que nos deux nom…Mais il doit y avoir une raison et je compte bien la trouver ! Demain, Hélios retourne là-bas, et je jure que je trouverai cette raison !
J'avais du mal à en croire mes oreilles. Alors que j'avais toujours pensé que les gangs agissaient d'eux-mêmes en représailles contre nos parents, voilà maintenant que cet homme du nom de Sayer se retrouvait en plein cœur du drame…Mais pire que tout, nous étions responsables de leur mort…
Pourquoi…Pourquoi la vérité ne pouvait-elle pas être ce qu'elle semblait être ? Pourquoi ne pouvais pas vivre simplement mon rêve de quitter satellite ? Pourquoi la réalité me rattrapait-elle maintenant ? Pourquoi ne pouvais-je pas continuer dans l'illusion qui avait été la mienne ?...
-Satoshi, je viens avec vous…Je veux connaitre la vérité moi aussi…
Il ne s'y opposa pas. A partir de là, je savais que mon rêve allait s'arrêter et que j'allais devoir retourner à la dure réalité, mais peu m'importait. Maintenant que je connaissais la vérité, je ne pouvais plus laisser passer une telle occasion de vengeance. Même si je devais renoncer à Hélios, à une vie normale et heureuse, j'étais prête à tout risquer si cela me permettait de détruire Satellite et les gangs une bonne fois pour toute...Si personne ne pouvait rendre justice, j'allais le faire moi-même. Après tout, je faisais partie de ces ordures et j'allais régler ce problème comme telle.
La soirée passa, Hélios ne remarqua pas mon attitude plus renfermée que d'habitude, et tant mieux, je ne voulais pas l'impliquer davantage dans nos histoires. Il avait tant fait pour nous, je n'avais pas le droit de lui imposer un fardeau supplémentaire.
Finalement, après une nuit de sommeil très courte, l'aube se leva, l'aube qui allait marquer un nouveau jour pour nous deux, l'aube d'une vengeance datant de plus de huit ans…
Je descendis au restaurant où Hélios et Satoshi m'attendaient déjà, et, après un gros petit déjeuner, nous partîmes pour le bâtiment principal d'Arcadia.
C'était un immense building tout en verre, qui avait dû être très beau par le passé mais qui désormais, était complètement à l'abandon. La plupart des vitres étaient brisées, les mauvaises herbes s'accumulaient tout autour, les portes restaient ouvertes mais l'intérieur était sombre. Cela me faisait vraiment penser à ces bâtiments de satellites, ils étaient dans le même état…
Nous entrâmes à l'intérieur, et le hall d'entrée n'était pas en meilleur état. C'était une grande pièce carrée depuis lequel on pouvait voir des escaliers faisant le tour, monter jusqu'au sommet du building. Partout, des papiers trainaient au milieu des meubles cassés et des portes défoncées. Pourtant, l'endroit avait dû être beau par le passé à en juger par les restes de dorures des murs et les lustres brisés au sol.
-Bien les enfants, je n'en ai pas pour longtemps, on se retrouve ici dans une demi-heure. Evitez de vous perdre ceci-dit, je n'aime pas spécialement cet endroit…
Après avoir dit cela, le roi partit dans une direction, et Satoshi prit l'opposé. Je le suivis sans dire un mot, aucun de nous deux n'était vraiment d'humeur à parler.
Nous passâmes devant de nombreuses pièces, des chambres abandonnées, des terrains d'entrainement, la salle à manger, des salles de classe, des laboratoires avant de finalement arriver au dernier étage.
Dans la pièce, on aurait dit qu'une tornade s'était abattue. Le bureau au fond était fendu en deux tandis que toutes les vitres étaient brisées. Au sol, quelques cartes trainaient encore, des monstres normaux de type elfe, mais elles étaient injouables désormais. Les étagères prenaient la poussière, de même que tous les dossiers posés là. Il y en avait tellement…
J'en pris un au hasard et je lus le nom de Jessica Leocaser, un membre du mouvement. Sa tête me rappelait vaguement quelque chose mais je n'y prêtai que peu d'attention. Je n'étais pas venue pour ça…
Je remis donc le dossier à sa place et je continuai à fouiller dans les archives. Il y en avait tellement, je pensais ne pas en voir le bout, jusqu'à ce que Satoshi m'appelle. Immédiatement, j'arrêtai les recherches pour voir ce qu'il avait trouvé.
Je retins ma respiration lorsque je vis sur le dossier les visages de nos parents.
-Alors, c'était vrai, ce Sayer est vraiment derrière tout ça…Murmurai-je.
Tremblante, j'ouvris le porte documents. A l'intérieur, toutes sortes d'informations étaient réunies, un peu comme dans un casier judiciaire. Cependant, j'avais beau tourner les pages, je ne trouvai rien nous concernant. Il n'y avait que des anecdotes sans intérêt, jusqu'à ce qu'une feuille glisse d'entre deux pages.
C'était une lettre, écrite par Sayer à un certain maitre dans lequel il parlait de l'avancement des projets, la capture de la famille Leocaser et…
Je lâchai la feuille lorsque je lus la dernière ligne.
-Qu'y a-t-il Séréna ? Tu as trouvé quelque chose ?
Pour toute réponse, je lui tendis la lettre et ses yeux s'écarquillèrent sous l'effet de la surprise.
-La mission a échoué, les enfants de l'Armageddon nous ont échappés. Cependant, nous les retrouverons et nous les tuerons, pour le bien de nos projets…Qu'est-ce que cela signifie ? Murmura mon frère, livide.
-Je ne sais pas lui répondis-je, tout aussi abasourdie. Est-ce que ces documents parlent de nous déjà ? Nous n'avons aucune preuve…
-Evidemment Serena ! Ce sont nos parents là, qui veux-tu que ce soit d'autre ?
-Je ne sais pas, il y a tellement d'enfants dans satellite, cela pourrait très bien être…
-Arrête de te voiler la face ! Ce Sayer…Il voulait notre mort !
-Dans ce cas, pourquoi sommes-nous encore là ? Et pourquoi ? Qu'avons-nous fait ? Qu'est-ce que c'est que ces histoires d'Armageddon Satoshi !
-Justement, c'est ce que j'aimerais bien savoir…Et je sais où trouver des réponses…
Mon frère se leva, l'air déterminé, et me laissa seule dans la grande salle, au milieu des papiers nous concernant. Je n'arrivais à faire le moindre geste, je restai les yeux fixés sur la lettre de ce Sayer, sans même la lire, simplement perdue dans mes pensées.
Je ne comprenais plus rien. J'avais l'impression d'avoir mis le pied dans une histoire qui me dépassait largement, alors que je ne voulais qu'une chose, une seule et unique chose : pouvoir vivre une vie normale, comme n'importe quelle fille de mon âge, loin des troubles de satellite…
Ce Sayer…C'était lui le responsable…Et pourtant, même en sachant cela, ma haine contre les gangs ne s'affaiblit pas. Au contraire, cette dernière venait de s'amplifier. Sayer était mort, et il me fallait des responsables sur qui passer ma colère…Les gangs faisaient une cible particulièrement alléchante…Oui, il était grand temps pour moi de prendre ma revanche sur ces ordures pour m'avoir tout pris…Toute cette haine, cette colère, cette rage, cette tristesse accumulées depuis tant d'années, tous ces sentiments que je ne pouvais plus contenir au fond de moi étaient sur le point d'exploser.
Mon frère avait raison. Je devais arrêter de me voiler la face, de fuir tous mes problèmes. Hélios m'avait peut-être donné une nouvelle vie, il m'avait redonné espoir alors que j'étais au fond du gouffre…mais le boulet que je trainais derrière moi était bien trop lourd pour émerger. Malgré tout l'espoir d'Hélios, ce n'était pas suffisant…
Je voulais pouvoir profiter pleinement de ce rêve…Non, je voulais faire de ce rêve ma réalité et c'est pourquoi…je devais effacer tout ce qui m'enchainait à mon cauchemar…
Lentement, je me relevai et je me mis à la fenêtre pour regarder au loin la poubelle qui me servait de maison autrefois. Quelle misère s'étendait là, j'en avais presque pitié…Si seulement cette même misère ne m'avait pas tout pris !
La dernière intervention d'Arcadia et Jeffrey avait peut-être fini en bain de sang…Mais ce n'était rien face à ce que j'allais faire subir à Ramon et son gang. Il était grand temps que Satellite ait une nouvelle reine, une reine ordonnant la suppression de son royaume…
