Salut tout le monde !

Aujourd'hui suite et fin du roudoudou-fluff avant le retour aux choses sérieuses.

Merci à Aliena Wyvern, Ezezaguna, Laclea, Claire1663, Sarah March, Sabrinabella, Dame Marianne, Lizzia0901 et Sally-of-middle-earth pour leur review.

Enjoy !


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Chapitre 37 : Un passé pour un présent Partie 2

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-« Je me rappelle, c'était un vrai petit monstre ! » s'exclama Drina, heureuse de faire partager une nouvelle fois ses souvenirs. « Tu sais, on ne dirait pas à le voir calme comme ça, mais enfant il était hyperactif et surexcité ! »

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-« Yaaaaa ! Meurs, vilain orc ! »

-« Thran ! » s'exclama Drina, sa patience s'effilochant de minute en minute.

-« A l'attaque ! Tous sur les méchants ! »

Sans se préoccuper une seule seconde de l'appel de sa mère, Thran repartit aussitôt à l'assaut. Armé d'un long bout de bois, qui avait beaucoup d'imagination ressemblait vaguement à une épée, il courrait dans tous les sens dans le village, tapant dans les pierres et décapitant les fleurs à grand renfort de cris sauvages. Un vrai carnage ! Drina avait accepté de le laisser jouer un moment. Après tout, c'était le premier jour de soleil depuis une semaine, et il n'était bon pour personne, et surtout pour les enfants, de rester enfermé.

Mais voilà, il avait joué tout l'après-midi, et le soleil commençait à se coucher. Pour autant, Thran refusait de revenir et de rentrer à la maison. Si elle avait réussit à le faire assoir plus de deux minutes, ça avait été en une seule et unique occasion : l'heure du gouter. Mais voilà, le casse-croute était passé depuis longtemps, et depuis qu'elle avait fait l'erreur de prononcé à voix haute le mot « bain », Thran la fuyait comme la peste. Pourtant, les Valars seuls savaient à quel point il en avait besoin. Il avait grimpé aux arbres, s'était roulé dans l'herbe et était tombé dans la boue, et dégageait à présent un léger fumet peu appréciable.

-« Thran ! » appela-t-elle une nouvelle fois, avec guère plus de succès que les précédentes.

-« Mais maman ! » s'écria l'abominable petit monstre qui lui servait de fils. « Il faut que je te sauve des méchants orcs ! Sinon ils vont te manger tout cru ! »

Ah, la voix venait des buissons sur sa droite. Elle commença à s'en approcher nonchalamment, comme si elle le cherchait toujours et ignorait où il se trouvait.

-« Tu me sauveras demain jeune homme, pour l'instant on rentre à la maison ! »

-« Non ! Je veux pas ! Je… »

Elle ne su jamais ce qu'il avait eu l'intention de dire parce qu'elle l'attrapa vivement par le bras, le prenant par surprise. Il n'eut pas le temps de se débattre que déjà elle le sortait de sa cachette. Trop lourd pour le porter, elle dû se résoudre à le trainer derrière elle, son fils ne faisant rien pour lui faciliter la tâche. Bien vite, Thran essaya de se débattre et de s'arracher à son étreinte, mais Drina raffermit sa prise.

-« Oh que non monsieur ! Tu as bien joué, maintenant tu vas me faire le plaisir d'aller prendre ton bain ! »

-« Noooooooooon ! » hurla-t-il d'une voix suraigüe. « Pas le baiiiiiiiiin ! »

Il enfonça ses talons dans le sol, fermement, et alla même jusqu'à se laisser tomber par terre, mais rien à faire : Drina ne cédait. Sanglotant toujours – pauvres larmes de crocodiles – il avait quand même cessé de se débattre, finissant probablement par comprendre que cela ne servait à rien. Mais il ne se privait pas pour autant de bouder. Il essaya les yeux larmoyants, mais sa mère n'était pas dupe. Elle le traina de force jusqu'à la maison, et l'entraina malgré lui dans la salle de bain. Là, les hurlements reprirent. Sans s'en préoccuper, bien trop habituée, Drina enleva rapidement les vêtements de son fils. Ceux-là finiraient en chiffons, ils étaient irrécupérables. De toute façon, ils commençaient à être trop petits.

Elle saisit fermement le garçonnet, et ignorant les faibles coups de poings et de pieds qu'il donnait pour se dégager, elle le plongea dans la grande cuve en bois. Puis, se saisissant d'une main du savon et de l'autre d'un gant de toilette, elle passa à l'attaque. L'eau du bain devint rapidement brunâtre, preuve si besoin était de l'état de saleté de Thran. Mais pourtant, ce dernier refusait de se laisser faire, envoyant de l'eau partout. Drina fut rapidement trempée, et il y eut bientôt plus d'eau dehors que dans le bassin. Mais le summum fut atteint quand Drina osa s'attaquer à ses cheveux. Les mèches brunes indisciplinés étaient toutes emmêlées, alors forcément quand elle passait le peigne dedans… il hurlait encore plus !

Elle finit néanmoins par venir au bout de sa tâche, et après de longues minutes d'une lutte acharnée, le sortit enfin de l'eau. Immédiatement, elle l'enveloppa d'une grande serviette pour éviter qu'il ne prenne froid, et commença à le frictionner. Thran eu rapidement les joues rougies, et alla s'assoir devant le feu sur les ordres de sa mère le temps qu'elle aille chercher ses vêtements de nuit. Ce fut fait rapidement. Drina aida son fils à s'habiller de son pyjama, puis lui sécha les cheveux. Thran boudait toujours, mais Drina savait qu'il ne lui en voulait pas vraiment. Ce 'était pas la première fois, et ce ne serait surement pas la dernière !

Un léger bruit vint pourtant rompre le silence de la pièce. Le bruit d'un ventre gargouillant. Thran rougit et baissa légèrement la tête, mais Drina lui sourit.

-« Maman ? » demanda-t-il. « Qu'est ce qu'on mange ? »

-« De la viande et des carottes, » lui répondit-elle, s'attendant à une crise. Qui ne tarda pas.

-« J'aime pas les carooooooottes ! »

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Dans notre vie, il y a tant de chose qu'on voit sans les comprendre
Car le temps va son chemin quelque soit nos desseins sans nous attendre

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Thorin éclata de rire une nouvelle fois, plus fort encore, imaginant parfaitement les facéties du petit garçon, tandis que Thran baissait les yeux en rougissant légèrement. Drina regardait Thorin rire aux éclats, un léger sourire au coin des lèvres, avant de se tourner vers son fils et de le couver tendrement du regard, malgré la fatigue qui peu à peu commençait à la gagner. Mais elle ne dit rien, profitant simplement de cette scène dont elle avait si longtemps rêvé. Thran quand à lui était toujours mortifié. Mais pourquoi sa mère avait-elle décidé de raconter cette histoire-là précisément ? Celle-là parmi tant d'autres ? Bien décidé à restaurer son honneur, il prit la parole et commença à raconter à son tour, quoique les joues toujours rouges.

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Oh miracle ! Sa mère avait enfin accepté qu'il prenne sa première leçon à l'épée. Voilà des semaines, depuis son anniversaire pour être exact, qu'il usait sa mère à lui demander des dizaines de fois par jour s'il pouvait apprendre à se battre. Jusque là, la réponse avait toujours été un non clair et définitif. « Tu es trop jeune. Tu n'es pas assez mûr. Tu es trop jeune. Tu as encore le temps. Tu es trop jeune… » En résumé, il comprenait mieux ses amis quand ils lui disaient qu'ils restaient toujours le bébé à leur mère, quel que soit l'âge. Et ce n'était pas une sensation des plus agréables. Mais bref… La veille, elle l'avait surprise en lui disant oui. Comme ça, sans raison particulière. D'abord choqué, il avait ensuite voulu foncer au terrain d'entrainement. Malheureusement, il avait du attendre le lendemain.

Et l'heure de ce premier entrainement tant attendu était enfin arrivée. Il était le premier sur le terrain vague où s'entrainait régulièrement les jeunes du village, et se retrouvai un peu désœuvré. Rapidement cependant, ses amis du même âge le rejoignirent. Eux prenaient déjà des leçons depuis quelques temps, et Thran aurait beaucoup à faire pour rattraper son retard. Mais il ne doutait pas d'y arriver.

Boldur arriva finalement. C'était lui qui donnait les leçons, étant l'un des rares au village à avoir déjà vécut une vraie bataille, à savoir Azanulbizar. Il était parfois accompagné d'Eldariel, un vieux guerrier elfe, mais aujourd'hui il était seul. Thran aimait bien Boldur. Il le connaissait depuis sa naissance. Aussi loin qu'il se souvenait, il avait toujours été présent dans sa vie, et était la seule figure masculine ayant un semblant d'autorité sur lui enfant. Pendant un temps, alors qu'il était encore trop jeune pour comprendre, il l'avait même pris pour son père. Quoi de plus normal après tout, quand on connaissait les circonstances dans lesquelles il avait grandis. Mais sa mère avait rapidement corrigé le tir, et lui avait tout expliqué. Mais sa profonde affection pour Boldur n'avait changé en rien. Pour Thran, c'était la touche masculine de sa famille, son oncle de cœur à défaut de sang, son parrain habitant malheureusement trop loin pour tenir ce rôle.

Pendant un temps, il avait même essayé de le mettre en couple avec sa mère. C'était stupide comme idée, mais il pensait qu'ainsi elle serait plus heureuse, si elle avait quelqu'un dans sa vie. Mais il n'était pas allé bien loin. Les rares allusions qu'il avait faites à une possible remise en couple de sa mère, plus ou moins discrètes d'ailleurs, l'avaient déprimée pour plusieurs heures. En revanche, à chaque fois qu'ils parlaient de son père, elle était toujours nostalgique, mais avait également cette étincelle dans le regard qu'elle n'avait pas ne temps normal. Il comprit alors que rien dans son esprit ne pourrait lui faire effacer Thorin. Et tant mieux d'ailleurs. Car après tout, et même s'il ne le connaissait pas vraiment, il était et resterait toujours son père.

-« Bonjour les jeunes ! » s'exclama Boldur, le sortant de ses pensées introspectives.

Ils ne perdirent pas de temps en palabres, et rapidement des duos de niveau équivalent se formèrent, et bientôt l'arène résonna du bruit des épées s'entrechoquant. Thran, qui était resté seul, vit Boldur s'approcher de lui.

-« Bon, avant de commencer les choses sérieuses, on va voir quel est ton niveau. »

-« Mais Boldur, je ne peux pas avoir de niveau, je comm… »

Il n'eut pas le temps de finir sa phrase que Boldur l'attaquait. Instinctivement, il leva son épée, parant le coup d'un geste purement intuitif. Boldur tenta de le toucher au flanc, et Thran déplaça latéralement son épée. Quand celle de Boldur frappa la sienne, il sentit le choc résonner dans tout son bras, et pour peu il aurait cru jusqu'au plus profond de ses os. Mais Boldur, à son grand soulagement, se contenta de faire un pas en arrière.

-« Tu as de très bon réflexes. Je pense qu'on va pouvoir faire quelque chose de toi. »

Malgré le ton dur et trop sérieux, Boldur lui sourit largement. Sourire que Thran ne put s'empêcher de lui rendre. Boldur ne pouvait pas s'en douter, mais c'était sans doute l'un des plus beaux compliments qu'il pouvait lui donner. Il avait grandit bercé par les récits que sa mère lui faisait des grandes batailles auxquelles avait participé son père. Il avait toujours eu cette image de glorieux guerrier, sans peurs et sans reproches. Et il voulait tâcher de s'en montrer digne.

Dans les heures qui suivirent, ils enchainèrent plusieurs exercices afin de tester son agilité, ses reflexes, sa vitesse, sa force, et tout un tas d'autres choses que Thran ne comprenaient même pas. Mais c'était Boldur le professionnel, pas lui. La leçon était terminée depuis longtemps, et les autres élèves étaient rentrés chez eux. Mais le nain avait insisté pour continuer. Ils avaient entamé un petit combat amical, et bien que Thran soit totalement incapable de toucher Boldur, il arrivait néanmoins à parer la majorité de ses coups.

Boldur finit par lui porter un coup d'estoc d'une grande précision et il tomba au sol, lâchant son arme. Une lame sous la gorge, il ne put que lever les mains en signe de reddition. Boldur lui tendit une main, qu'il accepta avec plaisir. Une fois remis sur ses pieds, il se tourna vers son professeur, qui le regardait avec attention, une drôle de lueur dans le regard.

-« C'est tout pour aujourd'hui mon garçon. Tu peux rentrer à la maison. Dis à ta mère que je n'en aurais pas pour longtemps. »

Thran hocha la tête, et s'apprêtait à partir quand Boldur l'interpella une dernière fois.

-« Thran ! »

Il se retourna, et fronça les sourcils. Le visage de Boldur, quelques secondes auparavant réjoui, s'était à présent fermé. Son regard s'était fait froid, et une sorte de… de mélancolie baignait dans ses yeux. Quand il lui sourit, Thran savait que son sourire était faux.

-« Ton père… ton père serait très fier de toi… vraiment… »

Il hocha la tête en guise de remerciement, et un large sourire s'étala sur ses lèvres. Oubliant totalement la mine crispée de Boldur, et son corps tendu lorsqu'il avait prononcé ces mots, il rentra d'un pas guilleret chez lui, désireux de raconter à sa mère ses premiers exploits guerriers.

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Et pourtant tu verras nous marcherons près de toi
Quelque soit les caprices du destin
Comme les lions par millions par le cœur ne font plus qu'un
Tous ensemble avec toi nous sommes un

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-« Ce que ce jeune homme ici présent oublie de te raconter, » ajouta Drina, « c'est l'état dans lequel il est revenu. »

-« Non maman, ce n'est vraiment pas la peine de… »

-« Les vêtements déchirés, tachés de poussière pour être tombé un nombre incalculable de fois au sol, des estafilades sur tout le corps, quelques plaies plus ou moins graves sur les bras, une lèvre fendue, et un œil au beurre noir. Mais comment l'as-tu reçu celui-là d'abord ? » demanda-t-elle, plus ou moins lasse.

-« Combat au corps à corps, » marmonna Thran à voix basse.

Il était dépité devant le triste tableau que dépeignait sa mère. Lui avait pensé qu'il s'était très bien débrouillé pour une première fois ! Visiblement, pas vraiment ! Mais Thorin, semblant voir la contrariété du plus jeune, posa une main compatissante sur son épaule.

-« Ne t'inquiètes pas, les débuts sont souvent difficiles. Je me rappelle quand j'étais jeune, après mes premières séances d'entrainement : j'étais littéralement incapable de tenir debout. Plus d'uns fois mon frère Frerin a été obligé de me trainer jusqu'à ma chambre ! Et regarde où j'en suis à présent ! »

-« J'aurais bien voulu voir ça… » murmura Drina d'une voix un peu fatiguée.

-« C'était à ce point là ? » demanda Thran, incapable de concevoir que Thorin ait put un jour se retrouver si facilement mis au tapis.

-« Imagine-toi avec Dwalin en maitre d'arme, ça change tout ! »

Thran éclata de rire. En effet, pour avoir combattu une ou deux fois Dwalin, il pouvait dire que ce nain avait une force de frappe incroyable. Et connaissant son caractère irascible et peu patient, il se comprenait un peu mieux son père quand il lui disait avoir souffert lors de ces sessions d'entrainement.

-« Au final, j'ai eu beaucoup de chance avec Boldur, » dit Thran, tout sourire. « C'était un professeur assez sévère et exigeant, mais toujours juste entre tous ses élèves. Et patient aussi. J'ai mit tellement de temps à simplement parvenir à le désarmer que j'ai cru plus d'une fois qu'il allait abandonner devant la cause perdue que j'étais. Mais jamais. Il s'est entêté, et à réussit à faire de moi un bon guerrier, dont mes parents puisse être fiers. C'est un peu grâce à lui que j'en suis là aujourd'hui. »

Pris dans son récit, Thran n'avait d'abord pas remarqué que le regard de Thorin s'était assombris, puis qu'il avait détourné la tête. Mais quand il s'était tu, il avait alors remarqué la respiration rauque de Thorin, comme essoufflé, et ses traits crispés. Car Thorin ne pouvait s'empêcher de penser à la réaction qu'aurait Thran s'il apprenait la véritable raison du départ de Boldur. Comme tous les autres, Drina lui avait assuré qu'il souffrait d'un amour non réciproque pour elle, et n'était pas entrée dans les détails. Seuls Drina et Thorin étaient au courant de toute l'histoire, et avaient préférez tous deux lui mentir. Pour le protéger des actes infâmes de celui qu'il considérait comme un modèle. Thran posa une main sur son bras, ramenant Thorin à la réalité et l'amenant à le regarder en face.

-« Tu tenais vraiment à lui, n'est ce pas ? » demanda Thorin d'une voix basse.

Et la question était à double tranchant. Car même s'il tentait de dominer ses émotions, Thran était parfaitement conscient de la lueur triste et proche du désespoir qu'il voyait dans les yeux de son père. Il voulu lui mentir, effacer cette peur et ces regrets, mais il ne pouvait pas espérer construire quelque chose avec lui en lui mentant de la sorte.

-« Oui, je tenais à lui, » répondit finalement Thran après un long silence. « Il a fait partit de ma vie pendant quarante-cinq ans, ce qui n'est pas rien. J'ai toujours eu ma mère avec évidemment, mais parfois, quand j'avais besoin d'un homme qui parler, il était là. Il a cette place un peu spéciale dans la famille, celle de l'oncle un peu plus protecteur que la moyenne. Le rôle que toi tu tenais pour Fili et Kili d'une certaine manière. Alors évidemment qu'il me manque. Je l'ai toujours connu, et son absence laisse forcément un vide. Il fait partie de ma famille. »

-« Tu… tu aurais préféré qu'il soit ton père ? » demanda une nouvelle fois Thorin, formulant enfin la question qui lui brulait les lèvres depuis des jours.

Il avait détourné la tête en posant cette question, incapable de soutenir la vision du plus jeune. Regrettant ses mots dès qu'ils eurent franchis ses lèvres. Parce que maintenant que la question était posée, il n'était pas certain de vouloir en savoir la réponse.

-« Non, » déclara fermement Thran, sans la moindre hésitation. « Non, parce que je ne serais pas celui que je suis aujourd'hui s'il avait été mon père. Nos relations n'auraient pas été les mêmes, j'aurais grandit différemment. Et puis, saches que même si tu n'étais pas présent, physiquement du moins, tu as toujours eu une importance toute particulière dans ma vie. Maman m'a tellement parlé de toi, j'avais parfois l'impression de te connaitre sans jamais t'avoir rencontré. C'est assez étrange comme sensation. Tu aurais pu apparaitre devant moi, j'aurais su que c'était toi, sans le moindre doute possible. Ne me demande pas comment, je n'en ai moi-même pas la moindre idée. C'est comme ça, tout simplement. C'est peut-être ce qu'on appelle les liens du sang, non ? »

Sans attendre, Thorin attira Thran dans une étreinte vigoureuse, le serrant fortement contre lui. Il aurait compris si Thran lui avait dit qu'effectivement, il aurait préféré que Boldur soit son père. Ça aurait même été la réaction la plus logique possible. Mais ce n'était pas le cas, loin de là. Au contraire, il apprenait que même absent, il avait été présent dans la vie de son fils, et que malgré la façon dont il l'avait traité, Drina avait parlé de lui à son fils. A leur fils. Elle aurait eu tout à fait le droit de cacher à Thran l'existence de ce père absent, ou de le dépeindre sous son pire jour, mais elle avait été honnête et droite jusqu'au bout.

Thorin voulu également enlacer Drina, mais quand il se tourna vers elle, il constata qu'elle s'était endormie. Il ignorait à quel moment elle avait décroché, mais tout ce qu'il savait était que la suite de la discussion ne l'avait pas dérangé, puisqu'elle ne s'était pas réveillée. Thran, qui avait sentit le mouvement de son père, se tourna à son tour vers elle, simplement pour venir au même constat que lui. Thran voulu se lever du lit pour regagner sa chambre et laisser sa mère dormir tranquillement, mais la main de Thorin sur son bras l'arrêta dans son mouvement.

-« Où crois-tu aller comme ça ? » demanda Thorin à voix basse.

-« Euh… dans ma chambre ? » dit Thran, plus sur le ton d'une question que d'une affirmation.

-« Reste ici pour la nuit, le lit est grand, tu ne déranges pas. Et puis en bougeant, tu risque de réveiller ta mère. »

Prenant alors conscience du bras négligemment jeté en travers de sa taille e des doigts serrés fermement sur sa tunique, Thran finit par obtempérer et se rallongea sur le matelas. Thorin souffla la bougie sur la table de chevet, la seule qui ne s'était pas entièrement consumée, et les recouvrit tous les trois d'une épaisse couverture de fourrure.

-« Bonne nuit papa, » chuchota Thran.

-« Bonne nuit mon fils, » lui répondit Thorin sur le même ton.

Inconsciemment, un léger sourire s'étira sur les lèvres de Drina, toujours endormie.

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Toi et moi sommes pareil tout comme la terre et le ciel
Une seule famille sous le soleil
Ton courage, ton soutien tu les trouveras chez les tiens
Car nos cœurs et le tien ne font qu'un

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-« Allez viens, sois pas trouillard ! »

-« Kili, je te jure que c'est une mauvaise idée… »

-« Bon sang Fili, fais-moi un peu confiance ! »

L'aube s'était à peine levée que déjà les deux frères étaient levés, ce qui était bien loin de leurs habitudes. A vrai dire, ils n'avaient pas beaucoup dormit. Ni cette nuit, ni les précédentes. Depuis cette fameuse soirée, tout était allé de travers. Thran, complètement ivre, qui frappait Thorin. Ce dernier, qui semblait être le père du plus jeune, et surtout qui semblait tout à fait au courant. Drina qui avait crié comme jamais, puis qui avait fuit. Son absence, si longue. L'éloignement entre Thran et Thorin, puis ce soudain rapprochement, tout bonnement incompréhensible. L'incident de la forge, le retour surprise de Drina, puis son inconscience. Et depuis, plus rien. Plus aucune nouvelle. En amenant sa mère dans sa chambre, Thran leur avait dit que c'était normal, et qu'elle serait inconsciente plusieurs heures. Thorin les avaient rapidement rejoints, et la porte de la chambre s'était fermée, pour ne plus se rouvrir de la soirée. Ni de la nuit.

Alors oui, Fili et Kili s'inquiétaient. Ils savaient parfaitement que tout était de leur faute, que s'ils n'avaient pas fait boire Thran, rien de tout cela ne serait arrivé. Mais au-delà de leur culpabilité évidente, c'était leur inquiétude concernant les relations entres Drina, Thorin et Thran, qui semblaient grandement compromises. Ils considéraient chacun d'entre eux comme un membre à part entière de leur famille, y compris Thran qu'ils ne connaissaient que depuis peu de temps. Rajouter à cela leur inquiétude pour la santé de Drina, et ils étaient tout bonnement intenables.

C'est Kili qui le premier avait émit l'hypothèse de gagner la chambre que Thorin et Drina partageaient, malgré l'interdiction qui leur en avait été donné. Et si Fili était totalement contre cette idée, il suivait néanmoins son petit frère, déterminé à l'empêcher de faire des bêtises. Et quelque peu curieux, accessoirement. Voilà donc comment ils s'étaient retrouvés tous les deux devant la porte en bois, hésitants quand à la conduite à tenir. Kili, contrarié par la distance que maintenait Fili, et bien décidé à aller au bout de son plan, prit finalement la décision d'ouvrir la porte.

Elle s'ouvrit sans un grincement, et sans réellement savoir ce qu'ils allaient trouver, les deux frères passèrent la tête dans l'encadrement. Ne voyant rien, ils firent un pas dans la pièce, puis une deuxième, et encore un autre. Ce fut Fili le premier qui aperçut les couvertures du lit se soulever au rythme d'une respiration. Ils s'approchèrent donc, et virent alors l'un des plus beaux spectacles auxquels ils n'avaient jamais été confrontés.

Drina était allongée au milieu du lit, entre ses deux hommes. Les bras de Thorin autour de sa taille, allongé dans son dos, qui ne semblaient pas vouloir en bouger. Et Thran de l'autre côté, allongé face à sa mère, et qui avait posé l'un de ses mains sur celles de son père. Ainsi allongés, les yeux clos et l'air parfaitement détendu, rare, pour leur oncle, Fili et Kili prirent pour la première fois conscience de la ressemblance frappante entre Thorin et Thran. Et maintenant qu'ils les voyaient ainsi, face à face, ils n'arrivaient tout simplement pas à comprendre comme ils avaient pu manquer quelque chose d'aussi important. Peut-être s'étaient-ils tout simplement voilés la face, refusant eux aussi de croire en quelque chose qu'ils n'avaient que trop longtemps espéré.

Une respiration plus forte que les autres les tira de leur contemplation silencieuse. Sans se concerter, tous deux reculèrent à pas lents, veillant à ne pas faire de bruit. Ayant finalement atteint le couloir, ils refermèrent la porte derrière eux. Ils se sourirent, d'un sourire tendre et complice, le regard brillant. Songeant que derrière cette porte reposait une famille qui s'était enfin trouvée. Leur famille.


NOTES DE CHAPITRE :

Alors, quel a été votre flash-back préféré ? L'accouchement, la première rencontre, Thran enfant ou Thran ado ?

La chanson est "Nous sommes un" du dessin animé Le Roi Lion 2 (suite logique de chapitre précédent !)

Review ?