Point de vue: Externe
Il est presque 11 heures lorsque Jay sort du bureau de son supérieur. Il rejoint ses collègues qui lui font aussitôt part de la décision prise par Voight plus tôt dans la matinée.
- Et il n'a donné aucune explication ? demande Jay étonné à ses collègues.
- Aucune, l'informe Ruzzek dans un soupir, il a juste dit qu'on laissait tomber l'affaire.
- On ne peut pas tout abandonner maintenant ! s'exclame Jay.
Ils tentent alors de chercher une solution. La première qui vient dans l'esprit de Jay c'est Erin.
- Je ne pense pas que ce soit sa principale préoccupation, lui fait alors remarquer Antonio, ma sœur m'a dit qu'elle avait refusé de la voir hier, et Justin lui a dit qu'elle avait refusé de voir le médecin aussi.
- Et c'est pour ça que Voight laisse tomber, soupire Kevin, parce que sans Erin, on est dans la galère mon pote !
- Pourtant elle était d'accord pour participer à la descente de Charlie, précise Ruzzek assez perdu.
Antonio hausse les épaules avec un air désabusé :
- Elle oui, Voight non. Elle est trop impliquée pour.
- Justement, c'est un atout plus qu'avantageux !
Voight et Olinsky sortent du bureau au même instant. En apercevant leur visage, ils savent que les nouvelles ne sont pas bonnes. Ils vont bientôt en avoir confirmation :
- Vous êtes tous là, ça tombe bien, leur lance Voight d'un air sérieux.
- Qu'est ce qui se passe ?
Voight jette un regard à Alvin, un regard qui en dit long sur la situation. Pourtant il ne sait pas par où, ni par quoi commencer, alors il décide de ne pas passer par quatre chemins et entre directement dans le vif du sujet.
- Il y a de fortes chances pour que je perde ma plaque. Alvin aussi. Vous êtes une bonne équipe, une excellente équipe même. Je compte sur vous …
- Comment ça ? l'interrompt Ruzzek assez médusé comme tous ses coéquipiers, qu'est ce que vous voulez dire ?
- Vous devrez prendre la relève.
Ruzzek se tourne vers ses collègues qui sont tout autant surpris et perplexes que lui ne l'est.
- On ne peut rien vous dire de plus, leur lance Alvin en remarquant leur regard interrogateur.
Mais ils n'ont pas besoin de le faire, Jay sait pertinemment que ce « James » a quelque chose à voir avec cette annonce.
- Donc … On doit attendre tranquillement que vous soyez éjectés ? On ne peut rien faire ?
- Rien, réfute pourtant Voight.
Bizarrement, Jay n'en croit pas un mot.
- Ce n'est pas possible, reprend Antonio sur un ton déterminé, on doit bien pouvoir faire quelque chose ?
- Il n'y a rien à faire.
Il a bien raison de ne pas le croire puisque ce n'est absolument pas dans les habitudes de Voight de baisser aussi vite les bras. Et il croit savoir pourquoi son chef préfère s'avouer vaincu plutôt que d'essayer de se battre. Simplement pour protéger une personne.
Point de vue : Erin
J'entends qu'on toque à ma porte. Encore une fois. J'en ai marre. Je sors ma tête des couvertures et pose mes yeux sur le réveil : 22h45 il affiche. Je fronce les sourcils : On est quel jour ? Je n'en ai aucune idée … La porte de ma chambre finit par s'ouvrir lentement, je me remets aussitôt sous les couvertures.
- Je peux entrer ?
Ma respiration s'accélère lorsque je reconnais cette voix. Qu'est ce qu'il vient faire ici et surtout à cette heure ci ?
- Erin ?
- Hmm …
- Je peux entrer ?
- Hmm …
Je l'entends refermer la porte puis s'avancer jusqu'au lit. A travers les couvertures, j'arrive à percevoir sa silhouette. Je prie intérieurement pour qu'il s'en aille. En vain. Au lieu de ça, il enlève les couvertures qui se trouvent sur mon visage et s'assied sur le rebord du lit.
- Je sais que tu ne veux voir personne, et je suis désolé de te déranger mais il fallait que je te parle.
- Hmm …
- Je sais que Voight cherche à te protéger par rapport à James. De quoi ? Je n'en sais rien mais il risque gros, très gros même, c'est pour cette raison qu'il a commencé à assurer ses arrières.
« Assurer ses arrières ? » Qu'est ce qu'il veut dire par là ? Hank lui aurait-il parlé de … de tout ça ? Non. Impossible.
- Alvin et lui vont bientôt se faire coffrer. Si tu peux faire changer la donne Erin, il faut que tu le fasses.
Je n'y comprends plus rien. Comment il peut être au courant de tout ça ?
- Je vais te laisser te reposer.
Il se lève du lit et se dirige jusqu'à la porte. Je ne peux m'empêcher de penser à ce qu'il a dit alors qu'il commence à sortir de la pièce.
- Jay attends.
La main sur la poignée de la porte qu'il vient d'entrouvrir, il se tourne vers moi. La lumière du couloir est allumée, Hank ne dort donc pas, d'autant plus que j'entends des personnes parler. Qu'est ce qui se passe ? Qui est là ?
Pour en avoir le cœur net, je décide de vérifier par moi même. Je me lève donc du lit – non sans difficulté - et rejoins Jay sur le pas de la porte de la chambre. Mais la lumière est forte, beaucoup trop forte pour mes yeux qui ont été habitués à rester dans le noir total ces derniers temps. Je mets donc une main devant mes yeux afin de les protéger et de m'habituer à cette lumière qui m'aveugle totalement. Chose que je parviens à faire au bout de longues secondes et chose qui me permet surtout de remarquer la présence de plusieurs personnes.
Alvin et Hank sont là, assis autour de la table. Mais ils ne sont pas seuls. Elisha est aussi présente avec Alicia, Irina ainsi que Cassis - ça devient presque une habitude, me direz-vous – et Justin se trouve à leur côté. Quand mes yeux se posent sur lui, je sens comme une boule au ventre, et des frissons me parcourent le corps. Je détourne mon regard aussitôt. Non. Je n'y arrive tout simplement pas. Alors, je prends Jay par la main et l'entraine à l'intérieur de la chambre avant de fermer la porte derrière nous. Je retourne m'allonger dans le lit tandis Jay se rassied sur le rebord, sa main toujours dans la mienne.
- Viens s'il te plait …
Il hésite mais finit tout de même par venir s'allonger à côté de moi. Ça me fait tellement du bien de l'avoir ici, auprès de moi. Je me sens rassurée, en sécurité et surtout beaucoup plus apaisée. Je pose mon visage sur son torse et – contrairement aux autres nuits – mes yeux se ferment tout seuls.
- Erin ?
Mais Jay a besoin avant tout d'explications, j'en ai bien conscience. Tout ce que j'ai pu lui dire – ou plutôt tout ce que je ne lui ai pas dit - l'autre nuit sur James, je le connais et je sais qu'il ne va pas s'en contenter.
- Hmmm ?
- On n'est plus sur le réseau.
Je rouvre les paupières attendant silencieusement qu'il poursuive :
- Voight ne veut plus qu'on s'en charge.
- Et pourquoi ?
- Il n'a pas voulu nous dire les raisons, mais je pense qu'il ne veut pas que tu y participes.
- Ça, je le sais, mais pourquoi tout abandonner ?
- Parce qu'il sait que sans toi, cette affaire va être un véritable fiasco.
Je secoue mon visage de gauche à droite :
- Vous pouvez les choper. Si vous vous y prenez bien, vous pouvez tous les avoir.
- Et comment ? On n'a personne sur le terrain pour nous donner des infos.
- Mais l'année dernière…
- L'année dernière, Charlie était en contact la personne en qui il avait le plus confiance, c'est à dire toi. Tu nous avais filé toutes les infos et on avait pu le coincer. Mais là, on n'a personne sur le terrain, que ce soit flics ou indics.
Il n'a pas tort. Si l'année passée, je n'avais pas joué double jeu en faisant croire à Charlie que je marchais avec lui, on n'aurait jamais pu l'attraper ce fameux soir alors qu'il s'apprêtait à cambrioler une bijouterie.
- Et vous n'avez toujours pas de nouvelle des parents de Byron ni de Victoria ?
- Toujours rien. Byron est toujours confié à sa famille d'accueil. Mais on a appris récemment que le père était en quelque sorte lié au réseau. On ne sait pas exactement sa …
- Victoria m'avait parlé de lui avant que … enfin que ses parents disparaissent.
J'ai fait exprès de ne pas mentionner Victoria dans le groupe des disparus en espérant qu'il comprenne.
- Elle aussi a disparu Erin.
Il l'a compris. Mais maintenant je doute. Est-ce que je dois lui dire la vérité ? Il le faudrait je le sais, mais à quel prix ?
- Erin ?
Il sait que je lui cache quelque chose. Je ne peux plus faire machine arrière.
- Elle n'a pas disparu.
Il ne répond rien, pourtant malgré l'obscurité, j'arrive à sentir son regard insistant et interrogateur sur moi :
- Il faut que tu nous dises ce que tu sais Erin. Elle pourrait nous aider et surtout on pourrait l'aider.
- Je … Enfin je ne préfère pas en parler devant les filles … Victoria veut éviter que ça se sache.
- Les filles ?
Je garde le silence voulant éviter de trop en dire.
- Tu parles d'Elisha, d'Alicia, de Cassis et d'Irina ?
Il paraît totalement perdu par la situation, je l'entends au son de sa voix. Alors je confirme par un simple signe de tête affirmatif.
- Parce ce qu'elles se connaissent ?
De nouveau, j'acquiesce sans un mot.
- Si tu ne veux rien me dire à moi, je comprends, mais tu dois au moins en parler à Voight.
- C'est compliqué, murmurais-je.
- Je m'en doute mais il faut vraiment que tu parles. Ça pourrait nous aider, et ça pourrait surtout aider Victoria. Elle est sûrement en danger, tu le sais ?
Plus que tu ne le crois, pensais-je amèrement.
- Je … Enfin j'ai essayé de l'aider mais … Mais je n'ai pas pu … Je …
Je me pince les lèvres consciente de « mon rôle » dans cet enchainement d'évènements. Hank a raison, j'ai une grosse part de responsabilité dans tout ce qui arrive maintenant : Que ce soit pour le réseau, ou même pour James d'ailleurs. Hank n'a peut-être pas mis le sujet de James sur la table avec moi, mais je sais que je suis entièrement fautive.
- Tu n'y es pour rien Erin.
- Je vais envoyer Hank derrière les barreaux, murmurais-je.
Je n'arrive pas à me résoudre à cette idée. Après tout ce qu'il a fait pour moi, il va se retrouver en taule et par ma faute ? Non ce n'est pas possible. Surtout qu'il n'est pas le seul à être dans cette position délicate :
- Alvin a des gamines, il …
Je secoue mon visage :
- Comment je vais pouvoir les regarder en face alors que j'aurai envoyé leur père en prison ?
Je ne pourrai tout simplement pas. D'autant plus qu'à ce que j'ai entendu, il ne reste qu'Alvin comme parent à Michelle. Donc si James sort de prison, elle n'aura plus personne.
- Erin …, murmure alors Jay.
Je passe une main sur mes yeux devenus humides. J'essaie de ne pas craquer mais c'est devenu trop pour moi. Beaucoup trop.
- Qu'est ce que j'ai fait Jay ? Qu'est ce que j'ai fait ?
Point de vue : Jay
J'essaie de la calmer du mieux que je peux. Mais plutôt difficile quand on ignore ce qui met une personne dans un tel état. Alors je me contente de la rassurer, ou du moins, j'essaie de le faire. Je lui parle en continu. Je lui répète que je suis là pour elle, et que quoi qu'il se soit passé avec James, on va finir par trouver une solution.
Il est plus de deux heures du matin quand elle s'endort enfin. Enfin s'endormir est un bien grand mot puisque moins d'une heure après, elle est de nouveau réveillée.
- Il faut que tu te reposes Erin.
- Je veux parler à Hank, murmure-t-elle en allumant sa lampe de chevet.
Elle se frotte les yeux totalement épuisée. Vu l'état de fatigue qui se lit sur son visage, je suppose que ses dernières nuits se résument exactement à ce que je viens d'assister : Se poser des questions, se remettre en question, fermer les yeux pendant quelques minutes et réfléchir pendant le reste de la nuit.
- Tu veux bien rester avec moi ?
J'accepte. Je ne peux pas la laisser seule. Pas dans son état, pas avec ce qu'elle vient de traverser, et surtout pas avec qu'elle s'apprête encore à traverser. On sort de la chambre. Il ne reste plus que Voight et Alvin, pas étonnant puisqu'il est plus de 3 heures du matin. Ils stoppent leur conversation lorsqu'ils nous aperçoivent.
Sans un mot, Erin s'installe avec eux tandis que je reste sur le côté en silence, appuyé contre le mur. Elle ne passe pas par 4 chemins et se lance directement :
- Victoria … Elle travaillait avec les filles à la boîte. Son père trainait dans les magouilles et sa mère pensait plus à la drogue qu'à ses enfants, alors Victoria a dû travailler pour subvenir aux besoins de Byron. Au début, ça allait tranquille …
Elle continue son récit et nous l'écoutons tous avec la plus grande attention. Pendant près de quinze minutes elle a parlé sans interruption. Une fois qu'elle a eu fini, Voight lui a posé de nombreuses questions. Questions auxquelles elle a répondu, pour la plupart, sans encombre.
Puis à la fin de cette entrevue, elle est venue jusqu'à moi et m'a demandé de rester avec elle. Vous comprenez mon malaise, surtout en remarquant le regard de mon supérieur posé sur moi. Est ce qu'il a entendu ce qu'elle m'a demandé ? Je ne pense pas, elle a parlé bien trop doucement pour qu'il l'entende, mais j'ai la vague impression qu'il a deviné sa requête. J'ai donc hésité, longuement hésité. Si ça ne tenait qu'à moi, je resterais. Mais voilà, ça ne tient pas qu'à moi malheureusement. Il faut aussi prendre en compte le contexte. Un contexte quelque peu délicat étant donné qu'Erin vit sous le même toit que l'homme pour qui je travaille et qui la considère comme sa propre fille, un homme qui la surprotège, et surtout un homme qui n'a jamais accepté notre relation.
Ne voulant pas m'étaler en public, je la suis dans sa chambre et c'est à contre-coeur que je lui dis que je dois y aller mais que je passerai la voir demain. Elle est déçue mais acquiesce tout de même. Elle sait que ce n'est pas de mon plein gré, elle sait que c'est mieux ainsi. Je sors donc de la maison, fatigué mais surtout le cœur serré. Je m'en veux de la laisser seule parce que je sais qu'elle a besoin de moi.
- Jay !
Je viens tout juste de descendre les marches du perron lorsque j'entends Voight m'appeler. Je me retourne donc surpris, puis je l'aperçois fermer la porte derrière lui et se diriger jusqu'à moi. Je suis encore plus perplexe lorsque, une fois arrivé face à moi, il semble réfléchir à ce qu'il s'apprête à me dire :
- On est partis sur des mauvaises bases tous les deux…
Il s'arrête un instant, passe une main sur son menton avant de reprendre :
- Enfin disons que je t'ai mal jugé et je m'en excuse.
Je fronce les sourcils, stupéfait par ce que je viens d'entendre. Je rêve où Hank Voight vient de s'excuser auprès de moi ?
- T'es un excellent agent au sein de mon équipe, et … Et tu es un excellent soutien pour Erin, tu lui apportes beaucoup et tu m'as l'air d'être sincère vis – à – vis d'elle.
- Je le suis et je l'ai toujours été, lui fais-je remarquer calmement.
Il ne répond rien. Il n'a pas l'air de me croire. Mais je peux comprendre qu'il doute.
- Je ne ferai jamais rien qui puisse lui nuire Voight.
- Intentionnellement non Jay.
Je ne comprends pas où il veut en venir. Enfin si, j'ai ma petite idée mais je ne comprends pas pourquoi il me le dit … à moi ?
- Je n'ai rien contre votre relation, c'est juste que j'assure toujours mes arrières avec les gars qui fréquentent Erin.
- Pourtant je ne suis pas le premier.
Et c'est la vérité. Erin a fréquenté d'autres hommes avant moi, mais c'est avec moi que Voight a le plus de mal. Pourquoi ?
- Tu ne peux pas comparer ses précédentes relations avec la vôtre.
- Et pourquoi pas ?
- Tu n'es peut-être pas le premier à la fréquenter, mais tu es le premier qui compte vraiment pour elle Jay, tu es le premier à qui elle tient et s'accroche autant. Et ça … ça j'appréhende vraiment. Parce que tu ignores ce que c'est, tu n'es jamais sorti avec une personne dépendante. Tu as vu Erin sous ses plus beaux jours, donc évidemment que votre vie de couple était parfaite. Elle n'a pas voulu te parler de cette autre face cachée, celle de la dépendance. Mais tu as eu une démonstration, et comment tu as réagi ? Tu l'as laissée seule Jay. On ne laisse jamais une personne qui est en manque seule, quoi qu'il se soit passé. Qu'est ce qu'il se serait passé si je n'étais pas rentré ?
Je ne peux qu'approuver ses dires parce qu'il a entièrement raison. Je n'aurais jamais dû la laisser seule cette nuit là, je le sais, mais malheureusement je l'ai fait. Et ça, je ne me le pardonnerai jamais.
- Ce que je veux te faire comprendre Jay, c'est qu'elle a plus besoin de ton soutien que d'une relation amoureuse actuellement.
- Et si j'ai envie d'être avec elle maintenant ?
Il me dévisage du regard durant de nombreuses secondes ne s'attendant visiblement pas à ce que je lui pose cette question. Est ce que j'ai bien fait d'être aussi direct ? Je commence à en douter, mais contre toute attente, Voight finit par reprendre :
- Si tu veux être avec elle maintenant, c'est que tu es vraiment sûr de ton choix Jay. Elle a beaucoup de problèmes en ce moment, elle doit faire face à beaucoup de choses comme tu le sais et elle est vraiment au plus mal. Est ce qu'en plus de tout ça, elle pourrait supporter le fait de te perdre ? La réponse est non, elle tient beaucoup trop à toi. Mais d'un autre côté, ta présence lui est bénéfique. Je suis loin d'être aveugle, j'ai bien vu tous les efforts qu'elle a faits quand elle habitait chez toi, que ce soit au niveau de son comportement, ou de sa dépendance. Elle a énormément pris sur elle parce qu'elle tient à toi Jay. A ton avis, qu'est ce qui va se passer quand tu vas la lâcher ? Je l'ai ramassée de nombreuses fois à la petite cuillère, et je t'assure que c'est difficile de la remettre sur pied. Mais si tu la lâches, ce n'est plus à la petite cuillère que je vais la ramasser, c'est au fond d'un cercueil. Tu comprendras que je ne tiens pas spécialement à le faire et tu comprendras surtout ma réticence face à votre relation.
Bien sûr que je comprends. Je le comprends absolument et je lui suis surtout reconnaissant d'enfin me dire en face les raisons de son comportement vis – à – vis de moi. Donc je décide, à mon tour, de mettre carte sur table :
- Pourquoi vous pensez que je vais la lâcher ? Si je décide de me mettre avec elle maintenant, ce n'est certainement pas pour la lâcher demain. Je sais que je m'y suis mal pris avec elle, mais … Je n'ai aucune excuse, j'étais énervé parce qu'elle m'avait menti, mais je n'avais pas à réagir comme je l'ai fait. Je lui ai fait du mal, j'ai trahi sa confiance et je l'ai surtout mise en danger.
Je pousse un soupir avant de reprendre :
- Vous avez raison, je n'ai jamais eu de relation avec une personne accro, et c'est vrai que ce n'est pas facile. Je ne m'y attendais tout simplement pas. Je voyais Erin comme je la voyais tous les jours au boulot : Une personne forte qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. Alors c'est vrai que j'ai été pris au dépourvu quand j'ai découvert l'autre face d'Erin, une face beaucoup plus sombre. Je n'ai pas su comment réagir sur le coup, j'ai eu l'impression de me retrouver devant une autre personne, une personne que je n'avais pas l'impression de connaître. Où était passée ma coéquipière si forte et si sûre d'elle ? Aucune idée. En face de moi, j'avais seulement une personne qui n'avait pas du tout confiance en elle et qui était sous la totale emprise d'une femme qui prétendait être sa mère. Je me suis posé beaucoup de questions, et je m'en pose toujours beaucoup d'ailleurs … Mais j'ai pris du recul depuis, j'y ai beaucoup réfléchi vous savez, ma décision n'a pas été prise sur un coup de tête. J'ai fait le pour et le contre, je sais ce qu'il faut que je fasse maintenant et je sais surtout ce que je veux. Etre avec Erin.
- Il y a des choses que tu ignores Jay, tu …
- Je ne lui demanderai rien, je veux juste être là pour elle. Si elle m'en parle, tant mieux. Si elle ne le fait pas, j'attendrai.
On est restés de nombreuses minutes devant la maison à discuter. Puis, il a fini par m'inviter à revenir chez lui, en m'assurant qu'il ne voyait aucun inconvénient à ce que je reste avec Erin. Alors j'ai regagné son domicile, Justin m'a passé des vêtements de rechange et j'ai regagné la chambre dans laquelle était Erin. Elle est allongée dans le lit, mais je sais qu'elle ne dort pas et qu'elle est occupée à réfléchir. J'en viens même à me demander si elle m'a entendu entrer. A priori non puisqu'elle reste silencieuse et ne bouge pas.
Après m'être changé, je pars m'allonger à ses côtés. Aussitôt et sans un mot, elle se rapproche de moi, cale son visage au creux de mon cou en me murmurant « Merci. » J'ai failli lui répondre « Merci de ? », mais je m'abstiens et je me contente de la serrer près de moi. C'est tout ce dont elle a besoin.
On a discuté pendant le reste de la nuit. De quoi ? De tout et de rien, mais surtout d'une chose, un sujet que je n'avais pas osé aborder avec elle, du moins pour le moment étant donné les circonstances : Celui de l'enfant qu'elle a perdu.
Elle m'a bien confirmé qu'il était de moi, que cet enfant était le nôtre. Je m'en doutais, même si je n'en étais pas totalement sûr.
