Voilà, je suis à l'heure cette semaine XD Merci pour vos retours sur le chapitre précédent, j'espère que celui-ci va vous plaire !
Réponse à charlinfall : Je sais, mais comme la suite est là, tu me pardonnes, pas vrai ? ;) Merci de ta review !
- Miss Granger ? Hermione ? Mais que…
McGonagall se tenait dans l'encadrement de la porte de ses appartements, maintenant sa robe de chambre d'une main, une bougie vacillante de l'autre. La flamme incertaine marquait les sillons des années sur son visage, et Hermione aurait pu se dire que Minerva McGonagall avait rudement vieilli en peu de temps, si elle n'avait pas été occupée à pleurer toutes les larmes de son corps.
Les sanglots l'empêchaient de reprendre correctement son souffle et elle ne tarda pas à hoqueter.
- Bon, entrez, Hermione, entrez, et expliquez-moi ce qu'il vous arrive.
Elle s'écarta et Hermione pénétra dans les appartements de la Directrice de Poudlard. Celle-ci ferma la porte et incita Hermione à s'asseoir dans un fauteuil en appuyant une main ferme sur l'épaule de la jeune femme. Hermione continuait de pleurer, les larmes dévalant ses joues rougies et s'écrasant sur sa robe de chambre.
McGonagall, interdite, s'installa dans le fauteuil d'en face. Elle agita sa baguette et du thé fumant apparut sur la table basse qui séparait les deux femmes. D'un autre geste, elle fit apparaître un mouchoir dans les mains d'Hermione. Celle-ci se moucha bruyamment. La Directrice attendit que les sanglots d'Hermione s'apaisent un peu, puis elle se décida à engager la conversation :
- Sans vouloir trop m'avancer, je suppose que la cause de votre chagrin se prénomme Bellatrix Lestrange ou Severus Rogue, je me trompe ?
Hermione renifla et tamponna ses yeux avec son mouchoir trempé.
- Les deux, à vrai dire, croassa-t-elle, la voix rauque. Mais je commence à croire que Severus me fait plus souffrir que Bellatrix.
McGonagall soupira.
- Vous ne m'étonnez nullement, Hermione. J'aimerais pouvoir vous consoler, mais malheureusement, et je pense que vous en êtes bien consciente, vous n'avez pas choisi la facilité.
- Je sais ! dit Hermione en se levant brusquement du fauteuil et en se mettant à faire les cent pas.
Minerva eut un petit sourire.
- Je vois qu'il déteint sur vous. Albus et lui avaient souvent pour habitude de tourner en rond durant nos réunions lors des temps… sombres.
Son regard se perdit un instant dans les brumes pernicieuses des souvenirs, mais elle revint rapidement à la réalité.
Hermione se rassit. Elle saisit sa tasse de thé, se brûla la gorge avec la boisson trop chaude, mais n'en tint même pas rigueur. Elle reposa la tasse et se prit la tête dans les mains.
- Je devrais peut-être l'oublier, à partir de maintenant. Sûrement. Oui, c'est ce que je vais faire. Il avait raison depuis le début. Il n'est pas pour moi, je ne suis pas pour lui. Je ne suis que nocive à son égard.
Minerva émit un petit rire.
- Il vous a dit ça ?
Hermione releva la tête, désappointée par ce rire soudain.
- Eh bien… Pas exactement, mais il me le fait bien assez comprendre. Mais à en juger par votre rire, je ne suis peut-être que le dindon d'une sombre farce… Vous avez raison, je suis ridicule, à ses yeux et aux vôtres.
Minerva continuait de sourire. Elle posa sa tasse de thé puis croisa ses bras sur sa poitrine.
- Pardonnez mon rire, Hermione. C'est juste que… Ne voyez-vous donc pas l'effet que vous avez sur lui ? Ce n'est pas pour moi une définition de la nocivité.
Hermione fronça les sourcils.
- Non, je… Non. Enfin je ne sais pas, il est comme avant… Je crois… Sarcastique, méprisant parfois, autoritaire.
- Bien sûr, c'est sa nature et son caractère. Cependant… Il a… Je ne sais pas comment vous expliquer cela, Hermione…
Minerva réfléchit un instant. Elle se leva et se dirigea vers la cheminée encore rougeoyante des braises de la soirée.
- Je dirais qu'un nouvel éclat est apparu dans ses yeux… Un éclat qui s'était éteint depuis…
- La mort de Lily.
McGonagall acquiesça, puis se tourna pour faire face à Hermione.
- Vous êtes un pilier pour lui, Miss Granger. Un soutien indéniable.
Hermione soupira.
- Ce n'est pas l'impression qu'il me donne. Au contraire, je suis comme un poids pour lui, une gamine qui ne connaît rien à la vie et qui s'accroche à un homme qui est resté terré dans son passé. J'ai l'impression de me perdre moi-même… C'est une sorte de syndrome de Stockholm, je crois. Il me fait du mal, mais je ne peux me résoudre à le laisser.
Les larmes revinrent briller aux yeux d'Hermione.
- Je crois que je ne peux pas vivre sans lui. Je ne peux plus.
- Vous êtes une femme forte, Hermione, répliqua la Directrice. Vous n'avez jamais été aussi forte que maintenant. Ne faites pas d'erreur que vous regretterez plus tard.
Hermione se moucha de nouveau.
- Je suis juste… perdue…
McGonagall s'approcha de sa jeune collègue et posa une main réconfortante sur son épaule.
- Il faut voir au-delà des apparences, Hermione. Au-delà de ce que Severus paraît. Oubliez le professeur que vous avez connu, et contemplez l'homme. C'est le conseil que je vous donne.
Et elle sourit. Hermione réfléchit un instant, mais elle sentit l'étouffante boule de larmes revenir l'étouffer. Alors elle oublia Severus pour un instant. Rien qu'un instant.
Elle poussa un soupir résigné.
- J'étais en fait venue pour une autre raison, Minerva, dit-elle.
Et elle exposa toute l'histoire de la Chambre des Secrets à McGonagall, ainsi que le conflit qui l'opposait à Severus à ce sujet. L'air de la Directrice s'assombrissait au fil des explications d'Hermione.
- Vous me mettez devant une situation complexe, Hermione. Mais je serais d'avis de me ranger à vos côtés. Après tout, Bellatrix menace cette école par le biais de la Chambre, et vous et Drago Malefoy êtes placés dans une situation délicate qui nous met tous en danger, je suis désolée de vous le dire.
- Oui, bien sûr, j'en suis consciente, murmura Hermione.
McGonagall réfléchit un instant.
- Avez-vous lu la Gazette, dernièrement, Miss Granger ?
Hermione se rendit alors compte que toutes ces histoires l'avaient coupée du monde. Elle nia de la tête.
- Le monde magique est sur ses gardes. Il y a des alertes de résistance et de retour de Mangemorts aux quatre coins du pays. Bellatrix est activement recherchée mais elle se cache, bien évidemment. J'ai beaucoup réfléchi à la situation, et au danger interne à cette école. Et maintenant que vous me parlez de la Chambre…
Le cœur d'Hermione battait fort. De peur et d'espoir. Elle voulait descendre dans la Chambre. Elle voulait, même au péril de sa vie, saisir cette chance de délivrance.
- Prévenez Potter et Weasley, et qu'ils amènent des renforts d'Aurors. Si vous descendez dans cette Chambre, Poudlard risque peut-être d'être assiégée, suivant les plans de Bellatrix. De mon côté, je vais faire évacuer l'école.
Hermione écarquilla les yeux. Elle eut l'impression que le monde s'écroulait une nouvelle fois sur ses épaules. Etait-ce donc la guerre, de nouveau ?
Minerva jaugea quelques secondes Hermione du regard.
- J'en parlerai à Severus. De toute façon, nous aurons besoin de lui. Une bataille d'esprits ne peut se faire sans un Maître Legilimens.
La fin de la nuit passa rapidement pour Hermione. La descente dans la Chambre devait avoir lieu dans les jours qui suivaient, et il n'y avait pas une seconde à perdre. Elle dut passer à la volière pour envoyer un hibou d'urgence au bureau des Aurors, afin de demander de l'assistance. Elle envoya aussi un hibou privé à Ron et Harry. Cela eut l'avantage de lui occuper efficacement l'esprit, et de lui permettre de penser à autre chose qu'à son cœur blessé.
Mais quand vint le moment de sortir de la volière, tous ses démons l'assaillirent, et elle vacilla en haut de la tour, ébranlée, éprouvée. Elle ne voulait pas aller dormir. Elle n'y arriverait pas, de toute manière. Elle décida de monter en haut de la Tour d'Astronomie. Elle y serait bien pour réfléchir.
Il faisait froid, mais cela lui faisait étonnamment du bien. Elle sentait le vent et la pluie battre sa peau, et elle aimait savoir que ses sensations, ses mouvements, étaient pleinement siens. Elle se mit à courir, grisée, appréciant le bruit de ses talons martelant le sol imbibé de pluie, ressentant les vibrations de sa course jusqu'en haut de ses jambes, comme si elle devait les vivre pour la dernière fois.
Tu ne m'auras pas, Bellatrix. Tu ne m'auras pas.
Elle se répétait cette litanie, comme si elle voulait la graver au fin fond de son esprit. Elle hurlait ces mots mentalement, comme si elle espérait que le lien qui la connectait à Bellatrix marche à l'envers, et que ces phrases puissent atteindre la fidèle servante de Voldemort. Hermione aurait souhaité lui crever les tympans en hurlant ses pensées.
Arrivée au château, elle s'arrêta un instant, pliée en deux, le souffle court. Le froid avait enserré sa tête d'un étau et brûlé ses poumons. Elle laissa passer quelques minutes, puis elle commença son ascension vers la Tour d'Astronomie. Grelottante dans sa robe de chambre trempée et bien trop fine, elle serrait ses bras autour d'elle pour conserver un peu de chaleur. Elle songea un instant à retourner dans ses appartements pour se vêtir un peu mieux que ça, mais elle n'avait pas envie de se retrouver dans la pièce où s'était tenu Rogue à peine une heure auparavant. Elle ignora donc le froid et monta dans les étages.
Après dix minutes, elle arriva dans la Tour d'Astronomie. C'est alors qu'elle perçut des voix venant de la terrasse de la Tour, juste au-dessus d'elle. Son cœur rata un battement. Elle se baissa, se cacha dans un renfoncement du mur noyé de pénombre, et tendit l'oreille.
- Il ne me semble pas vous avoir demandé votre avis, Albus.
- Etes-vous malheureux, Severus ?
Silence.
- J'aimerais que vous partiez.
Le fantôme de Dumbledore émit un petit rire amusé.
- Vous savez très bien que je ne le ferai pas. Du moins pas avant d'avoir entendu votre réponse.
Rogue soupira d'agacement.
- Je suis venu ici pour être seul et isolé, Albus, pas pour subir un interrogatoire. Et encore moins de votre part.
- Arrêtez de vous enfoncer dans vos enfers les plus profonds, Severus. Respirez, un peu. Ca vous ferait du bien. Hermione Granger est une excellente bouffée d'oxygène pour vous.
Hermione entendit un bruit métallique, et en déduisit que Severus avait donné un coup dans la rambarde.
- Elle ne demande qu'à être acceptée auprès de vous, poursuivit Dumbledore.
Il y eut une sorte de sanglot étouffé.
- Je sais…, croassa Rogue. Mais je ne suis pas pour elle, elle ne peut que gâcher sa vie à mes côtés.
- Alors, vous allez la laisser partir ? L'ignorer. Et puis l'oublier.
- Je ne peux pas l'oublier…, murmura Severus. Je ne peux pas.
Le cœur d'Hermione tambourinait fort.
- Alors vous ne l'oublierez pas, fit Albus. Mais vous la regarderez juste partir avec un autre homme, tandis qu'elle sera malheureuse car…
- ASSEZ ! Assez…
Il y eut de nouveau un silence.
- Comprenez-vous, Severus ? J'aimerais juste vous faire avouer que…
- Avouer quoi ? mugit Rogue. Avouer que je ne suis qu'un monstre qui lui fait du mal ? Avouer que je me raccroche à elle dans ma rédemption, qu'elle m'a permis d'avancer, de sortir de la boue de mon passé ? Avouer que je ne supporterais pas de la perdre ?
Il était essoufflé, et Hermione, dans sa cachette, l'était tout autant que lui.
- Avouer que je l'aime ? murmura-t-il enfin.
Hermione plaqua sa main frigorifiée sur sa bouche pour s'empêcher de pousser une exclamation.
- Oui, fit Albus sur le même ton. Je voulais que vous avouiez tout cela. Mais pas à moi. A vous-même. Et maintenant que vous avez pu libérer tous ces mots qui vous torturaient, votre réflexion n'en sera que plus efficace. Je vais vous laisser à présent. Mais j'aimerais vous dire une dernière chose, même si je n'ignore pas le fait que quelqu'un vous l'a déjà fait savoir… Ne vous trompez pas d'ennemi, Severus.
C'est quand elle entendit Rogue donner libre cours à ses larmes qu'Hermione sut que Dumbledore était parti.
Elle était sous le choc de ces mots qu'elle ne s'attendait pas à entendre, surtout après les derniers événements. Assise contre le mur, dans le noir et dans le froid, les mains couvrant son visage, elle avait à la fois envie d'éclater de rire, de pleurer, de hurler. De bondir hors de sa cachette, de se jeter dans les bras de Rogue, de fuir loin de lui.
Elle attendit quelques secondes, puis, lentement, se leva et sortit de son recoin. Elle regarda au-dessus, vers la terrasse, mais elle ne voyait rien.
Elle recula de quelques pas, et parvint à apercevoir la silhouette sombre du Maître des Potions, accoudé à la balustrade.
Deux choix s'offraient à Hermione. Quitter la Tour et laisser derrière elle Severus et ses mots qui flottaient encore dans les airs. Ou monter les dix marches qui la séparaient de lui, le rejoindre.
Son cœur battait à lui en faire mal, résonnant douloureusement entre ses côtes.
Lentement, elle s'avança et posa un pied sur la première marche. Elle fit de même avec l'autre pied. Encore neuf marches pour atteindre Rogue. Une seule pour fuir. Elle respira profondément, et gravit les marches qui la séparaient encore de Severus.
Arrivée au niveau de la terrasse, elle s'arrêta, juste en haut des escaliers. Comme ça, elle pourrait faire volte-face et se sauver dans un ultime mouvement, si jamais elle changeait d'avis.
Mais elle n'en eut pas le temps. Car Severus s'était retourné.
Ils demeurèrent figés durant ce qui sembla être une éternité, l'un face à l'autre, trois mètres les séparant. Malgré la pénombre et la distance, Hermione pouvait sentir le regard sombre et profondément glacial de Rogue qui pesait sur elle.
- Tu as entendu, dit-il soudain. Tu as tout entendu.
Sa voix était cassante, et Hermione comprit que ce n'était pas une question. Il savait. Elle n'allait pas mentir. Alors lentement, elle acquiesça.
Severus, raide et guindé, s'approcha d'elle doucement, menaçant, sa longue cape noire s'agitant doucement derrière lui.
Hermione lui faisait face avec toute la prestance dont elle était capable. C'est alors qu'une bourrasque de vent s'engouffra sur la terrasse, et la jeune femme, dans ses vêtements trempés, se mit à grelotter.
Severus gardait le silence. Il avait remis son masque, mais on y voyait encore les chemins brillants des larmes chaudes. Il décrocha sa cape, et la passa sur les épaules d'Hermione, qui vacilla sous son poids. Immédiatement, la chaleur et le parfum de Severus l'envahirent, et elle se sentit mieux.
Le Maître des Potions la fixait douloureusement. Puis, sans un mot, sans un geste, il la contourna et quitta la terrasse. Hermione, immobile, entendit la porte de la Tour se refermer.
Sans se retourner, elle s'approcha de la rambarde et s'y appuya, serrant autour d'elle l'épaisse cape de Rogue. Elle y plongea le nez, tout en observant le parc de Poudlard. Elle remarqua alors qu'il s'était mis à neiger. La vue des petits flocons blancs qui virevoltaient devant elle l'apaisa.
En fait, elle se sentait bien. D'abord parce qu'elle avait trop pleuré et qu'elle n'avait plus aucune larme à verser. Ensuite, parce que les mots de Severus lui résonnaient encore aux oreilles. Et ces mots, elle les savait sincères. Parce qu'il les avait arrachés aux tréfonds de son âme, parce qu'il avait eu une peine immense à les dire. Elle ferma les yeux et se berça avec ces phrases.
Elle ne sut pas combien de temps elle resta là-haut, emmitouflée dans la cape, à fixer la neige, mais quand elle décida de partir, le parc avait blanchi. Elle se retourna et observa les marches. Où devait-elle aller maintenant ?
Qu'attendait Severus de sa part, maintenant qu'il avait livré tous ses sentiments ? Devait-elle aller le voir, ou au contraire, voulait-il qu'elle le laisse en paix ? Mais si elle n'allait pas le voir, se pourrait-il qu'il pense qu'elle ne voulait plus de lui ?
Ce dilemme en tête, Hermione quitta la Tour. Elle redescendit les escaliers, et passa devant ses appartements. Elle s'arrêta net, tandis qu'une idée commençait à se dessiner dans sa tête.
Il fallait faire les choses bien. Et c'était maintenant ou jamais.
Hermione se précipita dans sa chambre et commença à fouiller frénétiquement dans son armoire. Où donc avait-elle pu fourrer cette… Ah !
Elle venait de mettre la main sur une longue robe rouge, simple et élégante, qu'elle réservait aux grandes occasions et qu'elle n'avait pas encore mise. Elle se débarrassa de sa robe de chambre et de sa chemise de nuit qu'elle lança sans ménagement sur son lit. Elle rangerait plus tard. Elle passa la robe, fonça dans la salle de bains, se maquilla légèrement. Ne pas en faire trop, c'était le maître mot. Severus n'apprécierait pas, et cela ne correspondait pas à Hermione, de toute manière. Elle regarda ses cheveux d'un air blasé. Leur balade sous la pluie ne les avait pas arrangés, et elle arborait une crinière indomptable. Tant pis. Elle était comme ça. Point.
Elle trouva sous son lit une paire d'escarpins noirs discrets et pas trop hauts, qu'elle enfila à cloche pied tandis qu'elle se précipitait hors de ses appartements. Au passage, elle attrapa un petit sac dans lequel elle fourra sa baguette.
Elle dévala à toute allure les escaliers, se félicitant mentalement de ne pas avoir mis de hauts talons. Elle sentait les muscles de ses jambes la réprimander pour tous les escaliers avalés durant la nuit.
Arrivée dans les escaliers des cachots, elle loupa une marche et se rattrapa de justesse à la rampe. Elle souffla sur les mèches de cheveux qui s'étaient invitées dans ses yeux. Le cœur battant, elle descendit plus calmement les dernières marches et arriva dans le couloir des appartements de Rogue. Elle espérait qu'il soit là et qu'elle n'ait pas à visiter toutes les salles du château pour le trouver. Elle se planta devant la porte, et respira profondément à plusieurs reprises pour calmer son point de côté et reprendre son souffle.
Hermione attrapa sa baguette dans son petit sac, l'agita, et fit apparaître dans sa main une rose aussi rouge que sa robe.
Puis, résignée, elle frappa fort à la lourde porte. Comme elle s'en était douté, aucune réponse.
- Je sais que tu es là, Severus. Ouvre cette porte, par Merlin !
Elle n'en savait rien du tout. Mais mieux valait paraître sûre d'elle. Elle attendit quelques secondes, mais il ne répondit pas. Elle souffla un juron.
Peut-être n'était-il pas là, après tout. Elle se mordit la lèvre, réfléchissant aux possibilités qui s'offraient à elle. Tant pis, elle allait essayer le laboratoire.
Elle rebroussa chemin et bifurqua dans un autre couloir pour rejoindre son but. Parvenue à la porte du laboratoire, elle réitéra son manège.
- Severus !
Elle eut un sourire de victoire. Elle avait entendu du mouvement à l'intérieur, elle aurait pu le jurer.
- Ouvre, s'il-te-plaît !
Il y eut un bruit de serrure, et le battant pivota. Rogue se tenait là, dans l'encadrement, raide et droit. Cependant, il eut un mouvement de surprise en voyant Hermione et sa robe rouge, Hermione et sa rose.
- Je… peux entrer ? fit-elle doucement.
Sans un mot, l'air grave et torturé, il se décala, laissant libre passage à Hermione. Elle pénétra dans l'antre du Prince, et la porte se referma derrière elle.
Il ouvrit la bouche mais Hermione le devança.
- Non, c'est moi qui parle. Tu t'es assez livré ce soir…, souffla-t-elle.
Il eut un claquement de langue impatient et grimaça légèrement. A la vue de son expression, Hermione trouva qu'il semblait peu ravi qu'elle se tienne là. Mais ses yeux disaient le contraire. Régulièrement, ils quittaient ceux d'Hermione et descendaient, détaillant la robe rouge et le corps qui la portait. Hermione s'en sentait troublée. Elle s'avança vers Severus et lui tendit la rose. Il dévisagea la jeune femme avec une expression impénétrable, assez longtemps pour que le bras d'Hermione tremble légèrement alors qu'elle s'attendait à ce qu'il ne fasse aucun geste vers elle.
Malgré tout, elle garda son assurance.
- Les fleurs…, dit-elle doucement. C'est comme ça qu'on fait, non ?
Le visage de Rogue ne changea pas.
- On a tout fait à l'envers depuis le début, alors…
Elle haussa les épaules. Enfin, il tendit la main et saisit la fleur. Qu'il lâcha immédiatement, tandis que trois perles de sang apparaissaient sur ses doigts. Il ne parlait toujours pas, et Hermione commençait à se demander sérieusement ce qui allait arriver. Allait-il perdre patience et la jeter dehors ?
Ignorant ses pensées, elle se baissa et ramassa la fleur, en prenant garde de saisir la partie de tige où il n'y avait pas d'épines.
- Oui, Severus. Aimer, ça fait mal. Tu le sais, je crois. Mais… Regarde… C'est magnifique, aussi.
Rogue semblait au bord d'un gouffre. Il était livide, et regardait Hermione comme s'il avait voulu la transpercer d'un simple regard. Et étonnamment, il semblait avoir peur d'elle. Les perles de sang s'étaient changées en larmes qui coulaient le long de ses doigts, sans qu'il n'y apporte la moindre attention. Hermione fronça les sourcils, posa la rose sur la table à côté d'elle.
Elle se dirigea vers le placard où étaient rangés les chiffons propres et en attrapa un. Puis elle revint vers le Maître des Potions, qui était tellement tendu qu'Hermione ne parvenait même pas à voir le torse se soulever sous les respirations. Elle tenta de saisir la main blessée, mais il ne la laissa pas faire.
- Tu as peur de mes capacités d'infirmière ? dit-elle, mi narquoise mi peinée.
Le masque tomba encore, et Hermione put presque l'entendre se briser sur le sol.
- Oui, tu me fais peur, Hermione…, dit-il d'une voix basse. Ton pouvoir…
Hermione haussa les sourcils.
- Mon… Pouvoir ? Si tu parles de ce que Bellatrix m'a fait, je…
- Non ! l'interrompit-il en lui attrapant les épaules, au détriment de sa main ensanglantée. Non… Je parle du pouvoir que tu as sur moi…
- Oh.
Il eut un sourire pincé.
- Et tu ne le vois même pas…
- En même temps, tu ne m'y aides pas… Tu te caches… Tu me fais souffrir… Tu me rejettes…
Elle essuya le sang étalé sur son épaule, et attrapa de force la main de Rogue, qu'elle banda avec le chiffon.
- Ca ne te suffit pas, ce que tu as entendu tout à l'heure, dans la Tour ? fit Rogue d'une voix sourde.
Hermione sourit doucement.
- Si… Mais je regrette que tu ne me l'aies pas dit, à moi. C'est toutefois mieux que rien. A vrai dire, je perdais espoir.
- Je perdais moi aussi espoir, Hermione, de trouver un jour quelqu'un comme toi…
Le cœur d'Hermione rata un battement. Il allait poursuivre mais Hermione lui coupa l'herbe sous le pied.
- Bien entendu, je prends sur moi et après mûre réflexion, j'excuse ta fierté et ton sarcasme de vrai Serpentard, ta peur d'homme maintes fois blessé, ton esprit borné, et tes regards noirs comme celui que tu me lances maintenant. Et en ce qui me concerne, je m'excuse pour ma fierté de Gryffondor, mon esprit borné et mon insolence. Mais je ne m'excuserais jamais d'être tombée amoureuse de toi, Severus Rogue.
- Sur ce point-là, fit doucement Rogue, je n'aurais pas accepté tes excuses.
Hermione sourit, et lui reprit la main pour faire un nœud au bandage de fortune. Il détailla la robe rouge de nouveau.
- J'espère que tu n'apprécies pas la couleur, dit la jeune femme, narquoise. Parce que c'est fait exprès.
Elle parvint ainsi à arracher un sourire à Severus. Un vrai sourire.
- Je l'abhorre, fit-il.
Et à ces mots, il serra Hermione dans ses bras comme jamais il ne l'avait fait.
Bon alors, est-ce que vous croyez qu'on va s'en sortir ? XD
