Ce chapitre est un mieux sans en être un, le premier pas. (un grand pas, peut-être, je ne sais pas vraiment)
Dean parle, mais continue quand même de refouler (pour l'instant)
Castiel a du mal à rester en colère contre Dean, et moi aussi, d'ailleurs, même s'il va quand même lui dire ce qu'il ressent, et pour une fois ne pas s'excuser
Je ne vais rien dire de plus, pour une fois…
Merci encore!
Bisous
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Dean se laisse aller en arrière contre le mur, les yeux fermés, ses jambes qui tremblent tellement qu'il a du mal à tenir debout. Il se mord la lèvre, sans s'en rendre compte, et fronce les sourcils quand le goût du sang remplit sa bouche.
Et Dean ne sait pas, à ce moment-là, s'il a envie de pleurer ou de tout casser. Il a vraiment envie de pleurer. Tellement que ça brûle, ça brise toutes ses barrières, ça fait tomber les murs et Dean serre les dents si fort, à s'en casser les mâchoires, parce qu'il refuse que les larmes roulent sur ses joues. Il refuse de lâcher prise.
Les pas trop désordonnés, il se dirige vers l'évier, s'asperge le visage avec de l'eau glacée, puis retourne dans le salon. Il s'assoit dans le renfoncement de la fenêtre, les genoux contre lui et les bras enroulés autour de ses jambes. Il referme les yeux. Tout résonne dans sa tête, ses propres mots et ceux de Castiel. Devine ce que ça fait de toi. L'expression sur son visage, la douleur et la rage. La déception, et ce regard, de cette personne qu'il aime plus que tout au monde mais qu'il n'arrive pas à ne pas faire souffrir.
Il sursaute quand la porte d'entrée s'ouvre puis se referme. "Cas?" en levant la tête.
"Castiel a besoin de prendre l'air," répond Chuck, en s'approchant un peu.
Dean respire doucement, surpris de se sentir soulagé de le voir. Il se sent soulagé, rien qu'un court moment. "Tu es déçu, toi aussi?" reprend-il. "Tu m'as dit que non, au téléphone, l'autre jour, mais… tu es déçu."
"Ça compte pour toi?" en s'arrêtant à moins de deux mètres de lui. "Ce que je pense?"
"Bien sûr," comme si c'était évident. "Ça compte pour moi."
"Mais pas ce que pense Castiel?"
"Si," dans un souffle. "C'est juste que… est-ce que tu peux t'asseoir? Ça m'intimide si tu restes debout."
Chuck obtempère, prenant place à sa droite. "C'est juste que? Qu'est-ce que tu allais dire?"
"Je ne sais pas. Rien."
"Tu peux me dire, Dean, ce qui te pousse à mentir comme ça, même quand tu sais que personne ne te croit?" demande Chuck. "Est-ce que tu crois que tes émotions vont disparaître si tu les refoules?"
"Je ne refoule rien," évasivement.
"Tu sais ce que je pense?" en l'ignorant. "Ce que tu fais, avec Castiel… c'est la même chose que ce que tu as déjà fait, quand tu as menti en disant l'avoir trompé. Tu essaies de le blesser suffisamment pour qu'il parte de lui-même, et ce soir… je crois que tu l'as poussé à bout parce que tu sais que s'il lève la main sur toi, il ne sera plus capable de se regarder en face. Il ne pourra plus te regarder, toi, dans les yeux. Et il partira. Tu l'aimes assez pour le détruire de cette manière, Dean?"
Celui-ci ouvre la bouche, le cœur en travers de la gorge, et il secoue la tête. "Je voudrais juste prendre soin de lui, mais je n'y arrive plus," dit-il. "Je n'arrive plus à rien, et Castiel se détruit tout seul parce qu'il ne veut pas me quitter."
"Pourquoi tu ne le quittes pas, toi, si c'est réellement ce que tu penses?"
"Parce que je ne peux pas faire ça," sans hésiter. "Je suis incapable de faire ça, parce que je suis trop égoïste."
"Égoïste?" en penchant la tête. "Ce qui est égoïste, c'est tout ce que tu fais pour l'éloigner de toi, toute la distance que tu mets entre vous deux, sans penser à ce qu'il veut. Tu refais les mêmes erreurs, Dean. Et les amphétamines?"
"Quoi, les amphétamines?"
"Ne fais pas semblant de ne pas comprendre," simplement.
Il y a une légère autorité dans sa voix, et Dean finit par acquiescer, à contre cœur. "J'ai acheté des amphétamines, et… c'est vrai. Je ne peux pas dire que ça ne change rien. Ça change tout, et ce serait plus facile."
"Tu veux choisir ce qui est facile?"
"Rien n'est facile," répond Dean. "Ça peut être plus facile, mais pas facile. Et maintenant, j'ai… vraiment besoin que tout soit plus facile."
"Peut-être que si tu parlais de ce qui s'est passé à Lawrence, ce serait plus facile," en agrippant son regard, juste avant que Dean se détourne.
"Il ne s'est rien-"
"Dean," en le coupant.
"Tu n'as pas répondu à ma question," en appuyant distraitement son front contre la vitre.
"Tu veux savoir si je suis déçu?" fait Chuck, le ton calme. "Je ne sais pas. Est-ce que ça t'aiderait si je te disais que oui? Est-ce que c'est mon rôle? Je ne sais pas, et je ne sais pas non plus si savoir que je suis déçu te pousserait à faire en sorte que ça change. Je ne suis pas ton père."
"Je sais," dans un murmure.
"Qu'est-ce qui s'est passé à Lawrence, Dean?"
"J'ai tout cassé," avec un haussement d'épaules. "Je suis entré dans la maison et j'ai tout cassé."
"Ce n'est pas ce que je te demande," en repliant une de ses jambes sous sa cuisse pour se tourner un peu plus vers lui. "Je veux savoir ce qui s'est passé dans ta tête. Pourquoi est-ce que tu as voulu tout casser? Qu'est-ce qui te met en colère?"
"Je ne suis pas en colère."
"Oh, si," sûr de lui. "Tu l'es. Tu es en colère, et la douleur te ronge, parce que tu ne veux pas la ressentir. Tu ne veux rien ressentir, mais ça ne peut pas durer comme ça. Tu ne peux pas continuer à prétendre que tu ne ressens rien quand, en réalité, c'est tout le contraire."
Dean avale difficilement sa salive, sans répondre.
"Tu ne veux pas pleurer, Dean?" après une seconde. "Pourquoi tu ne pleures pas?"
"Qui dit que j'ai besoin de pleurer?"
"C'est marqué sur ton front," affirme Chuck. "Plus que ça, même. C'est presque la première chose qu'on voit quand on te regarde, tu sais? Tu refoules tellement ce que tu ressens, tu y mets tellement d'énergie que tu ne vois pas à quel point c'est en train de te détruire. Mais moi, je vois. Tout le monde le voit, parce que tu ne peux pas cacher ça. Tu ne-"
"Je ne veux pas pleurer pour ça," plus sèchement que prévu.
"Qu'est-ce que c'est, ça?" en voyant Dean serrer le poing. "Qu'est-ce que c'est, Dean?"
Il y a un silence, et puis Dean relève les yeux vers lui. "J'ai vu cette photo, et puis… je ne sais pas. Quelque chose a craqué," en posant un doigt sur sa tempe, une seconde, avant de fouiller dans la poche de la veste qu'il porte encore pour en sortir son portefeuille.
Il hésite, l'ouvre et prend la photo pliée en deux, toujours à la même place depuis qu'il l'a laissée là. "Quand j'étais petit, mes parents m'emmenaient souvent marcher dans la forêt, mais je… j'avais peur," dit-il. "Je n'aimais pas ça, au début, parce que c'était grand, et les branches craquaient beaucoup. Mon père était… rassurant. C'était mon père. Il me portait dans ses bras, et il disait de ne pas avoir peur, de lui faire confiance, et j'y croyais. Je croyais tout ce qu'il disait. Il disait qu'il m'aimait," en dépliant l'image pour la regarder. "Ma mère a pris cette photo. Pour créer des souvenirs. C'est ce qu'elle disait, mais je crois qu'elle n'avait pas pensé au fait que mes souvenirs ne ressembleraient vraiment à rien d'autre qu'à des promesses que mon père n'a jamais tenues. Il disait de ne pas avoir peur, mais il est… même mort, il me terrorise. Et lui faire confiance? C'est ce que j'ai fait, et puis il m'a violé. Il a dit qu'il m'aimait, mais comment… comment on peut détruire quelqu'un comme ça? Il a brisé tout ce que j'étais, et… comment on peut aimer et puis faire ça?"
"Je crois qu'on ne peut pas, Dean," sincèrement.
"Je sais," souffle Dean, les yeux toujours baissés. "Ce n'est pas vraiment mon père, sur cette photo. Et je-" alors que les mots ont tellement de mal à venir. "Il est mort. Mon père est mort parce que c'est ce que j'ai voulu de toutes mes forces depuis que j'ai douze ans. J'ai prié pour le voir mort, mais maintenant… j'ai l'impression qu'il vient tout juste de mourir. Je ne sais pas comment je peux le dire, mais j'ai… il est mort. Il ne répondra jamais à mes questions, et il ne demandera jamais pardon pour ce qu'il a fait. Il ne-"
Sa voix craque et Dean se tait. Pour ne pas pleurer. Et Chuck prend une petite inspiration. "Il te manque," finit-il par dire.
"Je ne-" brusquement, en levant la tête pour le regarder. "Non, je ne… je ne peux pas dire ça. Je ne peux pas ressentir ça."
"Pourquoi?"
"Mais parce que je ne peux pas manquer de quelqu'un qui prenait plaisir à me détruire, je ne… peux pas manquer de lui."
"Tu peux manquer du père que tu n'as pas eu," la voix plus douce. "Tu ne penses pas que c'est ce père-là qui te manque, Dean? Le père d'avant la mort de ta mère et celui qu'il aurait dû être? Tu as le droit de ressentir ça. Tu as le droit de le dire, et de pleurer."
Les dents serrées, Dean secoue une nouvelle fois la tête. "Non, je ne veux pas," pourtant au bord des larmes. "J'ai l'impression de vivre un deuil, mais je ne peux pas. Il ne mérite pas que je pleure pour lui, et je ne vais pas-"
"La question, c'est si toi, tu mérites de te sentir si mal à cause de lui," l'interrompt Chuck. "Tu penses que tu mérites de souffrir à ce point?"
"Je ne vois pas en quoi pleurer va m'empêcher de souffrir."
"Vraiment, Dean?" alors que celui-ci fixe ses mains, posées sur ses genoux.
"Je ne veux pas," obstiné.
"Plus tu vas refouler, plus tu vas souffrir, et qu'est-ce qui va se passer quand tu ne pourras plus le supporter?" en insistant un peu. "Même si peut-être que tu ne le supportes déjà plus. Tu as acheté des amphétamines, et tu avais l'intention de les prendre."
"Je ne sais pas."
"Ce n'était pas une question," avec un léger soupir. "Tu allais les prendre."
"Je te les ai données," en agitant vaguement la main.
"Est-ce que tu les aurais données à Castiel?" demande Chuck. "Si je n'avais pas été là, ce soir, s'il n'y avait eu que Castiel, est-ce qu'à l'heure qu'il est, tu serais toujours sobre?"
"Je ne sais pas," encore une fois. "Je ne sais pas. Je ne sais pas."
"D'accord," posément. "Alors pourquoi est-ce que tu as décidé de me donner ces amphétamines? Et ne me dis pas que tu ne sais pas," quand Dean ouvre la bouche pour répondre.
"Parce que je… j'avais l'intention de les prendre, c'est vrai," murmure Dean, enroué. "Mais je… qu'est-ce que je suis censé te dire?"
"Je pense que tu ne veux pas replonger. Tu ne veux pas replonger, et tu t'accroches à tout ce que tu peux pour tenir le coup."
Dean a un sourire, rempli d'amertume. "Je ne peux plus m'accrocher à Cas," admet-il. "Il fait tellement… tellement d'efforts pour nous soutenir tous les deux, et il ne tiendra jamais. Je ne peux même plus le regarder dans les yeux, parce que je sais qu'il pense que tout est sa faute, mais il a tort. Il porte tout sur lui, prend tout pour lui, et je ne peux même pas l'aider. Je n'arrive plus à rien. Je lui ai dit qu'il pouvait s'appuyer sur moi, me faire confiance, mais il ne peut pas. Je ne suis même pas capable de tenir mes promesses."
"Peut-être que tu pourrais juste arrêter de faire tout ce que tu peux pour le repousser, et faire de ton mieux pour tenir tes promesses," hésitant un court moment avant de poser une main sur son bras, juste une seconde. "Si Castiel ne peut pas s'appuyer sur toi pour l'instant, tu peux quand même lui prouver qu'il peut te faire confiance."
"Mais s'il ne peut pas?"
"Il ne peut pas?"
"Je ne sais pas," répète Dean. "Je regrette… ce soir, ce que j'ai dit… je regrette."
"Mmh," les sourcils légèrement froncés. "Ça ne suffit pas, de regretter. Est-ce que tu as l'intention de demander pardon?"
"Et si Cas ne revient pas?" incertain.
"C'est ce que tu voudrais?"
"Je voudrais effacer ce que j'ai dit, et je-" sans continuer.
Chuck acquiesce. "Je sais," dit-il. "Même si je n'ai pas exactement tout compris, je crois que tu sais que tu as vraiment dépassé les limites. Tu ne peux pas faire ça, Dean, tu ne peux pas… essaie seulement d'imaginer à quel point c'est difficile pour lui d'encaisser tout ce que tu fais pour le repousser, quelque soient tes intentions. C'est un peu comme si Cassie devait se battre en même temps pour toi et contre toi. Tu comprends?"
"Oui," d'une petite voix. "Je ne sais pas comment être ce qu'il veut. Je ne sais plus."
"Tu es déjà ce qu'il veut."
"Plus vraiment," en mordant sa lèvre inférieure.
"Si. Derrière tout ce que tu caches, tu es toujours toi," en lui adressant un petit sourire. "Tu es toujours Dean, même si tu as l'air de t'être perdu. Tu dois juste trouver le moyen de te retrouver."
"Comment je suis censé faire ça?"
"Ça, je ne peux pas te le dire, c'est-"
"Mais je veux que tu me dises ce que je dois faire, je veux… je suis perdu," même si ça semble lui faire presque mal de le dire à voix haute. "J'ai besoin qu'on me dise ce que je suis censé faire."
"Je ne crois pas," en secouant la tête. "Ça doit venir de toi, Dean."
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Castiel se tourne vers son frère quand le générique de fin se met à défiler sur l'écran. "Il faut que je rentre," dit-il.
"Tu ne veux pas rester ici cette nuit?" en faisant la moue. "Tu pourrais-"
"Non, Gabe," catégorique. "Je voulais une soirée sans Dean, pas toute une nuit."
"Tu rentres parce que c'est ce que tu veux, ou parce que Dean a besoin de toi?"
"Les deux?" en se levant. "Tu pourrais essayer de te rappeler que tu as promis de respecter mes choix? Ne sois pas aussi… je ne sais pas? Tu pourrais essayer d'être moins comme le grand-frère poule."
"Le… quoi?" haussant un sourcil.
Sans prendre la peine de répondre, Castiel attrape sa veste sur le bras du canapé. "Je t'appelle demain. Ça te va?"
"Cassie.. dis-moi au moins ce qui s'est passé ce soir."
"Il a acheté des amphétamines," parlant avant de réfléchir.
"De mieux en mieux," sans pouvoir retenir son sarcasme.
"Gabe, s'il te plaît," soupire Castiel. "Tu pourrais me donner ton avis de psy?"
"Mon avis de psy, c'est que Dean est en train de s'enfoncer," en secouant la tête. "Il ne veut pas qu'on l'aide, mais alors… est-ce qu'on doit l'aider quand même? Est-ce qu'on est censés ignorer ce qu'il croit vouloir, et-"
"Ce qu'il croit vouloir?"
"Évidemment, Cassie," plus calmement. "C'est… presque fascinant, en fait, cette manière qu'il a de tout rejeter en bloc quand il est blessé, de refuser qu'on l'approche, qu'on le touche, et d'essayer de faire souffrir autant qu'il souffre. Il va s'enfoncer jusqu'à revenir demander l'aide qu'il veut, au fond, l'aide dont il a besoin. Il va revenir. Sobre ou non, c'est ça, la vraie question."
"Et tu voudras bien l'aider?" demande Castiel.
A son tour, Gabriel pousse un soupir, l'air désabusé. Il lève les yeux au ciel. "Évidemment," répète-t-il. "Dean est mon ami. Je l'aiderai s'il vient demander de l'aide, mais c'est juste… je n'ai pas ta patience, tu sais? Et tu es mon frère. Ça compte plus pour moi que n'importe quelle amitié."
"Je sais."
"Essaie juste de faire attention à toi, et… oh, je ne sais même pas pourquoi je te dis ça, puisque tu fais passer le bien-être de la terre entière avant le tien."
"Tu n'exagèrerais pas un peu?" en enfilant sa veste.
"A peine," marmonne Gabriel.
"Je t'appelle demain, d'accord?" avec un sourire.
"Mmh."
"Ne t'inquiète pas," ajoute Castiel, en le prenant brièvement dans ses bras, avant de le relâcher pour se diriger vers la sortie. "Je t'appelle."
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Dean se lève quand Castiel referme la porte derrière lui, pas réellement doucement.
"Cas?" en entrant dans la cuisine. "Est-ce que… ça va? J'ai eu peur, et je… je croyais que tu ne reviendrais pas."
"Mmh," fait Castiel, sans vraiment le regarder.
Il pose ses clés sur le plan de travail avant de se tourner vers Chuck, un peu en retrait, échangeant avec lui un très bref regard, puis un hochement de tête. "Je suis désolé que tu aies été obligé de rester si tard," dit-il. "Merci."
"De rien," avec un sourire. "Je vais rentrer, maintenant. Ta mère m'attend, et vous avez besoin de parler, tous les deux."
"Mmh," encore une fois, plus amer. "Parler, c'est vraiment ce que Dean fait de mieux."
Dean ouvre la bouche, mais ne réplique rien, et Chuck s'approche, suffisamment pour étreindre son fils. "Je te fais confiance," simplement. "Tes choix sont les bons, et je suis fier de toi. N'oublie pas, Castiel. D'accord?"
"Oui," légèrement enroué.
Chuck s'écarte, lui sourit encore une fois, puis adresse un très long regard à Dean. "Pense à ce que je t'ai dit. A ce que toi, tu as dit."
Silencieux, Dean acquiesce.
Castiel raccompagne Chuck pour fermer la porte à clé derrière lui, puis revient sur ses pas, évitant le regard de Dean, qui le cherche et s'avance. "Cas, je suis… je suis désolé, j'ai-"
"Ça ne me suffit pas," coupe Castiel. "Ce que tu as dit, c'est… tu te rends compte de ce que tu as dit, Dean? Il y a vraiment beaucoup, beaucoup de choses que je peux accepter, tu sais, même… vraiment beaucoup trop. En particulier venant de toi. Je peux accepter beaucoup de choses, mais j'ai des limites."
"Ce n'est pas ce que je voulais dire, je… je ne voulais pas, et-"
"C'est quand même ce que tu as dit," en secouant la tête. "Que tu le penses ou non, ça ne change rien, finalement. Parce que tu ne cherches qu'à me blesser, c'est volontaire, et ça fait mal, tu sais? J'en ai assez. J'en ai vraiment assez."
"Je suis désolé," murmure Dean.
"Je sais," après une seconde. "Tu es toujours désolé, mais tu recommences à chaque fois. Est-ce que tu vas finir par être suffisamment désolé pour comprendre que tu ne peux pas continuer comme ça? Moi, je ne peux pas continuer comme ça. Est-ce que ça compte pour toi?"
"Bien sûr," plus vivement. "Bien sûr que ça compte, Cas. Je t'aime."
"Tu m'aimes," répète Castiel. "Oui, je sais. Moi aussi. Même si tu as l'air d'être prêt à faire n'importe quoi pour que je ne puisse même plus te regarder dans les yeux. Je ne suis pas sûr que l'amour soit censé ressembler à ça. Je suis même sûr du contraire."
Trop violemment, Dean se mord l'intérieur de la joue, le regard plongé dans le sien, même s'il a presque envie de disparaître, et Castiel soupire. "Je suis fatigué," dit-il, avant de se retourner.
"Où est-ce que tu vas?" légèrement paniqué.
"Prendre une douche."
"Je peux…?"
"Non," en claquant la porte de la salle de bain derrière lui.
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Castiel ignore Dean pendant un temps qui leur semble, à tous les deux, durer des heures. Il essaie de trouver le sommeil mais n'y arrive pas, peut-être parce que Dean reste dans le salon. Peut-être parce que le lit est vide, et Castiel finit par en sortir. Il se laisse tomber dans le canapé, à côté de Dean, devant la télévision que celui-ci ne regarde pas vraiment.
Ils restent là un moment, jusqu'à ce que Dean se redresse puis se rapproche, sans que Castiel réagisse. "Cas…?" hésitant, en tendant la main pour effleurer sa joue, alors que Castiel détourne la tête pour l'éviter. "Cas, je suis vraiment désolé. Crois-moi quand je dis que je suis désolé. Je te demande pardon, et… parle-moi. S'il te plaît."
"Ça fait des jours et des jours que tu ne me regardes même plus, et tu exiges que je-"
"Je te regarde," en le coupant. "Je te regarde tout le temps, et je n'exige rien."
"Mmh," distraitement.
"Tu vas faire semblant de regarder la télé toute la nuit?"
"Je ne fais pas semblant," sans lâcher l'écran des yeux.
Dean a un sourire. "Tu détestes les films de Western, et là, Cas… t'es en train d'en regarder un," lui fait-il remarquer.
"Qu'est-ce qui te fait dire que je déteste les films de Western?" en attrapant un coussin pour s'occuper les mains. "Je les regarde avec toi."
"Pour me faire plaisir. Je sais que tu n'aimes pas ça."
"Bon… c'est vrai," après une seconde.
Il y a un court silence, et Dean lui prend le coussin pour le mettre sur la table basse, avant de monter à califourchon sur ses cuisses, rapidement pour ne pas lui laisser le temps de protester.
"Qu'est-ce que tu fais?" demande Castiel, immobile, sans le repousser mais sans pour autant faire le moindre geste vers lui.
Dean ne répond pas, pose ses deux mains sur son ventre, près de sa taille, puis se penche pour l'embrasser. Pas sur la bouche. D'abord sur la joue, et moins délicatement le long de son cou, descendant près de sa clavicule. Il mord un peu, arrachant un gémissement à Castiel, qui agrippe ses hanches dans un mouvement incontrôlé, fermant les yeux, alors que Dean pose les doigts sur la ceinture élastique de son pantalon.
Il ondule du bassin sur lui, mais s'esquive quand Castiel essaie de l'embrasser. Celui-ci fronce les sourcils, resserre sa prise sur ses hanches pour l'immobiliser tout en cherchant son regard. Il sent les muscles de Dean se raidir, presque imperceptiblement. "Tu n'as pas envie de moi," comme une simple constatation.
"Bien sûr que si, j'ai envie de toi," en se penchant une nouvelle fois.
"Alors pourquoi-" perdant ses mots au moment exact où Dean presse sa paume contre son entrejambe, à travers son bas de pyjama. "Pourquoi tu ne me laisses pas… t'embrasser? Dean, tu-" quand il finit par glisser sa main dans son boxer, les gestes trop calculés pour être sincères. "Attends, j'ai… ah, s'il te plaît. Attends."
"Laisse-moi te faire oublier," la bouche toujours contre sa peau. "Je peux te faire suffisamment plaisir pour que tu oublies tout, je peux… je vais te faire te sentir bien."
Dean se redresse légèrement, pour le regarder. Sans réellement le regarder. Il se passe la langue sur les lèvres, et Castiel mentirait s'il disait que ça ne l'excite pas, même si tout sonne faux. Tout sonne comme si Dean ne cherchait qu'à séduire et à plaire, qu'à forcer Castiel à prendre ce qu'il n'a pas vraiment envie de donner maintenant.
"C'est ton plaisir, Castiel," dans un souffle, en imprimant un mouvement de va-et-vient sur son sexe. "Prend ce que tu veux prendre."
Brusquement, Castiel rouvre les yeux et se fige. Il lui faut plusieurs longues secondes pour réussir à reprendre le contrôle, et il relâche les hanches de Dean avant d'attraper ses poignets. "Arrête," dit-il. "Arrête, Dean. Tu ne peux pas faire ça."
"Qu'est-ce que je ne peux pas faire?" en essayant de forcer Castiel à libérer ses poignets, sans succès.
"Tu ne peux pas… te vendre comme ça," répond Castiel. "C'est ce que tu fais? Ce n'est pas pour de l'argent, mais ça revient au même, et je… je ne veux pas faire ça. Te toucher si ce n'est pas ce que tu veux, et… mais pour qui est-ce que tu me prends?"
"Ne te mets pas en colère," sa voix qui supplie presque.
"Pourquoi tu voudrais ça, Dean? Je ne comprends pas," en passant l'index sous son menton pour que Dean relève les yeux dans les siens. "Le sexe entre nous… ne le rend pas comme ça. Je t'en prie."
Dean réprime les larmes qui perlent sur ses cils, réprime la brûlure dans le creux de son cœur, et secoue doucement la tête. "Je ne sais pas quoi faire, j'ai… ça, je sais. Je peux me faire pardonner comme ça."
"Non, tu ne peux pas."
"Mais-"
"Depuis combien de temps est-ce qu'on ne s'est pas embrassés?" en le coupant. "Tu ne m'embrasses plus. Tu ne me regardes plus comme avant, et tu n'as même plus… envie de moi."
"Si," proteste Dean. "Pas maintenant, c'est vrai, mais je… si, je te regarde, et j'ai envie de toi."
"Vraiment, Dean?"
"Oui," en s'accrochant à son avant-bras, comme s'il avait finalement trop peur de le laisser partir. "J'ai juste… je ne sais même plus qui je suis, Cas. Je ne sais pas où je vais, je ne sais pas comment ne pas te faire de mal, ni comment te demander pardon."
Castiel se tait, et la voix de Dean casse. "Je voudrais te dire que j'ai… je-" rassemblant tout son courage. "Je me sens très mal," en fermant les yeux. "Je ne… je ne suis pas vide. Pas du tout. C'est même difficile de respirer."
Le visage de Castiel n'est éclairé que par la lumière de l'écran, mais Dean voit son expression s'adoucir. "Tu n'es pas vide," répète-t-il. "Et-"
"Et je suis vraiment désolé," en prenant son visage entre ses mains. "Je sais que tu es en colère contre moi, et… avec tout ce que je te fais endurer, tu peux être en colère. Tu pourrais même me détester. J'ai dépassé les limites, je sais que j'ai vraiment… Cas. Je te demande pardon. Pour ce que j'ai dit, et pour ces derniers temps," en caressant ses lèvres du bout des doigts, dans un geste cette fois vraiment plus que spontané. "Je t'aime. Je t'aimerai toujours, et je suis désolé de ne plus être ce que tu veux."
"Ne t'excuse pas de ce que tu es," très doucement. "Ne t'excuse pas de ne plus aller bien, et… je voudrais juste que tu arrêtes de me repousser, Dean. Je voudrais que tu me fasses assez confiance."
"Mais je te fais confiance," les sourcils froncés. "Pourquoi-"
"Tu ne m'as pas donné les amphétamines," l'interrompt Castiel. "Tu as eu assez confiance en mon père pour les lui donner, mais pas en moi."
"Ce n'est pas ça," en baissant légèrement la tête. "J'ai plus confiance en toi qu'en n'importe qui, mais j'essaie de te protéger, et… je sais-" quand Castiel commence à protester. "Je sais que je ne devrais pas essayer de te protéger en essayant de t'éloigner. Mais qu'est-ce que je dois faire? Je vois comme tu vas mal, comme c'est difficile pour toi, et-"
"C'est difficile parce que tu ne me laisses pas t'aider," en prenant une de ses mains dans les siennes. "Tu ne me dis rien, et je suis dans le flou. Je veux seulement que tu reviennes vers moi, même si ce n'est pas grand-chose, même si tu te contentes d'être… là. D'être vraiment là. Tu comprends ce que je veux dire?"
Dean acquiesce, sans rien dire, sans ouvrir la bouche, parce qu'il se sent sur le point d'éclater en sanglots. Castiel le remarque, et lui adresse un sourire rassurant, en caressant sa joue. "Tu peux pleurer, Dean, tu sais?"
"Je ne veux pas," d'une voix trop rauque. "Ne me force pas, ne-"
"Eh," le plus doucement du monde. "Eh, Dean… regarde-moi," quand celui-ci tente de détourner les yeux, coincé par la main de Castiel contre sa joue. "Ça va aller. Viens là," en l'attirant plus près pour le serrer contre lui. "Tout ira bien, je te promets que tout ira bien. Je t'aime."
