Bonjour à tous et bienvenue dans ce 4e acte de La renarde et le chien!

Je suis ravie de vous présenter la première scène de l'acte 4 ! Pour cette première scène, il y a quelques bouts d'articles rajoutés, et qui réapparaîtrons dans les prochains chapitres également, malheureusement, je ne maîtrise pas vraiment le style journalistique, aussi je vous demanderai, s'il vous plaît, d'être indulgent. J'espère néanmoins que ce ne sera pas trop catastrophique!

Et comme toujours, je tiens à remercier tous ceux qui suivent cette histoire. Merci pour votre assiduité et vos encouragements! N'hésitez pas à me donner vos avis sur mes chapitres, des bons comme des moins bons, ça me permettra de m'améliorer.

Spécial remerciement à Sunday Vanille pour m'avoir conseillé sur ce chapitre et avoir corrigé mes nombreuses fautes !

Bonne lecture!

Acte IV

Scène 1

« C'est une véritable tuerie qui a eu lieu ce matin au sud de l'Irlande. Dans un des plus fréquentés campings de la région, des hommes encagoulés et vêtus de longues capes noires ont soudain surgi et se sont attaqués à l'ensemble de la population, tuant avec un plaisir à peine dissimulé par leurs masques des dizaines de vacanciers, causant la panique dans l'ensemble du camping et des villages aux alentours. (...) »

oOo

Jardin, dans une tranquille maison du village Le Paradou, France, 27 Juillet 1978

— Je t'assure qu'il a complètement paniqué, affirma Amy en avalant d'un coup le reste de son beignet au chocolat. Il n'a pas arrêté de me poser pleeeeeins de questions sur Eddy et si tu avais vu la tête qu'il faisait ! « Non mais c'est qui ce garçon ? » l'imita-t-elle en gonflant sa voix de façon ridicule. « Ma propre fille me faire ça, à moi ? » A croire que je l'ai trahi !

— Quelle idée d'embrasser ton copain devant ton père, toi aussi ! lui dit Camille, qui se tenait le ventre à force de rire.

— J'ignorais qu'il pouvait nous voir ! se défendit la sorcière. Il n'est quasiment jamais venu me chercher juste en bas du train ! Ce n'est que depuis l'année dernière qu'il s'habitue à...

Elle s'interrompit en pâlissant. Pendant un moment, elle avait oublié que son amie ignorait tout du monde sorcier. Encore un peu et elle lui aurait tout dévoilé ! Camille évidemment ne comprit pas pourquoi Amy fit soudain mine de s'étouffer. Elle lui tapota le dos et lui tendit son verre.

— Ça va ? s'inquiéta-t-elle.

— Hum !...avalé de travers...

Amy but une rasade d'eau.

— Merci, tu m'as sauvé !

Camille récupéra le verre et le reposa sur la table en bois. Elles étaient installées dans le jardin de la grand-mère maternelle d'Amy qui les avait accueilli pour quelques jours, ainsi que les parents de Camille, le père d'Amy et Margot, la compagne de ce dernier.

Les présentations avaient d'ailleurs été un peu laborieuses. Le père d'Amy avait absolument tenu à présenter à sa belle-mère la femme qui partageait à présent sa vie. Mais si la grand-mère d'Amy avait toujours été la première à l'encourager de se trouver une seconde épouse, pour le bien également d'Amy qui aurait toujours besoin de la présence d'une femme à qui se confier, cela avait été assez dur, pour elle, d'accepter Margot. Cela lui rappelait la mort de sa propre fille et l'idée affreuse que sa fille soit remplacée lui était douloureuse.

Heureusement, la présence des parents de Camille avait grandement aidé à apaiser le cœur meurtri de la vieille femme. Jean-François était un ami d'enfance d'Ellen, la mère d'Amy, et avait quasiment été élevé par la grand-mère. Cette dernière sembla heureuse de retrouver ce garçon si vivace qui avait égayé de ses grands cris toute une période de sa vie et elle accepta de l'écouter. Elle rencontra alors Margot et les deux femmes discutèrent longtemps seule à seule. Et les choses finirent par s'arranger au bout de quelques jours.

La vieille femme était surtout ravie de voir sa petite-fille qu'elle n'avait pas eu beaucoup l'occasion de visiter et avait voulu rattraper le temps perdu en lui prodiguant maintes gâteries et petites attentions. Touchée par son accueil, son visage et sa voix douce qui lui rappelaient un peu sa mère, Amy lui promit de revenir la voir plus souvent et de passer au moins un mois de chaque été avec elle, ce que son père approuva sans hésiter. La grand-mère avait alors serré son gendre comme jamais elle ne l'avait fait auparavant et Thomas était ressorti de cette soudaine étreinte un peu rouge et penaud, ce qui avait beaucoup fait rire la compagnie.

— Alors, qu'est-ce que tu allais dire ? demanda Camille.

— J'ai perdu le fil, prétexta Amy mal à l'aise. Qu'est-ce que je racontais déjà ?

— Tu parlais de ton père qui ne venait pas souvent te chercher à l'intérieur de la gare et tu étais en train de dire qu'il commence à peine à s'habituer à quelque chose... mais tu n'as pas terminé.

— Et bien, au fait que je sois partie si loin pour étudier » répondit Amy, hésitante.

Au regard soupçonneux que lui lançait son amie, elle préféra changer de sujet :

« Quoi qu'il en soit, le mal est fait, il nous a vu. Et il n'arrête pas de me faire la morale, comme quoi je devrais faire très attention, que je n'ai pas encore l'âge, que les garçons sont méchants et qu'ils ne cherchent qu'à... mais là, il n'a pas terminé.

Camille éclata de rire. « Oh, on sait comment ça se termine !

— Ah bon ?

La blonde la regarda avec de grands yeux.

« Amy, tu sais quand même ce que ton père voulait dire ! Les filles, les garçons... ça ne fait pas que bisou-bisou ! Amy, voyons !

— OH !

La jeune fille n'y avait pas pensé et elle se mit à rougir comme une tomate.

— Tu ne changeras jamais ! rit Camille en la prenant dans ses bras. Jeune et innocente, quand est-ce que tu accepteras de grandir ?

— Mais je grandis ! protesta-t-elle, encore rouge. Mais je n'aime pas discuter de ce genre de sujets, c'est tout... Ça me met mal à l'aise !

— Pourtant, il va falloir que tu t'y fasses, rétorqua son amie. Les garçons ne te le disent peut-être pas encore, mais ils ne pensent qu'à ça !

— Mais c'est pas vrai ! Eddy...

— Oh, crois-moi, Eddy y pense.

— Mais non !

— Mais si !

— Mais non !

Camille n'ajouta rien mais son sourire parla pour elle. Amy lui tourna le dos, boudeuse, les joues encore empourprées. Le sexe, voilà bien une chose à laquelle elle n'aimait pas penser. Cela la rendait nerveuse, elle ne savait pas trop comment réagir dans ce genre de situation. Cela lui paraissait inconvenant d'en discuter. Alors imaginer qu'Eddy pouvait déjà penser à ce genre de choses... Non ! De toute façon, elle refuserait. Oui, c'est sûr. Mais s'il lui demandait... Oh, la, la ! Elle ne saurait pas comment réagir. Mais c'était vrai que les garçons en parlaient de plus en plus. Elle n'était pas censée les écouter mais elle avait déjà entendu les Maraudeurs plaisanter sur le sujet. Ils faisaient attention à ne pas en parler devant elle mais seuls, ils se taquinaient les uns et les autres avec. Jane, elle, ne semblait pas du tout embarrassée quand on lui parlait de ça bien qu'elle déclarait ouvertement qu'elle ne le ferait qu'avec une seule personne. Et cette personne, et bien, tout le monde savait de qui il s'agissait, et personne ne croyait qu'elle réussirait jamais. Certains l'appelaient même Jane la Vierge. Amy était horrifiée !

Camille attendit un moment que son amie se calme pour lui demander :

— Alors, c'est vrai, tu l'aimes ?

Malgré elle, Amy eut un sourire révélateur, les joues légèrement rosies. Elle s'était rendue compte de ses sentiments dans le train qui la ramenait de l'école de sorcellerie, puis à la gare de Londres où Eddy lui avait soufflé qu'elle lui manquait déjà et qu'il était impatient de la revoir en août, et enfin quand elle avait passé tout son temps à espérer pouvoir vite le retrouver alors qu'elle escaladait les versants des montagnes dans les Vosges. À présent, elle avait hâte de les lui dire. Eddy semblait l'aimer mais elle voudrait qu'il le lui dise en premier, qu'elle ne soit pas la première, cette fois, à prononcer les trois mois qui lui brûlaient la langue.

Camille gloussa et lui donna une claque dans le dos qui lui fit voir quelques étoiles. La force de la jeune fille avait toujours été démesurée mais semblait s'être accrue au fil des années. Amy mit trois secondes pour se reprendre et, quand elle releva la tête, elle vit que sa meilleure amie la regardait bizarrement.

— Quoi ?

Son amie la pointa du doigt et ouvrit la bouche, bégayant des syllabes incompréhensibles. Amy se retourna, croyant qu'elle désignait quelque chose derrière, quand elle s'aperçut dans le miroir. Horreur ! Une mèche de ses cheveux avait viré à une couleur poil de renard. Elle la toucha et sentit la même douceur que lorsque sa peau se transformait pour revêtir la fourrure du félin roux. La surprise et le choc avaient dû provoquer cette réaction secondaire et, à présent qu'il n'y avait plus aucune barrière magique, son don de métamorphose s'exprimait librement. Mince !

— Ta mè...mèche, elle a changé de couleur ! s'exclama Camille.

— Mais non ! Pas du tout !

Dans la panique, Amy avait redonné à sa mèche sa couleur originelle et s'était tournée vers elle. Camille la regarda, sidérée.

— Mais, mais, mais ! bégaya-t-elle. J'ai vu, vu ta mèche devenir rousse ! Je le jure ! Comment... ? Je... ?

— Tu as du rêver, prétexta Amy. Ou alors c'est un reflet du soleil...

— Tu n'as jamais eu de reflet roux auparavant ! protesta la jeune fille. Et je n'ai pas rêvé. Je suis formelle : tes cheveux ont viré roux. Du moins, à un moment...

— Dans ce cas-là, il faut que tu m'expliques !, lui lança Amy. Car quand j'ai regardé dans la vitre derrière moi, je n'ai rien vu.

Camille balbutia, incapable de trouver une explication à l'étrange phénomène dont elle était pourtant sure d'avoir assisté. Amy était désolée de jouer ce mauvais tour à sa meilleure amie mais elle n'avait pas réussi à trouver d'autre moyen de la détromper. Plusieurs minutes, la jeune fille tenta donc de justifier l'impossible en vain. Finalement, lasse, elle décida de laisser tomber sans toutefois persister à dire qu'elle n'avait pas rêvé.

— Il faut que je t'avoue une chose, dit plus tard Camille à voix basse. Parfois, j'ai l'impression que tu vis dans un monde complètement différent du mien.

— Ah... Ah bon ? s'étrangla Amy, alertée. Dans quel sens ?

— Je ne sais pas très bien comment l'expliquer, fit son amie en se grattant le menton. Mais hier soir par exemple, j'ai rêvé que je te voyais faire de la magie dans ton lit. Genre, tu n'arrêtais pas d'allumer une lumière qui s'éteignait peu après !

Amy ouvrit de gros yeux. Bien qu'elle tentât de garder la tête froide, difficile de ne pas réagir quand Camille lui avouait une chose pareille ! Persuadée que son amie dormait, Amy avait en effet sortie sa baguette pour lire un livre et avancer dans ses devoirs d'été, particulièrement nombreux cette année. Mais comme elle ne pouvait qu'utiliser un sort faible afin de ne pas réveiller son amie, qu'une fois encore elle pensait profondément endormie, la lumière qu'elle créait s'évanouissait très vite et elle devait relancer le sort fréquemment.

— Ne me regarde pas comme ça ! s'exclama Camille en éclatant de rire. Je te dis que ce n'était qu'un rêve. Je ne suis pas folle : la magie, ça n'existe pas !

— Ouf ! Tu me rassures, fit Amy, soulagée.

— Et heureusement d'ailleurs, poursuivit la jeune fille en sirotant le reste de son coca.

— Pourquoi, heureusement ?

— Tu imagines si la magie existait ? Ca serait d'un compliqué !

oOo

« (…) Selon les divers témoignages recueillis sur les lieux, les meurtriers seraient des sorciers appartenant à un groupe surnommé les « Mangemorts » et dont le chef serait un certain « Voldemort ». Un nom lugubre dont on a déjà pu évoquer les méfaits dans plusieurs articles précédents. Rappelez-vous l'attaque sur la place publique des Hommes Libres l'année précédente à Crivenbeen, en Écosse. Les mêmes sorciers masqués avaient alors tué dix moldus et deux sorciers en déclamant des propos insensés sur la supériorité des sorciers et la soumission si ce n'est la destruction totale du monde moldu. (...) »

oOo

Le Meulier, Almodington, Angleterre, 1er Août 1978

James fouilla dans son sac et vérifia que tout était prêt. Il compta parmi ses affaires : des vêtements de rechange, de quoi se nourrir et se rafraîchir pour deux jours (on ne sait jamais !), deux sacs de couchage, deux lampes magiques, une trousse médicale comportant des pansements et de quoi prodiguer les premiers soins (au cas où), une corde (toujours au cas où), ses livres de métamorphose et un carnet où il notait toutes ses observations. Satisfait, il ferma le sac et le souleva sans effort. Sa mère avait ensorcelé la plupart de leurs bagages, les rendant aussi légers qu'une plume, quand bien même ils les auraient chargés de plomb.

Il était prêt. Ce soir, ses meilleurs amis et lui allaient enfin tenter de devenir de véritables animagi.

Ne manquait plus, en fait, que Sirius. Celui-ci avait tenu à retourner chez lui passer quelques nuits tranquilles. Ce qui était parfaitement ridicule car Le Meulier, de par sa situation géographique et surtout son isolement vis-à-vis du voisinage, quasi-inexistant, était déjà en soi un havre de paix. Les seuls qui le troublaient étaient précisément les deux Maraudeurs. James soupçonnait plutôt son ami de vouloir jouer les adultes à s'entretenir seul.

Certes, mais c'était sans compter le gros sac de mets pré-cuisinés que Mme Potter lui avait donné avant son départ. Autant dire que le jeune homme n'avait rien d'autre à faire que de réchauffer ses plats pour les déguster. La vaisselle ? Le ménage ? Mais non, pas du tout ! Sirius s'était offert le luxe d'avoir son propre Elfe de Maison. Celui-ci n'avait donc quasiment rien à faire puisque le Maraudeur passait le plus clair de ses vacances chez son meilleur copain et le reste de l'année, il venait prêter main forte à Mme Potter dans son ménage quotidien (ce qui était souvent cause de dispute, les deux experts n'étaient pas toujours d'accord sur la façon dont il fallait traiter telle ou telle saleté).

De fait, Sirius n'avait pas de raison de vouloir retourner chez lui et ses soudaines absences cachaient quelque chose, James en aurait mis la main à couper. Il serait bien allé y jeter un coup d'œil si Sirius n'avait pas installé dans sa maison tout un tas de dispositifs chargés d'empêcher quiconque (sauf les parents de James, pour une raison de sécurité) d'y entrer. Le jeune homme craignait toujours que sa famille apprenne l'existence de cet appartement et ne tente de l'envahir. Les Black n'avaient certainement pas apprécié que la fortune d'un des leurs – maintenant disgracié, Sirius avait eu l'information de sa cousine – soit léguée au déshérité.

Que son meilleur ami lui cache quelque chose n'était pas pour plaire à James. Un an auparavant, Sirius ne lui aurait rien dissimulé. Mais depuis quelques temps, le Maraudeur gardait des choses pour lui, comme par exemple, ses rencontres avec Amy sur le toit durant l'année scolaire. Et s'il n'était pas allé le chercher un soir où Sirius avait curieusement disparu, James ne l'aurait jamais su. Ce changement l'inquiétait un peu.

James regarda l'horloge du salon, constata qu'une fois de plus, Sirius était en retard et s'installa sur le divan. Peter s'acharnait à fermer son sac, débordant d'affaires prises « au cas où » dont les livres qui les avaient aidé à s'entraîner. Le regard de James regard se porta alors sur la Gazette du Sorcier du jour, déposé là sans doute par son père. Ce dernier aimait feuilleter les nouvelles en buvant un café sur son canapé préféré avant d'aller travailler. Il n'eut cependant pas le temps de lire son contenu qu'il vit Sirius arriver dans la pièce.

— C'est pas trop tôt ! s'exclama James. Qu'est-ce que tu fichais ?

— Rien, je dormais, lui répondit Sirius. Tout est prêt ?

— Évidemment !

Après avoir promis à Mme Potter qu'ils ne feraient pas de bêtises, les trois garçons, chargés de leurs lourds bagages quittèrent Le Meulier. La matinée touchait à sa fin et le soleil brillait haut dans le ciel d'Angleterre, illuminant la grande plaine qui leur servait de jardin et qu'ils commencèrent à traverser. Comme ils voulaient s'assurer de ne pas être vus de la maison de James, qui offrait une large vue des alentours, ils avaient prévu de marcher longtemps, au moins une heure ou deux, dépendant de leur allure.

Il leur fallut d'abord grimper pendant un quart d'heure pour atteindre l'endroit le plus au nord du jardin, puis James prit la direction d'un petit bois. Les deux autres le suivirent docilement, n'ayant jamais emprunté ce chemin-là. Bien qu'il leur était déjà arrivé les années précédentes de faire du camping, ils n'avaient jamais ressenti le besoin de s'isoler autant du manoir.

Aidés par la pente douce, ils atteignirent relativement vite les premiers arbres et apprécièrent de mettre un rempart entre les chauds rayons du soleil et eux. L'été était tel qu'on l'avait annoncé : caniculaire. Les trois jeunes garçons suaient déjà dans leurs vêtements pourtant légers, et ils durent prendre plusieurs pauses pour boire et grignoter. Peter était celui qui avait le plus de mal à tenir le rythme, ne pratiquant pas de sport régulier, au contraire des deux joueurs de Quidditch. Le bois était un abri agréable qu'ils quittèrent à regret au bout d'un quart d'heure de marche, ne l'ayant traversé que par sa pointe est, la moins épaisse. Là, ils tombèrent sur une vaste prairie qui s'étendait à l'horizon. Quelques maisons étaient visibles au loin mais James ne s'en souciait pas. Ils longèrent par la droite les arbres du petit bois pendant près d'une demie-heure encore. Puis, arrivé au bas d'une sorte de large crevasse dans la plaine, il décréta qu'ils étaient arrivés. Sirius déposa ses affaires à ses pieds et jeta un coup d'œil aux alentours. De là, on ne voyait plus aucune maison, en raison de leur situation en contrebas. Ils bénéficiaient également de l'ombre des arbres pour se réfugier du soleil dans la journée.

— L'endroit est parfait ! commenta Sirius avec contentement.

— Pendant que tu lambinais chez toi, je suis allé faire plusieurs repérages, expliqua James. Et naturellement, j'ai trouvé cet endroit idéal pour notre sortie 'camping'.

— Dommage qu'on ne soit pas majeurs, regretta Peter. J'aurais bien rajouté quelques sorts de protection !

— On devra se contenter de ça !

James sortit de son sac une longue corde qu'il défit devant le regard intrigué de son meilleur ami. Il commença à l'étaler tout autour d'eux, formant un large cercle. Quand il eut joint les deux bouts de la corde, celle-ci s'illumina un instant avant de redevenir aussi terne qu'auparavant.

— C'est une corde anti-moldue, expliqua James. Tant qu'on reste à l'intérieur du cercle, on restera invisible à leurs yeux, même s'ils venaient à traverser le cercle eux-mêmes.

— Mais des sorciers pourraient nous voir, rétorqua Sirius.

— Sauf que les seuls sorciers vivant de ce côté de la route, c'est nous ! rétorqua le Maraudeur. Et puis, je ne peux pas non plus tout prévoir ! Il n'y avait que cette corde chez nous et je ne sais même pas comment l'ensorceler. J'espère que mes parents ne découvriront pas que je l'ai prise d'ailleurs... On n'était pas sensés s'éloigner autant !

— Et encore moins faire quelque chose d'aussi dangereux... rajouta Peter, toujours très inquiet à l'idée de ce qu'ils s'apprêter à faire.

— Bah ! soupira Sirius en haussant les épaules. Advienne que pourra. Installons-nous !

Les trois garçons défirent leurs bagages, tirèrent la tente que Sirius avait récupéré avant de partir et commencèrent à l'installer. Après cela, ils allèrent récupérer tout le bois qu'ils purent pour alimenter un petit feu quand le soir tomberait et, enfin, ils profitèrent du reste de l'après-midi pour jouer aux cartes, discuter et se prélasser au soleil. Quand enfin le soir tomba, ils allumèrent un feu et dévorèrent les sandwichs préparés par Mme Potter. Ils en laissèrent assez pour le lendemain car ils savaient, grâce à leur lecture, qu'ils auraient grand faim en se réveillant.

Malgré la nuit qui ramena la fraîcheur autour d'eux, James retira son t-shirt et son short, ne restant qu'en caleçon, ce qui fit s'étonner Sirius.

— Hé ! Je ne suis pas de ce bord !

— Crétin ! lui dit James. Je n'ai pas envie de déchirer mes vêtements en me transformant. Tu ferais mieux de faire pareil !

— Non, refusa Sirius. Hors de question que je me dénude !

— Alors tu expliqueras à ma mère comment tu auras fait pour broyer tes affaires, rétorqua James en secouant la tête.

— Pas de problème.

— Rien ne dit qu'on déchirera nos vêtements, rétorqua Peter. McGonagall les garde bien sur elle !

— Ah ! fit triomphalement Sirius.

— Peut-être, bougonna James. Peut-être pas.

Les adolescents prirent alors leur baguette à la main et s'assirent autour du feu. Avant d'entamer la métamorphose, ils préférèrent se recentrer comme ils avaient appris à le faire durant leurs multiples entraînements. L'objectif était de focaliser son attention sur une idée bien précise afin que, une fois transformé en animal, leur partie sauvage éveillée ne prenne pas le dessus. S'ils se concentraient suffisamment sur cette idée, elle devait percer dans leur esprit même quand celui-ci serait accaparé par l'animal.

« Je suis un être humain » se répéta incessamment James. Cette pensée devait s'imprimer dans sa tête et apparaître clairement dans son esprit même quand il avait les yeux ouverts. Une fois qu'il fut tout à fait certain de l'avoir en tête, il jeta un coup d'œil vers Sirius qui hocha la tête. Peter ouvrit à son tour les yeux et les cligna trois fois. Ils étaient prêts.

Serrant sa baguette fermement dans sa main, James prononça la formule.

Au début, il ne sentit rien et il crut un instant s'être trompé mais il n'eut pas le temps de répéter la formule qu'il se crispa soudain de douleur. Son dos craqua à plusieurs reprises et il tomba à terre, pris par de soudaines convulsions. Tous ses os semblaient s'être brisés pour finalement s'allonger, se raccourcir, se courber. Bien sûr, il ne sentit rien de tout cela, abêti par la souffrance que ces changements lui provoquaient. Les yeux grands ouverts, il ne voyait pourtant quasiment rien d'autre que des formes incandescentes – des étoiles ? - et il n'entendit ni ne vit Sirius et Peter s'agiter de la même manière à ses côtés. Cela sembla durer une éternité avant que la douleur ne s'estompe petit à petit, ne laissant derrière que des sensations de brûlures et de picotements désagréables. Son cœur, dont le rythme s'était accéléré, ralentit à nouveau alors qu'il prenait de plus amples inspirations. Il le sentit se calmer et s'apaiser, soulagé. Quand il se pensa capable de bouger, il se redressa, d'une façon qu'il ne trouva pas ordinaire. Avait-il rapetissé ? La flamme devant lui était soudain si proche de ses yeux qu'il voulut se reculer mais s'empêtra dans ses propres membres qui avaient adopté une forme bien étrange. Tombé un instant en arrière, il s'aperçut que ses bras et ses mains n'étaient plus là et qu'à la place, bougeaient de longs membres poilus, de couleur brun-roux sombre terminés par des sabots de cervidés. Il roula sur le côté et tenta de se mettre sur patte. Posant ses sabots avants sur le sol, il se hissa finalement et gagna en hauteur.

Pendant un instant, il observa autour de lui, découvrant de toutes nouvelles sensations. L'odeur de l'herbe parfumée et du bois brûlé se mêlèrent pour lui chatouiller les narines. Une petite brise fraîche caressa son nouveau pelage et lui fit battre des oreilles. Sa tête lui sembla légèrement plus lourde que d'ordinaire et en voulant se gratter le sommet de son crâne, où il sentait le poids venir, il aperçut l'ombre que rejetait le feu derrière lui. Là, il vit la forme d'un petit cheval, de taille néanmoins légèrement plus grande qu'un poney et avec une morphologie moins large et une tête plus petite. Mais ce sont les deux longues cornes dépassant au-dessus de cette dernière qui lui firent deviner l'animal en lequel il s'était métamorphosé.

Un cerf ! Il était devenu un jeune cerf !

Il sentit l'excitation le gagner quand soudain il remarqua à côté de lui une forme massive et sombre. Il se tourna vers elle et l'observa, reniflant l'air de ses nouveaux naseaux. La curiosité était à la fois mêlée d'une peur qui le rendit immobile. Il guettait le moindre mouvement, le moindre signe de danger.

Et la forme bougea !

Perdant toute forme de raison, James se cabra et, bondissant au-dessus de la forme noire, fila droit sous la protection des bois. Il galopa longtemps entre les arbres sombres et ne s'arrêta qu'une fois sûr d'avoir mis assez de distance entre la bête et lui. Puis, il huma l'air, guetta les environs de ses yeux perçants et fouilla le sol à la recherche de nourriture. Les environs étaient calmes sans le moindre signe de danger. Tout en lui n'était alors plus que paix, qu'envie, qu'instinct.

Il erra longtemps, brouta tout ce qu'il put et chercha un endroit où s'abriter pour se reposer. Son corps, quoi que robuste, éprouvait encore quelques difficultés à le porter et il sentait avoir passé une épreuve harassante, sans qu'il ne put se rappeler laquelle. Peut-être était-ce la peur que l'étrange chose noire lui avait donnée mais le souvenir s'estompait déjà dans son esprit.

Il lui semblait qu'il oubliait quelque chose. Cela devait être important car son cœur le pressait de s'en souvenir mais sa tête ne voyait rien d'autre que le besoin de dormir. Il finit par trouver un petit abri sous des branches basses et il ferma les yeux, les oreilles dressées, guettant le moindre bruit.

Pour un temps indéterminé, le cervidé dormit aussi profondément qu'un animal aux abois puisse le faire. Puis, soudain, il ouvrit les yeux, la peur envahissant son cœur. Il ne bougea cependant pas, n'étant pas certain d'où le danger allait venir. Ou s'il allait simplement venir, car il n'entendait rien, ne percevait rien ni ne sentait rien qui aurait pu l'alerter. Mais sa peur n'en demeurait pas moins vivace.

« Je suis un être humain. » Une voix surgit soudain de sa tête, faible et lointaine tout d'abord, mais cela suffit pour le faire bondir. Mais oui ! Voilà ce que James cherchait tant à se rappeler, quelque chose qui lui était fondamental et qu'il ne devait pas oublier. « Je suis un être un humain » se répéta-t-il, pas un cerf.

Il se mit à bramer de joie et son cri résonna avec un brin d'humanité, de celle qu'il venait de retrouver. Dans son regard, l'animal n'était plus tout à fait sauvage, même si un étranger ordinaire aurait pu dire le contraire. James, tout à sa joie d'avoir retrouvé l'essentiel, sentit qu'il ne fallait pas relâcher son attention ou la nature sauvage du cerf reprendrait le dessus.

Il essaya de rassembler ses pensées. La priorité était tout d'abord de retrouver le campement. Mais où se trouvait-il ? James s'avança un peu pour observer les chemins possibles. Étrangement, depuis qu'il avait repris ses esprits, les souvenirs des mouvements qui suivirent sa métamorphose paraissaient floues, si bien qu'il avait du mal à déterminer la direction qu'il avait prise en s'enfuyant.

Il paniqua un instant et voulut appeler Sirius à la rescousse mais seul un réement sortit de sa bouche. Il se rappela soudain que, étant métamorphosé, il ne pouvait plus parler. Et que ses amis ne le pouvaient sans doute pas non plus – en quel animaux s'étaient-ils transformés ? Il se souvint vaguement d'une forme noire, relativement volumineuse, qui lui avait fait peur, mais il ne saurait dire à quel animal il ressemblait ni de qui il s'agissait. Sirius ou bien Peter ? Comment être sûr qu'ils ne s'étaient pas éloignés ? Qu'ils n'avaient pas perdu leurs esprits ? Il en avait fallu si peu pour lui...

Ne pouvant choisir par raison, il décida de se laisser aller à l'instinct. Il observa longtemps l'obscurité autour de lui et laissa parler sa part animale. Quand il crut sentir quelque chose dans son poitrail, il prit la direction et la tint pendant un moment. Comme il ne pouvait pas retrouver son chemin à travers les arbres, le mieux encore était de quitter le bois au plus vite. Une fois les arbres derrière lui, il les longerait par la droite ou par la gauche en fonction de l'inclinaison de la pente.

Il mit quelque temps à trouver la sortie. Les arbres, les fourrés et les hautes racines étaient autant d'obstacles qu'il devait éviter et, curieusement, ses mouvements n'étaient plus aussi graciles et fluides. On aurait dit un jeune faon qui découvrait pour la première fois le fonctionnement de ses propres membres. Au bout d'un moment à trébucher, James comprit que son problème venait du fait qu'il pensait trop. Évidemment ! Redevenu humain, il se focalisait sur son nouveau corps et cherchait à comprendre ses nouvelles sensations et la façon dont ses membres se mouvaient.

Comme il ne voulait pas trop tarder, James décida de tenter l'expérience de laisser sa part animale s'exprimer – sans toutefois lui donner trop d'importance. Il avait bien compris en se réveillant qu'il avait bien failli s'oublier entièrement. Il ne s'agissait pas exactement de « cohabitation », car James était seul dans son propre corps, mais plutôt d'acceptation. Il devait accepter une nouvelle part de lui-même, plus sauvage, moins docile, sur laquelle il allait devoir appliquer toute sa force mentale pour l'influencer - car la contrôler reviendrait à ne pas la laisser s'exprimer et donc à être condamné à n'être qu'une forme de cerf, et non un véritable animagus.

Ayant retrouvé toute son agilité, il mit un quart d'heure avant de quitter l'ombre des arbres et plonger dans la plaine. L'air y était moins humide et plus doux et il savoura la vision du ciel éclairé d'été. Ils n'auraient pas pu trouver de nuit plus belle pour tenter leur expérience. Il fit un arrêt pour regarder autour de lui et décider de la direction à prendre. Il ne s'agissait pas de se tromper et de marcher pendant des heures ! Qui sait où se trouvaient ses amis et ce qu'il était advenu d'eux ? Il devait avant tout s'assurer qu'ils allaient bien.

Il tendit soudain l'oreille un son lointain avait retenti dans la calme nuit. A l'exception du bruissement des feuilles des arbres et de quelques chuintements, il n'y avait pas de bruit aux alentours. Puis, le son rejaillit à nouveau, indistinct, et qui semblait provenir de sa droite. Il décida de le suivre, c'était peut-être Sirius. Ou Peter. Comme il s'approchait au petit galop, il distingua plus clairement le son grave, succinct et répété. C'étaient les aboiements d'un chien. James ne voulut pas hâter ses conclusions il pourrait s'agir d'un chien errant ou d'un animal domestique appartenant à l'une des maisons qu'ils avaient aperçu à un mille du petit bois.

Quand le son se fit plus proche, il ralentit le pas et pénétra à l'orée de la forêt, s'abritant derrière les arbres pour mieux observer sans risquer d'être vu. Il continua de marcher jusqu'à atteindre les hauteurs d'une petite colline, au bas de laquelle il reconnut le campement. Un soulagement certain l'envahit au moins, il n'était plus perdu. Ses yeux perçants trouvèrent rapidement ce qu'ils cherchaient. Tournant en rond autour du feu qui, depuis, s'était éteint, une forme noire bondissait en aboyant. James l'observa un moment. C'était un grand chien noir, au pelage court et soyeux, aux pattes puissantes et d'allure fière. Pourtant, bien qu'il était sûrement doté d'un bon flair, James s'étonna que le chien ne le repère pas. Avec la brise qui soufflait du côté de James, son odeur aurait dû alerter l'animal.

James se risqua alors à avancer hors de la protection des arbres. Il était maintenant presque sûr que le chien n'était autre que Sirius. Il y avait comme un air familier sur la gueule du canidé qui le lui rappelait. Après tout, lui même avait mis un certain avant de comprendre qu'il ne devait pas chercher à contrôler à tout prix sa part animale mais plutôt à l'influencer. Peut-être que Sirius, craignant de devenir tout à fait sauvage, exerçait une trop grande pression sur lui-même. Il se demanda également pourquoi le Maraudeur n'avait pas cherché à reprendre sa forme humaine. Après tout, il se trouvait déjà dans le campement, il aurait pu se rhabiller et venir le chercher ! Car il était certain qu'il aboyait après lui dans ses aboiements, James croyait entendre son prénom et c'était assez étrange de s'en apercevoir.

James se demanda également où se trouvait Peter. À l'exception d'un tas de vêtements qui semblaient lui appartenir – il reconnaissait son t-shirt rayé – il n'y avait nulle trace du Maraudeur.

Le chien sembla soudain sentir sa présence et tourna la tête vers lui. James s'immobilisa ; le cerf en lui s'agitait, comme inquiet par l'imposante bête qui renifler à présent autour de lui. Il se prit d'un doute : était-ce bien Sirius ? Le chien s'approcha alors de lui tout en continuant à humer l'air, comme pour retenir son odeur. Comme le canidé avançait avec prudence, sans signe d'animosité, la peur de James s'amoindrit bien qu'il resta toujours aux aguets. Lentement, il baissa la tête et tendit son museau pour approcher celui du chien. Il se mit à le flairer, cherchant sans doute à reconnaître l'odeur de son ami.

— OUAF ! s'exclama alors le chien, le faisant bondir de peur.

James était prêt à virevolter et s'enfuir en galopant mais il se rendit compte que le chien, loin d'être menaçant, bondissait de joie. Et à nouveau, James crut entendre son nom dans les aboiements festifs du labrador noir – pure supposition, James n'étant pas un spécialiste en race canine.

— Oarr ? brama-t-il en retour.

Sirius – car il était à présent certain qu'il s'agissait de lui – sursauta et se tourna vers lui. James eut alors sa réponse : c'était bien le Maraudeur. Sur la gueule du chien, il distingua clairement un sourire. Puisqu'il avait retrouvé son meilleur ami ainsi que le campement, James ne vit plus l'intérêt de rester un cerf. Fermant les yeux, il se concentra sur la forme qui devait lui permettre de reprendre sa forme humaine.

La métamorphose fut bien moins douloureuse que la précédente son corps sembla même soulagé de retrouver sa véritable apparence. Quand il sentit la fraîcheur de la nuit le faire frémir de froid, il sut que sa transformation était achevée. Il rouvrit les yeux et se les frotta. Sans ses lunettes, sa myopie aiguë le rendait quasiment aveugle. Il trébucha sur les fagots que Sirius et lui avaient rassemblé pour alimenter le feu et tomba à terre. Des aboiements inquiets résonnèrent à ses oreilles mais, cette fois, il ne put rien y comprendre. Il se redressa sur ses mains et chassa la terre et l'herbe qui s'était collée sur lui, le grattant de toute part sur sa peau nue. Et oui, il était tout nu.

Une truffe mouillée lui chatouilla l'oreille et il voulut repousser Sirius mais ce dernier gémit et insista. James sentit alors dans la gueule de son ami quelque chose qui avait vaguement une forme ovale.

— Oh beurk ! s'exclama James en récupérant des lunettes remplies de bave.

Il tenta bien de les essuyer mais ne réussit qu'à en retirer une partie. Il grimaça en les glissant sur son nez et cligna des yeux pour s'accoutumer à l'obscurité. Il regretta un instant sa forme animale, où il aurait bien plus aisé de se déplacer. Sirius tournait autour de lui, aboyant de temps à autres. James finit par se lever et partit à l'intérieur de la tente où il trouva ses affaires. Il s'habilla avec grand plaisir et ressortit pour chercher sa baguette qui avait dû tomber durant sa transformation. Il la trouva juste à côté du cercle où avait tantôt brûlé le feu.

Il en profita pour nettoyer ses lunettes. Sirius s'approcha alors de lui et aboya par trois fois. James l'observa avec amusement. C'était étrange d'observer ainsi son ami glapissant autour de lui, la queue battant, la bouche entrouverte et la langue pendante. On aurait vraiment dit un chien domestique ! Comme chaque personne confrontée aux regards doux et sympathiques d'un splendide labrador, James sentit son cœur fondre et il eut une soudaine envie de le prendre dans ses bras. Mais Sirius fit alors une drôle de tête – proche de la grimace, si semblable à ses simagrées habituelles ! - et James retira sa main, qui s'était approchée du chien à son insu, et fit semblant de s'éclaircir la gorge.

— Arrête de faire l'idiot ! lui dit-il. Et transforme-toi plutôt...

Sirius aboya et fourra son nez sur son short.

— Hé, mais arrête ! protesta James en le repoussant. Tu me baves dessus !

Pour toute réponse, le chien aboya à nouveau en bondissant sur ses pattes avant. James le regarda, à la fois exaspéré par son attitude et intrigué.

— Pourquoi est-ce que tu ne te transformes pas ? demanda-t-il au chien qui continuait son étrange manège. Qu'est-ce qui t'arrive ?

Sirius s'agita de plus belle et, s'éloignant un instant de lui, se mit à fouiller le sol. Il revint vers lui en tenant dans sa gueule un morceau de tissu à carreaux. Alors James comprit : Sirius, n'ayant écouté que lui-même, n'avait pas pensé à retirer ses affaires avant de se transformer. A présent, celles-ci trônaient au sol dans un amas de tissus déchirés.

— Tu vois ! s'exclama James. Je t'avais bien dit que tu aurais dû les retirer. Mais... Tu as bien du prendre des affaires de rechange, non ?

Sirius baissa la tête, les oreilles en arrière, la queue entre les pattes, honteux au possible. James poussa un profond soupir.

— Tu n'as rien pris d'autre, c'est ça ?

En deux petits mouvements, Sirius hocha sa tête noire qu'il leva juste assez pour plonger ses yeux dans ceux de James. Aussitôt ce dernier déglutit, comprenant soudain le pouvoir terrible des chiens ! Il n'était peut-être pas un cocker mais n'en avait pas moins hérité un regard irrésistible. James abdiqua.

— Imbécile ! dit-il néanmoins, pour se donner contenance.

Il alla chercher dans la tente les affaires qu'il avait prévues pour le lendemain et ressortit. Sirius s'était alors transformé et se grattait la tête, nu comme un ver.

— Tu aurais pu attendre ! protesta James en lui jetant les vêtements dessus avant de se détourner.

— Tu ne t'es pas gêné, toi ! répliqua Sirius dont la voix était encore un peu rauque. Et sans moi, je te rappelle que tu aurais cherché tes affaires longtemps.

— Ouais, merci bien pour ta bave !

Sirius ricana tandis qu'il enfilait caleçon et short. Il se gratta nonchalamment la tête tandis que James s'attardait à rallumer le feu. James aurait voulu interroger Sirius sur sa métamorphose mais il demanda plutôt où se trouvait Peter. Après une courte réflexion, Sirius fit alors une drôle de tête et devint soudain blafard.

— Je... Je ne me rappelle plus très bien... mais je crois... je crois que, peut-être...

— Oui, quoi ? le pressa James avec impatience.

— Je l'ai peut-être un peu pourchassé... compléta Sirius dans une grimace. Mais c'était pas ma faute ! J'étais un chien et je l'ai vu qui trainait dans mes pattes ! Je sais pas pourquoi, ça ne m'a pas plu. Et je me suis mis à lui grogner dessus. Évidemment, il a pris peur et s'est enfui. Je lui ai couru après... Et puis, je crois que j'ai tout simplement oublié ce que je faisais. Je me suis arrêté et me suis rappelé subitement que j'étais pas un chien, que je n'avais pas à chasser un rat... ou était-ce un mulot ? Quelque chose qui y ressemblait, c'était pas très gros. Je n'étais plus très sûr de ce que je pourchassais, en fait... Alors, je suis revenu au campement vous chercher mais vous étiez tous partis.

— Évidemment puisque tu nous as tous deux mis en fuite ! répliqua James, excédé.

Comment Sirius pouvait tout simplement oublier qu'il pourchassait son propre meilleur ami ?

— Mais je n'étais pas conscient, moi ! se défendit le Maraudeur, penaud. Et d'ailleurs, je ne t'ai pas pourchassé, toi. Je ne t'ai même pas vu !

Ce fut au tour de James de grimacer : Sirius venait de marquer un point.

— C'est parce que...parce que tu m'as fichu la trouille, avoua-t-il à contre coeur, embarrassé. Quand j'ai vu une forme noire s'agiter, j'ai paniqué et le cerf a pris le dessus et s'est carapaté... Quoi qu'il en soit, Peter ne revient pas et ça m'inquiète. Surtout s'il est petit, tu m'as dit ? On va avoir du mal à le repérer...

— On pourrait peut-être lancer le sort « Accio Peter » ? voulut plaisanter Sirius.

James le foudroya du regard, appréciant peu l'humour de son ami dans pareille situation. Sirius leva les mains en signe de reddition. « C'était juste une blague ! » dit-il avant de placer ses deux mains de part et d'autre de sa bouche et d'appeler le nom de leur ami. James secoua la tête, exaspéré, avant de l'imiter. Ils s'avançèrent dans la plaine où Sirius pensait s'être dirigé en pourchassant Peter et continuèrent leurs investigations, utilisant leurs baguettes pour éclairer les alentours.

— On ne va jamais le retrouver comme ça, grommela James. Je ne sais même pas vraiment ce que je dois chercher ! Comment m'as-tu dit qu'il était ?

— Petit, menu, énuméra Sirius dans une grimace. Peut-être marron...

Rien qui ne pourrait les aider, en somme, en jugea James qui soupira.

— On finira bien par le trouver, dit Sirius au bout d'un moment, s'efforçant de rester optimiste. Il est peut-être retourné au camp entre temps ?

— Il nous aurait bien vu, rétorqua James. Cela fait quand même une demi-heure au moins qu'on a repris forme humaine.

— Il a peut-être pris un autre chemin, s'entêta Sirius. Puis, au bout d'un moment, il rajouta : J'ai regardé ses vêtements, il n'en a pas déchiré un seul. Probablement parce que sa forme est très petite.

— Ce n'est pas plus mal, dit le poursuiveur, mécontent. On a dû rater quelque chose ce n'est pas possible qu'on ne puisse pas garder nos affaires pendant qu'on se transforme ! Et la baguette aussi, d'ailleurs...

— La baguette ? répéta Sirius, surpris. Je l'ai gardée !

James le regarda, perplexe. « Vraiment ?

— Puisque je te le dis !

Le poursuiveur bougonna, jaloux. Il devait avoir oublié quelque chose, s'être trompé quelque part. Il avait pourtant travaillé durement pour se métamorphoser, au moins aussi durement que Sirius. Pendant un moment, il resta silencieux, ruminant sa frustration tout en regardant autour de lui, promenant le faisceau de lumière de sa lampe improvisée sur l'herbe haute.

— Un chien, reprit Sirius, songeur. Un cerf. Et un rat – ou mulot, va savoir. Je me demande si Remus appréciera sa nouvelle compagnie.

— Il se sentira déjà moins seul, affirma James. Si néanmoins nous parvenons à nous faire accepter par le loup. Ce n'est pas encore gagné.

— Tout ira bien, dit Sirius avec plus d'assurance qu'il n'en avait sur ce sujet. Qui pourrait résister à mon irrésistible regard de cocker ?

James secoua la tête néanmoins avec un demi-sourire, se rappelant très bien avoir eu du mal à garder contenance devant le labrador noir et ses grands yeux d'ébène.

— J'espère surtout qu'il saura résister de faire de moi son quatre heures ! dit-il plus sur le ton de la plaisanterie que réellement inquiet.

— Un bon civet de cerf, dit le batteur se passant la langue sur sa bouche d'un air gourmand. C'est vrai que c'est bon !

James le poussa en guise de réponse, le gratifiant d'un « Crétin ! » exaspéré.

— James ! Sirius ! les appela une voix qu'ils reconnurent avec soulagement.

Ils se tournèrent en même temps, pointant leurs deux baguettes vers l'endroit où la voix leur était parvenue. Une silhouette surgit alors des hautes herbes, les deux mains plaquées sur ses yeux pour se cacher de la lumière qui l'éblouissait. Peter semblait difficilement tenir sur ses deux jambes flageolantes et étrangement poilue. James constata avec surprise que, contrairement à Sirius et lui, Peter n'était pas tout nu. Le garçon avait, en effet, réussi à conserver son caleçon.

Sirius et sa baguette, Peter et son caleçon, il commença à sérieusement se demander s'il avait lu les mêmes livres et suivi le même entraînement qu'eux.

— Peter ! s'exclama avec soulagement Sirius qui abaissa sa baguette vers le sol. Par Merlin, te voilà !

— J'ai eu du mal à retrouver mon chemin, s'expliqua le Maraudeur, embêté. Je cours assez vite mais c'est difficile de s'orienter sous ces hautes herbes.

— Pourquoi ne pas avoir repris ta forme humaine plus tôt ? demanda James. Tu avais au moins un caleçon, toi...

Peter, qui ne saisit pas l'amertume dans la voix de James, eut l'air embêté.

— Ben, c'est que je ne le savais pas avant de redevenir humain !

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« La liste provisoire des victimes a été donnée ce matin par le Ministre de la Magie lui-même durant la conférence. Il a tenu à préciser que cette liste n'est pas exhaustive et qu'il faut s'attendre à la voir s'allonger alors que les Aurors sont toujours sur le terrain à enquêter. Selon cette liste, cinq élèves de Poudlard au moins, dont deux tout jeunes diplômés, auraient trouvé la mort. (…) »

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Un peu plus loin que Le Meulier, Almodington, Angleterre, 2 Août 1978

Les trois Maraudeurs s'étaient levés à midi passé le lendemain, les membres encore endoloris par leur longue et dure nuit, mais l'humeur joyeuse d'avoir accompli leur mission. Ils étaient à présent des animagi la première transformation passée, le plus dur était derrière eux. Après leur réveil, ils s'étaient dépêchés de ranger tout le campement, d'effacer leur trace et de reprendre la route en direction du Meulier. Malgré la fatigue et les courbatures laissées par leur métamorphose, les adolescents avancèrent d'un pas rapide, pressés par la faim qui leur tiraillait le ventre.

En chemin, ils recueillirent des braies et tout ce qu'ils trouvaient de mangeable mais rien d'assez conséquent pour assouvir leur nouvel appétit. Il leur semblait n'avoir pas mangé depuis des jours. Ils profitèrent d'être seuls pour revenir sur les événements de la veille. James apprit donc que la transformation de Sirius n'avait pas été moins pénible comme lui, le Maraudeur ne s'attendait pas à éprouver une telle douleur. Peter semblait avoir eu plus de mal à se métamorphoser, préoccupé qu'il était à transformer également une partie de ses vêtements avec lui. Contrairement à James qui s'était seulement attaché à garder en tête son humanité, Peter s'était répété : « Je ne suis pas nu » mais, résultat des courses, il avait eu visiblement plus de mal à se rappeler de sa véritable nature humaine. Sirius s'était focalisé sur ce qui faisait de lui un Homme, et par extension un sorcier : sa baguette.

— Et dire que Remus vit ça tous les mois, songea à voix haute Sirius. Je savais qu'il souffrait atrocement mais je n'arrivais pas à m'imaginer clairement ce qu'il devait ressentir. Maintenant, je le sais...

— Et encore ! dit James en secouant la tête. Notre partie animale n'est qu'une autre forme de nous-mêmes. La transformation a été pénible, mais c'est parce que notre corps n'est pas habitué à celle-ci. Remus, lui, aura beau se transformer tous les mois, jamais son corps ne pourra tolérer la métamorphose forcée car le loup est une entité différente de sa part humaine.

Sirius opina et se sentit un peu honteux d'avoir involontairement minimisé la souffrance de Remus. Le pauvre Maraudeur vivait l'enfer chaque mois et ce n'est pas seulement avec des courbatures qu'il s'en sortait. Il suffisait de voir son état constant d'épuisement. Le jeune homme n'arrivait jamais à se reposer, même quand la pleine lune était bien passée. Un jour de faiblesse, Remus avait laissé entendre que son loup ne faisait que sommeiller la plupart du temps et que, parfois, quand il se laissait trop aller, la bête se réveillait et se mettait à s'agiter en lui, le torturant de l'intérieur.

Ils virent avec soulagement la silhouette du manoir surgir à l'autre bout du grand jardin de la propriété de James. Ragaillardi par l'idée d'un copieux repas, ils trottinèrent jusqu'à la porte d'entrée.

— On est rentrés ! annonça James en entrant le premier dans le grand salon.

— James, Sirius, Peter, les accueillit Mme Potter avec le sourire. Alors, la nuit était belle ?

— Superbe ! répondit Sirius avec empressement. Hummm ! fit-il en humant l'air avec délectation. Ça sent drôlement bon, je meurs de faim !

— Pas si vite, jeune homme ! l'arrêta-t-elle. Vous avez vu dans quel état vous êtes ? Vous allez d'abord prendre une bonne douche, vite fait, bien fait !

Sirius tenta bien de marchander mais la mère de James ne démordit pas. Mme Potter avait toujours été très à cheval sur les règles de propreté et laisser des adolescents noirs de terre à sa table n'était guère envisageable. Déçu et boudeur, Sirius maugréa dans sa barbe en se dirigeant toutefois vers les escaliers.

Peter, lui, ne dit rien, trop ravi à l'idée de sentir l'eau chaude sur ses muscles endoloris et de se vêtir de vêtements propres – lui seul avait gardé ses affaires intactes, mais celles-ci étaient recouvertes de terre. Il emboita le pas du batteur avec enjouement.

— Toi aussi, mon fils ! ordonna sa mère.

Mais James ne l'écoutait pas. Son regard était rivé sur la une de la Gazette du Sorcier qui, comme d'habitude, était posée sur la table de chevet. Sur la couverture, le visage sinistre et grave du Ministre de la Magie se faisait bien plus solennel que d'habitude (et pourtant James l'avait toujours vu avec une mine sombre). Il s'approcha de la table de chevet et prit le journal dans les mains.

La liste provisoire des victimes enfin dévoilées, lut-il en fronçant les sourcils. De quoi parlent-ils ?

— Pose ce journal, mon chéri » intervint sa mère en le lui retirant doucement des mains. Elle avait dans sa voix un ton étonnamment grave et triste qui interpella James. Mais avant qu'il ne put lui poser des questions, elle lui dit : « Va plutôt prendre ta douche. Tu auras tout le temps de lire les nouvelles après. Allez, dépêche-toi, ton père va bientôt arriver !

— Papa rentre pour manger ? s'étonna-t-il.

Généralement, en semaine, son père n'avait jamais le temps de rentrer déjeuner avec eux, débordé qu'il était par son travail au Ministère.

— Oui, mon chéri, acquiesça sa mère, toujours de sa voix étrangement douce. Il a pu se libérer mais il n'aura pas beaucoup de temps devant lui. Alors, dépêche-toi, on parlera ensuite !

L'insistance avec laquelle elle le pressa vers les escaliers ne fit qu'accentuer la curiosité de James. Qu'est-ce qui pouvait pousser sa mère à réagir ainsi ? Sirius, qui l'attendait en haut des escaliers, lui demanda de lui expliquer mais James ne put qu'hausser les épaules.

— Quelque chose d'étrange se trame ici, dit-il. Mais je n'en sais pas plus. Prenons cette fichue douche et descendons ! Je veux savoir ce qui se passe et pourquoi ma mère a l'air si triste.

Il évoqua également le titre de la Une de la Gazette, ce qui ne fit que rajouter au mystère et à leur inquiétude. James était alors persuadé que, quoi que sa mère ou son père ait à lui dire, ce ne serait pas une bonne nouvelle.


Notes

J'en profite également pour vous parler de ma nouvelle fanfiction Le Pacte qui s'inscrit dans le même cadre que REC. Les deux fanfictions vont dorénavant parler des deux dernières années de scolarité des Maraudeurs mais sous différents points de vue. D'un côté, il y a toujours Amy et de l'autre, i présent Annah, qui sera à Serpentard. Les deux fanfictions sont donc étroitement liées mais il n'y a, bien sûr, aucune obligation de les lire ensemble, vous pouvez tout simplement choisir si vous ne souhaitez lire que REC ou si vous souhaitez également vous lancer dans l'aventure avec Annah. Plus d'information à ce sujet dans mon profil ! Le prologue de Le Pacte est à présent disponible. Voilà cette rapide parenthèse...

Prochain chapitre

Le rythme de parution s'est éclairci et je pense tenir un rythme d'un chapitre toutes les 3 semaines. Ainsi, le prochain chapitre sera publié le 8 Mars 2013 !

En attendant, n'hésitez pas à me donner vos avis !