Loup y es-tu ? Loup y es-tu ?
Je suis là, je suis là.
Que fais-tu ? Que fais-tu ?
Bougalou, Bougalou.
M'entends-tu ? M'entends-tu ?
Oui mon gars, oui mon gars.
Loup-garou.
Bougalou.
Ca me rend fou.
Le bougalou, du loup-garou
Il me rend fou
Le bougalou du loup-garou
Complètement fou.
Le bougalou du loup-garou : Carlos
Chapitre 61 : Tant que le loup n'y est pas ! (Nuit du 2 au 3 avril)
Je m'éloignai de moins de huit mètres, le vent soufflait de face. Dangereux pour les chaussures et le bas du pantalon ! Je me tournai dans l'autre sens pour éviter d'en mettre partout. C'est moins dangereux de faire pipi vent dans le dos que vent de face ! Surtout qu'il soufflait assez fort maintenant.
Hélène m'avait bien eu au final ! La victoire était pour elle, même si j'avais remporté la première manche.
Je souris en repensant à la manière dont elle avait joué avec moi. Bon sang ! Elle m'avait aguiché parce qu'elle était sûre que je ne serais pas partant pour du batifolage en rase campagne ! Parce qu'elle savait que si je l'embrassais, j'aurais du mal à me retenir pour la suite ! Juste pour me surprendre… mais où allait-elle s'arrêter ?
Si je n'avais pas entraperçu ce petit éclat fugace dans la prunelle de ses yeux, elle gagnait la manche ! J'avais cru avoir le dernier mot mais elle m'avait brillamment contré ! Difficile d'avoir le dernier mot avec Hélène ! En tout cas, la suite du programme était fort intéressante… A genoux devant moi…
Un bruit de pas me fit lever la tête. Allons bon, même ici elle me poursuivait ! Pressée de se mettre à genoux devant moi…De toute façon, j'avais fini.
Mais bon sang pourquoi marchait-elle à reculons ? J'allai vers elle. Lorsqu'elle se tourna vers moi, je vis ses yeux épouvantés et aussi qu'elle avait mit sa main devant sa bouche. Je voulu ouvrir la bouche pour lui demander ce qui avait pu l'effrayer à ce point mais elle plaqua son autre main sur mes lèvres et me fit signe de la tête que non.
Elle fit un effort pour essayer de calmer sa respiration haletante mais n'y parvint pas. Sa main s'introduisit dans la poche de mon manteau et elle sortit mon carnet ainsi que le crayon et, d'une main tremblante je vis qu'elle inscrivait un mot. Lorsqu'elle me présenta le carnet, je vis qu'elle avait écrit : Loup-garou. Fuir vite !
Dieu du ciel ! Elle se fichait de moi ou quoi ? Mais au vu de ses yeux terrorisés je me dis que ce n'était pas une plaisanterie. Jamais elle n'aurait pu simuler une frayeur pareille. Elle aimait la plaisanterie, mais elle était plutôt portée sur les bons mots, pas ce genre de blague de potaches !
Mais un loup-garou ? Mon esprit cartésien refusait de croire à ce genre de phénomènes. Mais Hélène ne me mentait pas, je le savais.
Je repris mon carnet et notai : Tu l'as vu ? Où ? A combien de mètres ?
Ses mains tremblaient et elle faisait des efforts pour se contrôler et ne pas hurler. Je lu sa réponse : Oui ! Devant moi, sur deux pattes, était de profil, gueule ouverte, crocs luisants, à quatre mètres.
D'accord ! Je lui fis signe de ne pas bouger. Elle se tenait devant moi et je voyais bien qu'elle avait envie de fuir à toutes jambes.
Réfléchis mon vieux ! Garde la tête froide et analyse les faits ! Hélène a une bonne vue et son esprit était encore plus cartésien que le mien puisqu'elle ne croyait même pas en l'existence de Dieu. Elle était rationnelle, logique et réfléchie. Pas une gamine délurée.
Son intelligence était équivalente à la mienne et au bal, elle s'était gaussée de celui qui nous avait parlé des disparitions dans la campagne. Donc, elle n'était pas sujette à ces croyances. Pourtant, j'avais devant moi une Hélène terrorisée ! Je la voyais trembler de tous ses membres.
Je passai ma main sur sa figure et elle était trempée de sueur ! Je la glissai ensuite dans le col de son chemisier et je constatai que son dos était trempé aussi d'une sueur glacée. Elle avait eu peur ! Pour ne pas qu'elle attrape un refroidissement, je la pris dans mes bras, écartai les pans de mon manteau et la protégeai du vent vu que son dos était trempé.
- N'aie pas peur, lui murmurais-je au creux de l'oreille, je suis armé !
- Oh Sherlock ! Il faut fuir ! Je te jure que je l'ai vu ! Tu n'as pas les balles qu'il faut !
- Je te jure que nous ne risquons rien ! Je tire correctement ! Et mes balles le tueront.
- Chut ! Il pourrait nous entendre…Viens !
- Non ! Il n'y a pas de loup-garou ! Ça n'existe pas !
- Oh je te jure que si ! Je l'ai vu sortir des taillis, à quatre mètres devant moi… j'ai failli hurler quand j'ai vu sa silhouette se découper… j'ai juste eu le temps de mette ma main devant ma bouche pour ne pas crier et j'ai dû me faire violence pour ne pas partir en courant. J'ai marché à reculons pour le surveiller. Sur mon âme je l'ai vu !
- Oui, je te crois. Tu as vu un loup-garou. Mais ça n'existe pas.
- Parle moins fort ! S'il est tapi quelque part… (Puis elle releva la tête et fronça les sourcils). Attends, tu te fiches de moi ? Tu ne me crois pas ? Je n'ai pas bu ! Je sais ce que j'ai vu !
- Ton loup-garou doit avoir les sinus fort encombré alors ! Un médecin de ma connaissance devrait lui prescrire une ordonnance et des inhalations pour lui déboucher le nez ! Et au plus vite !
- William, me dit-elle en reprenant mon prénom factice, tu te fiches de moi. (Elle se retira de mes bras et posa ses mains sur sa tête).
- Non Hélène, je ne me fiche pas de toi ! Je te crois quand tu me dis que tu as vu un « loup-garou » mais tu te trompes dans ton interprétation ! Laisse moi te démontrer, preuves à l'appui, que tu as eu affaire à une chimère.
- Je ne l'ai pas rêvé pourtant ! Il était devant moi !
- C'est bien là le problème Hélène ! Écoute-moi. Non, rassure-toi, il est partit, et pour te rassurer je vais sortir mon pistolet. Viens, allons nous mettre à l'abri du vent derrière ces buissons. (Elle y alla à contrecœur et une fois à l'abri, je lui exposai mon raisonnement). Je t'explique : nous avons pédalé comme des fous, tu as descendu et remonté une falaise, je t'ai aidé… Bref, nous ne devons pas sentir la rose ! Je pencherais pour une odeur assez forte de transpiration ! Tu te tenais devant des buissons, dos au vent ! Moi, j'étais en train de marquer mon territoire à un arbre, dos au vent aussi ! Tu vois la bête et tu as peur. Ta peur, tu l'as transpirée, et c'est une odeur forte celle de la peur ! Si ta jument avait senti cette odeur de frousse, elle aurait paniqué elle aussi. Donc, nous avons beaucoup d'odeurs assez fortes et le vent dans le dos… et le loup-garou ne sent rien ? Je parie que tous les lapins du coin on sentit notre présence ! Et pas lui ? Les loups sont réputés pour leur odorat – même à contrevent ! – et leur ouïe exceptionnelle. Sauf lui ? Je t'ai entendu arriver et pas lui ? Un homme se transforme en loup et il n'acquiert pas les capacités de l'animal ? Je pense qu'il y a un problème… même Némésis te sens arriver longtemps à l'avance ! Toutes les nuits, lorsque nous rentrons à l'auberge, elle hennit doucement dans sa stalle, qui se trouve à l'intérieur ! Toi-même tu trouvais ça merveilleux qu'elle te salue lorsque tu rentres…
- Vu sous cet angle… pourtant, mes yeux ne m'ont pas trahi…
- Tu l'as vu dans son entièreté ? De la tête – ou de la gueule – aux pieds ? Tu as vu ses pattes ? Il avait quelle taille ? Et ses mains ? Poilues ? Avec des griffes ?
- Quand je l'ai vu sortir des taillis et s'avancer dans la campagne, à découvert, devant moi, je n'ai pas songé à le détailler ! J'ai eu peur ! Je n'y croyais pas mais là, j'ai du me rendre à l'évidence ! Il devait toiser le mètre septante…
- Fort petit ! De toute façon, ce que tes yeux ont vu, ta mémoire l'a enregistré ! Il suffit de lui demander la restitution. Viens, nous allons nous mettre à l'endroit précis où tu te trouvais, ensuite, nous irons analyser les traces de ses pas-pattes. Tu es priée d'admirer mon jeu de mots !
- Papattes ! Joli jeu de mot mon cher ! Tu te surpasses…parfois… (En entendant ça, je lui passai la langue, elle le méritait !).
Je la pris par la main et la traînai jusque là. Une fois à l'endroit où elle se trouvait (on voyait ses traces) je lui fis regarder la scène.
- Fermes les yeux et souviens-toi de chaque détail… Revis la scène !
- Il est sortit, j'ai mis ma main devant ma bouche pour ne pas hurler. Je me suis accroupie, ah tiens, j'avais oublié que j'avais fait ça ! Il y avait un trou dans les buissons et j'ai regardé avant de partir à reculons. Il se tenait de profil et il marchait. Sa démarche est normale ! Pas un instant il ne tourne la tête vers moi… oui, tu as raison, avec le vent, il aurait dû me sentir ! Si on avait été à la chasse, le gibier aurait senti mon odeur… Je recule lentement pour ne pas faire de bruit et je n'ai qu'une envie : te retrouver ! Ses « mains » poilues flottent et… oh nom de Dieu ! J'ai vu du rose ! Sa main ! Et il porte un pantalon ! Oui, ça me revient ! Mince alors ! Si j'avais eu moins la frousse, j'aurais compris de suite la mystification ! J'ai réagis comme une gamine qui n'a rien dans la tête…
- Hélène, si j'avais été à tes côtés, pendant une fraction de secondes moi aussi j'y aurais sans doute cru ! Tu étais seule et je ne ris pas de ta frayeur ! Nous avons donc un type affublé d'une peau de loup « trafiquée comme pour le théâtre » et qui se ballade dans la campagne par une nuit sans pleine lune ! Pourquoi ? Je ne sais pas ! Viens, nous allons aller voir si notre bête porte des bottines ou des souliers de ville !
Nous avançâmes vers l'endroit où avait surgit la fausse bébête et je pus la suivre à la trace dans la terre humide ! Bien visibles ses traces ! J'en fis part à Hélène :
- C'est la première fois de ma vie que je piste un loup-garou et ce sagouin porte des chaussures de ville ! Même pas fichu de mettre des fausses empreintes ou au pire des bottines ! Si les loups-garous se promènent en costume, où va-t-on ?
- C'est un loup-garou qui va à une réception… Ils ont le droit d'avoir des soirées mondaines non ? Quelle étroitesse d'esprit mon cher !
- Tiens ? fis-je étonné. Ma petite fifille a retrouvé son sens de la dérision ? Mais alors elle va beaucoup mieux ! Tu veux un gros câlin ?
- Fou-toi de moi ! Mais tu ne perds rien pour attendre… ma vengeance sera terrible mon cher époux ! Tu vas regretter amèrement cette nuit où tu te moquas de ma frayeur…
- J'en tremble déjà ! Tu vas faire quoi pour me planter le couteau dans le dos ? Coucher avec John ?
Hélène se tâta le menton, toute pensive, hocha la tête avec l'air de dire « pourquoi pas ? » puis un sourire ironique à mort apparu sur son joli visage :
- Pourquoi pas après tout ? Je ferais coup double ! Mais je réserverai ce genre de chose pour ton anniversaire ou ta Noël…
- Coup double ? Laisses tomber les fantasmes scabreux !
- Mais non espèce de crétin ! Coup double parce que ce jour là, j'étonnerai deux personnes en même temps : Watson, en couchant avec lui et toi lorsque tu me trouveras dans ses bras ! LA grosse surprise du jour ! Mon plus grand triomphe ! Et comme je ne saurai jamais faire mieux, je tirerai ma révérence ! Rideau sur l'artiste !
- Pauvre de moi ! Et bien, en attendant le jour où tu nous donneras cette merveilleuse représentation, je te propose de rentrer à l'auberge ! Nous avons des choses à raconter à John !
- Ne lui parle pas de la grande première que je vous réserve à tous les deux… c'est une surprise !
Je ne pu m'empêcher de rire. Difficile de s'embêter à ses côtés ! De pire en pire ! Le 20 février, elle était déjà bien lancée mais maintenant, c'était pire !
Tant mieux si le spectre de sa journée du 21 s'éloignait. Quoique, avec un locataire dans le ventre, elle ne pouvait pas trop oublier. Il se rappellerait à son bon souvenir d'ici huit mois ! Ou demain matin…
Hélène glissa son bras sous le mien et ensuite nous reprîmes nos bicyclettes pour rentrer à l'auberge.
- Dis-moi Sher… époux, admire la manière dont je retombe sur mes pieds aussi, le jeu de mot vaut bien le tien… Pourquoi ne pourrait-il pas y avoir de loup-garou ?
- Hélène ! Il n'y a aucune preuve tangible de leur existence !
- Le contraire marche aussi : pas de preuve tangible de leur non-existence !
- Hélène ! Tu ne vas pas me dire que parce que tu as vu un type affublé d'une peau de loup cette nuit que tu vas croire à ces légendes ?
- Tu crois bien en Dieu ! Prouve-moi qu'il existe ton Dieu !
- Pour ceux qui croient, aucune preuve n'est nécessaire. Pour ceux qui ne croient pas, aucune preuve n'est possible…Médite là-dessus ! Demain matin, en te levant, tu admiras le paysage et tu réfléchiras à tout ce qui existe dans la nature, sans intervention de l'homme ! N'y aurait-il pas comme une légère preuve d'une existence supérieure à la nôtre ?
- Un grand architecte de l'univers ? me dit-elle pensive. Peut-être…
- ça y est ! Nous voilà chez les francs-maçons ! De toute façon, un type qui à la pleine lune se change en loup, je n'y crois pas ! La peur du loup y est pour beaucoup dans toutes ces légendes ! Le loup n'est pas un danger pour l'homme, sauf s'il est affamé, blessé ou qu'il défend ses petits… L'homme est plus dangereux que le loup ! Les prisons regorgent d'assassins de tout poil !
- Huuum… en tout cas, je ne voudrais pas être l'épouse d'un loup-garou !
- Tu aurais peur que ton mari te dévore avec autre chose que ses yeux ?
- Non, juste peur qu'il ne laisse traîner des poils partout, n'invite des copains loups à festoyer autour d'une carcasse de vache à la maison, ne laisse traîner des os mâchouillé par terre, ramène des puces dans le lit conjugal, bave partout et lève la patte à chaque coin pour marquer son territoire ! Et pour peu que son caractère soit exécrable à chaque pleine lune et que ma « mauvaise semaine » suive les pleines lunes, nous serions un couple de fort méchante humeur pendant plusieurs jours par mois !
- Rien ne m'aura été épargné ! fis-je en hochant la tête de dépit.
- Par contre, très pratique pour se débarrasser de cadavres encombrant… Tiens, tu m'avais dit tout à l'heure qu'un mètre septante ce n'était pas grand pour un loup-garou. Aurait-on défini une taille standard pour l'animal ?
- Mais non sotte ! Garde à l'esprit que si c'est pour se transformer en loup-garou à chaque pleine lune, autant y gagner ! Devenir plus grand, plus large d'épaules, plus fort, plus rapide… pas rester à sa taille normale avec son pantalon de ville et ses chaussures !
- C'est vrai ! Mais si le loup-garou perd son pantalon pendant la transformation, lorsqu'il revient à la normale, il est indécent ! Ton créateur pense à tout : prémunir les loups-garous de l'indécence et des rhumes ! Je commence à croire que ton Dieu existe…
- Hélène, fis-je dépité, tu brûleras en enfer pour cause de blasphème et d'hérésie ! Pédale au lieu de causer de grandes idées théologiques ! Si on m'avait dit un jour que je discuterais de loup-garou tout en pédalant la nuit aux côtés d'une jeune fille… je ne l'aurais pas cru !
- Sur quoi aurais-tu émis le plus de doute ? La discussion sur la lycanthropie, le vélo de nuit ou la jeune fille à tes côtés ?
- Devine… Mais en silence !
Je l'entendis pouffer derrière moi. Mais elle pédala ferme et garda la cadence ! Et le silence !
