Chapitre 55 : Le tunnel

-Aouch ! je m'exclame alors que mon pied butte contre un nouveau rocher.

Je m'arrête un court moment, en me mordant les lèvres et crispant les doigts face à l'élan de douleur qui m'envahit. Il faut dire que cogner sa jambe sans arrêt n'est pas la meilleure chose à faire lorsqu'on a une cheville à moitié tordue. Mais je n'arrive pas non plus à marcher correctement.

Le passage secret dans les murs du château m'a menée à une sorte de long toboggan auquel je ne m'attendais pas du tout, j'ai glissé et ma chute n'a pas été très réussie, ma cheville ayant mal encaissé la réception. J'avais tellement mal que j'ai voulu remonter chercher de l'aide, ne pensant plus à Dolohov, à la fiole ou à mes amis qui me haïssent : je voulais juste ne plus avoir mal. Malheureusement, je n'ai pas réussi à remonter la pente : bien trop abrupte. Je n'ai donc plus qu'un pied valide.

J'ai alors décidé de me traîner le long du tunnel dans lequel j'ai atterri dans l'espoir de trouver une sortie, m'appuyant au mur, ma baguette diffusant un rayon de lumière assez important pour que je puisse voir ce qui m'entoure.

Le tunnel est tout en terre et semble assez boueux par endroits. Le bas de ma robe est à moitié trempé et déchiré jusqu'aux genoux mais ça va malgré tout. Il ne fait pas particulièrement froid puisque j'ai gardé un pull sous ma robe mais j'aurais cependant aimé avoir ma cape pour plus de confort. Il n'y a aucun animal : je m'attendais à voir des chauves-souris ou des insectes mais non, rien. Pas même des squelettes de petits rongeurs.

Peut-être que le lieu est très bien abrité. Mais justement, ça devrait attirer les créatures avides de sécurités ainsi que leurs prédateurs naturels !

J'espère vraiment que je ne vais pas me retrouver en pleine montagne, j'ai besoin d'aide pour ma cheville. Je me vois mal emprunter un chemin escarpé par ce froid et dans cet état.

Une autre hypothèse me vient à l'esprit mais elle est bien moins réconfortante : il n'y aurait aucune ouverture ?

J'avance doucement et la seule chose qui m'agace réellement est ma cheville endolorie qui me force à me salir les mains, me mettre de la boue sous les ongles et à marcher aussi lentement.

Je pensais que je serais sur les nerfs, à piquer une crise comme cet après-midi où j'ai trouvé Peter en train d'essayer de mettre fin à ses jours... Mais non, je ne deviens pas folle de rage ou de tristesse. On dirait bien que je me suis fait une raison.

Toutes les minutes, je ne peux m'empêcher de regarder derrière moi et d'attendre quelques secondes, mais il n'y a rien à part l'obscurité et la boue. Je rêve qu'on me suive, qu'on me courre après pour s'excuser, pour me récupérer. J'aimerais être importante. Qu'on m'aime et qu'on ne puisse plus se passer de moi.

La réalité n'est pas mon rêve : je suis toujours seule dans ce tunnel.

Etre ici, en ce moment, c'est un peu comme quand j'étais à Poudlard ces dernières années d'une certaine manière, maintenant que j'y pense. Seule, perdue, peut-être même en danger mais ignorée de tous. Je sens ma gorge se serrer et les forces me manquer. Je ferme les yeux et respire profondément : je dois continuer de marcher, ne serait-ce que pour trouver de l'aide pour ma cheville.

Si je ne fais rien, il est certain que personne ne pourra plus me trouver cette fois.

-Je dois avancer, je murmure pour moi-même.

Je n'arrive pas à croire que j'ai presque tout perdu en si peu de temps. Aussi rapidement que je l'avais gagné en réalité.

Dolohov m'avait vue et avait fait cesser les mesquineries des autres.

James m'avait trouvée et sortie de ma carapace.

James...

Je croyais qu'il m'avait finalement comprise.

Je soupire, le tourment de mes pensées m'exaspérant légèrement, puis me force à penser à autre chose.

A ma famille proche. Que penseront-ils lorsque je serais de retour à la maison, en pleine période scolaire ? J'espère vraiment qu'ils ne me gronderont pas. Tout est de leur faute au fond, qu'ils prennent leurs responsabilités ! J'ai été accusée parce que j'ai refusé de les dénoncer, je ne voulais pas rester une minute de plus en présence de cette potion maléfique qu'ils avaient décidé de créer, ou qu'en tout cas, dont ils avaient soutenu le projet. Tous mes amis me haïssent parce que je me suis sacrifiée pour eux. Mes parents seraient culottés de me faire la morale. Bon, je pense qu'ils me passeront un savon, c'est inévitable, mais après ils ne pourront pas me renvoyer à Poudlard, pas après ce qui vient de se passer... Sauf s'ils ont une excuse en béton pour cette histoire de fiole dans mon sac, mais vu que j'ai fui, ça sera compliqué. Et de toute façon, je refuserai. J'ai fui une fois, je peux bien recommencer : je sais désormais que je suis assez dégourdie et je me suis améliorée en sortilège... Il faut juste guérir ma cheville.

Et si tout ça n'était qu'une machination ? Si James et les autres n'avaient pas réellement trouvé la fiole dans mon sac ? Non, ils ne peuvent pas plaisanter dessus alors que j'ai vu Peter s'ouvrir le crâne à cause de ça !

Si ?

J'entends un léger gargouillement sortir de mon ventre, accompagnée par un sentiment de faim. Et ma boîte de biscuit est dans mon sac, mon sac était entre les mains de mon cousin...

C'est vraiment génial ! Vivement la sortie. Et si je ne sors jamais, ils s'en voudront. C'est idiot de penser ainsi mais c'est tout ce qu'il me reste. Je vois bien Pénélope faire un commentaire à ce sujet et finalement, elle prendrait « ma place », celle de l'ancien souffre-douleur. Ou alors les gens verraient combien elle est mauvaise. Cependant, je n'arrive même pas à souhaiter qu'elle vive ce que j'ai vécu.

Je ne veux juste plus jamais la voir : elle continue de me faire peur, je ne sais pas comment agir en sa présence.

-Bah, pas la peine d'y penser. Je ne serais bientôt plus à Poudlard, je déclare avec force pour me donner du courage.

Plus jamais.

Faut que j'arrête de parler toute seule.

L'eau s'infiltre dans mes chaussures et mes chaussettes créent un drôle de bruit, ce qui est d'autant plus désagréable que je n'aime pas avoir les pieds mouillés. Brr ! Je les retirerais bien s'il n'y avait pas toute cette boue... Et qui sait ce qu'il peut y avoir en dessous : une cheville tordue est bien assez handicapante comme ça, pas la peine de me couper l'autre pied ou de le coincer dans un trou ou un piège.

Je fronce les sourcils alors que je m'approche d'un mur. Une impasse ? Je l'examine brièvement sans pour autant le toucher -il a peut-être un maléfice caché et je n'ai pas subi des années de solitude dans cette école pour me faire avoir si simplement- et je remarque, malgré la boue du plafond qui a coulé au fil des ans, qu'il est fait de briques. Je me place au centre et donne quelques coups de baguette : il n'est pas près de s'effondrer. Je tends ma baguette magique et réalise un sort de répulsion mais aucune brique ne veut bouger. Reculant un peu et m'appuyant sur la paroi gauche du tunnel tout en concentrant toutes mes forces, je lève ma baguette magique.

-Fracta !

Une lumière bleue envahit la pièce un court instant, me forçant à fermer les yeux et à placer une main sur mes paupières. Au moment où je me permets de regarder ce qui s'est passé, je reste muette.

J'ai déjà vu mon père faire ce sort un jour où un petit éboulement avait eu lieu dans l'escalier menant à la cave à vin : ma maison est assez ancienne et si elle tient encore, c'est grâce aux nombreux sortilèges de mes parents. En tout cas, j'ai le souvenir qu'il y avait eu un bruit phénoménal. J'ai peut-être exagéré la chose, étant assez petite à cet âge-là, mais...

Face au mur de brique toujours intact et qui n'a produit aucun son, je me pose des questions.

J'ai pourtant réussi ce sort : il y a eu de la lumière. C'est un sort très simple mais peu utilisé car très difficile à doser : même un première année arriverait à le créer mais sûrment pas à le contrôler. J'y ai mis une certaine puissance, me doutant bien que ce mur devait être là pour résister aux intrusions, mais tout de même...

Ca doit être à cause de ça qu'il n'y a aucun animal... Peut-être que d'anciens directeurs ont découvert ce passage et ont décidé de le condamner pour éviter que des intrus pénètrent le château.

Donc c'est un combat entre moi et les « anciens ». Je soupire d'agacement et de dépit : je suis coincée là ! J'ai une cheville tordue, la moitié de Poudlard doit désormais penser que je suis une Mangemort et un fichu mur m'empêche d'avancer. J'en ai marre. Et si je ne me dépêche pas, on va me retrouver ici... Peut-être morte ! Un nouvel élan de panique m'envahit : il faut vraiment que je me dépêche !

Je regarde à nouveau le mur, avec tristesse, comme si celui-ci allait me prendre en pitié et décider de s'effondrer, mais il reste de marbre.

Que dois-je faire ?

Je réfléchis : dans un des livres de Soulein Trigg, un polar assez angoissant d'ailleurs, l'héroïne se retrouve face à une porte qui, lorsqu'elle frappe quelques coups, affiche une énigme.

Je relève à nouveau les yeux vers les briques : peut-être qu'il y a une énigme là aussi. C'est un peu simplet, et qui sait si je pourrais trouver la solution mais ce serait déjà ça de gagné. Certains mages adorent se casser la tête... Mais si ce sont les anciens directeurs, est-ce qu'ils auraient fait ça ?

Mon esprit semble assez optimiste puisque je ne peux m'empêcher de répondre affirmativement à ma propre question : si ça se trouve, une entrée secrète peut aussi être une issue de secours. Donc ils auraient laissé un moyen de débloquer le passage.

Je sens les forces me revenir et l'espoir avec, je serre les poings puis pose ma baguette contre le mur.

-Révèle-toi !

Rien.

Je décide de frapper trois coups du bout de ma baguette, un peu moins légèrement que je ne l'aurais voulu à cause de mon équilibre précaire mais le mur reste intact.

Idiot ! Il faut que je passe, que je rentre chez moi en vitesse, ne serait-ce que pour protéger ma famille... Et peut-être James, même s'il ne le mérite pas.

En tout cas, l'hypothèse de l'énigme était fausse.

Je me frapperais bien la tête contre le mur, juste pour nous faire du mal à nous deux. Je continue cependant de le fixer, comme si nous étions en plein dans un de ces jeux enfantins où le premier qui détourne le regard a perdu.

...

J'ai perdu.

Je serre la mâchoire et ferme les yeux : qu'est-ce que je risque ? Si on me retrouve ici, je ne pourrais probablement plus fuir... Et qui sait, peut-être que toucher ce mur me transportera quelque part : dans un bureau ou un cachot, et là, j'aurai gagné du temps, à condition qu'il n'y ait personne. A moins que ça n'alerte la moitié de Poudlard que je suis là. J'aurais l'air maligne... Et je ne veux pas qu'on m'accuse encore plus. Je hais l'injustice et je ne leur donnerai pas l'occasion d'en causer une nouvelle.

Je décide de retourner sur mes pas : peut-être qu'il fallait aller de l'autre côté, cependant je ne me souviens pas qu'il y ait eu un autre côté. Bien évidemment, en me retournant, j'oublie à nouveau mon pied qui traîne et le frappe contre un petit amoncellement de terre.

C'est fou comme quelque chose d'aussi ridicule peut créer une telle douleur.

J'agite à nouveau les mains comme pour faire sortir la souffrance de mon corps, ma baguette créant un faisceau de lumière un peu plus vif à cause des mouvements brusques de mon poignet.

-Aïe !

Je viens de me cogner le petit doigt au mur. Ce n'est vraiment pas mon jour de chance et j'en ai plus qu'assez ! J'ai tellement mal. Je fixe mon doigt qui semble intact alors que je m'attendais à voir l'os à moitié sorti ou ma main complètement gonflée. Mais non, je n'ai rien. Comment est-ce possible ? Mon corps n'a aucune logique.

Je me tourne la tête vers le mur : peut-être qu'il y avait bel et bien un maléfice dessus qui fait souffrir énormément ?

-Aaah ! je ne peux m'empêcher de crier face au vide.

Le mur n'est plus là.

Je fronce les sourcils, autant par souffrance que par perplexité : il fallait se faire mal dessus pour l'ouvrir ? Quel sort cruel et idiot.

J'ai encore du mal à y croire mais le bruit d'une goutte tombant du plafond me rappelle à la réalité et je me remets en route, faisant cette fois très attention à mon pied. Au bout de trois mètres, je me retourne et remarque que le mur ne réapparaît pas. Je l'aurais fait disparaître définitivement ? Alors ça sera plus simple de me rattraper !

Je dois me dépêcher.

Je tente d'accélérer le pas malgré mon handicap, la baguette devant moi.

Je ne sais même pas si je suis au nord ou au sud de Poudlard. Le mieux serait le sud, bien évidemment, mais ce n'est pas comme si je pouvais choisir. Et comment Antonin a-t-il fait pour fuir si simplement de Poudlard sans être retrouvé immédiatement ?

Si je rentre chez moi... Il sera là ? Est-ce qu'il m'aime encore ? Peut-être qu'il s'est rendu compte que non. Ou pas.

Et moi ? Est-ce que je voudrais de lui ? Il attendra probablement une réponse ou une réaction, et je ne veux pas le blesser, ni le mettre contre moi alors qu'on sera sous le même toit. Que faire ?

Je suis presque certaine de ne pas être amoureuse de lui...

Et puis c'est sa faute si je dois fuir, si je dois quitter mon école. Il n'a pas à me demander quoique ce soit, je n'ai pas à me justifier. Mais c'est lâche. Et voilà où ma lâcheté m'a menée : dans ce tunnel vaseux.

En d'autres circonstances, j'aurais peut-être accepté de sortir avec lui : si nous aurions tous les deux pu rester à Poudlard, qu'il s'était déclaré plus tôt,...

Qui sait, peut-être qu'en le voyant, je penserai autrement et voudrai être avec lui : on a vécu presque la même chose. Et si ce n'est pas le cas, je lui ferai part calmement de mon refus. Je n'ai pas à culpabiliser : ça n'a rien à voir avec les services rendus. De toute façon, je pense avoir suffisamment payé.

Il a eu mon premier baiser, je pense que je peux lui accorder une chance... A condition qu'il n'apprécie pas Voldemort. Oui, il doit être manipulé ou on lui fait du chantage : ce n'est qu'un adolescent au fond !

Et je m'en fiche de ce que pourront penser James, Remus, Sirius, Peter ou Lily si on se met en couple. Ils m'ont abandonnée après tout ce que j'ai fait pour eux. Ils m'ont accusée alors que je les ai toujours soutenus autant que je pouvais pour découvrir les secrets de cette potion. Je les ai aidés, informés, et même sauvés pour certains...

Je les déteste.

Je sens mes lèvres faire la moue et mes yeux s'humidifier.

J'étais tellement heureuse d'avoir des amis...

Je les hais !

J'aurais dû m'en douter qu'ils se fichaient de moi, qu'ils voulaient juste m'utiliser. On peut presque dire qu'ils m'ont chassée de l'école. Ils en auront attendu du temps pour le faire.

Et pourtant... J'espère encore. J'aimerais qu'ils regrettent. Qu'ils m'aiment.

Soudain, une pensée surgit dans mon esprit et m'angoisse au point de tordre mes entrailles : que dira mon père ? Il ne supporterait pas une telle déchéance !

Il doit être manipulé par Voldemort ou ne pas savoir ce qui se passe, ou en tout cas, il a su tout garder secret pour garder la face et voilà qu'à cause de moi, tout ce travail tombe à l'eau.

A quel point m'en voudra-t-il ? Dans quel état vais-je le retrouver ? Je n'ose pas imaginer sa réaction… Elle sera probablement plus terrible que celle de grand-père.

Une goutte d'eau tombe sur le bout de mon nez et je sens mes pieds s'enfoncer un peu plus profondément dans la vase. Je penche la baguette, étonnée et un peu dégoûtée puis remarque que le chemin monte légèrement. La boue a dû glisser doucement jusqu'ici et former un tas dans lequel je patauge. Je ne peux malheureusement pas faire de grandes enjambées donc j'essaie de sauter à cloche pied mais les éclaboussures me dissuadent bien vite de continuer ainsi. Une fois sur un sol un peu plus dur, je soupire et tente quelques Recurvite sur ma robe. Ce n'est pas très réussi car je vise assez mal dans le noir et ma baguette ne peut pas faire deux choses en même temps mais le résultat est tout de même visible : mes chaussures sont sèches, ma robe aussi et il n'y a plus de boue sur mes genoux.

Je lève la tête et ma baguette qui émet à nouveau de la lumière et fixe le chemin devant moi, ayant un peu plus confiance en l'avenir : j'ai réussi à franchir ce mur cruel et un tas de boue gênant, je pense que je peux continuer.

Au bout de longues minutes à me trainer au mur pour monter, je m'aperçois que la fin du couloir est à quelques mètres devant moi. Ce n'est pas encore très clair mais un mur renvoie quelques reflets. Je plisse les yeux pour mieux distinguer ce qu'il y a mais rien n'y fait, je suis trop loin. Je continue alors d'avancer, avec un peu plus d'entrain encore et fixe à nouveau le mur.

C'est alors que je saisis une différence de texture sur le mur : il y a quelque chose. Une porte ? Ca m'a l'air trop petit pour ça, ou alors c'est pour un chien. Une trappe peut-être. Oui, ça en a tout l'air, même si une trappe dans un mur, c'est assez particulier. Peut-être est-ce une porte dissimulée sous des gravats. Il faudra donc que je creuse.

J'avance à nouveau et comprend mon erreur : ce n'était pas dans le mur mais contre le mur. Je suis toujours trop loin pour bien distinguer ce que c'est mais ça ne doit pas m'arriver au bassin. On dirait une espèce de pilier avec des reflets. Peut-être qu'il est en marbre et la boue l'a sali, tout simplement.

Un portoloin ? Mais pour aller où ? Bah, peu importe tant que je sors d'ici.

Si ça se trouve, ce tunnel a vraiment une fonction de sortie de secours ! Ce serait génial.

J'avance un peu plus et mon pied glisse légèrement. Je baisse les yeux et remarque un morceau de tissu embourbé sous ma chaussure. Je fronce les sourcils et redresse doucement la tête.

Je lève alors ma baguette, étant désormais à trois mètres du mur marquant la fin du tunnel.

Et j'identifie ce qu'il y a contre celui-ci.

Adossé, comme s'il était assis, un bras traîne par terre à ses côtés tandis que sa cape déchirée recouverte de boue laisse transparaître sa cage thoracique. Son crâne presque entièrement dévoilé malgré quelques lambeaux de peaux encore accrochés me fixe malgré l'absence d'yeux.

-HAAAAAAAAAAAAAAAA !

Je ne peux pas m'empêcher de hurler, comme si quelqu'un pouvait m'entendre, me sauver, me sortir de là. Par réflexe, je porte mes mains à mon visage, oubliant un instant que je tenais ma baguette magique qui met alors fin au faisceau lumineux. J'entends le bruit sec du bois tomber par terre et je la devine rouler le long de la pente mais je n'ose pas aller la chercher.

Je ne veux pas rester ici. Pas avec ça. Dans le noir. J'ai peur !

Tandis que ma voix s'éteint, je sens mes larmes couler et je me laisse glisser par terre, ma jambe refusant de me soutenir plus longtemps.

Je ne veux pas être ici...

Avec un cadavre.